Métaphores : CAFES-PHILO - CERCLE LITTERAIRE à Pau

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L'association Métaphores vous souhaite la bienvenue sur son blog. Vous trouverez ici toutes les informations relatives aux activités philosophiques et littéraires (libres et gratuites) que nous organisons à Pau et environs : Cafés, apéros, ateliers, Bedous-philo, Manhattan-philo et cercles littéraires ainsi que des discussions autour des sujets. 

N'hésitez pas à vous abonner à la Newsletter (cocher messages + news) pour recevoir l'annonce des activités à venir, les résumés et les informations complémentaires. Prenez part aux discussions en laissant un commentaire*. 

*Les commentaires fielleux, mettant en cause des personnes ou sans aucun rapport avec le sujet traité seront supprimés.

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20 avril 2017

MANHATTAN-PHILO - Mercredi 03 mai 17 : les 3 sujets

Manhattan-philo1

Le prochain Manhattan-Philo se tiendra le mercredi 03 mai à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, le Manhattan-Philo propose 3 sujets édités auparavant sur le blog et soumis au vote des participants le soir de l'activité. Le sujet traité est celui qui remportera le plus de suffrages. L'animateur pourra assurer une rapide présentation des enjeux, des synthèses mais l'objectif premier reste le mise en oeuvre d'un travail collectif de pensée pour résoudre ensemble les problèmes rencontrés. 

Sujet 1 :  Qu'est-ce qu'être courageux ?

Sujet 2 :  Le rêve s'oppose-t-il à la réalité ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?
Une pause conviviale aura lieu au bar à mi-parcours (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une seconde partie jusqu'à 21h.

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01 avril 2017

CAFE-PHILO - Mardi 09 mai 17

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de mai se tiendra le mardi 09 à 18h45 au Matisse. Le sujet sera voté par les participants à la suite des propositions qui seront recueillies en début de soirée. L'objectif consiste à penser ensemble les enjeux de la question. L'animateur, Guy Karl, philosophe, fera des synthèses régulières.

Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés.

Une pause apéritive et conviviale est prévue (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une second temps la réflexion collective.

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18 mars 2017

BEDOUS-CAFE-PHILO - Samedi 13 mai 17 - Connais-toi toi-même !

Bedous café-philo_modifié-1

Le prochain CAFE-PHILO de Bedous se tiendra le samedi 13 mai à 18h au café l'Escala en vallée d'Aspe. Le sujet proposé pour la discussion sera : 

"Connais-toi toi-même !"

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet sera problématisé puis mis en discussion. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif.

Venez nombreux pour faire vivre l'activité philosophique en Pyrénées dans un lieu charmant et hautement convivial.

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13 mars 2017

Résumé du Manhattan-philo - 19/04/17 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois d'avril s'est tenu le 19 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, le Manhattan-Philo a proposé les 3 sujets édités ci-dessous et qui ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 

Sujet 2 :  L'art a-t-il déjà tout dit ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?
Le sujet retenu par l'assemblée nombreuse et impliquée fut : 
 Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 
Résumé de la soirée :

Pour ce second Manatthan-philo, les participants avaient le choix entre trois sujets. Malgré la présence d’un sujet d’actualité : « Que peut-on espérer de la politique ? », le public a choisi – sans doute à raison – de prendre de la hauteur sur les événements, et de réfléchir sur le temps.

Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? Cette question naît d’une plainte fréquente : la vie passerait trop vite. Nous n’avons pas le temps de profiter d’une jeunesse qui file, d’enfants qui grandissent trop vite, ni de mener à terme nombre de projets qui sont dévorés par Chronos avant même d’avoir pris forme. Sénèque a consacré un traité à cette question : « De la brièveté de la vie », où le philosophe se demande si au fond, c’est bien la vie qui est brève ou nous qui ne savons pas gérer notre temps. Ceci servira de cadre au débat. Qu’est-ce qui explique cette brièveté éprouvée de la vie, et y a-t-il moyen d’y remédier ? Je précise ainsi qu’il ne s’agira pas de réfléchir sur une quelconque rapidité intrinsèque du temps physique, objectif – question par ailleurs peut-être dénuée de sens d’un point de vue physique, et ce malgré la théorie de la relativité restreinte – mais bien de partir du temps vécu, du temps de la vie tel que nous l’éprouvons et l’habitons.

Le public se saisit d’emblée de la parole et remarque dans un premier temps que la conscience du temps varie selon les âges de la vie. L’enfant, qui est tout entier au présent, n’a pas conscience de l’écoulement et de sa mesure, et chaque journée, chaque instant, prend pour lui les proportions de l’éternité, pur présent sans passé ni futur. Au contraire, en grandissant, nous prenons conscience de notre finitude, nous avons en tête l’horizon de la fin des choses, et surtout de notre propre fin. Cette conscience de l’échéance entraine une dé-présentification, une projection dans la temporalité et, par suite, une conscience de l’écoulement du temps. L’adulte sait que les vacances ont une fin, et qu’elles sont trop courtes, il les voit filer et voit tout ce qu’il n’a pas pu faire. L’enfant, lui, ne pensera au retour à l’école que le jour même de la rentrée. Là est toute la différence. Le problème de la rapidité du temps est ainsi le problème du manque de temps, qui est dés lors envisagé comme un bien consommable, dont on manquerait toujours. La préoccupation incessante accélère le temps, tandis que l’ennui, le désoeuvrement, donnent aux journées des proportions incommensurables. « L’ennui, fruit de la morne incuriosité, prend les proportions de l’immortalité », nous dit Baudelaire.

On peut même se demander, remarque un participant, à quoi ressemblerait en fin de compte une durée acceptable pour le temps : ni trop longue, ni trop courte ; ni trop lente, ni trop rapide. Question qui permet de remarquer que le temps est toujours éprouvé par des affects joyeux ou tristes, qui lui confèrent rapidité ou lenteur. Un participant remarque ainsi que les émotions jouent un rôle primordial dans la perception de l’écoulement du temps. La joie rend le temps imperceptible. La gêne, par contre, lui confère une lenteur oppressante.

Un paradoxe apparaît soudain : quand on vit intensément quelque chose, ça passe vite. Mais cela s’imprime plus fortement et durablement dans la mémoire, et par suite cela perdure davantage dans le temps. Tandis que ce qui est ennuyeux et sans intérêt passe lentement, mais ne laissera aucune marque. De longues journées sans intérêt ont donc, paradoxalement, la temporalité la plus brève.

Cette relation essentielle du temps vécu à la mémoire est l’occasion pour un participant de remarquer – en s’appuyant sur des travaux scientifiques – que la rapidité de l’écoulement du temps est  due à un ratio entre le temps vécu et le temps restant à vivre. Plus on a vécu, plus les journées passent vite. Le temps s’accélérerait ainsi sous l’effet de la mémoire et de la proximité de l’échéance finale. De ce point de vue, c’est toujours en se distanciant d’un pur présent – le présent d’éternité – qu’on prend conscience du temps et qu’on l’anticipe ou le regrette.

Le débat prend alors un autre tournant. En revenant sur les termes même du sujet, on peut se demander tout d’abord, remarque quelqu’un, s’il est bien correct de dire que « le temps passe ». En effet, le temps est toujours là, mais c’est nous, plutôt, qui passons. Si le temps « passait », ce serait pour ne plus être du temps, c’est-à-dire pour s’arrêter. Mais pendant combien de temps s’arrêterait-il ? Le temps n’est donc pas une chose. Mais quel est-il exactement ? En poussant plus loin la réflexion, le public remarque que l’on ne sait pas , en définitive, ce qu’est le temps. Et ce quelque chose que nous ne savons pas définir, existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas plutôt l’éternité seule qui existe ? L’éternité serait ainsi le moyeu de cette roue qu’est le temps. Le temps, comme mesure de l’écoulement et du passage, s’avère dés lors une création humaine, qui ordonne, rationalise les mouvements et les cycles de la nature. C’est dans l’introduction de cette mesure que le temps, dés lors, se donne à voir comme quelque chose qui passe. Pourquoi une telle mesure ?

L’horizon de ce besoin de mesurer n’est peut-être rien d’autre que la mort. Parce que nous mourons, parce que le temps de la vie est fini, nous devons le mesurer pour en prendre soin. Mais cette mesure est une souffrance. Dans cette perspective, le paradis, tel que les religions monothéistes l’envisagent, en particulier le christianisme, se trouve hors du temps, on y est dans un présent éternel – l’éternité de Dieu – qui est une délivrance du poids du temps et de la nécessité de le mesurer.

Dés lors, le débat s’oriente sur ce besoin d’éternité, ou encore d’immortalité, qui se trouvent chez l’homme. Si le temps passe trop vite et que la mort est toujours trop proche, c’est que nous désirons ne pas mourir. Est-ce une bonne chose de mourir ? Les grecs plaçaient les dieux au dessus des hommes précisément parce qu’ils sont immortels, et qu’ils n’ont pas à se soucier du temps. Il n’est pas sûr qu’être mortel soit une si bonne chose, comme le disent parfois les théologiens qui louent la providence divine. Peut-être que les progrès de la médecine nous permettront d’éradiquer le vieillissement et la mort comme on a éradiqué des virus. Rien n’est moins sûr, remarque plusieurs personnes qui rappellent que le vieillissement est intrinsèquement lié à l’entropie et à la nature des cellules.

Si on ne peut rien faire contre le temps physique, et que la relativité n’y change rien car même le voyageur inter galactique – à supposer qu’il soit possible – reste un être fini soumis au vieillissement, on peut par contre réinvestir le temps social, remarque quelqu’un. L’appropriation du temps par la société ne nous aliène-t-elle pas ?

C’est sur cette question que nous nous arrêtons, le temps d’une pause chaleureuse dans l’atmosphère feutrée du Manatthan.

En repartant sur la question laissée en suspens, on commence par remarquer que le problème n’est pas lié au temps social, au temps qui est institué par le calendrier et les horloges. Le problème concerne bien le temps de vie, temps qui est ressenti comme s’accélérant au long de la vie. Comment dés lors gagner en qualité de vie pour ne pas souffrir du temps ? Une des solutions pourrait consister dans le fait de se recentrer sur soi-même, afin d’affaiblir la conscience du temps. On pense dés lors à Rousseau, qui, dans sa 5ème promenade, raconte comment, auprès du lac de Bienne, il éprouvait des purs moments de joie dans le fait de ne jouir que d’une existence réduite au seul contentement d’être. Dans la simple joie d’exister, on éprouve une éternité dépouillée de toute temporalité.

Voilà qu’une intervention vient alors prendre le contre-pied de la dynamique animant le débat depuis le début de la soirée. Il y a tout de même un présupposé que nous n’avons pas interrogé, remarque une personne, c’est celui selon lequel le temps passerait de plus en plus vite. Or, rien n’est moins sûr, puisque certaines personnes âgées sont tout simplement lassé de vivre, en ont marre du caractère interminable d’une vie n’offrant plus d’intérêt. La rapidité serait dés lors la condition des vivants, des actifs, lorsque la lenteur serait le lot de ceux qui, dans l’antichambre de la mort, subiraient le temps, mais sans vivre.

Un participant relève alors que l’élasticité du temps, dans son métier de comédien, est très perceptible. La lenteur ou la longueur éprouvées par le spectateur ne tiendraient pas seulement au jeu des comédiens et au texte, mais principalement à la mise en scène, à l’art de capter une attention sans jamais la lâcher. Si le théâtre est bien une représentation de la vie, c’est donc en nous plongeant au cœur de la vie qu’il nous fera oublier le temps. En suivant cette idée d’un temps qui est mieux supporté lorsque les forces vitales sont exaltées, on rencontre alors l’idée suivante : la nouveauté et la surprise, qui caractérisent la vie et l’activité, permettent de ne pas s’ennuyer et de ne pas subir le temps, au contraire de la répétition qui, comme dans la pulsion de mort freudienne, éteint la vie.

Le problème d’une souffrance liée à une accélération ressentie du temps est donc essentiellement le problème d’une vie qui ne parvient pas à affirmer sa puissance. C’est en fin de compte dans une éthique de vie que se trouve la clé au problème posé, éthique dont on ne peut certes pas donner le détail ou le programme pour chacun. Le temps qui va trop vite n’est ainsi en rien le constat de l’homme face à une réalité naturelle, mais l’expression d’une certaine impuissance dont il s’agit de réduire la négativité en se rendant capable de vivre authentiquement, en adéquation avec sa puissance.

Je propose pour finir une petite synthèse des résultats obtenus.

La rapidité éprouvée du temps a une explication psychologique toute simple : elle est occasionnellement le fruit des moments heureux, qui passent plus rapidement que les moments tristes. L’accélération du temps au long de la vie se comprend, elle, ainsi : elle est  la conséquence d’une vie active qui a une perspective plus grande sur son passé, et une conscience plus grande des échéances, la dernière étant la mort.

A ces explications s’adjoint une compréhension plus fondamentale : si nous nous désolons de voir le temps passer si vite, ou si nous souhaitons le voir passer plus rapidement, nous trouvons dans les deux cas le temps insupportable. Que le temps nous presse ou nous oppresse, il exprime dans les deux cas notre impuissance, c’est-à-dire l’inadéquation de notre désir avec ce qui arrive. Si le bonheur fuit, nous nous attristons de voir le temps passer. Si le bonheur est dans le temps futur, nous voudrions accélérer son cours. Partagé entre l’attente et le regret, "nous habitons, nous rappelle Pascal, des temps qui ne sont pas les nôtres". Le problème fondamental n’est donc pas de se donner davantage de temps, mais de ne pas perdre le seul que nous possédons. 

Pour Métaphores,

TC

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05 février 2017

Résumé du Café-Philo - 11/04/17 - Légal et moral

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois d'avril s'est tenu le mardi 11 avril à 18h45 au café-restaurant Le Matisse (clic) à Pau. Le sujet voté par le groupe présent à la suite des propositions fut : 

Ce qui est légal est-il moral ?

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Résumé de la soirée :

1) Dans une société donnée, les lois sont inscrites dans le corpus du Droit positif. Leur fonction est de réguler les rapports entre les citoyens, les sociétés commerciales et autres, entre le citoyen et l’Etat. Ces lois sont votées dans une institution parlementaire et appliquées par décision politique. On peut donc définir la légalité comme la conformité à la loi positive. Est légal ce qui n’enfreint pas la loi.

2) La loi oblige et interdit. Ce qui échappe à l’obligation et à l’interdiction est indifférent au regard de la loi, et constitue le domaine de la liberté. Je peux faire tout ce que la loi n’interdit pas.

3) Par morale on entend un ensemble de règles prescriptives ou interdictrices qui, à un moment de l’histoire et dans une société donnée, font autorité, définissent quelques valeurs communes, même si elles sont souvent transgressées. Elles expriment le moralement souhaitable, et fournissent un argumentaire au jugement moral : « c’est bien, c’est mal ». Dès lors on peut s’interroger sur le problème : le légal est-il moral ? L’illégal peut-il être moral ? Le légal peut-il être immoral ? L’illégal est-il forcément immoral ?

4) On voit apparaître deux champs distincts. Le légal ne se réfère pas au jugement moral, il s’inscrit dans une logique conventionnelle, fonctionnelle, celle de la société civile. Le législateur ne se soucie pas des intentions morales ou immorales des intéressés, il dit le droit. Le moral se réfère à des jugements de valeur qui émanent de la tradition, généralement religieuse, qui au cours du temps se sont laïcisés, et agissent comme des référents plus ou moins acceptés par tous.

5) Deux tendances apparaissent à ce moment dans le groupe. Les uns identifient légal et moral, estimant qu’au fond ce ne sont que deux modalités de la même réalité de base. La morale est elle-même sociale, d’origine sociale et confirme l’orientation générale du droit positif. Les autres sont plutôt sensibles à ce que le légal peut comporter ou favoriser d’immoralité, voire d’iniquité : les lois racistes, sexistes, discriminatoires, d’autres qui brident la liberté, favorisent le riche au détriment du pauvre, le noble au détriment du roturier. « Selon que vous serez… ». En fait on voit que les lois expriment des rapports de force, renvoient davantage au champ politique qu’au champ de la moralité.

6) Si moralité il y a, elle est plutôt dans la conscience, collective et individuelle que dans le droit, encore qu’il faille nuancer, et reconnaître que le droit positif peut aussi, grâce à l’action des citoyens, évoluer dans le sens d’une certaine justice. La loi est « semper reformanda » éternellement à corriger et amender. En ce sens, la moralité qui se réclame d’une légitimité intemporelle peut nous aider à réviser la légalité, et à introduire un peu de justice et d’humanité dans les instances juridictionnelles.

Pour Métaphores, Guy Karl

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04 février 2017

Résumé Bedous-Café-philo - 01/04/17 - La bienveillance, à quoi bon ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le Café-philo de Bedous (vallée d'Aspe) du mois d'avril s'est tenu samedi 01 de 18h à 20h au café-librairie L'Escala (clic) sur le sujet suivant :

La bienveillance, à quoi bon ?

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. 

Résumé de l'activité :

Le nourrisson est cet être dépendant qui a  besoin d’être éduqué pour devenir homme. Ne pourra advenir un moi que si d’autres le prennent en charge. Le stade du miroir marque cette reconnaissance effectuée par l’enfant de sa propre existence, cette identification qui est ensuite ( ou devrait être)  ouverture à l’autre. Se pose alors toute la question de cette relation, des liens qui se font et se défont, et construisent une société, la promesse d’un vivre-ensemble ( ou au contraire, le mettent à mal).
La question de l’autre n’est pas simple puisqu’il est autre-que-moi et je découvre ainsi l’altérité, parfois dérangeante et perturbatrice. Certes, je peux parfois construire avec l’autre des liens intimes, de confidence, établir une complicité profonde mais subsiste toujours cette distance infinitésimale qui me sépare de l’autre. Sauvegarder la possibilité de le rencontrer serait admettre que cette distance peut être comblée et qu’existe le fait d’avoir mal à sa douleur et de se réjouir de sa joie. C’est alors qu’apparaissent la sympathie,la compassion, voire la bienveillance.
Cette dernière étymologiquement signifie vouloir du bien à l’autre. Mais, si l’on regarde ce que Freud dit des êtres humains dans Malaise dans la culture, nous pouvons douter de  son émergence et même de son utilité, ce que semble indiquer le sujet. Si le spectacle des hommes ne montre que propension à l’agressivité et à la destruction, cela a-t-il même un sens de manifester de la bienveillance ? Ou faudrait-il au contraire concevoir que c’est parce que cette dernière fait défaut que l’homme est maintenu dans ses pulsions destructrices ? Faut-il la vouloir à tout prix ou y a-t-il un moment où la bienveillance n’en est plus et se mue en autre chose ? Si être bienveillant,c’est vouloir le bien de l’autre, quel est ce bien dont nous parlons ?
Que devrait-elle inaugurer ?
 
On remarque d’emblée la difficulté de la construire dans un monde hostile et l’on se demande si il y a toujours eu de l’agressivité parmi les hommes. Des travaux archéologiques ont révélé que les premiers chasseurs cueilleurs seraient morts de mort non violente et que l’agressivité arriverait au moment de la sédentarisation. Elle dépendrait alors des sociétés, du temps historique et il faudrait penser un contrat social qui évite le chaos relationnel. La question se pose un moment de savoir si la bienveillance est innée mais  après réflexion, elle semble  être du ressort de l’éducation, d’une sensibilisation par les parents. Mais qu’est-elle au juste ?
 
La difficulté est que “l’enfer est pavé de bonne intentions” et nous remarquons qu’il peut y avoir une fausse bienveillance .De même, n’induit-elle pas une hiérarchie entre celui qui aide et celui qui reçoit cette aide ?  Elle ne doit donc pas être liée à nos manques, suppose des limites au risque sinon d’imposer à l’autre ce dont il ne veut pas. La bienveillance peut parfois se transformer en maltraitance. Comment éviter cela ?
 
Elle doit nécessairement s’accompagner d’une écoute, d’une humilité et être désintéressée. La langue anglaise a le mot de “well wisher” pour désigner celui qui fait un acte anonyme de bienveillance. Il faut alors sortir du triangle infernal sauveur/victime/bourreau (aucun n’est bienveillant ) par la neutralité. Il s’agit d’écouter ce que l’autre a à exprimer, l’aide découlant de ce qu’il va demander et pour cela ne pas induire son  propre vécu. Carl Rodgers, psychothérapeute américain, suggère que le thérapeute doit avoir l’esprit d’un aventurier qui découvre un territoire. Mais alors, le bienveillance n’aurait–elle pas du sens autant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne? Ce dernier reçoit une réponse à une question et un enrichissement personnel. De même, le bénévole renonce à quelque chose de purement égoiste.
 
Mais, on se demande alors s’il peut y avoir vraiment des actions désintéressées et pour certains, cela relève du sacré, signifiant la difficulté, voire l’impossibilité pour un humain. Cependant, ma vie n’est-elle pas impactée par le malheur des autres ?
Ainsi, elle permettrait de mettre de côté nos pulsions agressives, de favoriser le lien, de s’oublier soi-même. C’est être présent à l’autre mais aussi à soi. Chacun doit alors faire un travail sur lui. La solution est de s’éloigner de la charité pour se porter vers le respect afin d’avancer ensemble. Ainsi, s’il doit y avoir bienveillance, cette dernière se dira parfois en opposant un non, voire en sanctionnant mais toujours en expliquant.
Pour terminer, nous remarquons qu’elle est contre les valeurs ambiantes et qu’en cela ,elle peut être précieuse . Elle est authentique si elle a le soucis de l’autre, si elle lui permet de s’exprimer pleinement et de construire sa liberté. Elle élèverait autant celui qui la manifeste que celui qui la reçoit.  
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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03 février 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 30/03/17 : La morale, un ramollissement ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de mars s'est tenu le jeudi 30 de 18h45 à 21h au Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

La morale est-elle un ramollissement de la cervelle ?

Résumé de la soirée : 

1)   Le ramollissement est un processus pathologique de dégénérescence, assimilable au gâtisme, à la sénilité, à l’obscurcissement. Ici le terme vaut plutôt comme métaphore pour désigner un affaiblissement vital, une perte d’énergie intellectuelle et de puissance psychique. Il s’agit de voir si la morale, conçue comme normalisation des conduites, exerce une action délétère et nocive capable de compromettre le développement des individus et des groupes.

2)   La morale se définit comme un ensemble de règles qui visent à diriger l’activité des hommes. Il y a des morales diverses de par le monde et le temps qui toutes visent à la cohésion du groupe. « Chaque peuple a sa morale » écrit Durkheim, se plaçant résolument sur un plan sociologique. Mais certains auteurs, comme Kant, cherchent à concevoir une morale qui serait universelle, indépendante des conditions empiriques et sociales, en définissant le Bien par rapport au Mal, le Juste par rapport à l’Injuste. On se demandera toutefois si l’idée d’une morale universelle ne relève pas d’un vœu pieux, lorsqu’on considère l’extrême variété et contrariété des usages, des moeurs, des interdits, des normes et des valeurs. (Montaigne)

Apéro-philo 30 03 17

3)   Il faut préciser cette idée de règle. Distinguons d’abord les interdictions (interdits de l’inceste, du cannibalisme, du meurtre, à quoi s’ajoutent des interdits plus particuliers, alimentaires, sexuels etc) La force de l’interdit se mesure à la sanction qui pénalise la transgression. Puis il y a des obligations, devoirs, prescriptions diverses. Enfin des incitations optionnelles, qui créent le sentiment d’une obligation sans toutefois donner lieu à sanction sociale en cas de non-respect. Tout cela dessine un vaste ensemble de normes qui préexistent à l’individu, qui se présente comme une institution sociale, prescriptrice, impersonnelle et autoritaire.

4)   Nous chercherons d’abord à mieux cerner l’origine de la morale. Morale vient du latin « mores », les mœurs. C’est désigner sans ambages l’origine sociale. Dans le contexte d’une nature indifférente ou hostile le groupe est la seule chance de survie des individus. La morale serait d’abord la pression exercée sur l’individu pour qu’il renonce en partie à ses intérêts étroitement particuliers pour se soumettre aux intérêts généraux : collaborer à l’entreprise commune, accepter une répartition des tâches, contribuer à l’établissement de la sécurité. A quoi s’ajoute le souci de la transmission, qui suppose des règles : on interdit d’un côté pour obliger de l’autre comme on voit dans l’interdit de l’inceste qui oblige à l’exogamie. Ainsi naissent les normes, et les valeurs qui s’y attachent. A un stade plus évolué ces règles sont intériorisées par les individus et apparaîtront comme « naturelles » - voir la théorie du Surmoi chez Freud.

5)   Il en résulte évidemment un conflit psychique larvé ou apparent dans la conscience de l’individu, tenté également par le respect des règles et la transgression. D’où le conflit moral, qui sera développé abondamment dans la théologie et la littérature romanesque, puis dans la psychanalyse. C’est ici qu’on est tenté en effet de voir dans la morale un ramollissement de la cervelle, lorsque l’individu s’éprouve lui-même comme amoindri, castré par une loi inhumaine ou incompréhensible. C’est dire que chacun devrait examiner par soi et pour soi le sens de la morale, distinguer ce qui est irrecevable et caduc, et refonder la morale à la lumière de la raison. C’est à cette tâche que nous convoquent les réformateurs moraux, qui en appellent à une morale ouverte et dynamique (Bergson).

6)   Reste la question de l’éthique. Le terme éthique est forgé par les auteurs grecs pour désigner une recherche de l’excellence, surtout individuelle, à partir de la connaissance rationnelle de la nature. Si la morale est plutôt l’univers de l’hétéro-nomie (la loi de l’Autre) l’éthique serait le travail sur soi d’un individu qui se propose d’accéder à l’auto-nomie (la loi propre, celle que le sujet conscient et lucide se donne à lui-même). C’est ainsi qu’Epicure par exemple prend ses distances d’avec les « nombreux » pour se mettre à l’école de la nature, en comprendre la structure et fonder une existence libre et heureuse sur la connaissance. Spinoza de même construit l’image et le modèle de l’homme libre. C’est dans cette voie que la philosophie, et elle seule semble-t-il, a su concevoir et créer les conditions de l’excellence.

7)   En conclusion remarquons le caractère nécessaire et impérissable de la morale, en dépit de ses variations et remaniements, comme condition du lien social. Mais aussi, pour ceux qu’attirent la vita contemplativa et la formation de soi, la valeur émérite de l’éthique. Reste à penser le rapport entre ces deux domaines. Constatons simplement que les hommes de l’éthique sont rarement des agitateurs irresponsables, et encore moins des criminels notoires.

Pour Métaphores, Guy Karl

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Résumé du Cercle littéraire - 29/03/17 : Littérature américaine

Cercle Littéraire

 

Le Cercle Littéraire du mois de mars s'est tenu mercredi 29 à 18h45 (entrée libre et gratuite) au Dimanche à la campagne, face au parc Beaumont à Pau sur le thème suivant : 

 

La littérature américaine contemporaine

 

Thème ambitieux pour le Cercle littéraire. A l'image de la démesure et du gigantisme qui marquent ce pays, que de géants lorsque l'on aborde le domaine de la littérature ! Forcément des choix -subjectifs- et donc de la frustration, des injustices, des oublis...

Après une rapide mise en perspective historique de la littérature américaine, l'oeuvre de quelques auteurs marquants sera évoquée .

Quelques noms et titres en guise de mise en bouche :

Résumé de la soirée :

Un rapide survol de l'histoire littéraire des Etats-Unis fait apparaître la façon dont cette littérature s'est constituée : un double mouvement, d'une part le désir de se détacher des racines britanniques, de l'autre s'affirmer dans l'appropriation d'un nouvel espace géographique et imaginaire  au  détriment des  autochtones . La création de colonies urbaines, les préoccupations religieuses sont ensuite relayées par la confrontation  à une nature gigantesque, le défi de la conquête de l'Ouest, le mythe de la frontière et la prise en compte des Amérindiens et des Noirs dont des écrivains actuels sont issus. Ces grands questions irriguent la littérature et constituent des lignes de force qui sous-tendent la plupart des œuvres : les vastes espaces qui fascinent l'homme et questionnent sa place.

les mégalopoles , l'alcool la solitude les désillusions ; la route la quête de l'horizon ; le Nord et le Sud , tradition et modernité ; l'Est et l'Ouest, fermeture et ouverture ; la violence

Quelques grandes figures ont été évoquées : il s'agit ici de donner les références des œuvres présentées qui ont suscité des échanges soulignant la force et le pouvoir de ces textes magnifiquement écrits

Jim HARRISON    Légendes d'Automne, trois nouvelles sur la vengeance

                    Dalva , 1987, beau portrait de femme, qui cache un secret et qui en remontant vers ses origines invite à la traversée des conflits et événements dramatiques qui jalonnent l'histoire de son pays

                     Péchés capitaux  récit qui incarne ces péchés  dont l'innommé  n'est pas le moindre :  la violence.

Annie PROULX  Les pieds dans la boue, 1999 onze  nouvelles (dont Brokeback Mountain)

situées dans le Wyoming mettent en scène personnages rudes, contrastés , archaïques parfois au croisement du mythe et de la sociologie .

Cartes postales 1992 déroule une double histoire : celle de Loyal Blood  dans sa   pénible traversée des Etats-Unis de 1944 aux années 80  et en regard celle de sa ferme  qu'il a quittée précipitamment. D'un côté, routes , paysages, animaux , personnages attachants ou inquiétants se succèdent , de l'autre la famille Blood confrontée à la nouvelle donne économique et aux  mutations qui en découlent.

 Louise ELDRICH  « Je me contente de monter comment les gens vivent et ce qu'ils subissent. » La malédiction des colombes 2008  Un crime initial se répercute  sur plusieurs générations et la tragédie pèse sur tous les habitants liés par le sang, le mensonge et les secrets . On remonte le fil de l'histoire collective et individuelle en explorant le poids de la culpabilité et le prix de l'innocence .

Cormac MAC CARTHY   La route  2007  ce récit post-apocalyptique, angoissant, haletant montre le cheminement d'un père et son fils dans un  univers cauchemardesque où ce qu'il reste de l'humanité se délite dans l'âpre combat pour la survie, Auteur également de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme 2005

Dan FANTE      La tête hors de l'eau

Bruno Dante , le double de l'auteur, looser, anti -héros nous  embarque dans ses galères d' alcoolique repenti, dépressif, travaillé par le désir d'écrire - rivalité ou admiration avec son père écrivain ? - contraint à endosser le rêve américain dans l'entreprise de télémarketing où il décroche un emploi.  Déboires amoureux, violence et folie s'enchaînent  écriture au scalpel phrases incisives  grande tension

 Les Anges n'ont rien dans les poches 1996 réédité sous le titre  Rien dans les poches 2011

 David VANN 

Sukkvan Island 2010 un père et son fils adolescent dans une île sauvage  réinventent la vie des pionniers dans une nature hostile : projet du père pour tenter de créer un lien avec ce fils de 13 ans qu'il connaît si mal. Mais l' atmosphère  vire rapidement au cauchemar et la tragédie éclate, dévoilant les tréfonds de l'âme humaine Un style haletant , un suspense éprouvant.

Désolations 2011 reprend la même situation que le récit précédent; mais il s'agit cette fois-ci d' un couple marié depuis une trentaine d'années. Le jeu des rapports humains, des projets imposés plus que partagés, la solitude, les difficultés de communication entre les êtres tissent la trame de ce récit d'une implacable et cruelle lucidité.

Joyce CAROL OATES    

Belle fleur 1980 roman gothique ; Dès la première phrase, le lecteur est emporté par le style torrentueux de l'écrivaine . Longues phrases qui déroulent descriptions et portraits avec un luxe de détails au service d'une observation aiguë . La saga familiale des Bellefleur ,ancrée à un manoir fou,énorme transporte le lecteur à des époques variées de l'histoire américaine depuis ses débuts et fait entendre une voix très anglaise .

Blonde  2000 Cette bio-fiction consacrée à Marilyn Monroe démonte les rouages de la machine à rêves américaine

Mudwoman  2013

Maudits 2014  raconte les heurts et malheurs d'une dynastie privilégiée de Princeton. Monstres et phénomènes démoniaques dans un gothique ironiquement flamboyant sont les métaphores d'un «retour du refoulé » qui submerge une classe dirigeante plongée dans le déni, en l'occurrence le lynchage subi par deux Afro-américains .

D'autres auteurs 

Paul AUSTER  et sa Trilogie new-yorkaise ou encore Brooklyn Folies

John IRVING     Le monde selon Garp

                     Hôtel New-Hampshire

Toni MORRISON    Beloved

                        Home

                        Délivrance s 2014

 B;Eastton ELLIS  American Psycho

                        Suite(s) impériale(s) 2010

 Anne TYLER    Une bobine de fil bleu 2017 Saga familiale autour d'une maison familiale à Baltimore ; une famille parfaite en apparence -trop parfaite pour  être honnête.

James SALTER  Un bonheur parfait 1997

                     Et rien d'autre 2013

Dans un style précis et fluide, la chronique du désenchantement .

 Jim HarrisonLégendes d'Automne, Dalva, Sept péchés capitaux

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 Dan FanteLa tête hors de l'eau

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 Paul AusterTrilogie new-yorkaise 

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David Vann SukkvanIsland, Désolations

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Cormac Mac CarthyLa route

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Annie ProulxCartes postales

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Joyce Carol OatesBelle fleur, Journal

 Résultat de recherche d'images pour "Joyce Carol Oates : Belle fleur"

Un temps d'échanges ensuite : autres œuvres connues et appréciées des participants, discussion sur les thèmes et sources d'inspiration de ces auteurs, le portrait de l'Amérique qui se construit à travers ces textes .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

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02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl