Métaphores : CAFES-PHILO - CERCLE LITTERAIRE à Pau

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L'association Métaphores (clic) vous souhaite la bienvenue sur son blog. Vous trouverez ici toutes les informations relatives aux activités philosophiques et littéraires (libres et gratuites) que nous organisons à Pau et environs : Cafés, Apéros, Ateliers, Bedous-philo, Manhattan-philo et Cercles littéraires ainsi que des discussions autour des sujets. 

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*Les commentaires fielleux, mettant en cause des personnes ou sans aucun rapport avec le sujet traité seront supprimés.

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09 juin 2018

APERO-PHILO Mercredi 20 juin 18 - Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra exceptionnellement le mercredi 20 juin  à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Guy Karl, présentateur-philosophe, fera une introduction problématisée du sujet d'une vingtaine de minutes avant de donner la parole au groupe qui décidera de suivre ou pas le plan proposé. 

Rappelons que nul n'est obligé de prendre la parole même si le groupe oeuvre collectivement à la résolution des problèmes. L'animateur fera des synthèses régulières en apportant si besoin des clarifications. Nous ferons une pause apéritive à mi-parcours (consommation non obligatoire) avant de reprendre pour une seconde partie. Fin de l'activité vers 21h. Possibilité de rester diner dans le restaurant.

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13 mai 2018

Résumé Café-philo -12/6/18 - Cesser de désirer pour être heureux ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Faut-il arrêter de désirer pour être heureux ?

 Résumé de la soirée :

1)   La question pose un impératif conditionnel : si tu veux être heureux, arrête de désirer. Qui dit cela ? On imagine un « personnage conceptuel », un sage ou un prêtre, une instance d’autorité, suspicieuse à l’égard du désir qui mettrait en garde contre les excès et les dérives qui en découlent : futilité, égoïsme, quête interminable et vaine, passions dévorantes, insatisfaction chronique. De ce point de vue en effet le bonheur s’éloigne à mesure qu’on croit le saisir. Mais ce constat permet-il de conclure à la nocivité du désir en tant que tel, ou plutôt à un certain usage déréglé, dû à l’aveuglement ou à la demesure ?

2)   Le groupe souligne avec force que le désir est une sorte d’élan vital, une manifestation de l’énergie, un mouvement d’affirmation connaturel à l’existence même du sujet. Qui perd le désir perd le goût de vivre, et s’en va glissant vers la dépression, voire le suicide. On ne peut arrêter le désir, sauf à soutenir qu’il faut être mort pour être heureux.

3)   Nous voici en face d’un paradoxe : suivre le désir serait s’empêcher d’être heureux, et ne pas le suivre ne garantit pas davantage le bonheur. Alors que faire ? Peut-être n’y a t-il pas de rapport direct, causal, entre désir et bonheur. La question se révèle plus complexe qu’il n’y paraissait au départ.

4)   Vouloir arrêter de désirer relève d’un forçage, voire d’une mutilation (castration ?). On croit éviter la souffrance du désir et on bascule dans une souffrance pire encore, en compromettant les chances d’une juste et belle affirmation de soi. Sans compter que ce projet est sans doute impossible : prétendre arrêter le désir est encore un désir : que désire celui qui désire ne plus désirer ? Avançons une hypothèse : ce n’est pas le désir en tant que tel qui pose problème mais l’attachement à certains objets que l’on peut considérer comme pernicieux ou funestes. Dès lors le problème devient : quels sont les objets qu’il faut arrêter de désirer ?

5)   Il apparaît à l’analyse qu’il n’est pas facile de distinguer le désir des objets qui le sollicitent : objets de consommation, de réputation, de « gloire », de plaisir, de jouissance, de savoir et de pouvoir. On se laisse spontanément fasciner par ce qui nous attire. Mais précisément, c’est la force et la liberté de l’esprit que d’apprendre à analyser la valeur de ces objets, de créer une distance critique entre eux et nous, et ainsi d’apprendre à choisir – ce qui ne va pas sans éliminer. C’est en ce sens qu’il faut entendre les recommandations des sages : distinguer dans les objets ceux qui nous nuisent, ceux qui sont inaccessibles, ceux qui augmentent notre puissance d’agir (Spinoza), et ceux qui élèvent notre liberté et notre connaissance (Epicure).

6)   Il ne s’agit donc pas d’arrêter de désirer mais de désirer « le bien » - pour le moins ce qui nous fait du bien, et peut-être, par extension, ce qui fait du bien autour de nous.

7)   Question : n’y a-t-il pas dans le désir une certaine souffrance ? La souffrance est moins le fait du désir lui-même (encore que dans tout désir il y ait une certaine tension, mais qui n’est pas forcément désagréable)  que de l’attachement passionnel à l’objet, comme on voit dans l’ambition galopante, dans la frénésie amoureuse ou la jalousie. Il faudrait, pour bien faire, à la fois désirer et ne pas désirer, comme on dit en Orient « agir sans agir » : attitude souple et ferme, sans crispation ni mollesse.

8)   Reste la question du bonheur : il n’est pas sûr que désirer rende heureux mais il semble acquis qu’arrêter de désirer, à supposer que cela soit possible, rende définitivement malheureux.

Pour Métaphores, Guy Karl

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12 mai 2018

Résumé Bedous-café-philo - 9/6/18 - “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 09 juin 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

 “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Résumé de la soirée : 

Cette injonction attribuée à Ernesto “Che” Guevara et reprise en Mai 68 peut paraitre contradictoire si nous entendons par le fait d’être réaliste la capacité à apprécier objectivement les circonstances en adaptant son action sans verser dans les illusions et faux-semblants et par l’impossible ce qui ne saurait exister, se produire, être réalisé. Quel sens peut-elle alors avoir; ne serait-ce pas au contraire sombrer dans l’irréalisme et donc l’insatisfaction que de demander l’impossible ?
D’où la tentation contraire d’apprendre aux hommes à ne demander que le possible , comme nous y invite Epicure dans sa “Lettre à Ménécé” .
Ainsi, la tension entre réel et impossible est ici ce qui soulève réflexion, avec le risque de verser vers l’utopie, voire l’idéologie et cependant si l’impossible est à demander, c’est donc qu’il peut présenter un attrait.
Mais alors, comment penser cet impossible?
Quel sens peut avoir cette injonction? Quel lien peut-on établir entre le réel et l’impossible?
 
 
La réflexion commence par s’engager sur la question du réel: qu’entend-on par réel et par le fait d’être réaliste ?
On constate d’abord que le réel pour une civilisation occidentale n’est pas le même que pour une civilisation orientale. Il est une construction par l’imaginaire(idem pour l’impossible) et son appréhension est très différente d’un groupe humain à l’autre. Certaines tribus vont avoir une relation avec la nature considérée comme magique  et ce qui paraitra à d’autres civilisations une invention construite par l’imaginaire est pour ces tribus le réel. Il faut alors en conclure que ce phénomène de construction est commun à tout groupe humain. Le problème est alors que nous n’abordons le “réel” que par fractions et que cette vision est biaisée. Quelqu’un remarque par exemple que la démarche scientifique a pu construire une partie de “notre réel”.Ainsi, il dépend de la façon dont on le regarde et si un mensonge répété peut devenir une vérité parce qu’on y croit, cela deviendra pour nous ce que nous nommons le réel. D’ailleurs, l’évolution des connaissances scientifiques montre comment notre vision de ce réel évolue.
   Qu’est-ce alors “ qu’être réaliste” ? à quel niveau se situer? individuel ? ordre social ? Quand on invite l’autre à être réaliste, n’est-ce pas une façon de ne pas écouter ce qu’il a à dire, de se mettre en position de supériorité comme si nous, nous savions mieux que lui ce qu’est le réel? Ainsi, cette injonction supposerait que l’autre s’adapte à ce qu’on lui propose, notamment dans l’ordre social,accepter ce qui a été établi par certains. C’est s’imaginer qu’on a les pieds sur terre et que l’on va pouvoir maitriser ce qui nous arrive (là où les autres, ceux qui ne sont pas “réalistes” ne le pourront pas). or, si le réel est une construction, personne ne saura qui a raison ou tort. D’ailleurs, l’avancée dans le temps nous montre à quel point ce qui pouvait paraitre impossible à un moment donné ne l’est plus).
  Ainsi, ce qui peut sembler utopique à certaines civilisations peut être justement la réalité pour d’autres . Le documentaire” nous sommes l’humanité” raconte  l’histoire des Jerawas, originaires d’Afrique et arrivés du coté de l’Inde après un tsunami. Ce groupe vit dans une société fondée sur la solidarité, refusant l’argent et se disant heureux .
Ce qui nous parait impossible est  donc aussi un aiguillon qui permet ce que l’on nomme le progrès et pas simplement une limite.Mais si rien n’est impossible, il faut alors se poser la question de savoir ce que nous voulons atteindre . Il faut ouvrir les portes à l’imaginaire et c’est cet imaginaire qui nous fera changer le réel.
 
   Cependant, tout en remarquant que notre civilisation cartésienne a voulu aller vers l’impossible, le réel ne peut-il parfois nous rattraper, en ce qui concerne notre relation  à la nature ou au donné corporel ? nous avons cru pouvoir faire ce que nous voulions de la terre et nous nous rendons aujourd’hui compte que ce n’est pas sans risques. On ne peut pas changer la structure d’un bout de bois ni augmenter un être humain et le transformer jusqu’à faire qu’il ne soit plus mortel, ou sinon, ce n’est plus un bout de bois ni  un humain. Ainsi, la promesse transhumaniste de l’impossible semble soulever une interrogation majeure: que devient le réel humain ?
 
  Quelqu’un souligne alors qu’il faudrait différencier l’impossible de l’utopie, le premier révélant l’esprit de compétition cherchant à repousser les limites toujours plus loin, la deuxième cherchant à construire ensemble. Si le réel , c’est aussi les autres, c’est là la donnée la plus importante pour penser l’impossible et envisager justement un réel qui ne soit pas imposé dans un rapport dominants/dominés. Quel impossible demander aujourd’hui ? Et à qui faudrait-il le demander?(dixit le sujet) . Si nous estimons que quelque chose ne va pas, il semble réaliste d’essayer d’en imaginer un autre, et l’utopie peut alors être le bon sens  . On remarque alors que c’est souvent une minorité, considérée comme marginale, qui  fait évoluer le monde. Les peuples premiers décrits par P. Clastres peuvent être une source d’inspiration : une taille de clan régulée permet que les interactions de pouvoir soient construites de telle façon qu’elles empêchent l’apparition d’un chef. Ainsi, c’est à tous qu’il revient d’inventer  et l’encouragement à aller dans l’imaginaire est une invitation à dépasser ce que l’on voit du réel mais aussi à se dépasser. S’il nous faut tendre vers un idéal, cela supposera de demander d’autres possibles plutôt que l’impossible . Cette phrase de Che n’est qu’un slogan et en tan que tel, elle peut faire craindre que seuls certains auront accès à cet “impossible”. Il est crucial de considérer le collectif et pour cela, toutes les possibilités sont à enseigner, discuter,essayer.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

 

 

 

 

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11 mai 2018

Avis

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C'est avec grande tristesse que nous apprenons le décès subit de notre camarade Bernie, survenu au cours du Week-end dernier. Nous perdons une personne chère qui a soutenu nos activités par sa participation assidue, sa présence amicale, sa parole toujours originale et vivante et sa sensibilité.

La cérémonie funèbre se déroulera mardi 5 juin à 9h45 dans la salle du Crématorium de Pau.

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10 mai 2018

Manhattan-philo - 6/06/18 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le mercredi 6 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Pourquoi trouvons-nous que la nature est belle ?   

Sujet 2 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Sujet 3 : Pourquoi le mal ? 

Le sujet voté par le groupe présent fut :

L'égoïsme est-il blâmable ?

Résumé de la soirée à suivre

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02 mai 2018

Résumé Apéro-philo - 24/05/18 - La nuit porte-t-elle conseil ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mai s'est tenu  jeudi 24 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

La nuit porte-t-elle conseil ?

 Résumé de la soirée :

Porter conseil c’est donner un avis, censé éclairer celui qui le demande. Le paradoxe de la problématique saute aux yeux : comment demander conseil à la plus silencieuse, obscure, énigmatique réalité de ce monde ? Si le jour est le lieu et le moment de l’activité affairée des hommes, la nuit est plutôt réservée au repos, au calme ou à l’intimité. Si « la nuit porte conseil » c’est en suspendant l’agitation, en interrompant l’affairement, effectuant une sorte de mise entre parenthèse où le corps et l’esprit  se détournent, et, se détournant, sauraient prendre conseil de la nuit.

Ce n’est là qu’une pétition de principe. Pour en examiner l’éventuel fondement j’ai proposé de revenir au texte d’Hésiode, dans la Théogonie, qui nous raconte la naissance de la Nuit à partir du Chaos (la béance originelle) – auquel elle ressemble beaucoup – et comment la Nuit (Nyx) engendre à son tour : la Destinée fatale, Moros, (fatale parce que mortelle), la Mort (Thanatos), le Sommeil (Hypnos) et les mille Songes (Oneiros). Cette classification nous permet de distinguer les diverses figures de la Nuit, et du coup les composantes essentielles de la problématique.

Nous traitons successivement :

Du sommeil peut-on dire qu’il porte conseil ?

Les rêves portent ils conseil ?

En quoi la nuit serait-elle une image du destin et de la destinée ?

 1)   Une discussion animée met au jour la complexité du sommeil – on devrait dire « des » sommeils. Si le sommeil profond permet la récupération physique de l’organisme, le sommeil paradoxal donne lieu à une grande activité psychique de réorganisation et de traitement des informations. Mais ce qui est stupéfiant c’est que cette activité, qui est bien la nôtre, se déroule à notre insu, sans participation de la conscience. Cela fonctionne tout seul, et cela est de la plus haute importance pour notre équilibre mental. On remarque, le matin revenu, que certains problèmes, qui semblaient insolubles, peuvent être abordés autrement, et parfois même la solution se donne spontanément. L’esprit s’est pour ainsi dire lavé, décanté. La nuit a porté conseil alors que le sujet s’était absenté dans le sommeil. Il a trouvé une solution, non par l’effort et la persévération, mais par une déprise, un abandon à une certaine forme d’altérité : mon propre sommeil est un autre pour moi, qui pourtant me concerne au premier chef.

2)   La nuit, réputée noire, de ce point de vue, est aussi l’éclairante, et le jour, réputé clair et limpide, peut nous sembler obscur, si nous considérons l’aveuglement auquel le sujet est soumis contre son gré dans l’affairement universel. Certains se réjouissent du retour de la nuit pour enfin se retrouver eux-mêmes, dans le silence et le recueillement : nuit claire de l’âme contemplative, voyages psychiques dans l’infini, rêverie sans contrôle. L’opposition si commode du jour et de la nuit demande à être revisitée : le jour véritable n’est pas forcément où l’on pense.

3)   Le rêve porte-t-il conseil ? Encore faut-il en avoir quelque souvenir ! Chez les grands rêveurs on peut parler d’une sorte de seconde vie, souterraine et persistante, qui a sans doute des effets indirects sur la vie consciente. Comme pour le sommeil, nous constatons un paradoxe : je rêve, mais je ne décide pas de mes rêves, ni de leur apparition, ni de leur contenu,  ni de leur conclusion. Là encore je suis un témoin indirect d’une activité qui est pourtant la mienne. Là encore se pose la question du sujet : suis-je celui qui rêve, en quoi ce rêve me concerne-t-il, que m’apprend-il, me livre–t-il quelque conseil avisé ? C’est évidemment au réveil que j’en décide, si toutefois je me souviens, et si je considère qu’il y a lieu d’y réfléchir.

4)   Pour Hésiode la Nuit préside aux Destinées. La destinée est le chemin que trace un sujet entre la naissance et la mort. La mort est la figure du Destin. Dans la destinée il y a un élément conscient, dans les choix plus ou moins éclairés du sujet, et un élément « nocturne », inconscient. En langage moderne la nuit, qui préexiste au sujet (songeons à la vie intra-utérine), symboliserait la part d’inconscient qui déterminerait ses choix, et cela d’autant plus que la conscience est absente ou insuffisante. On pourrait dire aussi : je suis celui que je suis dans un dialogue avec une altérité intérieure que je peux chercher à connaître, mais dont la nature singulière m’échappera toujours.

5)   Nous concluons ce débat fort riche en insistant sur la nécessité de s’ouvrir à la diversité : jour et nuit sont des oppositions trop frontales, il faut introduire des nuances, des gradations, explorer les zones intermédiaires : d’où l’intérêt des techniques psychocorporelles (yoga, Tai Chi, méditation, relaxation, hypnose, sophrologie etc) qui nous renseignent un peu mieux sur l’extrême richesse et diversité de la vie psychique.

 Enfin, pour la fine bouche, permettez-moi de citer un passage d’Héraclite : "Le maître des plus nombreux, Hésiode. Celui-ci, ils croient fermement qu’il sait le plus de choses, lui qui ne connaissait pas le jour et la nuit : car ils sont un."

Cette unité des contraires, voilà un beau programme de méditation philosophique !

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 mai 2018

Résumé Café-philo - 07/05/18 - Pourquoi sommes-nous pressés ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  mai (activité libre et gratuite) s'est tenu lundi 07 mai à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par l'assemblée après les diverses propositions fut : 

Pourquoi sommes-nous pressés ?

Résumé de la soirée : 

« Pressés comme des citrons » : image d’une compression et d’une impitoyable torsion - mais surtout image de la précipitation, de l’emballement : qu’est-ce qui fait courir si vite, de plus en plus vite, et pour aller où ? Sommes-nous victimes d’une accélération universelle qui nous emporte malgré nous, ou bien complices consentants, au détriment de notre être ? Est-il possible de faire halte, de cultiver un écart, dans un monde qui requiert « la mobilisation infinie » (Sloterdijk) ?

1)   En première partie le groupe dresse l’image du monde actuel dominé par le souci de la production, de la rentabilité et de l’efficacité : rythme, gestion du temps, organisation. La technologie, qui fait gagner du temps, permet de réinjecter le temps gagné dans la production, pour faire gagner encore du temps, qui à son tour sera exploité. C’est la face visible d’un processus qui affecte en profondeur tous les secteurs de la vie économique et sociale, provoquant une vertigineuse accélération : capitaux, placements, progrès technique, décisions politiques etc

2)   Ce processus vient contredire un autre temps, le temps du corps, qui connaît ses lenteurs et ses besoins, son rythme propre – encore que l’on voie le système productif modifier les équilibres et les rythmes biologiques, en créant par exemple le stress caractéristique de certains milieux professionnels, suivi d’effondrements dépressifs. Trop pressé, le corps finit par craquer. Ce qui nous incite à penser qu’il importe de respecter le corps, en particulier en protégeant l’enfance, et le travailleur.

3)   Est-il possible de se ménager une « arrière-boutique », comme dit Montaigne, pour se sentir adéquat à soi-même, y cultiver la contemplation, l’intuition, la méditation ? Qui a pris conscience de sa mortalité voudra vivre le temps et non courir après le temps. Sauf si, pris d’angoisse, il s’imagine que par la multiplication des expériences, l’intensification des passions, il puisse combattre la mort, auquel cas il retombe de fait dans l’idéologie du « toujours plus » et du « de plus en plus vite », victime consentante du système. Alors réapparaissent les symptômes de la surconsommation, de l’addiction, de la frustration, de l’intolérance et de l’impatience : maladie postmoderne du temps.

4)   Vient alors la question éthique et thérapeutique : comment accéder à sa propre temporalité de sujet conscient de soi et de sa finitude. S’esquisssent les traits d’un conflit entre le dedans et le dehors, l’objectif et le subjectif, entre le temps des horloges et le temps intérieur. Le temps n’est pas un objet consommable et étirable, il n’est pas un stock renouvelable : c’est dans son intimité de sujet mortel que l’individu peut retrouver ces vérités, voyant son corps se développer puis s’étioler. On ne peut maîtriser, arrêter ce qui coule comme un fleuve, et qui ne revient jamais. Nous tentons pour finir de dessiner les contours d’un lâcher-prise qui n’est pas un abandon pur et simple, ni un découragement.

5)   Pourquoi sommes-nous pressés ? Certes c’est notre monde qui le veut ainsi. On se demandera où cela va nous mener à terme. Ce n’est pas raison pour se laisser manipuler, ou en rajouter en abusant des leurres technologiques. Et enfin, pourquoi, en son for intérieur, pourquoi serait-on pressé, si de toute manière l’issue est inévitable ?

Pour Métaphores,

Guy Karl

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06 avril 2018

Résumé Manhattan-philo - 2/05/18 : Apprendre à mourir ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de mai s'est tenu le mercredi 2 mai à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les trois sujets proposés furent : 

Sujet 1 : Peut-on apprendre à mourir ?

Sujet 2 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Sujet 3 : Où va le progrès technique ?

Après un vote des participants, le sujet retenu fut :

Peut-on apprendre à mourir ?

Résumé de la soirée :

Pour introduire cette séance, autour de la question : « Peut-on apprendre à mourir », je commence par rappeler un point d’histoire des idées : l’idée qu’il faudrait « Apprendre à mourir » si l’on veut parvenir à la sagesse, et qu’en un mot, philosopher n’est rien d’autre qu’un tel apprentissage, est une idée que l’on trouve chez Platon, de prime abord. Apprendre à mourir, c’est s’exercer à se dégager autant que possible du corps, qui fait obstacle à la vie de l’esprit. Montaigne reprendra l’idée que philosopher c’est apprendre à mourir, mais en un sens épicurien : il faut se rappeler sans cesse que nous sommes mortels afin de profiter au mieux du temps qui nous est imparti. Toutefois, un tel programme d’apprentissage semble absurde, sachant qu’on ne meurt qu’une fois et que l’on meurt nécessairement. Ainsi, que penser de cette formule ? Peut-on se préparer à la mort par un apprentissage ? Ou bien n’y a-t-il d’apprentissage que de la vie ?

Le public a proposé plusieurs voies pour répondre à cette question. Tout d’abord, un consensus se dégage sur le fait qu’on ne peut pas apprendre à mourir au sens où on apprend un art, en s’entraînant afin de l’exercer une fois l’apprentissage accompli. Mourir n’est pas un art, cela n’a rien de difficile et c’est bien au contraire la chose que tout le monde connaîtra, qu’il le veuille ou non, qu’il y soit préparé ou non. Il peut être difficile de réussir à se maintenir en vie, mais rien n’est plus facile que la mort car justement, pour mourir, la seule chose à faire est… de ne rien faire !  Et il n’y a rien à apprendre de ce point de vue.

Ainsi, on comprend que si on doit apprendre quelque chose, ce n’est pas à mourir, mais à affronter la mort, à s’y préparer. Et ici se dégage plusieurs vues distinctes, selon les croyances sous-jacentes. En effet, d’un point de vue matérialiste, et dans la suite d’Epicure, mourir est un anéantissement complet de la subjectivité, l’âme étant ici conçue comme matérielle et donc comme une réalité corruptible. Cette idée, évoque quelqu’un, vient comme « trouer notre façon de penser », puisque le néant est justement impensable, l’être étant requis pour penser. Tout ce qu’il y a à faire est ainsi de dompter une représentation qui, par ailleurs, ne sait pas elle-même ce qu’elle se représente. La mort n’est rien pour nous, puisque nous ne serons plus quand elle sera là. Et il n’y a rien à craindre, rien même à penser, et somme toute, il s’agit surtout de vivre, car comme le dit Spinoza, la sagesse est méditation de la vie et non de la mort. Apprendre à mourir, au mieux, c’est comme le dit Montaigne se rappeler la mort pour mieux profiter de chaque instant de vie.

Mais d’un point de vue spiritualiste, où l’on considère que l’âme survit au corps, la perspective change alors. Apprendre à mourir serait dans cette mesure se préparer non à une fin mais à un passage, en recentrant sa vie sur l’essentiel, à savoir le spirituel. C’est dans cette perspective que l’ascétisme religieux prend notamment son sens. Si notre vie future dépend de notre vie présente, alors réussir sa vie – moralement – est dès lors une manière de réussir sa mort, c’est-à-dire la transition. Mais les perspectives se nuancent aussi selon toutes les croyances possibles à ce sujet : nirvana, réincarnation, résurrection, etc.

Une bonne partie de la discussion porte également sur le rapport à la mort d’autrui. Puisque nous ne pouvons connaitre notre propre mort, nous ne connaissons que la mort d’autrui, et c’est celle-ci qui nous prépare à notre propre mort. Le deuil, ainsi, nous préparerait à notre propre mort. Mais il est aussi souligné que la mort d’autrui est intrinsèquement distincte de notre propre mort. Par ailleurs, comment aborder le deuil ? Le rapport au défunt est-il un rapport à quelque chose qui n’est plus ou bien à quelque chose qui est encore en nous ? Doit-on « passer à autre chose », suite à un deuil, ou au contraire se laisser « pénétrer de l’éternité de l’autre » comme un participant souligne ?

Ainsi, bien qu’aucun consensus ne se soit dégagé sur la réponse à cette question, on a pu prendre conscience de la manière dont nos croyances impactent évidemment notre rapport à la mort, si bien que la question « peut-on apprendre à mourir » fait signe de prime abord vers le problème métaphysique de la nature de l’âme. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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05 avril 2018

Résumé Apéro-philo - 26/04/18 : Moins on se connait, mieux on se porte

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite du mois d'avril s'est tenu sur le sujet suivant : 

"Moins on se connaît, mieux on se porte." (Clément Rosset)

Résumé de la soirée :

 1)   Quel est le sens d’une telle phrase, qui semble de prime abord chercher à décontenancer l’interlocuteur ? Est-ce pure provocation, ou sentence réfléchie, fondée en raison ? Il est clair en tout cas qu’elle prend le contre-pied d’une longue tradition, initiée par les Grecs (« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ») et régulièrement confortée par les plus grands auteurs jusqu’à aujourd’hui, tradition qui insiste sur la nécessité, ou le devoir, ou l’intérêt de se connaître soi-même. C’est également le leitmotiv de toutes les thérapies psychologiques : se connaître pour évoluer, et si possible guérir. Dans cette optique on dira plutôt : mieux on se connaît, mieux on se porte. La question posée est donc de savoir ce que vaut la connaissance de soi - à supposer qu’elle soit possible - si elle aide, ou non, à se bien porter.

2)   Pourquoi chercher à se connaître ? Pour connaître ses origines, pour éclairer certaines zones d’ombre, pour s’améliorer, pour augmenter ses chances de succès dans le monde ? La vraie motivation semble plutôt la souffrance, qui initie souvent la consultation psychothérapeutique : quand la voie semble barrée, que des crises personnelles, incompréhensibles, provoquent l’angoisse ou le désarroi, quand le sujet éprouve viscéralement le besoin de comprendre.

3)   On remarque, dans cette exploration de soi par soi, une gradation : chacun est le fruit d’une longue histoire à la fois biologique et sociale, le membre de collectivités variées, pris dans des relations complexes et mobiles, soumis à des conditionnements inévitables, et peut avoir le sentiment de se perdre dans un labyrinthe. Peut-on s’en remettre à la seule identité sociale – sans s’interroger plus avant sur une identité plus intime, subjective, et sur son vrai désir ? Mais alors, chez certains, s’ouvre un véritable gouffre d’incertitude, et la solution (la connaissance) apparaîtra pire que le mal (la souffrance) – D’où, chez plusieurs personnes du groupe présent, une réaction de méfiance et de prudence : connaissance, oui, mais pas trop, et pas trop profond. A l’extrême on partagera l’avis de Clément Rosset.

4)   Vient une belle image : si vous ouvrez la boîte de Pandore, que se passe-t-il ? On entrevoit soudain un chaos, un désordre pulsionnel qui inquiètent. On veut se ressaisir de sa propre image (miroir psychique) pour solidifier les bords, contenir le magma. Ou bien on cherche une réassurance du côté du langage : «  je suis, j’existe » (Descartes), sans voir forcément que les mots eux aussi s’écoulent dans le flux universel. Bref, par les images (imaginaire) et par les mots (symbolique), on s’emploie à se réassurer de soi pour contenir la faille. Et quel bénéfice peut-on tirer de cette expérience ? La connaissance paradoxale que la connaissance de soi est toujours incertaine, incomplète, inachevable : ce moi que je croyais saisir en vérité, figé dans une définition, s’échappe et se transforme, évoluant au fil du temps, « ondoyant et divers » (Montaigne).

5)   Que faire pour mieux se porter ? Une simple et native ignorance serait une réponse si cette naïveté de nature n’était déjà, chez la plupart, perdue depuis longtemps.  Une fois entrés dans le domaine de la connaissance que ferons-nous ? On peut, première hypothèse, se contenter d’une connaissance sommaire, superficielle tant qu’elle est efficace, et elle l’est en effet chez beaucoup. Mais si cette adaptation échoue, si le sujet bascule de crise en crise ou se referme dans des répétitions douloureuses, il faudra  bien envisager un recours du côté de la connaissance – si l’on se refuse à fuir dans les paradis artificiels. Alors la connaissance devient un travail, comme on dit, un travail sur soi, dont on espérera qu’il débouche sur un « mieux se porter ».

6)   Etrange projet, en définitive, que de vouloir se connaître soi-même ! Ce « soi » ou ce « moi » n’est pas un objet que l’on puisse saisir, ni dans les images, ni dans les mots, et encore moins dans les définitions. Et pourtant il est légitime de parler de connaissance, si l’on entend par là un examen lucide des mouvements et changements intérieurs – mais un « intérieur qui est d’emblée en relation avec un extérieur » - plutôt dans l’après coup que pendant (pendant que le fait se déroule je peux difficilement l’observer) – si bien que la vie se passe à remanier, ré-engencer les affects, les idées et les pensées, sans jamais disposer d’un point terminal, d’un savoir fini sur lequel je puisse me reposer ad vitam aeternam. Connaissance relative et imparfaite, ou « ignorance savante » dont il faudra bien se contenter, et qui n’est pas sans charme.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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