18 septembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 15/10/16 Trahison de la technique ?

Bedous café-philo

Bedous-Café-philo s'est tenu dans le village pyrénéen (Bedous) en vallée d'Aspe samedi 15 octobre à 18h au café l'Escala, 16 rue Gambetta sur le sujet suivant : 

En quoi la technique nous trahit-elle ?

Ce café fut animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie qui vient de rejoindre l'équipe Métaphores, ce dont nous nous réjouissons grandement. Nous nous sommes retrouvés dans un lieu authentiquement chaleureux, un café-librairie tenu par Lucie et Cécile et dont il faut saluer la belle initiative : proposer une activité philosophique dans un village pyrénéen.

 

L'escala-Café-philo

Résumé de la soirée: 

 1      Le mot teckné en grec désigne tout type de savoir-faire permettant de remplir une activité ou de fabriquer un objet. Il est donc originellement lié au savoir, à un savoir-faire conscient des règles qui lui permettent d’opérer efficacement, indiquant ce qu’il faut faire et pourquoi il faut le faire. Ce sujet peut du coup sembler paradoxal : si l’homme est cet être obligé d’inventer des moyens en vue d’une fin pour pouvoir survivre au sein de la nature, comment ce processus (adaptatif) pourrait-il nous trahir puisqu’il est d’abord  considéré comme un bienfait ? 

- Pour trahir, il faut que celui ou celle qui l’est accorde au préalable sa confiance, se soit fié(e) et c’est ici un premier sens du verbe : trahir, c’est abandonner, cesser d’être fidèle, ne pas respecter un engagement. Qu’avons-nous confier à la technique qui puisse être trahi ?

 - Mais trahir peut aussi signifier révéler ce qui devait rester caché, ce que nous n’avions pas l’intention de montrer. Quel serait alors ce dévoilement ?

 - Enfin, trahir peut vouloir dire donner une idée fausse, dénaturer, altérer : quel changement défavorable peut alors s’opérer par la technique ?

 2    On note d’abord que cette intrusion de la technique dans nos vies a des répercussions sur la nature mais aussi dans le monde du travail et sur nous-mêmes. Là où l’outil permet une main-mise de l’artisan sur celui-ci parce qu’il est un moyen pour une fin très rapprochée, nous assistons aujourd’hui à un glissement (de la technique à la technologie) entrainant  un décalage entre ce que nous impose la technique et notre rythme physiologique, une dépossession, un morcellement des savoirs-faire. La technique ne serait plus un bienfait et c’est ainsi que l’on pourrait envisager une trahison de sa part (premier sens du mot).

 3      Mais, n’est-ce pas parce que nous ne sommes pas conscients de la confiance que nous lui accordons qu’il peut y avoir cette aliénation ? Ainsi, la réflexion se porte sur l’homme, utilisateur de ces moyens techniques : nous oublions que c’est d’abord un processus de conscience, un acte de pensée. Lorsque nous percevons encore la finalité, nous sommes encore capables de nous l’approprier. Le problème est que cette utilisation des moyens devient un automatisme, obstacle à un usage éclairé. N’est-ce pas alors nous qui nous trahissons en oubliant nos facultés ? Le problème n’est pas tant le moyen utilisé (outil ou autre) que de masquer ce processus de conscience.

 

L'escala café-philo-Bedous

 

 A ce stade de la réflexion, il nous faut alors admettre que ce n’est pas forcément quelque chose qui nous échappe puisque c’est toujours l’homme qui intervient, c’est ce qu’on en fait qui nous trahit et c’est ici qu’il peut y avoir un dévoilement d’un manquement humain. (deuxième sens)

 4      Cet oubli d’une part de nous-mêmes aurait des répercussions aussi au niveau des relations sociales, l’accès à un certain niveau de technicité se distribuant selon notre niveau social, laissant sur place, à la marge ceux qui n’intègrent pas ces techniques (pour des raisons économiques, générationnelles...) ou encore ceux qui en subissent l’utilisation intensive et la recherche de  rentabilité qui l’accompagne dans le monde du travail (remplacement de l’homme par la technique). L’effet produit de cette puissance technique est une fascination (magie), favorisant le processus d’individualisation, au détriment du collectif. L’homme peut se croire l’égal des dieux par ce qu’elle permettrait (transhumanisme, nanotechnologies) et perdre la conscience de ses propres limites. Ceci peut se penser comme une altération (troisième sens).

 5      En conclusion, ce n’est donc pas tant la technique qui nous trahit que le rapport que nous entretenons avec elle, l’important étant le projet et ce que nous en faisons. Il conviendrait alors de réinstaurer une réflexion face à cette déshumanisation afin de ne pas en être complice et de ne pas participer à cette aliénation. Cette responsabilité se dit à tous les niveaux (vis-à-vis de la nature mais aussi rapport aux autres et surtout responsabilité vis-à-vis des nouvelles générations). Il revient à chacun de ne pas oublier  que nous appartenons au genre humain, capable de penser notre rapport à la technique.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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15 septembre 2016

Résumé café-philo du 11/10/16 : Vivre et se mentir à soi-même ?

CAFE-PHILO

Le café-philo de Pau du mois d'octobre s'est tenu le mardi 11 à 18h45 au café associatif La Coulée douce - Cité des Pyrénées (maison de la montagne) rue Berlioz. Un vote démocratique a décidé du sujet à traiter :

Peut-on, pour vivre, ne pas se mentir à soi-même ?

Résumé de la soirée : 

1)   Quel est le sens de cette question ? Celui qui parviendrait à ne pas se mentir à lui-même pourrait-il encore vivre dans la société telle qu’elle est ? Ou bien au contraire pourrait-il accéder à un vivre de meilleure qualité, même s‘il constate un écart significatif entre sa vie et celle des autres ?

 2)   Le groupe, dès l’abord, relève des présupposés dans la question : quel est ce soi dont il faudrait prendre connaissance ? Est-il possible de ne pas se mentir ? Pour mentir ne faut-il pas la connaissance préalable de la vérité ? S’il est facile de concevoir le mensonge à l’égard d’autrui, plus difficile est l’idée d’un auto-mensonge.

 3)   Une grande partie de la soirée va être consacrée à la définition du mensonge. Le mensonge est un acte de parole intentionnel qui consiste à dire quelque chose que l’on connaît soi-même comme étant faux. Celui qui découvre qu’on lui ment se sent dupé, blessé, trahi. Il y voit une rupture de la confiance, surtout si c’est l’œuvre d’un ‘ « ami ».

 4)   Peut-on se mentir à soi-même ? Là-dessus  les avis sont partagés et donnent lieu à des approfondissements considérables. On peut se mentir à soi-même en se cachant des vérités que l’on connaît par ailleurs, en se coulant dans des attitudes, des positions insincères , par conformisme, ambition, jeu, séduction, flatterie, peur, se laissant peu à peu prendre au piège, au mépris de son vrai désir fondamental. On se coule dans la toile que l’on a soi-même ourdie : mensonge social, voire existentiel, dont on serait à la fois la cause et la victime. La littérature explore abondamment des situations de ce genre. Un participant cite les Précieuses ridicules de Molière. D’autres des expériences vécues.

 5)   Il devient fort difficile de distinguer la part du refoulement, du déni, de l’illusion consentie et entretenue, et autres mécanismes de défense – du mensonge proprement dit. Le mensonge est intentionnel : puis-je délibérément décider de me mentir à moi-même ? La question n’est pas tranchée, peut-être ne le peut-elle pas. Si je me mens je sais que je me mens ? On n’en sort pas, sauf à admettre (c’est ma thèse) qu’il existe ici un clivage entre le conscient et l’inconscient : le conscient campe sur une position de dénégation, l’inconscient « sait » ce qu’il en est. Un enfant par exemple, qui a volé,  soutient qu’il n’a pas volé, il l’affirme avec tant de force qu’il finit par y croire : il se ment à lui-même. Mais inconsciemment il sait. La contradiction sera levée avec la reconnaissance du savoir refoulé qui revient à la conscience.

 6)   Quoi qu’il en soit, mensonge à soi-même, illusion, refoulement, piperie, « cacherie », dénégation ou déni, constatons que toutes ces stratégies participent de la difficile adaptation à la vie sociale, qui exige beaucoup de nous, et notamment une sorte d’hypocrisie institutionnelle : refoulement des pulsions, renoncements narcissiques, compétition, performance. Dès lors être vrai pour soi devient une tâche très difficile. Vivre, ce sera jongler avec les impératifs sociaux, tout en veillant à sauvegarder l’essentiel, le désir fondamental. En ce sens il est sans aucun doute urgent de ne pas se mentir à soi-même, en cultivant notre part singulière de vérité.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

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14 septembre 2016

Résumé Apéro-philo du 22/09/16 : Sagesse et déplaisir

Apero philo

L'apéro-philo de septembre s'est tenu le jeudi 22 à 19h au café-restaurant Un Dimanche à la campagne, face au parc Beaumont à Pau. 

Le sujet proposé fut : 

"Qui augmente sa sagesse augmente son déplaisir ."(l'Ecclésiaste)

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Résumé : 

1)    L’intérêt de cette sentence est de bousculer les idées communes relatives à la sagesse, que l’on assimile le plus souvent à une école du bonheur facilement accessible, du moins si l’on en croit certains marchands  d’illusion contemporains. L’Ecclésiaste, tout au contraire, nous assène un propos réfrigérant et désespéré, nous mettant au défi de soutenir l’épreuve de réel, sans nous voiler la face, et en acceptant de nous confronter au tragique de la vie. Dès lors il faudra se demander si la sagesse n’est pas le plus souvent une notion galvaudée, fallacieusement optimisante, qui tourne le dos à la réalité sous prétexte de garantir l’accès au bonheur, et si la véritable sagesse, si elle existe, ne s’accompagne pas nécessairement d’un déplaisir, lié à la connaissance, et peut-être renforcé et approfondi par elle.

 2)    Le déplaisir est une épreuve que connaît tout être vivant dans sa quête du plaisir. Rencontrer un obstacle, être privé de la satisfaction, être frustré dans ses attentes, voilà le déplaisir. Il est inévitable. La connaissance, avant de fournir éventuellement des moyens de le contourner ou de le digérer, accroît le déplaisir en multipliant les déceptions. Les croyances qui donnaient une sécurité, les illusions bienfaisantes, les appuis que l’on croyait solides, voilà qu’on découvre qu’ils n’existent plus, qu’ils nous ont leurré, que notre crédulité et notre innocence nous ont entretenus et bercés dans un monde imaginaire, qui n’est plus. La déception crée un déplaisir infiniment plus profond et aigu : c’est l’univers de nos désirs qui chavire, et avec lui notre enracinement dans l’existence.

 3)    La connaissance crée un désenchantement (comment croire encore aux fées, aux contes, aux esprits bienfaisants, au surnaturel, au paradis  etc), une désillusion universelle, voire une mélancolie réactionnelle au spectacle d’un monde qui a perdu sa vertu poétique. Le principe de réalité nous force à réviser nos jugements, à tenir compte des faits. Il peut en résulter une forme de désespoir, voire du ressentiment. Le passage à une vision plus apaisée n’est pas garanti. S’il n’est pas de sagesse sans déplaisir, le déplaisir en lui-même ne mène pas forcément à la sagesse. Il y faut quelque chose de plus : du jugement, un détachement émotionnel, de la patience ? La question est restée en suspens.

Apéro-philo 22 09 16

 4)    La connaissance accroît le déplaisir parce qu’elle accepte de rencontrer le réel. En dernière analyse c’est le réel qui est source de déplaisir parce qu’il vient contrecarrer le désir, par exemple l’impermanence universelle m’emporte dans la tombe, mais mon amour aussi, et tous mes espoirs de durée, de survie, d’immortalité. Bien sûr je peux toujours réinjecter une nouvelle croyance, comme l’immortalité de l’âme, mais qu’en savons-nous ? Observons simplement ce fait constant : quand le réel ébranle une croyance nous nous précipitons dans une croyance nouvelle pour contourner la difficulté.

 5)    Finalement nous nous demandons si la sagesse n’est pas essentiellement un déni de réalité, une construction réactionnelle pour nous adapter à l’insupportable, un cataplasme confortable et calamiteux qui nous permettrait de sauver ce qui de toute manière est en train de se perdre. A l’inverse, étrange et lumineuse clairvoyance, que celle de l’Ecclésiaste, qui mesure résolument la vanité de toutes choses (« vanité des vanités, tout n’est que vanité ») et conclut avec lucidité et modestie qu’il n‘en faut pas moins cultiver son jardin, sans illusion ni prétention, au jour le jour, tant que dure la vie.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

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31 août 2016

Métaphore de rentrée

 

Logo Metaphores

 

Le mois de septembre est celui de la rentrée. L'association Métaphores ne fait pas exception. Elle revient proposer dans l'espace public palois ses diverses activités philo-littéraires, inviter chacune et chacun à des rencontres dont l'objectif premier consiste à "penser ensemble", à interroger collectivement ce qui est la plupart du temps recouvert par les mécanismes de la vie ordinaire, lesquels menacent sournoisement les sources vives de l'esprit. Comme le souligne Bergson, "sitôt que nos actions deviennent automatiques, la conscience s'en retire". 

C'est bien de conscience dont il s'agit. Philosopher, c'est d'abord retrouver sous l'ordinaire des habitudes mentales, la féconde vertu d'étonnement sans laquelle l'esprit finit par s'engourdir et se laisser aller à la morne répétition des tâches, à la cécité. L'étonnement n'est pas le seul effet d'une surprise. Il est, comme le rappelle l'étymologie, de l'ordre de l'effraction, de l'irruption, de l'ébranlement, du coup de "tonnerre" qui foudroie momentanément nos représentations et nous laisse comme suspendus devant la force d'une énigme. C'est là qu'opère une possible ouverture de conscience. Conscience qui, comme le note Schopenhauer, ne cesse plus alors de s'étonner. C'est là que s'imposent pour soi la nécessité d'une question et la prise de parole qui fait acte de sens.

Les cafés, apéros, ateliers et cercles sont autant de lieux essentiels permettant à une parole intersubjective de se dire, de se formuler, de dévoiler sous l'apparente banalité d'une situation ou d'une expérience, un enjeu plus décisif dont on peut ignorer soi-même l'intensité ou la valeur problématique, mais que d'autres pourront éclairer à leur tour. Si la méditation peut être solitaire, elle gagne aussi à rencontrer l'altérité, à s'y heurter parfois, ne serait-ce que pour découvrir son propre impensé. Là réside entre autres choses la puissance créatrice de nos rencontres, tant de fois vérifiée et remarquée par beaucoup d'entre nous, comme à l'occasion de notre première soirée de la saison consacrée à la colère.

Faire signe vers, transporter ailleurs et symboliser, qu'est-ce donc sinon créer des métaphores ?

Un dernier mot plus pragmatique celui-là. Certains auront sans doute remarqué la disparition de l'Apéro-philo et du Cercle littéraire au "Café suspendu" de Billère. Cela n'est pas de notre fait. Nous avons découvert mi-juillet avec une certaine stupéfaction que l'apéro-philo n'y avait plus sa place malgré la forte attractivité et disons-le, le franc succès de nos soirées dans ce lieu dit "associatif". La décision prise par la direction de cette structure lui appartient mais ne peut que nous interroger sur la difficulté de mettre en oeuvre des activités philosophiques dans l'espace public avec des personnes soucieuses de préserver de véritables lieux de pensée et pas seulement d'échanges. Nous poursuivons pour l'heure nos activités au café associatif la Coulée douce et au Dimanche à la campagne qui nous accueillent chaleureusement. Il n'est pas impossible que dans les semaines ou les mois prochains un nouveau lieu d'accueil soit retenu. A suivre donc.

Bonne rentrée philo-littéraire à tous.

Pour Métaphores,

Didier Karl

 

 

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10 juillet 2016

Résumé du Café-philo du 20/07/16 : ignorance et certitude

Café-philo

Le dernier Café-philo avant la pause estivale s'est tenu le mercredi 20 juillet au café restaurant Un Dimanche à la campagne (face parc Beaumont). Le sujet voté démocratiquement par les participants sur la base des propositions (questions, citations...) fut : 

"Le danger n'est pas ce qu'on ignore, c'est ce qu'on tient pour certain et qui ne l'est pas." (Mark Twain)

Cette citation a suscité le plus de suffrages parmi les participants qui dès le début s’engagent dans la phase d’éclaircissement du danger. Potentiel ou réel ? Certain ou imaginé ? Au final, on retient l’idée que le danger est manifeste alors que le risque est plus probable. Par ailleurs, la perception du danger est-elle la même pour tous ou n’est-elle que relative à chacun ? Impossible de trancher, on convient qu’il faut abandonner le danger en général comme se concentrer sur tel ou tel danger, événement brutal de la nature, guerres, violences, sauvageries, menaces… mais par exemple un homme, une attitude ou telle ou telle conception. Car derrière la perception du danger se trouve déjà l’idée de représentation que l’on en a et la question de ce à quoi renvoie cette représentation. De plus, Mark Twain n’invite pas à réfléchir sur le danger en soi, ni sur tel ou tel danger particulier, mais sur ce qui est dangereux, à savoir l’ignorance ou la certitude. C’est bien là un reversement de l’opinion commune selon laquelle est dangereux ce que l’on ignore alors que ce qui est dangereux, c’est plutôt les certitudes auxquelles on tient, quand bien même ce que l’on tient pour certain ne l’est pas. Il y a là un conflit.

Le débat se porte alors plus sur les préjugés et les croyances que le danger en lui-même. Lesquelles sont dangereuses ? Qu’est le plus dangereux : l’ignorance ou la certitude ? On creuse alors le besoin de sécurité corrélé au besoin de certitude. La certitude protège, sécurise face à la peur, à l’angoisse, à l’absence de maîtrise. D’ailleurs, la maîtrise n’est-elle pas non plus une croyance plutôt qu’une réalité ?

C’est la croyance, le fait de croire en quoi que ce soit, y compris dans le champ religieux mais aussi politique, idéologique… qui devient alors le centre du débat, cette croyance qui nous fait tenir pour certaines nos opinions. Car on peut croire une chose certaine sans qu’elle le soit, comme lorsqu’on croit suivre une règle de grammaire ou une règle de politesse alors qu’en fait nous confondons croire suivre ces règles et suivre en fait ces règles.

Pour Métaphores DP

 

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01 juillet 2016

Résumé apéro-philo du 12/07/16 : Philosopher : qui, pourquoi, comment ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de juillet s'est tenu mardi 12 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne à Pau (face au parc Beaumont) sur le sujet suivant :

 Philosopher : qui, pourquoi, comment ? 

 Guy Karl, philosophe, a problématisé le sujet pendant une vingtaine de minutes proposant un plan d'étude et d'approfondissement pour le groupe présent. Cela a donné lieu à de remarquables interventions.

 

Apéro-philo 12 juillet 16

 Trente-cinq amis de la philosophie ont participé à ce grand moment philosophique, dans une belle convivialité.  

Apéro-philo du 12 07 16

 Résumé : 

1)      Partant de la phrase célèbre de Kant « on ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher », on se demandera ce  qu’est « philosopher », insistant sur la prégnance du verbe, terme actif, qui engage un sujet dans une interrogation, un questionnement, une recherche, dont la nature reste à préciser. Pas de philosopher authentique sans un sujet philosophant, lequel ne saurait se contenter de réponses toutes faites, d’opinions et de croyances communes dont le fondement et la valeur ne seraient pas librement et résolument examinées.

2)      Pourquoi se mettre à philosopher ? C’est que le monde est opaque, la destinée obscure, que l’évidence s’est fêlée, qu’une certaine insatisfaction, un décalage entre ce qu’on croyait et ce qui est, entre l’illusion et le réel, ne peuvent plus être déniés, refoulés, ignorés. Là est peut-être l’acte fondamental : accepter de voir la rupture, l’écart et ne pas se précipiter dans les solutions ordinaires : le divertissement, la fuite dans l’activisme, l’idéologie ou la religion. Philosopher c’est d’abord faire halte pour considérer rationnellement les faits, voir, regarder, faire face. Ainsi fit Schopenhauer : « J’ai trouvé que la vie était une énigme et j’ai décidé de consacrer la mienne à la déchiffrer ». Courage et lucidité du sujet philosophant, qui, partant d’une interrogation personnelle, d’un pathos subjectif (étonnement, inquiétude, incompréhension, voire douleur ou effroi) élève sa pensée à la considération de l’universel : ce qui fait la réalité de toute vie, celle des autres comme la mienne.

3)      D’une expérience, sans laquelle on ne peut s’engager en sincérité, on est passé à une question, qu’on s’efforce de formuler sous les espèces d’un problème, par ex : pourquoi la souffrance, sa nature, ses causes, ses remèdes. Du singulier, par la pensée, on gravit les échelons vers l’universel, avec les risques inhérents à cette induction, qu’il faut s’efforcer de vérifier dans les faits. De la pratique à la théorie, de la théorie à la pratique : méthode expérimentale. Philosopher c’est expérimenter et penser son expérience.

4)      Les personnes présentes parlent d’une « fracturation » initiale comme moteur au questionnement : la mort, le deuil, la souffrance, mais aussi les grandes joies, la perte des illusions, la fuite du temps, l’instabilité des choses, le perte du sens, expériences que chacun est amené à faire un jour ou l’autre, et qui donnent à la recherche philosophique un statut d’universalité, même si les réponses sont très variées, et parfois contradictoires. Ce qui fait aussi que tout homme, en tant qu’homme, est voué à ces questions, alors même que souvent il préfère les repousser ou les négliger. Ici la frontière entre le « philosophe » et le commun n’est plus pertinente, en droit, mais elle reprend son sens dans les faits : on est invité à devenir sujet, Un sujet conscient et autonome, mais seuls la décision personnelle, et l’effort personnel nous font avancer vers cette autonomie.

 5)      Devenir autonome et s’autoriser de soi-même, voilà le programme philosophique. Comment entendre « autonomie » ? Le sujet est plongé dans une culture, un langage, des codes, des valeurs qui lui préexistent, il ne peut guère penser hors de ce contexte, mais il peut librement examiner et évaluer. C’est un puissant paradoxe : comment dire « je »  dans la langue de tous, affirmer la singularité dans le langage collectif ? C’est difficile, c’est le résultat d’une longue pratique, mais ce n’est pas impossible. De beaux exemples – et les philosophes sont des exemples, non des modèles à suivre ni des gourous – témoignent pour nous et nous invitent à faire de même – en traçant  notre propre chemin. « Que chacun soit à lui-même sa propre lampe » (Bouddha).

 6)      Nous terminons cette riche et féconde soirée en insistant sur la nécessité de l’expérience, sur le poids du réel auquel nous sommes tous confrontés, et sur le fait qu’une pensée n’est jamais qu’une approximation. Entre les choses et les mots subsiste un écart infranchissable, et dès lors le vivre et le penser ne parviennent jamais à une adéquation absolue. Vivre reste une énigme, un risque et une tâche. C’est notre faiblesse - et notre noblesse sera d’en tirer toutes les conséquences.

 7)      En tout état de cause, dans ce groupe attentif, actif et enthousiaste, nous avons fait l’expérience d’un philosopher qui fut un « sum-philosophein », un philosopher ensemble qui est une joie pour l’esprit, et une leçon de courage.

 

Vingt-sept personnes sont restées pour partager un diner fort sympathique dans le cadre très accueillant du Dimanche à la campagne. Ce fut une soirée d'une haute qualité sur tous les plans ! Merci à tous.

Agapes philosophiques

 

 

 

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17 mai 2016

Résumé Cercle littéraire 07/07/16 Lectures de vacances

Cercle Littéraire

Lectures de vacances

"Quels livres vais-je glisser dans ma valise ou poser sur ma table de jardin cet été ?"

Le cercle du mois de juillet s'est tenu le jeudi 7 au Un Dimanche à la Campagne, Allée Alfred de Musset (belle adresse pour des amoureux des mots ), charmant café restaurant niché au coeur du Parc Beaumont à Pau, dès 18 h 45.
Mise en commun de nos récentes découvertes, propositions diverses, suggestions de relectures ...

 Résumé de la soirée :

Charmante soirée sous les platanes du Dimanche à la campagne, un petit air de vacances!
Voici les livres présentés:

              Les chaussures italiennes de Mankell, met en scène un chirurgien exilé sur une île solitaire suite à une faute professionnelle... Ce récit ne relève pas du genre policier dans lequel s'est brillamment illustré le maître suédois, mais développe ses thèmes de prédilection: la filiation, la culpabilité, l'observation de la société. La psychologie des personnages, la description de paysages époustouflants, une étude sociologique sont les atouts de cette oeuvre.

         Les quartiers périphériques parisiens, la Bretagne sont le cadre du roman: Les lisières (2011).
Ce beau récit évoque le parcours d'un homme torturé par le mal de vivre, la difficulté à être soi. Les fêlures intimes affleurent dans un récit qui se défend d'être autobiographique, mais rappelle l'auteur. Le déterminisme social, la peur de l'abandon, la tentation du suicide sont conjurés dans une belle écriture. Olivier Adam est aussi l'auteur de Je vais bien, ne t'en fais pas.

          Des histoires de famille apparaissent dans plusieurs romans proposés.

           La Caroline du Sud chez Pat Conroy Le Prince des marées, un pavé de plus de 1000 pages. Sur fond de racisme, se développent des souffrances familiales évoquées du point de vue des enfants. L'étude psychologique des personnages et la construction du récit soutiennent l'intérêt d'une histoire dramatique.

          L'antisémitisme est la toile de fond de Les frères Ashkénazi (1936 Poche) écrit par Israël Joshua Singer (le frère de. ).Il met en scène des jumeaux issus de la communauté juive polonaise de Lodz. Cette fresque retrace toutes les grandes étapes par lesquelles est passé le monde occidental depuis le milieu du XIX° jusqu 'à la deuxième guerre mondiale : les juifs boucs émissaires à chaque vague d'invasions, l'industrialisation, la construction du capitalisme, la montée de l'Internationale socialiste, la mondialisation. Instructif et captivant, ce récit vaut également par le regard sans concession de l'auteur sur les travers de cette communauté par l'un de ses membres.

          Du côté des chrétiens , un petit livre manie humour et irrespect: Merde à Jésus!: Souvenirs de José à Nazareth (1989) du philosophe belge Marcel Paquet présente une image iconoclaste de Jésus, par son grand frère José . Jubilatoire !

          La famille encore; cette fois-ci, le rapport entre parents et enfants est interrogé dans une inversion des rôles mise en fiction par Daniel Pennac : Messieurs les enfants. Humour et truculence mais aussi gravité de certains thèmes abordés.

          Le couple est au centre de Nous ne sommes pas nous-mêmes de Matthew Thomas (2015). L'histoire se déroule de 1941 à 2011 à New-York et explore le décalage entre un mari et une femme, dans une écriture souple, au plus près des personnage,avec empathie. Le rêve américain, source de conflit familial est questionné.

            Fragonard ou l'invention du bonheur, biographie écrite par Sophie Chauveau retrace le parcours d'un jeune provincial quittant Grasse pour apprendre le dessin à Paris puis Rome. Le processus de création de l'artiste, son énergie, son amour de la vie ressortent dans cette oeuvre foisonnante qui fait revivre une époque colorée et bruissante.

 

cercle littéraire 7 7 16

 

Janine Delaitre pour Métaphores

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16 mai 2016

Résumé Apéro-philo du 23/06/16 Peut-on aimer le corps ?

 

Apero philo

L'Apéro-philo (entrée libre et gratuite) du mois de Juin s'est tenu le jeudi 23 à 18h45 au café Le Dimanche à la campagne à Pau (face au parc Beaumont - Jeu de paume) sur le sujet suivant :

 Peut-on aimer le corps ?

Résumé : 

 1)    Il est fort risqué de prétendre rendre compte de la richesse foisonnante de cette séance, aussi me contenterai-je de quelques indications décisives. Est-il possible, psychologiquement, d’aimer le corps, le sien propre, celui de l’autre, et les corps des autres, dont il faut bien admettre qu’ils ne sont pas nécessairement beaux, agréables, tantôt ceci et tantôt cela, présentant une grande variété de formes, de rythmes, entre la santé florissante et la maladie, entre la beauté et la laideur, entre la vie et la mort ? En sus, une longue tradition métaphysique et religieuse prétend nous éloigner du souci et de l’amour du corps, y voyant une coupable complaisance à la chair périssable, au détriment de l’âme et de son salut éternel.

 2)    Notre époque est marquée par une envahissante obsession du corps, qui semble devenir un objet marchand vendable et achetable dans une économie généralisée de la performance et du rendement. Magazines d’esthétique, prescriptions de forme et de santé, recherches médicales et pharmacologiques etc : tout concourt à faire du corps, de son image et de ses performances un élément décisif de la réussite. Dictature qui ne va pas sans créer de nouvelles névroses, contribuant à accentuer le malaise rampant d’individus soumis à des pressions d’autant plus fortes qu’elles ne sont pas clairement identifiées. Ne sommes-nous pas responsables en partie de cet état de choses, si nous nous laissons entraîner dans ce mouvement général ?

 3)    Il faut distinguer le corps comme image – celui du miroir et de la publicité - du corps réel, celui qui est apparu dans le monde, qu’on n’a pas choisi, qui a grandi, qui vieillit, et qui va se décomposer à terme. Nous en avons une première expérience dans le jeu des besoins, dans l’exercice des fonctions, la marche, la respiration, le mouvement et le repos, la sexualité, la maladie et la santé. Le corps réel est-il le corps anatomique et physiologique, le corps de la biologie et de la médecine ? Oui et non, car c’est encore une représentation, certes efficace et efficiente, mais elle ne saurait rendre compte de la qualité spécifique du « vivre » qui est propre à chacun, qui ne se mesure pas et ne se découpe pas en petits morceaux d’organes ou de cellules. Vivre, c’est repousser la mort, c’est travailler à se conserver (Spinoza), c’est affirmer une puissance active ou réactive (Nietzsche), c’est être au monde comme singularité dynamique ou passive. Pour autant, suis-je mon corps ? Ne suis-je que mon corps ? Le groupe tente d’analyser ce fascinant mystère du lien intime entre le corps et la psyché, car s’il n’ y a pas de psyché sans corps, on peut se demander ce que serait un corps qui n’est pas façonné par une force psychique quelconque, instinct, pulsion, intelligence ou culture. Physiologique et psychologique se supposent mutuellement, se combinent et s’intriquent profondément : somato- psychique ou psycho-somatique. En Asie on parle volontiers d’un « corps-esprit », un seul terme qui unit les deux faces.

 4)    Retour au sujet : si on ne sait toujours pas ce qu’est exactement le corps, on en a tous une expérience. Dès lors on peut aborder correctement la question de l’ « aimer » ou du « haïr ». L’amour de soi, selon Rousseau, serait une donnée native et naturelle du vivant,  qui englobe évidemment le corps. On peut se demander par quel processus l’homme en vient à isoler, séparer la question du corps, en l’opposant à l’âme, à l’esprit, à la conscience, à la psyché. Est-ce un fait universel ou le propre d’une culture rationaliste et scientifique ? En tout cas la tradition n’enseigne pas l’amour du corps, soupçonné d’engendrer une grande quantité de vices (Platon) en nous détourant des vraies valeurs morales. L’honnêteté intellectuelle nous force à admettre que notre rapport émotionnel au corps est très ambivalent : on l’aime quand il est source de plaisir, de puissance, de dépassement, on le hait quand il est accablé de maux, de maladies et d’impuissance et nous conduit inexorablement à la mort. En ce sens il y a une vérité du corps : il nous enseigne notre condition mortelle, nous inscrit dans la réalité de l’univers, et nous invite à une certaine humilité : « aussi haut que l’on soit perché on n’est jamais assis que sur son cul » disait à peu près Montaigne. Et Jaspers nous a enseigné la vérité des « situations-limites », celles où nous mesurons notre originelle dépendance aux conditions générales de la vie et de la mort.

 5)    L’ambivalence des sentiments à l’égard du corps est dès lors une réalité psychique incontournable. Aimer sans réserve est impossible, détester sans nuances est suspect, voire hypocrite. S’il est une sagesse, elle nous inviterait à prendre acte de cette ambivalence, sans amour illusoire et sans détestation névrotique, à cultiver une lucidité bienveillante et apaisée, comme nous l’enseigne Epicure dans sa belle Lettre à Ménécée, nous enjoignant de prendre plaisir aux vrais biens de l’existence.

Pour Métaphores, GK

 

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15 mai 2016

Résumé du café-philo du 14/06/16 : Repenser la nature

Café-philo

          Le prochain café-philo s'est tenu le mardi 14 juin 2016 à 18h45 au café (associatif) La Coulée douce, Cité des Pyrénées, rue Berlioz à Pau (activité libre et gratuite). Le sujet voté par les participants à partir de leurs propositions fut :

Comment repenser notre rapport à la nature ?

Résumé de la soirée :

1)      S’il est bien question de nos jours, où tant de dangers menacent la vie sur la planète, de repenser notre rapport à la nature, on se demandera s’il a bien existé par le passé une authentique pensée de ce rapport. Rien n’est moins sûr, car si l’homme s’est adapté bon an mal an, s’il a prospéré en se répandant sous toutes les latitudes au fil de son histoire, il a sans doute agi plus par instinct de survie que par réflexion. Toutes les organisations vitales tendent à occuper voire à coloniser leur milieu pour s’assurer les meilleures conditions de développement. L’espèce humaine s’est aménagé une position dominante qui, paradoxalement, peut apparaître comme le plus grand danger pour sa survie.

 2)      Interrogeant le passé on peut décrire deux conceptions majeures. Très longtemps domine la pensée animiste qui peuple la nature d’esprits ou de génies dont il importe de se concilier les faveurs par des offrandes ou des prières. La nature est sacrée, inviolable, toute puissante, redoutable, et c’est essentiellement par la magie ou le rite que l’on peut exercer une action, parallèlement aux ressources très limitées d’une technique rudimentaire, qui ne modifie pas l’environnement et se contente de tirer parti des bénéfices immédiats. Puis, avec les progrès de la connaissance rationnelle, se développera, fort tard au demeurant, une science efficace qui inspirera une technologie  conquérante, capable d’utiliser, ou de libérer l’énergie au profit de l’exploitation méthodique des ressources naturelles. La nature, désacralisée, devient une réserve indéfiniment exploitable, soumise au projet prométhéen énoncé par Descartes : « devenir comme maître et possesseur de la nature ». Certains auteurs proposent d’appeler « anthropocène » le nouvel âge géologique où nous sommes, marquant par cette notion une situation inédite dans l’histoire de la terre, où l’humanité apparaît comme un des facteurs de l’évolution, par l‘action qu’il exerce sur le climat, le sol et le sous-sol, les cultures, voire les océans, modifiant de la sorte les conditions naturelles, sans que l’on puisse prévoir les effets à terme : par exemple la disparition des abeilles, la pollution des océans, la fonte de la banquise et des glaciers. L’homme est devenu un partenaire de l’évolution géologique, mais il n’en a pas forcément conscience. C’est là que notre sujet prend toute sa signification : quelle nouvelle pensée de la nature ?

3)      L’époque contemporaine, portant cette conception à l’extrême,  se caractérise par la domination unilatérale d’une puissance quasi illimitée, née de la conjonction historique de trois puissances étroitement intriquées : la science expérimentale, la technologie impériale, le financement privé ou étatique. D’où la naissance de gigantesques « firmes » mondialisées qui jouissent d’une sorte de monopole de l’inventivité, dans tous les domaines, et qui semblent même échapper à toute législation. Elles entraînent l’humanité dans une course effrénée vers le maximum de profit, sans considération critique sur les effets éventuels de cette « mobilisation infinie » (Sloterdijk). Ce n’est là, cependant, que l’aspect le plus visible d’une tendance générale que l’on peut observer dans tous les secteurs de la vie publique (entreprises, écoles, administrations, hôpitaux, services sociaux etc)

4)      Le groupe, enfin, interroge un autre aspect de la question : faut-il repenser notre propre nature d’être humain, car si l’homme a conquis la planète et se comporte en super prédateur c’est bien qu’il y a en lui une disposition conquérante, une aspiration infinie, une volonté de puissance qui préside aux plus grandes réalisations, mais qui a son côté sombre. Où est la limite ? S’il n’est plus possible de revenir en arrière, on se demandera où aller, et pour quoi faire ? Peut-être le seul choix qu’il nous reste est-il entre le capitalisme sauvage et la Civilisation. Peut-être que, sous ce rapport, les Anciens ont encore quelque chose à nous dire.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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