15 novembre 2018

Disparition de Jean-Yves Pouilloux

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C'est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Jean-Yves Pouilloux, spécialiste de Montaigne, de Rabelais, professeur émérite des Universités. Jean-Yves nous a souvent fait l'amitié de participer à nos activités Métaphores, tant aux Cafés qu'aux Apéros-Philo, apportant avec sa voix chaleureuse une parole personnelle forte, instruite, toujours accessible, jamais pédante ou dogmatique.

Il a co-animé fin novembre 2015 avec Guy un atelier consacré à Montaigne et Tchouang-Tseu, atelier qui fut un moment particulièrement riche. 

Jean-Yves a longtemps fait vivre un café-philo à Orthez avec le souci de se mettre à la portée du plus grand nombre et de partager en amitié à la fois sa grande érudition mais aussi son sens de la question et son art de la formule. Nous perdons un homme de coeur mais aussi un des plus brillants lecteurs et commentateurs de Montaigne qu'il connaissait parfaitement et citait toujours à propos.

Résultat de recherche d'images pour "Jean-Yves Pouilloux"

Qu'il soit permis à l'administrateur de ce blog et au vice-président de l'association de lui rendre hommage en publiant quelques éléments extraits d'une correspondance privée :

Concernant sa relation à la philosophie que nous interrogions ensemble il y a quelques temps, il répondait : "La philosophie occupe l'essentiel de mes lectures et réflexions, je préfère Platon à Aristote, Montaigne à Descartes, Hume à Leibniz, Nietzsche à Kant ou Hegel, je lis régulièrement Wittgenstein et Merleau-Ponty [...]. J'ai des réticences marquées pour l'agencement abstrait des concepts. [...]

Sur le rapport entre philosophie et littérature : Pour moi philosophie et littérature n'ont rien qui les sépare, au contraire, et même profondément je crois qu'il n'y a pas de pensée "abstraite" comme on dit. Une pensée sans incarnation ne vaut pas grand chose, et je sais bien que beaucoup de "philosophes" me regardent de travers (heureusement pas tous)."

Evoquant la (sa) maladie et les pressentiments l'accompagnant, Jean-Yves écrivit ce mot:  "L'humour me semble une excellente défense contre le désespoir" ; formule qui aurait pu figurer sur le plafond de la librairie de Michel de Montaigne.

Le plafond de Montaigne

 Nous ne l'oublierons pas.

Pour Métaphores, Didier Karl

 

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20 octobre 2018

Résumé Apéro-philo - 22/11/18 - Que peuvent les mots ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de novembre, activité libre et gratuite, s'est tenu jeudi 22 novembre à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Que peuvent les mots ?

 Résumé de la soirée :

« Inanité sonore » disait Mallarmé. Et en effet que peuvent les mots au regard des forces de l’armée, de la police, de la justice, des contraintes économiques, de « la violence légitime » des Etats ? Les mots pourtant ne sont pas sans pouvoir, comme on voit dans les programmes politiques, les débats des Assemblées, dans le journalisme et dans ce qu’on appelle l’opinion publique.

En fait, pour élucider « ce que peuvent les mots » on peut suivre deux axes de réflexion : le pouvoir, c’est-à-dire la force qui s’exerce de l’extérieur sur un sujet – et la puissance, conçue comme potentialité, énergie, disposition active qui cherche à se manifester, à s’exprimer par le canal des mots. Ces deux dimensions coexistent sans doute, mais pour l’analyse il est judicieux de les distinguer.

Sur le pouvoir : on se demande si la politique, pour se constituer, n’est pas d’emblée une activité de langage. Instituer c’est poser un ordre par la contrainte mais aussi par le langage, exemple : le code d’Hammourabi qui définit la loi et le régime des sanctions. La justice, dans un Etat de droit, s’exerce au nom du Droit, qui est un ensemble de textes votés au terme de débats réglés. On pourrait dire qu’ici le mot exprime symboliquement la volonté générale.

Le groupe insiste sur une dégradation de l’usage des mots dans la société contemporaine qui traduirait une corruption politique croissante : on crée des jargons qui excluent, on appauvrit la langue, on désinforme par des « post-vérités » qui sont de redoutables moyens de manipulation, on invente de subtils outils de propagande qui sont autant  d’agressions contre la langue et le juste et respectueux usage des mots. Il faut prendre garde aux mots, prendre soin des mots. C’est une condition de la liberté politique.

Venons-en à la question de la puissance : en quoi le mot permet-il une expression, une manifestation externe de ce qui est vécu, pensé, senti, imaginé par un sujet ? On remarque d’abord que le mot, et le langage en général conçu comme activité symbolique, a permis l’émergence et le développement de l’humanité. Plusieurs fonctions sont signalées : la fonction d’usage, la fonction de communication, la fonction magique (pensons aux rites religieux, aux représentations sacrées qui ont eu une immense influence), la fonction poétique (jouer avec les mots pour exprimer des états et mouvements intérieurs : poésie, littérature).

Un participant fait remarquer qu’en faisant passer l’expérience intérieure, volontiers chaotique, au registre des mots, le sujet crée une distanciation par laquelle il réintroduit un peu d’ordre dans le désordre : c’est la dimension cathartique du langage, déjà soulignée par Aristote et confirmée par la pratique thérapeutique : « les mots pour le dire ».

Remarquons que ce passage de l’émotionnel au mot est simultanément un passage du subjectif, du privé, au collectif : les mots sont les mots de tous, ils constituent une ère commune dans laquelle baignent les subjectivités de toute la communauté linguistique. Parler c’est se poser comme sujet de l’énonciation dans le champ du langage. Mais on peut s’y poser en fausseté ou en vérité, mentir, tricher, cacher – ou dire vrai. Tout acte de parole pose ainsi la question de la vérité.

Quelqu’un signale que le langage est par essence une manière d’approcher et simultanément de manquer ce qu’on veut dire. Soit que les mots manquent – l’usage des mots est fort inégal entre les hommes – soit que ces mots étant publics ne peuvent exprimer correctement la singularité, soit que les mots étant fixes ils ne peuvent exprimer le mouvement et le changement – soit enfin, pour une raison plus profonde qu’il y a nécessairement un hiatus, structurel, qui fait que ce qu’on dit ne coïncide pas avec ce qui est. Quelque chose se dérobe toujours, qu’on cherche à dire, et qu’on ne peut dire.

Héraclite a dit : « le dieu qui est à Delphes ne montre ni ne cache, il fait signe ».

La plus noble fonction des mots – par le Logos – la parole, est de faire signe vers l’inaccessible, qu’il est vain de considérer comme quelque puissance magique ou infernale, mais que nous pouvons fort prosaïquement désigner par le terme de réel.

Pour Métaphores, Guy Karl

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Résumé Cercle littéraire 14/11/18 : Lectures et prix littéraires

Cercle Littéraire

 

Amies lectrices, amis lecteurs
C'est la saison des prix littéraires qui mettent en lumière des oeuvres récentes. Chacune et chacun de nous constitue au fil des lectures son palmarès personnel avec des titres pus ou moins récents. Je vous propose une rencontre (activité libre et gratuite) le mercredi 14 novembre au Dimanche à la Campagne de 18h45 à 21h afin de partager nos coups de coeur, nos découvertes ou redécouvertes. Nous partagerons un verre (non obligatoire) durant la séance. Celles et ceux qui le souhaitent pourront poursuivre les discussions durant le dîner (non obligatoire)
                                    
Résumé de la soirée : 
 Un coup de coeur :
Salina  les trois exils       Laurent Gaudé,  pièce de théâtre qui  retrouve le souffle épique présent dans les meilleures oeuvres de l'auteur. Haletant et palpitant!
  
Primés ou non
         Jérôme Ferrari    A son image  une jeune photo- journaliste meurt ; son oncle prêtre reconstitue sa vie, ses rencontres ... 
        David Diop         Frère d'âme  Goncourt des Lycéens   Très bel hommage aux  tirailleurs sénégalais à travers le récit  de l'un d'eux pris dans la tourmente de 14 . Style lancinant, rythmé et poétique.  Excellent .
      Sorj Chalandon    Profession du père  récit d'inspiration autobiographique, une vie familiale pesante sous l'ombre d'un père mégalomane. 
Anne et Claire Berest  Gabriele    c'est l' histoire d'une femme invisible, celle de Picabia  qui sacrifia sa carrière de musicienne pour cet homme fantasque, argenté et peu préoccupé de sa famille. Elle suit le peintre dans ses voyages et met quatre enfants au monde. La vie artistique du début du XX° est évoquée : on croise Apollinaire, Picasso, les artistes surréalistes. Ce livre s'apparente à une enquête familiale orchestrée par les deux petites-filles de ce couple.
Pour les amateurs de cette période:
                               Bohèmes Les Aventures de l'Art Moderne   Dan Franck  Dans cette  peinture de la vie artistique du début du XX°, revivent  les riches heures de  Montparnasse , du  Bateau-Lavoir .
                                Au temps où la Joconde parlait Jean Diwo  1993
  Le documentaire se glisse dans la forme romanesque pour entraîner le lecteur en Italie , à l'avènement de la peinture à l'huile, sur les pas d'Antonello , peintre du début du XV° et Van Eyck, l' artiste flamand.
                          Soeurs Bernard Minier
  Le même crime perpétré  à Toulouse en 1993 et 2018 forme le coeur de cette intrigue palpitante, menée par le détective Martin Servaz Jeu d'allusions  à ses autres oeuvres, jeu de miroirs  rebondissements accentuent l'intérêt de ce récit long mais qui se lit facilement . Glacé du même auteur est à recommander aux amateurs de thrillers.
  Sagas
                      La dernière valse de Mathilde  Tamara Mac Kinlay .
  Ce récit couvre deux périodes : 1920 et 1970 et inclut le journal intime de la jeune fille , découvert par la nouvelle propriétaire du domaine où a vécu Mathilda dans le bush australien .  Une histoire de famille , une intrigue plein de rebondissements. Et une invitation au voyage .
                Le vol des cigognes     Jean Christophe Grangé    Une atmosphère sombre, du suspense , enquête sur une mort étrange et retour sur soi, un thriller terriblement efficace.
                  Abby Gelmi Farallon  Islands  huis clos étouffant, suspense, personnages intéressants une angoisse qui monte peu à peu...
                 La ferme des Neshov  (norvégien) Anne B.Ragde . Trilogie. l 'histoire de trois frères et les malheurs d'une  famille  rurale après la mort de  la mère  .
 
                     La métamorphose d'un mariage . Sandor Marai,  Ou les idées et sentiments de quatre personnages sur cette institution.
Antoine Beloo Scherbius (et moi)  met en scène un personnage à multiples facettes , affabulateur, manipulateur décrit par son psy.  Une très bonne documentation et un suspense hilarant , de l'humour . Une excellente lecture .
                                                                                         
  Janine Delaitre pour Métaphores 

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19 octobre 2018

Résumé Café-philo - 13/11/18 - Peut-on espérer être libre ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO (format horaire et lieu modifiés) du mois de novembre (activité libre et gratuite) s'est tenu pour la première fois au café Le W5 place St-Louis-de-Gonzague à Pau ce mardi 13 à 18h30. Nous remercions vivement nos hôtes pour leur accueil chaleureux dans ce nouveau lieu palois fort sympathique.

Le sujet voté par les nombreux participants après avoir recueilli les diverses propositions fut :

Peut-on espérer être libre ?

Résumé de la soirée :

 1)   Formulée de la sorte, la question présuppose une absence de liberté, à laquelle l’espoir apporterait son lot de consolation : qu’est-ce que l’espoir, en effet, sinon l’indice d’un manque, d’une impuissance relative et d’une ignorance quant à l’avenir ? Espérer est facile, agir est plus difficile : on se demandera donc s’il faut se borner à espérer la liberté, ou s’il ne faut pas plutôt agir dans le sens de la liberté.

2)   Le premier temps de la réflexion a porté sur l’extrême difficulté à donner un contenu positif à l’idée de liberté. En fait c’est plutôt la contrainte, dans ses diverses formes, qui a retenu l’attention du groupe : contraintes naturelles, biologiques et physiologiques ;   contraintes sociales, politiques, juridiques, sociétales ; contraintes psychiques, observables dans les croyances rigidifiées, les mécanismes de répétition, les effets des traumatismes, et en général dans les pathologies psychiques. En somme, à la fois la nécessité, le déterminisme, et les obligations. Comment dès lors accéder à une certaine liberté qui ne soit pas une vaine illusion ?

3)   Il en ressort qu’il faut partir des faits – la dépendance, voire l’aliénation – en prendre conscience et les analyser dans une perspective de libération : c’est le programme de la philosophie depuis ses débuts. Mais il faut voir que ce travail est infini, toujours à reprendre, car on ne peut se reposer définitivement sur des acquis. Chaque époque, chaque civilisation apporte son lot de contraintes inévitables et les réponses d’un jour sont rapidement obsolètes. La question demeure : comment parvenir à l’autonomie – se donner à soi-même ses propres lois – dans un monde soumis largement au principe d’hétéronomie, l’Etat, le droit positif, le travail, l’organisation des rapports sociaux etc ?

4)   Une autre difficulté vient de notre rapport ambivalent à la liberté. Car si chacun déclare volontiers aimer et désirer la liberté, dans les faits on observe souvent un mouvement de recul inspiré par la crainte, l’angoisse de l’indétermination, la peur du vide ou de l’inconnu. Pourquoi les peuples se donnent-ils des tyrans, travaillent-ils à la servitude comme s’il s’agissait de la liberté ? C’était la question de La Boétie dans son traité sur « la servitude volontaire ». Et celle de Wilhelm Reich dans sa « Psychologie de masse du fascisme ». Mais c’est aussi la question que chacun de nous devrait se poser pour son propre compte : suis-je sincère quand je prétends désirer la liberté ?

5)   La tendance spontanée est peut-être la recherche du bien-être, du plaisir, de la sécurité, ce qui ne va pas sans une certaine répétition. La liberté exige un effort, un affrontement à l’inconnu et à l’indéterminé, donc un risque. En fait, quand nous espérons la liberté, le plus souvent nous ne faisons que fantasmer un certain état de puissance, ou de jouissance qui satisfait imaginairement nos tendances latentes, sans voir que pour agir librement il faut créer un rapport inventif et original avec le monde qui nous entoure. C’est dire aussi que pour être libre il faut accepter de travailler avec les déterminismes, les obligations et les contraintes, hors de quoi, sous le beau nom de liberté, on ne fait que promouvoir la fuite dans l’imaginaire.

6)   Pour notre problème nous pouvons trouver une belle solution dans l’exemple de Spinoza : il montre abondamment comment l’homme est spontanément soumis à la servitude, politique et mentale, et qu’il lui faut commencer très positivement à examiner et analyser toutes les déterminations qui pèsent sur lui. Par ce travail de conscience lucide il découvre la puissance libératrice de l’esprit et peut se donner à lui-même l’image de l’homme libre. C’est dire aussi, que par un renversement extraordinaire de notre problématique, on est amené à conclure que la liberté existait déjà en germe dans l’esprit, et que c’est en développant la connaissance qu’il accède à sa pleine maturité. – Dans un langage contemporain je dirai : il faut poser l’existence d’un pré-sujet, virtuellement libre, pour pouvoir penser ce travail de libération progressive qui se joue traditionnellement dans la philosophie. C’est sans doute la seule réponse cohérente à la thèse du déterminisme absolu.

Pour Métaphores, Guy Karl

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15 octobre 2018

Résumé Bedous-café-philo - 10/11/18 - La beauté peut-elle nous sauver ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 10 novembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé et traité fut : 

 Le beauté peut-elle nous sauver ?

Résumé de la soirée : 

C’est Dostoievski dans L’Idiot qui fait dire au prince Michtine que “ la beauté sauvera le monde “. Mais de quoi aurait-elle à nous sauver ? et qu’est-ce que la beauté ? Quelle est cette expérience qui semble se distinguer de toute autre, nous laissant à notre contemplation  sans que nous puissions expliquer ce qui se passe. Si nous prenons un tableau comme “ l’enterrement à Ornans “ de G.Courbet, on peut m’expliquer qu’il est l’acte de naissance du réalisme et me dire pourquoi ; ce n’est pas pour cela que je ressentirai quelque chose alors qu’il n’en sera pas de même devant une oeuvre dont je n’ai jamais entendu parler. Nous pouvons alors nous demander ce que nous dit la beauté et à quoi parle-t-elle en nous ? Est-elle la promesse de quelque chose ?
 
    La première remarque qui vient à l’esprit est que la beauté ne semble rien à voir avec la raison . Nous sommes libres  face à ce ressenti et on n’a pas ici à avoir raison ou pas. C’est peut-être ce qui explique le besoin , comme s’il s’agissait de s’inventer une utopie. Cependant, on se demande quel est le sens du sujet. Cette idée de sauver l’homme semble étrange mais on remarque un paradoxe : pour l’un des intervenants , l’homme semble avoir besoin du beau (il nous fait du bien) et c’est comme si pourtant, nous étions entourés de choses laides(architecture des villes) et que nous l’acceptions. c’est comme si il y avait, en même temps, un refus de la beauté( un oubli ?) et que le beau n’arrivait pas à fédérer.
 
    On se demande alors ce qu’est le beau, qu’est-ce qui est beau ? Un idéal peut-il être beau  ? la lumière d’un raisonnement quand il nous amène à la compréhension ? Quel sens donner à l’expression “une belle personne” ou encore “une belle vie “ ? Et pourquoi certains vont trouver des choses belles et pas d’autres ? Quelqu’un observe alors que l’expérience esthétique a à voir avec l’émotion et que tant qu’on a des émotions, on peut prendre l’autre en compte et donc on peut vouloir sauver le monde ? Certes , mais si la beauté élève, l’émotion, elle, peut ne pas le faire...
Une idée semble partagée par tout le monde, l’expérience de la beauté bouscule les codes normatifs et nous interpelle quand nous sommes capables de la voir. Peut-être alors qu’elle peut être présente sans que nous la voyons et il faut envisager que l’on puisse se re-sensibiliser à la beauté.  L’expérience de la beauté serait alors une posture pas ordinaire par rapport à quelque chose qui le serait tout autant(extra-ordinaire). De même, l’expression “ une belle personne”  peut vouloir signifier ce qui nous tient et nous fait vivre et qui se montre dans cet être qui sort du lot. En ce sens ,elle nous révèlerait quelque chose, s’imposant à nous, nous surprenant sans que nous l’attendions. Mais que vient-elle alors nous révéler ?
 
 
       Elle nous prend comme par surprise, comme par magie( on oublie tout un instant) et ce , même si on se prédispose à la rencontrer quand on va dans un musée par exemple, Le Louvre étant vu par un des participants comme un temple. Il est alors noté que c’est un espace ouvert en nous qui permet cela et elle nous montre que nous sommes vivants en nous rappelant à notre humanité par l’effet qu’elle suscite, nous rassurant sur la nature humaine. Elle nous dit qu’elle n’est pas que mauvaise, quelle peut faire autrement que ce qui est. Cela est d’autant plus surprenant que nous ne savons pas pourquoi et c’est peut-être cela qui provoque cet effet, comme devant une merveille de la nature que personne n’a fait et qui cependant nous fait nous arrêter. Elle nous déstabilise dans notre façon d’être sur  l’instant et quelqu’un remarque alors qu’elle nous met hors du temps, comme si ce dernier semblait s’arrêter, ce qu’on appelle éternité.
 
   Quelqu’un revient alors sur  l’idée d’émerveillement et de magie et se demande à nouveau ce que cela touche en nous. Elle nous nourrit parce qu’elle a à voir avec la part spirituelle de l’homme et elle serait ce qui transcende la vie.Elle est alors comparée à un nettoyeur d’écran qui nous permettrait de voir autre chose ou autrement et si elle nous met en arrêt et nous hypnotise, c’est quelle touche au sacré (sans être religieux), à un mot qu’on n’utilise plus vraiment aujourd’hui, l’âme dont quelqu’un remarque qu’il fait penser à un autre mot, l’amour.On se demande alors si il y a du divin dans la beauté et si ce n’est pas cela qui nous ferait comme sortir de notre condition d’humains, comme une puissance qui nous appellerait à devenir autre ou plus, sur-hommes. L’homme est cet être incomplet qui trouverait dans cette expérience quelque chose, lui donnant étrangement l’impression qu’il a perdu quelque chose. Elle nous rappellerait notre aptitude à transformer, à transcender.
 
   A ce moment là, on remarque que parfois, face à une oeuvre, nous pouvons penser à celui qui l’a faite comme si elle pouvait faire lien, dépassant le cadre spatio-temporel. Il est aussi dit que peut-être, il y a du commun dans la beauté, comme une sensibilité commune, qui existerait  dans tous les peuples(ce qui nous lie à eux) et cela pourrait aider à rapprocher les hommes. C’est cette expérience partagée, cette universalité qui nous ferait nous rejoindre et pourrait alors  peut-être nous sauver.
 
   Enfin, revenant sur cette idée qu’elle dépend de notre capacité à la voir et des conditions requises,  quelqu’un se demande si elle ne doit pas être exceptionnelle. La verrait-on sinon encore? C’est parce qu’il y a de l’ombre que l’on voit la lumière. Cela fait penser à un poème de Garcia Lorca , dans lequel deux hommes sont sur un bateau; l’un dit : “ c’est beau !”, l’autre répond: “ j’ai faim”. Si elle nous appelle à une gratuité, comme quelque chose qui s’offre à nous, ostensiblement présente,  il faut alors donner la possibilité de la voir. Il n’est pas certain qu’elle puisse nous sauver( individuellement peut-être) mais en nous rappelant que nous pouvons avoir un rapport au monde libéré des préoccupations utilitaires, elle  peut nous faire entrevoir simplement la possibilité d’un salut. Parce qu’elle dit notre capacité à être encore étonnés, à prendre le temps, à accueillir l’inexplicable et parce qu’elle dévoile cette aspiration de l’humain au spirituel, il faudrait alors être plus vigilants face aux enfants et jeunes gens qui y sont sensibles. Elle serait un appel à autre chose(dépassement de soi) et c’est  vers cela qu’elle fait signe.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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14 octobre 2018

Résumé Manhattan-philo - 07/11/18 : Pourquoi punir ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de novembre 2018 s'est tenu le mercredi 07 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : - Pourquoi punir ?

Sujet 2 : - Le monde a-t-il une fin ?

Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Pourquoi punir ?

Résumé de la soirée :

Pour cette soirée philosophique au Manhattan, le public a choisi de parler de la punition, autour de la question suivante : « Pourquoi punir ? ».

Punir, c’est infliger une sanction, en principe douloureuse, à celui qui est considéré comme fautif. Mais pourquoi infliger une sanction ? En effet, on rencontre une contradiction entre les moyens employés et la fin visée. Si on punit, c’est pour faire justice. Mais comment faire quelque chose de bien, la justice, à partir de moyens violents et douloureux ? Il s’agit dès lors de voir si la punition participe de la justice, ou si elle est, sous l’apparence de la justice, l’expression de la vengeance et de la cruauté. Je propose au public d’examiner tout d’abord l’origine de la punition, sa source légitime, et d’autre part, son efficacité.

La punition apparaît d’abord au public comme l’exercice d’un pouvoir social qui cherche à se maintenir. La punition exclut du groupe social celui qui a fauté. Mais par la punition, il peut aussi y être intégré. La punition a donc une double fonction, elle exclut d’une part, et elle intègre d’autre part. D’un côté, on a le bannissement, punition ordinaire pour des temps où la prison est ignorée. De l’autre, on a le rituel initiatique, où on éprouve l’individu (rituel auquel on peut assimiler le bizutage). D’un côté comme de l’autre, le but de la punition est une forme de purification. Mais dès lors, on voit l’arbitraire et l’injustice de la punition. Elle n’est pas fondée sur l’application d’une justice objective, universelle, mais l’expression des instincts sociaux, d’une forme d’instinct grégaire qui exclut ce qui est autre, et n’accepte que ce qui a été au préalable éprouvé et soumis.

L’arbitraire de la punition apparaît pour quelqu’un dans le fait que ce qui est puni quelque part n’est pas puni ailleurs, puisque les lois varient d’un peuple à l’autre, d’un temps à l’autre.

La punition fonctionne, remarque un participant, comme une forme de limitation au niveau de la toute-puissance imaginaire du sujet. Par la punition, l’individu est rappelé au fait qu’il n’est pas socialement tout-puissant, d’une façon analogue au fait que la douleur physique est une façon pour le corps de signaler une limite vitale. Cette punition n’est toutefois pas de l’ordre de l’éducatif, mais plutôt de la discipline, qui consiste à rendre dociles les corps et les esprits.

De manière générale, le public trouve peu de justification morale à la punition. Une personne remarque toutefois que l’on prend peut-être le problème du point de vue du fautif, du criminel, et non pas du point de vue de la victime. Punir le criminel, c’est aussi lui faire subir ce qu’il a fait subir à un autre, selon l’antique loi du Talion. Cette institution a sa légitimité dans le fait que par-là, on rend une forme de dignité à la victime. Ce point n’emporte pas l’adhésion de la plupart des participants, qui tendent à assimiler cette punition à la vengeance.

Il est alors question de l’efficacité de la punition. La punition est-elle un moyen efficace pour empêcher crimes et délits ? Un psychologue travaillant auprès des jeunes et ayant à traiter ce problème remarque que la punition ne fonctionne pas sur tout le monde. Il y a des « incorrigibles », et la source de cette incorrigibilité est sans doute à chercher dans des troubles de la personnalité. Mais n’est-ce pas aussi un effet du libre-arbitre ? C’est là un point important que je souligne. En effet, il est essentiel de voir que la légitimité de la punition est adossée à l’existence d’un libre arbitre. Commettons-nous librement le mal, ou bien sommes-nous les victimes innocentes de la causalité ?

On remarque que la punition a une valeur d’exemplarité. On punit de manière publique pour dissuader les autres de commettre un crime. Cette dissuasion peut fonctionner pour les délits courants, comme en témoigne des Etats très répressifs comme Singapour, par exemple, réputé comme le plus sûr du monde. (A titre d’exemple, tagger un mur y est passible coups de fouets, ou encore, la possession de quelques grammes de drogue est passible de la peine de mort). Mais pour des crimes, elle ne semble pas efficace. L’existence de la peine de mort ne semble pas dissuader les criminels aux Etats-Unis. Peut-être parce qu’en commettant de tels actes (meurtres, viols), un individu est bien au-delà du calcul risques / avantages. Par ailleurs, l’efficacité de la prison est régulièrement discutée, étant donné le fort taux de récidive. Il est alors discuté des alternatives à la punition. Le public propose la prévention, l’explication, l’éducation. De manière générale, l’alternative consiste à sortir du champ du passionnel, de la violence, pour en revenir au champ du rationnel, du langage. Mais est-ce bien efficace par ailleurs ?

En somme, la punition est peut-être nécessaire, mais c’est une triste nécessité, elle est toujours l’aveu d’un échec. Aveu d’un échec qui est lui-même, peut-être, voué à l’échec de par son inefficacité à établir la justice qu’elle vise. Reste à savoir l’échec de qui, ce que la soirée n’a pas permis de trancher. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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10 octobre 2018

Résumé Atelier-philo - 18/10/18 - Histoire et philosophie

Atelier-philo 2

Le prochain ATELIER PHILO, activité libre et gratuite, articulera PHILOSOPHIE et HISTOIRE. Il se tiendra en lieu et place de l'Apéro Philo, le jeudi 18 octobre à 18h45 au Dimanche à la Campagne.

 Nous recevrons Jean Bernard Delhom, professeur d'histoire, pour réfléchir ensemble sur le thème suivant :

"L'histoire peut-elle éclairer le présent ?"

Notre monde nous apparaît souvent opaque, obscur et incompréhensible, emporté par des mouvements imprévisibles, soumis à une accélération vertigineuse dans tous les domaines. Mais d'un autre côté, il existe des permanences, des résistances qui ne se comprennent que par référence au passé. L'histoire, cette mémoire des peuples, pourrait être convoquée pour tenter d'apporter des éclaircissements : en quoi les passé détermine-t-il le présent ? L'historien peut-il mieux que le profane, explorer les changements, y démêler ce qui est connaissable de ce qui semble échapper à toute connaissance et à toute prévision ? 

Résumé de la soirée :

En ouverture nous nous interrogeons sur le présent du monde qui ne laisse pas de nous étonner : mondialisation ou globalisation, gigantisme, complexité, interdépendance, accélération universelle – cette ère est-elle absolument nouvelle, faut-il parler d’une révolution anthropologique, ou bien peut-on y repérer des constantes, que l’historien, mieux qu’un autre, est capable de repérer ? Que nous apporte l’histoire pour éclairer le présent ?

Voici quelques traits saillants de la présentation de Jean Bernard :

Il faut se poser deux questions : l’utilité et la légitimité de l’histoire. Pour y répondre il faut considérer d’abord l’objet de l’Histoire.

C’est le passé humain. Mais ce passé, par définition, n’est plus, pas plus qu’il n’est reproductible. Pourtant il a laissé des traces, des « monuments »  de toutes sortes : écrits, monnaies, temples, vestiges etc . Ce qui fait que le passé est d’une certaine manière présent, encore qu’il faille repérer cette présence : il faut un certain type de regard pour déceler les traces, les faire entrer dans une question, les faire « parler ». L’objet historique n’est pas donné comme tel, il est construit. On pourrait faire un parallèle avec la méthode expérimentale : construction du problème, hypothèse, vérification –  sauf qu’aucune expérimentation n’est possible, et que les preuves, s’il y en a, restent conjecturales.

L’histoire est un va et vient entre le présent et le passé. Elle s’écrit au présent, en créant des mises en perspectives du passé, y repérant des chronologies, des périodicités, des époques-charnières, des temps de crise, des mutations et des régularités. Il en résulte nécessairement que l’histoire n’est jamais close, qu’elle supporte et encourage la diversité des analyses et des jugements, et qu’en somme on peut toujours reprendre l’histoire faite pour la contester, la renouveler.   Il ne faudrait pas en conclure que l’histoire est inutile : si le savoir qu’elle délivre est incertain elle a l’immense mérite de nous révéler notre passé, proche ou lointain, de délivrer un récit (« un roman vrai » ?) qui nous permet de nous situer dans la continuité des temps.

Il resterait à s’interroger sur la position singulière de l’historien, homme du présent qui interroge le passé : que cherche-t-il donc à savoir qu’il ne trouve pas dans le spectacle du présent ?

 

La première partie du débat portera sur les attentes et les déceptions relatives à l’histoire. « L’histoire ne sert à rien, elle ne nous dit rien sur le présent » D’autres relèvent le fait que nous sommes doués de mémoire, et que d’une manière ou d’une autre l’histoire continue à agir sur nous ou à travers nous. Sommes-nous agis ou agissants ? On relève aussi le fait que nous jouissons de certains acquis fondamentaux : droit, Etat, sécurité etc que nous devons à l’histoire. Mais le débat ne cesse de basculer entre deux définitions de l’histoire : tantôt la science historique, tantôt l’Histoire, la marche générale de l’humanité. La clarification, qui eût été indispensable, ne se fait pas vraiment.

En seconde période on revient plus résolument à la question initiale : l’histoire éclaire-t-elle le présent ? Notre époque présente est-elle marquée par une nouveauté radicale ou bien peut-on, malgré tout, y repérer des constantes ? On remarque d’abord la pérennité de certaines institutions, qui peuvent bien changer dans la forme mais conserver l’essentiel de leurs fonctions : le mariage, le pouvoir politique par ex. « La même chose mais autrement », selon le mot de Schopenhauer. Ensuite on relève l’invariant anthropologique : les mêmes passions, indéracinables, toujours à l’œuvre, quelques soient par ailleurs les structures et les formes de la société. Puis le conditionnement qui vient du génotype : la biologie des instincts, pulsions etc

La soirée s’achève sur une question épineuse : la connaissance du passé permet-elle d’éviter la répétition, notamment des conflits qui ont dévasté le monde ? On se demandera si la connaissance parvient à descendre si profond dans l’âme humaine ou si elle n’apparaît pas souvent comme l’écume agitée à la surface des flots.

-        Encore merci à Jean Bernard pour ses précieuses contributions.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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08 septembre 2018

Résumé Manhattan-philo - 10/10/18 - Homme-Animal, différences ?

 

Manhattan-philo1

 Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 10 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Qu'est-ce qui distingue l'homme des autres animaux ?

Sujet 2 : Pourquoi punir ?

Le sujet choisi par le groupe fut :

Qu'est-ce qui distingue l'homme des autres animaux ?

Résumé de la soirée :

Pour cette soirée philosophique au Manhattan, le public a choisi de parler de l’homme et de l’animal autour de la question suivante : « Qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal ? ». J’ai introduit ce sujet en commençant par souligner que cette question du propre de l’homme n’est pas réglée, en dépit de la théorie de l’évolution. Car s’il est clair que l’homme est un animal, qu’il est issu d’un processus d’évolution du vivant, la nature de l’homme reste indéfinie. Et cette nature est plus essentielle à connaître que la nature d’une autre espèce animale. En effet, ainsi que Kant le rappelle, la question « Qu’est-ce que l’homme ? » est la question qui résume tout le questionnement philosophique. Et puisque définir, c’est délimiter, il est légitime de chercher à délimiter l’homme des autres animaux pour comprendre sa spécificité.

Durant la soirée, on peut dire que deux grandes lignes de réflexion sont apparues. La première a consisté à interroger la légitimité de la question. En effet, il apparaît à plusieurs que cette question relève d’une volonté de se distinguer du monde animal, d’un besoin de se penser supérieur et de donner des raisons à cette supériorité. L’exploitation que l’homme fait du monde animal se trouve ainsi légitimée par un tel discours anthropocentriste. Certains avancent que l’homme pourrait n’être qu’un animal parmi d’autres, sans distinctions particulières telles que la conscience ou l’intelligence, qui s’observent chez les animaux. Pour un autre, la notion d’espèce humaine n’a tout bonnement pas de sens eu égard à la théorie de l’évolution. L’espèce n’est qu’une vue, qu’une coupe faite sur l’histoire évolutive. Pour un autre enfin, l’homme n’est tout bonnement pas capable de se définir car il ne peut pas s’objectiver, étant tout à la fois juge et partie ; son jugement est donc biaisé.

Une seconde ligne de réflexion a consisté à proposer une série de critères permettant de démarquer l’homme et l’animal. Ont été cité en particulier la raison, la conscience, ou encore la parole. Ces termes restants assez généraux, certains ont établi des distinctions plus précises. En particulier, a été mentionné la capacité à la symbolisation. L’homme serait ainsi un animal créateur d’un univers symbolique, notamment par le biais du langage, dans lequel il peut produire à loisir des fictions. Le symbole, chez l’homme, serait ainsi à distinguer du signal, chez l’animal. Le symbole renvoie dès lors à la pensée, tandis que le signal renvoie à l’action et à la réaction. Un autre, enfin, propose de voir dans la capacité que l’homme a de s’interroger sur sa nature une marque distinctive de l’humanité. En effet, les animaux n’observent pas les hommes pour les connaitre, mais nous, en revanche, nous observons les animaux pour chercher à savoir non pas tant ce qu’ils sont, que ce que nous sommes. 

 Pour Métaphores,

Timothée Coyras

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01 septembre 2018

Résumé Café-philo - 09/10/18 - Se moquer du monde ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois d'octobre (activité libre et gratuite) s'est tenue le mardi 9 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne. Le sujet voté par le groupe fut : 

 

« Peut-on ne pas se moquer du monde ? »

Résumé de la soirée : 

1)   « Peut-on ne pas … » La question présuppose un état de fait antérieur auquel il faudrait renoncer, ou qu’il faudrait combattre, ici, la supposition qu’on se moque du monde, que tout un chacun, peu ou prou, se moque du monde. Mais que signifie « se moquer du monde « ?

2)   Se moquer : railler, critiquer par la dérision, grimacer (voir l’espagnol). Se moquer en s’indignant, en dévaluant. Se moquer par méchanceté, ou plus simplement pour se distancier, se retirer, affirmer sa différence, son intégrité personnelle, sa singularité. On se moque d’autrui mais autrui en fait tout autant, si bien que la moquerie peut s’entendre comme une pratique sociale universelle, une forme paradoxale du lien social, qui marque à sa manière la fameuse « insociable sociabilité » signalée par Kant.

3)   La réflexion du groupe se déplace alors vers « le monde ». Quel est ce monde dont « on » se moque ? Peut-il s’agir du vaste monde, de la planète ? C’est peut-être forcer le trait. Il s’agit plus vraisemblablement du monde social, humain qui nous entoure : on se moque des êtres humains, relevant leurs ridicules ou leurs bassesses. Mais le monde est aussi, plus étroitement, le monde de chacun en particulier : l’espace de confort ou d’inconfort où nous vivons, qu’autrui peut bien moquer à l’occasion puisque nous faisons de même. Ce qui fait monde c’est un certain régime de sécurité, de normes acceptées, de valeurs qui définissent un lien social. Celui qui se moque du monde passe outre à des conventions qui font sens, comme l’escroc qui s’enrichit sans vergogne, le politicien qui trompe son monde. Où l’on voit aussi combien ce monde est fragile, menacé par l’incivilité, le délit ou le crime. La question qui revient avec insistance dans le groupe est de savoir s’il faut adhérer, adopter les valeurs sociales, ou si, en quelque sorte on peut s’en moquer au nom de la singularité.

4)   C’est alors qu’apparaît un tableau contrasté de figures dont on peut estimer qu’elles se moquent ouvertement du monde : l’hypocrite, le bavard du café du commerce, l’humoriste, le clown, le fou du roi, à quoi il faudrait ajouter, dans un registre plus philosophique, le cynique, le Diogène aboyant, vilipendant, grimaçant, jactant contre le « monde » de la fausse culture athénienne, au nom d’un idéal de vertu et d’authenticité. Ce vrai cynique inspirera de faux cyniques dont le seul but est de se faire un nom dans le monde en rabaissant autrui. Où l’on voit que la moquerie, si elle se réclame de hautes valeurs, peut aisément basculer dans l’égoïsme, l’arrivisme ou la destructivité.

5)   Un dernier grand moment de la discussion verra émerger une question capitale : ce monde dont nous parlons fait-il monde ? S’il ne repose que sur des conventions, des accords laborieusement passés entre les gens, des valeurs imprécises et changeantes, en quoi mérite–t-il le nom de monde ? Et pourtant c’est bien dans ce monde que nous vivons : on peut bien changer les lois, revoir les conventions, amender et corriger, sur le fond rien ne change. La loi d’aujourd’hui remplace la loi d’hier, mais c’est toujours la loi. Chacun fait semblant d’y croire tout en sachant que ce n’est que convention. Si le semblant est au cœur du monde et au cœur de chacun, il faut en conclure que le semblant est le régime ordinaire de la vie : dès lors on n‘en aura jamais fini d’ironiser et de moquer. C’est peut-être ce qu’il nous reste de liberté quand la liberté est rognée de toutes parts.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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18 août 2018

Résumé Apéro-philo 27/09/18 : Quel choix de vie ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de septembre s'est tenu le jeudi 27 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Quel choix de vie : s'enraciner ou errer ? 

Résumé de la soirée :

La question est de savoir si on choisit sa vie, les conditions et les modalités de ce choix, dont l’enracinement et l’errance sont des expressions extrêmes. Si chacun prétend volontiers qu’il choisit sa vie, et sa voie, il apparaît à l’examen que ce choix est souvent truqué : l’entourage, les conditionnements familiaux, la religion héritée, le désir parental ont souvent mis en place une sorte de prédestination qui laisse peu de choix au sujet, sauf à admettre qu’il existe en chacun un pouvoir de réflexion et de décision qui lui ouvre une voie nouvelle et originale. La destinée est-elle l’œuvre du destin, ou la manifestation créatrice d’une liberté ?

J’ouvre le débat en évoquant la question que se pose Descartes : quel chemin suivrai-je en la vie ?

1)   Dans le premier temps du débat nous cherchons à savoir comment on choisit sa vie. Les interventions qui suivent montrent combien chacun est conditionné, dès la naissance, par la famille, le langage, la culture, les attachements, les incitations, les circonstances, au point que l’on finit par se demander si « ma vie est bien ma vie », si « l’existence est bien mon existence » ? Serions-nous vécus là où nous croyons vivre ?

2)   Ces préliminaires critiques, fort nourris et convaincants, tendent à ruiner l’idée même de liberté, laquelle ne serait plus qu’une illusion : on songe à Spinoza qui faisait remarquer que l’alcoolique se persuade qu’il désire librement le vin alors qu’il est déterminé par des causes qu’il ignore. Notre libre arbitre ne serait que l’expression de notre ignorance, et s’il est facile de proclamer une liberté de principe, il est plus difficile de rechercher les formes et les causes de notre dépendance. Mais cette connaissance est peut-être le seul moyen dont nous disposons pour ouvrir une brèche dans le conditionnement et travailler concrètement à créer un espace de liberté.

3)   En fait nos choix relèvent souvent de tâtonnements, d’essais et erreurs, de reprises et rectifications, dans un itinéraire qui est rarement balisé et rectiligne. Un participant relève le fait que notre propre vie est en un certain sens multiple, formée d’entrecroisements de destins divers et contradictoires, et que si nous cherchons un sens, ce sens reste énigmatique et problématique. D’où l’idée d’errance, qu’il faut entendre autant, voire plus, au niveau mental qu’au niveau physique.

4)   La deuxième partie s’ouvre logiquement sur la question : peut-on être libre sans errer ? On évoque Rimbaud, « l’homme aux semelles de vent », les voyages, les rencontres, les aventures, le hasard, ou comme Descartes, « le grand livre du monde ». Mais s’il est des errances fécondes, créatrices, libératrices, il en est d‘autres qui ne sont que malheur, misère, fuite et souffrance. Ceux–là auraient peut-être aimé s’enraciner en quelque lieu, faire des connaissances et « cultiver leur jardin ».

5)   La soirée s’achève sur le thème de la nécessité des ruptures : point de liberté si l’on ne peut dire non, prenant le risque de la solitude. Il y faut du courage, de la résolution, et un profond désir. Ce qu’on cherche au terme du voyage, ce qui motive la quête, en dernier ressort, c’est de se trouver soi-même – ce qui n’implique pas le refus des autres, mais de se réconcilier avec soi-même dans une plus grande clarté.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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