Apero philo

Activité philosophique libre et gratuite, mensuelle, proposée le troisième jeudi (sauf exception) de 18h45 à 21h, animée par Guy Karl, philosophe. Le sujet est annoncé à l'avance sur le blog pour permettre à chacun d'y réfléchir au prélable. L'animateur fait en début de soirée une présentation des enjeux à partir d'un plan problématisé que le groupe décide de suivre ou pas. La discussion s'engage. L'animateur fait des synthèses régulières et clarifie les enjeux lorsque c'est nécessaire. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif.

Une pause apéritive et conviviale est prévue (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une second temps la réflexion.

15 août 2017

APERO-PHILO jeudi 21/09/17 : De la méchanceté

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra le jeudi 21 septembre à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Est-il juste de dire : "Nul n'est méchant volontairement" ?

Guy Karl, présentateur-philosophe, fera une introduction problématisée autour des enjeux de la question d'une vingtaine de minutes avant de donner la parole au groupe qui décidera de suivre ou pas le plan proposé. 

Rappelons que nul n'est obligé de prendre la parole même si le groupe oeuvre collectivement à la résolution des problèmes. L'animateur fera des synthèses régulières en apportant si besoin des clarifications. Nous ferons une pause apéritive à mi-parcours (consommation non obligatoire) avant de reprendre pour une seconde partie. Fin de l'activité vers 21h. Possibilité de rester diner dans le restaurant.

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09 juillet 2017

Résumé Apéro-philo 20/07/17 - Identité : invention ou réalité ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu jeudi 20 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne. Il fut animé exceptionnellement par David Pourille, philosophe pour aborder le sujet suivant : 

 

L'identité, invention ou réalité ?

Résumé de la soirée :

Nous avons lu le passage suivant en guise de prélude :

       « Comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ». Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Pourquoi parler de l’identité ? Parce que le mot traverse beaucoup de débats plus ou moins tendus dans notre société : identité régionale, identité nationale, identité sexuelle, identité religieuse…

      Délimitons d’abord les termes de la question. Le terme d’invention s’emploie dans deux contextes : lorsqu’on évoque ou mentionne un objet fabriqué et nouveau, la boussole, l’imprimerie ; comme lorsqu’on évoque ou mentionne quelque chose d’inventé, d’imaginé, un mythe, un mensonge, une croyance… Le terme de réalité est en apparence plus simple : c’est ce qui s’impose à nous, comme l’oxygène par exemple, ce qui est déjà donné indépendamment de nous. Quant à l’identité, on peut l’appréhender par le biais de l’adjectif identique. Quand l’utilisons-nous ? Quand nous parlons d’une chose identique à elle-même ou de deux choses identiques entre elles, c’est-à-dire indiscernables. Nous remplaçons souvent identique ou identité par le même : « ces deux tables sont les mêmes », « ils ont le même père » …

          Trois points sont posés en jalons provisoires de la discussion : approfondir l’identité pour circonscrire notre réflexion ; l’origine et l’utilité de l’identité ; et la réponse, si possible à la question initiale : « identité : invention ou réalité ? ».

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       La discussion s’ouvre entre les participants sur les différents aspects de l’identité, individuelle et collective, mentale et biologique. La pérennité de quoi que ce soit d’identique en nous, traversant le temps d’emblée fait débat. D’un côté, l’identité s’hérite du passé, de l’autre, elle ne résiste pas au temps. Où est l’identité ? Quelle est son support ? Serait-ce le moi ? Pascal est évoqué, « mes » qualités changent et le moi est introuvable. Pourtant nous avons bien un « caractère » qui perdure ; les autres me voient comme ayant tel ou tel caractère. On discerne d’ores et déjà que l’identité se définira par rapport à la notion de l’autre, que l’identité psychologique se rapportera à la présence d’autrui. Après cette première phase d’enquête, l’identité passe à l’examen critique : ce n’est qu’une nécessité créée par peur du vide, par besoin de sécurisation. Quelqu’un va plus loin : elle fige, relève du passé, ne résiste pas à la transformation. Un autre achève la critique : l’identité est introuvable et sa définition requiert l’autre, l’altérité. Ce ne serait qu’un néant. Par un jeu dialectique, la critique est renversée au profit d’une identité qui a sa valeur en politique ou dans l’histoire par exemple ; en effet, ceux qui n’avaient pas d’identité étaient les esclaves. L’intervenant ne nie pas que l’identité soit fabriquée puisqu’elle se fabriquerait avec le jeu des différences ; il affirme plutôt qu’elle cède sa place aux identités, sociales notamment, où certaines s’effacent et d’autres apparaissent.

       La seconde partie de la soirée reprend en abordant le thème de l’utilité de l’identité. L’identité apparait comme une revendication post-matérialiste, elle indique un sens, sens comme direction et sens comme signification, dans une époque qui a délaissé ou abandonné ces anciennes identités. Dans la sphère collective, l’identité serait le moteur de l’affirmation d’une affinité avec les autres, voire la recherche de cette affinité. D’où les réflexes grégaires qui en accompagnent les revendications, via un langage collectif qui participe à sa construction, à rebours d’une identité aphasique (ou hors-langage). Sans identité, on ne fait pas corps ni chœur avec les autres. L’idéal commun d’une société passe par elle mais elle demeurerait un leurre de la singularité. A nouveau un renversement dialectique : nous sommes des animaux politiques, au sens où ne nous pouvons ni vivre ni nous développer seul hors de la société organisée des humains. Par conséquent l’identité se construit à la faveur de l’appartenance collective.

          La fin de la soirée apporte une nouvelle ouverture au sujet : l’éthique. L’identité répond aussi à une question éthique (- qui synthétiserait d’ailleurs les questions de l’identité individuelle et de l’identité collective…). Elle pose la question de savoir « avec qui avons-nous envie d’être ? ». Et si l’identité est une invention, elle a des effets ; et que faire sans elle ? Par ailleurs, l’identité évoque une quête de sens toute personnelle.

         En conclusion de ce résumé, et en nous recentrant, seulement en apparence, sur l’identité personnelle, nous citerons Michel de Montaigne, dans son essai sur l’inconstance de nos actions : « Nous sommes entièrement faits de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment joue son jeu. Et il y a autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui ».

Pour Métaphores, David Pourille

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17 juin 2017

Apéro-philo - 22/06/17 : L'argent a-t-il une odeur ?

Apero philo

L' APERO-PHILO (entrée libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le 22 à 18h45 à Pau au café restaurant Le Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

L'argent a-t-il une odeur ?

 

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L'animateur et philosophe Guy Karl a proposé une présentation problématisée de la question d'une vingtaine de minutes et a proposé un plan d'étude pour la soirée.

Résumé à suivre.

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03 avril 2017

Résumé Apéro-philo du 18/05/17 : Insister, exister, résister

Apero philo

L' Apéro-philo (libre et gratuit) du mois de mai s'est tenu jeudi 18 au Café le Matisse de 18h45 à 21h, sur le sujet suivant :

Insister, exister, résister

L'animateur et philosophe, Guy Karl, a fait en début de soirée une présentation des enjeux à partir d'un plan problématisé. 

Résumé de la soirée :

1)   Ces trois verbes sont des variations sur le thème du « sistere », se tenir, faire tenir. Le sistere latin est lui-même une dérivation de « stare » se tenir, d’où station. Il s’agit donc d’un problème de tenue, de placement, de stature et de position. Donc de lieu : quelle place occuper (in-sister) ou quitter (ex-sister), ou défendre (ré-sister). Cette question interroge la subjectivité : comment le sujet se définit-il dans l’espace  psychique et social, mais aussi le positionnement d’un citoyen dans ses rapports au champ social et politique.

2)   Insister c’est réitérer une demande, répéter une question ou une invite, vouloir se faire entendre, faire durer. Mais on peut aussi décomposer le mot et entendre la leçon de l’étymologie : in-sister c’est se tenir à l’intérieur (d’un cercle, d’un monde, d’une structure, d’une société close etc). Dès lors se dessine un modèle de clôture, d’une répétition à l’intérieur d’un système fermé, par exemple dans le monde autocentré d’un organisme qui répète les modalités de sa conservation. La vie est insistance. On peut dire aussi que les sociétés traditionnelles insistent, en manifestant une remarquable continuité des usages, normes et structures qui fondent leur durée à travers le temps. Dans un autre registre on voit que l’inconscient insiste dans les symptômes, rêves et autres actes manqués, selon la forme cyclique d’une répétition à l’infini : contrainte psychique, ou, en langue bouddhique, la roue du samsâra.

Apéro-philo 18 05 17

3)   Si l’insistance est virtuellement infinie on se demandera comment le sujet peut parvenir à exister autrement que comme la marionnette des déterminismes sociaux ou des formations de l’inconscient ? Ex–sister c’est sortir, émerger, quitter, se tenir courageusement en dehors de ce qui jusque-là faisait la loi de l’insistance. Rupture difficile et féconde : « je suis j’existe » écrit Descartes, inaugurant un nouveau positionnement du sujet, hors des traditions confortables mais infécondes. Il y faut une décision de l’esprit qui entend prendre en charge son « existence » pour se poser comme sujet auto-nome, c’est-à-dire capable de se donner à lui-même (autos) sa propre loi (nomos). « Ose penser par toi-même » (sapere aude), ce sera la formule des Lumières.

4)   L’existant n’est pas sur une île solitaire, il vit dans le monde, parmi ses semblables. Il est amené à se nourrir, à travailler, à rencontrer la loi sociale, à se définir dans un ordre politique. Exister c’est exister en rapport. Dans le même temps, s’étant découvert comme un sujet singulier par l’activité de sa conscience, il ne veut pas céder sur son désir mais s’affirmer comme libre et créateur. Ce paradoxe est indépassable. De par sa nature de sujet il lui faudra résister, s’opposer aux menaces d’aliénation qui s’exercent contre lui. Comment se maintenir existant dans un monde où l’important est la production marchande plus que le développement des singularités ?

5)   On voit que la boucle peut recommencer, que la liberté entrevue peut être reperdue, que l’insistance guette, que rien n’est jamais acquis de manière définitive. Remarquons que le terme « sujet » lui-même est marqué d’une ambiguïté constitutive : sujet c’est être jeté dessous (sub-jectum), sous l’autorité du souverain ou de la loi, alors que l’usage moderne le définit en général comme le principe de l’autonomie. Nous sommes à la fois, comme sujet-citoyens soumis à la loi, et comme sujets autonomes créateurs de soi. Insistance, résistance et existence : un mouvement se dessine qui est celui même de l’existant compris comme sujet.

Pour Métaphores,

GK

 

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03 février 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 30/03/17 : La morale, un ramollissement ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de mars s'est tenu le jeudi 30 de 18h45 à 21h au Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

La morale est-elle un ramollissement de la cervelle ?

Résumé de la soirée : 

1)   Le ramollissement est un processus pathologique de dégénérescence, assimilable au gâtisme, à la sénilité, à l’obscurcissement. Ici le terme vaut plutôt comme métaphore pour désigner un affaiblissement vital, une perte d’énergie intellectuelle et de puissance psychique. Il s’agit de voir si la morale, conçue comme normalisation des conduites, exerce une action délétère et nocive capable de compromettre le développement des individus et des groupes.

2)   La morale se définit comme un ensemble de règles qui visent à diriger l’activité des hommes. Il y a des morales diverses de par le monde et le temps qui toutes visent à la cohésion du groupe. « Chaque peuple a sa morale » écrit Durkheim, se plaçant résolument sur un plan sociologique. Mais certains auteurs, comme Kant, cherchent à concevoir une morale qui serait universelle, indépendante des conditions empiriques et sociales, en définissant le Bien par rapport au Mal, le Juste par rapport à l’Injuste. On se demandera toutefois si l’idée d’une morale universelle ne relève pas d’un vœu pieux, lorsqu’on considère l’extrême variété et contrariété des usages, des moeurs, des interdits, des normes et des valeurs. (Montaigne)

Apéro-philo 30 03 17

3)   Il faut préciser cette idée de règle. Distinguons d’abord les interdictions (interdits de l’inceste, du cannibalisme, du meurtre, à quoi s’ajoutent des interdits plus particuliers, alimentaires, sexuels etc) La force de l’interdit se mesure à la sanction qui pénalise la transgression. Puis il y a des obligations, devoirs, prescriptions diverses. Enfin des incitations optionnelles, qui créent le sentiment d’une obligation sans toutefois donner lieu à sanction sociale en cas de non-respect. Tout cela dessine un vaste ensemble de normes qui préexistent à l’individu, qui se présente comme une institution sociale, prescriptrice, impersonnelle et autoritaire.

4)   Nous chercherons d’abord à mieux cerner l’origine de la morale. Morale vient du latin « mores », les mœurs. C’est désigner sans ambages l’origine sociale. Dans le contexte d’une nature indifférente ou hostile le groupe est la seule chance de survie des individus. La morale serait d’abord la pression exercée sur l’individu pour qu’il renonce en partie à ses intérêts étroitement particuliers pour se soumettre aux intérêts généraux : collaborer à l’entreprise commune, accepter une répartition des tâches, contribuer à l’établissement de la sécurité. A quoi s’ajoute le souci de la transmission, qui suppose des règles : on interdit d’un côté pour obliger de l’autre comme on voit dans l’interdit de l’inceste qui oblige à l’exogamie. Ainsi naissent les normes, et les valeurs qui s’y attachent. A un stade plus évolué ces règles sont intériorisées par les individus et apparaîtront comme « naturelles » - voir la théorie du Surmoi chez Freud.

5)   Il en résulte évidemment un conflit psychique larvé ou apparent dans la conscience de l’individu, tenté également par le respect des règles et la transgression. D’où le conflit moral, qui sera développé abondamment dans la théologie et la littérature romanesque, puis dans la psychanalyse. C’est ici qu’on est tenté en effet de voir dans la morale un ramollissement de la cervelle, lorsque l’individu s’éprouve lui-même comme amoindri, castré par une loi inhumaine ou incompréhensible. C’est dire que chacun devrait examiner par soi et pour soi le sens de la morale, distinguer ce qui est irrecevable et caduc, et refonder la morale à la lumière de la raison. C’est à cette tâche que nous convoquent les réformateurs moraux, qui en appellent à une morale ouverte et dynamique (Bergson).

6)   Reste la question de l’éthique. Le terme éthique est forgé par les auteurs grecs pour désigner une recherche de l’excellence, surtout individuelle, à partir de la connaissance rationnelle de la nature. Si la morale est plutôt l’univers de l’hétéro-nomie (la loi de l’Autre) l’éthique serait le travail sur soi d’un individu qui se propose d’accéder à l’auto-nomie (la loi propre, celle que le sujet conscient et lucide se donne à lui-même). C’est ainsi qu’Epicure par exemple prend ses distances d’avec les « nombreux » pour se mettre à l’école de la nature, en comprendre la structure et fonder une existence libre et heureuse sur la connaissance. Spinoza de même construit l’image et le modèle de l’homme libre. C’est dans cette voie que la philosophie, et elle seule semble-t-il, a su concevoir et créer les conditions de l’excellence.

7)   En conclusion remarquons le caractère nécessaire et impérissable de la morale, en dépit de ses variations et remaniements, comme condition du lien social. Mais aussi, pour ceux qu’attirent la vita contemplativa et la formation de soi, la valeur émérite de l’éthique. Reste à penser le rapport entre ces deux domaines. Constatons simplement que les hommes de l’éthique sont rarement des agitateurs irresponsables, et encore moins des criminels notoires.

Pour Métaphores, Guy Karl

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23 janvier 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 23/02/17 : Que voulons-nous savoir ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de février 2017 s'est tenu le jeudi 23 à 18h45 au café-restaurant Dimanche à la campagne(clic) à Pau. Le sujet proposé pour cette soirée fut :

Que voulons-nous savoir ?

Après une présentation par l'animateur philosophe, Guy Karl, les débats, très riches, ont pu se dérouler dans le cadre chaleureux du Dimanche à la campagne.

Résumé :

 1)   L’énoncé nous invite à rechercher l’objet de la volonté de savoir. Ce qui présuppose qu’un tel objet existe, au moins pour l’esprit, et que nous soyons bien animés d’une volonté de savoir. C’était l’avis d’Aristote : « Tous les hommes désirent naturellement savoir ». Mais on peut constater souvent que les hommes refusent de savoir, ne se mettent nullement en quête, et préfèrent se reposer sur une aimable ignorance, ou sur des croyances, des mythes et des illusions confortables.

 2)   Il faut distinguer désir de savoir et volonté de savoir. Le désir n’implique pas nécessairement une démarche de volonté, qui exige courage et détermination. On peut en conséquence distinguer la curiosité et la recherche – scientifique ou philosophique. La volonté de savoir suppose de pouvoir s’arracher aux réponses toutes faites offertes par la tradition ou la croyance.

 3)   Le groupe s’intéresse longuement à la question : peut-on refuser de savoir ? On signale que cette attitude peut relever de la peur, du confort intellectuel, mais aussi de la prudence : il y a parfois des savoirs qui jettent le trouble dans la conscience, qui menacent l’équilibre social ou individuel. Parfois on veut sauvegarder une relation qui risquerait de se briser. Parfois on veut respecter la temporalité nécessaire, attendre le moment favorable. Plus souvent encore on n’a pas d’accès à ce savoir, parce qu’il est refoulé, inaccessible, voire clivé. On ne peut pas forcer un processus qui implique au moins une coopération, un accord pour s’engager dans une démarche de vérité. (ex de la psychothérapie).

 4)   Le savoir devrait produire un effet de libération, d’émancipation. Il donne des moyens supplémentaires pour comprendre le monde, agir efficacement en se fondant sur la connaissance des lois naturelles : d’où la technique moderne, laquelle a changé en profondeur le rapport de l’homme à son milieu. A partir de quoi on peut distinguer deux directions du savoir : le savoir utile (homo faber) et un autre savoir, « contemplatif », qui se développe dans les constructions métaphysiques, spéculatives ou mystiques, lesquelles ne fournissent pas d’application pratique, mais correspondent peut-être au besoin de sens : ce que Schopenhauer appelait « le besoin métaphysique de l’humanité ». – d’où dérivent aussi peut-être quantité d’œuvres artistiques, religieuses ou profanes.

 5)   On évoque à nouveau le mythe de Prométhée (Protagoras) : l’homme nu, sans ressources, pour survivre doit créer de toutes pièces ce qui lui manque : vêtements, abri, outils, armes et enfin le langage, par quoi il peut former et fixer le savoir, et le transmettre. D’où la longue et patiente œuvre de transmission sans laquelle il ne peut exister de culture humaine. C’est exactement la capacité symbolique par laquelle de nouvelles combinaisons ouvrent de nouveaux champs à la connaissance.

 6)   Le groupe signale un risque majeur lié à la possession du savoir : ceux qui savent sont tentés de se servir de se savoir pour en tirer du pouvoir et le garder, au détriment de ceux qui en sont privés. On songe aux prêtres égyptiens qui seuls savaient écrire et maintenaient volontairement les « ignorants » dans la servitude. C’est la question politique : la savoir est-il réservé ou universellement accessible ?

 7)   Retour  à Démocrite : « la vérité est dans l’abîme ». Quelle que soit l’étendue de notre savoir, et de nos savoirs, l’ignorance accompagne la clarté comme son ombre. Ignorance savante, ou docte ignorance, tout savoir nouveau produit son non-savoir, dans une dialectique infinie. Ce qui nous interroge sur la nature de la vérité : tout savoir repose sur la scission du sujet et de l’objet, oubliant l’englobant qui les enveloppe tous deux. Si bien que toute pensée repose nécessairement sur un impensé préalable et perdurant qui accompagne tout processus de connaissance.

 Le débat fut riche et foisonnant. D’où aussi la diversité des points de vue et des questions. En fait il faudrait une seconde séance pour traiter méthodiquement les niveaux : psychologique et existentiel, historique et anthropologique, scientifique et philosophique. Cela n’est guère possible dans une formule qui privilégie la libre discussion au détriment de la méthode, qui ne pourrait pleinement s’exercer que dans le cadre d’un exposé suivi. Mais que le lecteur, à partir de ce rapide résumé, fasse pur lui-même ce travail de méthode, tel est le souhait de l’animateur.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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07 janvier 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 19/01/17 - Pourquoi parler ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de janvier s'est tenu le jeudi 19 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne (clic pour les infos) à 18h45. Le sujet de cette soirée fut :

Pourquoi, de quoi, à qui parlons-nous ?

 

1)   L’homme est ce vivant qui est doué de parole, un « parlêtre » dont l’être se détermine  en grande partie, voire essentiellement, par l’usage ou mésusage de la parole. Le sujet interroge notre rapport à cette fonction de la parole, et conséquemment la possibilité ou l’impossibilité d’un « dire vrai ».

2)   Parler c’est se servir d’une langue (dans les deux sens du mot !). La langue est une institution sociale, peut-être la plus fondamentale de toutes, un système de signes conventionnels (les mots) articulés selon les règles de la grammaire et de l’usage, lequel est appris par le sujet, et qui s’impose nécessairement à lui pour permettre la communication. La langue constitue le lien premier d’une communauté linguistique. Parler c’est se servir de la langue pour exprimer un besoin, une demande, un désir, un ordre etc. La parole est un acte personnel, singulier, d’un sujet qui « prend la parole » pour s’adresser à autrui. D’emblée nous sommes dans la relation : pourquoi, de quoi, à qui ? La langue, considérée abstraitement, est l’Autre auquel le sujet est structurellement rapporté.

Apéro-philo 19 01 17

 

3)   La question : « pourquoi parlons-nous » sera longuement examinée en première partie. D’abord la paléontologie est convoquée pour rappeler dans quelles conditions physiologiques la parole a pu émerger : l’homme, assez mal assorti en défenses naturelles, a dû renforcer la cohésion du groupe pour survivre. La première raison pour laquelle nous parlons est la nécessité : renforcer les liens, gérer les besoins, organiser l’action utile. Une autre série de réponses concerne le développement intellectuel : il faut nommer pour reconnaître, mémoriser, savoir. La pensée se forme et s’enrichit dans les mots, et se communique dans les mots. Rôle des concepts en sciences et en philosophie, qui abstraient et généralisent les connaissances. Enfin quelques personnes insistent à juste titre sur le sens de la formule : « donner sa parole » où la parole vaut engagement pour l’avenir, promesse, dette d’honneur. Dans ce dernier cas la parole est en elle-même un acte (songeons aux actes notariés, où l’écriture vient pérenniser la parole).

4)   Insistons sur le fait que c’est toujours un sujet qui parle, celui qui se présentifie dans l’énoncé et qui à ce titre engage sa responsabilité : je pense que, je dis que, j’affirme que, je nie que etc. Ce qui implique évidemment que se pose la question de la sincérité (est-ce bien moi qui parle, et parlé-je vrai – ou faux) et donc la question de la vérité : il est troublant que l’on puisse dire n’importe quoi, mentir, se tromper et tromper les autres : en lui-même tout énoncé est de nature indécidable, le critère de vérité doit toujours être cherché ailleurs, dans l’expérience, dans la perception, dans le discours scientifique etc). D’où cette méfiance à l’égard du langage, considéré comme « la meilleure et la pire des choses » (Esope).

5)   En seconde partie on cherchera à mieux dire « de quoi on parle » : vient alors la question épineuse de l’indicible, de l’ineffable, de l’innommable. C’est le problème de la limite du dire. Le poète, le musicien sont supposés faire reculer cette limite et sonder plus avant la zone obscure avec les ressources d’une langue plus acérée, plus souple, plus évocatrice, plus fluide. On assiste aussi à l’invention de mots nouveaux, de nouveaux concepts (Deleuze) pour révéler des aspects inaperçus de la réalité. C’est l’aventure culturelle dans ce qu’elle a de plus noble, la marche vers la vérité. Pour autant, il serait vain d’imaginer une inadéquation parfaite entre le dire et le réel.

6)   On se demandera pour finir si, parlant de la réalité, ou même du réel, on ne parle pas fondamentalement de soi, en tout cas de soi dans le rapport aux autres ou à la réalité. A qui parlons-nous ? Aux autres bien sûr, mais surtout à soi-même dans le rapport indépassable aux autres.

Le sujet était si riche, si amplement discuté par une assemblée nombreuse et très motivée, que nous n’avons pu le traiter en entier. J’espère que ces notes livrées ici, pour  incomplètes et écornées qu’elles soient, donneront matière à un approfondissement personnel du lecteur.

 

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01 novembre 2016

Résumé de l'Apéro-philo 17/11/16 - L'humain et la sexualité

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de novembre s'est tenu le jeudi 17 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"La sexualité nous enseigne-t-elle quelque chose au sujet de l'être humain ?"

Résumé de la soirée

1)   Pour la philosophie traditionnelle l’homme est d’abord un être de langage : « zoon logon echon » - le vivant qui possède le langage, et partant, la raison, la faculté de connaissance. La sexualité est souvent ignorée, ou tolérée à la faveur de la nécessité de la reproduction. S’en suit régulièrement une mise en garde morale, la sexualité inspirant certaines passions aveugles ou aliénantes. On peut se demander à quoi tient cette relégation et si, voulant faire l’ange on ne fait pas la bête (Pascal). Qu’y a -t-il donc de si dérangeant dans la sexualité qu’il faille, et dans le discours religieux, et dans le discours philosophique, multiplier les mises en garde, voire les condamnations ?

 2)   Quelques rappels s’imposent pour la clarté de l’analyse : la sexualité est plus large que la génitalité, qui n‘apparaît qu’à la puberté. Or il y a une sexualité enfantine, qui met en jeu d’autres zones érogènes, lesquelles continuent d’avoir un rôle jusque dans la génitalité adulte (par ex le baiser). L’extinction de la génitalité chez le vieillard ne supprime pas davantage la sexualité, qui se rabat sur les zones prégénitales. C’est peut-être cette dimension hors-génitale, donc improductive, qui agace le plus les moralistes. Deuxième point : la sexualité crée un corps érogène (ou érotique) à partir du développement des pulsions partielles : buccales, anales, phalliques puis génitales, opérant une sorte de raccordement empirique, fait de bouts de corps, avec des zones très sensibles et d’autres non : il en résulte que chaque sujet a un corps érogène singulier, dont la logique première est l’obtention du plaisir, selon le rapport fondamental tension-détente. Le plaisir est gratuit, entendons qu’il n’a aucune utilité sociale, ce qui est peut-être une indication précieuse. On veut bien du sexe s’il sert à la reproduction, mais non s’il ne sert à rien…qu’à procurer du plaisir. Troisième point : les comportements sexuels témoignent d’une grande variété et plasticité, notamment dans le choix d’objet, qui décidément ne  semble pas prédéterminé par la nature ou par l’instinct : homosexualité, bisexualité, transsexualité, monosexualité. Le choix d’objet relève d’une histoire personnelle, d’un jeu complexe d’influences dont il serait prétentieux de prétendre donner la formule. Bref, la sexualité humaine n’est pas la sexualité animale, ni une donnée instinctive prescriptive, elle exprime une liberté face à la nature, elle est inventive et polymorphe. En ce sens elle exprime la spécificité irréductible de l’être humain.

 3)   L’essentiel de la première partie du débat portera sur les empêchements, restrictions, répressions et condamnations de la sexualité : Dieu, la morale, la tradition, les sentiments de honte, de gêne, de culpabilité, de pudeur résultant des systèmes éducatifs. On veut bien admettre la sexualité à condition, soit qu’elle serve à la reproduction, soit qu’elle s’accompagne de tendresse, d’amour, de bienveillance, ou de beauté, mais non le fait brut, qui relèverait de la « bestialité », terme qui évoque la perversion plus que l’animalité. Peut-être y a –t-il là une résistance qui témoigne en effet d’une protestation contre les lois de nature, d’une rébellion contre la physiologie, en un mot d’un réel inassimilable.

 4)   Reste que la sexualité inspire le désir, anime l’être d’un mouvement excentrique, le porte à la rencontre de l’autre, colore l’existence et dynamise : œuvres d’art, littérature – et même philosophie !

Apéro-philo 17 11 16

 5)   Après la pause un débat passionné oppose les tenants d’un Eros sublime, où se révèlerait une dimension sacrée, divine, esthétique et métaphysique, l’individu, dans l’acte charnel, avec la partenaire s’ouvrant à l’infini (on peut penser au Tantra) – et ceux qui refusent ces conceptions éthérées pour mettre l’accent sur la « naturalité » indépassable de la sexualité. Nous sommes menés par des forces intérieures qui agissent à notre insu, réveillent le désir et l’éteignent sans que le sujet y ait une part volontaire : absurde de la pulsion qui agit quand elle veut et où elle veut. On songe à Pascal qui remarquait que les pensées viennent et vont, hors de contrôle.

 6)   « Il n’y a pas de rapport sexuel » - Non qu’il n’ y ait point d’actes dits sexuels, mais l’expérience montre que la jouissance, même dans des bras bien-aimés, dénote une solitude indépassable : chacun jouit de ce qui le fait jouir, qui n’est pas la même chose pour l’autre. On voudrait que les choses concordent, s’unifient dans l’extase, suppriment la solitude respective, mais cela relève sans doute des mythes de l’amour. L’orgasme ne permet pas, en dépit des espoirs, un dépassement de la condition humaine.

 7)   Resterait à voir, nous n’en avions plus le temps, ce qui pourrait constituer une éthique de la sexualité, en cette époque où 70 pour cent de personnes souffrent de misère sexuelle : mais il probable qu’un consensus sur ce point n’aurait pu émerger vues les divergences qui se sont manifestées au cours de la soirée.

Pour Métaphores, GK

23 septembre 2016

Résumé Apéro-philo 19/10/16 L'homme, mesure de toutes choses

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"L'homme est-il la mesure de toutes choses ?"

Résumé :

 1)   Protagoras (485–411) déclare : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent, qu’elles existent, de celles qui n’existent pas, qu’elles n’existent pas ». Existe, selon lui, ce qui peut être senti, perçu, expérimenté, à partir de quoi chacun peut se former une opinion. D’une certaine manière toutes les opinions sont vraies, dans le concert infini des opinions. Ce qui n’existe pas c’est ce qui échappe à toute saisie perceptive, dont aucun savoir n’est possible. Cette seconde affirmation bouscule allègrement la tradition selon laquelle c’est le dieu qui est la mesure de toutes choses. Mais pour Protagoras l’existence des dieux est pour le moins sujette à interrogation, ce qui lui valut un procès et l’exil loin d’Athènes.

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 2)   « Toutes choses » sont incertaines parce qu’il n’y a pas de fondement. Dans le fameux mythe de la distribution originaire des qualités, par Zeus, les animaux sont heureusement pourvus, qui de griffes, qui de carapace, d’ailes ou de pattes agiles, seul l’homme est sans ressources naturelles, l’oublié de la création, démuni, surgissant vagissant et nu dans un monde qui n’a que faire de lui. L’homme est une erreur de la nature, privé d’instinct et de force naturelle. Ni les dieux ni la nature ne lui servent de fondement, il est condamné à tirer de soi-même les moyens de la survie, d’où la technique, le langage, le droit et l’institution politique. C’est l’homme qui, bon an mal an, fait la mesure des choses, distinguant le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le beau et le laid. C’est affirmer fortement qu’à défaut de la vérité c’est l’usage et la convention qui font mesure, et eux seuls. Montaigne se souviendra de cette leçon.

 3)   Mesure : c’est d’abord le bâton qui permet d’établir une distance, et donc de comparer des distances (le mètre, mètron). Mesurer c’est se servir d’un étalon pour calculer,comparer, fixer des rapports. Mais où trouverons-nous des critères de mesure si les dieux s’absentent, nous laissant livrés à nous-mêmes ? Seule la convention peut décider, fixer le critère, il est vrai de manière tout à fait arbitraire : qui justifiera la longueur du mètre, le découpant en centimètres et millimètres, ce qui ne fait que reporter le problème, jusqu’à cette béance du fondement. De même pour tout raisonnement, qui exige un autre raisonnement pour le fonder, et nous laisse pour finir dans l’incapacité de raisonner : on pose alors des axiomes ou des définitions, indémontrables, à titre de fondement conventionnel. De même pour les institutions humaines, qui, à l’examen, révèlent leur caractère arbitraire, lequel ne les empêche pas de fonctionner, comme on voit dans le droit : pour quoi la loi ? Parce que c’est la loi. On peut critiquer toutes les lois, mais on ne peut s’en passer si l’on veut sauver l’humanité.

 4)   Cela étant y a-t-il une « bonne loi » ? Dans l’absolu la question est idiote. Il y a des lois, conventionnelles et imparfaites. Tout au plus peut-on préférer certaines lois à d’autres, par exemple préférer la loi démocratique à la loi tyrannique. A défaut de « vrai » on tablera sur le préférable, le souhaitable, l’utile et l’efficace. C’est le choix de Protagoras : former des citoyens instruits, lucides et intelligents, qui savent manier la parole comme un pouvoir d’explication, de contestation, parole éminemment politique.

 5)   Le débat portera largement sur la question de la mesure. Le terme est ambigu en français, désignant tantôt un étalon purement géométrique ou physique - le mètron du grec – et tantôt une appréciation morale, « un homme mesuré » qualifiant l’équilibre, la tempérance, par opposition à la « démesure » du tyran, de l’avaricieux, de l’intempérant – l’hubris en grec. Question tout à fait sérieuse car si l’homme fait la mesure, rien ne l’empêche de basculer dans la démesure et de faire de la démesure même la mesure collective. Qui est fou quand tout le monde est fou ? ou pour dire comme Montaigne qu’est ce qui branle quand tout branle ? Par la phrase de Protagoras nous sommes plongés dans une incertitude universelle, où le vrai, le juste et le beau ne se distinguent du faux, de l’injuste et du laid que par la sagacité du législateur : d’où, encore une fois, la nécessité de l’éducation, de la formation morale et d’un gouvernement sage.

 6)   Un autre débat important se déroulera sur la question de la science. Dans un tel monde une science est-elle possible ? Evidemment, à condition de poser nettement que la science ne peut dire le vrai (on ne peut sortir de la représentation pour saisir le réel comme tel à la force du poignet), ce qui ne la prive pas d’un pouvoir de rectification : écarter patiemment les erreurs, les préjugés, les représentations caduques. On peut voir dans la méthode scientifique, plus que dans ses résultats, une école de formation de l’esprit, une discipline de pensée qui, à défaut de nous révéler un mystère qui nous échappera toujours, nous aide à épurer notre jugement. Le groupe évoque le fameux texte de Pascal sur les deux infinis (disproportion de l’homme) où l’on voit que tout centre se dérobe (« le centre est partout et la circonférence nulle part ») et que notre pauvre mesure, sans fondement mais indispensable, se perd dans le sans-mesure d’un univers colossal.

 7)   Nous n’avons pas la mesure du vrai, il y faudrait une puissance divine qui nous manque. Avec Protagoras l’homme, l’humanité, prend conscience de sa véritable position dans l’existence. On peut y voir une position nihiliste. On peut aussi y lire une leçon de courage. Nous voici responsables de ce que nous pensons et faisons. Il est de la première urgence de créer « de bonnes mesures » si nous voulons donner à l’humanité un espace et un temps pour la vie, qui ne peut être pour nous que le temps de la conscience.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

 

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14 septembre 2016

Résumé Apéro-philo du 22/09/16 : Sagesse et déplaisir

Apero philo

L'apéro-philo de septembre s'est tenu le jeudi 22 à 19h au café-restaurant Un Dimanche à la campagne, face au parc Beaumont à Pau. 

Le sujet proposé fut : 

"Qui augmente sa sagesse augmente son déplaisir ."(l'Ecclésiaste)

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Résumé : 

1)    L’intérêt de cette sentence est de bousculer les idées communes relatives à la sagesse, que l’on assimile le plus souvent à une école du bonheur facilement accessible, du moins si l’on en croit certains marchands  d’illusion contemporains. L’Ecclésiaste, tout au contraire, nous assène un propos réfrigérant et désespéré, nous mettant au défi de soutenir l’épreuve de réel, sans nous voiler la face, et en acceptant de nous confronter au tragique de la vie. Dès lors il faudra se demander si la sagesse n’est pas le plus souvent une notion galvaudée, fallacieusement optimisante, qui tourne le dos à la réalité sous prétexte de garantir l’accès au bonheur, et si la véritable sagesse, si elle existe, ne s’accompagne pas nécessairement d’un déplaisir, lié à la connaissance, et peut-être renforcé et approfondi par elle.

 2)    Le déplaisir est une épreuve que connaît tout être vivant dans sa quête du plaisir. Rencontrer un obstacle, être privé de la satisfaction, être frustré dans ses attentes, voilà le déplaisir. Il est inévitable. La connaissance, avant de fournir éventuellement des moyens de le contourner ou de le digérer, accroît le déplaisir en multipliant les déceptions. Les croyances qui donnaient une sécurité, les illusions bienfaisantes, les appuis que l’on croyait solides, voilà qu’on découvre qu’ils n’existent plus, qu’ils nous ont leurré, que notre crédulité et notre innocence nous ont entretenus et bercés dans un monde imaginaire, qui n’est plus. La déception crée un déplaisir infiniment plus profond et aigu : c’est l’univers de nos désirs qui chavire, et avec lui notre enracinement dans l’existence.

 3)    La connaissance crée un désenchantement (comment croire encore aux fées, aux contes, aux esprits bienfaisants, au surnaturel, au paradis  etc), une désillusion universelle, voire une mélancolie réactionnelle au spectacle d’un monde qui a perdu sa vertu poétique. Le principe de réalité nous force à réviser nos jugements, à tenir compte des faits. Il peut en résulter une forme de désespoir, voire du ressentiment. Le passage à une vision plus apaisée n’est pas garanti. S’il n’est pas de sagesse sans déplaisir, le déplaisir en lui-même ne mène pas forcément à la sagesse. Il y faut quelque chose de plus : du jugement, un détachement émotionnel, de la patience ? La question est restée en suspens.

Apéro-philo 22 09 16

 4)    La connaissance accroît le déplaisir parce qu’elle accepte de rencontrer le réel. En dernière analyse c’est le réel qui est source de déplaisir parce qu’il vient contrecarrer le désir, par exemple l’impermanence universelle m’emporte dans la tombe, mais mon amour aussi, et tous mes espoirs de durée, de survie, d’immortalité. Bien sûr je peux toujours réinjecter une nouvelle croyance, comme l’immortalité de l’âme, mais qu’en savons-nous ? Observons simplement ce fait constant : quand le réel ébranle une croyance nous nous précipitons dans une croyance nouvelle pour contourner la difficulté.

 5)    Finalement nous nous demandons si la sagesse n’est pas essentiellement un déni de réalité, une construction réactionnelle pour nous adapter à l’insupportable, un cataplasme confortable et calamiteux qui nous permettrait de sauver ce qui de toute manière est en train de se perdre. A l’inverse, étrange et lumineuse clairvoyance, que celle de l’Ecclésiaste, qui mesure résolument la vanité de toutes choses (« vanité des vanités, tout n’est que vanité ») et conclut avec lucidité et modestie qu’il n‘en faut pas moins cultiver son jardin, sans illusion ni prétention, au jour le jour, tant que dure la vie.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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