Atelier-philo 2

L' Atelier-philo du mois de janvier s'est tenu le mardi 30 à 18h45 au  "Dimanche à la campagne". Cette soirée libre et gratuite, fut consacrée au thème de la reconnaissance en compagnie de Pierre Bernet, docteur et professeur de philosophie, spécialiste de Hegel. La soirée fut animée par David Pourille, président de notre association Métaphores. Après une analyse de la reconnaissance chez Hegel par notre invité, l'animateur proposa un prolongement théorique à partir des thèses de Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance), philosophe et sociologue allemand contemporain.  

"Reconnaître un enfant, reconnaître ses torts, reconnaître les faits ou reconnaître le mérite de quelqu’un, …, la reconnaissance est vraiment polymorphe. Pour autant, nos sociétés aujourd’hui sont traversées par un souci de reconnaissance, de soi, déjà, mais aussi des communautés auxquelles on appartient, qu’elles soient ethniques, linguistiques, sexuelles ou autres." (Pierre Bernet)

Résumé de la soirée :

La reconnaissance devient aujourd’hui un thème d’analyses socio-politiques de plus en plus courant. Les revendications sociétales à la reconnaissance remplaceraient, selon André Gorz, les luttes de classes ou leurs revendications. Reconnaissance de quoi ? Reconnaissance de qui ? Ce thème a été inauguré par le philosophe allemand G.W.F. Hegel au début du XIXème siècle et est devenu le thème principal des réflexions philosophiques d’un autre philosophe allemand, contemporain, Axel Honneth.

Résultat de recherche d'images pour "hegel"Hegel, La Phénoménologie de l'esprit

Pour le premier, Hegel, la reconnaissance est l’objet d’une lutte entre deux figures, l’un a la maîtrise sur l’autre, cet autre demeurant dans la servitude. A tort nommée la dialectique du maître et de l’esclave (traduisant mal le mot allemand qui renvoie plutôt à la servitude), cette dialectique est une lutte au risque de sa vie. Les deux figures luttent pour l’accès à la liberté. « L’individu qui n’a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne ; mais il n’a pas atteint la vérité de cette reconnaissance d’une conscience de soi indépendante » écrivit Hegel dans sa Phénoménologie de l’esprit (1807).

Axel Honneth s’inscrit dans cette philosophie dialectique et agonistique. Dans son ouvrage La lutte pour la reconnaissance (1992), il structure trois processus de reconnaissance : affective, l’amour ; juridique, la responsabilité ; sociale voire éthique, les capacités et qualités de chacun. Chaque forme se développe de manière parallèle : l’amour induit la confiance en soi et a pour négation la violence, le mépris ; la responsabilité induit le respect de soi et a pour négation la privation de droit, l’exclusion ; et les capacités et qualités reconnues induisent l’estime sociale qui a pour négation l’humiliation, l’offense. Selon Honneth, il existe une lutte, ou une concurrence pourrait-on dire en simplifiant, pour l’accès à ses processus de reconnaissance ; cette lutte est sociale et elle a pour point de départ le mépris de ceux qui refusent aux autres l’accès aux reconnaissances.

Résultat de recherche d'images pour "Honneth"Axel Honneth, La Lutte pour la reconnaissance

Après une présentation détaillée de cette lutte pour la reconnaissance, sont proposées au large public présent trois questions : cette reconnaissance existe-t-elle ? Quelles formes prend-elle ? Et enfin, la lutte pour la reconnaissance peut-elle servir de norme ?

Si d’emblée on perçoit la reconnaissance comme un mouvement de la vie, car on entre dans le monde dans des formes qui ne sont pas « moi », et il s’agit donc de transformer l’autre comme mien, une objection apparaît : la reconnaissance est un jeu dupé, un ratage fondamental car « on n’aime que des qualités » (référence à une citation de Blaise Pascal), une reconnaissance pleine et entière serait un idéal inaccessible, sources de souffrances. Il ne peut y avoir de reconnaissance intégrale. Par la suite, cette quête de reconnaissance, si fréquente sur certains réseaux sociaux, est contredite par une recherche de réel anonymat sur d’autres réseaux sociaux moins visibles et plus militants.

La critique de la quête de reconnaissance s’approfondit : le besoin de reconnaissance ne s’apparente-t-il pas à une forme de dépendance et de perte de liberté ? Puis c’est le concept lui-même que l’on cherche à réfuter, car la reconnaissance présuppose une identité que l’on voudrait pérenne. On lui oppose alors la recherche de considération. Par ailleurs, où se situe le critère de la reconnaissance interroge-t-on ?

Le débat, plus fourni que ce résumé ne le laisse paraître, aboutit à la figure de l’artiste. L’artiste et sa subjectivité disparaît à la faveur de l’œuvre d’art pour, chez certains en tout cas, une élévation de l’esprit. L’artiste doit-il être reconnu ? Non affirme-t-on, il doit être au-delà.

 

Merci au public de s'être déplacé aussi nombreux pour un moment de belle densité philosophique et de discussion particulièrement riche.

Pour Métaphores, David Pourille