Atelier-philo 2

Activité philosophique libre et gratuite, généralement bimestrielle, proposée en début ou en fin de mois le mercredi (sauf exception) de 18h45 à 21h, animée principalement par David Pourille, philosophe et secondairement par les autres membres de Métaphores (Guy, Didier ou Marie-Pierre). Le principe de l'atelier consiste à engager une discussion avec un invité représentant une discipline ou un champ thématique spécifique : sciences, littérature, art et création, droit, politique etc. Après une présentation des deux parties pendant une trentaine de minutes, la discussion s'engage avec le public présent.

Une pause apéritive et conviviale est prévue (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une second temps la réflexion collective.

07 avril 2017

ATELIER-PHILO mercredi 24 mai : esclaves de nos désirs ?

Atelier-philo 2

Le prochain Atelier-Philo (activité libre et gratuite) se tiendra le mercredi 24 mai au café-restaurant le Matisse (Pau) à 18h45. Nous sommes heureux d'accueillir à cette occasion Pierre Bernet, docteur en philosophie, spécialiste de Hegel et professeur pour aborder la question suivante : 

Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

La soirée, animée par Timothée Coyras, philosophe, sera l'occasion de faire dialoguer dans un premier temps deux approches philosophiques différentes, celle de Spinoza et celle de Hegel. 

 

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Après une présentation problématisée des thèses et des enjeux, la discussion s'engagera avec le public. Nous ferons une pause apéritive au bar à mi-parcours (consommation non obligatire). Fin de l'activité vers 21h.

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25 janvier 2017

Résumé de l'Atelier-philo du 08/03/17 : Cyniques : éthique et politique

Atelier-philo 2

 

L' Atelier-philo du mois de mars s'est tenu le 08 à 18h45 au Dimanche à la campagne à Pau sur le sujet suivant : 

Ethique et politique chez les Cyniques

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"Un tonneau, une lanterne, une besace, un franc-parler… telles sont les images traditionnellement associées aux Cyniques de l’Antiquité. Toutefois, leur philosophie refusait de s’attacher aux apparences et rejetaient les conventions sociales pour retrouver la nature même. C’est donc dans une perspective antisociale que les Cyniques nous exhortent à nous occuper de nous-mêmes et à faire de l’éthique le centre de nos études et de nos actions surtout.

Pourtant, en refusant de penser la question politique en tant que telle, ils y apportent une réponse atemporelle. En effet, le souci de soi, du bien agir n’est-ce pas la meilleure des politiques ? N’est-ce pas grâce aux comportements vertueux que l’on peut atteindre le bien commun ?

Grâce aux analyses de Michel Foucault et après avoir découvert quelques anecdotes illustres des Cyniques de l’Antiquité, nous pourrons poursuivre la discussion en nous intéressant aux liens qui, hier comme aujourd’hui, se tissent autour de la morale et de la politique." (Julien Decker).

Animation, synthèse et résumé de la soirée par Guy Karl :

      Nous avons reçu avec plaisir Julien Decker, enseignant et doctorant en philosophie antique à l'université de Bordeaux, pour une présentation-débat sur le cynisme, et en particulier sur Diogène de Sinope, fondateur du mouvement. Je ne puis ici rendre compte de sa riche intervention si ce n’est très allusivement, en rapport avec les discussions de l’assemblée.

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 1)   Idée–source : « falsifier la monnaie » c’est-à-dire opposer aux usages, normes et lois en vigueur dans la société conçue comme artifice, les lois de nature : au « nomos, opposer la phusis ».

De plus ces coutumes et ces lois artificielles ne rendent pas heureux, entraînant tout un chacun dans le tourbillon de l’affairisme, du souci, de la quête éperdue des richesses, de la rivalité et de la guerre, de la gloire ou du pouvoir : biens illusoires et destructeurs, dont l’image canonique est Alexandre le Grand. S’y ajoute le culte du plaisir, dans lequel le cynique voit le piège par excellence, car il entraîne la mollesse et la lâcheté.

2)   L’entraînement physique et mental : le cynique prend modèle sur Héraklès, le héros libérateur et infatigable, le demi-dieu aux douze travaux. D’où le dénuement volontaire, le manteau, la besace, la barbe et le bâton. Il s’agit de s’endurcir contre tous les maux de l’existence, d’apprendre à tout supporter, pauvreté, coups du sort, rejet, exil, condamnation, et la mort même s’il le faut. La vertu est le fruit de l’exercice, et la condition du bonheur. C’est la voie courte et rude de la vertu, considérée comme excellence morale.

3)   L’Autarkeia : ne dépendre de personne, à l’image de l’animal qui sait satisfaire ses besoins dans le régime de la nature, d’où cette constante référence au « chien » (kunos) qui donne son nom au mouvement philosophique initié par Diogène le Chien. Mais aussi à l’image du dieu (Zeus en particulier) qui jamais ne manque de rien. Le « chien » cynique est à sa manière un chien céleste.

4)   Cette référence à l’animal soulèvera dans le groupe diverses objections, dans la mesure où présenter l’animal comme un modèle éthique ne va pas de soi : est-ce une idée sérieuse, une provocation, ou une métaphore ? Le débat permettra cependant de clarifier ce que les cyniques appellent la « nature », encore qu’il nous soit difficile aujourd’hui de sentir comment les Grecs entendaient ce terme.

5)   On se demande aussi si l’idéal cynique n’est pas trop exigeant, voire inaccessible. Si même il n’y a pas une contradiction à critiquer la tartufferie sociale et de se maintenir dans la société, notamment en vivant du don généreux des citoyens. Cela pose le problème des ordres mendiants en général. Là encore le moderne est désemparé devant la logique des Anciens.

6)   Impudence et impudeur : le cynique semble prendre plaisir à provoquer  par l’exhibition des activités du corps. Il veut choquer en provoquant un éveil salutaire, agir par l’exemple pour rétablir la légitimité de la nature, pervertie par des coutumes et des interdits absurdes. Cratès et Hipparchia copuleront sur l’agora. Diogène ignore toute privativité, considérant que tout acte est un acte public.

7)   La deuxième partie sera consacrée à la question politique. Diogène aurait écrit un traité sur la question, mais s’il a existé il est perdu. Il y aurait exposé une réflexion importante et novatrice sur le « cosmopolitisme » en se définissant, non comme le citoyen d’un Etat particulier, mais comme citoyen du monde (cosmo-politès). Manifestement il rêve d’un régime sans nations ni états, qui comprendrait tous les hommes et toutes les femmes de la planète  - notamment il affirme l’égalité des hommes et des femmes, à une époque résolument patriarcale et sexiste. Il dénonce l’esclavage, prône la liberté sexuelle intégrale et va même jusqu’à contester les interdits fondamentaux. Pensée révolutionnaire, insoumise, voire anarchisante – si toutefois on peut se permettre un tel anachronisme.

8)   Le débat qui suit interroge le mode d’action, et les finalités : Diogène exerce-t-il une véritable action novatrice ? Change-t-il quelque chose dans l’ordre de son temps ? Est-il un penseur politique, ou plutôt, dans la lignée lointaine de Socrate, un éveilleur éthique – à la manière socratique ou de Pyrrhon, ou comme le fut ailleurs un Bouddha ou un Tchouang Tseu ?

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9)   Reste l’originalité d’une démarche d’éveil qui a su mettre le corps, et non l’esprit, ou le langage, au premier plan de la méthode : entraînement physique, monstration par le geste, mime et ricanement, aboiement et morsure, rire tonitruant, bref quelque chose de pantagruélique, dont on retrouve les traces dans les savoureuses anecdotes collectées par Diogène Laerce (l’autre Diogène, sans rapport avec le premier) dans son livre : « Vies et sentences des philosophes illustres »

10)  Pour finir encore un merci chaleureux à Julien qui nous a instruit et mené dans les parages énigmatiques et drolatiques d’une pensée éternellement vivante.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

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16 janvier 2017

Résumé de l'atelier-philo du 08/02/17 : Musique et philosophie

Atelier-philo 2

 L' Atelier-philo du mois de février 2017 s'est tenu au café-restaurant Un dimanche à la campagne à Pau sur le sujet suivant :

 La musique a-t-elle un sens ?

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Présentation de la soirée :

Nous avons été ravis d'accueillir, dans une ambiance amicale et chaleureuse, Timothée Coyras*, musicien et professeur agrégé de philosophie à Pau, ainsi qu'Odel son épouse, pour des moments de grande qualité, alternant réflexions collectives et expériences musicales. 

David Pourille, philosophe et animateur de l'atelier a interrogé en préambule le caractère spécifique de la musique. Est-il possible d'inscrire dans une définition une expérience à ce point sensorielle et dynamique ? Des éléments historiques et quelques auteurs ont été convoqués (Platon, Rousseau, Jankélévitch...) pour nous aider à y voir plus clair et peut-être à mieux "entendre" ou "écouter" ce dont il s'agit.

Musique et philosophie

L'écoute aura été précisément le second temps fort de la soirée. Nos invités, à la guitare et au chant, ont interprété 3 oeuvres dans des styles variés, puis un morceau de jazz en solo. 

Odel et Timothée - Musique et philosophie

Timothée Coyras a pris ensuite la parole pour engager la réflexion avec le public. "En particulier : Peut-on comparer la musique à un langage ? On parle explicitement de langage musical, ou encore de phrases, en quel sens ? Et si la musique dit quelque chose, en quoi est-ce différent de la peinture ou de la poésie ? Est-il possible de traduire dans les mots ce que dit la musique ? Cette dernière ne fait-elle pas signe vers un indicible qui correspond à une réalité ?" (TC)

* Timothée Coyras est l'auteur de l'ouvrage : Le bac philo dont vous êtes le héros  Editions Ellipses

Résumé de la soirée :

Que dit la philosophie sur la musique ? Avant même d’en spécifier l’essence, ce qu’est la musique en elle-même, bons nombres de philosophes, et non des moindres, se sont attachés à la normer, à dire ce qu’elle devrait être avant d’expliquer ce qu’elle est ; elle doit être signifiante, attachée au langage car lui étant inférieure, et ne doit pas susciter de « mauvaises » passions. De l’antiquité de Platon au XVIIIème siècle de Rousseau, la musique doit signifier quelque chose et imiter la nature. Jean-Jacques Rousseau incarne à lui-seul la césure que sera son siècle pour la pensée philosophique de la musique car s’il s’insurgea contre la musique purement instrumentale qui n’a pas de sens, il exprima son enthousiasme quant à la force des passages symphoniques dans certains opéras.

Je cherche à savoir pour ma part ce qu’est la musique non pas à partir de son essence (il faudrait qu’elle en ait une) mais à partir d’airs de famille, de différences et de similitudes entre des morceaux de musique, savants ou populaires, anciens ou actuels, de compositeurs différents ou d’un même compositeur. Il s’avère que la musique regroupe des phénomènes sonores qui se déploient dans le temps. La musique est temporelle même si l’on ne peut l’imaginer sans un corps : un corps qui joue de la musique, un corps qui ressent la musique qu’il entend.

Après la joie de partager l’écoute de quelques morceaux interprétés par Timothée et Odel, la question du sens de la musique est posée. Mais d’abord pourquoi parler de musique plutôt que d’en jouer ? Quel est cet intérêt de la philosophie pour la musique et le sens qu’elle aurait ou n’aurait pas ? Et ce d’autant que ces questions n’intéressent pas le plus souvent les compositeurs. De plus, le sens, entendu comme signification, relève d’abord et surtout du langage. Comment chercher le sens de ce qui d’abord exprime plus qu’une émotion, l’intériorité de l’âme elle-même selon le philosophe Hegel. Le rapport du langage et de la musique est soulevé : ils ont en commun leur déploiement dans le temps, le rythme, le son ; mais le langage, fait de règles et de conventions diffère de la musique qui ne dit pas, ne parle pas, quand bien même elle exprime et évoque. Elle renvoie à un vécu, du compositeur, de l’interprète ou de l’auditeur.

Deux séries de questions vont orienter le débat :

1/ La musique est-elle un faire quelque chose ou un dire quelque chose ?

2/ Que la musique dit-elle que le langage ne dit pas ? Quel est son sens ?

La première partie du débat insistera surtout sur la manière que nous avons de recevoir la musique. Nous la recevons d’abord par les émotions car la musique émeut, évoque, touche nos sens et nos souvenirs, parfois enfouis. En plus de sa part émotionnelle, la musique dirait quelque chose que le langage ne dit pas, même si ce qu’elle dit, le sens qu’elle transmet, peut demeurer flou, imprécis. La musique est ambiguë : elle touche non seulement les sens mais aussi l’ensemble de la psyché. Ses effets sensoriels relèvent à la fois tant du mental que de l’affectif. On exprime alors la difficulté d’expliciter cette signification de la musique qui s’efface devant sa force à spatialiser les émotions, c’est-à-dire à instituer un espace à la fois corporel et intérieur.

La seconde partie du débat a voulu s'ouvrir sur la question de la signification de la musique puis le public s’est orienté un moment vers un questionnement sur la création artistique en général et musicale en particulier. La question de l’art était apparue en fin de première partie et sera reprise dans la seconde. La musique est un art, et l’artiste, ici le musicien, dit quelque chose ; la note elle-même dit quelque chose car ne s’opposent pas le sensoriel et l’intellectuel. Par ailleurs, la musique, sans doute analogue au langage en certains points, diffère de celui-ci jusqu’à lui être antérieure, voire complètement distincte en ce que la musique, hors du temps chronologique, se déploie dans une durée hors des représentations. Son rythme propre, organique, n’appartient pas aux catégories logiques. La musique reviendrait donc à être une intruse dans le domaine de la réflexion. D’ailleurs, le créateur, ici le compositeur, peut-il poser des mots sur la musique ? La question de sa signification réapparaît en fin de débat : pour l’un elle transcende la musique, pour un autre, c’est l’auditeur qui construit le sens de la musique qu’il perçoit.

Que conclure ? Que si la musique a un sens, une signification, c’est d’abord de mettre à jour son éloignement de nos catégories habituelles de ce qui fait sens, de ce qui nous « parle », et qui viennent de nos pratiques langagières. Et si la musique a un sens : où est-il ? Dans la partition ? Dans l’interprétation ? Dans l’audition ? Dans la réception de l’audition ?...

La musique n’est ni quelque chose (comme un tableau, un outil, une statue) ni rien. La musique est sans figure et s’ouvre et se manifeste dans le temps (l’aion grec) permettant à celui qui écoute de s’ouvrir à une autre temporalité que la sienne, à un autre rythme que le sien. S’ouvre ainsi une temporalité nouvelle, vivante et multiple, entre le psychisme de celui qui écoute et ce qu’il écoute, sans réduire l’un à l’autre. 

Pour Métaphores, DP

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03 novembre 2016

Résumé de l'Atelier-philo du 23/11/16 : De la séduction

Atelier-philo

L' Atelier-philo du mois de novembre a eu lieu mercredi 23 au Café-restaurant le Dimanche à la campagne à Pau (face parc Beaumont - jeu de paume). Nous avons accueilli avec grand plaisir Anne Roussel, professeure de philosophie pour aborder le thème de la séduction qui fut celui de sa thèse de doctorat autour du sujet suivant : 

"Sommes-nous les jouets de la séduction ?"

 

Atelier-philo du 23 11 16

Résumé de la soirée :

 Pour cet atelier suscitant la rencontre entre philosophie et esthétique, Anne Roussel, professeure de philosophie et intervenante en histoire de l'art, a très aimablement apporté une contribution de grande qualité, tant par sa présentation que par ses interventions.

 Il est de coutume de débuter une réflexion en philosophie par le fait de définir les termes en jeu. C’est intentionnellement que le co-animateur, et auteur de ces lignes, s’y est refusé : une définition, même liminaire, et pire, une conceptualisation, aurait certes eu le mérite de délimiter un champ de discussions mais aurait eu l’inconvénient d’enclore la discussion collective dont l’intérêt est l’examen, l’enquête. De plus, la séduction, prise dans le grouillement des faits et des relations, échappe par bien des côtés à une approche strictement intellectuelle, comme l’a souligné Anne Roussel ; et ce d’autant que rares sont les philosophes à s’être engagés dans une enquête, et encore moins, dans une théorisation de la séduction : « Décidément, la séduction présente un enjeu incendiaire, et ne peut qu’attiser la curiosité : facile, désinvolte, séductrice justement, et pourtant…elle passionne, et se manifeste au quotidien. Si l’intellect pur ne l’aime pas, c’est qu’elle ne cesse d’inviter le désir à sa table… ».

 Diverses questions préalables autour de la séduction, notamment entre homme/s et femme/s, sont proposées pour le débat : « Sommes-nous les jouets de la séduction, ou jouons-nous la scène originelle de la séduction pour tenter de rejoindre un point de mire à déterminer ici ? », la séduction est-elle naturelle, telle une parade animale, ou est-elle un talent, un art qui révèle la femme à elle-même ? La séduction est-elle intentionnelle ou non-intentionnelle ?

 D’emblée les figures mythiques ou littéraires, Don Juan de Molière ou Don Giovanni de Mozart, sont convoquées. Et très majoritairement, la séduction, qu’elle soit naturelle ou non, est décriée : manipulation, miroir ou recherche narcissique... Et il s’avère que le Don Juan de Molière se présente lui-même comme un conquérant, - de quoi ? Des femmes ! Le séducteur, et Don Juan de surcroît, chercherait l’emprise, la maîtrise, la transgression. Le séducteur – tiens ? on ne convoque aucune séductrice (et la Duchesse de Langeais, grande figure balzacienne de la séduction, restera absente toute la soirée…) ; le séducteur, donc, est un égocentrique qui cherche à se sentir mieux. On commence à distinguer le séducteur de la séduction, mais le procès se poursuit contre cet acte artificiel dont les exemples du champ politique contribuent à sa disqualification.Une bifurcation, un reversement du pour au contre : et si la séduction n’était pas une manière d’attraper le sensible ? Et si la séduction n’était pas opposée à l’amour mais l’un de ces ingrédients ? À rebours d’une séduction de l’un « contre » l’autre, la séduction peut se manifester comme un jeu de symboles, de signes, qui dépossède le séducteur et le séduit.

 La seconde partie de la soirée se réamorce autour de la question du désir mais le procès de la séduction d’un côté et sa défense de l’autre réapparaissent et se poursuivent. Alors à nouveau la séduction décriée, dévaluée, est renversée en posture d’authenticité : c’est peut-être lorsqu’on séduit, loin de la dissimulation ou de la stratégie, que l’on se dépasse soi-même dans un moment de vérité. La séduction montrerait ce que l’on a de meilleur… Par ailleurs, dans la philosophie même, la séduction intervient et influe, comme lors de la maïeutique de Socrate.

La corrélation entre séduction et amour se développe. Loin d’une recherche de l’idéal amoureux, la séduction pourrait entretenir la relation amoureuse. Car peut-on imaginer un amour sans séduction ? Et si oui, cela ne ressemblerait-il pas à un roman de Barjavel où les relations amoureuses sont institutionnellement décidées, sans séduction, et par là-même sans désir ? On fait l’hypothèse que pour être efficace dans la relation amoureuse, la séduction doit être ignorée, sans calcul.

 En conclusion, citer Sören Kierkegaard n’est pas sans pertinence, étant le seul à avoir longuement thématisé et développé la question de la séduction dans une démarche philosophique. Au sujet du Don Giovanni de Mozart, il écrit : « Son désir est sensuel, il séduit par la puissance démoniaque de la sensualité et il séduit toute femme. La parole, la réplique ne lui appartiennent pas… Il n’a pas, en somme, d’existence propre, mais il se hâte dans un perpétuel évanouissement – justement comme la musique… » (dans les premiers chapitres de « Ou bien Ou bien » ou intitulé par ailleurs « L’alternative »).

 Anne Roussel, dans sa conclusion, en reviendra à l’origine culturelle, au chapitre de la Genèse du Pentateuque : « dans le ballet de la séduction, est rejoué le péché originel ».

Pour Métaphores, David Pourille

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26 mars 2016

Résumé Atelier-philo du 04/05/16 - Que vise la politique ?

Atelier-philo

L' Atelier-philo s'est déroulé le mercredi 04 mai à 18h45 au café-restaurant "Un dimanche à la campagne", Allée Alfred de Musset, face au parc Beaumont à Pau pour aborder la question suivante : 

Que vise la politique ?

Actualité de Machiavel, Hobbes et Rousseau

Nous avons accueilli à cette occasion Marie-Pierre Carcau, ancienne élue locale (13 années) et philosophe de formation, spécialiste de Hobbes et de Hannah Arendt. La soirée fut animée conjointement par Didier Karl, professeur de philosophie, vice-président de l'association Métaphores. Les deux animateurs ont présenté les enjeux à travers deux interventions de vingt minutes chacune avant de donner la parole au public pour une discussion ouverte et problématisée. Cet atelier a eu, plus qu'à l'accoutumée, une exigence de formation philosophique, l'accent étant volontairement mis au départ sur des théories politiques majeures dont nous avons interrogé la portée et la signification pour notre temps. 

         La politique concentre aujourd'hui et peut-être plus que jamais des enjeux contradictoires. D'un côté, la classe politique semble faire l'objet d'un profond discrédit et d'un désintérêt croissant de la part des citoyens, mettant à mal le sens de la représentation et la vitalité attendue par une démocratie active ; de l'autre, l'idée politique reste attachée à des passions fondamentales, à des contenus profondément ancrés dans la psyché qui mettent en jeu le rapport de l'individu au vivre ensemble, la question du sens et de la visée du pouvoir politique, l'expression raisonnée et contradictoire des opinions, le destin du pays. Le rapport des hommes à la pratique comme aux idées politiques est tout sauf évident. L'objectif de cette soirée consiste à revenir sur ces questions essentielles et sur les finalités de la politique en partant de trois théories philosophiques fondatrices dont nous esquisserons rapidement les contours.

         Avec Machiavel, Hobbes et Rousseau, nous nous demanderons s'il faut réduire la politique à de pures stratégies de conquête et de maintien au pouvoir, à des techniques dont les institutions seraient paradoxalement les garantes. Ou bien, est-il encore concevable de penser et de définir des Idées politiques comme autant de finalités acceptables pouvant prendre la figure, peut-être désuète, d'un "bien commun" ? (DK)

 

Résumé de la soirée : 

 I)            Machiavel : le politique comme technique de régulation

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           C'est en procédant à une étude des enjeux politiques développés dans le Prince par Machiavel que la question de "la gestion des affaires humaines", pour reprendre l'expression d'Hannah Arendt, prend tout son sens. Contrairement aux apparences, la politique est d'abord une pratique dissimulée, cachée, une "cuisine" dont la stratégie et les ingrédients véritables n'apparaissent que rarement et qui vise autant que faire se peut, la stabilité du corps social et la régulation des passions et des appétits qui les motivent. Les outils du pouvoir politique sont de l'ordre du langage, de la mise en scène et de l'image car le prince ne peut échapper à la représentation, ce qui constitue les manifestations extérieures de "l'agir politique". Ces techniques ne suffisent pas. Il leur faut un élément crucial d'articulation qui lie les éléments précédents à une conscience des enjeux : c'est "la vérité effective de la chose", l'art de voir la réalité humaine, le monde et les intérêts qui l'animent non pas à partir des valeurs attendues mais tels qu'ils sont. Avec Machiavel, il ne s'agit pas de rêver l'homme et de soumettre la politique aux caprices de l'imaginaire comme aux exigences folles de la morale mais de l'appréhender anthropologiquement en supprimant les lunettes mentales qui empêchent de « voir la réalité nue et sans voile » (Bergson).

il nous a semblé utile de rappeler 3 points essentiels : 

1)    La politique est conscience de la guerre et la guerre est partout - même dans la paix, sous la forme d'une conflictualité latente qui cherche à s'exprimer par tous les moyens. La société est tout sauf homogène. Il est rappelé que Machiavel est le premier penseur d'une "lutte des classes" parce que les Grands, le Prince et le Peuple n'ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes objectifs. Toute la subtilité du jeu politique réside dans la prise en compte de ces intentionnalités contradictoires à laquelle s'ajoute une défiance spontanée vis-à-vis des hommes en général qui sont "toujours prêts à user de leur méchanceté sitôt qu'ils en trouvent l'occasion." Autant dire qu'il n'est pas simple de gouverner.

2)    De plus, le jeu ne se joue pas à trois mais à quatre. Machiavel place sur l'échiquier politique "fortuna", "ce qui ôte ou donne aux hommes l'occasion d'agir", autrement dit, le hasard comme puissance naturelle imprévisible, capable de tout dévaster : sécheresse, inondations, crise soudaine, autant d'aléatoires qui viennent perturber voire menacer la partie. Tout homme politique sérieux doit envisager la fortune dans sa stratégie selon l'adage bien connu, "gouverner c'est prévoir". Et, en politique, il s'agit de prévoir le pire.

3)    Les qualités et les vices sont parfaitement interchangeables sur le plan politique. Leur valeur propre se mesure à leur efficacité dans une circonstance donnée. La morale ne soumet plus la politique. Celle-ci s'affranchit du devoir pour viser le pragmatisme et l'utilité. Ce qui détermine l'usage de la cruauté ou du mensonge, de la générosité et de la vérité, c'est "la qualité des temps" et le sens de l'opportunité (le Kaïros). La politique est amorale (pas d’immoralisme chez Machiavel), tel est le sens du machiavélisme.

En somme l'art politique (la virtù) se mesure à la seule efficacité face au défi de la stabilité du corps social. Que vise la politique ? Avec Machiavel, moyens et fin sont inséparables de sorte que : "qui veut la fin veut les moyens",  ou encore « si le fait l’accuse (le prince), le résultat l’excuse ». Voilà toute la politique. 

 

II) La politique : sécurité et/ou liberté ?

Marie-Pierre Carcau est ensuite intervenue pour présenter d’une part la modernité de Hobbes et de l’autre, quelques éléments du projet de Rousseau. Concernant le philosophe anglais, quatre points ont été avancés :

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1)    L’affect principal qui détermine la nécessité politique est la peur. Le pacte social naît pour l’auteur du Léviathan d’une angoisse de la mort. L’Etat moderne résulte de cette angoisse dans l’objectif de mettre fin à « la guerre de tous contre tous et de chacun contre chacun » qui caractérise l’état de nature.

2)   C’est pourquoi le pouvoir doit être fort. Sa force est liée à un dessaisissement, à un abandon de la souveraineté individuelle pour constituer la souveraineté absolue de l’Etat. Dans cette configuration, il n’y a pas de citoyen mais seulement des sujets. La politique n’est donc pas un exercice collectif mais un renoncement à une liberté naturelle dangereuse pour tous comme pour soi. Cependant, l’individu ne renonce pas à tout car il existe des « droits inaliénables » comme le droit à la vie, à la mobilité et à la jouissance de ses biens que le souverain doit garantir.

3)    Le pacte social donne naissance à une entité qui pose le problème de la décision en matière politique. Faut-il concevoir l’action politique comme un arbitraire pur ? Quelle place pour des conseillers ? Quelle place pour le peuple ? La politique n’est-elle pas le lieu où s’exerce paradoxalement un pouvoir rationnel (légal selon Max Weber) sur un fond d’irrationalité théocratique (on peut penser à certains pouvoirs monarchiques des présidents français) ?

4)   Enfin, la visée politique s’incarne dans une valeur primordiale : la sécurité. « Salus populi ultima lex ». Le pouvoir ne tire sa légitimité que dans la mesure où il répond à l’angoisse de la mort par une neutralisation des passions humaines. Ainsi, se pose tout l’enjeu contemporain du rapport entre sécurité et liberté. Dans la perspective de Hobbes, l’individu est une menace potentielle que l’Etat a pour tâche de désamorcer. C'est au nom de la sécurité que le pouvoir surveille l'individu toujours suspecté d'être malveillant. On place des caméras partout dans les villes, on surveille internet, on infiltre les manifestations etc. On peut penser ici aux analyses de Deleuze et de Foucault relatives aux sociétés de contrôle et de surveillance. Jusqu'où la sécurité peut-elle pénétrer l'espace public et privé ?

Rousseau répond point par point aux enjeux précédents.

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1)     Pour Rousseau, l’insécurité est d'abord construite socialement. Elle est un fait social lié à une forme de perversion de la loi au service de la force ou de vils intérêts. La passion illimitée d’accumulation de richesses (hybris) en est aujourd’hui un exemple patent. On légifère sur tout mais pas sur les limites de l'enrichissement. L’hypothèse de l’état de nature ne peut donc pas servir de justification pour une politique sécuritaire et autoritaire d’autant qu’on peut imaginer un homme parfaitement indéterminé à l’état naturel, ni bon ni méchant, amoral et indifférent aux passions que les institutions encouragent dans leur dérèglement.

2)     Au pacte, on préfèrera un contrat, plus rationnel et non plus lié à la peur ou à l’angoisse, comme affect négatif. La politique est un fait rationnel positif qui repose dans le Contrat social, non pas sur un dessaisissement mais sur la compréhension active d’un intérêt général. Il n’y a donc plus de sujets mais des citoyens soucieux de définir ce qui vaut pour tous et qui échappe à l’intérêt privé, à l’image d’une sécurité sociale universelle, d’une retraite garantie, d’une éducation nationale, d’une santé publique, d’une loi au service d’un bien commun.

3)    Dans ce cadre, la citoyenneté est active, dynamique et inaliénable. Comment penser aujourd’hui la mise en œuvre d’une extension citoyenne qui ne s’accommode plus de la privatisation du champ politique, de sa confiscation par des « professionnels » ou des « experts » ? Comment sortir de la flatterie, de la séduction et de la démagogie lorsque les pouvoirs sont le fait d’une représentation qui représente des intérêts privés ou partisans ?

4)     En ce sens, avec Rousseau, la liberté est le bien le plus précieux, à condition d’entendre sous ce terme un acte de raison par lequel le citoyen obéit à des lois qu’il veut parce qu’elles sont au service de l’intérêt général et non au service de quelques corporations ou classes particulières. Mais pour parvenir à cette compréhension de la chose publique (république), il faut une éducation à la citoyenneté, un acte inaugural de correction des passions et d’élaboration de certaines idées régulatrices sans lesquelles la politique se dissout dans le règne de la force cherchant partout à se faire passer pour le droit. Et nous savons que la force est d'abord du côté de ceux qui ont les moyens de l'exercer (le Prince et les Grands : classe politique et les conseillers, la médiacratie, les partenaires et soutiens économiques, les financiers etc.). 

 

III)      Quelques éléments de discussion

 La discussion fut très riche et il est impossible d'en rendre compte de manière exhaustive. Quelques remarques et questions de fond :

-  Si les Etats recherchent prioritairement la sécurité, pourquoi ont-ils tous tendance à pratiquer l’expansionnisme en courant le risque de leur propre destruction ? N’est-ce pas qu’en réalité, l’Etat serait encore l’expression d’une passion dissimulée sous le voile de sa rationalité apparente ? La sécurité civile s’accommode assez bien d’un accroissement de la richesse et des biens par capitalisation, lesquels servent en retour à sécuriser les risques. On peut comprendre pourquoi il y a politiquement des guerres utiles, au service d’une sécurité dans le rapport à la « fortune ».

-   Si l’Etat cherche à maintenir le corps social dans une unité à partir d’un pacte ou d’un contrat, on peut interroger la réalité de ces opérateurs politiques. Où se trouve ce pacte ? Où est le contrat ? Qui a signé pareilles déclarations ou textes fondateurs ? Nous aurions alors affaire plus à des mythologies modernes liées à la naissance des Etats qu'à des réalités historiquement datées. De même, le citoyen n'est-il pas qu'une abstraction ? La discussion se prolonge en soulignant le caractère moral et implicite de ces opérations attendues par la vie en commun et l'organisation politique.

-   De fait, c’est l’origine même de la loi qui est interrogée. N''obéit-on pas à la loi d’abord parce qu’elle est loi et non parce qu’elle est juste ? Montaigne est convoqué pour rappeler « le fondement mystique de l’autorité » et du pouvoir dont la nature ultime est insaisissable et sans réalité tangible.

-  Que peuvent la politique, la loi et le droit face aux intérêts capitalistes mondialisés, face à la finance lorsqu’on sait que certaines multinationales pèsent plus par leurs richesses que des Etats constitués ? Faut-il pour autant renoncer à la mise en œuvre du droit, de la loi et des principes de justice qui sont censés les accompagner ? Le point de vue de l'avocate présente est ici intéressant pour rappeler certains éléments fondateurs du droit et leurs applications effectives sur le terrain judiciaire. La politique permet encore de lutter contre la violence et les passions à condition de s’en donner les moyens et de souligner la nécessité du courage dans des domaines où la corruption est évidemment une tentation forte. La loi, comme le soutient Hegel, est la position du tiers, seule capable de mettre fin aux conflits, à la vengeance ou à la perversion des relations. Renoncer à la chose publique, n'est-ce pas renoncer à la loi commune qui protège malgré tout et donne à méditer le sens de la liberté ?

-  La discussion s’achève sur un enjeu passionnant, celui de la définition d’une « sagesse politique du lâcher prise ». Ici, l’œuvre politique se confond avec une démarche profondément éthique en ce sens où elle pratique un non-agir créatif, respectueux de la dynamique des flux, des saisons, de la nature et des choses qui se font d’elles-mêmes sans requérir la moindre volonté. Mais une telle politique est évidemment le fait du sage. Et il n’est pas sûr que notre époque soit sensible à cette sagesse de l’impermanence qui a, quoiqu’on en pense, toujours le dernier mot…

Merci à Marie-Pierre et à tous les participants pour cette soirée d'une haute tenue philosophique. N'hésitez pas à prolonger la discussion ci-dessous dans les commentaires.

Pour Métaphores, DK

 

 

 

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13 janvier 2016

Résumé de l'Atelier-Philo du 02/03/16 : technosciences et anthropologie

Atelier-philo

  L' Atelier-philo du mercredi 02 mars 2016 s'est tenu pour la première fois au café-restaurant "Un dimanche à la campagne", Allée Alfred de Musset, face au parc Baumont à Pau (entrée est libre et gratuite) autour du sujet suivant :

 

 L'invasion des technosciences produit-elle une nouvelle humanité ?

 Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Marion Bussy, professeure de philosophie, titulaire d'une maîtrise en anthropologie pour engager un dialogue entre ces deux disciplines (philosophie et anthropologie)La soirée fut conduite et animée par David Pourille, philosophe et Président de l'association Métaphores, et notre invitée. Après deux interventions d'une quinzaine de minutes, nos animateurs référents ont lancé une discussion passionnante avec le groupe présent.

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           Lorsque Heidegger analyse ce qu'il appelle le nihilisme contemporain sous la forme de "l'arraisonnement de la nature" par la technique (voir l'apéro-philo consacré à la nature), il ignore jusqu'à quel point le processus technologique va se poursuivre et infiltrer peu à peu tous les espaces de vie et toutes les relations humaines. Avec l'extraordinaire développement de l'internet, des nouvelles technologies de l'information mais aussi la prolifération des puces électroniques, des programmes d'intelligence artificielle, c'est non seulement l'ensemble des conditions fondamentales du vivre ensemble mais aussi les organismes qui sont affectés et possiblement modifiés. Au-delà de la nature, l'homme lui-même fait désormais l'objet d'un arraisonnement par la technologie. Comment penser ce renversement ? Jusqu'à quel point les technosciences peuvent-elles transformer ce qu'on appelle l'humanité ? Quelles significations et quelles perspectives lorsqu'avec le "transhumanisme" se profile la construction d'un nouvel homme (mi nature mi machine) susceptible de déjouer les frontières du vivant ? (pour Métaphores, DK)

Atelier-philo du 02 mars 16

 Résumé de la soirée :

L’approche de Marion développe le sujet tout d’abord à partir de la philosophie puis à partir d’une réflexion sur l’humain et ses caractéristiques sous l’impact des technologies.

Platon a réintroduit le mythe de Prométhée : l’homme obligé de devenir technicien pour survivre. Après lui, Aristote pensera la main comme condition de tous les autres outils, la main est « l’outil qui tient lieu de tous les autres ». On peut donc penser que l'homme se prolonge lui même par son savoir mis en œuvre par sa technique au service de sa survie.

Que dire sur cette humanité sinon se demander si elle n’est pas caractérisée par cette plasticité qui fait de l'homme l'animal le plus adaptable ? Le fait est que grâce à la science et à la technique l'homme a colonisé tous les continents et toutes sortes de milieux de vie. Mais le problème des technosciences reste la fin à laquelle on les emploie. Elles permettent d'accroitre notre pouvoir d'action, d'étendre notre liberté, de nous affranchir de l'urgence du besoin… De plus, cela ne va pas sans poser de problèmes, et déjà Rousseau disait que notre technique nous rend dépendant et nous affaiblit car nous avons l'habitude de nous reposer sur la force de nos outils. Jusqu'où peut aller la transformation de l'homme?

La seconde approche a consisté à présenter l’enjeu de la question à partir des technosciences et de l’ampleur de leurs applications ainsi que des espoirs qu’elles suscitent.

Si les sciences ont été depuis très longtemps associées, l’heure actuelle se caractérise par une sorte de suprématie des applications concrètes faisant des sciences, des savoirs organisés, des moyens d’accroissement des technologies. Les technosciences sont les nanotechnologies (modifications moléculaires dans l’infiniment petit), les biotechnologies (modifications des bases génétiques du vivant), l’informatique (qui va au-delà de la bureautique dont on se sert quotidiennement) et du « cognitif » (toutes les études sur le cerveau…). Outre leur développement illimité, c’’est leur convergence ou leur complémentarité qui est vivement recherchée, et ce dans le but de créer une intelligence artificielle du vivant qui augmentera ses potentialités, jusqu’à vaincre sa mort. Il s’agit bien là d’une nouvelle finalité pour l’humain qui remet en question les caractéristiques qu’on lui attribuait traditionnellement. Mais est-ce seulement nouveau ? Et surtout possible ?

 La discussion a d’emblée questionné cet humain ou cette humanité dont on parle si facilement : s’agit-il de l’ensemble des individus ou des caractéristiques communes qui nous permettent de vivre ensemble ? Puis elle a souligné à travers plusieurs interventions les aspects idéologiques, politiques et économiques des technosciences au vu des pouvoirs médiatiques, étatiques et financiers qui prennent part à leur développement.

Il ne s’agit plus d’une énième innovation technologique, d’autant que « l’invasion » s’impose dans les faits de manière massive, de sorte que c’est une révolution anthropologique qui se présente à notre époque. Et cette influence de la Technique produit un nouveau mode symbolique.

De plus, ces révolutions suscitent de l’inquiétude ; non pas seulement une inquiétude quant aux conséquences profondes, inconnues et sans doute irréversibles, mais une inquiétude diffuse. Néanmoins, une voix nuance cette inquiétude en soulignant la chance d’adaptations nouvelles que permettent les technosciences.

Enfin, il semble convenir de ne pas oublier de distinguer ce que sont une technique, des techniques, la Technique, les technologies et les technosciences. Ainsi une technique n’est pas tant un objet qu’un mode de penser, un processus d’intelligence qui fait la condition humaine. Or certains processus d’intelligence semblent s’effacer derrière l’usage de certains outils technologiques : ne plus savoir compter à cause de l’usage de calculatrice par exemple.

 A la reprise de la discussion, on vise ce qui change réellement : tous les savoirs rendus accessibles grâce aux moyens de communication et de diffusion actuels, le temps qui devient plus immédiat, et la possible connexion de cerveaux entre eux par le biais d’ordinateurs d’un nouveau genre. Des conséquences se dessinent alors sous l’effet des technosciences : fin de la singularité et entrave des libertés car qui choisit les finalités de ces applications et de ces usages ? Pas le sujet individuel visiblement.

Pour pondérer les risques d’altérations irréversibles de l’humain, on peut douter de la réalité de ces applications promises. Toutes ces promesses des technosciences, c’est-à-dire la paix universelle, la fin des maladies voire de la mort elle-même, et avec ces promesses les aspirations des Transhumanistes qui veulent « augmenter » techniquement l’homme, semblent plus idéologiques que réalistes. Et cette idéologie d’un homme-machine augmentable techniquement risque d’achopper à la réalité du vivant, à sa singularité et sa contingence constitutives. Enfin, car avant les compétences permises ou espérées, certains désirs ou besoins vitaux ne paraissent pas pouvoir être comblés par les machines. C’est peut-être là que réside l’humain, dans la singularité de sa condition contingente.

En guise de conclusion de ce résumé, on pensera à la célèbre citation de Blaise Pascal : « l’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ».

 DP pour Métaphores

 

L'association Métaphores tient à remercier tout particulièrement l'équipe du "Dimanche à la campagne" pour la qualité de son accueil, sa convivialité, son sourire et la mise à disposition de la salle située à l'étage pour la bonne tenue de l'activité. Nous avons été nombreux à rester diner afin de prolonger chaleureusement la soirée dans des locaux très agréables. Ce fut un excellent moment qui devrait permettre d'en annoncer d'autres tout autant prometteurs.

 

 

 

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29 octobre 2015

Atelier-philo du 30/11/15 : Montaigne et Tchouang tseu

Atelier-philo

L'Atelier-philo s'est tenu le lundi 30 novembre 2015 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa). Nous avons eu la joie d'accueillir à cette occasion Jean-Yves Pouilloux sur le sujet suivant :

  Montaigne "à la façon de Tchouang tseu"

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        "Montaigne, esprit remarquablement éveillé, mal reçu chez les "littéraires" et pas très bien chez les "philosophes", a eu le privilège très rare d'être souverainement libre, ce privilège n'a pas été seulement donné, mais durement (parfois) conquis, la liberté de penser a toujours inquiété les conformismes (les Essais ont été mis à l'Index pendant plus de 200 ans). Sa présence à soi et son actualité me suggèrent de le rapprocher du sage taoïste Tchouang-Tseu, avec lequel je crois voir de nombreux points communs. Pour mémoire, je cite le passage: "Quand je dance, je dance; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses et nous y convie non seulement par la raison, mais aussi par l'appétit (=le désir): c'est injustice de corrompre ses règles".     JY P

                                                                   

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         Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). Il est l'auteur de Montaigne, l'éveil de la pensée (Honoré, Champion, 1995), et, en collaboration avec Françoise Arzod-Dutard, de Essais, Livre III, Montaigne (Armand Collin, 2002). 

         

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19 octobre 2015

Résumé de l'Atelier Philo du 28/10/15 : Education et soumission

Atelier-philo

 

L'Atelier-philo s'est tenu le mercredi 28 octobre 2015 exceptionnellement à l'ITS (Institut du travail social, Pierre Bourdieu) à Pau autour de la question suivante :

"Peut-on éduquer sans soumettre ?

L'association Métaphores, sous l'impulsion de son Président, David Pourille, a animé cette 
soirée Philosophie et éducation en compagnie de Pierre Castera, éducateur spécialisé.
Plus de 50 personnes ont participé à ce moment, riche d'échanges et d'idées.
Nous tenons à remercier l'ITS pour l'accueil de grande qualité qui nous a été réservé.

Spéciale ITS

Résumé de la soirée :
L’objectif de l’atelier étant de croiser la réflexion philosophique avec d’autres 
champs de réflexion ou de pratique, Pierre Castera a d’abord pris la parole pour
traiter de la question posée en tant qu’éducateur spécialisé. Développant la
relation éducative qui viserait à aider l’autre à s’épanouir et se développer,
il a souligné le paradoxe de cette relation et de sa visée avec des soumissions
parfois nécessaires. Cette injonction paradoxale se nuance néanmoins par le fait
que l’on n’y soumet pas la personne aidée à soi-même, à sa propre puissance,
mais à des règles, voire à des mesures de protection. Or, si l’éducateur transforme
l’autre en vue de la citoyenneté, alors comment échapper à la soumission ?
  Lors de l’exposé du point de vue de la philosophie, a été largement souligné
que c’est le même paradoxe que rencontra par exemple E. Kant. Celui-ci fixa
à l’éducation une finalité ultime qu’est la liberté, liberté permise par l’instruction,
tout en lui ajoutant une nécessaire soumission à la discipline. Et effectivement,
les relations asymétriques constatées de fait dans les relations éducatives
ou d’enseignement semblent légitimer les corrélats autorité et soumission.
   Le public a pris la parole à partir des questions proposées suivantes : 
dans un premier temps 1/ quels types de relations autres qu’asymétriques
et de soumission peuvent exister ? 2/ qui se soumet à qui, à quoi,
dans quels buts ? et dans un deuxième temps 3/ existe-t-il des critères
d’une éducation réussie ?
   Il est impossible de restituer toutes les prises de parole tant elles 
étaient nombreuses et enrichissantes pour le débat. Dans le premier temps,
très vite est abordé et développé l’exemple de la pédagogie institutionnelle.
Plaçant les enfants au centre de processus de décisions, l’autorité est
transférée au groupe et n’est plus l’exclusivité de l’enseignant qui conserve
une fonction de régulation et de prévention d’éventuels dangers. L’école
anglaise de Summerhill est évoquée aussi pour son exemple de vie éducative
où l’autorité, et encore plus l’autoritarisme, sont écartés. Car l’enfant n’est
pas un ignorant ; il détient des savoirs dont il n’a pas lui-même conscience.
  Les relations asymétriques ne doivent donc pas occulter des relations 
symétriques possibles. Néanmoins, l’évocation d’Hannah Arendt et de ses
critiques du pédagogisme ruinant l’autorité comme les savoirs, puis la
critique par un participant d’une éducation centrée sur l’écoute de l’ego
de l’enfant, fournissent des objections dans ce débat non consensuel.
Enfin, pour d’autres, l’autorité, loin d’être tant évacuée que réduite à l
’autoritarisme, peut ou doit être conservée tout en requérant de la
confiance et des rapports de réciprocité.
  Lors du second temps, c’est bien la question des finalités de l’éducation
qui conduit le débat. Elles sont doubles: la finalité est d’abord de socialiser
puis d’individualiser. Ces deux phases sont à combiner si l’on veut prétendre
à une éducation réussie. Or le maître fait aussi croître et « s’augmenter »
celui que l’on nommera l’éduqué. Il y aurait une force agissante dans
l’individu, ou encore un élan vital. Or cela concerne autant l’éduqué,
l’apprenant, que le maître qui est un magister et non un dominus, un dominant.
Et ce maître peut se penser lui-même comme s’élevant aussi. S’il semble se
créer un consensus dynamique et argumenté autour de l’éducation comme
facteur de croissance, est mentionnée plusieurs fois la nécessité du tiers
tant la relation éducative ou d’enseignement, asymétrique ou non, de nature
dyadique de surcroît peut être dangereuse, et ce tiers sera à chaque fois
différent. Enfin, revenant sur la question des finalités, la soirée s’est terminée
sur la nécessité d’un débat public sur la question du partage de celles-ci au
sein de la société.
 J’ajouterai pour conclure que dans les écrits de Montaigne on peut trouver 
une solution au problème initial, à savoir le paradoxe discipliner/soumettre pour
libérer, en ce que celui-ci adopte une posture modérée : s’adapter à l’enfant,
le faire agir, lui ouvrir une voie ou lui laisser la découvrir, et surtout, le laisser
penser, juger, goûter les différents éléments d’expériences et de savoirs issus
tant de la vie que des livres. Et le critère d’une éducation réussie est pour
Montaigne le témoignage par la vie même de celui qui a appris, et non la
restitution des connaissances mémorisées. Car le but et la réussite ultimes
de l’éducation, loin de la seule performance technique, c’est une vie humaine
faite de liberté et d’excellence.
 Pour "Métaphores", DP
 


Pour en savoir plus sur l'activité Atelier-philo, cliquez ici.

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04 mai 2015

Résumé de l'Atelier-philo du 20/05/15 : libertés et économie

Atelier-philo

 

L'atelier-philo animé par David Pourille s'est tenu au bar le Van Gogh (15 rue Latapie à Pau) mercredi 20 mai à 18h45. Il s'est agi de faire dialoguer pour cette troisième séance la philosophie et l'économie. Nous avons eu le plaisir d'accueillir à cette occasion, François-Xavier Fonséca, doctorant en économie, pour aborder le sujet suivant : 

Quelles libertés sous l'impact des marchés économiques aujourd'hui ?

         Seize personnes ont participé à cet atelier aux échanges riches et dynamiques. Après une brève présentation par les deux co-animateurs, le public s’est largement prononcé en faveur d’un déclin de nos libertés face aux marchés et aux agents économiques.

     François-Xavier a présenté les marchés comme des réseaux de contrats entre agents économiques, réseaux qui peuvent s’étendre à des zones de libre-échange comme l’union économique et monétaire européenne. Au sein de ces marchés, l’arbitrage, comme faculté de faire des choix économiques rationnels, témoignent de l’existence de libertés. Néanmoins, l’ampleur des marchés créant des superstructures de marchéisation, les agents économiques eux-mêmes peuvent percevoir ces composantes économiques comme des entraves à leurs libertés. En somme, des libertés économiques peuvent constituer des structures réduisant rétroactivement ces mêmes libertés économiques.

        Le co-animateur « philosophe » et auteur de ce résumé a présenté les marchés, ces lieux de rencontre entre vendeurs (l’offre) et acheteurs (la demande), comme une interaction d’agents économiques concrets, les entreprises, ayant pour finalité commune la rationalisation de la maximisation des profits. En outre, ces marchés, avec leurs buts et leurs normes propres (l’intérêt privé), tendent à supplanter le pouvoir politique (l’intérêt général) de par leur pouvoir d’actions et d’influences sur les décideurs politiques. Or ceci pose un problème majeur car le pouvoir politique (et judiciaire) a lui-seul la légitimité (du moins dans les textes constitutionnels) d’imposer les lois qui garantissent les libertés de chacun ; que ces libertés soient de créer, contempler, agir, investir, modifier son environnement ou encore sa propre vie… En somme, le pouvoir politique qui garantit les libertés par la loi n’a plus, ou de moins en moins, le pouvoir.

      Dès lors deux questions ont été proposées : tout d’abord « que deviennent nos libertés dans ces conditions ? », ensuite « quelles nouvelles libertés peuvent être inventées ? » ; le but de l’atelier étant, au-delà de l’échange d’idées et d’arguments, d’inviter les participants à devenir force de propositions ou de solutions concrètes.

       A la première question, un très large consensus s’est imposé sauf pour deux personnes. Les prises de paroles ont affirmé, à des degrés différents, tant l’affaiblissement voire la disparition du pouvoir politique face au pouvoir économique, que l’affaiblissement de notre possibilité de choisir voire la disparition de nos libertés. A été affirmée aussi la disparition de la place de l’homme sous la domination de la recherche du profit. Les causes de ces phénomènes se situeraient historiquement dans la chute du bloc communiste qui a laissé place libre au capitalisme, et, idéologiquement dans une bataille d’idées et de jeux de langage visant à faire croire que l’économie libérale a triomphé et est seule à pouvoir réussir. Les objections ont porté sur la permanence du pouvoir politique par les législations qu’il produit : code du travail, normes de production standardisée européennes, droits internationaux…

      A la seconde question, plus brièvement développée, le public a répondu en explorant des domaines où les marchés ne peuvent pénétrer et en trouvant des moyens de réaffirmer les libertés individuelles. Dans le domaine social, l’humain ne semble pas quantifiable et pouvoir répondre à une loi concurrentielle de l’offre et de la demande. En outre, pour réaffirmer les libertés, il faudrait reconquérir un pouvoir dissuasif qui échoit aux peuples ; se ressaisir du vote ; dire non aux spéculations sur ce qui est vital à la vie humaine. Enfin, l’auteur de ces lignes a proposé en conclusion une invention de nouvelles libertés par la repossession du temps de non travail (l’otium, le temps de liberté) afin d’être créateur hors du système de marchéisation, car « partout où il y a la joie, il y a création ; plus riche est la création, plus profonde est la joie », - Henri Bergson.

      Nous tenons particulièrement a remercié François-Xavier Fonseca de sa présence et pour ses participations aux débats qui ont permis d’éclaircir un thème si complexe. 

                   Pour Métaphores, DP

 

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10 février 2015

Résumé de l'atelier-philo du 17/03/15 : Sur l'oeuvre d'art

Atelier-philo

 

           L' Atelier-philo s'est tenu le mardi 17 mars 2015 à 18h45 au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou) à Pau. A cette occasion,  la philosophie et l'art ont dialogué autour du sujet suivant :

A-t-on besoin de comprendre une oeuvre d'art pour l'apprécier ?

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        L'animateur-philosophe, David Pourille a reçu Bernadette Charpentier, artiste plasticienne pour interroger dans le cadre d'une discussion ouverte les enjeux du sujet et inviter le groupe à réfléchir sur cette question. 

         Comme il est convenu de le faire dans un atelier, la présentation de la question s’est contentée d’analyser les termes et de soumettre au public quelques questions comme pistes de réflexions possibles. Ainsi, comprendre, qui n’est pas expliquer, consiste-t-il à acquérir une signification, un sens, à cerner une conclusion (« j’ai compris, ou non, son explication » entend-on…). Apprécier a une double utilisation : on apprécie un prix (c’est une évaluation), on apprécie une personne (c’est une estimation). Mais que viennent faire ces verbes comprendre et apprécier dans le rapport à l’œuvre d’art ? Surtout que vient faire comprendre, qui relève de l’activité intellectuelle, avec l’œuvre d’art, qui relève ou relèverait de la sensibilité, et l’estime qu’on peut lui porter ? C’est l’ensemble des relations possibles à l’œuvre d’art qui sous-tend la question.

 I)        Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? C’est ce qui est essentiellement inexplicable et non reproductible développe Kant dans sa Critique de la faculté de juger. Si ces critères s’avèrent intéressants et utiles pour distinguer ce qui est une œuvre d’art de ce qui ne l’est pas, ils s’avèrent insuffisants pour déterminer ce qu’est une œuvre d’art de manière exhaustive, et surtout pour trouver des « airs de famille » entre elles, si diverses. D’ailleurs, le problème de la nature de l’œuvre d’art est réapparu à plusieurs reprises lors de la soirée.

                 Une tendance forte a largement dominé les échanges, celle d’un rapport direct et spontané à l’œuvre d’art, sans médiation de la connaissance ou de quelque compréhension que ce soit. Car le rapport à celle-ci appartiendrait à l’ordre de l’émotion, et non de la connaissance. D’ailleurs, cette émotion, dite esthétique, n’est pas n’importe quelle émotion ; une émotion qui serait plus profondément encore une expérience à part entière, voire une jouissance esthétique. Cependant l’effet d’une œuvre d’art sur le spectateur ne se limite pas à l’émotion : elle manifeste une dimension active ou activante, elle mobilise chez lui une possibilité d’action. Plus rares ont été les points de vue d’un rapport plus intellectuel à l’œuvre qui pourrait augmenter l’émotion que l’on ressent. Une question posée apporta un contraste intéressant à ce rapport spontané dominant : « une œuvre d’art laissant indifférent cesserait-elle d’être une œuvre d’art ? ».

             Étonnamment, selon l’animateur qui rédige ces lignes, la complémentarité des deux approches n’a pas trouvé son expression, ni même celle du fait que plusieurs rapports différents à une œuvre d’art puissent exister, indépendamment ou simultanément.

  II)        Et du point de vue de l’artiste ? Bernadette, artiste plasticienne, a su avec autant d’authenticité et de simplicité présenter son expérience de créativité en évoquant le travail de l’artiste d’où émane une œuvre qui n’a pas de fin en soi. Le travail de l’artiste fermente un matériau pour restituer une expérience ou une rencontre avec le monde.

              Pour conclure – non pas sur la question mais sur la soirée, les avis, points de vue, idées et conceptions des participants ont pris corps dans une parole collective qui a su évoquer et développer l’émotion esthétique, l’expérience esthétique ; ceci tout en parvenant, le plus souvent, à argumenter, s’affiner, se corriger et s’enrichir…

                 

              Pour Métaphores, DP

 

          

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