16 janvier 2018

Résumé Apéro-philo 22/02/18 : Vie et hasards

Apero philo

 

L' Apéro-philo, du mois de février s'est tenu le jeudi 22 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Notre vie n'est-elle qu'une suite de hasards ?

Résumé de la soirée : 

1)   Le sujet est abordé à partir du livre de  Freud : « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci » qui pose le problème avec beaucoup d’acuité : peut-on comprendre une destinée individuelle à partir d’une constellation de hasards qui ont façonné l’enfance et déterminé l’orientation générale de la vie ? Quelle est la part du hasard, des hasards, et celle de la liberté, si du moins une telle liberté existe ?

2)   Le premier temps de la réflexion est consacré au hasard. On relève que le terme renvoie à la pratique du jeu de dé. Le hasard c’est le dé qui tombe. On ne peut prévoir le coup, du moins individuellement. Le hasard ainsi compris marque notre impuissance à savoir, à maîtriser le cours des choses. Même si on peut parvenir à une certaine connaissance des séries (la loi des grands nombres et la prévisibilité statistique) la prévision du cas individuel (cas=caso= chance) est impossible. Ce qui va nous arriver tel jour à telle heure est imprédictible, et pourtant cela peut avoir de grandes conséquences pour notre vie : ex une rencontre, un accident de voiture etc. Quoi que nous fassions pour limiter les hasards il reste un coefficient d’incertitude qui ouvre sur la nouveauté et parfois sur le tragique.

3)   Pour ce qui est de notre destinée on peut relever un ensemble impressionnant de « circonstances «  et d’ « influences » qui préexistent et qui vont modeler notre vie : déterminations familiales, appartenances, pressions de groupe, modèles et normes de comportement etc. Tout cela crée les conditions d’une certaine régularité, façonnant peut-être la destinée. Mais elles ne sauraient exclure le rôle d’irrégularités imprévisibles qui peuvent orienter le cours dans un sens différent : apparaît alors de l’inconnu, du risque, mais aussi de l’imaginaire, et du désir.

4)   Surgit alors un nouvel élément de la problématique : que peut la conscience ? Que ferai-je des déterminations qui pèsent sur moi, que je n’ai pas choisies ? Ce hasard qui fait irruption dans ma vie que vais-je en faire, le nier, le refouler, l’examiner, l’intégrer et m’en servir selon mon désir ? C’est ici qu’il semble possible de poser la question de la liberté : je ne suis pas libre de ne pas être affecté par le hasard, mais je peux choisir le sens que je lui donnerai pour moi-même.

5)   Vivre sa vie c’est tracer un chemin – mais ce chemin est-il déterminé par le désir d’autrui ou par le jeu obscur des hasards et la force des circonstances – ou bien le sujet peut-il revendiquer sa part, sa part de conscience et de décision ? C’est dans l’épreuve du choix que se fait concrètement ce travail de réappropriation, de subjectivation. Face au hasard il appartient au sujet de « se hasarder » - de se lancer lui-même dans un espace non balisé où il puisse faire l’épreuve de sa liberté.

Pour Métaphores, Guy Karl

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15 janvier 2018

Résumé Café-philo - 13/02/18 : Perdre son temps ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de février 2018 (activité libre et gratuite) s'est tenu mardi 13 à 18h45 à Pau au Palais Beaumont. Il fut animé par Guy, philosophe, et modéré par Nicole. Le sujet voté par l'assemblée présente et motivée fut :

Pourquoi faudrait-il ne pas perdre son temps ?

Résumé de la soirée : 

1)   La question est évidemment une provocation, si l’on songe à l’injonction universelle de mettre son temps à profit, de gagner du temps, de gérer le temps, voire de le maîtriser. Si «  le temps c’est de l’argent » on saisit d’emblée la nature de cette injonction, dans un monde dominé par le souci de la rentabilité, de l’utilité et de la performance.  D’où l’intérêt de la question : faut-il se soumettre sans résistance au diktat du système, ou bien rechercher un autre rapport au temps, dans lequel le sujet puisse sauvegarder ou affirmer quelque chose de sa subjectivité créatrice ?

2)   D’emblée le groupe met l’accent sur cette injonction sociale et sociétale : le temps est précieux, il faut l’utiliser, ne pas le gaspiller, ne pas le perdre. Etre efficace, gérer rationnellement, être performant. Discours dominant qui exerce une pression constante, au travail, mais aussi hors du travail, dans les loisirs, l’organisation familiale, les rapports sociaux ; diktat qui détermine les rythmes de la vie sociale, mais aussi individuelle. Forme moderne de la moralité, avec ses devoirs et ses interdits spécifiques, qui détermine largement l’image que chacun se fait de soi et qu’il renvoie aux autres.

3)   Le manquement à cette injonction crée chez certains un sentiment de malaise, une sorte de stress, ou de mauvaise conscience : cela vérifie l’analyse précédente.

4)   Mais ces analyses ne rendent compte que d’un aspect de la question en négligeant le pôle subjectif : le sentiment de perdre son temps s’éprouve plutôt dans l’ennui, dans l’impuissance, dans l’inoccupation stérile, voire dans des occupations faites sans plaisir. On peut perdre son temps tout en se dévouant  à quelque tâche socialement utile, pour peu qu’on n’y trouve aucun intérêt personnel. Apparaît alors un nouveau thème : le temps devient mon temps si je suis en accord avec moi-même, si j’agis en conformité avec moi-même, selon mon désir, en exerçant ma liberté. Dans ce registre les injonctions et valeurs sociales n’ont plus cours. Le temps perdu c’est le temps aliéné.

5)   Perdre son temps c’est souffrir, soit par impuissance, inhibition – alors je ne puis rien faire, ni agir, ni penser – soit parce que je suis contraint de faire ce que je n’ai nulle envie de faire. Sitôt que je retrouve mon désir et ma liberté je n’ai plus le sentiment de perdre mon temps, et même si je ne fais que contempler, penser ou rêver, je suis dans mon temps (mon tempo) personnel, j’ai le plaisir d’être là, présent à moi et au monde. Voir la cinquième « Rêverie » de Rousseau, qui, allongé sur sa barque au milieu du lac de Bienne, goûte le ravissement d’une inactivité plaisante et le pur sentiment de son existence.

6)   « Les processus inconscients sont intemporels » notait Freud. C’est dire que par un côté de notre être nous sommes étrangers aux impératifs sociaux, dans la rêverie, le fantasme, le désir et les productions diverses de l’art. L’homme est condamné à vivre sur deux plans à la fois, s’adaptant vaille que vaille à la nécessité sociale (principe de réalité), et rêvant d’une vie plus libre (principe de plaisir). Quand l’opposition entre les deux plans est trop violente l’homme souffre, et a le sentiment de perdre son temps en manquant sa vie. Dans l’idéal on peut souhaiter que chacun puisse, dans la mesure de ses moyens, et selon les circonstances, introduire un peu de fantaisie dans le sérieux de la vie, et faire souffler « un supplément d’âme ».

Pour Métaphores,

Guy Karl

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13 janvier 2018

Résumé Manhattan-philo 7/2/17 : La philosophie est-elle dangereuse?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de Février s'est tenu le mercredi 7 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Notre animateur, Timothée Coyras, exceptionnellement absent ce soir a été remplacé par Guy.

Nous avons substitué à la formule rituelle du Manhattan avec ses trois sujets (qui seront relancés le mois prochain) un café-philo en recueillant en début de soirée des propositions soumises au vote.

Le groupe présent a opté majoritairement pour la question suivante : 

La philosophie est-elle dangereuse ?

Résumé de la soirée :

1)   Danger pour qui ? Le système politique ? Les valeurs et les coutumes ? Ou bien danger pour celui qui s’y livre, en raison de quelque inquisition ou répression à son égard ? Ou encore parce que l’exercice de la philosophie, même en régime démocratique, serait intrinsèquement dangereux ?  Il faudra en conséquence distinguer les types de danger selon leur source mais aussi selon leur nocivité, réelle ou supposée. On peut croire qu’il y a du danger là où objectivement il n’y en a aucun.

2)   Que faut-il entendre par philosophie ? Est-ce le corpus impressionnant des textes classiques et modernes ? Est-ce l’institution universitaire, voire, au lycée, la classe de philosophie ? Mais il n’y a pas de philosophie vivante hors de la pratique, et celle-ci est essentiellement personnelle, même s’il faut souvent passer par un apprentissage auprès d’un aîné. La question devient : que faut-il entendre par « philosopher », et quel danger – éventuel – encourrait celui qui se livre à cette pratique ?

3)   Le groupe met l’accent sur le doute, inséparable de l’activité philosophique. On convoque l’exemple cartésien : qu’est-ce que penser, en quoi la pensée est-elle l’activité propre du sujet, qui dans la pensée découvre son existence : je pense, je suis, j’existe. Peut-on dès lors généraliser le doute, suspendre les croyances établies, les traditions, les savoirs – et pourquoi pas les pouvoirs ? A-t-on le droit de procéder à un universel examen de toutes les opinions et certitudes ? C’est là que l’on retrouve le problème politique et religieux, avec le danger bien réel qui a pesé sur nombre d’esprits libres, qui parfois furent pourchassés, condamnés, exécutés (Socrate, Giordano Bruno par ex). Les régimes autoritaires et surtout totalitaires veulent mettre la pensée au service du pouvoir et y parviennent souvent par leur politique de répression. Dans cette situation là il y a danger réel, et tout le problème est de contourner la censure, comme le fit Spinoza en son temps.

4)   Philosopher c’est mettre en doute, interroger, problématiser : « Ose te servir de ton entendement » disent les Lumières. A la source de cette pratique c’est l’étonnement qui joue le rôle de déclencheur, étonnement devant l’opacité du monde (les espaces infinis de Pascal), devant la souffrance (Schopenhauer, Bouddha), devant l’énigme de la mort etc. Etonnement qui sera stérile si l’on en reste au constat, fertile si le sujet « travaille » le pathos en se servant de son intelligence. Dans ce champ-là ce n’est pas tant le pouvoir politique qui présente un danger que le sujet lui-même qui se fait peur à lui-même, invoquant des forces imaginaires qui le détourneraient de l’activité de penser : idoles interiorisées, inhibitions psychiques, soumission aveugle à l’autorité, peur du châtiment céleste, besoin de protection et de sécurité, bref ce que Kant appelait la « lâcheté ». Philosopher s’entend dès lors comme un travail de libération psychique, dont beaucoup de maîtres ont su donner l’exemple.

5)   On comprend mieux dès lors pourquoi les pouvoirs n’aiment pas la philosophie. Ce n’est pas un contre-pouvoir au sens strict, ce n’est pas un parti d’opposition, ni une niche d’antisociaux, rebelles et réfractaires. C’est une école de pensée, une « scholè » au sens grec : un loisir créateur, un lieu ouvert de discussions et d’échanges, un atelier d’essais, bref un lieu de parole. Son objet est l’étude de l’homme, comment cet homme peut évoluer de l’immaturité constitutive à la pleine maturité psychique, avec quelles méthodes, avec qui : sans doute faut-il au penseur un ami, comme le fut La Boétie pour Montaigne. Et pour tous l’amie par excellence que les Anciens appelaient la Sagesse.

6)   Pour conclure je me suis permis un petit apologue sur Diogène le Chien, dont on peut toujours discuter les thèses, mais qui a offert l’exemple d’un détachement souverain à l’égard des biens de ce monde, des valeurs en cours et des idéologies sociales, allant jusqu’à apostropher Alexandre, le maître du monde : « ôte-toi de mon soleil » !

Pour Métaphores, Guy Karl

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04 janvier 2018

Résumé Cercle littéraire 6/2/18 : Lectures partagées

Cercle Littéraire

Le cercle littéraire du mois de février s'est tenu le mardi 06 février au Dimanche à la campagne. La soirée animée par Janine Delaitre a été consacrée aux ouvrages évoqués lors du dernier Cercle (clic).
 
Résumé de la soirée :

Résultat de recherche d'images pour "Falaise des fous"Patrick Grainville Falaise des fous ; ce roman évoque Etretat de 1868 à 1927 et les peintres Monnet, Courbet . La grande densité d'évènements apprend beaucoup sur cette période , Paris et la Commune, Etretat et les Terrre-neuvas

Résultat de recherche d'images pour "La jeune fille à la perle"Tracy Chevallier La jeune fille à la perle livre qui fait entrer dans l'intimité et le travail du peintre Vermeer . A redécouvrir .

Résultat de recherche d'images pour "Quand sort la recluse"Fred Vargas Quand sort la recluse Oeuvre très appréciée par plusieurs lectrices. Une intrigue haletante et tissée avec une maîtrise redoutable, qui intoduit dans un monde mystérieux et ignoré .

Résultat de recherche d'images pour "Couleurs de l'incendie"Pierre Le Maître Couleurs de l'incendie suite de Au revoir là-haut , dix-spet ans après…Ce récit captivant narre la vengeance menée par Madeleine contre trois personnes . Rebondissements, structure de roman feuilleton, ambiance à la Dumas, la patte de l'auteur de polar est bien présente .

Résultat de recherche d'images pour "Le gang des rêves"La vengeance toujours mais à New-York, dans les années 1909-1920 dans le milieu de la mafia avec Le gang des rêves de Lucas de Fulvio (2016) Cette oeuvre très bien écrite et poétique montre de façon documentée l'envers du rêve américain.

Résultat de recherche d'images pour "Les enfants de Venise images"Une suite : Les enfants de Venise .Auteur cubain :Padura, L'homme qui aimait les chiens met en scène l'assassinat de Trotsky. Ce roman mi-historique, mi-policier fait défiler le XX°, les Brigades Internationales, les communistes assujettis à Moscou et dresse la critique du castrisme. Autres romans du même auteur : Les hérétiques, La bourgeoisie . Un roman plus psychologique sur une Emma Bovary moderne, situé dans le Nord

Résultat de recherche d'images pour "Danser sur l'abîme"Danser sur l'abîme Grégoire de Lacour ( 2017) L'auteur s'est fait connaître par La liste de mes envies , ouvrage sur le désir.

Résultat de recherche d'images pour "L' homme qui voyait à travers les visages"Le dernier livre d'Eric Emmanuel-Schmitt L' homme qui voyait à travers les visages ,suite de La nuit de feu suscite des avis divergents: le mysticisme et le surnaturel dérangent ou enthousiasment . Une enquête, des rebondissements, du suspense, pas de réponse définitive …Chacun se fera son opinion.

Résultat de recherche d'images pour "La croisée des mondes"Une lecture d'«ados», l'univers de la fantasy, vraiment palpitant et à découvrir : Philippe Pullman. La croisée des mondes , La trilogie de la poussière . Bien écrit, un vrai plaisr de lecture .

Résultat de recherche d'images pour "Chanson de la ville silencieuse"On aime ou pas : Olivier Adam Chanson de la ville silencieuse 2018 La fille d'une rock-star qui ressemble à Nino Ferrer, recherche son père disparu à Lisbonne . Un ton juste pour cette quête menée par une jeune fille discrète . « Très beau roman tout en délicatesse » , selon François Busnel . Le monde politique est évoqué dans La renverse , Peine perdue , le Japon dans Le coeur régulier

Résultat de recherche d'images pour "Auprès de moi"Le Nobel 2017 Kazuo Ishiguro est cité (ne pas se fier au nom japonais ; l'auteur est britannique) Auprès de moi toujours Récit d'anticipation (mais jusqu'à quand? ) sur les clones . Cette oeuvre très bien écrite et captivante pose de graves questions éthiques .

Résultat de recherche d'images pour "Quand nous étions orphelins"Quand nous étions orphelins 2001 est considéré comme le chef d'oeuvre de cet écrivain.Le géant enfoui 2015 sorte d'épopée médiévale relatant le voyage d'un couple âgé est jugé difficile .

Résultat de recherche d'images pour "La petite-fille de Monsieur Linh"Une valeur sûre : Philippe Claudel : sa nouvelle La petite-fille de Monsieur Linh , conte très émouvant évoque les drames de l'émigration . Le rapport de Brodeck est un très beau récit sur le thème de l'exil et de la déportation .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

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02 janvier 2018

Résumé Atelier-philo - 30/01/18 : La reconnaissance : Hegel et Honneth

Atelier-philo 2

L' Atelier-philo du mois de janvier s'est tenu le mardi 30 à 18h45 au  "Dimanche à la campagne". Cette soirée libre et gratuite, fut consacrée au thème de la reconnaissance en compagnie de Pierre Bernet, docteur et professeur de philosophie, spécialiste de Hegel. La soirée fut animée par David Pourille, président de notre association Métaphores. Après une analyse de la reconnaissance chez Hegel par notre invité, l'animateur proposa un prolongement théorique à partir des thèses de Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance), philosophe et sociologue allemand contemporain.  

"Reconnaître un enfant, reconnaître ses torts, reconnaître les faits ou reconnaître le mérite de quelqu’un, …, la reconnaissance est vraiment polymorphe. Pour autant, nos sociétés aujourd’hui sont traversées par un souci de reconnaissance, de soi, déjà, mais aussi des communautés auxquelles on appartient, qu’elles soient ethniques, linguistiques, sexuelles ou autres." (Pierre Bernet)

Résumé de la soirée :

La reconnaissance devient aujourd’hui un thème d’analyses socio-politiques de plus en plus courant. Les revendications sociétales à la reconnaissance remplaceraient, selon André Gorz, les luttes de classes ou leurs revendications. Reconnaissance de quoi ? Reconnaissance de qui ? Ce thème a été inauguré par le philosophe allemand G.W.F. Hegel au début du XIXème siècle et est devenu le thème principal des réflexions philosophiques d’un autre philosophe allemand, contemporain, Axel Honneth.

Résultat de recherche d'images pour "hegel"Hegel, La Phénoménologie de l'esprit

Pour le premier, Hegel, la reconnaissance est l’objet d’une lutte entre deux figures, l’un a la maîtrise sur l’autre, cet autre demeurant dans la servitude. A tort nommée la dialectique du maître et de l’esclave (traduisant mal le mot allemand qui renvoie plutôt à la servitude), cette dialectique est une lutte au risque de sa vie. Les deux figures luttent pour l’accès à la liberté. « L’individu qui n’a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne ; mais il n’a pas atteint la vérité de cette reconnaissance d’une conscience de soi indépendante » écrivit Hegel dans sa Phénoménologie de l’esprit (1807).

Axel Honneth s’inscrit dans cette philosophie dialectique et agonistique. Dans son ouvrage La lutte pour la reconnaissance (1992), il structure trois processus de reconnaissance : affective, l’amour ; juridique, la responsabilité ; sociale voire éthique, les capacités et qualités de chacun. Chaque forme se développe de manière parallèle : l’amour induit la confiance en soi et a pour négation la violence, le mépris ; la responsabilité induit le respect de soi et a pour négation la privation de droit, l’exclusion ; et les capacités et qualités reconnues induisent l’estime sociale qui a pour négation l’humiliation, l’offense. Selon Honneth, il existe une lutte, ou une concurrence pourrait-on dire en simplifiant, pour l’accès à ses processus de reconnaissance ; cette lutte est sociale et elle a pour point de départ le mépris de ceux qui refusent aux autres l’accès aux reconnaissances.

Résultat de recherche d'images pour "Honneth"Axel Honneth, La Lutte pour la reconnaissance

Après une présentation détaillée de cette lutte pour la reconnaissance, sont proposées au large public présent trois questions : cette reconnaissance existe-t-elle ? Quelles formes prend-elle ? Et enfin, la lutte pour la reconnaissance peut-elle servir de norme ?

Si d’emblée on perçoit la reconnaissance comme un mouvement de la vie, car on entre dans le monde dans des formes qui ne sont pas « moi », et il s’agit donc de transformer l’autre comme mien, une objection apparaît : la reconnaissance est un jeu dupé, un ratage fondamental car « on n’aime que des qualités » (référence à une citation de Blaise Pascal), une reconnaissance pleine et entière serait un idéal inaccessible, sources de souffrances. Il ne peut y avoir de reconnaissance intégrale. Par la suite, cette quête de reconnaissance, si fréquente sur certains réseaux sociaux, est contredite par une recherche de réel anonymat sur d’autres réseaux sociaux moins visibles et plus militants.

La critique de la quête de reconnaissance s’approfondit : le besoin de reconnaissance ne s’apparente-t-il pas à une forme de dépendance et de perte de liberté ? Puis c’est le concept lui-même que l’on cherche à réfuter, car la reconnaissance présuppose une identité que l’on voudrait pérenne. On lui oppose alors la recherche de considération. Par ailleurs, où se situe le critère de la reconnaissance interroge-t-on ?

Le débat, plus fourni que ce résumé ne le laisse paraître, aboutit à la figure de l’artiste. L’artiste et sa subjectivité disparaît à la faveur de l’œuvre d’art pour, chez certains en tout cas, une élévation de l’esprit. L’artiste doit-il être reconnu ? Non affirme-t-on, il doit être au-delà.

 

Merci au public de s'être déplacé aussi nombreux pour un moment de belle densité philosophique et de discussion particulièrement riche.

Pour Métaphores, David Pourille

    

 

 

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01 janvier 2018

Résumé Apéro-philo - 18/01/18 : Les passions politiques

Apero philo

L' Apéro-philo, (activité libre et gratuite) du mois de janvier, s'est tenu le jeudi 18 2018 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Comprendre les passions politiques

Résumé :

J’ai proposé en ouverture un positionnement de type spinozien : ne pas se moquer, ni s’exalter, mais considérer les passions comme des faits empiriquement constatables dont il importe de rechercher les causes. Les passions politiques exercent une action considérable dans le cours de l’histoire, sont à l’origine de grandes calamités, parfois de grandes réalisations, si bien que c’est une nécessité pour tout corps politique de savoir les gérer, s’il entend se maintenir dans la durée. Notre propos sera de préciser les formes, les effets, les causes des passions politiques, puis, en seconde partie, de réfléchir aux conditions d’une gestion possible. Après les passions politiques une politique des passions.

1)   Nous prendrons le mot passion dans son sens moderne et courant : une concentration, une intensification du désir qui peut aller jusqu’à l’exaltation. Le domaine politique offre de nombreux exemples de telles exagérations, avec des effets tantôt positifs, tantôt catastrophiques.

2)   La discussion démarre sur la question de l’idéologie : l’idéologie est-elle la forme privilégiée d’une concentration passionnelle (avec une idée centrale, pathologiquement survalorisée au mépris de la réalité) ou tout au contraire le dépositaire occasionnel, factuel, de passions préalables, qui auraient pu s’investir ailleurs ? Ou encore : elle la cause ou la conséquence des passions ? On note que certains sont capables de passer d’une idéologie à une autre, alors que leurs passions ne semblent guère avoir évolué. Sans doute faut-il chercher la source des passions dans un terreau plus primitif.

3)   Cherchant les causes des passions on remarque dans l’attachement passionnel un élément très charnel, viscéral, comme la faim, le besoin de sécurité, la peur, le souci du bien-être, la revendication d’égalité ou de liberté, voire l’affirmation de l’identité. Plusieurs auteurs sont convoqués pour alimenter la réflexion : Hobbes en particulier qui avait donné un tableau des passions politiques, qui, dans l’état de nature, entraînait la guerre de tous contre tous – ce qui nécessitait le pacte social pour assurer la paix civile ; Tocqueville qui décrivait quatre besoins fondamentaux (l’égalité, le bien-être, la passion des choses matérielles, la liberté), autant de contributions qui donnent au sujet sa signification essentielle : les passions sont au principe de la vie civile, qu’elle menacent en même temps, si manque l’élément régulateur qui en adoucira le cours. La société civile et politique repose sur la puissance des passions, qui d’un autre côté menacent de la conduire à la catastrophe. (anarchie, dictature, despotisme, totalitarisme etc)

4)    Très logiquement la seconde partie aborde la politique des passions, c’est-à-dire une réflexion qui se propose de réfléchir à la nécessaire maîtrise ou gestion des passions, dont nous avons reconnu tout à l’heure le caractère inéluctable. Il faut lutter contre la crainte, assurer la sécurité publique et privée : c’est le rôle de l’Etat qui met fin à l’état de nature. Il faut poser le principe que chacun renonce à son droit naturel pour remettre entre les mains du Souverain le droit et le devoir d’assurer la paix civile (Hobbes). Ou comme dit Rousseau on obéira à l’Etat pour n’avoir plus à obéir aux hommes. La société civile repose sur la Loi, sur les institutions, qui pérennisent l’ordre social, en opposant aux variations imprévisibles des passions la régularité des formations juridiques. La Justice, par exemple, met fin au règne de la vengeance, qui n’est que passion privée.

5)   Vient ensuite une réflexion sur le pouvoir. C’est l’Etat qui exerce le pouvoir mais le fondement ultime du pouvoir c’est le peuple dit souverain. Comment contrôler les pouvoirs qui se font au nom du peuple, mais souvent contre le peuple ? Tout pouvoir devrait être limité par un contre-pouvoir, ou par un principe de séparation des pouvoirs, sans quoi on bascule dans l’arbitraire, ou une forme subtile de despotisme. L’assemblée finit ses travaux en déplorant que de nos jours la démocratie soit plus virtuelle que réelle, et que le système de représentation politique soit totalement archaïque et inapproprié.

Pour Métaphores, Guy Karl

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09 décembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 13/01/18 - A quoi bon des héros ?

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Le premier Café-Philo-Bedous de l'année 2018 s'est tenu samedi 13 janvier 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe sur le sujet suivant : 

A quoi bon des héros ?

Depuis Homère, les héros ont été des figures  familières de la civilisation Grecque et l’Iliade  et l’Odyssée  sont les deux bréviaires épiques de l’héroïsme grec . Le héros est celui qui accomplit des exploits remarquables grâce à sa force, son intelligence et l’on retrouve de telles figures emblématiques dans les tragédies et la littérature. Plus tard, les historiens vont isoler un certains nombre d’évènements et de personnalités dont ils font la trame de leur récit et parmi ces personnages, certains vont accéder au statut de héros. Mais, n’est pas héros toute personne dont l’histoire se rappelle :  A quelles conditions le devient-on ? De plus, si le nom d’un seul reste dans les mémoires, peut-on soutenir que lui seul infléchit l’histoire ? Comme le souligne F.Braudel, il n’y a jamais dans l’histoire d’individu enfermé sur lui-même, coupé des réalités sociales, économiques, culturelles et ce sont au contraire ces réalités qui expliquent les bouleversements historiques dont on ne peut lire que l’effet de surface sur la figure des héros. Mais alors, à quoi bon des héros? à quoi sert leur image s’ils ne sont pas les seuls à avoir participer aux bouleversements de l’histoire ? Quel est le bien fondé du culte qui leur est rendu ? de plus, la question qui nous intéresse semble indiquer un désenchantement, ce qui peut s’entendre car si les épopées et tragédies anciennes montrent des héros comme figures exceptionnelle de bravoure, les héros de l’époque moderne semblent avoir de moins en moins de qualités héroïques. Si aujourd’hui, le héros est aussi bien le personnage médiocre d’un livre qu’un sportif, cette banalisation de l’héroïsme n’invite-t-elle pas à s’interroger sur l’utilité du héros ? Serions-nous tous des héros potentiels ?

Quand commence l’héroïsme et que nous révèle-t-il ? D’où vient ce culte de l’héroïsme ?
 
  On commence par remarquer que notre société ne cherche pas tant des héros que des idoles et on se demande alors ce qu’elle cherche à mettre en valeur. Les héros semblent avoir disparu même si on a gardé le mot et il semblerait que l’on vise moins haut. Dans un film de W.Allen, un otage libéré trouve devant chez lui une armada de télévisions et de radios qui veulent en faire le nouveau héros ; ce dernier est furieux et leur crie: “je ne suis pas un héros, je n’ai rien fait pour, je n’ai rien de courageux “ ! De même, dans “coup de tête”, le footballeur que l’on sort de prison et qui marque un but décisif pour la victoire de son équipe devient le héros du jour; Le président du club déclare alors: “j’entretiens 12 imbéciles pour en calmer 800”. On commence alors à apercevoir le problème de cette banalisation et on se rend compte que la figure du héros est construite et révèle parfois une “idolâtrie molle”.
 
Va alors débuter une longue réflexion pour savoir ce qu’est au juste un héros. Quelle différence y-a-t-il entre l’idole , le leader, le héros ? Quand on idolâtre, on suit la foule et l’on voit surtout le renoncement et la fatigue.Quant au leader, il fait bouger les foules mais pas forcément dans le bon sens. On constate alors que certains hommes , par leurs actes, suscitent le respect . Mais, il est dû à chacun et non simplement réservé au héros. Pour certains, les héros modernes seraient anonymes, les migrants qui s’opposent à un monde qui s’endort, les lanceurs d’alerte,  mais quelqu’un objecte que les migrants n’ont pas le choix. Le héros choisit-il ? de plus, autre difficulté: on a chacun ses héros et certains ont pu l’être à moment donné( Pétain) . le regard historique importe donc et dans l’histoire du héros, il y a  la chute possible. Les héros existent-ils ?
Quelqu’un remarque alors que les enfants en ont besoin et qu’ils en auraient d’autant plus besoin qu’ils seraient dans un mal-être, dotant alors le héros de supers pouvoirs. Cette figure du héros a à voir avec l’imaginaire. les héros de l’enfance sont les parents ou des personnages fictifs. L’enfant a besoin de l’image, pas forcément de l’acte héroïque mais chez l’adulte , c’est le contraire. L’adulte passe du fictif au réel et on convient alors que le héros n’existe pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’actes héroïques. c’est même ce que nous privilégions, au-delà de la personne. y-a-t-il des archétypes qui répondent à la notion de l’héroïsme ?
 
  La réflexion s’engage alors sur la voie de l’acte héroïque et de celui ou celle qui l’incarne. Le fait d’avoir du courage, de risquer parfois sa vie (sacrifice) semble en faire partie.  La personne capable d’un tel acte est( ici et maintenant) extra-ordinaire et à la différence de l’idole qui ne fait que divertir, elle participe à la construction de la cité. Pour autant, même en manifestant force et courage, l’individu peut ne pas être reconnu pour sa bravoure car les normes de la société peuvent aller dans un autre sens. Tout le monde s’accorde sur le fait que celui qui fait un acte héroïque donne quelque chose à la communauté, quelque chose de positif( ce qui n’est pas forcément le cas du leader).  Nous aurions alors besoin de cette figure du héros pour nous identifier, il nous tire vers le haut et en nous dépassant, nous invite à nous dépasser.Il a une valeur symbolique puisque ses idées continuent de perdurer. Il est donc celui qui relie en tirant vers un idéal qui émerge dans un imaginaire collectif. il montre un pouvoir que l’on n’a pas ou que l’on pense ne pas avoir, celui d’oser parce qu’il est celui qui ne suit pas la foule.  Si on reprend la différence entre l’idole et le héros, peut-être avons-nous d’autres indications grâce à la Grèce antique. Le gladiateur est un esclave qui risque sa vie et est là pour amuser la foule ,de même le “people”, coquille vide que suit la foule perdue. L’homme héroïque n’est-il pas, quant à lui, vertueux , ayant un code d’honneur, reconnaissant les autres ? On pourrait alors , afin de mieux comprendre cette figure de l’héroïsme,  faire un parallèle avec  les Quatre étapes à l’oeuvre dans l’alchimie: il y a premièrement quelque chose qui se passe( le héros s’annonce), une oeuvre( le sacrifice), un objectif( une transformation opérée par l’acte héroïque) et enfin une communion(l’énergie nouvelle qu’il insuffle fait lien avec la cité) .Il fait émerger quelque chose de nouveau qui n’a pas existé auparavant.
 
   Ainsi, même si le héros n’existe pas , la désillusion de l’époque ferait qu’on en aurait besoin mais pas n’importe lesquels; il nous faut des vrais héros, des êtres qui tout en ayant des défauts(ce ne sont que des humains, pas des dieux) incarnent ce qu’on n’a pas et font avancer les choses parce qu’il y a une cohérence entre leur  pensée et leurs actes. L’homme  héroïque est alors celui qui ne recherche aucun enrichissement personnel et qui se dépasse juste pour faire avancer les autres en étant porteur d’une idée, d’une valeur(on pourra le tuer, on ne tuera pas l’idée pour laquelle il accepte de mourir). Il permet  de faire découvrir aux autres humains qu’eux aussi peuvent se dépasser parce qu’il leur a indiqué une  nouvelle orientation, il nous aide à aller à la rencontre de l’histoire, à ne pas rester figés. Chacun selon sa destinée peut donc assumer un acte héroïque et il nous aide à répondre à la question: les moutons peuvent-ils devenir des lions ?
 
 Enfin, dernière remarque: ce qui anime le héros est peut-être ce dont parle Bergson quand il distingue la morale close(qui renvoie aux règles qui garantissent l’ordre social) et la morale ouverte qui dépasse tte société particulière et s’étend au genre humain dans son entier(amour de l’humanité). Le héros est celui qui nous donne l’exemple de ce soucis et nous invite à sa construction.Souhaitons nous de tous devenir des lions...

Pour Métaphores, Véronique Barrail

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08 décembre 2017

Trois années déjà

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Chères amies, chers amis,

L'association Métaphores vous souhaite le meilleur pour cette année 2018 : une belle et grande santé sans laquelle il est bien difficile de se projeter de manière créative dans l'existence, des liens féconds, des rencontres dynamiques et stimulantes, des lectures enthousiasmantes, des interrogations philosophiques nouvelles pour enrichir notre rapport au vivre. 

L'année 2017 aura été marquée par une belle intensification de nos activités puisque nous avons organisé pas moins de 45 soirées (21 Cafés et Apéros, 9 Manhattan, 7 Café-Bedous, 5 Cercles littéraires et 3 Ateliers) contre 30 en 2016. La création du Manhattan-philo animé par Timothée est un succès compte tenu de la fréquentation assidue des participants et la richesse des interventions.

S'il est très difficile de classer les sujets abordés généralement, notons qu'ils ont gravité pour l'essentiel autour de trois dimensions : la morale (la pauvreté, la bienveillance, le légal, la folie, la méchanceté, la plainte, la vulnérabilité...), le langage et la connaissance (la croyance, l'illusion, la parole, le savoir, la superstition, le rêve, le hasard...), l'existence et l'éthique (la musique, les cyniques, le désir, le bonheur, le temps, l'impossible, l'identité et le miroir, la solitude...). Notons que les champs scientifiques et politiques sont bien moins représentés ce qui pourra éventuellement faire l'objet d'une correction si les animateurs et le public le souhaitent.

Notre interface -le blog Métaphores qui a désormais 3 ans d'existence, voit sa fréquentation doubler en une seule année. Plus de 16300 personnes se sont penchées sur nos activités en 2017 et plus de 1300 par mois. Cent quinze assidus sont désormais abonnés aux résumés et annonces d'activités. Voilà qui ne peut que nous encourager à poursuivre notre dynamique.

Nous tenons à remercier nos hôtes pour la bonne tenue de nos soirées, le Manhattan-café, le Dimanche à la campagne (pour l'Apéro, l'Atelier et le Cercle), l'Escala (Bedous-café-philo) et nous l'espérons, un partenariat réussi avec le Palais Beaumont pour l'accueil du Café-philo dont nous allons confirmer si possible la réalisation très rapidement.

Il faut aussi rappeler que rien ne se ferait sans l'équipe de bénévoles-animateurs : Guy, Nicole, David, Janine, Timothée, Véronique, Marie-Pierre et sans la participation active et déterminée de tous ceux qui se déplacent et qui ont le désir de penser avec d'autres les sujets proposés. Que tous soient ici remerciés !

En espérant vous retrouver demain mercredi 03 à 18h45 pour la première activité 2018, un Manhattan-philo, nous vous souhaitons à nouveau une belle année philo-littéraire.

Pour Métaphores,

Didier Karl

 

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07 décembre 2017

Résumé Café-philo-09/01/18 Les convictions sont-elles des prisons?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de janvier (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h45 au Palais Beaumont à Pau. Le sujet retenu après un vote des participants fut : 

Les convictions sont–elles des prisons ?

Résumé de la soirée :

1)   La formulation du sujet invite à suspecter les convictions. La prison évoque un lieu de peine, d’enfermement, de clôture. Toute la question est de savoir si la conviction, une fois faite, implique l’enfermement dans des positions arrêtées, voire définitives, qui condamneraient le sujet à la répétition ou à la stérilité.

2)   Le groupe remarque d’abord qu’il existe une grande variété de convictions, dans les domaines idéologiques, religieux, politiques, moraux, voire scientifiques. La science elle-même, réputée objective, n’en connaît pas moins des querelles idéologiques, ou métaphysiques. Quelle est alors le dénominateur commun qui fait la conviction ?

3)   La conviction se distingue de la persuasion, laquelle fait appel au sentiment, à l’influence psychique et émotionnelle pour forcer l’adhésion. La conviction fait la part au raisonnement, elle se veut démonstrative, elle veut emporter une adhésion complète, une mobilisation entière de la personne. Pour autant elle n’est pas de l’ordre de la certitude, qui est la possession d’un savoir évident et incontestable. Dans la conviction il reste un élément d’incertitude que le sujet assume comme tel, tout en le présentant comme subjectivement nécessaire. Par ex je puis être convaincu de l’immortalité de l’âme, sachant que ce n’est pas une certitude (la chose est indémontrable donc sujette à caution), mais affirmant la thèse avec toute la force d’une « conviction » subjective. On voit que dans la conviction l’élément subjectif est dominant, quelles que soient par ailleurs les raisons dont cette conviction peut s’étayer.

4)   Affirmer une conviction c’est prendre un risque, c’est se mettre en avant, c’est affirmer une position, c’est faire appel à l’adhésion d’autrui. Celui qui est convaincu veut convaincre les autres. C’est peut–être là qu’apparaît un danger d’enfermement. En toute rigueur il faut garder le droit et la liberté de juger librement des convictions avant de les faire siennes. Reconnaissons en passant que la plupart de nos convictions sont des croyances issues de l’héritage et de la tradition et que ce serait simplesse ou facilité de les adopter sans examen critique. Il y a sans doute une grande différence entre les croyances passivement héritées et celles où s’exprimerait la liberté d’un sujet adulte et conscient de soi.

5)   Peut-être y a t-il lieu de distinguer entre « être convaincu » (formulation passive) et « se convaincre » (mode actif mais réfléchi) : dans «  se convaincre » on entend encore quelque chose du « vaincre » - qui laisse entendre que la conviction est le résultat d’une lutte intérieure entre diverses options ou thèses examinées les unes et les autres, avant que ne l’emporte enfin la thèse la plus forte, celle qui s’exprimera dans la conviction affirmée, et dans laquelle le sujet fait entendre ses décisions les plus importantes. Puis, voulant convaincre autrui, la même lutte reprend, jusqu’à l’adhésion à la thèse, à moins que le partenaire n’y oppose son refus : conviction contre conviction. A ce niveau chacun a raison, la polémique tournant court. Ex le dialogue entre le croyant et l’incroyant.

6)   On voit que la conviction n’est pas nécessairement une prison : si elle est librement forgée ; si elle assume son coefficient structurel d’incertitude ; si elle s’assume comme étant essentiellement une prise de position subjective ; si elle ne se présente pas comme vérité indiscutable ; si on ne cherche pas à l’imposer par la force ; si elle ne devient pas prétexte à persécution.

7)   Enfin on voit bien que le champ normal de la conviction c’est la vie politique et sociale, où les rapports entre les hommes, et entre les institutions et les citoyens impliquent nécessairement des débats entre convictions adverses. L’homme de conviction y peut jouer un rôle éminent et faire évoluer les choses. On a cité Jean Jaurès, Mandela et quelques autres, dont les convictions ont marqué les esprits et les mœurs. On se demandera simplement si dans le domaine métaphysique la conviction est encore de mise : sur les choses premières et dernières peut–être convient-il de pratiquer une silencieuse abstention et dire avec Pyrrhon : je ne juge pas.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

06 décembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 3/01/18 : Pardonner est-ce oublier ?

Manhattan-philo1

Le premier Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) de l'année s'est tenu le  mercredi 03 janvier à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Les trois Sujets proposés furent :

Sujet 1 : A quoi ressemblerait un monde idéal?

Sujet 2 : La différence sexuelle est-elle une construction culturelle?

Sujet 3 : Pardonner est-ce oublier?

Le sujet voté par le groupe nombreux fut : 

Pardonner est-ce oublier?

Résumé de la soirée :

Le public, plutôt nombreux en cette période d’après fêtes, a choisi de parler du pardon en se demandant si on pouvait le définir par l’oubli. J’ai introduit le sujet en montrant un paradoxe. Le pardon, étymologiquement, renvoie au droit de faire grâce. On peut le définir comme un acte libre par lequel on délie un fautif de sa faute. Il y a dès lors une relation paradoxale avec l’oubli, qui n’est pas un effacement, mais une absence de remémoration. En effet, si je pardonne, je dois aussi cesser de me remémorer la faute, sans quoi je risque de retrouver les affects négatifs qui y sont liés. Mais d’un autre côté, il ne semble pas possible d’oublier volontairement quelque chose, et le pardon relève bien, semble-t-il, d’un acte volontaire. Quelle est la relation particulière que le pardon entretient avec l’oubli ? S’il n’est pas oubli, alors quelle est sa relation avec la mémoire ?

A partir de là, une réflexion assez riche a été déployée par le public, et en voici les moments saillants.

Tout d’abord, une difficulté se présente au niveau de la valeur du pardon. On semble présupposer que pardonner est un acte propre à l’homme, et que c’est un acte louable. Ces deux présupposés sont interrogés par le public. D’une part, en se demandant si le pardon n’est pas le trait particulier d’une culture, la culture judéo-chrétienne. D’autre part, en se demandant si le pardon n’est pas un acte assez hautain, orgueilleux, qui témoigne d’une supériorité. Enfin, est aussi interrogé la possibilité pour l’homme de pardonner. Le pardon n’est-il pas une valeur surnaturelle, possible seulement pour Dieu ?

S’il est indiscutable que le pardon est une notion déployée par le christianisme, une personne remarque qu’on trouve néanmoins les notions de clémence et de magnanimité dans les cultures antiques. Corneille, justement, en a fait une pièce, La clémence d’Auguste.  D’autre part, si le pardon implique un pouvoir, celui de faire grâce, il n’est pas manifestation d’une puissance naturelle, mais plutôt d’une puissance morale. De fait, celui qui pardonne n’écrase pas l’autre, alors qu’il le pourrait. Mieux, une personne fait remarquer que celui qui pardonne se place au niveau du fautif, en supposant qu’elle-même n’échappe pas à la faute, et qu’au fond, elle ne vaut pas mieux que lui.

Manhattan-philo 03 01 18

Le public s’accorde globalement pour distinguer le pardon et l’oubli. Pour deux raisons. Une personne fait remarquer que l’oubli est tout bonnement impossible, dans la mesure où le cerveau emmagasine tout. Tout souvenir est donc présent, et peut resurgir dans certaines conditions. D’autre part, parce que l’oubli est un processus psychologique inconscient, tandis que le pardon demande une conscientisation, un travail sur soi, un travail relationnel, qui le distingue clairement de l’oubli. Toutefois, le pardon rend possible un recommencement, soit de la relation brisée (entre états ou individus), soit de sa propre vie. En cela il possède une analogie avec l’oubli, qui a des vertus créatrices.

Dès lors, il convient d’élucider cette notion de pardon, comment la définir plus correctement que par l’oubli ? Plusieurs pistes sont envisagées par le public. Tout d’abord, une hypothèse tout d’abord psychologique. Le pardon, au fond, est le symptôme d’une justice défaillante. On pardonne parce que, la justice ne pouvant être faite – dans le cas d’un crime irréparable, incommensurable, il faut bien continuer à vivre, et trouver une solution. Le pardon est ainsi une solution psychique à un problème social et moral. Dans cette ligne psychologique, le public se demande aussi si la compréhension réciproque n’est pas préférable au pardon aveugle. Au fond, la notion de faute présuppose une morale, un libre-arbitre. Mais dans une perspective déterministe, si chacun est poussé à agir par un jeu de causes dont il n’est pas maître, la faute peut être comprise comme erreur. La compréhension peut dès lors se substituer au pardon. Mais abandonner ainsi l’idée d’une morale n’est pas si simple. Et plusieurs personnes remarquent ainsi que le pardon n’a rien d’un geste irrationnel, qu’il demande du temps, et qu’il n’exclut pas la réparation, ne serait-ce que parce que recevoir le pardon présuppose de le demander, et donc de reconnaître sa faute.

Timothée

Naît alors l’idée que le pardon est un acte de renouvellement de la relation. On pardonne pour sauver une relation, en plaçant l’amour qu’on a pour une personne plus haut que l’offense qu’elle nous a faite. Mais cela suppose une reconnaissance mutuelle qui fait pas recommencer la relation comme si de rien n’était, mais lui donne un nouveau départ. Le pardon comme libération de soi est aussi évoqué, et notamment l’idée intéressante de pardon à soi-même. On s’ouvre ici une nouvelle existence, sans nier la précédente. Pardonner n’est ainsi plus subir, mais agir, surmonter.

Le pardon n’est donc pas oubli, il est un acte de libération. Libérer l’autre de la faute et de ses conséquences, tout en se libérant soi-même des affects négatifs liés à l’offense subie. C’est un processus à la fois relationnel, temporel, psychologique. Il ne remplace pas la justice mais se situe plutôt tout au bout du processus de réparation. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

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