CAFE-PHILO (2)

Activité philosophique libre et gratuite, mensuelle, proposée le second mardi (sauf exception) de 18h45 à 21h, animée par Guy Karl, philosophe. Le sujet est voté par les participants à la suite des propositions qui sont recueillies en début de soirée. L'objectif consiste à penser ensemble les enjeux de la question. L'animateur fait des synthèses régulières et clarifie les enjeux lorsque c'est nécessaire. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés.

Une pause apéritive et conviviale est prévue (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une second temps la réflexion collective.

25 novembre 2018

CAFE-PHILO - 11/12/18

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  décembre (activité libre et gratuite) se tiendra le mardi 11 à 18h30 au café le W (face au lycée Barthou, place Louis de Gonzague). Il sera animé par Guy et modéré par Nicole. Comme d'habitude, le sujet sera voté par les personnes présentes à la suite des propositions (sujets, citations, questions...) que chacun pourra faire en début de séance. L'objectif consiste à traiter collectivement les problèmes soulevés par le sujet. L’animateur fera des synthèses régulières et apportera si besoin quelques précisions pour relancer la discussion.

Aucune compétence spécifique n'est exigée. Le désir de penser et d'interroger des enjeux essentiels avec d'autres que soi est simplement requis. (Nul n'est obligé de prendre la parole.)

Nous ferons une pause apéritive et conviviale vers 19h20 (consommation non obligatoire) avant de reprendre pour une deuxième partie. Fin de l'activité vers 20h40. 

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19 octobre 2018

Résumé Café-philo - 13/11/18 - Peut-on espérer être libre ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO (format horaire et lieu modifiés) du mois de novembre (activité libre et gratuite) s'est tenu pour la première fois au café Le W5 place St-Louis-de-Gonzague à Pau ce mardi 13 à 18h30. Nous remercions vivement nos hôtes pour leur accueil chaleureux dans ce nouveau lieu palois fort sympathique.

Le sujet voté par les nombreux participants après avoir recueilli les diverses propositions fut :

Peut-on espérer être libre ?

Résumé de la soirée :

 1)   Formulée de la sorte, la question présuppose une absence de liberté, à laquelle l’espoir apporterait son lot de consolation : qu’est-ce que l’espoir, en effet, sinon l’indice d’un manque, d’une impuissance relative et d’une ignorance quant à l’avenir ? Espérer est facile, agir est plus difficile : on se demandera donc s’il faut se borner à espérer la liberté, ou s’il ne faut pas plutôt agir dans le sens de la liberté.

2)   Le premier temps de la réflexion a porté sur l’extrême difficulté à donner un contenu positif à l’idée de liberté. En fait c’est plutôt la contrainte, dans ses diverses formes, qui a retenu l’attention du groupe : contraintes naturelles, biologiques et physiologiques ;   contraintes sociales, politiques, juridiques, sociétales ; contraintes psychiques, observables dans les croyances rigidifiées, les mécanismes de répétition, les effets des traumatismes, et en général dans les pathologies psychiques. En somme, à la fois la nécessité, le déterminisme, et les obligations. Comment dès lors accéder à une certaine liberté qui ne soit pas une vaine illusion ?

3)   Il en ressort qu’il faut partir des faits – la dépendance, voire l’aliénation – en prendre conscience et les analyser dans une perspective de libération : c’est le programme de la philosophie depuis ses débuts. Mais il faut voir que ce travail est infini, toujours à reprendre, car on ne peut se reposer définitivement sur des acquis. Chaque époque, chaque civilisation apporte son lot de contraintes inévitables et les réponses d’un jour sont rapidement obsolètes. La question demeure : comment parvenir à l’autonomie – se donner à soi-même ses propres lois – dans un monde soumis largement au principe d’hétéronomie, l’Etat, le droit positif, le travail, l’organisation des rapports sociaux etc ?

4)   Une autre difficulté vient de notre rapport ambivalent à la liberté. Car si chacun déclare volontiers aimer et désirer la liberté, dans les faits on observe souvent un mouvement de recul inspiré par la crainte, l’angoisse de l’indétermination, la peur du vide ou de l’inconnu. Pourquoi les peuples se donnent-ils des tyrans, travaillent-ils à la servitude comme s’il s’agissait de la liberté ? C’était la question de La Boétie dans son traité sur « la servitude volontaire ». Et celle de Wilhelm Reich dans sa « Psychologie de masse du fascisme ». Mais c’est aussi la question que chacun de nous devrait se poser pour son propre compte : suis-je sincère quand je prétends désirer la liberté ?

5)   La tendance spontanée est peut-être la recherche du bien-être, du plaisir, de la sécurité, ce qui ne va pas sans une certaine répétition. La liberté exige un effort, un affrontement à l’inconnu et à l’indéterminé, donc un risque. En fait, quand nous espérons la liberté, le plus souvent nous ne faisons que fantasmer un certain état de puissance, ou de jouissance qui satisfait imaginairement nos tendances latentes, sans voir que pour agir librement il faut créer un rapport inventif et original avec le monde qui nous entoure. C’est dire aussi que pour être libre il faut accepter de travailler avec les déterminismes, les obligations et les contraintes, hors de quoi, sous le beau nom de liberté, on ne fait que promouvoir la fuite dans l’imaginaire.

6)   Pour notre problème nous pouvons trouver une belle solution dans l’exemple de Spinoza : il montre abondamment comment l’homme est spontanément soumis à la servitude, politique et mentale, et qu’il lui faut commencer très positivement à examiner et analyser toutes les déterminations qui pèsent sur lui. Par ce travail de conscience lucide il découvre la puissance libératrice de l’esprit et peut se donner à lui-même l’image de l’homme libre. C’est dire aussi, que par un renversement extraordinaire de notre problématique, on est amené à conclure que la liberté existait déjà en germe dans l’esprit, et que c’est en développant la connaissance qu’il accède à sa pleine maturité. – Dans un langage contemporain je dirai : il faut poser l’existence d’un pré-sujet, virtuellement libre, pour pouvoir penser ce travail de libération progressive qui se joue traditionnellement dans la philosophie. C’est sans doute la seule réponse cohérente à la thèse du déterminisme absolu.

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 septembre 2018

Résumé Café-philo - 09/10/18 - Se moquer du monde ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois d'octobre (activité libre et gratuite) s'est tenue le mardi 9 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne. Le sujet voté par le groupe fut : 

 

« Peut-on ne pas se moquer du monde ? »

Résumé de la soirée : 

1)   « Peut-on ne pas … » La question présuppose un état de fait antérieur auquel il faudrait renoncer, ou qu’il faudrait combattre, ici, la supposition qu’on se moque du monde, que tout un chacun, peu ou prou, se moque du monde. Mais que signifie « se moquer du monde « ?

2)   Se moquer : railler, critiquer par la dérision, grimacer (voir l’espagnol). Se moquer en s’indignant, en dévaluant. Se moquer par méchanceté, ou plus simplement pour se distancier, se retirer, affirmer sa différence, son intégrité personnelle, sa singularité. On se moque d’autrui mais autrui en fait tout autant, si bien que la moquerie peut s’entendre comme une pratique sociale universelle, une forme paradoxale du lien social, qui marque à sa manière la fameuse « insociable sociabilité » signalée par Kant.

3)   La réflexion du groupe se déplace alors vers « le monde ». Quel est ce monde dont « on » se moque ? Peut-il s’agir du vaste monde, de la planète ? C’est peut-être forcer le trait. Il s’agit plus vraisemblablement du monde social, humain qui nous entoure : on se moque des êtres humains, relevant leurs ridicules ou leurs bassesses. Mais le monde est aussi, plus étroitement, le monde de chacun en particulier : l’espace de confort ou d’inconfort où nous vivons, qu’autrui peut bien moquer à l’occasion puisque nous faisons de même. Ce qui fait monde c’est un certain régime de sécurité, de normes acceptées, de valeurs qui définissent un lien social. Celui qui se moque du monde passe outre à des conventions qui font sens, comme l’escroc qui s’enrichit sans vergogne, le politicien qui trompe son monde. Où l’on voit aussi combien ce monde est fragile, menacé par l’incivilité, le délit ou le crime. La question qui revient avec insistance dans le groupe est de savoir s’il faut adhérer, adopter les valeurs sociales, ou si, en quelque sorte on peut s’en moquer au nom de la singularité.

4)   C’est alors qu’apparaît un tableau contrasté de figures dont on peut estimer qu’elles se moquent ouvertement du monde : l’hypocrite, le bavard du café du commerce, l’humoriste, le clown, le fou du roi, à quoi il faudrait ajouter, dans un registre plus philosophique, le cynique, le Diogène aboyant, vilipendant, grimaçant, jactant contre le « monde » de la fausse culture athénienne, au nom d’un idéal de vertu et d’authenticité. Ce vrai cynique inspirera de faux cyniques dont le seul but est de se faire un nom dans le monde en rabaissant autrui. Où l’on voit que la moquerie, si elle se réclame de hautes valeurs, peut aisément basculer dans l’égoïsme, l’arrivisme ou la destructivité.

5)   Un dernier grand moment de la discussion verra émerger une question capitale : ce monde dont nous parlons fait-il monde ? S’il ne repose que sur des conventions, des accords laborieusement passés entre les gens, des valeurs imprécises et changeantes, en quoi mérite–t-il le nom de monde ? Et pourtant c’est bien dans ce monde que nous vivons : on peut bien changer les lois, revoir les conventions, amender et corriger, sur le fond rien ne change. La loi d’aujourd’hui remplace la loi d’hier, mais c’est toujours la loi. Chacun fait semblant d’y croire tout en sachant que ce n’est que convention. Si le semblant est au cœur du monde et au cœur de chacun, il faut en conclure que le semblant est le régime ordinaire de la vie : dès lors on n‘en aura jamais fini d’ironiser et de moquer. C’est peut-être ce qu’il nous reste de liberté quand la liberté est rognée de toutes parts.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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16 août 2018

Résumé Café-philo - 18/09/18 - La loi est-elle la force des faibles ?

CAFE-PHILO (2)

 

C’est la Rentrée, la dixième depuis la création du CAFE PHILO !  Cet anniversaire est à saluer, il marque la permanence dans le désir. Merci à tous ceux qui se perpétuent dans l’existence par une heureuse disposition de pensée. « Il faut rire tout en philosophant ensemble» : Epicure.

Sujet voté  ce soir par les participants :

 La loi est-elle la force des faibles ?

1)   Cette question contient un présupposé : dans l’état de nature le fort est toujours le plus fort, il exprime naturellement sa puissance au détriment du faible. Seul, le faible est sans recours. Son recours sera l’association, le regroupement, selon l’adage : l’union fait la force. Les faibles associés, de par leur nombre, seront plus forts que les forts. Ils pourront créer dès lors un régime de droit qui bridera la force des forts. L’état civil serait né du ressentiment et de l’esprit de vengeance, et sa conséquence serait la limitation de la liberté et de la puissance.

2)   Cette thèse repose sur une certaine conception, disons aristocratique, de la force et de la faiblesse que l’on peut contester. Qui est le faible ? A quel point de vue ? Selon quel rapport ? Si l’on privilégie le point de vue économique ce sera le SDF, l’employé licencié etc. Politiquement ce sera le sans-droits, l’exclu etc. Intellectuellement le non-instruit, l’analphabète. On peut allonger la liste : toute société a ses faibles. Est-il patent que ce sont eux qui fassent les lois, ou bien, tout au contraire, ne sont-ce pas plutôt les forts (riches, possédants, chefs d’entreprise, hommes politiques etc) qui font voter les lois, avec le risque de privilégier leurs intérêts privés au détriment des plus faibles ? Pour y voir plus clair il faut mieux analyser la loi, ce sera l’objet de la première partie.

3)   Nous parlons ici de la loi telle qu’elle est énoncée par le Droit positif, c’est-à-dire l’ensemble des prescriptions et interdictions qui organisent la vie civile et politique. Ce Droit est l’expression de la puissance d’Etat, à ce titre il représente la légalité. En principe, la loi est valable pour tous, quelle que soit la situation des personnes. Son esprit est universaliste. Elle ne distingue pas entre fort et faible, riche et pauvre, instruit et non-instruit. Sa fonction est de régler les rapports entre les personnes juridiques, d’empêcher l’arbitraire et les abus, d’appliquer les sanctions en cas de comportement illégal. Idéalement la loi est la solution aux conflits d’intérêts, au désordre et à l’anarchie.

4)   En pratique les choses sont un peu plus compliquées. Le droit dit la justice, mais souvent ce n’est pas justice. Est–il bien sûr par exemple que le faible soit aussi bien défendu à la barre que le fort ?

Ecoutons La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blancs ou noirs »

Sans même parler des dictatures où la loi est l’expression des intérêts du potentat, il n’est pas sûr qu’en démocratie le Droit protège les sacrifiés du système économique et les exclus en tout genre. L’équation droit =justice est une position de principe, que viennent contredire les faits.

5)   Remarquons aussi que la loi est évolutive « semper reformanda », toujours à réformer, amender, corriger et améliorer : cela donne une chance aux oubliés d’aujourd’hui à qui on rendra peut-être justice demain. Mais il faut bien convenir que ces réparations n’ont été obtenues que par un rapport de force (ex du syndicalisme, des partis de gauche), et qu’à ce titre elles peuvent tout aussi bien être reperdues (tatchérisme, et autres). Le Droit exprime un certain état des forces sociales à un moment donné, et à ce titre il n’a rien de sacré ni d’éternel. La question de fond reste : qui (quelles forces sociales) fait la loi, pour qui, avec quels moyens ?

6)   En seconde partie la discussion a porté plus précisément sur le rapport entre la loi et le citoyen, qui, s’il comprend bien que la loi est nécessaire dans son principe pour limiter, répartir et corriger, a souvent le sentiment, dans la pratique de la vie, que la loi est tâtillonne, exagérément limitative et finalement incompréhensible. Trop de loi tue la loi. L’évolution du droit reflète une évolution de la société vers la surveillance universelle, le contrôle permanent. Au nom de la sécurité, qui est certes un élément central du Bien Public, on en vient insidieusement à vider la liberté de son contenu effectif, pour ne laisser subsister qu’un maigre droit de vote, par lequel on croit qu’est sauve « la souveraineté du peuple », fondement ultime de l’Etat et du Droit.

 Pour Métaphores, Guy Karl

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26 juin 2018

Résumé Café-philo - 11/07/18 - L'irrationalité, moteur de la vie ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 11 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne

Le sujet voté par le groupe nombreux et motivé fut :

 

L'irrationalité est-elle le moteur de la vie ?

 

1)   La difficulté de ce sujet tient au caractère flottant de la notion d’irrationalité. Si la rationalité est assez aisée à définir, le risque est grand de rejeter en vrac tout ce qui s’en sépare dans un agglomérat confus appelé « irrationalité ». Il faudra dégager des lignes de forces plus précises pour appréhender l’idée d’ « un moteur de la vie ». En quoi la vie échappe-t-elle, de sa nature, au projet séculaire de rendre compte des phénomènes en terme de rationalité ?

2)   Un premier moment consistera à définir la rationalité : effort de saisir les phénomènes dans la relation universelle de causalité : pas d’effets sans causes, pas de causes sans effets. D’où l’image d’un univers déterminé, connaissable, prévisible. La raison est avant tout ratio, calcul. Le calcul des causes permet de savoir, de prévoir et de pouvoir. Ce modèle toutefois a vieilli, et ne convient plus à la connaissance de l’infiniment petit. On se demandera également s’il convient à la connaissance de la vie, des organismes vivants et des réalités biologiques en général.

3)   Nouvelle approche, en relation avec les conduites humaines : on qualifie d’ « irrationnel » un sujet dont le comportement s’écarte des normes, qui brouille les statuts et les rôles, qui se montre décalé, imprévisible : ce dernier trait, l’imprévisibilité, n’est-il pas la marque spécifique du vivant, notamment du vivant humain, par quoi il affirme une singularité, conteste la régularité et la répétition, et par là prend le risque, certes de n’être pas compris, mais aussi de poser de la nouveauté dans le monde. Errement, errance – voire aberrance : cela dérange, mais fait réfléchir.

4)   Dès lors une idée un peu moins mécanique de l’irrationalité voit le jour, qui tient plus à l’instinct, à la pulsion, à l’innovation. Dans « moteur de la vie » on peut à présent entendre une disposition dynamique, active, créative qui s’observe à tous les étages du vivant – songeons par exemple à l’extraordinaire faculté d’adaptation des micro-organismes dans des conditions très difficiles, ou aux variations biologiques dans l’évolution des espèces. Peut-être peut-on, avec Bergson, parler d’un « élan vital » qui ne relève pas du schéma classique de la rationalité causale, mais plutôt d’une modèle dynamique et créatif.

5)   En seconde partie le groupe procède à une précision intéressante du vivant : le vivant est en mouvement (il évolue, il meurt), il est singulier (chaque organisme a ses particularités), il se transforme, il fait des choix. Vivre c’est sélectionner, dans le milieu, les objets favorables, sans lesquels l’organisme ne peut ni se maintenir ni se reproduire. C’est dire aussi que chaque organisme, à son niveau et à sa manière, possède son système de valeurs, qui définit son mode propre, et conditionne sa survie.

6)   Nous finissons la soirée en revenant à l’être humain, compris comme sujet vivant. La tendance occidentale est de surévaluer le rôle de la raison au motif qu’elle a fait ses preuves dans les sciences. C’est oublier que la raison n’est qu’une faculté  parmi d’autres, et que souvent elle est au service, sans le savoir, d’autres puissances, comme l’instinct, la pulsion, le désir et les passions. Qu’est-ce qui motive le sujet ? Qu’est-ce qui le rend vivant, créatif et entreprenant ? Gageons que notre « irrationnel » y joue un rôle plus décisif que notre raison, quelle que soit par ailleurs l’illusion que nous pouvons nourrir sur notre libre-arbitre.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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13 mai 2018

Résumé Café-philo -12/6/18 - Cesser de désirer pour être heureux ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Faut-il arrêter de désirer pour être heureux ?

 Résumé de la soirée :

1)   La question pose un impératif conditionnel : si tu veux être heureux, arrête de désirer. Qui dit cela ? On imagine un « personnage conceptuel », un sage ou un prêtre, une instance d’autorité, suspicieuse à l’égard du désir qui mettrait en garde contre les excès et les dérives qui en découlent : futilité, égoïsme, quête interminable et vaine, passions dévorantes, insatisfaction chronique. De ce point de vue en effet le bonheur s’éloigne à mesure qu’on croit le saisir. Mais ce constat permet-il de conclure à la nocivité du désir en tant que tel, ou plutôt à un certain usage déréglé, dû à l’aveuglement ou à la demesure ?

2)   Le groupe souligne avec force que le désir est une sorte d’élan vital, une manifestation de l’énergie, un mouvement d’affirmation connaturel à l’existence même du sujet. Qui perd le désir perd le goût de vivre, et s’en va glissant vers la dépression, voire le suicide. On ne peut arrêter le désir, sauf à soutenir qu’il faut être mort pour être heureux.

3)   Nous voici en face d’un paradoxe : suivre le désir serait s’empêcher d’être heureux, et ne pas le suivre ne garantit pas davantage le bonheur. Alors que faire ? Peut-être n’y a t-il pas de rapport direct, causal, entre désir et bonheur. La question se révèle plus complexe qu’il n’y paraissait au départ.

4)   Vouloir arrêter de désirer relève d’un forçage, voire d’une mutilation (castration ?). On croit éviter la souffrance du désir et on bascule dans une souffrance pire encore, en compromettant les chances d’une juste et belle affirmation de soi. Sans compter que ce projet est sans doute impossible : prétendre arrêter le désir est encore un désir : que désire celui qui désire ne plus désirer ? Avançons une hypothèse : ce n’est pas le désir en tant que tel qui pose problème mais l’attachement à certains objets que l’on peut considérer comme pernicieux ou funestes. Dès lors le problème devient : quels sont les objets qu’il faut arrêter de désirer ?

5)   Il apparaît à l’analyse qu’il n’est pas facile de distinguer le désir des objets qui le sollicitent : objets de consommation, de réputation, de « gloire », de plaisir, de jouissance, de savoir et de pouvoir. On se laisse spontanément fasciner par ce qui nous attire. Mais précisément, c’est la force et la liberté de l’esprit que d’apprendre à analyser la valeur de ces objets, de créer une distance critique entre eux et nous, et ainsi d’apprendre à choisir – ce qui ne va pas sans éliminer. C’est en ce sens qu’il faut entendre les recommandations des sages : distinguer dans les objets ceux qui nous nuisent, ceux qui sont inaccessibles, ceux qui augmentent notre puissance d’agir (Spinoza), et ceux qui élèvent notre liberté et notre connaissance (Epicure).

6)   Il ne s’agit donc pas d’arrêter de désirer mais de désirer « le bien » - pour le moins ce qui nous fait du bien, et peut-être, par extension, ce qui fait du bien autour de nous.

7)   Question : n’y a-t-il pas dans le désir une certaine souffrance ? La souffrance est moins le fait du désir lui-même (encore que dans tout désir il y ait une certaine tension, mais qui n’est pas forcément désagréable)  que de l’attachement passionnel à l’objet, comme on voit dans l’ambition galopante, dans la frénésie amoureuse ou la jalousie. Il faudrait, pour bien faire, à la fois désirer et ne pas désirer, comme on dit en Orient « agir sans agir » : attitude souple et ferme, sans crispation ni mollesse.

8)   Reste la question du bonheur : il n’est pas sûr que désirer rende heureux mais il semble acquis qu’arrêter de désirer, à supposer que cela soit possible, rende définitivement malheureux.

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 mai 2018

Résumé Café-philo - 07/05/18 - Pourquoi sommes-nous pressés ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  mai (activité libre et gratuite) s'est tenu lundi 07 mai à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par l'assemblée après les diverses propositions fut : 

Pourquoi sommes-nous pressés ?

Résumé de la soirée : 

« Pressés comme des citrons » : image d’une compression et d’une impitoyable torsion - mais surtout image de la précipitation, de l’emballement : qu’est-ce qui fait courir si vite, de plus en plus vite, et pour aller où ? Sommes-nous victimes d’une accélération universelle qui nous emporte malgré nous, ou bien complices consentants, au détriment de notre être ? Est-il possible de faire halte, de cultiver un écart, dans un monde qui requiert « la mobilisation infinie » (Sloterdijk) ?

1)   En première partie le groupe dresse l’image du monde actuel dominé par le souci de la production, de la rentabilité et de l’efficacité : rythme, gestion du temps, organisation. La technologie, qui fait gagner du temps, permet de réinjecter le temps gagné dans la production, pour faire gagner encore du temps, qui à son tour sera exploité. C’est la face visible d’un processus qui affecte en profondeur tous les secteurs de la vie économique et sociale, provoquant une vertigineuse accélération : capitaux, placements, progrès technique, décisions politiques etc

2)   Ce processus vient contredire un autre temps, le temps du corps, qui connaît ses lenteurs et ses besoins, son rythme propre – encore que l’on voie le système productif modifier les équilibres et les rythmes biologiques, en créant par exemple le stress caractéristique de certains milieux professionnels, suivi d’effondrements dépressifs. Trop pressé, le corps finit par craquer. Ce qui nous incite à penser qu’il importe de respecter le corps, en particulier en protégeant l’enfance, et le travailleur.

3)   Est-il possible de se ménager une « arrière-boutique », comme dit Montaigne, pour se sentir adéquat à soi-même, y cultiver la contemplation, l’intuition, la méditation ? Qui a pris conscience de sa mortalité voudra vivre le temps et non courir après le temps. Sauf si, pris d’angoisse, il s’imagine que par la multiplication des expériences, l’intensification des passions, il puisse combattre la mort, auquel cas il retombe de fait dans l’idéologie du « toujours plus » et du « de plus en plus vite », victime consentante du système. Alors réapparaissent les symptômes de la surconsommation, de l’addiction, de la frustration, de l’intolérance et de l’impatience : maladie postmoderne du temps.

4)   Vient alors la question éthique et thérapeutique : comment accéder à sa propre temporalité de sujet conscient de soi et de sa finitude. S’esquisssent les traits d’un conflit entre le dedans et le dehors, l’objectif et le subjectif, entre le temps des horloges et le temps intérieur. Le temps n’est pas un objet consommable et étirable, il n’est pas un stock renouvelable : c’est dans son intimité de sujet mortel que l’individu peut retrouver ces vérités, voyant son corps se développer puis s’étioler. On ne peut maîtriser, arrêter ce qui coule comme un fleuve, et qui ne revient jamais. Nous tentons pour finir de dessiner les contours d’un lâcher-prise qui n’est pas un abandon pur et simple, ni un découragement.

5)   Pourquoi sommes-nous pressés ? Certes c’est notre monde qui le veut ainsi. On se demandera où cela va nous mener à terme. Ce n’est pas raison pour se laisser manipuler, ou en rajouter en abusant des leurres technologiques. Et enfin, pourquoi, en son for intérieur, pourquoi serait-on pressé, si de toute manière l’issue est inévitable ?

Pour Métaphores,

Guy Karl

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01 mars 2018

Résumé Café-philo - 17/04/18 - Création, ivresse et exaltation

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois d'avril s'est tenu le mardi 17 à 18h45 au Palais Beaumont à Pau. Le sujet voté à partir des neuf propositions formulées par le groupe présent fut :

La création suppose-t-elle l’ivresse et l’exaltation ? 

1)   L’énoncé induit presque irrésistiblement l’image du génie possédé par la démesure de son inspiration, image longtemps cultivée par une certaine tradition « romantique ». C’est évidemment faire la part belle à l’irrationnel – quand d’autres voix s’élèvent pour rappeler le rôle déterminant du travail, de la patiente composition au jour le jour. « Un dixième d’inspiration, neuf dixième de transpiration ». Notre propos sera d’examiner ce que signifie ce « suppose » : l’ivresse et l’exaltation sont-elles causes de la création ? Ne font elles qu’accompagner la création ? Sont-elles éventuellement absentes de la création ? Et enfin voir si l’on peut trouver la source, ou les sources de l’activité créatrice.

2)   Quels sont les critères qui permettent de définir une création, sachant qu’il ne peut exister de création ex nihilo ? La création fait surgir dans le monde une réalité qui jusque-là n’existait pas, qui se présente comme innovante, inventive, originale. C’est l’œuvre de la « poièsis », l’acte de faire du neuf, et non pas une simple « technè » qui répète des procédures anciennes au service de l’utilité. De plus la création se caractérise par un processus d’extériorisation, d’expression – l’idée, l’intuition se manifestent dans une forme concrète, visible par autrui. Dans le cas du génie elle atteint l’universel, exprime en son temps une dimension universelle : on donne l’exemple de Guernica qui condense en un tableau toute l’horreur d’une époque.

3)   Ainsi définie la création suppose-t-elle l’ivresse ? Mais que faut-il entendre par ivresse ? « Enivrez-vous ! » écrivait Baudelaire. L’ivresse est un état second, provoqué par des substances chimiques, ou par un certain enthousiasme, un emballement cérébral, une excitation pulsionnelle, une imagination enfiévrée, par quoi le sujet quitte la représentation ordinaire et normée de l’existence commune, pour voyager quelque temps dans un territoire psychique ou spirituel particulier : parfois des visions, voire des délires ou des hallucinations peuvent se produire (on songe au « dérèglement de tous les sens » prôné par Rimbaud dans « Une saison en enfer »). Un tel état est-il favorable à la création ? Rien n’est moins sûr : la vision élargit la perception, mais cela ne garantit pas l’accès à l’expression, qui reste quand même la finalité recherchée. Combien de « visionnaires », incapables de transmettre intelligemment leurs visions ! Il faut savoir disposer d’un outil, d’une aptitude expressive, d’un art, de techniques sûres, et sans doute beaucoup travailler ! « Les dieux, disait à peu près Valéry, vous font la grâce du premier vers, à vous de trouver la suite ! »

17 04 18

4)   La notion d’exaltation a été un peu moins analysée. On pourrait dire que l’exaltation est un passage à la limite (ex-altus : en dehors de l’extrême, altitude ou profondeur). Il y a des exaltations du sublime, des élévations vers le divin ou la beauté, mais aussi des exaltations sombres et ténébreuses, de tonalité mélancolique (voir « les Chimères « de Nerval). Dans les deux cas le sujet perd la référence commune (le sens commun) pour se déréaliser dans des territoires hors-norme. L’exaltation peut être un extraordinaire moteur pour s’élever ou s’enfoncer, ouvrant de nouveaux territoires à la perception. Mais le problème est le même que pour l’ivresse : rien ne garantit le passage à l’écriture, à la composition, à l’expression.

5)   La fin des débats a porté essentiellement sur les facteurs de la création : pourquoi créer ? Et quel bénéfice ? La création est de par sa nature même une protestation contre l’ordre des choses, une révolte contre la mornitude du monde, contre la répétition, l’ennui, le non-sens. En elles–mêmes, l’ivresse et l’exaltation, suivies ou non de création, témoignent de ce besoin impérieux de s’affranchir des limites de la réalité, de voyager dans l’inconnu, d’explorer de nouvelles terres. Quand ce profond désir se matérialise, au prix du travail, dans une œuvre innovante, l’inventeur goûte une autre ivresse encore, plus sereine et tamisée, celle de la joie de créer, qui est peut-être la plus haute joie que l’homme puisse goûter ici-bas.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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10 février 2018

Résumé Café-philo - 13/03/18 - Rechercher la beauté ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  mars (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par les participants présents fut : 

Y a-t-il nécessité à rechercher la beauté ?

Résumé de la soirée :

1)   Existe–t-il « la beauté » ou seulement des choses, des œuvres belles ? Si la beauté en soi est introuvable, nous n’en faisons pas moins l’expérience, sous les espèces de l’émotion esthétique, de la sensation de plaisir, voire de l’extase (le syndrome de Stendhal). Expérience essentiellement individuelle, même si la beauté est régulièrement codifiée, normée par les institutions, les écoles et les traditions. Second paradoxe : si chacun est souverain dans le domaine de l’appréciation esthétique, l’idée de beauté est en elle-même universelle, comme référence, comme valeur, alors même qu’il n’existe pas d’accord universel sur la qualité de telle ou telle œuvre artistique, voire sur les beautés de la nature. Ces deux paradoxes (social-individuel ; subjectif-universel) sont indépassables, et creusent dans cette question un véritable abîme de perplexité.

2)   On relève qu’il y a bien des différences entre l’agréable, le joli, le beau et le sublime. Dans le beau il y a un élément, au-delà de la proportion, de l’harmonie, qui inquiète : «  le beau c’est ce qui désespère » (Valéry) ou de Breton : « la beauté est convulsive », expressions d’artistes qui témoignent là, d’intimité, de l’ « effroi du beau ». La beauté intimide parce qu’elle rend sensible l’écart entre la quotidienneté, la médiocrité, la banalité, la trivialité, et cette perfection à la fois offerte et refusée, accessible et inaccessible.

3)   Quelle nécessité nous pousserait à rechercher la beauté ? Plusieurs personnes évoquent la joie, l’intensité nouvelle qui transporte l’âme, qui dynamise la vie, comme un appel à une dimension supplémentaire, une certaine qualité de bonheur qui exige d’être communiquée et partagée. « Supplément d’âme » ? La beauté est du côté des forces de vie, la laideur des forces de mort.

4)   D’autres insistent plutôt sur le don de sens – à entendre à la fois comme sensualité, sentiment et comme signification. Mais quelle signification ? L’œuvre parle, parfois elle crie, créant une résonance mystérieuse et intime entre celui qui crée et celui qui contemple : accord qui ne relève d’aucune obligation ni contrainte, mais plutôt d’une « nécessité » toute subjective, à la fois libre et impérieuse. C’est pourquoi l’expérience esthétique est de l’ordre de la rareté – relative, car si pour certains, comme l’artiste, elle est vitale à sa création, elle peut être tout à fait exceptionnelle pour d’autres, ou quasiment absente.

5)   Un participant, dans un bel élan philosophique, déclare que pour lui la beauté est un psychotrope, autrement agissant que les substances chimiques. Un psychanalyste contemporain (Julia Kristeva) dirait : un contre-dépresseur. Remarque précieuse : sans psychotrope, quelles qu’en soient les modalités, que deviendrait la vie ? Songez à ce que dit Baudelaire de l’ « ivresse ».

6)   Reste que l’on assiste aussi, hélas, à un dévoiement public de l’usage de la beauté, au service de la publicité, du marketing, de la consommation, et de l’idéologie. C’est aussi un marché, et un enjeu politique et idéologie. Pensez aux artistes embrigadés de force au service de l’Etat ou du Parti.

7)   Concluons : il y a bel et bien une nécessité à rechercher la beauté, plus encore à la trouver : dans le spectacle de la nature (qui a aussi ses laideurs), dans les arts, dans les personnes, et parfois même dans la quotidienneté. Expérience précieuse, intime, réconfortante, apaisante ou dynamisante, allègre et heureuse, mais non sans un certain coefficient d’étrangeté et de distance. Si la beauté s’abaisse trop vers nous elle confine à la joliesse et perd aussitôt sa qualité propre. Il est bon que ce qui est précieux soit également rare.

Pour Métaphores, Guy Karl

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15 janvier 2018

Résumé Café-philo - 13/02/18 : Perdre son temps ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de février 2018 (activité libre et gratuite) s'est tenu mardi 13 à 18h45 à Pau au Palais Beaumont. Il fut animé par Guy, philosophe, et modéré par Nicole. Le sujet voté par l'assemblée présente et motivée fut :

Pourquoi faudrait-il ne pas perdre son temps ?

Résumé de la soirée : 

1)   La question est évidemment une provocation, si l’on songe à l’injonction universelle de mettre son temps à profit, de gagner du temps, de gérer le temps, voire de le maîtriser. Si «  le temps c’est de l’argent » on saisit d’emblée la nature de cette injonction, dans un monde dominé par le souci de la rentabilité, de l’utilité et de la performance.  D’où l’intérêt de la question : faut-il se soumettre sans résistance au diktat du système, ou bien rechercher un autre rapport au temps, dans lequel le sujet puisse sauvegarder ou affirmer quelque chose de sa subjectivité créatrice ?

2)   D’emblée le groupe met l’accent sur cette injonction sociale et sociétale : le temps est précieux, il faut l’utiliser, ne pas le gaspiller, ne pas le perdre. Etre efficace, gérer rationnellement, être performant. Discours dominant qui exerce une pression constante, au travail, mais aussi hors du travail, dans les loisirs, l’organisation familiale, les rapports sociaux ; diktat qui détermine les rythmes de la vie sociale, mais aussi individuelle. Forme moderne de la moralité, avec ses devoirs et ses interdits spécifiques, qui détermine largement l’image que chacun se fait de soi et qu’il renvoie aux autres.

3)   Le manquement à cette injonction crée chez certains un sentiment de malaise, une sorte de stress, ou de mauvaise conscience : cela vérifie l’analyse précédente.

4)   Mais ces analyses ne rendent compte que d’un aspect de la question en négligeant le pôle subjectif : le sentiment de perdre son temps s’éprouve plutôt dans l’ennui, dans l’impuissance, dans l’inoccupation stérile, voire dans des occupations faites sans plaisir. On peut perdre son temps tout en se dévouant  à quelque tâche socialement utile, pour peu qu’on n’y trouve aucun intérêt personnel. Apparaît alors un nouveau thème : le temps devient mon temps si je suis en accord avec moi-même, si j’agis en conformité avec moi-même, selon mon désir, en exerçant ma liberté. Dans ce registre les injonctions et valeurs sociales n’ont plus cours. Le temps perdu c’est le temps aliéné.

5)   Perdre son temps c’est souffrir, soit par impuissance, inhibition – alors je ne puis rien faire, ni agir, ni penser – soit parce que je suis contraint de faire ce que je n’ai nulle envie de faire. Sitôt que je retrouve mon désir et ma liberté je n’ai plus le sentiment de perdre mon temps, et même si je ne fais que contempler, penser ou rêver, je suis dans mon temps (mon tempo) personnel, j’ai le plaisir d’être là, présent à moi et au monde. Voir la cinquième « Rêverie » de Rousseau, qui, allongé sur sa barque au milieu du lac de Bienne, goûte le ravissement d’une inactivité plaisante et le pur sentiment de son existence.

6)   « Les processus inconscients sont intemporels » notait Freud. C’est dire que par un côté de notre être nous sommes étrangers aux impératifs sociaux, dans la rêverie, le fantasme, le désir et les productions diverses de l’art. L’homme est condamné à vivre sur deux plans à la fois, s’adaptant vaille que vaille à la nécessité sociale (principe de réalité), et rêvant d’une vie plus libre (principe de plaisir). Quand l’opposition entre les deux plans est trop violente l’homme souffre, et a le sentiment de perdre son temps en manquant sa vie. Dans l’idéal on peut souhaiter que chacun puisse, dans la mesure de ses moyens, et selon les circonstances, introduire un peu de fantaisie dans le sérieux de la vie, et faire souffler « un supplément d’âme ».

Pour Métaphores,

Guy Karl

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