Apero philo

Activité philosophique libre et gratuite, mensuelle, proposée le troisième jeudi (sauf exception) de 18h45 à 21h, animée par Guy Karl, philosophe. Le sujet est annoncé à l'avance sur le blog pour permettre à chacun d'y réfléchir au prélable. L'animateur fait en début de soirée une présentation des enjeux à partir d'un plan problématisé que le groupe décide de suivre ou pas. La discussion s'engage. L'animateur fait des synthèses régulières et clarifie les enjeux lorsque c'est nécessaire. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif.

Une pause apéritive et conviviale est prévue (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une second temps la réflexion.

01 juin 2019

APERO-PHILO - 20/06/19 - Tu dois changer ta vie

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra le jeudi 20 juin à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

"Tu dois changer ta vie " - est-ce un impératif recevable ?

Guy Karl, présentateur-philosophe, fera une introduction problématisée autour des enjeux de la question d'une vingtaine de minutes avant de donner la parole au groupe qui décidera de suivre ou pas le plan proposé. 

Rappelons que nul n'est obligé de prendre la parole même si le groupe oeuvre collectivement à la résolution des problèmes. L'animateur fera des synthèses régulières en apportant si besoin des clarifications. Nous ferons une pause apéritive à mi-parcours (consommation non obligatoire) avant de reprendre pour une seconde partie. Fin de l'activité vers 21h. Possibilité de rester diner dans le restaurant.

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02 mai 2019

Résumé - Apéro-philo - 23/05/19 - Propriétaires de notre corps ?

Apero philo

L'Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de mai 2019 s'est tenu le jeudi 23 mai à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne (Pau) sur le sujet suivant : 

Sommes-nous propriétaires de notre corps ?

Résumé de la soirée :

Spontanément chacun dira oui : c’est mon corps, pas celui du voisin, je le vis de l’intérieur comme une présence constante, évidente, indiscutable. De lui je suis inséparable, comme je le vois, le sens dans la douleur et l’exultation. Mais cette impression immédiate ne décrit que le vécu subjectif, elle n’établit en rien une propriété. On pense d’emblée à des situations d’esclavage, ou de servage, où le corps est la propriété d’un maître, où l’esclave est privé de tout droit jusque dans le plus intime. Il importe de préciser la notion de propriété si l’on vent saisir l’esprit de la problématique.

Il faut distinguer la possession et la propriété : la possession relève de la force d’emprise, hors de tout cadre légal. La propriété est définie par le droit, coutumier ou positif. Code civil : « La propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu que l’on ne fasse pas un usage prohibé par les lois ou les règlements ». On remarque que l’idée de propriété s’entend pour les choses, les objets, les biens meubles ou immeubles, et non pour les personnes. Pourtant, dans le passé, on achetait et vendait des êtres humains, considérés comme des « outils animés » (Aristote). Comme quoi le statut de la personne supposée avoir la propriété de son propre corps n’est pas un fait universel. En Europe il faudra attendre 1679 pour que le Parlement anglais vote l’ « Habeas corpus » qui garantit la liberté individuelle en dénonçant les abus de la monarchie absolue.

Il faut s’interroger dès lors sur les causes qui privent le sujet de la propriété de son propre corps.

On remarque d’abord des faits troublants où le corps fait l’objet de trafics mercantiles, où le sujet est dépossédé de son corps, ou se dépossède lui-même par appât du gain : prostitution par exemple. Plus largement on note une pression sociale de conformité qui oblige tout un chacun à se ranger dans la norme, vestimentaire ou comportementale. Police des corps et des conduites qui contribue à déposséder chacun d’un libre usage de sa liberté. Bien sûr ce n’est pas l’esclavage antique, ce n’est pas le corps tout entier qui est aliéné, mais une part de son usage.

Bien sûr c’est mon corps, mais ce corps est livré au regard de l’autre, qui peut en retour nous objectiver, nous figer dans une « essence », une image qui n’est pas la nôtre. Mon corps, existence privée, devient public malgré moi, il m’échappe dans le regard d’autrui.

Mais le problème le plus sérieux se situe au niveau politique, dans ces régimes qui ignorent le droit de la personne, banalisent la violence, l’incarcération arbitraire, le contrôle et la surveillance absolue, interdisent la sortie du territoire. Ou l’esclavagisme, la traite des Noirs (et des Blanches). Le servage qui attachait le serf à la terre, comme un meuble. Et les divers totalitarismes, bien sûr.

Certaines religions, par ailleurs, affirment que le corps de l’homme – et son âme – appartiennent aux dieux, qu’il n’est qu’un véhicule transitoire, et que c’est Dieu seul qui décide de l’heure du trépas. Cette position revient à interdire et condamner le suicide, et peut-être même l’euthanasie.

La question initiale : « sommes-nous propriétaires de notre corps » est décidément une question politique, et qui n’a de sens qu’à ce niveau. Si maintenant nous nous proposons d’examiner le rapport intime que nous entretenons avec notre propre corps l’idée de propriété est totalement inadéquate :

Notre corps n’est pas un objet que l’on possède. D’une part il semble animé d’une vie propre (respiration, digestion, rythmes, métabolisme etc) à laquelle nous n’avons guère d’accès, sans parler même des maladies qui se déclarent sans notre consentement, qui évoluent selon leur rythme, qui guérissent ou non. On peut agir bien sûr, et le « corps médical » s’y efforce, mais chacun voit bien que nous ne sommes pas vraiment maîtres de notre santé et de notre bien-être. Tout au plus peut-on apprendre à cohabiter prudemment. D’autre part nous sommes inséparablement liés au corps, d’une liaison naturelle, au point que ce qui affecte le corps nous affecte tout entier, comme un coup reçu, une blessure, un trauma etc. Par certains côtés j’ai un corps, par d’autres je suis mon corps, ou même, mon corps c’est moi. C’est par un artifice logique que nous distinguons le corps  et l’esprit, raidissant et objectivant les différences, alors que dans la vie vécue tout cela s’emmêle, s’entretient ensemble, échange et travaille à préserver la vie. Mais quand le corps nous lâche tout se lâche…

Pour Métaphores, Guy Karl

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08 mars 2019

Résumé Apéro-philo - 24/04/19 - « Je pense » ou « ça pense » ?

 

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L'Apéro-philo du mois d'avril (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Faut-il dire  « je pense » ou « ça pense » ?

Résumé de la soirée :

La question nous invite à prendre soin de la vérité : qu’en est-il de notre rapport à la pensée ? Sommes-nous libres de penser ce qui nous plaît, avons-nous le contrôle de notre pensée, pouvons-nous affirmer que ce qui pense c’est un sujet libre, personnel, singulier qui se désigne légitimement comme l’auteur de la pensée, un « je » conscient de soi – ou bien tout au contraire, sommes-nous amenés, par l’observation méthodique, et l’humilité, à voir que la pensée se fait en dépit de nous, selon des mécanismes et des enchaînements sur lesquels nous avons peu de prise. Auquel cas on devrait dire : ça pense, avant de rechercher par quels moyens on pourrait parvenir à un degré relatif d’autonomie. En clair, le ça pense précéderait naturellement un je pense dont l’advenue est elle-même problématique. L’enjeu philosophique est donc d’analyser en quoi à ça pense en nous, connaissance préalable et nécessaire, avant de rechercher une éventuelle affirmation du sujet pensant.

Je pense ou ça pense ?

Ce ça qui pense est multiforme, omniprésent, complexe : on remarque d’abord qu’il y a en nous une activité spontanée du cerveau qui produit des sensations, des stimulations, des émotions, des images et des idées. Cela pense tout seul, selon des mécanismes, des automatismes, des schèmes constitués qui déterminent des processus de répétition, que l’on constate et que l’on ne peut guère empêcher. (Comment s’arrêter de penser ? On risque fort d’y perdre la raison). Puis il y a les héritages, conventions, règles et valeurs, profondément enracinées, qui conditionnent la représentation et dirigent la conduite. Puis les conformismes culturels, cultuels, idéologiques. Plus profondément encore tout ce qui émerge de l’inconscient : pulsions, fantasmes, contraintes psychiques, voire pathologiques. Ces conditionnements ont l’avantage de tracer des routes pour le « sujet » mais peut-on légitimement parler de sujet si le passif l’emporte sur l’actif, si la pensée est asservie, si, en toute rigueur, ce n’est pas même une pensée. Il faut distinguer entre une production psychique spontanée ou répétitive, et une pensée véritable qui opère une distanciation pour analyser scrupuleusement les faits.

Alain disait «penser c’est dire non ». On commence à penser quand on introduit une césure dans le discours intérieur, qu’on s’arrête pour examiner, qu’on suspend l’adhésion pour se donner la chance d’une liberté. Montaigne fut un excellent modèle de jugement méthodique. C’est dans cette puissance de jugement qu’il voyait la marque du « je», apprenant à distinguer ce qu’il est pour les autres (gentilhomme, maire, écrivain etc) et ce qu’il découvre comme constituant sa « forme maîtresse », l’homme libre capable de juger librement de toutes choses.

On peut dire autrement : il faut introduire du jeu – une case vide – pour que le système, jusqu’ici saturé par la domination de ça, puisse à nouveau fonctionner par la mobilité des variables. Ce qu’on appelle le « je » n’est certes pas une substance immuable et toute puissante, mais une capacité de faire jouer, de déplacer, de mobiliser et d’éliminer, de se distancier et d’adhérer, de prendre et de jeter, un opérateur souple et ferme qui saurait tirer parti des opportunités. Dès lors ça n’est plus l’ennemi dont il faudrait se débarrasser ou qu’il faudrait soumettre par la volonté ou la maîtrise, mais un partenaire : si ça est source de souffrance, d’aliénation et de servitude, ça est aussi un prodigieux réservoir d’images, de symboles, d’idées, comme on voit dans la poésie et dans l’art. Le philosophe amant de la vérité saura, lui aussi, se mettre à l’écoute des sources profondes s’il veut prendre en compte l’existence dans sa vastitude.

Agapes

Comment conclure ? Oui, ça pense, et ça pense tout seul. Et ce qui s’offre là est profondément ambivalent. Le sujet se constitue comme tel par un travail de séparation qui le mène à dire « je pense », s’affirmant comme entité séparée, comme singularité irréductible. Mais cette affirmation à son tour risque de se raidir dans l’orgueil, de se stériliser dans une position vide (Je pense, je suis). Moment crucial, qui devrait déboucher sur une nouvelle forme d’inclusion, dont les arts nous donnent la formule : découvrir en soi-même la source d’où jaillit toute créativité et toute beauté. Dans cette illumination, même ce sujet si précieux que nous avons laborieusement dégagé de l’aliénation, nous apparaîtra enfin comme une nécessaire, une sublime illusion.

Pour Métaphores, Guy Karl

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16 février 2019

Résumé Apéro-philo - 21/03/19 - Envie et jalousie

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mars, activité libre et gratuite, s'est tenu le jeudi 21 mars 2019 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Envie et jalousie : les deux mamelles du malheur

Résumé de la soirée :

Envie et jalousie, deux passions tristes qui font souffrir, qui sont peut-être la racine, ensemble, des autres passions tristes qui font le malheur de l’homme.

Envie : du latin invidia – qui vient de invidere : voir, regarder, fixer les yeux sur, regarder de travers. Invidia c’est la malveillance de celui qui regarde chez autrui un bien qu’autrui possède et qu’il voudrait posséder. D’où l’avidité, la malveillance, l’inimitié, la haine, la colère, la destructivité. L’envie est une passion de l’avoir (avidité) avec une composante agressive : ravir l’objet à l’autre, ou détruire l’objet pour en priver l’autre. L’envie est la première passion, la plus archaïque, liée à l’expérience de la frustration. Apprendre à la gérer est une condition essentielle de la maturation psychique.

Jalousie, déformation de zelousie, latin zelusos – de zèle. Avoir le zèle de défendre son bien. Passion de la possession exclusive, de l’appropriation et de la garde de l’objet aimé. Le jaloux veut garder la mainmise exclusive sur l’objet aimé.

Si l’envie s’inscrit dans une relation duelle, où le sujet se réfère à l’autre qui possède pour lui ravir son bien, la jalousie apparaît dans une relation triangulaire. Le jaloux veut empêcher le rival d’avoir accès à la personne aimée. Il souffre sitôt que l’aimé marque quelque intérêt pour le tiers. Le modèle de cette relation se trouve d’abord dans la jalousie fraternelle où frères et sœurs se déchirent pour la possession (fantasmatique) de l’amour de la mère ou du père. Caïn et Abel, avec le thème du fratricide. Egalement les querelles lors des questions d’héritage, où l’on voit revenir les conflits les plus archaïques.

La jalousie amoureuse, mieux connue, et souvent traitée au cinéma et en littérature, présente à nouveau la figure du trio dramatique. On remarquera que le rival, considéré comme la cause du malheur, fait aussi l’objet d’une sorte de fascination névrotique. La haine qu’il suscite peut cacher un attachement inconscient, une sorte de passion ambivalente, parfois meurtrière. On s’avoue difficilement jaloux, on opère une sorte de dénégation. C’est que la jalousie est la marque d’une faiblesse du moi, qui ne se sent consistant que par la garde, la possession de l’objet d’amour. Son départ, ou même qu’il s’intéresse ailleurs, est vécu comme une catastrophe psychique. La jalousie dénote la dépendance.

Envie et jalousie, dans la réalité concrète ne sont pas toujours faciles à distinguer, mais, formellement, elles correspondent à deux étages différents de l’évolution psychique. L’envie s’enracine dans la période orale (Mélanie Klein). La jalousie correspond à la découverte du tiers comme rival, et s’écrit dans la triangulation fraternelle ou amicale, ou amoureuse, voire professionnelle. A ce titre on ne voit pas comment on pourrait éviter d’en faire l’expérience. Pour autant cette expérience ne se fait jamais sans douleur, et apprendre à la dépasser est en quelque sorte une obligation majeure pour accéder à une certaine autonomie.

Pour Métaphores, Guy Karl

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02 janvier 2019

Résumé Apéro-philo 24/01/19 - Se libérer des passions tristes ?

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de janvier s'est tenu jeudi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Peut-on se libérer des passions tristes ?

Résumé de la soirée : 

L’origine du mot passion nous invite à la considérer comme un affect passif : Pathos, en grec, qui donne pathétique et pathologie ; patior, en latin, signifie endurer, souffrir, supporter. Ainsi entendue, la passion est le signe de notre dépendance aux événements extérieurs qui peuvent engendrer de la douleur, mais aussi aux turbulences intérieures, aux émo tions et désordres de la psyché. La passion est le contraire de l’action, et en théorie il est souhaitable d’être actif plutôt que passif.

Mais le sens du mot a évolué : de nos jours la passion désigne plutôt un attachement intense à un objet, une activité, une pratique : passion du vélo, de la musique, du jardinage etc. Cet attachement n’est pas forcément pathologique, et dans bien des cas il engendre de la joie. On remarquera qu’il est possible cependant qu’il vire à l’obsession, à l’addiction, à une forme subtile d’aliénation, donc de tristesse. L’affect de joie s’est mué en affect de tristesse. Ce qui pose la question de la limite, du risque et du danger.

La passion est-elle triste en elle-même ou par ses conséquences, quand elle se développe sans contrôle ?

24 01 19

C’est Spinoza qui a introduit la notion de passion triste : c’est un affect qui diminue la puissance d’agir, en divisant le sujet, en l’attachant à une représentation d’objet dont il méconnaît la nature et la source. Ainsi de la haine, de l’envie, de la jalousie, de la peur, de l’anxiété, de l’ambition, de l’esprit de domination. Passions tristes en effet, qui se cultivent dans le ressassement et la douleur. Ces passions tirent vers le bas, et dans certaines conditions mènent à la ruine et à l’autodestruction.

A nouveau le groupe soulève la question de la limite : comment se fait-il que chez certains sujets la conscience ne joue pas son rôle de régulateur et de frein ? Faut-il y voir une aspiration vers l’illimité, sous-tendue par la pulsion de mort ?

On voit se dessiner une lutte entre la raison et la passion. Mais la raison peut-elle régir la passion ? C’est peu probable. Faut-il alors convoquer une nouvelle passion pour combattre l’ancienne ? Mais on ne choisit pas ses passions par décret de la volonté : elles surviennent ou ne surviennent pas. Ce sont les pulsions qui sont à l’origine des passions, d’où leur caractère impulsif, irrationnel, leur résistance à l’action de l’intelligence. Il ne suffit manifestement pas de savoir et de vouloir, comme le montre l’expérience – et toute la littérature romanesque.

Premier bilan : toute passion n’est pas triste, mais il y a des passions tristes, ce sont celles qui rendent impuissants, malheureux, qui nous obsèdent, nous condamnent à la répétition, et parfois à la ruine. Les passions joyeuses existent, elles aussi, comme l’amour de la musique, ou l’amour heureux, si toutefois l’équilibre psychique n’est pas menacé par une dérive vers l’illimité.

Après la pause on s’interroge plus avant sur la question de savoir si on peut se libérer des passions tristes. D’emblée une participante affirme que le seul recours c’est le médicament. D’après ce point de vue la passion triste est une maladie, ou un symptôme psychiatrique. D’autres évoquent la méditation, ou la psychanalyse. Mais ces recettes ne valent que si le sujet lui-même prend conscience du danger et demande de l’aide.

Question : qu’est ce qui peut provoquer ce sursaut salutaire ? Chez certains il ne se produit pas et le sujet court à sa perte. Chez d’autres apparaît soudain l’image du danger, voire de la mort. Ils voient concrètement le point limite, la butée du réel. Parfois c’est la déception, la désillusion, la désidéalisation : l’objet de tous les vœux, que l’imagination avait paré de toutes les perfections, révèle soudain sa caducité, « son manque à être », précipité d’un coup dans la banalité. Rétrospectivement le sujet s’étonne de s’être laissé abuser par une image, un fantasme trompeur. C’est le début de la guérison, car il va falloir travailler avec ce matériau psychique heureusement libéré.

On peut guérir des passions tristes, mais il y faut une intelligence d’un genre particulier, capable de se mettre à l’écoute des processus subtils de la vie psychique, et sans doute aussi, une ferme résolution de vivre.

Pour Métaphores, Guy Karl

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28 novembre 2018

Résumé Apero-philo - 19/12/18 - Y a-t-il une nature humaine ?

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de décembre 2018 s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Y a-t-il une nature humaine ? 

Résumé de la soirée :

Par nature on peut entendre l’ensemble des caractères innés – natifs – qui définissent un individu ou une espèce. Dès lors cette nature serait stable, permanente, peu évolutive. Le comportement des abeilles ne semble guère avoir évolué depuis les premières observations. A l’inverse, on constate une extraordinaire diversité des comportements humains, des règles et coutumes qui se sont manifestées dans l’histoire, au point que plusieurs auteurs en sont venus à contester la légitimité même de la notion de nature humaine.

De fait, comment  isoler un ensemble de traits natifs, naturels, antérieurs à la socialisation et à la culture, si partout et toujours nous voyons l’homme vivre dans une culture artificielle, sous le régime de règles conventionnelles, de lois et d’interdits différents d’une société à l’autre : « vérité en de ça des Pyrénées, erreur au-delà ». Comment trouver un socle stable et permanent, comment isoler l’inné de l’acquis, si la culture est le fait universel de l’humanité, si la « nature » de l’homme c’est l’aptitude à la culture ?

Traditionnellement on définit l’homme comme un « animal raisonnable », ajoutant que c’est dans le langage conventionnel que se développent la conscience et la raison. C’est le langage, comme activité symbolique, qui différencie l’homme de l’animal. (Aristote, Descartes). Cette approche soulève immédiatement, dans le groupe, une objection : raison bien précaire si elle ne peut empêcher le mal, la cruauté, la violence (homo homini lupus). Ces caractères appartiennent manifestement à l’humanité comme une constante anthropologique plutôt qu’une déplorable exception. « Homo sapiens demens » dira Edgar Morin. Raison et folie coexistent tout au long de l’histoire humaine.

Cette double polarité de la conduite humaine exprime aussi la liberté. En théorie chacun peut choisir entre la loi et la transgression. Liberté d’indétermination : chez l’homme les instincts et les pulsions ne semblent pas fixés de manière définitive et immuable, ce qui engendre cette stupéfiante diversité de comportements, qui étonnait Montaigne. « Ondoyant et divers » l’homme échappe aux définitions, déjoue les critères inventés par la morale et la philosophie. Quelle nature si l’on ne trouve nulle part les caractères traditionnels de la nature ?

La discussion s’oriente ensuite sur la notion de devoir-être : on considère « naturel » ce qui est conforme à la loi morale, ce qui réalise un idéal : « Tu seras un homme mon fils ». L’humanité, dans cette vision finaliste, n’est pas un donné mais un devoir. Pour Aristote l’homme doit devenir un citoyen. Pour Kant un sujet moral. Mais en fait chaque culture agit de même : il faut socialiser, éduquer, former, élever, et dompter le naturel pour réaliser un certain type conforme à l’idéal collectif. – Je note qu’on ne trouve rien d’équivalent dans le monde animal. Chaque animal est ce qu’il est, sans qu’on puisse repérer une tension comparable entre le naturel et l’idéal. L’homme seul connaît le devoir-être, ou le devoir tout court. Nous y voyons incontestablement l’effet de la dimension symbolique, inséparable du langage.

Une participante fait remarquer qu’il y a deux manières d’aborder le sujet. Soit on cherche à différencier l’homme de l’animal pour dégager ce qui est propre à l’homme, soit on s’efforce de saisir directement  les traits spécifiques de la nature humaine. Or cette seconde approche est très difficile, peut-être impossible : l’homme est l’être qui veut et ne peut se comprendre lui-même, étant à lui-même l’énigme qu’il voudrait interpréter. Quête infinie, que même les sciences humaines ne peuvent accomplir. L’inexplicable, l’insondable sont au cœur de l’homme, qui ne peut parvenir à savoir qui il est.

Etre bien étrange en effet, qui désire ce qu’il ne peut attendre, voué à l’impossible et à l’errance, qui trouve bien de ci de là quelque satisfaction, mais vite oubliée, et jamais satisfaisante. C’est de ce creux que s’originent les grandes folies (homo sapiens demens) mais aussi les grandes œuvres de la science, de l’art et de la philosophie.

Nous n’aurons, au total, trouvé aucune définition de la nature humaine, mais des indications sur la liberté, le choix, la diversité, le devoir-être et la folie, qui ne font pas une définition, mais un tableau lui-même bigarré, ondoyant et divers. Peut-être faut-il se résigner à ne voir dans la nature humaine que le fantasme d’une origine à jamais inaccessible.

Pour Métaphores, Guy Karl

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20 octobre 2018

Résumé Apéro-philo - 22/11/18 - Que peuvent les mots ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de novembre, activité libre et gratuite, s'est tenu jeudi 22 novembre à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Que peuvent les mots ?

 Résumé de la soirée :

« Inanité sonore » disait Mallarmé. Et en effet que peuvent les mots au regard des forces de l’armée, de la police, de la justice, des contraintes économiques, de « la violence légitime » des Etats ? Les mots pourtant ne sont pas sans pouvoir, comme on voit dans les programmes politiques, les débats des Assemblées, dans le journalisme et dans ce qu’on appelle l’opinion publique.

En fait, pour élucider « ce que peuvent les mots » on peut suivre deux axes de réflexion : le pouvoir, c’est-à-dire la force qui s’exerce de l’extérieur sur un sujet – et la puissance, conçue comme potentialité, énergie, disposition active qui cherche à se manifester, à s’exprimer par le canal des mots. Ces deux dimensions coexistent sans doute, mais pour l’analyse il est judicieux de les distinguer.

Sur le pouvoir : on se demande si la politique, pour se constituer, n’est pas d’emblée une activité de langage. Instituer c’est poser un ordre par la contrainte mais aussi par le langage, exemple : le code d’Hammourabi qui définit la loi et le régime des sanctions. La justice, dans un Etat de droit, s’exerce au nom du Droit, qui est un ensemble de textes votés au terme de débats réglés. On pourrait dire qu’ici le mot exprime symboliquement la volonté générale.

Le groupe insiste sur une dégradation de l’usage des mots dans la société contemporaine qui traduirait une corruption politique croissante : on crée des jargons qui excluent, on appauvrit la langue, on désinforme par des « post-vérités » qui sont de redoutables moyens de manipulation, on invente de subtils outils de propagande qui sont autant  d’agressions contre la langue et le juste et respectueux usage des mots. Il faut prendre garde aux mots, prendre soin des mots. C’est une condition de la liberté politique.

Venons-en à la question de la puissance : en quoi le mot permet-il une expression, une manifestation externe de ce qui est vécu, pensé, senti, imaginé par un sujet ? On remarque d’abord que le mot, et le langage en général conçu comme activité symbolique, a permis l’émergence et le développement de l’humanité. Plusieurs fonctions sont signalées : la fonction d’usage, la fonction de communication, la fonction magique (pensons aux rites religieux, aux représentations sacrées qui ont eu une immense influence), la fonction poétique (jouer avec les mots pour exprimer des états et mouvements intérieurs : poésie, littérature).

Un participant fait remarquer qu’en faisant passer l’expérience intérieure, volontiers chaotique, au registre des mots, le sujet crée une distanciation par laquelle il réintroduit un peu d’ordre dans le désordre : c’est la dimension cathartique du langage, déjà soulignée par Aristote et confirmée par la pratique thérapeutique : « les mots pour le dire ».

Remarquons que ce passage de l’émotionnel au mot est simultanément un passage du subjectif, du privé, au collectif : les mots sont les mots de tous, ils constituent une ère commune dans laquelle baignent les subjectivités de toute la communauté linguistique. Parler c’est se poser comme sujet de l’énonciation dans le champ du langage. Mais on peut s’y poser en fausseté ou en vérité, mentir, tricher, cacher – ou dire vrai. Tout acte de parole pose ainsi la question de la vérité.

Quelqu’un signale que le langage est par essence une manière d’approcher et simultanément de manquer ce qu’on veut dire. Soit que les mots manquent – l’usage des mots est fort inégal entre les hommes – soit que ces mots étant publics ne peuvent exprimer correctement la singularité, soit que les mots étant fixes ils ne peuvent exprimer le mouvement et le changement – soit enfin, pour une raison plus profonde qu’il y a nécessairement un hiatus, structurel, qui fait que ce qu’on dit ne coïncide pas avec ce qui est. Quelque chose se dérobe toujours, qu’on cherche à dire, et qu’on ne peut dire.

Héraclite a dit : « le dieu qui est à Delphes ne montre ni ne cache, il fait signe ».

La plus noble fonction des mots – par le Logos – la parole, est de faire signe vers l’inaccessible, qu’il est vain de considérer comme quelque puissance magique ou infernale, mais que nous pouvons fort prosaïquement désigner par le terme de réel.

Pour Métaphores, Guy Karl

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18 août 2018

Résumé Apéro-philo 27/09/18 : Quel choix de vie ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de septembre s'est tenu le jeudi 27 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Quel choix de vie : s'enraciner ou errer ? 

Résumé de la soirée :

La question est de savoir si on choisit sa vie, les conditions et les modalités de ce choix, dont l’enracinement et l’errance sont des expressions extrêmes. Si chacun prétend volontiers qu’il choisit sa vie, et sa voie, il apparaît à l’examen que ce choix est souvent truqué : l’entourage, les conditionnements familiaux, la religion héritée, le désir parental ont souvent mis en place une sorte de prédestination qui laisse peu de choix au sujet, sauf à admettre qu’il existe en chacun un pouvoir de réflexion et de décision qui lui ouvre une voie nouvelle et originale. La destinée est-elle l’œuvre du destin, ou la manifestation créatrice d’une liberté ?

J’ouvre le débat en évoquant la question que se pose Descartes : quel chemin suivrai-je en la vie ?

1)   Dans le premier temps du débat nous cherchons à savoir comment on choisit sa vie. Les interventions qui suivent montrent combien chacun est conditionné, dès la naissance, par la famille, le langage, la culture, les attachements, les incitations, les circonstances, au point que l’on finit par se demander si « ma vie est bien ma vie », si « l’existence est bien mon existence » ? Serions-nous vécus là où nous croyons vivre ?

2)   Ces préliminaires critiques, fort nourris et convaincants, tendent à ruiner l’idée même de liberté, laquelle ne serait plus qu’une illusion : on songe à Spinoza qui faisait remarquer que l’alcoolique se persuade qu’il désire librement le vin alors qu’il est déterminé par des causes qu’il ignore. Notre libre arbitre ne serait que l’expression de notre ignorance, et s’il est facile de proclamer une liberté de principe, il est plus difficile de rechercher les formes et les causes de notre dépendance. Mais cette connaissance est peut-être le seul moyen dont nous disposons pour ouvrir une brèche dans le conditionnement et travailler concrètement à créer un espace de liberté.

3)   En fait nos choix relèvent souvent de tâtonnements, d’essais et erreurs, de reprises et rectifications, dans un itinéraire qui est rarement balisé et rectiligne. Un participant relève le fait que notre propre vie est en un certain sens multiple, formée d’entrecroisements de destins divers et contradictoires, et que si nous cherchons un sens, ce sens reste énigmatique et problématique. D’où l’idée d’errance, qu’il faut entendre autant, voire plus, au niveau mental qu’au niveau physique.

4)   La deuxième partie s’ouvre logiquement sur la question : peut-on être libre sans errer ? On évoque Rimbaud, « l’homme aux semelles de vent », les voyages, les rencontres, les aventures, le hasard, ou comme Descartes, « le grand livre du monde ». Mais s’il est des errances fécondes, créatrices, libératrices, il en est d‘autres qui ne sont que malheur, misère, fuite et souffrance. Ceux–là auraient peut-être aimé s’enraciner en quelque lieu, faire des connaissances et « cultiver leur jardin ».

5)   La soirée s’achève sur le thème de la nécessité des ruptures : point de liberté si l’on ne peut dire non, prenant le risque de la solitude. Il y faut du courage, de la résolution, et un profond désir. Ce qu’on cherche au terme du voyage, ce qui motive la quête, en dernier ressort, c’est de se trouver soi-même – ce qui n’implique pas le refus des autres, mais de se réconcilier avec soi-même dans une plus grande clarté.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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01 juillet 2018

Apéro-philo 19/07/18 : Le corps ami ou ennemi ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo avant la trêve estivale, s'est tenu le jeudi 19 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Le corps, ami ou ennemi ? 

 

Trois présentations du sujet ont été proposées par Guy Karl, Marie-Pierre Carcau et Didier Karl avant de donner la parole au groupe présent.

1) Présentation problématisée des enjeux par Guy

2) Le reconsidération du corps comme énigme de la puissance chez Spinoza et le corps comme système pulsionnel inconscient chez Nietzsche par Didier.

3) Une approche phénoménologique du corps chez Merleau-Ponty par Marie-Pierre.

4) Discussion ouverte avec l'ensemble du groupe.

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09 juin 2018

Résumé Apéro-philo 20/06/18 - Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra exceptionnellement le mercredi 20 juin  à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Résumé de la soirée : 

En latin « quies » signifie repos. Quietus : en repos, d’où calme, paisible, tranquille. En français la quiétude est «  un état de tranquillité mêlé de douceur » (Littré). L’inquiétude se marque par l’absence de repos, la difficulté de rester en place, l’agitation physique et mentale – Pascal dirait le « remuement ». L’inquiet est généralement insatisfait de ce qu’il a et de ce qu’il est : désir vague et crainte de l’avenir, d’où tourment, souci, intranquillité.

Je propose une définition : émotion confuse marquée par l’agitation, l’impatience, l’insatisfaction de l’être ou de l’avoir, liée à la représentation d’un objet de crainte, réel ou imaginaire, ou d’un péril à venir.

Le sujet proposé prend pour évident que l’inquiétude est présente en chacun de nous. Les philosophes de l’Antiquité avaient placé la réflexion sur les causes de l’inquiétude au centre de leurs recherches et posaient la quiétude comme idéal de vie. Les Modernes verraient plutôt dans l’inquiétude une donnée fondamentale de l’existence. D’où l’intérêt de la question : pourquoi l’inquiétude et quel statut lui accorder ?

L’inquiétude a des causes anthropologiques : on évoque la difficulté de la vie aux âges préhistoriques, les peurs ancestrales qui ont laissé des traces vives dans l’inconscient collectif. Puis est évoquée la thèse de Hobbes qui insiste sur l’état d’insécurité résultant de « la guerre de tous contre tous », qui s’exprime même en temps de paix civile  par la rivalité, la concurrence, voire dans « un commerce de l’inquiétude ». La politique enfin, en principe au service du Bien Commun, utilise trop souvent les inquiétudes à des fins partisanes ou privées. La paix n’est jamais que relative, ce qui fait qu’un coefficient d’inquiétude demeure dans les consciences, qui est peut-être le revers de la médaille : « l’insociable sociabilité » implique la permanence d’un degré variable de vigilance. La conscience politique est-elle pensable sans l’inquiétude ?

Causes internes : nous avons des objets d’inquiétude au sujet de notre avenir, de nos enfants, de nos revenus, du marché de l’emploi etc. Ces causes-là sont aisées à repérer, à nommer. Mais au-delà, ou en de ça, il y a l’inquiétude diffuse : je ne peux tout prévoir, tout comprendre, tout gérer, il y a de l’imprévisible, de l’inconnaissable, de l’aléatoire. Il faut naviguer à vue.

Un participant se demande si cette sourde inquiétude est liée à la conscience de la mortalité – ce qui reprend fort à propos les analyses de Lucrèce dans le livre III de son poème. Un autre évoque le « rien » qui hante l’esprit de l’homme, rien qui engendre la diversité et la multiplicité des objets de substitution destinés à masquer le rien : on se jette dans la valse des désirs, avec les expériences décevantes qui les suivent souvent, on s’agite, on se remue, on se divertit, on s’abrutit – et l’inquiétude est toujours là.

Un développement fort à propos vient alors distinguer l’inquiétude de l’angoisse. Dans l’angoisse l’esprit est comme stupéfié, incapable d’élaborer la douleur et sa cause ; dans l’inquiétude la pensée, même douloureuse, est encore capable de nommer, symboliser, élaborer. L’inquiet se trompe peut-être à nommer la cause, mais il n’est pas sans ressources, et de proche en proche il peut progresser. On remarquera d’ailleurs que l’inquiétude est à la racine de précieuses créations littéraires et philosophiques : Lucrèce, Pascal, Schopenhauer, Pessoa parmi les plus connus.

Au total on se demandera si l’inquiétude n’est pas la marque de la conscience, et à ce titre, une donnée fondamentale, inévitable de l’existence. L’inquiétude fait souffrir, mais elle fait penser et parler. S’il est bon de réfléchir à ses causes, il n’est peut-être pas possible de les identifier complètement. Dans cette demie connaissance, qui n’est pas rien, l’homme habite et pense, et parfois produit les œuvres les plus significatives. Mais il est bon aussi de veiller à ce que l’inquiétude n’excède pas  les dimensions du supportable : les remèdes éprouvés restent l’action, la pensée et la parole, par quoi nous rejoignons les grandes intuitions de la sagesse antique.

Pour Métaphores, Guy Karl

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