Métaphores : CAFES-PHILO - CERCLE LITTERAIRE à Pau

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L'association Métaphores (clic) vous souhaite la bienvenue sur son blog. Vous trouverez ici toutes les informations relatives aux activités philosophiques et littéraires (libres et gratuites) que nous organisons à Pau : Cafés, Apéros, Ateliers, Manhattan-philo et Cercles littéraires ainsi que des discussions autour des sujets. 

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*Les commentaires fielleux, mettant en cause des personnes ou sans aucun rapport avec le sujet traité seront supprimés.

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15 août 2019

MANHATTAN-PHILO - 04/09/19 : les 2 sujets

Manhattan-philo1

Le prochain Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) se tiendra le mercredi 04 septembre à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Le Manhattan-Philo propose 2 sujets édités ci-dessous et soumis au vote des participants le soir de l'activité. Le sujet traité sera celui qui remportera le plus de suffrages. L'animateur pourra assurer une rapide présentation des enjeux, des synthèses mais l'objectif premier reste le mise en oeuvre d'un travail collectif de pensée pour résoudre ensemble les problèmes rencontrés. 

Le soire sera animée par Pierre Bernet -professeur de philosophie et modérée par Marie-Pierre Carcau, philosophe.

Sujets proposés :

Sujet 1 : Pourquoi cherche-t-on l'amour ?

Sujet 2 : Le travail rend-il libre ?

Une pause conviviale aura lieu au bar à mi-parcours (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une seconde partie jusqu'à 21h.

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09 juillet 2019

Résumé apéro-philo - 16/07/19 - Philosopher : déchiffrer l'énigme

Apero philo

 

L'Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de juillet s'est tenu le mardi 16 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 

Philosopher c'est s'efforcer de déchiffrer l'énigme

Résumé de la soirée :

Le sujet invite à considérer le philosopher comme une activité, un mouvement de l’esprit, une mobilisation de l’intelligence qui ne se contente pas de s’étonner (Aristote) mais qui cherche à déchiffrer l’énigme (Schopenhauer). Cela n’a de sens que pour un esprit qui s’éveille à l’existence d’une énigme, qui se sent interpellé par elle et qui décide de se mettre en route pour la résoudre.

Originellement l’énigme est une parole (ainos, ainigma) qui vient du dieu lors d’une consultation oraculaire, et qui enjoint au consultant une action dont le sens est obscur, voilé, dissimulé, qui pourtant est de la plus haute importance. L’énigme se présente comme un message chiffré dont le dieu seul a la clé, et qui met l’homme au défi. Par la suite cette référence au divin disparaît et l’énigme apparaît dès lors comme le silence obstiné d’un monde impénétrable que l’intelligence pourtant s’efforcera de décrypter, de déchiffrer. Déchiffrer serait alors faire parler le silence, extraire quelque raison du non-sens universel.

Ou encore : considérer les phénomènes comme des chiffres, des signes, obscurs en eux-mêmes, mais possédant une logique secrète qu’il s’agirait de mettre à jour. On voit d’emblée que cette vision des choses relève d’un prérequis : « il doit y avoir un sens… ». Certains penseront à l’inverse qu’il n’y a nulle part de sens, qu’il n’y a rien à chercher et rien à trouver. C’est une tout autre option philosophique, d’inspiration pyrrhonienne.

Le débat s’ouvre sur l’énoncé de quelques énigmes fondamentales : la vie, la vie humaine, la mort, l’après vie, l’existence du mal dans le monde et dans la psyché. Ces questions interrogent au plus près, interpellent, et en un certain sens affectent. L’énigme est troublante, dérangeante, agaçante, c’est là son caractère propre qui la distingue de l’inconnu et du mystère, termes voisins mais qui n’ont pas ce tranchant existentiel qui justement fait l’énigme (rappelons encore une fois le contexte d’origine du défi lancé par le dieu).

Il s’agit de se mettre en route, mais sans garantie de succès : d’ailleurs on constate que le plus souvent les grandes énigmes restent irrésolues. Du moins auront-elles fait travailler, chercher, s’enquérir, et ce n’est pas là le moindre des bénéfices. Faut-il s’obnubiler sur le résultat ou se rendre disponible aux bénéfices secondaires ? C’est le chemin qui est le but (Goethe).

On peut à l’inverse considérer tout ce travail philosophique comme un vain divertissement, une diversion de l’esprit dont le seul avantage est de nous voiler cette évidence triviale : « rien de nouveau sous le soleil (L’Ecclésiaste) tout est vanité et poursuite du vent ». « Les choses sont toujours les mêmes » (Lucrèce) – si bien que la considération lucide du réel dispense de toute autre activité.

Sans doute. Mais c’est oublier la dimension affective, souffrante et désirante de l’être humain qui se hissera bien difficilement à la considération du réel, et qui peuple le monde d’énigmes tantôt merveilleuses tantôt terrifiantes. On ne peut écarter cette objection d’un revers de manche car l’accès à la vision dépassionnée et lucide suppose un long travail de connaissance, et c’est ce que soulignent les grands penseurs-thérapeutes, Bouddha, Epicure, et pour notre sujet Schopenhauer, ou Freud.

On peut nier l’énigme par refus d’y voir.

On peut aller y voir, trouver ou ne pas trouver.

On peut, après en avoir fait le tour, déclarer que l’énigme n’est rien de plus qu’une construction mentale, un fantasme, et dès lors s’en libérer par la considération lucide de ce qui est.

Cette question de l’énigme aura été singulièrement irritante tout au long du débat – dont je ne peux rendre compte ici dans le détail – tout un chacun étant vraisemblablement partagé entre un désir d’aller y voir et un autre désir, de ne rien en savoir. C’est là un symptôme tout à fait intéressant, qui marque à tout le moins que philosopher, si toutefois ce n’est pas là un simple jeu de sophisticaillerie mondaine, engage tout un chacun à l’examen honnête et sincère de soi-même.

Pour Métaphores, Guy Karl

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05 juillet 2019

Résumé Café-philo- 09/07/19 - L'idée de révolution personnelle

CAFE-PHILO (2)

 

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h30 au café le W. Le sujet voté à la suite des diverses propositions recueillies fut :

L'idée d'une révolution personnelle a-t-elle un sens ?

Résumé de la soirée :

La question porte sur la valeur d’une idée, qui peut être sensée, insensée, absurde, stimulante, prétentieuse, réaliste ou irréaliste etc. Pour en juger il faut examiner ce que recouvre l’expression « révolution personnelle », dans quel contexte elle apparaît, ce qu’elle prétend promouvoir, à quelles conditions, et si elle peut être autre chose qu’un vain rêve. Cette analyse devrait permettre de mieux cerner la question du sens : direction à prendre, ou signification et affirmation de valeur.

On remarque d’abord que révolution est un concept astronomique : c’est le mouvement rotatif, régulier, d’un astre, sans aucun changement notable. En histoire, en politique et en économie, l’idée de révolution exprime un changement radical qui interrompt le cours des choses pour initier, parfois brutalement, une nouvelle époque.  On se  demande s’il faut transposer ce modèle du changement radical dans la vie personnelle, s’il est raisonnable de penser que l’individu puisse procéder à une rupture aussi décisive.

Une telle rupture, si elle se produit, est nécessairement la conséquence d’une situation insupportable, douloureuse, où le sujet décide qu’il n’est pas possible de continuer de la sorte. C’est le moment de la révolte : ré-volte, retournement, tournant, volte-face, réponse émotionnelle à la situation de crise, où s’affrontent les forces de conservation et de soumission, et les forces de libération. Le sujet considère son passé qui aliène son présent et se décide pour le risque d’un changement qui initierait un futur. Ce mouvement est à la fois inconscient et conscient : les forces de l’inconscient, par leur dynamisme propre, agissent le désir et la volonté d’agir.

Dans l’idée de révolution il y a le rejet des fondements jusque-là acceptés, du paradigme de croyances et de valeurs en usage, et d’autre part la représentation d’un possible désirable qui poserait un nouveau paradigme. C’est ainsi que procédaient les révolutions politiques. Avec des résultats ambigus, car souvent le changement n’est que de surface, et l’on voit revenir les mêmes formes d’oppression que l’on croyait avoir supprimées. Dans la révolution personnelle, si elle existe, on peut craindre de même que les changements proclamés ne soient que de forme et de montre : on change les images mentales mais la structure de fond est toujours là. « Plus ça change plus c’est la même chose ».

Le groupe manifeste un vigoureux scepticisme à l’égard de la possibilité même de la révolution personnelle, contestant cette idée de rupture absolue, de refondation intégrale, qui semble hors de portée. En particulier on attire l’attention sur le piège de l’idéal, qui peut bien mettre le sujet en mouvement et le faire aspirer à un changement total, mais qui peut l’enfermer aussi bien dans une nouvelle aliénation.

Peut-être faut-il admettre qu’on ne change pas fondamentalement, qu’il existe une certaine continuité existentielle avec laquelle il faut travailler. Pour autant cela n’implique pas la répétition dans la mêmeté. Il existe des moments forts, comme celui où Socrate consultant l’oracle d’Apollon entend l’injonction de vouer sa vie à la sagesse. Remarquons que dans cet exemple c’est la voix de l’Autre qui vient résonner dans le sujet, l’invitant à une sorte de révolution personnelle, pacifique, mais résolue, très éloignée de l’imagerie de brusquerie et de violence qui accompagne l’idée de révolution.  Ajoutons que le mot même de « révolution » est absent de la pensée et des dires de Socrate. Suivant le dieu il n’a nullement l’idée de faire sa révolution mais de suivre sa propre voie, qu’il avait un peu trop négligée jusque-là.

Au total, si nous rejetons l’imagerie trompeuse d’une rupture absolue, de la révolution il resterait l’idée que la crise est un élément incontournable et nécessaire de la vie psychique, où le sujet, examinant la vie menée jusqu’ici, prend conscience qu’il s’égare et qu’il importe d’examiner les fondamentaux. Peut-être s’agit-il moins de changer à tout prix que de revenir à la vérité intérieure que nous ne cessons de perdre ou de négliger.

Pour Métaphores, Guy Karl

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06 juin 2019

Résumé Manhattan-philo- 03/07/19 - Avons-nous réellement une volonté ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le mercredi à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les deux sujets proposés et soumis au vote des participants furent :

Sujet 1 : Pourrons-nous nous passer de l'Etat ?

Sujet 2 : Avons-nous réellement une volonté ?

 Le sujet choisi :

 Avons-nous réellement une volonté ?

Résumé de la soirée :

Le fumeur, très attaché à la nicotine, s’entend souvent dire qu’il devrait avoir la volonté d’arrêter. Ou alors, qu’il en manque pour le faire. Mais l’ancien fumeur redevenu fumeur, lui, aurait eu la volonté d’arrêter. Dirons-nous qu’il aura eu la volonté de reprendre le tabac ? Enfin d’anciens fumeurs admettent qu’ils ont arrêté de fumer -presque- sans le vouloir, comme ça.

Qu’est-ce que cette volonté que l’on pourrait convoquer ? On aurait la volonté de vouloir, on voudrait vouloir. Cela a-t-il du sens ?

Trois philosophes, parmi tant d’autres, ont traité de la volonté. Le premier dans cette présentation, Aristote, détermine la volonté comme un composé de désir et d’intelligence, d’énergie et de rationalité : la volonté serait un désir réfléchi, ou alors un intellect désirant. Mais quelle est la part de l’un et de l’autre ? Comment l’un et l’autre s’harmonisent-ilssuffisamment pour qu’aucun ne prennent le pas sur l’autre ?

Le second, René Descartes, détermine la volonté comme étant une faculté, ou au moins une puissance, capable d’affirmer ou de nier, de fuir ou de suivre. Cette faculté n’est jamais mauvaise. Si elle se trompe, affirmant le faux et niant le vrai par exemple, c’est que l’on s’en sert mal. Mais où loge-t-elle ? Dans l’âme ? Y aurait-il une autre faculté, ou au moins une tendance, qui conduirait cette volonté ?

Le troisième philosophe, Baruch de Spinoza, affirme radicalement qu’ « il n’y a dans l’âme aucune volonté absolue ou libre ».

Notre question n’est pas tant de savoir si « quelque chose » nous meut, nous motive, nous donne de l’énergie ou rien, mais si la volonté, comme faculté autonome, existe réellement ? Sommes-nous maître de notre volonté ? Exclure la volonté autonome et maîtrisée a des conséquences : cela empêche-t-il de vouloir ? Et que faire des décisions de justice qui se fondent, entre autres, sur la distinction du volontaire (le responsable) de l’involontaire (le non-responsable) ?

Deux questions sont proposées au public : 1. Comment se détermine la volonté ? Et que serait vouloir sans la volonté ? 2. Quelles conséquences aurait l’élimination de la volonté sur la justice ? 

 Résumé de la discussion : 

La volonté subira une vague de critiques. Non seulement la volonté mais aussi la possibilité de dire « je veux » subissent plusieurs objections argumentées. Quand on dit « je veux », le je qui s’exprime est débordé par la volonté. « Ça veut » est remplacé par un « je veux » mais que veut ce « je » qui parle ? Un participant déclare n’avoir jamais fait l’expérience de la volonté. Celle-ci est contestée par d’autres forces psychiques d’autant que le processus inhérent à la volonté tel qu’il peut être décrit ne correspond pas à la réalité psychique. Puis la question du « je veux » réapparait : il relèverait du souvenir d’une volonté rappelée, il trahirait un raté de la volonté, un constat de l’absence de la volonté. Que veut celui qui dit je veux ? Sinon lui-même, c’est-à-dire lui-même idéalisé, projetant son image à travers ce qu’il pose vouloir. 

Néanmoins, quelques divergences adviennent : il existerait bien une différence entre une personne qui a de la volonté et celle qui n’en a pas. On peut observer de la détermination chez certains, et pas chez d’autres. Et la volonté permettrait de s’extraire des déterminismes, de s’affranchir du destin. On a répondu que la question n’était pas de savoir s’il existe ou non des personnalités plus déterminées que d’autres, s’il existe ou non une force de caractère qui manifesterait plus de ténacité, mais si l’on possède cette faculté de vouloir à soi proprement.      

La deuxième partie de la discussion approfondira de nouveau la volonté, encore critiquée comme mythe, comme fabrique de héros sublimant les faiblesses humaines. Mais dans ce débat se superposent le thème de la volonté et celui de la passion. Peu de choses dites au sujet de la volonté ne pourraient se dire de la passion avec cette différence que la volonté connote la maîtrise alors que la passion connote la passivité. 

L’une des dernières prises de paroles renvoie au philosophe Friedrich Nietzsche pour lequel la volonté est un préjugé de philosophe, - volonté libre d’affirmer ou de nier quelque chose, de choisir un bien moral. Il existe de la volonté, mais elle ne dépend pas d’un « je » qui dirait je veux. Il s’agit de la volonté de puissance, un ensemble de forces en lutte qui se hiérarchisent. Le vouloir s’effectue par devers nous.

En guise de conclusion, l’animateur, a proposé, entre une volonté réduite à l’inexistence et une volonté de vouloir triomphante, le consentement. On consentirait aux événements et à nos préférences plutôt qu’on ne les voudrait.

 

Nous remercions Marie-Pierre pour son rôle de modératrice ainsi que nos hôtes du Bar le Manhattan pour leur accueil et leur soutien à nos activités philosophiques publiques et gratuites.

Pour Métaphores, David Pourille

 

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05 juin 2019

Résumé Apéro-philo - 20/06/19 - "Tu dois changer ta vie"

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de juin  s'est tenu le jeudi 20  à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

"Tu dois changer ta vie " - est-ce un impératif recevable ?

Résumé de la soirée : 

Cet impératif est formulé de manière soudaine et imprévisible au terme d’un poème « Torse archaïque d’Apollon » dans lequel Rilke parvient à donner une vie singulière et rayonnante à un torse mutilé, comme si le regard, de l’intérieur, parvenait à animer tous les membres, toutes les parties, jusqu’à saisir le spectateur dans son aimantation : et le torse, devenu sujet, sujet absolu, s’adresse au spectateur, à la manière d’un oracle delphique, et ordonne : tu dois changer ta vie.

Ce qui est frappant dans cette formule c’est le caractère total, absolu du commandement. Remarquons que cette injonction s’adresse au spectateur, au contemplateur, et à l’artiste lui-même, sommé de se rendre digne de cette vie plus haute que l’art exprime et revendique. Un tel devoir de transformation totale ne peut se formuler qu’au nom d’une valeur plus haute, comme la Beauté par exemple. Nous avons affaire à une verticalité signifiante, une parole exprimée depuis la transcendance d’un Autre dépositaire d’une légitimité supérieure et incontestée.

Si maintenant on quitte le domaine de l’expérience esthétique pour interroger l’état de la culture présente, les incertitudes et les tourments de l’époque, on se demandera s’il existe une quelconque autorité qui puisse se prévaloir du droit de dire : tu dois changer ta vie.

On remarque d’abord que l’impératif de changement est omni présent dans les discours contemporains : il est dit qu’il faut s’adapter aux évolutions économiques, revoir les codes législatifs, accompagner les mutations sociétales, changer le rapport à la nature, réviser le mode de consommation et de production etc. Tous ces changements sont présentés comme désirables ou favorables (pour qui ?) – mais on se demandera s’ils ne font pas l’objet d’une incantation magique, d’une exhortation langagière et vide, qui n’engage à rien, qui relève du semblant, qui apaise à bon compte. Manifestement l’injonction n’est pas suivie d’effet. Il faut croire que les tenants du discours n’ont pas l’autorité requise.

Le débat se déplace alors vers le domaine de la subjectivité. L’interpellation n’a vraiment de sens que dans un dialogue entre la voix – l’autre qui parle – et le sujet qui écoute, qui entend, qui comprend ou refuse. Plus radicalement encore c’est « je » qui parle, qui me parle à moi, je me parle à moi-même. Le sujet expérimente une division intérieure entre ce qu’il était jusqu’à présent, qu’il est encore – et ce qu’il est appelé à devenir. Jetant un regard rétrospectif sur sa vie, il décide qu’il ne peut plus continuer ainsi, que cette vie est médiocre, insensée, qu’il s’est laissé piéger dans des normes étrangères, des relations toxiques, dans la répétition ou la souffrance, et qu’il est vital d’effectuer un brusque virage, suivant en cela la voix intérieure qui dit : tu dois changer ta vie.

Un tel retournement n’est possible qu’à la suite d’une prise de conscience qui inaugure le processus de changement. La souffrance n’y suffit pas, il faut une décision majeure, et peut-être l’appui de quelque « autre », un ami, un thérapeute, dont le message impératif sera repris, approuvé  et intégré par le sujet lui-même.

Insistons encore : il ne s’agit pas de changer de vie (comme on croit tout résoudre en changeant d’emploi ou de conjoint) mais de changer la vie, le sens de la vie, en conformité avec ce désir plus essentiel qui est présent en chacun, mais si souvent étouffé, nié, refoulé par soumission ou faiblesse. Tu dois changer ta vie, oui, mais pour vivre d’une vie, autant qu’il est possible, qui soit l’expression et la création continuée de ton désir.

Pour Métaphores, Guy Karl

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25 mai 2019

Résumé - Café-philo - 11/06/19 - Mort du passé ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 11 à 18h30 au café le W. Le sujet voté par le groupe présent à partir des diverses propositions que chacun a pu faire fut :

Peut-on dire que le passé n’est jamais mort ?

 Résumé de la soirée :

Ce qui est mort a été mais n’est plus, ne revient plus. A quoi reconnaît-on que telle réalité, telle personne n’est plus ? A ce qu’elle n’exerce plus aucune action, qu’elle n’infléchit plus le présent. La question est donc de savoir si le passé, historique et personnel, continue ou non d’influencer, voire de déterminer, à notre insu peut-être, notre présent. Auquel cas notre liberté de penser et de choisir se verrait obscurcie par la méconnaissance.

On distinguera le passé objectif – les événements qui se sont déroulés dans un temps dont on n’a pas forcément conscience, comme les événements cosmologiques, géologiques et autres, que la science s’efforce de connaître – et le passé subjectif : ce qui est reconnu comme passé par un sujet qui le reconnaît comme « son » passé. Encore que, dans la quantité immesurable des événements vécus, un nombre plus modeste d’événements, une part bien plus faible est reconnue par le sujet. On sait bien que la mémoire est sélective. Elle s’organise comme un récit (autobiographique), lequel peut faire l’impasse sur d’innombrables événements vécus, mais « oubliés », ou niés, ou reconstruits en fonction des soucis du présent. Cette part refusée, ou écartée est-elle morte, inactive, ou au contraire d’autant plus agissante qu’elle est refoulée ?

On voit que la question posée interroge le rapport vivant entre le présent et le passé. Pour un sujet humain le passé existe pour un présent : présent de la mémoire qui pose un passé comme passé, mais aussi présent des habitudes qui sont une présence du passé dans le présent (un passé-présent), voire le présent comme force de négation qui rejette le passé dans le passé en tentant de l’effacer de la mémoire.

C’est peut-être cette tension entre l’effort de conserver et l’effort de repousser qui donne à notre relation au passé son caractère dramatique, parfois tragique. Le héros tragique est celui que le passé rattrape, et finit par engloutir (Œdipe roi).

Le groupe examine ensuite le problème des transmissions trans-générationnelles : les actes et paroles des anciens qui déterminent le sort des descendants, malgré eux : traditions culturelles, religieuses, injustices subies etc : ici le passé est loin d’être mort, il est excessivement agissant, c’est même une figure saisissante du karma : suis-je responsable des turpitudes de mes parents, en quoi devrais-je en porter le poids et la charge ? Et comment vais-je me libérer d’un devoir que je n’ai pas contracté et qui m’est imposé sous le prétexte que je porte le nom de mes parents ? Accepter, plier, refuser – ou inventer autre chose ?

On dit souvent que le passé se répète : il ne serait mort qu’en apparence, continuant d’exercer une action tantôt faste tantôt néfaste. Mais c’est une formule vague. Est-ce le passé qui se répète ou l’ensemble des forces, passions et affections qui continuent d’exercer leur puissance, faute d’avoir été examinées, analysées, et comprises ? La répétition c’est la pathologie des peuples qui ne parviennent pas à éponger le négatif et retombent périodiquement dans les mêmes errements (la leçon de l’histoire c’est qu’il n’y a pas de leçons de l’histoire), et c’est aussi la pathologie de l’individu qui tourne en rond dans le même cercle tant qu’il n’a pas su prendre conscience des passions et des représentations qui l’animent.

En conclusion on peut dire que le passé n’est jamais tout à fait mort. Ce terme de « mort » n’est pas vraiment adéquat. Il ne s’agit ni de « tuer » le passé (voire la scénographie des morts vivants), car alors il refait surface, ni de le nier ou le refouler, mais de tenter de comprendre la signification qu’il peut avoir pour nous dans le présent et pour le présent. Ce qui nous invite en somme à revisiter notre histoire, à sélectionner ce qui nous aide à vivre et à réduire autant que possible les effets du négatif.

Le sujet ne peut se reconnaître positivement que dans sa singularité narrative.

Pour Métaphores, Guy Karl

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20 mai 2019

Résumé Manhattan-Philo - 05/06/19 : Malheur des uns, bonheur des autres

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le mercredi 5 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés pour cette soirée :

Sujet 1 : Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ?

Sujet 2 : Qu'est-ce qu'être fort ?

Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ?

Résumé de la soirée :

 Pour cette soirée philosophique au Manhattan, le public a choisi de débattre autour de la question suivante : « Le malheur des uns peut-il faire le bonheur des autres ? ».

L’adage qui veut que le malheur des uns fasse le bonheur des autres trouve un écho dans des doctrines philosophiques. J’indique ainsi que Lucrèce mentionne l’expérience de celui qui, sur le rivage, regarde les marins pris dans la tempête et éprouve ainsi vivement le confort de sa position, par contraste avec leur inconfort. Schopenhauer prend d’ailleurs cet exemple pour illustrer sa thèse pessimiste : le bonheur n’est rien de positif, il n’est que l’absence de douleur. Toutefois, il est étrange qu’un bonheur puisse se fonder sur le malheur d’autrui, ce qui donnerait une origine peu morale, en quelque sorte, au bonheur. Faut-il être aussi cynique ? Le bonheur peut-il vraiment reposer sur le malheur des autres ? Quel est le sens de cette formule ?

En s’emparant de la parole, le public a dessiné plusieurs chemins pour répondre à cette interrogation. Si le bonheur peut être éprouvé au contact du malheur d’autrui, c’est tout d’abord parce que le bonheur est une notion relative. Nous sommes heureux relativement à ce qu’ont et sont les autres. Etre heureux, c’est avoir plus que la moyenne, être privilégié par rapport à la moyenne. C’est pour cela que lorsqu’on se compare, « on se console », selon le mot de Talleyrand cité par un participant. On dira aussi qu’ « il y a pire », qu’ « il y a plus malheureux que nous », etc.

D’autre part, si le bonheur peut être lié au malheur d’autrui, c’est que dans la nature même il y a une loi de compétition, que l’on retrouve dans le monde du travail ou du commerce, en vertu de laquelle un même objet ne peut pas être possédé par tous, et qu’il faut ainsi se battre pour l’obtenir. De la sélection naturelle darwinienne au désir mimétique mis en lumière par René Girard en passant par l’anthropologie libérale individualiste, nombreuses sont les doctrines qui pointent, avec ou sans cynisme, cet état de conflit permanent où les vainqueurs sont peu, et les vaincus, nombreux. Le bonheur de quelques élus repose ainsi sur l’échec – ou la misère – de tous les autres. Un participant, parlant d’expérience, révèle ainsi comment les commerçants se réjouissent de la faillite du commerce voisin.

Mais au fond, quel est ce bonheur qui repose sur la comparaison et la compétition ? Est-ce là tout ce à quoi l’homme peut aspirer ? Le public a ainsi proposé d’autres voies pour penser le bonheur. Le bonheur reposerait non sur une comparaison ou une victoire, mais sur la concrétisation d’un désir profond, par exemple. Par ailleurs, le schéma de compétition est insuffisant. La nature, fait remarquer quelqu’un, fonctionne aussi sur le mode de la coopération, et aucune société ne peut réussir sans une telle coopération. Le bonheur, ici, ne peut être que partagé, la réussite de tous étant conditionnée par la réussite de chacun. L’empathie, ainsi, montre comment nous avons développé une faculté de souffrir de la souffrance des autres, et de nous réjouir de leur joie, afin justement de rendre possible une telle coopération créatrice. Renversant ainsi la perspective initiale, il devient alors possible de dire, pour un participant, que le malheur des autres peut faire notre bonheur en ceci que leur malheur, excitant en nous l’empathie, nous pousse à coopérer, à redresser leur peine, et à faire notre joie en faisant la leur.

P.S.

Cette soirée était aussi pour moi ma dernière soirée en tant qu’animateur au Manhattan. Heureux d’avoir pu passer ces deux années en compagnie de personnalités riches et diverses qui ont contribué à ces soirées, je passe le relais à Didier et David, qui sauront perpétuer l’ambiance particulière de ces moments philosophiques. Je remercie particulièrement l’association Métaphores pour sa confiance et Laure pour son accueil toujours chaleureux au bar le Manhattan.

 Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

 

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10 mai 2019

Résumé Cercle Littéraire 28/05/19 : En mai, lis ce qu'il te plaît

Cercle Littéraire

 En mai, lis ce qu'il te plait !
Le Cercle littéraire du mois de mai s'est tenu le MARDI 28 au Dimanche à la campagne, à 18h45 (enrée libre et gratuite).
Résumé de la soirée :
Haruki Murakami   Le passage de la nuit
Le passage de la nuit - Livres d'occasion
 une oeuvre pour entrer dans l'univers singulier de cet auteur 
Le lecteur est embarqué avec l'auteur dans une atmosphère de mystère et d'incertitude dans la nuit à Tokyo .Divers personnages se croisent :.Mari, jeune étudiante, grande lectrice et  son amoureux, Takasashi, musicien ;  Eri la soeur de Mari  plongée dans le sommeil depuis plusieurs mois , Kuoro ,  la serveuse d'un love hôtel .et bien d'autres encore..Etrangeté, fantastique , nuit banale en apparence.. Technique narrative déroutante, multiplicité de points de vue , tout ce qui séduit dans l'univers de Murakami , l'auteur de Kafka sur le rivage , ou IQ84 .
 Atiq Rahimi écrivain afghan ;  Terre et Cendres
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( a publié Synge Sabour en 2008)  Récit bouleversant,se déroule durant la guerre avec l'Union Soviétique ; un vieil homme ,qui transporte son petit-fils, recherche son fils qui travaille à la mine,  après le bombardement de leur village  , Phrases brèves et intenses .
 Léonardo Paduro , auteur cubain. La transparence du temps
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    Condé, ancien policier  vit de la vente de livres anciens.Il est contacté par un ami qui s'est fait voler une mystérieuse statue de la Verge noire par un ex-amant . Deux intrigues alternent,  l'enquête proprement dite commanditée par l'ami,  mais aussi l'histoire de cette Vierge noire miraculeuse, qui nous fait remonter le temps. Condé entraîne le lecteur dans le milieu des marchands d'art de La Havane, bénéficiaires sans scrupules de l'ouverture cubaine .
 Humour, mélancolie, truculence accompagnent les descriptions des lieux sordides traversés au cours de l'enquête aussi bien que l'évocation des milieux de nouveaux riches .  Très beau livre , paru n début 2019 .
Eric Plamondon Taqawan   Catégorie Pépite
Taqawan - Livres d'occasion
   Pour point de départ, un fait réel  historique: 1981  Des policiers confisquent les filets de pêche d'une tribu indienne au Québec, ouvrant ainsi une crise politique par la volonté de complaire à Otawa, l'autorité fédérale .  Un tourbillon s'ensuit : disparition d'une adolescente , démission d'un agent écoeuré par les méthodes de la police.  Le roman pose la question du traitement des Indiens dès la colonisation et celle du rapport de l'homme à la nature .
 L'histoire du saumon devenu taqawan, sa métamorphose, sa remontée vers la source .  Un livre époustouflant et indispensable .
Jesmyn Ward Le Chant des revenants ( Sing, unburied, sing)  2017. Catégorie Coup de coeur ❤ .
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Auteure américaine deux fois primée au National Book  Award
  Chronique d'une famille noire exposée au racisme, au rejet, dans le Sud profond . L'évocation des morts, victimes de la ségrégation, qui hantent les vivants par le souvenir, le remords  est au coeur de cette intrigue poétique émouvante .
 Récit envoutant où se mêlent trois voix pour dire l'histoire de la communauté noire et celle des victimes de la ségrégation.
   Jesmyn Ward est aussi l'auteure de Bois noir et Les Moissons funèbres .
Virginie Grimaldi Tu comprendras quand tu seras plus grande
Tu comprendras quand tu seras plus grande - Virginie Grimaldi - Livres d'occasion
 Humour et tendresse se conjuguent pour traiter du grand  âge et dans la façon de camper des personnages de retraités .
La narratrice est psychologue remplaçante dans une maison de retraite à Biarritz . Elle découvre des personnalités attachantes et soigne sa mélancolie et ses chagrins secrets dans cette nouvelle famille .  Récit plein de fraîcheur, d 'humanité et de bientraitance.
Franck Bouysse Né d'aucune femme
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  Appelé auprès d'une femme morte folle à l'asile, un prêtre se voit remettre les carnets secrets tenus par Rose, la défunte, pages qui cachent sa terrible histoire . Un récit bouleversant et prenant .
Sivia Avallone  D'acier  2010
D'acier - Livres d'occasion
  A l'opposé d' Elena Ferrante, le roman d'une amitié entre deux filles se déroule à Pombino, ville en face de l'île d'Elbe, où l'aciérie "bouffe" les hommes Dans ce contexte social difficile dans les années 80-90, l'adolescence des deux amies se déploie entre tours de l'aciérie et la plage, les barres d'immeubles et l'île prometteuse, les rêves brisés face au réel, celui d'une Italie en pleine dérive et clinquant de l'ère berlusconienne .
 Roman social et politique, fresque de l'Italie contemporaine ;
Olivier Bourdeaut Pactum salis  2018
Pactum salis - Finitude
   Rencontre improbable de deux hommes aux destins radicalement opposés, qu'une terrible cuite va mettre face à face .
 Le décor : les marais salants de  Guérande , évoqués avec beaucoup de poésie , le métier de paludier très précisément décrit ;
Deux univers qui se côtoient d'ordinaire sans se rencontrer . Humour , poésie , dérision , un joli cocktail par l'auteur de En attendant Bojangles .
Pour Métaphores, Janine Delaitre

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02 mai 2019

Résumé - Apéro-philo - 23/05/19 - Propriétaires de notre corps ?

Apero philo

L'Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de mai 2019 s'est tenu le jeudi 23 mai à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne (Pau) sur le sujet suivant : 

Sommes-nous propriétaires de notre corps ?

Résumé de la soirée :

Spontanément chacun dira oui : c’est mon corps, pas celui du voisin, je le vis de l’intérieur comme une présence constante, évidente, indiscutable. De lui je suis inséparable, comme je le vois, le sens dans la douleur et l’exultation. Mais cette impression immédiate ne décrit que le vécu subjectif, elle n’établit en rien une propriété. On pense d’emblée à des situations d’esclavage, ou de servage, où le corps est la propriété d’un maître, où l’esclave est privé de tout droit jusque dans le plus intime. Il importe de préciser la notion de propriété si l’on vent saisir l’esprit de la problématique.

Il faut distinguer la possession et la propriété : la possession relève de la force d’emprise, hors de tout cadre légal. La propriété est définie par le droit, coutumier ou positif. Code civil : « La propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu que l’on ne fasse pas un usage prohibé par les lois ou les règlements ». On remarque que l’idée de propriété s’entend pour les choses, les objets, les biens meubles ou immeubles, et non pour les personnes. Pourtant, dans le passé, on achetait et vendait des êtres humains, considérés comme des « outils animés » (Aristote). Comme quoi le statut de la personne supposée avoir la propriété de son propre corps n’est pas un fait universel. En Europe il faudra attendre 1679 pour que le Parlement anglais vote l’ « Habeas corpus » qui garantit la liberté individuelle en dénonçant les abus de la monarchie absolue.

Il faut s’interroger dès lors sur les causes qui privent le sujet de la propriété de son propre corps.

On remarque d’abord des faits troublants où le corps fait l’objet de trafics mercantiles, où le sujet est dépossédé de son corps, ou se dépossède lui-même par appât du gain : prostitution par exemple. Plus largement on note une pression sociale de conformité qui oblige tout un chacun à se ranger dans la norme, vestimentaire ou comportementale. Police des corps et des conduites qui contribue à déposséder chacun d’un libre usage de sa liberté. Bien sûr ce n’est pas l’esclavage antique, ce n’est pas le corps tout entier qui est aliéné, mais une part de son usage.

Bien sûr c’est mon corps, mais ce corps est livré au regard de l’autre, qui peut en retour nous objectiver, nous figer dans une « essence », une image qui n’est pas la nôtre. Mon corps, existence privée, devient public malgré moi, il m’échappe dans le regard d’autrui.

Mais le problème le plus sérieux se situe au niveau politique, dans ces régimes qui ignorent le droit de la personne, banalisent la violence, l’incarcération arbitraire, le contrôle et la surveillance absolue, interdisent la sortie du territoire. Ou l’esclavagisme, la traite des Noirs (et des Blanches). Le servage qui attachait le serf à la terre, comme un meuble. Et les divers totalitarismes, bien sûr.

Certaines religions, par ailleurs, affirment que le corps de l’homme – et son âme – appartiennent aux dieux, qu’il n’est qu’un véhicule transitoire, et que c’est Dieu seul qui décide de l’heure du trépas. Cette position revient à interdire et condamner le suicide, et peut-être même l’euthanasie.

La question initiale : « sommes-nous propriétaires de notre corps » est décidément une question politique, et qui n’a de sens qu’à ce niveau. Si maintenant nous nous proposons d’examiner le rapport intime que nous entretenons avec notre propre corps l’idée de propriété est totalement inadéquate :

Notre corps n’est pas un objet que l’on possède. D’une part il semble animé d’une vie propre (respiration, digestion, rythmes, métabolisme etc) à laquelle nous n’avons guère d’accès, sans parler même des maladies qui se déclarent sans notre consentement, qui évoluent selon leur rythme, qui guérissent ou non. On peut agir bien sûr, et le « corps médical » s’y efforce, mais chacun voit bien que nous ne sommes pas vraiment maîtres de notre santé et de notre bien-être. Tout au plus peut-on apprendre à cohabiter prudemment. D’autre part nous sommes inséparablement liés au corps, d’une liaison naturelle, au point que ce qui affecte le corps nous affecte tout entier, comme un coup reçu, une blessure, un trauma etc. Par certains côtés j’ai un corps, par d’autres je suis mon corps, ou même, mon corps c’est moi. C’est par un artifice logique que nous distinguons le corps  et l’esprit, raidissant et objectivant les différences, alors que dans la vie vécue tout cela s’emmêle, s’entretient ensemble, échange et travaille à préserver la vie. Mais quand le corps nous lâche tout se lâche…

Pour Métaphores, Guy Karl

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