Métaphores : CAFES-PHILO - CERCLE LITTERAIRE à Pau

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16 février 2019

CERCLE LITTÉRAIRE - 27 03 18 - Lectures printanières

Cercle Littéraire

Cercle littéraire printanier
Chères lectrices, chers lecteurs,
 
Je vous invite à une rencontre le Mercredi 27 mars 2019 à 18 h 45 au Dimanche à la campagne pour nous entretenir de nos dernières lectures (activité libre et gratuite).
Au plaisir de nous retrouver et d'échanger sur nos découvertes, lectures ou relectures.
Cordialement
                 Janine Delaitre pour Métaphores 

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Résumé Apéro-philo - 21/03/19 - Envie et jalousie

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mars, activité libre et gratuite, s'est tenu le jeudi 21 mars 2019 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Envie et jalousie : les deux mamelles du malheur

Résumé de la soirée :

Envie et jalousie, deux passions tristes qui font souffrir, qui sont peut-être la racine, ensemble, des autres passions tristes qui font le malheur de l’homme.

Envie : du latin invidia – qui vient de invidere : voir, regarder, fixer les yeux sur, regarder de travers. Invidia c’est la malveillance de celui qui regarde chez autrui un bien qu’autrui possède et qu’il voudrait posséder. D’où l’avidité, la malveillance, l’inimitié, la haine, la colère, la destructivité. L’envie est une passion de l’avoir (avidité) avec une composante agressive : ravir l’objet à l’autre, ou détruire l’objet pour en priver l’autre. L’envie est la première passion, la plus archaïque, liée à l’expérience de la frustration. Apprendre à la gérer est une condition essentielle de la maturation psychique.

Jalousie, déformation de zelousie, latin zelusos – de zèle. Avoir le zèle de défendre son bien. Passion de la possession exclusive, de l’appropriation et de la garde de l’objet aimé. Le jaloux veut garder la mainmise exclusive sur l’objet aimé.

Si l’envie s’inscrit dans une relation duelle, où le sujet se réfère à l’autre qui possède pour lui ravir son bien, la jalousie apparaît dans une relation triangulaire. Le jaloux veut empêcher le rival d’avoir accès à la personne aimée. Il souffre sitôt que l’aimé marque quelque intérêt pour le tiers. Le modèle de cette relation se trouve d’abord dans la jalousie fraternelle où frères et sœurs se déchirent pour la possession (fantasmatique) de l’amour de la mère ou du père. Caïn et Abel, avec le thème du fratricide. Egalement les querelles lors des questions d’héritage, où l’on voit revenir les conflits les plus archaïques.

La jalousie amoureuse, mieux connue, et souvent traitée au cinéma et en littérature, présente à nouveau la figure du trio dramatique. On remarquera que le rival, considéré comme la cause du malheur, fait aussi l’objet d’une sorte de fascination névrotique. La haine qu’il suscite peut cacher un attachement inconscient, une sorte de passion ambivalente, parfois meurtrière. On s’avoue difficilement jaloux, on opère une sorte de dénégation. C’est que la jalousie est la marque d’une faiblesse du moi, qui ne se sent consistant que par la garde, la possession de l’objet d’amour. Son départ, ou même qu’il s’intéresse ailleurs, est vécu comme une catastrophe psychique. La jalousie dénote la dépendance.

Envie et jalousie, dans la réalité concrète ne sont pas toujours faciles à distinguer, mais, formellement, elles correspondent à deux étages différents de l’évolution psychique. L’envie s’enracine dans la période orale (Mélanie Klein). La jalousie correspond à la découverte du tiers comme rival, et s’écrit dans la triangulation fraternelle ou amicale, ou amoureuse, voire professionnelle. A ce titre on ne voit pas comment on pourrait éviter d’en faire l’expérience. Pour autant cette expérience ne se fait jamais sans douleur, et apprendre à la dépasser est en quelque sorte une obligation majeure pour accéder à une certaine autonomie.

Pour Métaphores, Guy Karl

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15 février 2019

Résumé Café-Philo - 12/03/19 - Tuer les idées ?

 

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de mars (activité libre et gratuite) s’est tenu le mardi 12 à 18h30 au café le W. 

Le sujet voté par les participants fut :

Peut-on tuer les idées ?

Résumé de la soirée :

La question paraîtra incongrue : une idée est-elle un organisme vivant que l’on puisse mettre à mort ? Puis : pourquoi vouloir tuer une idée ? Quelle est cette rage meurtrière, et quelle est la volonté qui l’anime ?

En second lieu s’agit-il d’Une idée – ou Des idées en général, ce qui serait un tout autre problème. S’il est aisé de s’en prendre à une idée, de désirer la supprimer, c’est un tout autre problème que de vouloir tuer Les Idées.

Se pose la question de la possibilité : on peut vouloir tuer une idée, ou les idées, mais cela ne garantit pas qu’on y parvienne.

Le débat s’engage résolument sous l’angle politique. On évoque les entreprises, menées par les totalitarismes, pour éliminer, anéantir, annihiler des idées jugées réactionnaires, déviantes, contre-révolutionnaires. Une idéologie qui dispose du pouvoir politique prétend éliminer d’autres idéologies : l’examen historique montre que ces tentatives échouent, comme par exemple la volonté de détruire la famille ou d’éliminer les représentations religieuses traditionnelles. On se demandera si l’agression à l’égard des idées n’aboutit pas à renforcer ces idées.

Tirant une leçon de ces faits les pouvoirs politiques contemporains, plutôt que d’engager une lutte directe, développent une stratégie de récupération, d’assimilation indirecte : le capitalisme a ainsi su digérer les oppositions et les contestations en les détournant de leur sens et en leur donnant une place novatrice pour le plus grand bien du système.

Dans un second temps on s’interroge plus avant sur la nature des idées ; l’idée est une représentation, le fruit d’une pensée qui se donne une forme par le moyen du langage.  Une idée se pense et s’énonce. Dans la logique de notre sujet il n’est pas pertinent de distinguer les opinions, les croyances, les idées politiques, les théories, les idéologies, les idéaux, qui tous sont des idées bien que de valeur très inégale. Les hommes se déterminent par rapport à des idées, fussent-elles aberrantes, délirantes ou parfaitement fondées. Anthropologiquement c’est l’idée qui distingue l’homme de l’animal, qui ne semble jamais s’engager dans des luttes pour des idéaux.

Il en résulte naturellement que si l’on voit qu’un pouvoir puisse vouloir tuer une idée (sans y parvenir) c’est toujours au nom d’une autre idée, et que donc il est impossible de tuer Les idées.

La véritable tâche éthique est de travailler, chacun, sur la nature, l’origine et la valeur de ses idées, pour apprendre à dégager l’idée juste de l’idée fausse, à consentir à ce travail de vérité qui fait la noblesse de l’homme. Et à titre de conséquence de développer une attitude critique à l’égard des pouvoirs, comme fit Spinoza en son temps.

Reste une perspective que le groupe n’a pas abordée : les idées constituent le champ ouvert des représentations, dans lequel nous évoluons en tant qu’être humain. C’est le système symbolique dans sa plus vaste extension, et c’est le champ du langage. Nous y sommes tous, que nous le sachions ou non. C’est par là que nous rêvons, parlons, imaginons, échangeons, inventons. On se demandera toutefois si ce champ épuise la totalité de l’être-humain, ou si à l’inverse il ne reste pas quelque chose de tout autre, qu’on ne peut ni nommer ni connaître, que les Chinois appelaient le Tao, qui fonde toute réalité, pensable ou impensable. De cela il n’est pas d’idée. D’où cette maxime : « le sage n’a pas d’idée ».

Pour Métaphores, Guy Karl

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14 février 2019

Manhattan-philo - 6/03/19 : Apprendre de ses échecs ?

Manhattan-philo1

Le dernier Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le  mercredi 6 mars 2019 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Il fut exceptionnellement animé par Guy. Le sujet choisi fut :

 Qu'apprenons-nous de nos échecs ? 

Résumé à suivre

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08 février 2019

Résumé Bedous -café-philo - 23/02/19 - Parler pour ne rien dire ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de février s'est tenu le samedi 23 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée fut : 

Peut-on parler pour ne rien dire ?

 Peut-on parler pour ne rien dire ? question paradoxale à plusieurs titres. Quel est donc ce hiatus entre parler et dire ( de la racine deik, montrer, ce qui a donné aussi en Grec, diké, la justice) ? Nous avons tous fait un jour l’expérience qui consiste à entendre un discours vide, sans poids, bavardage épuisant pour celui qui en subit le flot  :  “ Chacun a connu de ces parleurs qui sont toujours sur le point de penser”(Alain). Il y aurait donc là un enjeu éthique mais pas que...Nous faisons parfois aussi la désagréable expérience d’avoir quelque chose à dire et d’échouer à en rendre compte. S’il n’y a pas de lien naturel entre le mot et ce qu’il représente, que disons-nous alors ?  Enfin, si comme le
raconte le mythe de Protagoras,chacun a droit à la parole et qu’ainsi se déroule la délibération démocratique, il faut alors envisager l’enjeu politique d’un tel écart.
 
  Qui juge qu’une parole ne dit rien et cette dernière n’a- t- elle aucune intention ?
  Qu’est-ce qu’une parole qui , au contraire, dirait quelque chose ? Que produit- elle par rapport à ce “rien” ?
 
    La réflexion s’engage tout d’abord sur le sens de cette expression :  Tous les humains ne pensent pas forcément quand ils parlent; certaines paroles peuvent aussi  brouiller la pensée d’autrui ,  pour faire adhérer à une opinion  en l’énonçant comme une vérité. La  faiblesse de ne pas aller au-delà peut se laisser tenter par le mirage de la parole.  On peut aussi parfois parler pour ne rien dire parce que on ne supporte pas le silence, et qui interroge sur notre place à l’intérieur de ce silence. Mais ce rien peut aussi servir à remplir des vides, pour ne pas avoir à parler de soi, pour ne pas avoir à se dire. Enfin, quelqu’un remarque que cela peut  être reposant de ne pas avoir à “parler pour parler” ( quand par exemple, nous ne partageons pas la même langue), ce qui montre comment les conventions sociales peuvent nous  contraindre à parler alors qu’on n’a rien à dire.
 
    Puis, rapidement, vient l’idée que cette parole a  toujours , qu’elle soit consciente ou pas, une intention. En apparence, on pourrait penser  que la ‘'”langue de bois” des politiques ne fait que parler pour ne rien dire mais ils occupent l’espace parce qu’ils ont un pouvoir. Ils peuvent ainsi confisquer la parole des autres aves un discours creux mais qui est capté par certains. Cette parole, parce qu’elle joue sur l’émotionnel, libère quelque chose de grégaire.  Ainsi, les propos ne sont jamais neutres. On peut aussi parler tout seul et ce n’est jamais pour ne rien dire. Si on prête une oreille, celui dont on juge son propos banal, va parfois aller plus loin et parler pour ne rien dire peut être une manière de rentrer en communication. Quand l’autre entend, la pensée se déploie, on parvient à quelque chose qu’on n’avait pas prévu, on peut se dire et on voit donc qu’on parle parfois au-delà de ce qu’on avait envie de dire. Le lapsus montre que ce que nous disons peut aller au-delà du contrôle de la pensée et donc, quand nous parlons, il y a toujours une intention, voulue ou pas, ce que nous enseigne la psychanalyse.  Parler pour ne rien dire peut permette de construire l’espace qui permet à la relation de se créer. Des négociations entre des ennemis peuvent commencer ainsi pour pouvoir ensuite ouvrir sur autre chose.
  Mais alors, quel est ce “rien”? C’est le récepteur qui interprète le message et par exemple, dans un discours politique, on dira que l’orateur a parlé pour ne rien dire parce que l’attente n’a pas été satisfaite ou qu’on n’a rien appris. De même, on peut avoir l’impression qu’on n’a rien dit parce qu’on n’a pas été compris. C’est alors l’écoute qui donne du poids à ce que l’on dit, ce que l’on entend justement avec le “ malentendu”. On entend selon ce que l’on est, selon ce que l’on a envie d’entendre et du coup, on peut ne pas entendre ce qui est dit. Quelqu’un constate aussi que l’environnement dans lequel la parole se construit est essentiel et que la manière dont on parle est aussi importante que ce qui est dit.
 
   Les mots nous sculptent, nous délimitent mais  il en est de même pour ceux à qui nous  nous adressons. L’enfant se construira avec les mots entendus et la parole a donc un pouvoir, celui de définir l’autre . Quelqu’un remarque alors que l’enfant joint parfois la parole au geste comme si le geste ne suffisait pas et qu’il fallait nommer les choses pour donner de la valeur à ce qu’il fait.( Comprend-il alors que dire, c’est faire un monde ?). De même, une pensée qui obsède perdra de sa force une fois qu’elle sera dite et entendue. On ouvre la cage aux mots mais toujours en la tenant pour pouvoir la refermer parce que la question est alors de savoir comment on s’en sert. La parole est ce que l’on en fait , à partir du moment où elle influe sur l’autre. Elle peut être une mise à distance, un refus de discuter n’ouvrant qu’à la violence, une prise de pouvoir dans laquelle on prend l’énergie de l’autre mais aussi un échange où on lui en donne. Un discours peut être fait pour arrêter tout débat, empêcher  les choses innovantes d’arriver; mais il peut aussi y avoir des discours qui ouvrent et qui permettent à chacun de trouver son humanité. La parole nous définit, elle parle de moi mais aussi de nous tous, comme la parole de l’écrivain, du poète qui ouvrent à des sens différents selon le lecteur, inscrites ainsi dans l’éternité. Par la parole, nous pouvons nous reconnaitre dans un groupe social et si parler , c’est vivre (il faut bien la respiration pour le faire), on peut toujours essayer d’entendre quelque chose dans ce que l’autre a à dire, toujours laisser une ouverture pour prendre un peu de ce que l’autre propose.
 
Pour autant, si la parole est une nourriture, tout dépend du plat et si dire, c’est faire, il ne faut pas sous-estimer sa puissance pour façonner le monde. Elle contribue à créer l’univers mental qui se traduit ensuite dans la réalité , à travers nos actes.Notre responsabilité individuelle est alors engagée dans notre parole. On peut parler pour ne rien dire quand on oublie cet engagement et c’est ici l’avenir de la cité car si l’on fait les choses avec les mot, si comme le dit Desmond Tutu mais aussi Protagoras avant lui, le langage construit la réalité (“les expressions “ressources naturelles” ou “ressources humaines” induisent un certain rapport au monde et aux autres), rien n’empêche alors de faire n’importe quoi, ce qui pour autant n’est pas rien...!

 Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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28 janvier 2019

Résumé Café-philo - 12/02/19 - Secret et relations sociales

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de Février (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h30 au café le W. Le groupe présent a voté pour le sujet suivant :

Le secret nuit-il aux relations sociales ?

Résumé de la soirée:

Poser cette question c’est supposer implicitement que les relations sociales devraient être transparentes, soumises à un principe de véracité, lequel garantirait la qualité des échanges. On se demandera si un tel principe est applicable dans les faits, voire souhaitable, et si, à l’inverse, l’existence et la persistance du secret n’est pas une donnée incontournable de la réalité sociale.

Reste à voir s’il existe de « bons secrets » qui contribuent au bon fonctionnement de la société, et de « mauvais secrets » qui empoisonnent les relations par leur charge toxique. 

Nous commençons par analyser l’idée de secret : quelque chose de voilé, de tu, de caché, de dérobé (au regard, à la connaissance, au discours). Quelque chose est dissimulé, ce qui suppose une intention, une action visant à dérober à la connaissance d’autrui un élément que seul l’agent (et ses acolytes) connaissent. Le secret départage ceux qui savent de ceux qui ne savent pas, créant une sorte de complicité, comme on voit dans les confréries secrètes. 

On en vient tout naturellement à évoquer les secrets de famille : chacun sent confusément qu’il y a « quelque chose » dont personne ne parle, qui perturbe le corps familial et parfois engendre de véritables névroses. Mélange étonnant de savoir et de non-savoir, car si la plupart ignorent ce que c’est, ils savent aussi qu’ « il y a », et ce « il y a » rode à la manière d’un fantôme, ou d’un symptôme (Voir le roman de Grimbert : « Un secret »). On voit que le secret n’est pas une pure et simple ignorance : c’est un savoir dérobé ou refusé, qui par ce refus même engendre un désir de savoir. Reste que ce genre de secret possède parfois une charge virtuellement explosive.

12 02 19

Le débat s’oriente alors vers un nouveau thème. Dans le monde contemporain on assiste à un passage insidieux de la sphère privée dans la sphère publique : réseaux sociaux, étalement voire exhibition de l’intime (vers l’ « extime »), obsession de la transparence etc. « A chacun son secret » pourrait être un mot d’ordre de protestation et de résistance. Habeas corpus : sauver l’intégrité de la personne, sauver la singularité, résister aux pouvoirs illégitimes de propagande et de manipulation. Pour vivre heureux vivons cachés !

On observe alors que dans les relations interpersonnelles, de l’amitié ou de l’amour, le secret peut être partagé, jouant le rôle d’un objet transitionnel ou de gage. Dire à l’autre c’est lui faire confiance, c’est attendre en retour qu’il sache se taire et garder. La divulgation à des tiers est vécue comme une humiliation et une trahison. Le secret qui devait lier devient alors une raison de discorde.

Il en va de même dans des situations de confidence et de responsabilité déontologique : secret médical, juridique, professionnel. Dans tous ces cas le secret est une obligation légitime et légale qui fonde un certain ordre contractuel. Dans d’autres cas le secret peut servir à cimenter des relations occultes (sociétés secrètes, confréries idéologiques ou mystiques) voire criminelles. Là encore c’est moins le secret en tant que tel qui est nocif ou bénéfique que le but auquel il sert.

Retour à la question : le secret nuit-il aux relations sociales ? Si l’on quitte la sphère privée et celle des relations interpersonnelles pour examiner le problème au niveau de la société globale, on aborde nécessairement la question du politique. Qu’est-ce qu’un secret d’Etat ? Il ne s’agit pas seulement des « affaires » plus ou moins scandaleuses, mais plus profondément des conditions de la gestion et de la décision politiques, qui se règlent forcément dans les officines étanches du pouvoir et dont le citoyen ne peut percer les arcanes. La politique repose sur le secret, même, sur un usage prudent du mensonge. Le gouvernant ne peut et ne doit tout dire, sauf à se condamner à l’inaction et à la paralysie. On peut souhaiter plus de transparence dans la vie politique mais il est vain de souhaiter une transparence intégrale.

On se demandera pour finir si le secret n’est pas un incontournable de l’existence. On pourrait dire qu’il se déplace comme le furet de la fable. C’est qu’il est sans doute impossible de dire la vérité, toute la vérité, et qu’il demeure toujours une zone d’ombre, aussi bien dans la psyché que dans les relations interpersonnelles et sociales. C’est peut-être un fait de structure, un blanc dans le discours, comparable à ce que Lévi-Strauss disait du « mana » : quelque chose que l’on manque toujours à dire, et qui pourtant joue un rôle décisif dans le jeu de parole.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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07 janvier 2019

Manhattan-philo - 06/02/19 - De bons préjugés ?

 

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de février s'est tenu le 06 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : L'immortalité est-elle une fiction ? 

Sujet 2 : Y a-t-il de bons préjugés ? 

Le sujet choisi par le groupe fut :

Y a-t-il de bons préjugés ? 

Résumé de la soirée à paraître

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05 janvier 2019

Résumé - Atelier-philo - 30/01/19 - Blaise Pascal, penseur des limites

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de janvier s'est tenu le 30 à 18h45 au Dimanche à la campagne (Pau) autour du sujet suivant :

Les limites de la condition humaine

 

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"De Blaise Pascal, penseur, écrivain, savant et inventeur autant protéiforme que génial du XVIIè Siècle, nous avons gardé en mémoire quelques formules devenues des adages célèbres : "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas", "vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà", c'est comme une "seconde nature", etc. Du savant, on retient souvent la première machine à calculer (la pascaline conçue à 19 ans, réalisée à 22 ans), ses recherches sur le vide en physique et sur l'infini en mathématiques, avec toutes les conséquences imaginables qu'elles ont entraînées. De l'homme de foi, on retient aussi son fameux "pari" et ses réflexions sur les limites de la raison : "Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison" note-t-il dans les Pensées.
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Par ailleurs, Blaise Pascal est aussi un penseur singulier de l'existence dont l'approche est parfois qualifiée de tragique. En effet, les hommes s'appliqueraient à se détourner de leur condition, à se masquer leurs propres limites et leur place au sein d'un univers infini. C'est entre autres choses sur ces points que nous nous interrogerons en présentant d'abord quelques aspects saillants de sa pensée, puis en débattant sur quelques orientations proposées au public." DP
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         La soirée fut animée par David Pourille, philosophe de formation, président de l'association Métaphores ; une lecture et un commentaire littéraire d'un passage des Pensées furent proposés par Janine Delaitre (professeure agrégée, animatrice du cercle littéraire). 
Résumé de la soirée :

Pascal, penseur des limites et de la condition humaine

En résumé, Blaise Pascal est un mathématicien et un physicien qui à l’issue d’une conversion spirituelle a cherché à « rendre aimable » la religion chrétienne dans une œuvre inachevée que l’on a intitulé les Pensées. Chrétien qui ne défend ni n’admet aucune preuve de l’existence de Dieu, il cherche les traces d’un Dieu caché. Sa pensée s’origine dans son époque : Montaigne, Descartes, l’influence de Saint Augustin et surtout, les mathématiques et la révolution scientifique ouverte par Galileo Galilée. Cette pensée se développe selon trois ordres (la chair soit le monde, l’esprit soit la science, et la charité soit la vie spirituelle) et c’est l’examen du premier ordre qui dessine, scrute, « désembrouille » la condition humaine.

Voici donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominé par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination, il les prend pour des vérités ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient, écartant le reste. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité ? Son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres « comme » pour se « venger » d’avoir été mis à découvert ; c’est pourquoi il est haïssable. Enfin, le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

Reste-t-il une possibilité de bonheur, introuvable dans le premier ordre, dans le second ? La philosophie, l’antique du moins, n’invitait-elle pas à accéder à la sagesse ou au bonheur grâce à la connaissance ? Là encore, il n’y a pas de faux espoir à poursuivre. La raison peut chercher à embrasser l’univers, le Tout ; elle peut vouloir se faire juge de tout, elle est engloutie par l’infiniment grand et l’infiniment petit. On ne peut accéder qu’à des « régions » toutes relatives de savoir ; nulle vérité absolue et définitive. Et il n’existe pas de premiers principes sur lesquels se fonder : « tout craque ».

Reste-t-il à se réfugier en Dieu ? A y trouver tout le réconfort pour une conscience qui perce les illusions de la condition humaine et des ambitions inaccessibles du savoir humain ? Ni les preuves (impossibles) de l’existence de Dieu, ni un Pari (souvent mal compris) sur son existence ne conduisent à lui. « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Blaise Pascal ne développe pas de théologie. Il veut conduire à Dieu par une conversion du cœur, sans certitude que l’on y parvienne.

Une manière de penser de Blaise Pascal.

Sans souci ni désir de système, Blaise Pascal organise ses réflexions, constats et critiques selon trois ordres : l’ordre de la chair, l’ordre de l’esprit et l’ordre de la charité. Au premier, qui correspondrait à notre vie pratique, en société, il associe les gens de pouvoir, d’action ; celui-ci est dominé par la concupiscence, ou la libido sentiendi, le désir de sentir, posséder et jouir. Au second qui correspondrait à la vie intellectuelle et surtout scientifique, il associe les curieux et les savants ; celui-ci est dominé par une autre libido, - sciendi, le désir de savoir. Au troisième qui correspondrait à la vie spirituelle ou religieuse, mais aussi à la vie affective, il associe les sages et les orgueilleux ; celui-ci est dominé par une troisième concupiscence, la libido dominandi, le désir de dominer.

 La condition humaine selon Blaise Pascal

Ceux sont donc les trois libidos qui dominent nos vies, et c’est tout ce premier ordre qui dessine la condition humaine. Car en chrétien largement inspiré par l’augustinisme (du théologien Saint Augustin d’Hippone), il considère que l’Homme (et donc la Femme aussi…) a chuté, il est tombé de son lieu originel : soit la proximité avec Dieu (métaphoriquement ou mythologiquement intitulé « Jardin d’Eden ») ; et considère qu’il vit depuis sous le pouvoir des concupiscences (les trois libidos). « La concupiscence et la force sont la source de toutes nos actions ».

L’homme veut posséder et s’approprier sans légitimité les choses : « Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants. « C’est là ma place au soleil. » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre ». Cette usurpation est sans doute le fruit de notre imagination car nous nous attachons comme des dupes aux symboles que nous créons, aux signes extérieurs de richesse ou de puissance, aux costumes, aux uniformes, etc. : « C’est cette partie dominante de l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge. Superbe puissance ennemie de la raison. (…) Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? ».

A cette imagination s’ajoute la volonté qui domine l’esprit ; il s’agit ici de ce que la psychologie cognitive appelle aujourd’hui les biais de confirmation : « Les choses sont vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté qui se plaît à l’une plus qu’à l’autre détourne l’esprit de considérer les qualités ce qu’elle n’aime pas voir ».

Nous allons jusqu’à nous attacher à l’inessentiel, écartant l’essentiel. De plus, nous sommes détournés, non par des forces extérieures, mais par nous-mêmes. Détourner de quoi ? De notre propre condition. Nous vivons dans le divertissement, et nous ne pouvons pas l’éviter. C’est l’un des thèmes majeur et transversal des Pensées : « Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui constitue dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près ».

Plus qu’une occultation des choses tristes, de faits attristants, de l’issue de la vie qu’est la mort, par des occupations multiples, par nos divertissements, c’est toute la condition de mortel dont on veut se détourner par le divertissement. Car l’homme est misérable, même s’il est grand de se connaître misérable, de connaître sa misère par la pensée qui fait sa grandeur. La condition humaine se caractérise ainsi : un homme mu par ses désirs, dominé par son imagination et ses affects (la volonté), se détournant de cette condition par les divertissements, incapable de se tenir au présent. Il s’ennuie, c’est-à-dire, au sens en usage au 17ème siècle, s’angoisse, se ronge douloureusement. « Rien n’est insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir ».

Mais que reste-t-il de moi ? du moi ? - Le moi est haïssable, car il se fait centre de tout et veut asservir les autres. C’est un tyran. Il est plein de haine pour les vérités qui le blessent. Il veut se faire aimer et pour cela il couvre ses défauts aux autres. « Le moi est haïssable. (…) En un mot le moi a deux qualités. Il est injuste en soi en ce qu’il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres en ce qu’il les veut asservir, car chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ».

Et le corps social ? Le corps Politique ? Ne peut-on pas trouver un point de vérité dans la coexistence sociale ? - Le Politique est le règne de la force et non de la justice, de la domination et non de l’équité, de l’arbitraire et non du raisonnable, etc. « Il est nécessaire qu’il y ait de l’inégalité parmi les hommes. Cela est vrai, mais cela étant accordé, voilà la porte ouverte non seulement à la plus haute domination, mais à la plus haute tyrannie ». La tyrannie est la tendance à sortir de son ordre et à dominer, en usant le plus souvent de la force.

Existe-t-il au moins une justice ? - Non, c’est la force qui domine. « La justice sans force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».

Voilà donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominés par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité, son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres ; c’est pourquoi il est haïssable. Le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

 La condition humaine ne trouve pas de refuge dans le savoir ou la connaissance.

Que pourra nous apporter le deuxième ordre, celui de la connaissance (l’esprit) ? Rien de plus stable, rien de plus clair et distinct.

La lecture roborative du fragment Disproportion de l’homme, par l’animatrice de notre Cercle Littéraire, Janine, et son analyse littéraire limpide a souligné que le fond de pensée s’accordait à la forme du style. Car si Blaise Pascal ne doute pas absolument des connaissances humaines (il est mathématicien et physicien), il en pose les limites. Nous sommes entre deux infinis : l’infiniment grand et l’infiniment petit. Effroyable condition oscillante. La raison n’y trouve qu’une place moyenne, instable, entre deux abîmes qui la dépassent et qui en modèrent les ambitions. Si Blaise Pascal est un mathématicien innovant, il cerne le caractère conventionnel et non nécessaire des mathématiques. Si Blaise Pascal est un physicien pionnier, il n’affirme aucune loi physique globale de la nature ni ne pose des fondements indubitables. Et si Blaise Pascal s’enquiert de Dieu, il ne développe pas de théologie, c’est-à-dire de discours rationnel et démonstratif sur Dieu.

 Dieu n’est pas l’issue immédiate de la condition humaine.

On pourrait imaginer qu’à l’issue d’un tel portrait de la condition humaine, Dieu ou la religion en général soient le refuge idéal d’une conscience malheureuse, cherchant le bonheur et la vérité partout et ne les trouvant nulle part. Mais Dieu est inconnaissable et indémontrable ; ce qui rend le refuge peu vraisemblable. Il est inconnaissable car il n’a ni étendue ni borne, alors que nous sommes dans l’étendue (c’est-à-dire l’espace) et que nous avons des limites. Et l’on ne peut accéder à Dieu ni spontanément ni par la raison. Blaise Pascal propose néanmoins deux voies : la lecture « déchiffrée » du Nouveau Testament et la conversion du cœur. Car « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Mais là encore, il n’y a aucune certitude de trouver le salut. 

Le débat :

Comme souvent durant les ateliers, la longueur de la présentation de l’auteur et du thème a réduit le temps du débat. Avant la pause, le public a cherché à repréciser et clarifier certaines approches pascaliennes, comme le Divertissement. Face à cette pensée pascalienne « tragique », on préfère la diversion plutôt heureuse ou au moins plus gaie de Montaigne au divertissement de Pascal. Après la pause, plusieurs pistes sont abordées et c’est la question de Dieu et de la foi qui domine le débat. Dieu serait "une hallucination sonore" (Cioran), un idéal pour échapper à l’ennui, l’objet d’une recherche de perfection. Pour conclure, il faut revenir sur le soi-disant pessimisme de Pascal, auquel l’auteur de ces lignes et animateur du débat préfère le terme plus neutre de lucidité. Blaise Pascal serait un pessimiste s’il s’apitoyait sur cette condition insupportable de l’homme, s’il nous invitait à partager voire à développer les affects tristes qu’il met à jour (tristesse, ennui, chagrin, etc.). Or c’est l’inverse car si ces affects sont le lot de la condition humaine, celle-ci ne s’y réduit pas. Car enfin, comme l’a suggéré un participant, pourquoi faudrait-il s’accabler du fait qu’il y ait deux infinis et que la vie ne dure pas éternellement ?

Nous remercions vivement Janine Delaitre pour sa contribution active et éclairante.

Pour Métaphores, David pourille

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02 janvier 2019

Résumé Apéro-philo 24/01/19 - Se libérer des passions tristes ?

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de janvier s'est tenu jeudi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Peut-on se libérer des passions tristes ?

Résumé de la soirée : 

L’origine du mot passion nous invite à la considérer comme un affect passif : Pathos, en grec, qui donne pathétique et pathologie ; patior, en latin, signifie endurer, souffrir, supporter. Ainsi entendue, la passion est le signe de notre dépendance aux événements extérieurs qui peuvent engendrer de la douleur, mais aussi aux turbulences intérieures, aux émo tions et désordres de la psyché. La passion est le contraire de l’action, et en théorie il est souhaitable d’être actif plutôt que passif.

Mais le sens du mot a évolué : de nos jours la passion désigne plutôt un attachement intense à un objet, une activité, une pratique : passion du vélo, de la musique, du jardinage etc. Cet attachement n’est pas forcément pathologique, et dans bien des cas il engendre de la joie. On remarquera qu’il est possible cependant qu’il vire à l’obsession, à l’addiction, à une forme subtile d’aliénation, donc de tristesse. L’affect de joie s’est mué en affect de tristesse. Ce qui pose la question de la limite, du risque et du danger.

La passion est-elle triste en elle-même ou par ses conséquences, quand elle se développe sans contrôle ?

24 01 19

C’est Spinoza qui a introduit la notion de passion triste : c’est un affect qui diminue la puissance d’agir, en divisant le sujet, en l’attachant à une représentation d’objet dont il méconnaît la nature et la source. Ainsi de la haine, de l’envie, de la jalousie, de la peur, de l’anxiété, de l’ambition, de l’esprit de domination. Passions tristes en effet, qui se cultivent dans le ressassement et la douleur. Ces passions tirent vers le bas, et dans certaines conditions mènent à la ruine et à l’autodestruction.

A nouveau le groupe soulève la question de la limite : comment se fait-il que chez certains sujets la conscience ne joue pas son rôle de régulateur et de frein ? Faut-il y voir une aspiration vers l’illimité, sous-tendue par la pulsion de mort ?

On voit se dessiner une lutte entre la raison et la passion. Mais la raison peut-elle régir la passion ? C’est peu probable. Faut-il alors convoquer une nouvelle passion pour combattre l’ancienne ? Mais on ne choisit pas ses passions par décret de la volonté : elles surviennent ou ne surviennent pas. Ce sont les pulsions qui sont à l’origine des passions, d’où leur caractère impulsif, irrationnel, leur résistance à l’action de l’intelligence. Il ne suffit manifestement pas de savoir et de vouloir, comme le montre l’expérience – et toute la littérature romanesque.

Premier bilan : toute passion n’est pas triste, mais il y a des passions tristes, ce sont celles qui rendent impuissants, malheureux, qui nous obsèdent, nous condamnent à la répétition, et parfois à la ruine. Les passions joyeuses existent, elles aussi, comme l’amour de la musique, ou l’amour heureux, si toutefois l’équilibre psychique n’est pas menacé par une dérive vers l’illimité.

Après la pause on s’interroge plus avant sur la question de savoir si on peut se libérer des passions tristes. D’emblée une participante affirme que le seul recours c’est le médicament. D’après ce point de vue la passion triste est une maladie, ou un symptôme psychiatrique. D’autres évoquent la méditation, ou la psychanalyse. Mais ces recettes ne valent que si le sujet lui-même prend conscience du danger et demande de l’aide.

Question : qu’est ce qui peut provoquer ce sursaut salutaire ? Chez certains il ne se produit pas et le sujet court à sa perte. Chez d’autres apparaît soudain l’image du danger, voire de la mort. Ils voient concrètement le point limite, la butée du réel. Parfois c’est la déception, la désillusion, la désidéalisation : l’objet de tous les vœux, que l’imagination avait paré de toutes les perfections, révèle soudain sa caducité, « son manque à être », précipité d’un coup dans la banalité. Rétrospectivement le sujet s’étonne de s’être laissé abuser par une image, un fantasme trompeur. C’est le début de la guérison, car il va falloir travailler avec ce matériau psychique heureusement libéré.

On peut guérir des passions tristes, mais il y faut une intelligence d’un genre particulier, capable de se mettre à l’écoute des processus subtils de la vie psychique, et sans doute aussi, une ferme résolution de vivre.

Pour Métaphores, Guy Karl

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