Manhattan-philo1

Activité philosophique libre et gratuite, mensuelle, le mercredi de 18h45 à 21h au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, le Manhattan-Philo propose 3 sujets édités auparavant sur le blog et soumis au vote des participants le soir de l'activité. Le sujet traité est celui qui remporte le plus de suffrages. L'animateur pourra assurer une rapide présentation des enjeux, des synthèses mais l'objectif premier reste le mise en oeuvre d'un travail collectif de pensée pour résoudre ensemble les problèmes rencontrés.

Une pause conviviale au bar a lieu à mi-parcours (consommation non obligatoire) vers 20h avant de reprendre pour une seconde partie jusqu'à 21h.

14 octobre 2018

Manhattan-philo - 07/11/18 : Pourquoi punir ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de novembre 2018 s'est tenu le mercredi 07 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : - Pourquoi punir ?

Sujet 2 : - Le monde a-t-il une fin ?

Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Pourquoi punir ?

Résumé de la soirée à suivre.

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08 septembre 2018

Résumé Manhattan-philo - 10/10/18 - Homme-Animal, différences ?

 

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 Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 10 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Qu'est-ce qui distingue l'homme des autres animaux ?

Sujet 2 : Pourquoi punir ?

Le sujet choisi par le groupe fut :

Qu'est-ce qui distingue l'homme des autres animaux ?

Résumé de la soirée :

Pour cette soirée philosophique au Manhattan, le public a choisi de parler de l’homme et de l’animal autour de la question suivante : « Qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal ? ». J’ai introduit ce sujet en commençant par souligner que cette question du propre de l’homme n’est pas réglée, en dépit de la théorie de l’évolution. Car s’il est clair que l’homme est un animal, qu’il est issu d’un processus d’évolution du vivant, la nature de l’homme reste indéfinie. Et cette nature est plus essentielle à connaître que la nature d’une autre espèce animale. En effet, ainsi que Kant le rappelle, la question « Qu’est-ce que l’homme ? » est la question qui résume tout le questionnement philosophique. Et puisque définir, c’est délimiter, il est légitime de chercher à délimiter l’homme des autres animaux pour comprendre sa spécificité.

Durant la soirée, on peut dire que deux grandes lignes de réflexion sont apparues. La première a consisté à interroger la légitimité de la question. En effet, il apparaît à plusieurs que cette question relève d’une volonté de se distinguer du monde animal, d’un besoin de se penser supérieur et de donner des raisons à cette supériorité. L’exploitation que l’homme fait du monde animal se trouve ainsi légitimée par un tel discours anthropocentriste. Certains avancent que l’homme pourrait n’être qu’un animal parmi d’autres, sans distinctions particulières telles que la conscience ou l’intelligence, qui s’observent chez les animaux. Pour un autre, la notion d’espèce humaine n’a tout bonnement pas de sens eu égard à la théorie de l’évolution. L’espèce n’est qu’une vue, qu’une coupe faite sur l’histoire évolutive. Pour un autre enfin, l’homme n’est tout bonnement pas capable de se définir car il ne peut pas s’objectiver, étant tout à la fois juge et partie ; son jugement est donc biaisé.

Une seconde ligne de réflexion a consisté à proposer une série de critères permettant de démarquer l’homme et l’animal. Ont été cité en particulier la raison, la conscience, ou encore la parole. Ces termes restants assez généraux, certains ont établi des distinctions plus précises. En particulier, a été mentionné la capacité à la symbolisation. L’homme serait ainsi un animal créateur d’un univers symbolique, notamment par le biais du langage, dans lequel il peut produire à loisir des fictions. Le symbole, chez l’homme, serait ainsi à distinguer du signal, chez l’animal. Le symbole renvoie dès lors à la pensée, tandis que le signal renvoie à l’action et à la réaction. Un autre, enfin, propose de voir dans la capacité que l’homme a de s’interroger sur sa nature une marque distinctive de l’humanité. En effet, les animaux n’observent pas les hommes pour les connaitre, mais nous, en revanche, nous observons les animaux pour chercher à savoir non pas tant ce qu’ils sont, que ce que nous sommes. 

 Pour Métaphores,

Timothée Coyras

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15 août 2018

Résumé Manhattan-philo - 5/09/18 : Les mots nous éloignent-ils des choses ?

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Le Manhattan-Philo de cette rentrée 2018 (activité libre et gratuite) s'est tenu le mercredi 5 septembre à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les sujets propposés furent :

Sujet 1 : Les mots nous éloignent-ils des choses ?

Sujet 2 : Peut-on profiter de l'instant présent ?

Le sujet voté par le groupe  fut : 

Les mots nous éloignent-ils des choses ?

Pour cette rentrée philosophique au café le Manhattan, le public a choisi de parler du langage, autour de la question suivante : « Les mots nous éloignent-ils des choses ? ».

J’ai introduit le sujet avec ce vers de Victor Hugo, extrait du poème Suite dans le recueil Les contemplations.  «Les mots sont les passants mystérieux de l’âme ». Ce vers m’a permis de mettre en évidence une ambivalence du mot, tout à la fois image des choses et signe mystérieux. Tout se passe comme si les mots nous permettaient tout à la fois de penser la réalité, mais qu’ils créaient à leur tour une réalité symbolique sans consistance. C’est à partir de ce paradoxe que je propose de lancer la réflexion, pour voir si les mots nous montrent la réalité, ou fabriquent au contraire une image qui nous éloigne d’elle. La réflexion a été de bon niveau, et le public n’a pas dévié du sujet, ce qui est pourtant fréquent avec ce style d’exercice. On peut retracer de la manière suivante les idées qui ont été exposées :

Tout d’abord l’idée selon laquelle un mot se prête à une pluralité d’interprétations. De là l’idée que si la réalité est la même pour tous, les mots n’ont pas le même sens pour tous, et par suite ils ne permettent pas de s’entendre sur ce qu’est la réalité. Cette idée revient sous différentes formes. Par exemple, on fait aussi remarquer que le mot renvoie à une perception, mais que la perception du réel diffère selon les individus.

Ensuite, l’idée selon laquelle un mot est un signe conventionnel, institué. De cette idée découle plusieurs conséquences. D’une part, le fait que le mot nous fait voir le réel au travers de conventions, et non au travers de ce qu’il est. D’autre part, le fait que le langage peut être un instrument de propagande, en biaisant la réflexion des personnes, comme l’a montré la révolution culturelle, et plus généralement les systèmes totalitaires. L’idée de « novlangue » qu’Orwell expose dans « 1984 » est alors explorée. Enfin, il est souligné que le mot est un universel, et que celui-ci ne peut pas, par conséquent, dire le réel qui est toujours singulier. Un extrait de l’ouvrage Le rire  de Bergson, où celui-ci montre que l’art dit le singulier, contrairement à l’usage ordinaire du langage, est convoqué.

Enfin, en réaction à ce discours assez critique du langage, un autre point de vue se dessine. Quelqu’un s’appuie ainsi sur Hegel pour dire que le réel ne peut se penser que par les mots, que sans eux nous sommes tout bonnement aveugles. D’autre part, on remarque que les mots permettent de se dire, de libérer une compréhension cachée de nous-mêmes, comme l’exercice de l’écriture – dans l’autobiographie et le journal intime par exemple -- le montre bien. Si nous sommes des êtres de parole, la parole n’est pas une option, un supplément accidentel, mais notre essence, et il n’est plus possible en ce sens de voir dans le mot une limitation.

Une solution semble se dessiner dans certaines interventions. En effet, le langage doit bien être identifié comme quelque chose de naturel, puisque nous sommes prédisposés physiquement (aires cérébrales de Broca et de Wernicke) au langage, que nous apprenons spontanément dans l’enfance. Mais ce qui est fondamental, c’est l’usage que nous faisons de la langue. L’expression artistique montre bien que l’on peut donner aux mots une forme qui leur permet de dire un indicible, et qu’en ce sens il y a plus dans les mots qu’un sens conventionnel, il y a l’instrument d’une liberté. Ainsi, il appartient à chacun de trouver, dans l’infini des expressions possibles, celles qui sera la plus à même de rendre visible la réalité. Apprendre à parler, comme apprendre à marcher, c’est ainsi ouvrir une liberté supplémentaire d’explorer le réel. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras 

 

 

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10 mai 2018

Manhattan-philo - 6/06/18 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le mercredi 6 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Pourquoi trouvons-nous que la nature est belle ?   

Sujet 2 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Sujet 3 : Pourquoi le mal ? 

Le sujet voté par le groupe présent fut :

L'égoïsme est-il blâmable ?

Résumé de la soirée à suivre

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06 avril 2018

Résumé Manhattan-philo - 2/05/18 : Apprendre à mourir ?

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Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de mai s'est tenu le mercredi 2 mai à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les trois sujets proposés furent : 

Sujet 1 : Peut-on apprendre à mourir ?

Sujet 2 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Sujet 3 : Où va le progrès technique ?

Après un vote des participants, le sujet retenu fut :

Peut-on apprendre à mourir ?

Résumé de la soirée :

Pour introduire cette séance, autour de la question : « Peut-on apprendre à mourir », je commence par rappeler un point d’histoire des idées : l’idée qu’il faudrait « Apprendre à mourir » si l’on veut parvenir à la sagesse, et qu’en un mot, philosopher n’est rien d’autre qu’un tel apprentissage, est une idée que l’on trouve chez Platon, de prime abord. Apprendre à mourir, c’est s’exercer à se dégager autant que possible du corps, qui fait obstacle à la vie de l’esprit. Montaigne reprendra l’idée que philosopher c’est apprendre à mourir, mais en un sens épicurien : il faut se rappeler sans cesse que nous sommes mortels afin de profiter au mieux du temps qui nous est imparti. Toutefois, un tel programme d’apprentissage semble absurde, sachant qu’on ne meurt qu’une fois et que l’on meurt nécessairement. Ainsi, que penser de cette formule ? Peut-on se préparer à la mort par un apprentissage ? Ou bien n’y a-t-il d’apprentissage que de la vie ?

Le public a proposé plusieurs voies pour répondre à cette question. Tout d’abord, un consensus se dégage sur le fait qu’on ne peut pas apprendre à mourir au sens où on apprend un art, en s’entraînant afin de l’exercer une fois l’apprentissage accompli. Mourir n’est pas un art, cela n’a rien de difficile et c’est bien au contraire la chose que tout le monde connaîtra, qu’il le veuille ou non, qu’il y soit préparé ou non. Il peut être difficile de réussir à se maintenir en vie, mais rien n’est plus facile que la mort car justement, pour mourir, la seule chose à faire est… de ne rien faire !  Et il n’y a rien à apprendre de ce point de vue.

Ainsi, on comprend que si on doit apprendre quelque chose, ce n’est pas à mourir, mais à affronter la mort, à s’y préparer. Et ici se dégage plusieurs vues distinctes, selon les croyances sous-jacentes. En effet, d’un point de vue matérialiste, et dans la suite d’Epicure, mourir est un anéantissement complet de la subjectivité, l’âme étant ici conçue comme matérielle et donc comme une réalité corruptible. Cette idée, évoque quelqu’un, vient comme « trouer notre façon de penser », puisque le néant est justement impensable, l’être étant requis pour penser. Tout ce qu’il y a à faire est ainsi de dompter une représentation qui, par ailleurs, ne sait pas elle-même ce qu’elle se représente. La mort n’est rien pour nous, puisque nous ne serons plus quand elle sera là. Et il n’y a rien à craindre, rien même à penser, et somme toute, il s’agit surtout de vivre, car comme le dit Spinoza, la sagesse est méditation de la vie et non de la mort. Apprendre à mourir, au mieux, c’est comme le dit Montaigne se rappeler la mort pour mieux profiter de chaque instant de vie.

Mais d’un point de vue spiritualiste, où l’on considère que l’âme survit au corps, la perspective change alors. Apprendre à mourir serait dans cette mesure se préparer non à une fin mais à un passage, en recentrant sa vie sur l’essentiel, à savoir le spirituel. C’est dans cette perspective que l’ascétisme religieux prend notamment son sens. Si notre vie future dépend de notre vie présente, alors réussir sa vie – moralement – est dès lors une manière de réussir sa mort, c’est-à-dire la transition. Mais les perspectives se nuancent aussi selon toutes les croyances possibles à ce sujet : nirvana, réincarnation, résurrection, etc.

Une bonne partie de la discussion porte également sur le rapport à la mort d’autrui. Puisque nous ne pouvons connaitre notre propre mort, nous ne connaissons que la mort d’autrui, et c’est celle-ci qui nous prépare à notre propre mort. Le deuil, ainsi, nous préparerait à notre propre mort. Mais il est aussi souligné que la mort d’autrui est intrinsèquement distincte de notre propre mort. Par ailleurs, comment aborder le deuil ? Le rapport au défunt est-il un rapport à quelque chose qui n’est plus ou bien à quelque chose qui est encore en nous ? Doit-on « passer à autre chose », suite à un deuil, ou au contraire se laisser « pénétrer de l’éternité de l’autre » comme un participant souligne ?

Ainsi, bien qu’aucun consensus ne se soit dégagé sur la réponse à cette question, on a pu prendre conscience de la manière dont nos croyances impactent évidemment notre rapport à la mort, si bien que la question « peut-on apprendre à mourir » fait signe de prime abord vers le problème métaphysique de la nature de l’âme. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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12 février 2018

Résumé Manhattan-philo - 4/4/18 : La curiosité est-elle un vilain défaut ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois d'avril s'est tenu le 04 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les trois sujets proposés furent :

Sujet 1 : Peut-on apprendre à mourir ?

Sujet 2 : L'amour rend-il aveugle ?

Sujet 3 : La curiosité est-elle un vilain défaut ? 

Après le vote rituel, le sujet choisi par le groupe fut : 

La curiosité est-elle un vilain défaut ?

Résumé de la soirée :

Pour ce Manhattan-philo, le public a choisi de traiter le sujet suivant : « la curiosité est-elle un vilain défaut ? »

Si l’expression peut prêter à sourire, en ceci qu’elle a une valeur moralisatrice, adressée principalement aux enfants, elle cache en fait un problème plus profond. La curiosité est en effet le lieu d’une ambivalence. D’une part, elle semble un défaut, s’il s’agit de regarder quelque chose qu’on ne peut ni ne doit savoir. Pascal dit ainsi que « la principale maladie de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir ». Mais d’autre part, elle est aussi le moteur même de l’activité scientifique et philosophique. Son étymologie, le soin, indique qu’elle est une attention positive et bienveillante. Ainsi, je propose au public de distinguer ce qui relève de la vertu et du vice dans la curiosité.

Quelqu’un fait d’abord référence au conte de Perrault, Barbe-bleue, où la femme du terrible et sanguinaire mari a la curiosité coupable d’ouvrir la pièce interdite ; mettant en péril sa vie. La curiosité paraît bien ici un défaut. Est aussi distingué la pulsion de voir et le désir de savoir. D’un côté, la pulsion relève d’un comportement non réfléchi, instinctif, et de l’autre, le désir de savoir est un comportement plus intellectualisé.

De façon globale, le public fait l’éloge de la curiosité, en montrant comment elle a permis à l’homme de progresser, de sortir des préjugés, de l’obscurantisme, et en un mot de faire évoluer la science. Mais se pose alors la question de savoir pourquoi on a aussi une méfiance envers la curiosité. La raison qu’avance un participant est sociale. La curiosité que j’ai pour les affaires de mon voisin, de mon collègue, bref, de ce qui ne me concerne pas, me fait sortir de l’ordre dans lequel je suis inscrit, et relève de la transgression. Il cite ainsi la culture chinoise à cet effet, où dans le confucianisme, le respect de la place de chacun est essentiel.

Est aussi distinguée une curiosité de voir ce que l’on pressent, et une curiosité de voir ce que l’on ignore absolument. Ainsi, le voyeur, au sens strict, n’est pas curieux, car il sait ce qu’il va voir. Mais celui qui cherche à savoir ce que contient une pièce secrète, ou mieux, ce qu’il y a « après la mort », est curieux d’un objet absolument inconnaissable, et c’est là un sens plus profond de la curiosité, qui peut prêter à la critique si l’objet inconnu est aussi inconnaissable : pourquoi chercher à connaitre ce qui est inconnaissable ?

La curiosité pourrait relever ainsi de la volonté de maitriser ce que l’on ignore et ce que, de fait, on craint. Est suggéré alors que l’objet de la curiosité n’est pas tant les choses que soi-même. Le curieux cherche une expérience, un vécu, une connaissance de soi, davantage qu’une simple information sur les choses. De ce point de vue, la curiosité renvoie au rapport qu’un sujet entretient avec le monde en général, et non d’un simple désir de connaissance.

Le public est aussi amené à réfléchir sur la société contemporaine où l’on peut voir et être informé de tout. Les phénomènes de la télé-réalité viennent ainsi nourrir cet appétit de voir. La rumeur, qu’un participant identifie au commencement du langage chez les grands singes, vient régulièrement gonfler les lignes des journaux. Mais à cette curiosité de bas étage, de nombreux participants s’empressent d’opposer la saine et vivante curiosité qui manifeste en l’homme un soin pour la vérité, pour l’inconnu, bref, pour quelque chose dans lequel il peut progresser et grandir. De ce point de vue, la curiosité n’est non seulement pas un défaut, mais sans doute une qualité que nous manquons de cultiver suffisamment. 

 Pour Métaphores, Timothée Koyras

 

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18 janvier 2018

Résumé Manhattan-philo - 07/03/18 : Penser mieux à l'écrit ou à l'oral ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de mars s'est tenu le mercredi 7 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : L'homme et la femme, une différence naturelle ou culturelle ? 

Sujet 2 :  A quoi ressemblerait un monde idéal ? 

Sujet 3 :  Pense-t-on mieux à l'oral ou à l'écrit ? 

 

Résumé de la soirée : 

Il est remarquable que de grands philosophes et religieux n’aient rien écrit ; Socrate, Bouddha, Confucius, Epictète, Jésus, Mahomet, pour ne citer qu’eux, n’ont délivré que des enseignements oraux, transmis ensuite par leurs disciples et consignés par écrit. Cela pourrait-il nous indiquer que, non seulement « nul n’est tenu d’écrire un livre », selon le mot de Bergson, mais plus que cela, que l’oral possède une supériorité sur l’écrit ? Platon lui-même n’a-t-il pas choisi le dialogue pour penser, insistant ainsi sur la dimension d’élaboration dialectique du vrai ?

Le public prend alors la parole, pour une discussion très intéressante. Plusieurs éléments sont venus nourrir le débat. Tout d’abord, un problème de définition. Il ne faut pas, insistent plusieurs personnes, confondre la communication et la pensée. Pense-t-on mieux ? N’est pas la question : communique-t-on mieux ? Dans le premier cas, il y a élaboration d’une idée, dans le second, l’idée est simplement transmise. Pour la communication, l’écrit a une supériorité, dans la mesure où il inscrit de manière précise et structurée une pensée sur un support qui dure et échappe à l’oubli. Mais l’oral est par contre plus vivant, plus à même de faire passer les émotions et sentiments. Pour la pensée, par contre, l’écrit permet également de bien structurer son idée, tandis que l’oral est plus de l’ordre de la spontanéité.

Ensuite, se pose la question de la définition de l’oralité ? Est-ce seulement l’expression orale au sens de l’expression vocale ? Le « tchat » sur des messageries est-il de l’ordre de l’écrit ou de la parole ? Il semble qu’on soit plus dans l’ordre de l’oralité, même si on écrit quelque chose. Inversement, la conférence « lue » n’est-elle pas de l’ordre de l’écrit ? Si, affirment plusieurs personnes. On prend alors conscience que la distinction oral/écrit, n’est pas la différence entre le parler à voix haute, et l’écrit. Quelqu’un insiste alors sur le fait que l’oral met essentiellement la personne en rapport à autrui, et dessine une intersubjectivité, tandis que l’écrit laisse l’auteur dans une solitude, dans un face à face avec lui-même. Il n’y a que l’écrivain qui peut douter, tel Descartes, de l’existence du monde et des autres, mais pas l’orateur pris dans une relation intellectuelle où autrui est un pôle constituant de l’élaboration de l’idée.

La différence entre oral et écrit apparaît enfin dans la temporalité ; celle du présent pour l’oral, qui est ainsi un acte de pensée « en train de se faire », tandis que l’écrit est toujours du passé, du constitué, il est la pensée « faite ». Le besoin d’une trace écrite (d’un cours, d’une pensée, et même d’un café philo…) est ainsi le besoin d’inscrire dans le temps la pensée, et de ne pas la perdre dans l’évanescence. L’oral nous rapporte à autrui, mais l’écrit nous rapporte à ceux qui ne sont plus – ou pas encore – autrement dit à la civilisation dans son ensemble.

Le public ne parvient pas à trancher entre la supériorité de l’un sur l’autre – mais pourquoi le faudrait-il ? –, remarquant que ces modes d’expression et d’élaboration de la pensée sont tout simplement complémentaires, et varient aussi selon les sensibilités. Au fond, le seul risque est de privilégier l’un au détriment de l’autre. S’enfermer dans l’écrit nous prive du rapport vivant aux autres. Mais ne pas écrire, c’est courir le risque de ne pas clarifier sa pensée, ou encore de la perdre pour toujours, à moins que… à l’image des grands hommes cités plus haut, de fidèles disciples s’en chargent ! 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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13 janvier 2018

Résumé Manhattan-philo 7/2/17 : La philosophie est-elle dangereuse?

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Le Manhattan-Philo du mois de Février s'est tenu le mercredi 7 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Notre animateur, Timothée Coyras, exceptionnellement absent ce soir a été remplacé par Guy.

Nous avons substitué à la formule rituelle du Manhattan avec ses trois sujets (qui seront relancés le mois prochain) un café-philo en recueillant en début de soirée des propositions soumises au vote.

Le groupe présent a opté majoritairement pour la question suivante : 

La philosophie est-elle dangereuse ?

Résumé de la soirée :

1)   Danger pour qui ? Le système politique ? Les valeurs et les coutumes ? Ou bien danger pour celui qui s’y livre, en raison de quelque inquisition ou répression à son égard ? Ou encore parce que l’exercice de la philosophie, même en régime démocratique, serait intrinsèquement dangereux ?  Il faudra en conséquence distinguer les types de danger selon leur source mais aussi selon leur nocivité, réelle ou supposée. On peut croire qu’il y a du danger là où objectivement il n’y en a aucun.

2)   Que faut-il entendre par philosophie ? Est-ce le corpus impressionnant des textes classiques et modernes ? Est-ce l’institution universitaire, voire, au lycée, la classe de philosophie ? Mais il n’y a pas de philosophie vivante hors de la pratique, et celle-ci est essentiellement personnelle, même s’il faut souvent passer par un apprentissage auprès d’un aîné. La question devient : que faut-il entendre par « philosopher », et quel danger – éventuel – encourrait celui qui se livre à cette pratique ?

3)   Le groupe met l’accent sur le doute, inséparable de l’activité philosophique. On convoque l’exemple cartésien : qu’est-ce que penser, en quoi la pensée est-elle l’activité propre du sujet, qui dans la pensée découvre son existence : je pense, je suis, j’existe. Peut-on dès lors généraliser le doute, suspendre les croyances établies, les traditions, les savoirs – et pourquoi pas les pouvoirs ? A-t-on le droit de procéder à un universel examen de toutes les opinions et certitudes ? C’est là que l’on retrouve le problème politique et religieux, avec le danger bien réel qui a pesé sur nombre d’esprits libres, qui parfois furent pourchassés, condamnés, exécutés (Socrate, Giordano Bruno par ex). Les régimes autoritaires et surtout totalitaires veulent mettre la pensée au service du pouvoir et y parviennent souvent par leur politique de répression. Dans cette situation là il y a danger réel, et tout le problème est de contourner la censure, comme le fit Spinoza en son temps.

4)   Philosopher c’est mettre en doute, interroger, problématiser : « Ose te servir de ton entendement » disent les Lumières. A la source de cette pratique c’est l’étonnement qui joue le rôle de déclencheur, étonnement devant l’opacité du monde (les espaces infinis de Pascal), devant la souffrance (Schopenhauer, Bouddha), devant l’énigme de la mort etc. Etonnement qui sera stérile si l’on en reste au constat, fertile si le sujet « travaille » le pathos en se servant de son intelligence. Dans ce champ-là ce n’est pas tant le pouvoir politique qui présente un danger que le sujet lui-même qui se fait peur à lui-même, invoquant des forces imaginaires qui le détourneraient de l’activité de penser : idoles interiorisées, inhibitions psychiques, soumission aveugle à l’autorité, peur du châtiment céleste, besoin de protection et de sécurité, bref ce que Kant appelait la « lâcheté ». Philosopher s’entend dès lors comme un travail de libération psychique, dont beaucoup de maîtres ont su donner l’exemple.

5)   On comprend mieux dès lors pourquoi les pouvoirs n’aiment pas la philosophie. Ce n’est pas un contre-pouvoir au sens strict, ce n’est pas un parti d’opposition, ni une niche d’antisociaux, rebelles et réfractaires. C’est une école de pensée, une « scholè » au sens grec : un loisir créateur, un lieu ouvert de discussions et d’échanges, un atelier d’essais, bref un lieu de parole. Son objet est l’étude de l’homme, comment cet homme peut évoluer de l’immaturité constitutive à la pleine maturité psychique, avec quelles méthodes, avec qui : sans doute faut-il au penseur un ami, comme le fut La Boétie pour Montaigne. Et pour tous l’amie par excellence que les Anciens appelaient la Sagesse.

6)   Pour conclure je me suis permis un petit apologue sur Diogène le Chien, dont on peut toujours discuter les thèses, mais qui a offert l’exemple d’un détachement souverain à l’égard des biens de ce monde, des valeurs en cours et des idéologies sociales, allant jusqu’à apostropher Alexandre, le maître du monde : « ôte-toi de mon soleil » !

Pour Métaphores, Guy Karl

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06 décembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 3/01/18 : Pardonner est-ce oublier ?

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Le premier Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) de l'année s'est tenu le  mercredi 03 janvier à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Les trois Sujets proposés furent :

Sujet 1 : A quoi ressemblerait un monde idéal?

Sujet 2 : La différence sexuelle est-elle une construction culturelle?

Sujet 3 : Pardonner est-ce oublier?

Le sujet voté par le groupe nombreux fut : 

Pardonner est-ce oublier?

Résumé de la soirée :

Le public, plutôt nombreux en cette période d’après fêtes, a choisi de parler du pardon en se demandant si on pouvait le définir par l’oubli. J’ai introduit le sujet en montrant un paradoxe. Le pardon, étymologiquement, renvoie au droit de faire grâce. On peut le définir comme un acte libre par lequel on délie un fautif de sa faute. Il y a dès lors une relation paradoxale avec l’oubli, qui n’est pas un effacement, mais une absence de remémoration. En effet, si je pardonne, je dois aussi cesser de me remémorer la faute, sans quoi je risque de retrouver les affects négatifs qui y sont liés. Mais d’un autre côté, il ne semble pas possible d’oublier volontairement quelque chose, et le pardon relève bien, semble-t-il, d’un acte volontaire. Quelle est la relation particulière que le pardon entretient avec l’oubli ? S’il n’est pas oubli, alors quelle est sa relation avec la mémoire ?

A partir de là, une réflexion assez riche a été déployée par le public, et en voici les moments saillants.

Tout d’abord, une difficulté se présente au niveau de la valeur du pardon. On semble présupposer que pardonner est un acte propre à l’homme, et que c’est un acte louable. Ces deux présupposés sont interrogés par le public. D’une part, en se demandant si le pardon n’est pas le trait particulier d’une culture, la culture judéo-chrétienne. D’autre part, en se demandant si le pardon n’est pas un acte assez hautain, orgueilleux, qui témoigne d’une supériorité. Enfin, est aussi interrogé la possibilité pour l’homme de pardonner. Le pardon n’est-il pas une valeur surnaturelle, possible seulement pour Dieu ?

S’il est indiscutable que le pardon est une notion déployée par le christianisme, une personne remarque qu’on trouve néanmoins les notions de clémence et de magnanimité dans les cultures antiques. Corneille, justement, en a fait une pièce, La clémence d’Auguste.  D’autre part, si le pardon implique un pouvoir, celui de faire grâce, il n’est pas manifestation d’une puissance naturelle, mais plutôt d’une puissance morale. De fait, celui qui pardonne n’écrase pas l’autre, alors qu’il le pourrait. Mieux, une personne fait remarquer que celui qui pardonne se place au niveau du fautif, en supposant qu’elle-même n’échappe pas à la faute, et qu’au fond, elle ne vaut pas mieux que lui.

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Le public s’accorde globalement pour distinguer le pardon et l’oubli. Pour deux raisons. Une personne fait remarquer que l’oubli est tout bonnement impossible, dans la mesure où le cerveau emmagasine tout. Tout souvenir est donc présent, et peut resurgir dans certaines conditions. D’autre part, parce que l’oubli est un processus psychologique inconscient, tandis que le pardon demande une conscientisation, un travail sur soi, un travail relationnel, qui le distingue clairement de l’oubli. Toutefois, le pardon rend possible un recommencement, soit de la relation brisée (entre états ou individus), soit de sa propre vie. En cela il possède une analogie avec l’oubli, qui a des vertus créatrices.

Dès lors, il convient d’élucider cette notion de pardon, comment la définir plus correctement que par l’oubli ? Plusieurs pistes sont envisagées par le public. Tout d’abord, une hypothèse tout d’abord psychologique. Le pardon, au fond, est le symptôme d’une justice défaillante. On pardonne parce que, la justice ne pouvant être faite – dans le cas d’un crime irréparable, incommensurable, il faut bien continuer à vivre, et trouver une solution. Le pardon est ainsi une solution psychique à un problème social et moral. Dans cette ligne psychologique, le public se demande aussi si la compréhension réciproque n’est pas préférable au pardon aveugle. Au fond, la notion de faute présuppose une morale, un libre-arbitre. Mais dans une perspective déterministe, si chacun est poussé à agir par un jeu de causes dont il n’est pas maître, la faute peut être comprise comme erreur. La compréhension peut dès lors se substituer au pardon. Mais abandonner ainsi l’idée d’une morale n’est pas si simple. Et plusieurs personnes remarquent ainsi que le pardon n’a rien d’un geste irrationnel, qu’il demande du temps, et qu’il n’exclut pas la réparation, ne serait-ce que parce que recevoir le pardon présuppose de le demander, et donc de reconnaître sa faute.

Timothée

Naît alors l’idée que le pardon est un acte de renouvellement de la relation. On pardonne pour sauver une relation, en plaçant l’amour qu’on a pour une personne plus haut que l’offense qu’elle nous a faite. Mais cela suppose une reconnaissance mutuelle qui fait pas recommencer la relation comme si de rien n’était, mais lui donne un nouveau départ. Le pardon comme libération de soi est aussi évoqué, et notamment l’idée intéressante de pardon à soi-même. On s’ouvre ici une nouvelle existence, sans nier la précédente. Pardonner n’est ainsi plus subir, mais agir, surmonter.

Le pardon n’est donc pas oubli, il est un acte de libération. Libérer l’autre de la faute et de ses conséquences, tout en se libérant soi-même des affects négatifs liés à l’offense subie. C’est un processus à la fois relationnel, temporel, psychologique. Il ne remplace pas la justice mais se situe plutôt tout au bout du processus de réparation. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

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16 novembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 6/12/17 : Toujours seuls ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de décembre s'est tenu le mercredi 6 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés et soumis au vote des participants:

Sujet 1 : Sommes-nous toujours seuls ?

Sujet 2 : A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Sujet 3 : L'intelligence peut-elle être artificielle ?

Le sujet retenu fut :

Sommes-nous toujours seuls ?

 Pour ce dernier Manhattan-Philo de l'année, le public a choisi le sujet: "Sommes-nous toujours seuls? " Un thème approprié aux longues soirées d'hiver et aux fêtes de fin d'année, propices à la prise de conscience de la solitude.

J'ai introduit cette question en précisant que le sujet pouvait paraître aberrant. L’homme est un être social, il vit donc en groupe, et n’est de fait jamais seul. Il peut s’isoler, mais c’est temporaire. Il est donc impossible, à première vue, d’être toujours seul. Mais la solitude sociale doit être distinguée de la solitude psychique, et c’est en ce sens qu’on peut se demander si l’homme n’est pas toujours seul, autrement dit sur le plan de sa conscience. Si personne ne peut se mettre à ma place, ne suis-je pas toujours seul ?

Cette soirée a vu le débat partir dans des directions assez variées, je vais en retracer quelques aspects essentiels. Après coup, je me suis rendu compte que je n’avais sans doute pas suffisamment cadré initialement le débat en développant davantage le problème posé, ni recadré le débat par la suite en revenant régulièrement sur les fondamentaux de la question posée, ce qui, ajouté au nombre des participants, a un peu augmenté l’aspect « jardin à l’anglaise » de la conversation, mais qui n’est pas, comme le jardin en question, sans charme, bien au contraire.

Tout d’abord, un participant a posé une réponse positive à la question en se demandant si on n’était pas toujours seuls face à ses actes. Au fond, une thèse de la responsabilité, qu’on peut prendre au sens théologique, ou au sens existentialiste.

Dans cette direction, quelqu’un a aussi remarqué que l’expérience de la souffrance était aussi une expérience de la solitude.

A partir de là, hormis en fin de soirée où un intervenant est revenu sur le sens littéral du sujet pour poser que la conscience était toujours seule, séparée en son être des autres consciences, la conversation a plutôt porté sur deux aspects : le premier, la définition de la solitude. Le second, la valeur de la solitude, autrement dit : est-ce une chose qu’il faut fuir ou rechercher ?

Sur la définition de la solitude, plusieurs distinctions ont été posées. Il a été remarqué que le fait d’être seul se distinguait du sentiment de solitude. La solitude objective et subjective, en fin de compte. Dans cette ligne a aussi été distingué la solitude sociale et la solitude psychique. D’autre part, la solitude peut aussi se distinguer selon qu’elle est recherchée ou subie. Un intervenant a évoqué la distinction d’Hannah Arendt entre solitude et esseulement.

Sur la valeur de la solitude, plusieurs idées se sont dégagées.
L’idée que la solitude est quelque chose de précieux, permettant de se retrouver, se ressourcer, s’accepter, et en un mot de penser. De là une certaine critique des sociétés modernes bruyantes où notre attention est toujours sollicitée et où on ne peut pas prendre du temps pour soi. Mais aussi une critique de la vie sociale, voire une genèse du désir de compagnie, dans le fait qu’ayant du mal à se retrouver avec lui-même, l’homme est poussé à s’oublier en compagnie des autres.
L’idée, d’autre part, que la solitude est une cause de souffrance et qu’il faut y trouver des remèdes. La souffrance de cette solitude est identifiée tantôt dans la difficulté pour une personne de trouver sa place et son sens dans la société, tantôt dans la difficulté pour se connaître soi-même, voire – sur un plan psychanalytique – accepter la rupture initiale qu’a constitué notre séparation avec notre mère, tantôt enfin dans une angoisse métaphysique plus profonde, qui n’est pas étrangère à l’insécurité fondamentale découlant de notre mortalité, en un mot, de notre finitude. Une participante remarque ainsi que Johnny Halliday, décédé récemment, ne supportait pas de se retrouver seul et était toujours inquiet de se savoir aimé, alors même qu’il jouissait d’une grande notoriété.
L’idée émerge ainsi que l’homme ne peut faire ni avec, ni sans les autres, et le thème de l’insociable sociabilité cher à Kant réapparaît alors.

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Pour conclure, nous avons interprété avec mon épouse Odel une chanson de Barbara, la solitude, qui a permis de conclure d’une manière un peu différente cette conversation en jardin à l’anglaise. 

Pour Métaphores, Timothés Coyras

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