18 janvier 2018

Résumé Manhattan-philo - 07/03/18 : Penser mieux à l'écrit ou à l'oral ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de mars s'est tenu le mercredi 7 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : L'homme et la femme, une différence naturelle ou culturelle ? 

Sujet 2 :  A quoi ressemblerait un monde idéal ? 

Sujet 3 :  Pense-t-on mieux à l'oral ou à l'écrit ? 

 

Résumé de la soirée : 

Il est remarquable que de grands philosophes et religieux n’aient rien écrit ; Socrate, Bouddha, Confucius, Epictète, Jésus, Mahomet, pour ne citer qu’eux, n’ont délivré que des enseignements oraux, transmis ensuite par leurs disciples et consignés par écrit. Cela pourrait-il nous indiquer que, non seulement « nul n’est tenu d’écrire un livre », selon le mot de Bergson, mais plus que cela, que l’oral possède une supériorité sur l’écrit ? Platon lui-même n’a-t-il pas choisi le dialogue pour penser, insistant ainsi sur la dimension d’élaboration dialectique du vrai ?

Le public prend alors la parole, pour une discussion très intéressante. Plusieurs éléments sont venus nourrir le débat. Tout d’abord, un problème de définition. Il ne faut pas, insistent plusieurs personnes, confondre la communication et la pensée. Pense-t-on mieux ? N’est pas la question : communique-t-on mieux ? Dans le premier cas, il y a élaboration d’une idée, dans le second, l’idée est simplement transmise. Pour la communication, l’écrit a une supériorité, dans la mesure où il inscrit de manière précise et structurée une pensée sur un support qui dure et échappe à l’oubli. Mais l’oral est par contre plus vivant, plus à même de faire passer les émotions et sentiments. Pour la pensée, par contre, l’écrit permet également de bien structurer son idée, tandis que l’oral est plus de l’ordre de la spontanéité.

Ensuite, se pose la question de la définition de l’oralité ? Est-ce seulement l’expression orale au sens de l’expression vocale ? Le « tchat » sur des messageries est-il de l’ordre de l’écrit ou de la parole ? Il semble qu’on soit plus dans l’ordre de l’oralité, même si on écrit quelque chose. Inversement, la conférence « lue » n’est-elle pas de l’ordre de l’écrit ? Si, affirment plusieurs personnes. On prend alors conscience que la distinction oral/écrit, n’est pas la différence entre le parler à voix haute, et l’écrit. Quelqu’un insiste alors sur le fait que l’oral met essentiellement la personne en rapport à autrui, et dessine une intersubjectivité, tandis que l’écrit laisse l’auteur dans une solitude, dans un face à face avec lui-même. Il n’y a que l’écrivain qui peut douter, tel Descartes, de l’existence du monde et des autres, mais pas l’orateur pris dans une relation intellectuelle où autrui est un pôle constituant de l’élaboration de l’idée.

La différence entre oral et écrit apparaît enfin dans la temporalité ; celle du présent pour l’oral, qui est ainsi un acte de pensée « en train de se faire », tandis que l’écrit est toujours du passé, du constitué, il est la pensée « faite ». Le besoin d’une trace écrite (d’un cours, d’une pensée, et même d’un café philo…) est ainsi le besoin d’inscrire dans le temps la pensée, et de ne pas la perdre dans l’évanescence. L’oral nous rapporte à autrui, mais l’écrit nous rapporte à ceux qui ne sont plus – ou pas encore – autrement dit à la civilisation dans son ensemble.

Le public ne parvient pas à trancher entre la supériorité de l’un sur l’autre – mais pourquoi le faudrait-il ? –, remarquant que ces modes d’expression et d’élaboration de la pensée sont tout simplement complémentaires, et varient aussi selon les sensibilités. Au fond, le seul risque est de privilégier l’un au détriment de l’autre. S’enfermer dans l’écrit nous prive du rapport vivant aux autres. Mais ne pas écrire, c’est courir le risque de ne pas clarifier sa pensée, ou encore de la perdre pour toujours, à moins que… à l’image des grands hommes cités plus haut, de fidèles disciples s’en chargent ! 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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17 janvier 2018

Résumé Bedous-Café-Philo - 3/03/18 - Vouloir la paix ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de mars s'est tenu le 03 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Faut-il vouloir la paix ?

Le mot paix vient du latin pax,pacis et signifie le fait de passer une convention entre deux parties belligérantes mais aussi la concorde , la tranquillité régnant dans les relations entre deux ou plusieurs personnes. Quand on considère cette notion ,nous aurions tendance à considérer immédiatement son opposé, la guerre et à avoir une vision manichéenne (Paix/guerre, bien/mal,juste/injuste ) . Mais la simple absence de guerre est-elle garantie de justice?  Ne peut-il y avoir des paix injustes? faut-il vouloir la paix à tout prix? Qu ‘est-ce qu’un refus absolu de la guerre? Dans un contexte international, la paix qu’impose le vainqueur au vaincu est perçue comme injuste par ce dernier. Faut-il alors se rallier au défenseurs d’un pacifisme radical  et penser comme Erasme “qu’il n’y a pas de paix, même injuste qui ne soit préférable à la plus juste des guerres” ?. La question  suppose de réfléchir à ce que nous voulons pour une société. Si le conflit semble inévitable, est-il nécessairement négatif et à éviter à tout prix? La paix n’est-elle qu’un leurre?  On parle de “faire la  paix”, mais quel est ce “faire”? sur quoi doit-elle se fonder ?
 
La première réflexion part du principe que toute paix suppose le dialogue et que la guerre ne serait provoquée que par un noyau de la population. Les hommes se font la guerre pour la richesse,les terres ,et certains auraient intérêt à ce que le conflit perdure. Mais n’est-ce pas là une vision partielle des choses?  L’homme n’est-il pas toujours celui qui se ment à lui-même et comment alors peut-il dialoguer avec les autres?  La paix est-elle vraiment désirée?  Le chaos est  en nous, Eros et Thanatos marchent la main dans la main, et il serait illusoire de ne pas  considérer que le conflit n’est pas de façon latente en nous.
 
D’ailleurs, est-il forcément négatif? cette énergie agressive de conquête est synonyme de pulsion de vie et la paix voulue à tout prix peut se payer au prix fort, le prix du renoncement à se faire entendre et à faire valoir ses droits pour ne pas rentrer en conflit(mort sociale de certaines minorités.). D’ailleurs, cette agressivité qui serait latente ne peut-elle être créatrice, tant au niveau individuel que collectif? Le conflit serait alors ce qui nous fait avancer. On remarque alors que penser qu’un retour à l’état de nature nous ferait retrouver la paix est illusoire (sélection  naturelle) et que la culture ,par l’éducation, les échanges ,les accords garantit la vie et semble malgré tout avoir fait avancer la paix.
 
La question se déplace alors: certes, nous avons des pulsions agressives mais ne faudrait-il pas se demander pourquoi il y a conflit ? L’idée qui vient alors est le problème de la frustration. l’homme voudrait toujours trouver un responsable à sa propre frustration et le conflit naitrait d’un défaut de reconnaissance(de sa propre agressivité,de ses semblables). c’est alors le problème de l’injustice et la question du contrat social. Le politique peut entretenir des idées fausses dans une population(la question des ressources est citée) et le fait de laisser planer l’idée d’un manque engendre la peur et le conflit potentiel. Il faudrait donc passer à autre chose  et considérer que le problème du partage et de la reconnaissance de la différence sont ici essentiels.
 
On voit alors que le problème concerne le politique et quelqu’un exprime  sa difficulté face au sujet car comment lier individu,société,gouvernement? Même si à l’échelle individuelle, nous faisons en sorte d’être en paix avec nous-même, comment faire que le haut (gouvernement) corresponde au bas(individu)? .Si nous nous accordons  sur le fait que la paix peut être injuste( la paix sociale peut n’être qu’un ordre imposé ne garantissant pas à tous les mêmes droits ) et donc n’être qu’un mot illusoire( parce que non voulue par tous), c’est cependant par la volonté de tous que  nous pourrons la rendre plus authentique. C’est la vigilance du citoyen qui doit veiller à l’équité et ne pas se contenter d’une égalité de façade. le conflit peut alors être un devoir. A l’échelle de l’humanité , la question   des droits internationaux  par exemple est  une  idée nouvelle mais qui manifeste que l’humanité peut parfois chercher à évoluer. Le conflit , s’il s’ouvre sur la discussion , le compromis est alors à l’origine de cela. il est ce qui nous permet de nous dépasser et la paix ne garantit en rien la justice. en revanche,la justice peut amener la paix et c’est donc à tout un chacun de la rendre effective.
Pour Métaphores, Vétronique Barrail

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20 septembre 2017

Résumé de l'Apéro-philo -19/10/17 : La folie

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre et gratuite), s'est tenu le jeudi 19 octobre à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

De quoi la folie est-elle le nom ? 

 

Résumé de la soirée

1)   Folie est un terme commode pour désigner des pensées, des passions, des conduites extrêmement diverses, d’intensité très inégale, parfois dangereuses, parfois inoffensives, depuis la « douce  folie » du poète jusqu’aux ravages inquiétants de la psychose avérée. Cette extrême diversité pose le problème de savoir s’il existe quelque chose de commun entre ces manifestations : de quoi parlons-nous quand nous utilisons ce mot ?

2)   D’emblée apparaît l’idée que la folie qualifie un comportement hors-cadre, hors-norme, hors règle : une asocialité qui dérange et qui est perçue comme une menace pour l’ordre social. C’est l’autre qui est fou, posé comme altérité dangereuse, et à ce titre rejetée, voire exclue. On songe au « grand renfermement » de l’âge classique analysé par Foucault : mise en quarantaine de tous les déviants, criminels, chômeurs, prostituées, et fous, indistinctement relégués dans les Hospices. Mais on voit bien que tout déviant n’est pas fou, et qu’on ne peut identifier déviance et folie. La folie excède manifestement cette définition.

3)   On propose alors une nouvelle idée : le conflit ne serait pas réductible à l’opposition entre le social et l’individuel mais se situerait dans la psyché elle-même : conflit entre l’élément passionnel et le rationnel, incapacité à gérer les pulsions, à s’adapter à un ordre conventionnel et social, aspiration incontrôlable à l’illimité, perte du sens de la réalité, fuite dans l’imaginaire etc. La rupture sociale ne ferait que traduire une rupture plus profonde, interne au sujet lui-même, qui se manifesterait dans une évidente perte de maîtrise.

4)    Apparaît alors la notion de chaos : si chacun porte en soi un chaos, les uns sauront le gérer vaille que vaille, voire à en tirer les éléments d’une création originale et libre, comme certains artistes particulièrement novateurs, alors que d’autres seront submergés par le chaos intérieur. S’il en est ainsi la folie n’est pas l’exclusivité pathétique d’un autre – l’aliéné – mais serait la « folle du logis » présente en chacun, inquiétante hôtesse de l’âme, risque suprême d’effondrement ou de déraison, mais aussi, dans les cas favorables, source d’inspiration, de renouvellement et de création. Face au chaos nous sommes très inégalement armés, les uns sombrant sans recours, d’autres y trouvant le meilleur.

5)   « Je est un autre » écrivait Rimbaud : la folie, dans les autres et en nous-mêmes, nous met en face d’une vérité terrible, que la tragédie de longtemps a su mettre en scène : moi qui crois savoir, qui crois régenter ma propre vie, je me découvre habité par un « génie » un « daïmon », qui, si je le refuse et le nie, se vengera en menaçant l’équilibre fragile et fallacieux que j’ai construit : effondrement, décompensations dans les cas graves, symptômes persistants et pénibles, souffrance et conflit dans les cas ordinaires. Le fou n’est pas toujours l’autre, mais il est si commode de le croire !

6)   La folie révèle la dimension tragique de l’existence, aussi cherche-t-on à la masquer, l’écarter, l’isoler, la nier, la forclore, d’où les « asiles » et autres lieux d’isolement. Mais par ailleurs il ne faut pas se cacher le fait que la vraie folie est d’abord une souffrance qui appelle le soin, l’écoute, la compassion. L’asile est à la fois un refuge et une prison, un lieu de soins et d’isolation, d’écoute bienveillante et de coercition. On prétend soigner tout en protégeant la société de la violence potentielle. Ambiguïté indépassable de la psychiatrie.

7)   Au final la folie interroge le sens. Traditionnellement le fou c’est « l’insensé », celui qui a perdu le sens. Mais s’il a perdu le sens commun, du moins selon l’opinion de la majorité, il témoigne à sa manière d’un autre sens, que nous n’aimons pas interroger. Il y a une puissance de contestation dans la folie, mais indirecte, parole mutilée qui fait signe vers un sens que nous avons perdu et que nous devrions retrouver : songeons au sage Démocrite qui rit de tout et de tous, et de soi-même, en démasquant par son rire la folie ordinaire d’une société obsédée par la richesse, le pouvoir, la frime universelle, les fausses valeurs, au mépris de la vie et de l’humanité. Diogène le Chien pissant sur les vases d’or.

8)   Sagesse ou folie ? A côté des pauvres gens souffrants de réelles pathologies quasi incurables et dévastatrices, il se trouve aussi de forts gaillards qui ont le sens authentique de la liberté intérieure, qui acceptent le risque de déplaire ou de gêner, témoignant par-là de la plus haute destination de l’homme.

9)   Petite folâtrerie pour finir : philosophie ou folisophie ?

Pour Métaphores,

Guy Karl

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26 janvier 2017

Résumé du Manhattan-philo - 15/03/17 : Vertus de la pauvreté ?

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Le premier Manhattan-Philo s'est tenu le mercredi 15 mars 2017 au Manhattan-bar (clic), 5 rue Sully (quartier du château) à Pau à 18h45. Nous tenons vivement à remercier Laure, son mari et Carl pour leur chaleureux accueil dans leur établissement.

Cette nouvelle activité mensuelle du mercredi fut animée par Timothée Coyras, professeur de philosophie, qui vient de rejoindre pour notre plus grand plaisir l'équipe Métaphores.

La particularité du Manhattan-Philo consiste à proposer au groupe présent trois sujets relatifs à des domaines philosophiques distincts édités sur le blog. Chacun a pu voter en début de séance afin de déterminer le sujet de la soirée.

 Sujet 1 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 

Sujet 2 : La pauvreté a-t-elle des vertus ?

Sujet 3 : L'art a-t-il déjà tout dit ?

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Le sujet voté et retenu fut la question 2 : 

La pauvreté a-t-elle des vertus ?

Résumé de la soirée :

Pour ce premier Manhattan-philo, le public a choisi de réfléchir sur la question suivante : « la pauvreté a-t-elle des vertus ? ». Les deux autres sujets, qui avaient la préférence de certains, sont conservés pour la prochaine séance, où un nouveau sujet sera également proposé au choix, pour maintenir la présence de trois sujets.

J’ai tout d’abord établi deux distinctions afin de préciser le sens du sujet. Première distinction : la pauvreté se distingue de la misère. En effet, la misère est l’état de celui qui ne peut pas satisfaire ses besoins, et qui vit donc dans la faim, la maladie, le manque. La pauvreté, quant à elle, est l’état de celui qui n’a que le nécessaire pour vivre, sans confort, sans moyens pour améliorer son quotidien.

Deuxième distinction : être une vertu doit se distinguer d’avoir des vertus. Etre une vertu, c’est être une disposition à faire le bien. La générosité ou le courage, par exemple, sont des vertus. Avoir des vertus, c’est posséder des qualités qui ont des effets positifs d’un point de vue physique ou moral. Ainsi, la pauvreté telle que définie plus haut n’est pas une vertu, puisqu’on peut très bien être pauvre et vicieux, tout comme on peut être riche et vertueux. Mais il se pose la question de savoir si elle a des vertus. L’expérience de la pauvreté doit-elle seulement être vue comme quelque chose de négatif, ne peut-elle pas former l’homme sur le plan physique, moral, social, intellectuel ? L’enjeu de la question est intéressant dans une société qui fait de l’accroissement des richesses et de la fin de la pauvreté sa motivation politique fondamentale.

A partir de là, le public a commencé par critiquer l’angle de réflexion choisi. Pourquoi ne penser la pauvreté qu’en termes économiques ? La pauvreté est aussi un état d’esprit. C’est l’état de celui qui refuse de vivre selon les biens matériels, qui refuse l’accroissement de ses désirs. En ce sens, il s’agit d’une pauvreté « en esprit », proche de la vertu de tempérance, à bien distinguer de la pauvreté « d’esprit », qui renvoie à un esprit faible et capable de peu. Cette pauvreté en esprit, ou encore cet esprit de pauvreté, ce qui revient au même, peut permettre de lutter contre la dépression. Face au sentiment d’un monde incapable de satisfaire nos ambitions, l’esprit de pauvreté permet de se retrouver soi-même et de ne plus souffrir de ses désirs illimités.

Si l’on ramène la notion à sa dimension économique, puisque c’était mon point de départ, le public remarque qu’on ne peut pas répondre facilement à la question car la notion n’est pas facile à définir. La pauvreté se distingue-t-elle bien, au fond, de la misère ? Quand on parle du seuil de pauvreté, d’un point de vue économique, ne parle-t-on pas aussi du seuil de misère, d’un seuil de l’intolérable, en dessous duquel personne ne voudrait raisonnablement vivre ? De ce point de vue, la pauvreté n’est rien d’autre qu’une souffrance, qui n’a aucune vertu et que nul ne veut expérimenter. Par ailleurs, la pauvreté est aussi relative. Relative aux riches d’une part, mais aussi relative à une époque. Les riches d’hier seraient, toutes proportions gardées, les pauvres d’aujourd’hui. Ainsi, la réflexion sur la pauvreté économique revient à une réflexion sur les classes sociales, qui peut friser une forme d’indécence lorsqu’on ose se demander si, en fin de compte, la pauvreté apporte quelque chose de positif.

Pour autant, remarque un participant, la distinction entre misère et pauvreté a tout de même un sens. La misère est la souffrance liée à l’impossibilité de satisfaire ses besoins. La pauvreté, elle , renvoie à une vie réduite à ses besoins les plus simples. Or, de ce point de vue, la pauvreté a une vertu remarquable, qui est de nous ramener à l’essentiel. De quoi avons-nous vraiment besoin ? Voilà l’enseignement de la pauvreté. Elle nous dévoile tout le superflu que nous croyons nécessaire par habitude de confort. Tel un randonneur qui apprend à ne prendre que l’essentiel dans son sac, la pauvreté nous éloigne de tout ce qui encombre inutilement notre vie.

Mais la pauvreté ainsi pensée peut révéler d’autres vertus, qui sont soulignées. Tout d’abord, elle peut avoir des vertus créatrices, qui sont liés à la nécessité de se débrouiller, d’inventer, de pratiquer un système D, loin de la facilité de tout ce que l’argent peut nous offrir sans efforts. Par ailleurs, la pauvreté invite à la solidarité. La nécessité de partager, de s’entraider, sont des corrélatifs de la pauvreté, qui a de ce point de vue des vertus sociales.

Pendant que certains regrettent qu’on n’aborde pas assez la pauvreté sur le plan spirituel, et qu’on réduise trop la question à l’aspect matériel, une pause conviviale s’impose, qui laisse à chacun le loisir de reprendre ses esprits tout en appréciant l’ambiance du Mannhatan, où Laure nous accueille chaleureusement.

La seconde partie permet de revenir dans un premier temps sur le problème des besoins minimaux de l’homme, permettant d’appréhender la pauvreté. Ceux-ci ont une dimension subjective, certes, mais peuvent aussi faire l’objet d’une définition, pouvant servir à des modes de vie. Les cyniques, par exemple, à l’image de Diogène, vivent avec un simple manteau et un baton, en faisant l’expérience de l’autarcie jusqu’à ses limites. Là se trouve une pauvreté authentique, qui a pour le coup une vertu sur le plan de la sagesse. Les épicuriens, quant à eux, ne peuvent pas entrer dans cet esprit de recherche de pauvreté, car s’ils se restreignent aux besoins, ils n’excluent pas des plaisirs superflus occasionnels, et intègrent l’amitié et la philosopie dans le régime des besoins, loin de l’autarcie plus radicale des cyniques. Mais, à tout le moins, il s’agit bien de philosophies de vie fondées sur un refus de la richesse et du pouvoir, et en ce sens, sur une acceptation de la pauvreté.

Mais une autre perspective apparaît alors, dans la continuité du rapport entre pauvreté et sagesse. La pauvreté, comme absence d’avoir, se révèle ainsi comme la situation anthropologique par excellence. L’homme, se découvrant mortel, se découvre essentiellement dépossédé de tout. L’homme le plus riche n’emporte pas un sou dans la tombe, tandis que le temps emporte tout ce que nous croyons posséder fermement : travail, amis, santé, etc. De ce point de vue, la pauvreté n’est pas tant une situation que certains connaissent par opposition aux riches qui ne la subiraient pas, mais une situation universelle que certains refusent de voir en recherchant la richesse ou le divertissement. Cette prise de conscience de notre pauvreté originaire, métaphysique, nous ramène dés lors à cette vérité que l’essentiel est ailleurs que dans l’avoir.

En nous recentrant sur l’être, la pauvreté nous recentre sur que nous possédons en propre, c’est-à-dire la liberté, à partir de laquelle nous pouvons agir et créer, et ainsi , à l’image des artistes, laisser une trace sur terre. Cette pauvreté originaire, liée à la précarité essentielle de toute vie, nous permet ainsi de nous ressaisir comme sujets et de mener une vie plus authentique.

A ce point de la réflexion, qui s’est considérablement élevée au cours de cette seconde partie, j’ajoute enfin, en me référant au Banquet de Platon, que la pauvreté – entendue en son sens métaphysique –est aussi une condition de l’amour. En effet, dans le mythe conté par Diotime, qui initie Socrate aux mystères de l’amour, Eros, c’est-à-dire le désir amoureux – et non l’amour céleste ou divin figuré par Aphrodite –, a pour parents Poros, la richesse, et Pénia, la pauvreté. L’amour ne peut naître que chez celui qui reconnait d’abord son incomplétude, et qui ainsi prend conscience de sa pauvreté. Mais de là nait aussi un amour qui rend l’homme fertile, et pas seulement selon le corps, mais aussi selon l’âme. Ainsi, l’amour de la sagesse, qui caractérise Socrate, n’est possible que sur fond d’une reconnaissance tacite de son ignorance.

Pour conclure, une personne remarque que si la pauvreté n’a pas toujours des vertus, la réflexion sur la pauvreté, elle, ne manque pas de nous rendre plus riches.

Pour Métaphores, Timothée Coyras.  

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24 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo - 24/11/15 - Penser la nature ?

Apero philo

 

L' Apéro-philo du mardi 24 novembre 2015 s'est tenu exceptionnellement à l'Ecole Supérieure de Commerce (ESC) de Pau. Nous avons eu l'occasion d'intervenir dans le cadre de la préparation à la Semaine de la Philosophie qui se tient du 30 novembre au 05 décembre dans les locaux de l'ESC sur le thème de la Nature.

Notre sujet fut : Penser la nature ? 

      "Nous ne savons pas ce qu'est la nature et ne pouvons pas le savoir. Au cours des siècles, et selon les paradigmes de leur culture, les civilisations humaines ont développé diverses représentations, animistes, thélogiques, métaphysiques ou scientifiques. Aujourd'hui, dans un état du monde marqué par le triomphe de la technologie et la globalisation, mais également par de graves incertitudes sur l'avenir, on se demandera s'il n'est pas urgent d'interroger notre paradigme de croissance indéfinie et d'"arraisonnement" de la planète. Une nouvelle vision du rapport de l'homme à la nature peut-elle naître de ces interrogations ?"    

Pour Métaphores, GK

 

Pendant un peu plus d'une heure, les philosophes de "Métaphores" ont présenté tour à tour divers enjeux permettant d'engager la discussion avec le public. En voici un résumé.

1)        Partant de la double étymologie, grecque et latine, Guy Karl est intervenu sur "le sens de la nature", sur ce rapport intime qui relie l'homme à cette ressource inépuisable qu'est la Physis (telle que les Grecs l'ont pensée dès l'Antiquité) et qui constitue l'origine féconde de la création. La modernité, de ce point de vue, a perdu ce sens de l'originaire, remplacé par un désir furieux d'emprise, de conquête et de maîtrise dont le mercantilisme contemporain représente le triste parangon. L'idée de la contemplation, chère aux Anciens peut-elle encore faire sens ? Et avec elle, cette belle intuition léguée par Anaximandre selon laquelle la nature illimitée (Apeiron) nous donne à méditer le sentiment tragique de la vie ?

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2)       Peut-on seulement penser la nature et de quelle manière ? Didier Karl a interrogé à partir des thèses d'Auguste Comte, les trois paradigmes dominants à travers lesquels les sociétés humaines se sont liées à un Réel primitivement incompréhensible et hostile. Passant d'un mode d'appréhension théologique, puis métaphysique et scientifique, l'esprit humain a construit une relation à la nature déterminée par un "impensé", par une structure mentale inconsciente constituant un mythe grâce auquel cette relation a pu prendre sens. Science et technologie peuvent alors se comprendre comme des mythes contemporains, comme des récits au service d'une conquête infinie et d'un pouvoir sur une nature devenue rentable et dont le caractère mystérieux aurait disparu.

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3)        Il devient urgent d'interroger la désacralisation de la nature, caractéristique de la modernité dans laquelle la technique joue un rôle central. Tel est l'enjeu de cette troisième intervention proposée par Marie-Pierre Carcau. Les analyses de Martin Heidegger (Essais et conférences) sont convoquées pour penser la distinction entre "technique artisanale" et "technique moderne". Si la première prolonge les formes naturelles à l'image de l'outil (imitant la nature), entretient une connivence entre homme et nature, la seconde manifeste un défi, une défiance, une rupture du lien sous la forme d'une agression. L'image du fleuve dont le cours est stoppé par une centrale illustre le propos et symbolise le processus d'intervention catastrophique de l'homme sur le dynamisme naturel. Tel est le sens de l'arraisonnement ou interpellation de la nature, fonds de réserve désormais exploitable mis à disposition des ambitions humaines et des intérêts. 

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4)       Comment renouer un lien qui puisse respecter les équilibres naturels sans engager l'homme dans une régression technique ou dans une attitude passéiste ? Procédant de quelques rappels de bons sens, David Pourille a envisagé la constitution de nouvelles relations à la nature fondées non pas sur un romantisme désuet mais sur la possibilité d'un contrat moral passé avec elle. L'idée du principe responsabilité de Hans Jonas est mobilisée dans ce sens. La nature peut-elle devenir sujet de droit ? Que peut signifier ici le terme de "sujet" et pour l'homme, quels devoirs et quels impératifs ? Il semble que ce soit davantage en termes de partenariat ou de congruence, en référence à Herbert Marcuse, que l'homme doive penser le rapport entre technologie et nature. Mais un tel partenariat présuppose la reconnaissance de réelles solidarités qui nous rappellent notre essentielle et définitive appartenance à la nature.

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         Résumé pour Métaphores, DK

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11 décembre 2014

Résumé de l'Apéro-philo du 23/12/14 : folie et sagesse

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          L'apéro-philo du mardi 23 décembre s'est tenu sur le sujet suivant :

 

        Sujet : "Un homme sans folie est-il si sage qu'il croit ?"

          La soirée débute par la lecture de quelques extraits du Pseudo Hippocrate : « Du rire et de la folie », récit drolatique de la supposée « folie » de Démocrite. On y découvre que les habitants de la Cité d'Abdère ont fait venir le très fameux Hippocrate, pour diagnostiquer l'état du grand sage, créateur de la théorie des atomes. Celui-ci, saisi d'un rire étrange et récurrent devant les activités de ses contemporains et agissant de manière inintelligible, suscite leur inquiétude. Comment la sagesse d'un tel homme peut-elle cohabiter avec cette incompréhensible hilarité ? Le sage serait-il devenu fou ? Sagesse et folie seraient-elles comme l'eau et l'huile, deux réalités immiscibles ou se conditionnent-elles mutuellement ? Mais alors à quel niveau ? Et de quelle façon ? Voilà qui pose plutôt bien les termes de notre discussion de ce soir. 

        Nous écartons d’emblée la folie pathologique, la psychose, pour examiner la folie « ordinaire ». Mais celle-ci relève-t-elle d’une définition univoque ? Tantôt excès, exubérance, exaltation, démesure, déraison, conduite hors-norme, voire scandaleuse, tantôt inventivité géniale, elle déplace nos catégories, interroge l’idée même de raison : est-il bien raisonnable de suivre en tout la raison si celle-ci nous condamne au plus plat conformisme et à la stérilité de la répétition ? Face à la folie de l’excès il y a la folie inverse de la platitude et de la normopathie. Folie triste face à la folie gaie.

       Retour au sujet – Il nous faut interroger cette "croyance"  initiale qui nous porte à construire une image stéréotypée de la vie sage, incarnée dans l'impératif de la domination et de la maîtrise de soi. Cette pseudo-sagesse ne désigne-elle pas en nous la force des conditionnements initiaux, le régime de la peur, l'angoisse devant le risque de vivre une vie qu'aucune norme ne contient réellement ? Se croit sage l’homme qui ignore en lui-même la présence d’une folie intime, invisible, inapparente, suite au refoulement massif du désir, des pulsions inconscientes, sous la contrainte de la normalité sociale. De fait un homme sans folie est une impossibilité, visage mortifère du renoncement à vivre de sa propre singularité. 

        Il y a du mouvement dans la nature –organisation et désorganisation, et de même dans la psyché : la vie est changement, impermanence, fluctuation. Vivre c’est assumer la mobilité. Faire et défaire, recommencer, faire autrement à l'image de la création artistique et du génie qui retiennent un moment notre attention. 

       Et la sagesse ? Ce serait une erreur de ramener la sagesse à une pure et simple soumission à la raison, au prix d’une sorte de désubjectivation : triomphe de la pulsion de mort. Mais ce serait une erreur tout autant dramatique de s'abandonner à un désir d'illimitation, de se laisser absorber par la fascination d'une folie de la démesure, de l'Hybris ravageuse. Sans doute, y a-t-il à humaniser le désir, à tenter de le penser quelque peu en l'inscrivant dans le jeu de la culture vivante.  La vraie sagesse, si elle existe, implique la prise en compte de la folie intime, avec son ambivalence constitutive, avec son risque, mais aussi, par la connaissance, l’action modératrice et éclairante de la raison. Difficile dialectique, travail infini. C’est dire que l’accès à la sagesse est le programme d’une vie entière, et que ce programme est rarement réalisé.

                   GK et DK

 

Les commentaires et idées relatives au sujet sont les bienvenus.  

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Posté par metaphores 64 à 00:08 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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