10 août 2017

Résumé Bedous-café-philo 02/09/17 - Punir, de quel droit ?

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Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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10 juillet 2017

"Jubilation" estivale

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Avec l'Apéro-philo de ce jeudi 20 juillet sur le thème de l'Identité s'est achevée une belle saison pour nos activités Métaphores. Cette année aura été marquée par une nouvelle dynamique. Le Café-philo de Bedous et la création du Manhattan-philo ont renouvelé les pratiques et les lieux d'accueil. Nous avons organisé pas moins de 40 activités, preuve que la philosophie dans la Cité trouve une expression vivante et un public désireux de réfléchir et, nous l'espérons, de poursuivre cette aventure collective.

La période estivale permet à chacun d'opérer une forme active de retraite, de "Jubilacion" comme disent les espagnols si bien inspirés. La retraite n'est pas, comme le veut la doxa, cette période qui achève la vie d'un individu après avoir voué la quasi-totalité de son existence au travail. Elle se comprend d'abord comme un art pensé du retrait, de la démarche réflexive, en somme, une culture de la bonne distance. Voyons-y l'atome d'écart par où se maintiennent le sens de la liberté, la possibilité de création et le rejet de toute forme d'aliénation. La retraite se cultive chaque jour dans la méditation solitaire, dans l'observation des choses et des êtres, se tenant ni trop loin ni trop près de l'affairement du monde et des passions qui l'animent.

Ce "clinamen" épicurien est la métaphore vivante de l'esprit libre, soucieux de distinguer ce qui est dû aux autres et ce qu'on se doit à soi-même. C'est dans cet esprit qu'une "jubilation" estivale peut se comprendre et se pratiquer afin de ré-ensemencer sa pensée et son questionnement. 

Nos activités reprendront dès la première semaine de septembre avec un Café-philo-Bedous le samedi 02 (Punir, de quel droit ?) et un Manhattan-philo le 06. Toutes les informations seront publiées prochainement ici-même. N'hésitez pas à consulter l'agenda. Nos lieux d'accueil devraient être maintenus et, pour cela, nous tenons à remercier vivement nos hôtes du Dimanche à la campagne, du Manhattan-café, du Matisse et de l'Escala.

Un dernier mot pour vous dire que le blog reste actif tout l'été et que vous pouvez intervenir, discuter les sujets, approfondir et prolonger ce qui a été engagé en laissant des commentaires.

En espérant vous retrouver le 2 septembre pour une reprise de haute tenue qualitative en vallée d'Aspe, permettez-moi, au nom de toute l'équipe Métaphores, de vous souhaiter un bel été philo-littéraire et d'intenses "jubilacions".

Didier Karl

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09 juillet 2017

Résumé Apéro-philo 20/07/17 - Identité : invention ou réalité ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu jeudi 20 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne. Il fut animé exceptionnellement par David Pourille, philosophe pour aborder le sujet suivant : 

 

L'identité, invention ou réalité ?

Résumé de la soirée :

Nous avons lu le passage suivant en guise de prélude :

       « Comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ». Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Pourquoi parler de l’identité ? Parce que le mot traverse beaucoup de débats plus ou moins tendus dans notre société : identité régionale, identité nationale, identité sexuelle, identité religieuse…

      Délimitons d’abord les termes de la question. Le terme d’invention s’emploie dans deux contextes : lorsqu’on évoque ou mentionne un objet fabriqué et nouveau, la boussole, l’imprimerie ; comme lorsqu’on évoque ou mentionne quelque chose d’inventé, d’imaginé, un mythe, un mensonge, une croyance… Le terme de réalité est en apparence plus simple : c’est ce qui s’impose à nous, comme l’oxygène par exemple, ce qui est déjà donné indépendamment de nous. Quant à l’identité, on peut l’appréhender par le biais de l’adjectif identique. Quand l’utilisons-nous ? Quand nous parlons d’une chose identique à elle-même ou de deux choses identiques entre elles, c’est-à-dire indiscernables. Nous remplaçons souvent identique ou identité par le même : « ces deux tables sont les mêmes », « ils ont le même père » …

          Trois points sont posés en jalons provisoires de la discussion : approfondir l’identité pour circonscrire notre réflexion ; l’origine et l’utilité de l’identité ; et la réponse, si possible à la question initiale : « identité : invention ou réalité ? ».

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       La discussion s’ouvre entre les participants sur les différents aspects de l’identité, individuelle et collective, mentale et biologique. La pérennité de quoi que ce soit d’identique en nous, traversant le temps d’emblée fait débat. D’un côté, l’identité s’hérite du passé, de l’autre, elle ne résiste pas au temps. Où est l’identité ? Quelle est son support ? Serait-ce le moi ? Pascal est évoqué, « mes » qualités changent et le moi est introuvable. Pourtant nous avons bien un « caractère » qui perdure ; les autres me voient comme ayant tel ou tel caractère. On discerne d’ores et déjà que l’identité se définira par rapport à la notion de l’autre, que l’identité psychologique se rapportera à la présence d’autrui. Après cette première phase d’enquête, l’identité passe à l’examen critique : ce n’est qu’une nécessité créée par peur du vide, par besoin de sécurisation. Quelqu’un va plus loin : elle fige, relève du passé, ne résiste pas à la transformation. Un autre achève la critique : l’identité est introuvable et sa définition requiert l’autre, l’altérité. Ce ne serait qu’un néant. Par un jeu dialectique, la critique est renversée au profit d’une identité qui a sa valeur en politique ou dans l’histoire par exemple ; en effet, ceux qui n’avaient pas d’identité étaient les esclaves. L’intervenant ne nie pas que l’identité soit fabriquée puisqu’elle se fabriquerait avec le jeu des différences ; il affirme plutôt qu’elle cède sa place aux identités, sociales notamment, où certaines s’effacent et d’autres apparaissent.

       La seconde partie de la soirée reprend en abordant le thème de l’utilité de l’identité. L’identité apparait comme une revendication post-matérialiste, elle indique un sens, sens comme direction et sens comme signification, dans une époque qui a délaissé ou abandonné ces anciennes identités. Dans la sphère collective, l’identité serait le moteur de l’affirmation d’une affinité avec les autres, voire la recherche de cette affinité. D’où les réflexes grégaires qui en accompagnent les revendications, via un langage collectif qui participe à sa construction, à rebours d’une identité aphasique (ou hors-langage). Sans identité, on ne fait pas corps ni chœur avec les autres. L’idéal commun d’une société passe par elle mais elle demeurerait un leurre de la singularité. A nouveau un renversement dialectique : nous sommes des animaux politiques, au sens où ne nous pouvons ni vivre ni nous développer seul hors de la société organisée des humains. Par conséquent l’identité se construit à la faveur de l’appartenance collective.

          La fin de la soirée apporte une nouvelle ouverture au sujet : l’éthique. L’identité répond aussi à une question éthique (- qui synthétiserait d’ailleurs les questions de l’identité individuelle et de l’identité collective…). Elle pose la question de savoir « avec qui avons-nous envie d’être ? ». Et si l’identité est une invention, elle a des effets ; et que faire sans elle ? Par ailleurs, l’identité évoque une quête de sens toute personnelle.

         En conclusion de ce résumé, et en nous recentrant, seulement en apparence, sur l’identité personnelle, nous citerons Michel de Montaigne, dans son essai sur l’inconstance de nos actions : « Nous sommes entièrement faits de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment joue son jeu. Et il y a autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui ».

Pour Métaphores, David Pourille

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08 juillet 2017

Résumé du Café-Philo du 11/07/17 : Prendre le monde au sérieux ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de juillet s'est tenu le mardi 11 à 18h45 au Dimanche à la campagne. Comme d'habitude, le groupe présent a proposé une dizaine de sujets soumis au vote afin de déterminer la question de la soirée. Le sujet retenu fut : 

Peut-on prendre le monde au sérieux ?

La soirée fut animée conjointement par Marie-Pierre Carcau (philosophe) et Didier Karl (professeur de philosophie) 

Résumé de la soirée :

1    La réflexion débute par une remarque qui signale l’unicité du monde : « il n’y a qu’un monde » dans lequel l’humanité est inscrite qu’elle le veuille ou non, de sorte que ne pas le prendre au sérieux reviendrait à se tenir comme séparé, à l’écart,  vouloir lui échapper, ce qui serait impossible.

2    Ce préambule sous forme d’opinion a le mérite de rendre possible une succession de questions qui révèlent la complexité de ce sujet. Que signifie l’expression « prendre au sérieux ? » L’idée d’une attitude grave est convoquée conformément d’ailleurs à l’étymologie du mot sérieux (gravus : lourd, pesant en latin) par opposition à la légèreté, à la frivolité, à la désinvolture. Prendre les choses au sérieux, c’est considérer l’existence d’enjeux majeurs, essentiels.  Le verbe « prendre »  implique à la fois une décision et une tentative de maîtrise (saisir), idée qui sera approfondie un peu plus loin. Qu’y peut-il y avoir d’essentiel dans le monde ? Plusieurs niveaux apparaissent, l’individu et ses besoins, l’humanité considérée comme totalité, l’environnement ou la planète Terre dont les équilibres nous semblent de plus en plus précaires.

3    La définition du « monde »  fait problème et le groupe s’y arrête un moment. Qu’est-que le monde ? S’agit-il d’un objet, d’une matière, d’une situation ? Savons-nous réellement de quoi nous parlons ? L’idée selon laquelle le monde serait d’abord une représentation est avancée. Mais dans ce cas, il ne serait pas le réel en tant que tel mais une manière de le construire, de le penser, de l’imaginer, de le sentir en élaborant des  significations.  Le monde c’est initialement le Kosmos des grecs et étymologiquement le mundus des latins. Il désigne une unité constitutive ordonnée par les dieux ou le Logos dans laquelle, pour reprendre une formule de Koyré, « toutes les choses ont une place et chaque chose est à sa place ». Le monde comme système de significations organisé s’oppose à l’univers éclaté et sans bornes des physiciens, au hasard et au désordre. Il est l’expression intelligible de la raison à l’œuvre dans les choses, dans la réalité soumise à des lois immuables comme l’ont pensé les anciens. Mais là encore, nous faisons le constat qu’il s’agit d’une représentation à laquelle les Modernes n’adhèrent plus guère. Le monde unifié n’est-il pas une illusion et dans ce cas quel serait le sens véritable du sujet ?

4     Cependant, en observant le spectacle étrange des conduites humaines la question est relancée. N’y a-t-il pas en effet matière à rire comme Démocrite ou à pleurer comme Héraclite ? Le monde auquel nous assistons n’est-il pas une mascarade à l’image du jeu politique qui promet pour séduire et ne tient pas ses engagements ? se demande un participant.  « Est-ce que ce monde est sérieux ? » chante Francis Cabrel  dans une ballade qui témoigne de la terrible mise-à-mort d’un taureau dans l’arène théâtralisée de la corrida. Ce chant a le mérite d’indiquer que la tragédie est convertie en jeu, en danse, en festivité pour une foule qui jubile devant le spectacle du pire. Est-ce que ce monde est sérieux ? Pouvons-nous réellement prendre la mort de l’animal au sérieux et avec sa souffrance exhibée, notre pauvre sort de mortel dont nous sentons la précarité et ici, sur cette scène, sa facticité. Cette problématique ne sera pas approfondie même si nous pressentons que se joue (!)très certainement un aspect essentiel de la question : l’homme peut-il faire face au tragique de la vie sans fuir (et s’enfuir) dans le spectacle divertissant de la représentation ? Le verbe pouvoir qui initie le sujet de ce soir prend ici tout son sens (possibilité ou droit ?)

4    Après la pause, nous convoquons l’analyse de Marcel Gauchet reprenant une formule de Max Weber : « le désenchantement du monde », la sécularisation des temps modernes liée au déclin des dieux et du monothéisme. Au monde sacralisé et unifié succèdent l’univers indifférent et illimité d’un côté, illustré par les pages grandioses de Pascal au XVIIè siècle, et le sort des hommes contraints de s’administrer eux-mêmes sans le secours de la transcendance ou d’une quelconque Providence. L’homme semble condamné à  faire face aux divers défis que lui impose la conscience de sa situation dans le monde, son « être-au-monde » marqué par l’ouverture à la liberté, c’est-à-dire le champ des possibles qui témoigne de sa dimension existentielle.

5    La réflexion s’oriente alors dans une perspective morale questionnant la responsabilité des hommes dans leurs actions, leurs attitudes face aux problèmes qui menacent la survie de l’espèce. La question éco-logique pointe comme pour rappeler qu’au-delà de la problématique existentielle, celle de la maison (Oikos)-mère, de la maison commune, se pose comme nouvelle figure métaphorique du monde. Ne pas prendre ces enjeux au sérieux reviendrait à faire montre d’une totale vanité et d’une dangereuse indifférence. Ainsi, l’homme d’aujourd’hui serait sommé de prendre en charge l’équilibre planétaire. Quelqu’un évoque la plasticité de l’intelligence des hommes, un autre, leur aptitude à inventer de nouveaux paradigmes pour répondre aux enjeux de notre temps.

6     La soirée s’achève sur un positionnement plus critique de l’animateur qui consiste à interroger cette forme particulière de nouvelle maîtrise que s’impose l’individu contemporain –individu marqué par un nouvel esprit de sérieux qui ferait de lui le garant de l'ordre naturel et du devenir général du monde. On peut se demander si cette attitude n’est pas le signe d’une nouvelle culpabilisation collective, d’une mauvaise conscience visant à faire peser sur chacun d’entre nous le poids écrasant d’un anthropocentrisme ravageur et d’un nihilisme  sournois. Au fond, la question posée au départ ne prête-t-elle pas précisément à rire devant le dérisoire et l’insignifiance de nos prétentions ? A l’esprit de sérieux, Nietzsche oppose le gai savoir dont le rire est l’expression vitale et dont la danse mobile et aérienne est la figure mobile. Alors que le sérieux enlise la pensée dans le remords et la lourdeur pétrifiée du devoir, rire libère et célèbre les forces de vie. « Prendre le monde au sérieux » serait dans cette perspective le symptôme d’une vitalité en berne, vaincue par des forces extérieures.  « Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel » (Par delà bien et mal).

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 Pour Métaphores, Didier Karl

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07 juillet 2017

Résumé Manhattan-Philo - 5/7/17 - Le droit de rater sa vie ?

Manhattan-philo1

Le dernier Manhattan-Philo de la saison s'est tenu mercredi 05 juillet au café-Manhattan à 18h45. Trois sujets furent proposés par notre animateur-philosophe Timothée Coyras:

Sujet 1 : A-t-on le droit de rater sa vie ?

Sujet 2 : Les fous ont-ils perdu la raison ?

Sujet 3 : Le cinéma est-il plus vivant que la littérature ?

Résumé de la soirée :

Pour ce dernier Mannathan-philo avant la pause estivale, le public a choisi de traiter le sujet suivant : A-t-on le droit de rater sa vie ?

Un sujet qui peut déconcerter, et qui a visiblement intrigué les participants. J’ai commencé par dire quelques mots pour introduire cette question. Il existe l’idée selon laquelle la société se diviserait en personnes qui ont réussi leur vie – socialement, sentimentalement, matériellement, etc.- et en personnes qui ont raté leur vie. Par ailleurs, il existe une pression sociale qui nous pousse à réussir, pour éviter de paraître comme un raté. Mais sommes-nous maîtres de cette réussite ? Et si non, n’avons-nous pas le droit d’échouer ? La société n’a-t-elle pas le devoir de repêcher ceux qui échouent ? Par ailleurs, qu’est-ce que réussir sa vie ? Est-ce seulement sur le plan social ou matériel, n’est-ce pas aussi et surtout sur un plan moral ? Sur ce plan, Kant expliquait que l’homme a le devoir de se perfectionner. Mais n’a-t-on pas le droit à la paresse ?

C’est à partir de ce questionnement initial que le public prend la parole. Quelqu’un remarque d’abord que rater sa vie, au fond, c’est mourir. Un autre remarque que la notion de réussite prend place dans un schéma pré-établi. Ainsi, ce schéma ne laisse aucune place à la création. Par exemple, des créateurs comme Mozart ou Van Gogh n’ont pas réussi matériellement et socialement, mais se sont montrés créatifs. Toutefois, une autre personne remarque que ces artistes ont réussi leur vie dans la mesure où ils ont atteint la postérité. S’ensuit alors un débat sur le sens de « réussir sa vie ». Est-ce la réussir pendant sa vie ? Ou est-ce la réussir du point de vue de la postérité et de l’Histoire ?

Un autre participant recentre un peu sur le sujet initial en disant qu’on rate sa vie au travers du regard des autres et que, dans cette mesure, on a le droit de rater sa vie devant le regard des autres. Une distinction se crée alors, pour un autre, entre réussite « extérieure » et réussite « intérieure ». La réussite extérieure se jugerait du point de vue de la société, et la réussite intérieure du point de vue de la conscience et, au fond, d’un principe divin.

La réussite n’est-elle pas le simple fait d’être heureux ? Demande quelqu’un. Dans ce cas, certaines personnes au bas de l’échelle sociale, qui se satisfont de peu, ont réussi leur vie. Pour un autre participant, la réussite se juge sur un critère moral et il convoque un exemple historique pour appuyer son propos. Thomas More, grand chancelier de Henri VIII, qui avait atteint une réussite sociale tout à fait remarquable, a été condamné à mort pour avoir refusé de soutenir Henri VIII qui voulait divorcer, alors que la loi religieuse s’y opposait. On voit donc un échec social, mais en même temps une réussite morale. Cet exemple fait réagir un autre participant, qui estime que personne ne peut juger de la réussite ou de l’échec d’une vie.

A partir de là, une bonne partie de la discussion va tourner auour de la question de savoir si on a le droit de juger de la réussite ou de l’échec d’une vie. Pour l’un, c’est chacun qui doit juger de sa propre vie, pour un autre, cette idée est symptomatique d’une société individualiste, où chacun fait ce qu’il veut, mais n’a pas de sens dans bien d’autres cultures, plus centrées sur le collectif et la dimension morale. Ainsi, si on a plus le droit de juger, comment louer ou blamer ce qui est louable ou blamable ?

En revenant un peu sur le problème de la réussite et de l’échec, il est souligné qu’il n’y a au fond pas de réussite ou de ratage « globaux », mais seulement des actions réussies ou ratées. Et des réussites peuvent être inintéressantes, tandis qu’il y a des ratages féconds.

La question du droit à rater sa vie est au fond, remarque quelqu’un, une réponse à une attaque. Si on nous somme de réussir notre vie, on répondra qu’on a le droit de la rater. Il y a ici un hiatus entre la loi, universelle, et l’individualité.

Un participant remarque qu’il y a deux cas où on a le droit de rater sa vie. Le premier, dans le cas de la réincarnation. Si on a plusieurs vies, alors on peut en rater une. Ou dans le cas où Dieu n’existe pas, car dés lors tout est permis, et il n’y a pas de juge suprême devant lequel réussir ou rater.

Mais sommes-nous propriétaires de notre vie ? Y a-t-il quelque chose à réussir ou à rater ? S’interroge quelqu’un.

Dans la deuxième partie de la soirée, un peu plus brève, le public revient principalement sur la question de la signification de « réussir sa vie » ainsi que sur le droit dont on dispose de juger ou non de la réussite d’une vie. Le débat s’anime ainsi autour de ce droit, impossible pour les uns, tout à fait possible voire même nécessaire pour les autres.

Pour essayer de mettre tout le monde d’accord, je souligne qu’il faut distinguer le jugement que l’on porte sur des actions singulières, et un jugement que l’on porte sur une vie. On peut juger les actions singulières, mais pas la vie, pas l’être lui-même de la personne.

En s’interrogeant sur les conditions de la réussite, un participant remarque qu’elle est un effet de l’esprit d’entreprise et de la volonté de créer, comme en témoignent les disparités économiques, qui sont liées pour une part essentielle à cet état d’esprit.

Le plus intéressant, remarque enfin quelqu’un, est peut-être de rater sa vie, car cela signifie qu’on a osé quelque chose. Si on rate parce qu’on a pris un risque, la question devient alors : a-t-on le droit de prendre le risque de rater sa vie ? Il faut ainsi distinguer les actes et les résultats, qui ne sont pas toujours à la hauteur des espérances.

Réussir, c’est peut-être parvenir à vivre au présent, remarque finalement quelqu’un, afin de ne pas rater, manquer, cette vie qui ne se joue qu’au présent.

Pour conclure cette soirée, on peut proposer la synthèse suivante :

Il y a bien un droit de rater sa vie, au sens où on a le droit de rater la vie que les autres voudraient pour nous. Mais au sens où notre vie rencontre aussi le cas du devoir, il y a un devoir de ne pas rater sa vie au sens où nous ne pouvons pas manquer à nos responsabilités. Enfin, la notion  de réussite et d’échec ne s’applique pas à la vie elle-même. Pour rater ou réussir, il faut d’abord vivre ! Dés lors, une vie n’est pas une chose ratée ou réussie, elle est plus fondamentalement la condition d’actions éventuellement ratées ou réussies. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

Prochain Manhattan-philo en principe le mercredi 06 septembre 18h45

 

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01 juillet 2017

Résumé du Café-philo-Bedous - 01/07/17 - Pour vivre heureux vivons cachés

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Le Café-philo de Bedous du mois de juillet s'est tenu le 1er à 18h au café L'Escala en vallée d'Aspe. Activité philosophique libre et gratuite, présentée et animée par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet proposé fut :

Pour vivre heureux, vivons cachés. 

Résumé de la soirée :

La question du bonheur nait chez les penseurs de l’antiquité grecque. Dès sa naissance, la philosophie se constitue comme recherche éthique sur la meilleure  manière de vivre et assigne à cette recherche la tâche de définir le bonheur. Or, cette question du bonheur est loin d’être simple : si nous savons clairement quand nous ne  sommes pas heureux, désigner ce qui nous rendrait heureux parait plus ardu et les réponses les plus diverses adviennent. Le bonheur semble alors relever de la subjectivité.
On peut cependant s’entendre sur l’idée qu’il est un état de bien-être physique et mental, caractérisé par une stabilité. Mais, une telle permanence est-elle envisageable dans une vie humaine dans laquelle l’imprévisible règne? On voit alors que des moments de bien-être, de plaisirs  ne constituent pas le bonheur du fait de leur fugacité. Que faut-il faire pour se rendre heureux ?
Le sujet proposé est le dernier vers d’une fable du XVIII° siècle,écrite par Florian et intitulée “Le grillon” : un grillon envie d’un superbe papillon qui parade dans les airs : “Dame nature pour lui fit tout et pour moi rien “; ainsi, les données de départ étant inégales, elles créent une injustice préjudiciable pour le grillon; L’égalité est-elle alors une condition nécessaire pour vivre heureux ?
Mais  après, des enfants poursuivent le papillon et le déchiquètent, ce qui fait dire au grillon ceci: “”Oh, oh, je ne suis plus fâché, il en coute trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimé ma retraite profonde ; pour vivre heureux, vivons  cachés ! “.
Se pose ici la question de ce qui relève du public et  de la sphère privée avec l’idée que le bonheur serait menacé par une vie sociale trop éclatante, qu’il faudrait se protéger des autres, ces derniers étant une menace pour  notre bonheur. Faut-il alors envisager la quête de son bonheur  sans se soucier des autres, en se protégeant de leur possible jalousie ? L’on voit  le problème éthique que cela pose. Mais ,en même temps, cette recherche de bonheur n’est-elle pas légitime, peut-on être soucieux des autres si nous ne sommes pas heureux ?
Enfin, comment entendre cette Première personne du pluriel de “vivons” ? S’agit-il ici de chacun d’entre nous, de notre individualité ou d’une collectivité, et si oui, laquelle ?
 
-Le bonheur n’est-il qu’affaire privée ?
-Comment entendre cette expression “vivre cachés” ?
-Les autres sont-ils une entrave au bonheur ?  (qu’est-ce que vivre heureux ? )
-Peut-on entendre une idée du bonheur qui serait en même temps une éthique?
 
Quelqu’un commence par  faire le lien entre le sujet et notre monde, dénonçant  cette injonction à se montrer, via internet et les réseaux sociaux, tissus relationnel envenimé. Trop se montrer entraine le risque que la malveillance  l’emporte. On perd en intimité, et le bonheur semble alors inatteignable. On remarque alors que ce sujet pose justement la question de l’intimité : que montre-t-on ou pas?
La pression sociale  impose des choses et l’on a alors besoin de de retirer  pour reconquérir quelque chose de soi, se recentrer.  Pour un intervenant, la solution est de vivre au fond des bois, et vivre cachés, c’est vivre avec la nature pour retrouver  un bonheur qu’on avait et qu’on n’a plus. Certains hommes célèbres ont fini par vivre cachés.
 
Mais on se demande alors si c’est la solution : est-ce vivre  que de vivre cachés ? Se retirer du regard des autres, c’est se reconnecter avec ses sensations, mais l’homme a aussi besoin de communiquer et il semble que le sujet , dans sa formulation, est contradictoire : la référence au bonheur est solaire  alors que les autres sont une menace (“cachés “) ; ne peut-on être bien avec les autres ?
Le fait de se cacher , n’est-ce pas refuser de se montrer tel que l’on est, par un manque de confiance en soi qui ne peut que montrer que l’on n’est pas heureux. Ne faut-il pas alors en conclure que le bonheur est un état intérieur, que l’on ne trouve qu’en soi-même ?
Si chacun en a  une idée différente, il faut bien faire des concessions. Cachés ne veut donc pas dire être seuls. Vivre bien  peut nous amener à vouloir partager, mais on choisira avec qui on échange. le bonheur ne peut alors pas être une simple recherche égoiste ,le partager le rendrait plus intense. Mais, avec qui le partager ? s’il nous faut choisir, c’est donc qu’il faut construire une communauté d’idées. Nous sommes mieux entourés avec des personnes qui veulent un monde meilleur qu’avec des gens malveillants.
 
De plus, c’est dans les moments difficiles qu’on a besoin de rencontrer les autres, d’autres regards sur le monde pour nous aider à notre tour, à voir les choses autrement.
 
Vivre cachés ne veut donc pas dire  le rester ; il faudrait le faire par intermittence, être assez fort pour se retirer, pour mieux revenir puisque vivre heureux suppose d’être avant tout bien avec soi. Il y a là l’idée de quelque chose d’universel à trouver. Quand quelqu’un est lui-même, s’affirme, cela nous montre que nous pouvons nous aussi y arriver.
On en vient à penser que le bonheur est une quête jamais acquise et quelqu’un  songe  à la phrase d’ Albert Camus : “il faut imaginer Sisyphe heureux “.  On ne choisit pas la condition humaine ni les épreuves qui vont avec.
Il faut songer à construire d’autres liens avec les autres, découvrir qui l’on est  et être relié aux autres sans faire semblant.  Ne pas se masquer derrière des faux-semblants afin de construire une authentique relation avec les autres. C’est vers cela que devrait évoluer une société et l’on pourrait alors parler de communauté. C’est à ce moment-là que l’on peut parler de bonheur, pas tant dans ce qui est accompli mais dans la construction de cette communauté. On rejoint alors la pensée de Lao-Tseu  : il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin.
 
Enfin, quelqu’un remarque que quand on a l’impression d’avoir combattu quelque chose en soi, d’avoir fait un effort qui nous permette de révéler quelque chose de nous qui nous était inconnu, on a ce sentiment de bonheur.
Comme nous constatons qu’il y a des personnes qui ont plus de chance que d’autres, il faut alors faire en sorte de leur permettre la même chose ou, au moins, de ne rien faire qui entrave leur propre quête.
 
En conclusion, il faudrait que chacun puisse s’engager dans une construction ou reconstruction de soi, parvenir à une libération intérieure qui permette ainsi de vouloir créer des liens nouveaux avec les autres,liens authentiques qui seraient promesse d’une véritable communauté.Il faut cultiver son jardin ou se mettre dans les sillons de celui d’Epicure pour qui “ de tous les biens que la sagesse nous procure pour le bonheur de notre vie, celui de l’amitié est de beaucoup le plus grand”.pour terminer ,ce commentaire au sujet de ce jardin :”chacun devait tendre à créer l’atmosphère où s’épanouissaient les coeurs. Il s’agissait avant tout d’être heureux et l’affection mutuelle, la confiance avec laquelle on se reposait l’un sur l’autre contribuaient plus que tout au bonheur”.
Pour Métaphores
Véronique Barrail
 

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17 juin 2017

Apéro-philo - 22/06/17 : L'argent a-t-il une odeur ?

Apero philo

L' APERO-PHILO (entrée libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le 22 à 18h45 à Pau au café restaurant Le Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

L'argent a-t-il une odeur ?

 

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L'animateur et philosophe Guy Karl a proposé une présentation problématisée de la question d'une vingtaine de minutes et a proposé un plan d'étude pour la soirée.

Résumé à suivre.

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29 avril 2017

Résumé Café-Philo 13/06/17 : Désirer l'impossible ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de juin animé par Guy Karl s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au Matisse. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

Faut-il désirer l'impossible ?

1) Le groupe remarque d’emblée que ce « faut-il » est pour le moins singulier dans la mesure où désirer ne saurait, en toute logique, faire l’objet d’une injonction, d’un devoir ou d’une obligation. Exiger de quelqu’un qu’il désire n’est-ce pas le jeter dans un embarras inextricable, voire dans un jeu de double contrainte, comme lorsqu’on commande à quelqu’un d’être libre. On désire ou on ne désire pas. Cela dit, la question mérite cependant toute notre attention, en raison même de ce paradoxe initial qu’on ne peut écarter d’un revers de manche.

2) En général l’injonction invite à réfréner ses désirs, « à changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde « (Descartes). Une longue tradition morale nous enseigne les vertus de modération, de prudence, de mesure, en condamnant l’Ubris, cette démesure de l’insensé qui se précipite tête baissée dans la recherche effrénée du pouvoir et de la jouissance. Notre sujet prend résolument le parti inverse : désirez, n’hésitez pas à désirer l’impossible, transgressez gaillardement les impératifs désuets d’une morale de l’esclavage et de la lâcheté, libérez-vous ! Plus encore : ce serait l’apanage d’une sorte d’héroïsme moral que de pousser le désir aussi loin que le permet notre nature, sans craindre de courroucer les dieux ou de bousculer l’ordre du monde. Dans l’univers antique Alexandre n’est-il pas le héros du désir de l’impossible ?

3) On pourrait se demander QUI, quel personnage conceptuel, quelle tradition philosophique ou politique pourrait soutenir une telle position immoraliste. La question restera ouverte : qu’en dira le lecteur ?

4) Suit une interrogation sur le désir et l’objet, voire la cause du désir. Le bon sens nous recommande de désirer le possible. Mais dans notre for intérieur les choses se passent autrement. Quoi de plus séduisant, de plus alléchant, de plus excitant que l’impossible ? Nos rêves, nos fantaisies et nos rêveries, si nous les observons de plus près, regorgent d’images, de constructions mentales qui mettent l’impossible en scène : voir revenir les morts, goûter à la vie éternelle, ne pas vieillir, être en plusieurs endroits en même temps, flotter dans les nuages et parler au soleil etc. Il faut croire que l’impossible, dont chacun a une prénotion plus ou moins claire, hante notre psyché comme une tentation permanente, une séduction. A croire que l’impossible serait, en fin de compte, la cause du désir, ce qui met en branle la faculté désirante : l’impossible crée le manque, lequel inspire le désir.

5) Mais la notion d’impossible pose problème. Ce qui est impossible aujourd’hui sera peut-être possible demain. Hier on était homme ou femme, on ne pouvait changer de sexe. Aujourd’hui on le peut. A extrapoler cette constatation on pourrait en venir à croire que rien n’est impossible à terme. On choisirait son sexe et son genre, on se rendrait immortel par la technique, on pourrait voyager à la vitesse de la lumière, visiter les univers les plus reculés etc. Je proposerai l’idée d’un impossible radical pour faire contrepoids à cette fantasmagorie délirante. L’impossible est la marque du réel : à vouloir gommer le réel on sombre en effet dans cette Ubris que condamnaient les Grecs. L’immortalité est le privilège des dieux, de même que l’ubiquité, ou la puissance. Mais eux-mêmes étaient limités par une force plus haute encore : le Destin ou la Moïra. L’impossible, de quelque manière qu’on l’aborde, est une catégorie essentielle qui définit la nature spécifique de l’homme, qui n’est pas un dieu, ni Dieu, limité dans ses pouvoirs même s’ils sont considérables, limité dans ses connaissances, et au final soumis à la loi de nature, même si, là encore, il a su et pu augmenter et affiner son savoir et son pouvoir.

6) Il y a deux modèles entre lesquels il faut choisir. Le premier nous propose de considérer les progrès comme illimités, et dès lors l’impossible deviendrait possible. Le second admet volontiers le progrès et l’élargissement du domaine du possible, mais pose l’impossible comme une borne infranchissable : mortalité, savoir limité, puissance limitée.

7) Si l’on considère le second modèle que devient alors le désir ? Il est vain de croire qu’il acceptera de se borner au possible, même si la raison, le jugement, l’entendement acceptent volontiers de s’y ranger. On assiste alors à une tension interne, que nous connaissons tous peu ou prou, entre la raison qui se tient dans le possible, quitte à l’élargir, et y agit rationnellement (technique, science, politique, économie etc) et d’autre part le désir qui se nourrit de l’aspiration à l’impossible, se manifeste et se libère dans le rêve et la rêverie, sans prétendre changer l’ordre du monde. Equilibre instable, problématique, mais infiniment préférable à l’errement de la psychose, où dans l’effacement de la raison, dans le déni du réel, le sujet se perd irrémédiablement dans le délire.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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Résumé Manhattan-Philo 7/06/17 : Le hasard

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de juin s'est tenu le merecredi 07 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Qu'est-ce qu'être courageux ? 

Sujet 2 :  Le hasard fait-il bien les choses ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?
Le sujet choisi fut :

Le hasard fait-il bien les choses ?

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Résumé :

Pour ce quatrième Manhattan-philo, le public a choisi de réfléchir au sujet suivant : « Le hasard fait-il bien les choses ? ».

J’introduis tout d’abord le sujet. Il existe en effet une expression populaire selon laquelle : « le hasard fait bien les choses ». On peut se demander si ce n’est qu’un dicton sans intérêt, ou bien s’il y a derrière une intuition méritant d’être éclaircie. A première vue, l’idée selon laquelle le hasard pourrait introduire une perfection dans les choses est étrange, puisque s’il y a une disposition harmonieuse, c’est qu’il y a une intelligence. Mais d’un autre côté, l’idée que l’homme est apparu par hasard, ou encore qu’il y a de l’indétermination dans l’univers, est une idée courante. Ou encore, le tirage au sort peut être utilisé pour régler des conflits ou distribuer des postes. Enfin, la rencontre amoureuse peut être laissée au hasard ou bien provoquée par des sites de rencontre, et il semble que le hasard possède un charme supplémentaire. Qu’en est-il donc ? Le hasard fait-il bien les choses ou non ?

Le public se saisit alors de la parole et une première remarque est faite : il n’est pas sûr que le hasard puisse « faire » les choses. En effet, le hasard est-il une cause ?

Puis, le thème de la rencontre amoureuse donne lieu à un débat animé. La rencontre amoureuse, pour l’un, n’est rien d’autre que l’effet de processus physico-chimiques, en un mot des phéromones. Rien à voir, donc, avec le hasard. Pour l’autre, il faut bien distinguer le hasard physique du hasard de la rencontre, qui implique ici une disponibilité de la personne à la nouveauté. Rien à voir, donc, avec des processus physico-chimiques.

Cette opposition entre déterminisme et hasard va ensuite animer la réflexion collective. Faut-il penser l’univers, l’homme y compris, comme un ensemble de phénomènes déterminés matériellement ? Ceci semble renvoyer au déterminisme du 19ème, au positivisme notamment, dont nous sommes heureusement sortis, remarque quelqu’un. En effet, la science contemporaine admet une indétermination des phénomènes, comme on peut le voir en biologie ou en physique quantique.
Jacques Monod, prix nobel de médecine (1965) illustre bien cette position dans son ouvrage « le hasard et la nécessité ».

Le hasard semble dés lors une problématique contemporaine. Pour l’un, c’est une problématique redoublée par l’absence de transcendance qui caractérise la modernité. Laissés seuls dans un monde sans sens, l’homme se lit comme le fruit du hasard. Pour un autre, il n’est pas sûr que le hasard soit une problématique si contemporaine. Les épicuriens, déjà, envisageaient l’idée que les atomes puissent dériver spontanément de leur trajectoire, introduisant ainsi la contingence dans la nature. Lucrèce nous apprend cette notion en la nommant « clinamen ».

Est interrogée aussi la volonté de tout expliquer. Dire qu’il y a du hasard, n’est-ce pas plus humble ? Mais d’un autre côté, remarque un autre, le hasard peut aussi être une solution de facilité, qui permet de se sortir des difficultés sans justement rien expliquer du tout.

La définition du hasard est alors creusée. Il conviendrait, dit quelqu’un, de bien distinguer le hasard physique, qui n’est que la rencontre de séries causales indépendantes (thèse de Cournot), la fortune, qui renvoie au sort, pouvant être bon ou mauvais, et enfin le hasard fondamental, qui renvoie à ce réel qui, bien que pensé, reste inconnu.

Pour la seconde partie de la soirée, je propose de revenir sur un problème concret, celui de l’usage du tirage au sort dans la société, à des fins diverses. Le hasard peut-il introduire de la justice ?

Le public préfère tout d’abord penser le problème du rapport entre hasard et liberté. Le hasard, pour quelqu’un, nie en fait la liberté, au sens où on a pas de visibilité sur nos choix. Le concept de Providence s’associe avec celui de liberté individuelle – c’est pourtant un redoutable problème métaphysique – mais pas celui de hasard. Cette idée n’est pas partagée par un autre, qui insiste au contraire sur le fait que le hasard n’empêche pas une liberté de choix, au sens où on peut intégrer le hasard dans nos choix.

Nous revenons enfin à la question du tirage au sort. Si les jurés sont tirés au sort, c’est pour empêcher la partialité, dit l’un. Ou encore, si on tire au sort pour régler des problèmes de répartition de postes – ou de places à l’université – c’est pour se décharger de la responsabilité d’avoir à trancher, remarque un autre.

Le hasard semble aussi être juste au sens où ne pas vouloir de hasard dans la société, c’est justement la marque du totalitarisme. Mais naître dans une famille aisée plutôt que dans une famille pauvre, ce qui est un effet du hasard, est-ce injuste ? La question n’est pas traitée plus en profondeur, mais on perçoit qu’il s’y joue quelque chose d’important.

Le hasard, en fin de compte, nous rend tous égaux, remarque quelqu’un. Car nous sommes égaux devant le hasard, au sens où nous n’avons pas de puissance sur lui, pas plus que sur la mort. Le hasard et la mort seraient ainsi les deux facteurs d’égalité entre les hommes.

Plusieurs remarques sont ainsi faites sur l’expérience du hasard, comme expérience fondamentale, mais qui ne donne pas lieu aux mêmes réactions chez les hommes. Certains souhaitant le contrôler, d’autres l’acceptant. Ainsi, une personne remarque qu’avec la fécondation in vitro, et peut-être bientôt une emprise plus grande sur le mécanisme génétique, il y a une volonté de maitriser un processus normalement laissé au hasard. Est-ce une bonne chose que cette volonté de contrôle ?

En conclusion, il me semble que lors de cette soirée riche, qui aura vu des personnes d’âges et d’horizons variés se réunir pour réfléchir à cette question difficile du hasard, quelques résultats sont à noter. D’abord, que le hasard n’est pas une cause mais plutôt une incapacité fondamentale à décrypter la causalité, et donc une situation d’ignorance. Si le hasard fait bien les choses, c’est que nous sommes disponibles pour accepter la nouveauté et non parce que nous nous laissons porter par le sort. Enfin, le hasard peut provoquer deux réactions : une volonté de contrôle, ou encore une acceptation, et c’est dés lors un problème éthique de savoir ce que nous devons faire. 

Pour Métaphores,

Timothée Coyras

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04 avril 2017

Résumé Atelier-Philo - 24/05/17 : esclaves de nos désirs ?

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de mai s'est tenu le mercredi 24 au café-restaurant le Matisse (Pau) à 18h45. Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Pierre Bernet, docteur en philosophie, spécialiste de Hegel et professeur pour aborder la question suivante : 

Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

La soirée, animée par Timothée Coyras, philosophe, auré été l'occasion de faire dialoguer dans un premier temps deux approches philosophiques différentes, celle de Spinoza et celle de Hegel avant d'engager la discussion avec le public présent. 

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Résumé : 

Pour cet atelier-philo que j’ai eu l’honneur d’animer, nous avons eu la chance d’écouter Pierre Bernet, Professeur de philosophie, sur le problème du désir chez Hegel, autour de la question : « Sommes-nous esclaves de nos désirs ? ».

J’ai commencé par introduire ce problème de façon générale, en faisant remarquer qu’il est commun d’opposer, dans la philosophie classique, un homme esclave de ses désirs illimités, au sage doué de raison qui a réussi à se maitriser. Toutefois, un auteur comme Spinoza permet de soulever une difficulté. Si « Le désir est l’essence de l’homme », comment pourrions-nous être esclaves de nous-mêmes ?

Pour Spinoza, la servitude ne vient pas du désir lui-même, mais de l’ignorance. Nous avons des idées confuses, et en ce sens nous subissons les choses plutôt que de déployer notre force vers ce qui nous est le plus utile. On se sort de la servitude, ainsi, par la connaissance. Mais n’y a-t-il pas dans cette vision un intellectualisme trop prononcé ?

Pierre prend alors la parole pour exposer comment Hegel pense le désir différemment de Spinoza. Si Hegel voit en Spinoza le prince de la philosophie, et le salue pour avoir mis un terme au dualisme stérile de l’âme et du corps – tel qu’il apparaît chez Descartes – il met cependant en avant une notion ignorée par Spinoza, celle du sujet. Le désir, pour Hegel, nous constitue fondamentalement comme sujet. Le sujet n’est pas une substance qui préexisterait au désir – chez Spinoza, la substance est antérieure à ses affections – mais le sujet n’existe que par et dans un désir qui se déploie. Le désir est expression d’un manque, la conscience d’une finitude, qui pousse un sujet à sortir de lui-même pour aller se chercher au travers des autres. Se faisant, le sujet risque quelque chose, il met en jeu non seulement son image, mais jusqu’à sa vie.

La relation à autrui est ainsi déterminée par ce désir, qui cherche à exister au travers d’autrui. Pour cela, il ne s’agit pas de détruire autrui. Si nous détruisons les autres, nous perdons ce qui nous permet d’accéder à nous-mêmes. Cette relation à autrui, énigmatique, paradoxale, ne doit pas être résolue, achevée, mais d’abord prise comme telle, car on y découvre alors la vie. « La vie, c’est l’unité infinie des différences », dit Hegel. Le désir nous fait entrer dans la vie et nous fait gagner un sens.

Hegel peut servir notre modernité, ajoute Pierre, en faisant remarquer que par le désir, l’individualité se maintient au profit de l’universel. De plus, si l’entendement nous pousse à catégoriser, nous sommes appelés à toujours dépasser les concepts pour entrer dans un aspect plus profond de la relation à l’autre, qu’Hegel appelle « le jour spirituel de la présence ».

Enfin, si chez Spinoza on règle le problème  du désir par l’intellect, en comprenant la nécessité, pour Hegel le mal, la souffrance, sont indissociables du désir. Le sujet ne peut se former qu’en se plongeant dans une vie où il ne pourra faire l’économie du négatif. En définitive, nous ne sommes donc pas l’esclave de nos désirs chez Hegel, puisque le désir est le mouvement même de la vie réelle.

L’exposé terminé, et après une courte pause, je propose de partir du problème suivant : « Faut-il maitriser ses désirs ? ». En effet, la question nous semble, avec Pierre, bien reprendre l’opposition entre un Spinoza qui appelle à une maitrise rationnelle de nos affects, et un Hegel qui voit dans le désir le déploiement du sujet, et ne cherche pas à faire l’économie des dimensions négatives des affects. J’ajoute que la clé de la difficulté se trouve sans doute dans la notion de « vie », si présente chez Hegel, et absente de la pensée de Spinoza.

S’ensuit tout d’abord une critique de ma dernière proposition. Certains participants pointent le fait que Spinoza pense bien la vie par le concept de « conatus ». Je montre mon désaccord. Mais après tout, ce sont ici des querelles de spécialistes et nous proposons de revenir au problème en lui-même.

Pour en revenir au sujet, les participants soulignent que le désir est une notion difficile à définir. Y a-t-il un désir ? Plusieurs désirs qui n’ont de commun que le mot ? On souligne que le corps est la source des désirs, par le phénomène de la pulsion.

Si on veut maitriser ses désirs, c’est qu’il se cache une peur. On a peur de l’inconnu. « Le désir risque de nous conduire vers l’abime », souligne Pierre. Mais pour autant, il semble que cette peur soit une forme de timidité, voire de formatage, pointe une autre personne qui voit dans la peur des désirs l’héritage des religions. Est-ce la religion le problème ? La morale ? Ou la rigidité des institutions ?

Un participant propose alors la solution suivante : il ne faut pas être l’esclave d’un seul désir. En se référant à Montaigne, il souligne que la multiplicité des désirs corrige les excès de chacun.

On souligne aussi qu’il faut distinguer l’objet du désir et le désir lui-même. Est-ce l’objet qu’il faut maitriser ? Ou le désir lui-même ?

Le désir le plus fondamental est le désir de vivre, remarque une autre personne. Vivre est tout à la fois condition et objet du désir. La maitrise du désir risquerait de nous priver du plaisir, mais aussi de la subjectivité. D’autre part, le désir est mimétique, il implique la collectivité, comme le montre l’enfant qui est accroché aux désirs des parents.

Enfin, un participant souligne que le désir est essentiellement créateur, qu’il implique une transformation de la vie, et qu’on ne peut pas le réduire à la consommation des choses. Choisir de changer de vie pour se consacrer à la peinture, par exemple, n’a rien à voir avec les problèmes liés aux achats.

C’est ainsi sur une vision positive du désir, pensé comme énergie créatrice, et nous permettant d’éprouver et d’exercer notre liberté, que se conclut cette soirée. 

Pour Métaphores,

TC

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