Métaphores : CAFES-PHILO - CERCLE LITTERAIRE à Pau

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L'association Métaphores (clic) vous souhaite la bienvenue sur son blog. Vous trouverez ici toutes les informations relatives aux activités philosophiques et littéraires (libres et gratuites) que nous organisons à Pau : Cafés, Apéros, Ateliers, Manhattan-philo et Cercles littéraires ainsi que des discussions autour des sujets. 

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*Les commentaires fielleux, mettant en cause des personnes ou sans aucun rapport avec le sujet traité seront supprimés.

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01 juin 2019

APERO-PHILO - 20/06/19 - Tu dois changer ta vie

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra le jeudi 20 juin à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

"Tu dois changer ta vie " - est-ce un impératif recevable ?

Guy Karl, présentateur-philosophe, fera une introduction problématisée autour des enjeux de la question d'une vingtaine de minutes avant de donner la parole au groupe qui décidera de suivre ou pas le plan proposé. 

Rappelons que nul n'est obligé de prendre la parole même si le groupe oeuvre collectivement à la résolution des problèmes. L'animateur fera des synthèses régulières en apportant si besoin des clarifications. Nous ferons une pause apéritive à mi-parcours (consommation non obligatoire) avant de reprendre pour une seconde partie. Fin de l'activité vers 21h. Possibilité de rester diner dans le restaurant.

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25 mai 2019

Résumé - Café-philo - 11/06/19 - Mort du passé ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 11 à 18h30 au café le W. Le sujet voté par le groupe présent à partir des diverses propositions que chacun a pu faire fut :

Peut-on dire que le passé n’est jamais mort ?

 Résumé de la soirée :

Ce qui est mort a été mais n’est plus, ne revient plus. A quoi reconnaît-on que telle réalité, telle personne n’est plus ? A ce qu’elle n’exerce plus aucune action, qu’elle n’infléchit plus le présent. La question est donc de savoir si le passé, historique et personnel, continue ou non d’influencer, voire de déterminer, à notre insu peut-être, notre présent. Auquel cas notre liberté de penser et de choisir se verrait obscurcie par la méconnaissance.

On distinguera le passé objectif – les événements qui se sont déroulés dans un temps dont on n’a pas forcément conscience, comme les événements cosmologiques, géologiques et autres, que la science s’efforce de connaître – et le passé subjectif : ce qui est reconnu comme passé par un sujet qui le reconnaît comme « son » passé. Encore que, dans la quantité immesurable des événements vécus, un nombre plus modeste d’événements, une part bien plus faible est reconnue par le sujet. On sait bien que la mémoire est sélective. Elle s’organise comme un récit (autobiographique), lequel peut faire l’impasse sur d’innombrables événements vécus, mais « oubliés », ou niés, ou reconstruits en fonction des soucis du présent. Cette part refusée, ou écartée est-elle morte, inactive, ou au contraire d’autant plus agissante qu’elle est refoulée ?

On voit que la question posée interroge le rapport vivant entre le présent et le passé. Pour un sujet humain le passé existe pour un présent : présent de la mémoire qui pose un passé comme passé, mais aussi présent des habitudes qui sont une présence du passé dans le présent (un passé-présent), voire le présent comme force de négation qui rejette le passé dans le passé en tentant de l’effacer de la mémoire.

C’est peut-être cette tension entre l’effort de conserver et l’effort de repousser qui donne à notre relation au passé son caractère dramatique, parfois tragique. Le héros tragique est celui que le passé rattrape, et finit par engloutir (Œdipe roi).

Le groupe examine ensuite le problème des transmissions trans-générationnelles : les actes et paroles des anciens qui déterminent le sort des descendants, malgré eux : traditions culturelles, religieuses, injustices subies etc : ici le passé est loin d’être mort, il est excessivement agissant, c’est même une figure saisissante du karma : suis-je responsable des turpitudes de mes parents, en quoi devrais-je en porter le poids et la charge ? Et comment vais-je me libérer d’un devoir que je n’ai pas contracté et qui m’est imposé sous le prétexte que je porte le nom de mes parents ? Accepter, plier, refuser – ou inventer autre chose ?

On dit souvent que le passé se répète : il ne serait mort qu’en apparence, continuant d’exercer une action tantôt faste tantôt néfaste. Mais c’est une formule vague. Est-ce le passé qui se répète ou l’ensemble des forces, passions et affections qui continuent d’exercer leur puissance, faute d’avoir été examinées, analysées, et comprises ? La répétition c’est la pathologie des peuples qui ne parviennent pas à éponger le négatif et retombent périodiquement dans les mêmes errements (la leçon de l’histoire c’est qu’il n’y a pas de leçons de l’histoire), et c’est aussi la pathologie de l’individu qui tourne en rond dans le même cercle tant qu’il n’a pas su prendre conscience des passions et des représentations qui l’animent.

En conclusion on peut dire que le passé n’est jamais tout à fait mort. Ce terme de « mort » n’est pas vraiment adéquat. Il ne s’agit ni de « tuer » le passé (voire la scénographie des morts vivants), car alors il refait surface, ni de le nier ou le refouler, mais de tenter de comprendre la signification qu’il peut avoir pour nous dans le présent et pour le présent. Ce qui nous invite en somme à revisiter notre histoire, à sélectionner ce qui nous aide à vivre et à réduire autant que possible les effets du négatif.

Le sujet ne peut se reconnaître positivement que dans sa singularité narrative.

Pour Métaphores, Guy Karl

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20 mai 2019

Résumé Manhattan-Philo - 05/06/19 : Malheur des uns, bonheur des autres

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le mercredi 5 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés pour cette soirée :

Sujet 1 : Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ?

Sujet 2 : Qu'est-ce qu'être fort ?

Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ?

Résumé de la soirée :

 Pour cette soirée philosophique au Manhattan, le public a choisi de débattre autour de la question suivante : « Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ? ».

L’adage qui veut que le malheur des uns fasse le bonheur des autres trouve un écho dans des doctrines philosophiques. J’indique ainsi que Lucrèce mentionne l’expérience de celui qui, sur le rivage, regarde les marins pris dans la tempête et éprouve ainsi vivement le confort de sa position, par contraste avec leur inconfort. Schopenhauer prend d’ailleurs cet exemple pour illustrer sa thèse pessimiste : le bonheur n’est rien de positif, il n’est que l’absence de douleur. Toutefois, il est étrange qu’un bonheur puisse se fonder sur le malheur d’autrui, ce qui donnerait une origine peu morale, en quelque sorte, au bonheur. Faut-il être aussi cynique ? Le bonheur peut-il vraiment reposer sur le malheur des autres ? Quel est le sens de cette formule ?

En s’emparant de la parole, le public a dessiné plusieurs chemins pour répondre à cette interrogation. Si le bonheur peut être éprouvé au contact du malheur d’autrui, c’est tout d’abord parce que le bonheur est une notion relative. Nous sommes heureux relativement à ce qu’ont et sont les autres. Etre heureux, c’est avoir plus que la moyenne, être privilégié par rapport à la moyenne. C’est pour cela que lorsqu’on se compare, « on se console », selon le mot de Talleyrand cité par un participant. On dira aussi qu’ « il y a pire », qu’ « il y a plus malheureux que nous », etc.

D’autre part, si le bonheur peut être lié au malheur d’autrui, c’est que dans la nature même il y a une loi de compétition, que l’on retrouve dans le monde du travail ou du commerce, en vertu de laquelle un même objet ne peut pas être possédé par tous, et qu’il faut ainsi se battre pour l’obtenir. De la sélection naturelle darwinienne au désir mimétique mis en lumière par René Girard en passant par l’anthropologie libérale individualiste, nombreuses sont les doctrines qui pointent, avec ou sans cynisme, cet état de conflit permanent où les vainqueurs sont peu, et les vaincus, nombreux. Le bonheur de quelques élus repose ainsi sur l’échec – ou la misère – de tous les autres. Un participant, parlant d’expérience, révèle ainsi comment les commerçants se réjouissent de la faillite du commerce voisin.

Mais au fond, quel est ce bonheur qui repose sur la comparaison et la compétition ? Est-ce là tout ce à quoi l’homme peut aspirer ? Le public a ainsi proposé d’autres voies pour penser le bonheur. Le bonheur reposerait non sur une comparaison ou une victoire, mais sur la concrétisation d’un désir profond, par exemple. Par ailleurs, le schéma de compétition est insuffisant. La nature, fait remarquer quelqu’un, fonctionne aussi sur le mode de la coopération, et aucune société ne peut réussir sans une telle coopération. Le bonheur, ici, ne peut être que partagé, la réussite de tous étant conditionnée par la réussite de chacun. L’empathie, ainsi, montre comment nous avons développé une faculté de souffrir de la souffrance des autres, et de nous réjouir de leur joie, afin justement de rendre possible une telle coopération créatrice. Renversant ainsi la perspective initiale, il devient alors possible de dire, pour un participant, que le malheur des autres peut faire notre bonheur en ceci que leur malheur, excitant en nous l’empathie, nous pousse à coopérer, à redresser leur peine, et à faire notre joie en faisant la leur.

P.S.

Cette soirée était aussi pour moi ma dernière soirée en tant qu’animateur au Manhattan. Heureux d’avoir pu passer ces deux années en compagnie de personnalités riches et diverses qui ont contribué à ces soirées, je passe le relais à Didier et David, qui sauront perpétuer l’ambiance particulière de ces moments philosophiques. Je remercie particulièrement l’association Métaphores pour sa confiance et Laure pour son accueil toujours chaleureux au bar le Manhattan.

 Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

 

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10 mai 2019

Résumé Cercle Littéraire 28/05/19 : En mai, lis ce qu'il te plaît

Cercle Littéraire

 En mai, lis ce qu'il te plait !
Le Cercle littéraire du mois de mai s'est tenu le MARDI 28 au Dimanche à la campagne, à 18h45 (enrée libre et gratuite).
Résumé de la soirée :
Haruki Murakami   Le passage de la nuit
Le passage de la nuit - Livres d'occasion
 une oeuvre pour entrer dans l'univers singulier de cet auteur 
Le lecteur est embarqué avec l'auteur dans une atmosphère de mystère et d'incertitude dans la nuit à Tokyo .Divers personnages se croisent :.Mari, jeune étudiante, grande lectrice et  son amoureux, Takasashi, musicien ;  Eri la soeur de Mari  plongée dans le sommeil depuis plusieurs mois , Kuoro ,  la serveuse d'un love hôtel .et bien d'autres encore..Etrangeté, fantastique , nuit banale en apparence.. Technique narrative déroutante, multiplicité de points de vue , tout ce qui séduit dans l'univers de Murakami , l'auteur de Kafka sur le rivage , ou IQ84 .
 Atiq Rahimi écrivain afghan ;  Terre et Cendres
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( a publié Synge Sabour en 2008)  Récit bouleversant,se déroule durant la guerre avec l'Union Soviétique ; un vieil homme ,qui transporte son petit-fils, recherche son fils qui travaille à la mine,  après le bombardement de leur village  , Phrases brèves et intenses .
 Léonardo Paduro , auteur cubain. La transparence du temps
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    Condé, ancien policier  vit de la vente de livres anciens.Il est contacté par un ami qui s'est fait voler une mystérieuse statue de la Verge noire par un ex-amant . Deux intrigues alternent,  l'enquête proprement dite commanditée par l'ami,  mais aussi l'histoire de cette Vierge noire miraculeuse, qui nous fait remonter le temps. Condé entraîne le lecteur dans le milieu des marchands d'art de La Havane, bénéficiaires sans scrupules de l'ouverture cubaine .
 Humour, mélancolie, truculence accompagnent les descriptions des lieux sordides traversés au cours de l'enquête aussi bien que l'évocation des milieux de nouveaux riches .  Très beau livre , paru n début 2019 .
Eric Plamondon Taqawan   Catégorie Pépite
Taqawan - Livres d'occasion
   Pour point de départ, un fait réel  historique: 1981  Des policiers confisquent les filets de pêche d'une tribu indienne au Québec, ouvrant ainsi une crise politique par la volonté de complaire à Otawa, l'autorité fédérale .  Un tourbillon s'ensuit : disparition d'une adolescente , démission d'un agent écoeuré par les méthodes de la police.  Le roman pose la question du traitement des Indiens dès la colonisation et celle du rapport de l'homme à la nature .
 L'histoire du saumon devenu taqawan, sa métamorphose, sa remontée vers la source .  Un livre époustouflant et indispensable .
Jesmyn Ward Le Chant des revenants ( Sing, unburied, sing)  2017. Catégorie Coup de coeur ❤ .
Résultat de recherche d'images pour "Jesmyn Ward Le Chant des revenants"
Auteure américaine deux fois primée au National Book  Award
  Chronique d'une famille noire exposée au racisme, au rejet, dans le Sud profond . L'évocation des morts, victimes de la ségrégation, qui hantent les vivants par le souvenir, le remords  est au coeur de cette intrigue poétique émouvante .
 Récit envoutant où se mêlent trois voix pour dire l'histoire de la communauté noire et celle des victimes de la ségrégation.
   Jesmyn Ward est aussi l'auteure de Bois noir et Les Moissons funèbres .
Virginie Grimaldi Tu comprendras quand tu seras plus grande
Tu comprendras quand tu seras plus grande - Virginie Grimaldi - Livres d'occasion
 Humour et tendresse se conjuguent pour traiter du grand  âge et dans la façon de camper des personnages de retraités .
La narratrice est psychologue remplaçante dans une maison de retraite à Biarritz . Elle découvre des personnalités attachantes et soigne sa mélancolie et ses chagrins secrets dans cette nouvelle famille .  Récit plein de fraîcheur, d 'humanité et de bientraitance.
Franck Bouysse Né d'aucune femme
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  Appelé auprès d'une femme morte folle à l'asile, un prêtre se voit remettre les carnets secrets tenus par Rose, la défunte, pages qui cachent sa terrible histoire . Un récit bouleversant et prenant .
Sivia Avallone  D'acier  2010
D'acier - Livres d'occasion
  A l'opposé d' Elena Ferrante, le roman d'une amitié entre deux filles se déroule à Pombino, ville en face de l'île d'Elbe, où l'aciérie "bouffe" les hommes Dans ce contexte social difficile dans les années 80-90, l'adolescence des deux amies se déploie entre tours de l'aciérie et la plage, les barres d'immeubles et l'île prometteuse, les rêves brisés face au réel, celui d'une Italie en pleine dérive et clinquant de l'ère berlusconienne .
 Roman social et politique, fresque de l'Italie contemporaine ;
Olivier Bourdeaut Pactum salis  2018
Pactum salis - Finitude
   Rencontre improbable de deux hommes aux destins radicalement opposés, qu'une terrible cuite va mettre face à face .
 Le décor : les marais salants de  Guérande , évoqués avec beaucoup de poésie , le métier de paludier très précisément décrit ;
Deux univers qui se côtoient d'ordinaire sans se rencontrer . Humour , poésie , dérision , un joli cocktail par l'auteur de En attendant Bojangles .
Pour Métaphores, Janine Delaitre

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02 mai 2019

Résumé - Apéro-philo - 23/05/19 - Propriétaires de notre corps ?

Apero philo

L'Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de mai 2019 s'est tenu le jeudi 23 mai à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne (Pau) sur le sujet suivant : 

Sommes-nous propriétaires de notre corps ?

Résumé de la soirée :

Spontanément chacun dira oui : c’est mon corps, pas celui du voisin, je le vis de l’intérieur comme une présence constante, évidente, indiscutable. De lui je suis inséparable, comme je le vois, le sens dans la douleur et l’exultation. Mais cette impression immédiate ne décrit que le vécu subjectif, elle n’établit en rien une propriété. On pense d’emblée à des situations d’esclavage, ou de servage, où le corps est la propriété d’un maître, où l’esclave est privé de tout droit jusque dans le plus intime. Il importe de préciser la notion de propriété si l’on vent saisir l’esprit de la problématique.

Il faut distinguer la possession et la propriété : la possession relève de la force d’emprise, hors de tout cadre légal. La propriété est définie par le droit, coutumier ou positif. Code civil : « La propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu que l’on ne fasse pas un usage prohibé par les lois ou les règlements ». On remarque que l’idée de propriété s’entend pour les choses, les objets, les biens meubles ou immeubles, et non pour les personnes. Pourtant, dans le passé, on achetait et vendait des êtres humains, considérés comme des « outils animés » (Aristote). Comme quoi le statut de la personne supposée avoir la propriété de son propre corps n’est pas un fait universel. En Europe il faudra attendre 1679 pour que le Parlement anglais vote l’ « Habeas corpus » qui garantit la liberté individuelle en dénonçant les abus de la monarchie absolue.

Il faut s’interroger dès lors sur les causes qui privent le sujet de la propriété de son propre corps.

On remarque d’abord des faits troublants où le corps fait l’objet de trafics mercantiles, où le sujet est dépossédé de son corps, ou se dépossède lui-même par appât du gain : prostitution par exemple. Plus largement on note une pression sociale de conformité qui oblige tout un chacun à se ranger dans la norme, vestimentaire ou comportementale. Police des corps et des conduites qui contribue à déposséder chacun d’un libre usage de sa liberté. Bien sûr ce n’est pas l’esclavage antique, ce n’est pas le corps tout entier qui est aliéné, mais une part de son usage.

Bien sûr c’est mon corps, mais ce corps est livré au regard de l’autre, qui peut en retour nous objectiver, nous figer dans une « essence », une image qui n’est pas la nôtre. Mon corps, existence privée, devient public malgré moi, il m’échappe dans le regard d’autrui.

Mais le problème le plus sérieux se situe au niveau politique, dans ces régimes qui ignorent le droit de la personne, banalisent la violence, l’incarcération arbitraire, le contrôle et la surveillance absolue, interdisent la sortie du territoire. Ou l’esclavagisme, la traite des Noirs (et des Blanches). Le servage qui attachait le serf à la terre, comme un meuble. Et les divers totalitarismes, bien sûr.

Certaines religions, par ailleurs, affirment que le corps de l’homme – et son âme – appartiennent aux dieux, qu’il n’est qu’un véhicule transitoire, et que c’est Dieu seul qui décide de l’heure du trépas. Cette position revient à interdire et condamner le suicide, et peut-être même l’euthanasie.

La question initiale : « sommes-nous propriétaires de notre corps » est décidément une question politique, et qui n’a de sens qu’à ce niveau. Si maintenant nous nous proposons d’examiner le rapport intime que nous entretenons avec notre propre corps l’idée de propriété est totalement inadéquate :

Notre corps n’est pas un objet que l’on possède. D’une part il semble animé d’une vie propre (respiration, digestion, rythmes, métabolisme etc) à laquelle nous n’avons guère d’accès, sans parler même des maladies qui se déclarent sans notre consentement, qui évoluent selon leur rythme, qui guérissent ou non. On peut agir bien sûr, et le « corps médical » s’y efforce, mais chacun voit bien que nous ne sommes pas vraiment maîtres de notre santé et de notre bien-être. Tout au plus peut-on apprendre à cohabiter prudemment. D’autre part nous sommes inséparablement liés au corps, d’une liaison naturelle, au point que ce qui affecte le corps nous affecte tout entier, comme un coup reçu, une blessure, un trauma etc. Par certains côtés j’ai un corps, par d’autres je suis mon corps, ou même, mon corps c’est moi. C’est par un artifice logique que nous distinguons le corps  et l’esprit, raidissant et objectivant les différences, alors que dans la vie vécue tout cela s’emmêle, s’entretient ensemble, échange et travaille à préserver la vie. Mais quand le corps nous lâche tout se lâche…

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 mai 2019

Résumé Café-philo - 14/05/19 - Sincérité de l'ami et de l'ennemi

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO de Pau (activité libre et gratuite) du mois de mai 2019 s'est tenu le mardi 14 à 18h30 au café le W Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

« Sont-ce nos amis ou nos ennemis qui sont les plus sincères ? »

 

Difficile de répondre à cette question si les amis peuvent être de faux amis. A première vue l’ennemi serait plus sincère : on ne doute pas qu’il soit mal intentionné à notre égard, que cela se voie et s’éprouve, et qu’à ce titre sa sincérité soit manifeste.

Le premier moment de la discussion porte sur les conditions d’une amitié authentique : être un ami c’est savoir écouter, entendre, dire, partager. D’où la question de la vérité : dire le vrai c’est être vérace. Peut-on exiger la véracité ? Certains préféreront la pudeur, la réserve : ne pas tout dire pour sauvegarder l’affection. Sans doute y-a-t-il divers types d’amitié, répondant à des exigences ou des tolérances diverses. On se demandera toutefois si le mensonge et la tromperie ne sont pas la limite qu’on ne peut franchir. Il y a des déceptions dont l’amitié ne se relève pas. L’amitié serait un subtil équilibre entre l’affection et la véracité.

On remarque ensuite que si l’on tend à exiger de la sincérité de l’ami on n’est pas toujours capable de s’imposer à soi-même la même règle. La sincérité serait d’abord une certaine honnêteté, authenticité à l’égard de soi-même : savoir reconnaître ce que l’on sent, éprouve et pense en soi-même, établir une congruence entre le vécu et le parlé, ne pas se dissimuler ses propres affections, ne pas se mentir. A partir de quoi on pourra parler avec franchise (franc=libre). Mais la franchise elle-même a des limites : jusqu’où puis-je dire sans blesser ou froisser ? En théorie la sincérité peut être intégrale, la franchise non.

Suit une réflexion fort pertinente sur la difficulté d’être sincère : la vie sociale nous contraint à jouer divers personnages, à porter des masques (en latin persona c’est le masque de théâtre), voire à être hypocrites (en grec hypocritès c’est l’acteur), à cultiver des « amitiés » d’intérêt, de complaisance, déguisements et jeux de dupes largement traités dans la littérature romanesque ou dans les ouvrages des moralistes. A l’inverse la haine, la médisance, la jalousie, l’envie, la rivalité de l’ennemi semblent évidents, sauf à être la victime crédule d’un « faux ami » qui cache son jeu et vous assassine par derrière.

Au terme de ces réflexions nous aurons dégagé quelques obstacles à la sincérité :

1 - La connaissance de soi et de l’autre demeure incomplète par nature.

2 - Nous avons tendance à chosifier, réifier, essentialiser, former des images stables et permanentes de ce qui est essentiellement mouvant et évolutif.

3 - Nous avons tendance à idéaliser l’amitié selon nos désirs et aspirations, voire à idéaliser l’ami, quitte à découvrir avec douleur qu’il n’était pas ce que nous croyions.

4 - Nous avons tendance à figer les processus, à refuser et nier la puissance du temps, qui nous révèle le caractère passager de toute chose, et de nos attachements.

En un mot c’est l’illusion qui est au cœur de nos passions, et c’est une douleur de voir s’émietter nos illusions. Pour autant ne renonçons pas à un certain « devoir » de sincérité : c’est dans la parole, par la parole qu’un certain travail de perlaboration est possible, qui nous permettra de voir un peu plus clair en nous-mêmes et dans l’autre, sans prétendre à la transparence absolue, ni à la sincérité inconditionnelle.

La sincérité est à la fois impossible et souhaitable.

Pour Métaphores, Guy Karl

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28 avril 2019

Retrait de Bedous-café-philo

Logo métaphore

 

L'animatrice du café-philo de Bedous, Véronique Barrail, nous a fait savoir qu'elle désirait poursuivre son activité hors du cadre associatif Métaphores qui l'a accueillie jusqu'à présent. Nous lui souhaitons bonne continuation. 

Si la rubrique correspondante a été de ce fait supprimée du menu, l'ensemble des sujets traités à Bedous ainsi que les résumés demeurent consultables sur le blog en cliquant en bas d'un message de l'activité sur Bedous-Café-Philo (clic).

L'équipe Métaphores

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23 avril 2019

Résumé Bedous-café-Philo - 27/04/19 : Gagner du temps ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le Café-Philo-Bedous du mois d'avril s'est tenu samedi 27 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée fut : 

Gagner du temps ? Merci !

Nous voyons bien que le temps passe (l’alternance des saisons , du jour et de la nuit) , nous le mesurons avec des montres et cependant chacun le vit d’une manière différente ; d’entrée de jeu nous pouvons donc distinguer un temps de la nature, celui du monde et l’épreuve subjective que chacun en fait. Le temps humain n’est pas seulement vécu, il est aussi agi et c’est alors qu’apparait  l’idée que nous pourrions en perdre mais aussi du coup, en gagner.L’heure est à la vitesse, l’accélération et les moyens de transports participent de cela. De même pour la fabrication des objets ou encore les progrès de l’informatique et de la communication qui laissent entrevoir une nouvelle dimension de l’expérience humaine,une instantanéité comme affranchie des barrières du temps et de l’espace.
Qu’est-ce que perdre du temps et au contraire en gagner?
peut-on vraiment gagner du temps?
Dans ce mouvement d’accélération, que devient “ la force du présent” dont parlait Nietzsche ?
 
  La réflexion démarre sur un constat: l’injonction contemporaine à gagner du temps ; “time is money” ,le temps serait une donnée dont on se sert , considéré comme une marchandise. Le stakhanovisme a montré comment une organisation qui veut être efficace cherche à aller vite. On remarque qu’à certaines époques ou dans certaines cultures, la gestion du temps est  différente selon les genres, différente selon les hommes et les femmes, ces dernières devant s’occuper des tâches ménagères et dont on considèrera qu’elles perdent leur  temps à lire, par exemple. Une certaine idée de rentabilité et de progrès peut nous amener à vouloir gagner du temps et le fait qu’on le mesure de façon toujours plus précise montre son importance. La perception du temps s’accélère et plus on progresse dans l’espérance de vie, plus on cherche à en gagner. On considère aujourd’hui qu’on réussit sa vie si on fait plein de choses, on gère nos emplois du temps. La question qui vient alors est : pourquoi ? On se demande si il y a eu une période dans l’histoire où l’homme aurait décidé d’en gagner et si les sociétés primitives se posaient la question. Pour autant, le temps cyclique impose aussi de faire certaines choses avant la tombée du jour.
 
  Quelqu’un remarque alors que poser le problème en ces termes semble illusoire . qui souhaiterait être immortel?  Cependant, quand on met moins de temps pour faire quelque chose, on aurait plus de temps disponible pour autre chose et la question est toujours la même: quoi ? .  Il semble que nous voulions gagner autre chose que du temps et  dans la confrontation à la finitude, le problème est la question du sens. Il  est alors remarqué que la lenteur semble  reprendre quelques droits et que prendre son temps n’est pas toujours le perdre. Or, parfois, la recherche de rentabilité face au temps peut faire émerger l’idée que le sommeil lui-même serait une perte de temps. Mais chercher à gagner du temps cacherait l’impossibilité de donner du sens à  notre vie et cela rappelle le mot d’Aragon “ le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard”. L’idée de lenteur vient peut-être du fait que l’espèce humaine ne maitrise plus ce qu’elle fait alors que paradoxalement, ce sont ces mêmes techniques qui permettent d’aller plus vite. Il faudrait alors opérer un rapport qualitatif au temps et non plus simplement quantitatif. On voit souvent le temps comme un moyen et non comme une finalité, celle de vivre. Nous sommes enfermés dans un passé nostalgique ou dans une inquiétude face à l’avenir et oublions l’instant présent.Comment alors mieux “plonger” dans le présent ?
 
L’important est d’avoir vécu et de ne pas avoir de regrets mais avoir vécu ne sert à rien si on n’a pas appris et pour cela le temps ne fait rien à l’affaire.” L’expérience n’est une lanterne que pour celui qui la porte”. On pourrait alors avoir le sentiment d’avoir perdu son temps quand certaines valeurs intérieures ont été oubliées, quand on s’est perdu dans des futilités. Après tout , cette sensation de perdre ou de gagner du temps est toujours par rapport à un référentiel et personne n’aura le temps de finir ce qu’il avait à faire. D’ailleurs, quelqu’un remarque que quand nous rêvons, le temps et l’espace explosent et on se demande alors quel est le rapport au temps le plus authentique, le rationnel ou celui-ci ?  Cette expression “gagner du temps” serait là pour un souci de rentabilité et ne serait qu’un prétexte à l’exploitation  de certains hommes par d’autres.Pour autant, certains constatent que la rapidité fait partie de notre évolution.
 
  On peut vouloir en gagner parce qu’on se dit qu’on a quelque chose à faire et l’essentiel serait surtout de ne pas en perdre. Si  il nous faut distinguer le temps quantifié et l’action humaine, il convient d ‘interroger le sens de cette dernière. Gagner du temps n’aurait alors un sens que pour agir dans la société avec les autres et c’est la question du commun qui émerge   Saisir le présent au vol, se forger une personnalité forte et se rendre utile au sein de la collectivité, c’est le conseil de Confucius face à cet écoulement du temps, retrouver “la force du présent”, force d’initiative  ou encore prendre ”soin du monde” en co-agissant car “l’action est comme un rappel permanent que les êtres humains, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais sont  nés pour donner naissance à quelque chose de nouveau” H. Arendt.
Pour ce dernier Café-philo-Bedous-Métaphores, Véronique Barrail

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08 mars 2019

Résumé Apéro-philo - 24/04/19 - « Je pense » ou « ça pense » ?

 

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'avril (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Faut-il dire  « je pense » ou « ça pense » ?

Résumé de la soirée :

La question nous invite à prendre soin de la vérité : qu’en est-il de notre rapport à la pensée ? Sommes-nous libres de penser ce qui nous plaît, avons-nous le contrôle de notre pensée, pouvons-nous affirmer que ce qui pense c’est un sujet libre, personnel, singulier qui se désigne légitimement comme l’auteur de la pensée, un « je » conscient de soi – ou bien tout au contraire, sommes-nous amenés, par l’observation méthodique, et l’humilité, à voir que la pensée se fait en dépit de nous, selon des mécanismes et des enchaînements sur lesquels nous avons peu de prise. Auquel cas on devrait dire : ça pense, avant de rechercher par quels moyens on pourrait parvenir à un degré relatif d’autonomie. En clair, le ça pense précéderait naturellement un je pense dont l’advenue est elle-même problématique. L’enjeu philosophique est donc d’analyser en quoi à ça pense en nous, connaissance préalable et nécessaire, avant de rechercher une éventuelle affirmation du sujet pensant.

Je pense ou ça pense ?

Ce ça qui pense est multiforme, omniprésent, complexe : on remarque d’abord qu’il y a en nous une activité spontanée du cerveau qui produit des sensations, des stimulations, des émotions, des images et des idées. Cela pense tout seul, selon des mécanismes, des automatismes, des schèmes constitués qui déterminent des processus de répétition, que l’on constate et que l’on ne peut guère empêcher. (Comment s’arrêter de penser ? On risque fort d’y perdre la raison). Puis il y a les héritages, conventions, règles et valeurs, profondément enracinées, qui conditionnent la représentation et dirigent la conduite. Puis les conformismes culturels, cultuels, idéologiques. Plus profondément encore tout ce qui émerge de l’inconscient : pulsions, fantasmes, contraintes psychiques, voire pathologiques. Ces conditionnements ont l’avantage de tracer des routes pour le « sujet » mais peut-on légitimement parler de sujet si le passif l’emporte sur l’actif, si la pensée est asservie, si, en toute rigueur, ce n’est pas même une pensée. Il faut distinguer entre une production psychique spontanée ou répétitive, et une pensée véritable qui opère une distanciation pour analyser scrupuleusement les faits.

Alain disait «penser c’est dire non ». On commence à penser quand on introduit une césure dans le discours intérieur, qu’on s’arrête pour examiner, qu’on suspend l’adhésion pour se donner la chance d’une liberté. Montaigne fut un excellent modèle de jugement méthodique. C’est dans cette puissance de jugement qu’il voyait la marque du « je», apprenant à distinguer ce qu’il est pour les autres (gentilhomme, maire, écrivain etc) et ce qu’il découvre comme constituant sa « forme maîtresse », l’homme libre capable de juger librement de toutes choses.

On peut dire autrement : il faut introduire du jeu – une case vide – pour que le système, jusqu’ici saturé par la domination de ça, puisse à nouveau fonctionner par la mobilité des variables. Ce qu’on appelle le « je » n’est certes pas une substance immuable et toute puissante, mais une capacité de faire jouer, de déplacer, de mobiliser et d’éliminer, de se distancier et d’adhérer, de prendre et de jeter, un opérateur souple et ferme qui saurait tirer parti des opportunités. Dès lors ça n’est plus l’ennemi dont il faudrait se débarrasser ou qu’il faudrait soumettre par la volonté ou la maîtrise, mais un partenaire : si ça est source de souffrance, d’aliénation et de servitude, ça est aussi un prodigieux réservoir d’images, de symboles, d’idées, comme on voit dans la poésie et dans l’art. Le philosophe amant de la vérité saura, lui aussi, se mettre à l’écoute des sources profondes s’il veut prendre en compte l’existence dans sa vastitude.

Agapes

Comment conclure ? Oui, ça pense, et ça pense tout seul. Et ce qui s’offre là est profondément ambivalent. Le sujet se constitue comme tel par un travail de séparation qui le mène à dire « je pense », s’affirmant comme entité séparée, comme singularité irréductible. Mais cette affirmation à son tour risque de se raidir dans l’orgueil, de se stériliser dans une position vide (Je pense, je suis). Moment crucial, qui devrait déboucher sur une nouvelle forme d’inclusion, dont les arts nous donnent la formule : découvrir en soi-même la source d’où jaillit toute créativité et toute beauté. Dans cette illumination, même ce sujet si précieux que nous avons laborieusement dégagé de l’aliénation, nous apparaîtra enfin comme une nécessaire, une sublime illusion.

Pour Métaphores, Guy Karl

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