02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl

 


04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

Bedous 07 01 17_modifié-1

          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

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23 septembre 2016

Résumé Apéro-philo 19/10/16 L'homme, mesure de toutes choses

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"L'homme est-il la mesure de toutes choses ?"

Résumé :

 1)   Protagoras (485–411) déclare : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent, qu’elles existent, de celles qui n’existent pas, qu’elles n’existent pas ». Existe, selon lui, ce qui peut être senti, perçu, expérimenté, à partir de quoi chacun peut se former une opinion. D’une certaine manière toutes les opinions sont vraies, dans le concert infini des opinions. Ce qui n’existe pas c’est ce qui échappe à toute saisie perceptive, dont aucun savoir n’est possible. Cette seconde affirmation bouscule allègrement la tradition selon laquelle c’est le dieu qui est la mesure de toutes choses. Mais pour Protagoras l’existence des dieux est pour le moins sujette à interrogation, ce qui lui valut un procès et l’exil loin d’Athènes.

Résultat de recherche d'images pour "Protagoras"

 2)   « Toutes choses » sont incertaines parce qu’il n’y a pas de fondement. Dans le fameux mythe de la distribution originaire des qualités, par Zeus, les animaux sont heureusement pourvus, qui de griffes, qui de carapace, d’ailes ou de pattes agiles, seul l’homme est sans ressources naturelles, l’oublié de la création, démuni, surgissant vagissant et nu dans un monde qui n’a que faire de lui. L’homme est une erreur de la nature, privé d’instinct et de force naturelle. Ni les dieux ni la nature ne lui servent de fondement, il est condamné à tirer de soi-même les moyens de la survie, d’où la technique, le langage, le droit et l’institution politique. C’est l’homme qui, bon an mal an, fait la mesure des choses, distinguant le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le beau et le laid. C’est affirmer fortement qu’à défaut de la vérité c’est l’usage et la convention qui font mesure, et eux seuls. Montaigne se souviendra de cette leçon.

 3)   Mesure : c’est d’abord le bâton qui permet d’établir une distance, et donc de comparer des distances (le mètre, mètron). Mesurer c’est se servir d’un étalon pour calculer,comparer, fixer des rapports. Mais où trouverons-nous des critères de mesure si les dieux s’absentent, nous laissant livrés à nous-mêmes ? Seule la convention peut décider, fixer le critère, il est vrai de manière tout à fait arbitraire : qui justifiera la longueur du mètre, le découpant en centimètres et millimètres, ce qui ne fait que reporter le problème, jusqu’à cette béance du fondement. De même pour tout raisonnement, qui exige un autre raisonnement pour le fonder, et nous laisse pour finir dans l’incapacité de raisonner : on pose alors des axiomes ou des définitions, indémontrables, à titre de fondement conventionnel. De même pour les institutions humaines, qui, à l’examen, révèlent leur caractère arbitraire, lequel ne les empêche pas de fonctionner, comme on voit dans le droit : pour quoi la loi ? Parce que c’est la loi. On peut critiquer toutes les lois, mais on ne peut s’en passer si l’on veut sauver l’humanité.

 4)   Cela étant y a-t-il une « bonne loi » ? Dans l’absolu la question est idiote. Il y a des lois, conventionnelles et imparfaites. Tout au plus peut-on préférer certaines lois à d’autres, par exemple préférer la loi démocratique à la loi tyrannique. A défaut de « vrai » on tablera sur le préférable, le souhaitable, l’utile et l’efficace. C’est le choix de Protagoras : former des citoyens instruits, lucides et intelligents, qui savent manier la parole comme un pouvoir d’explication, de contestation, parole éminemment politique.

 5)   Le débat portera largement sur la question de la mesure. Le terme est ambigu en français, désignant tantôt un étalon purement géométrique ou physique - le mètron du grec – et tantôt une appréciation morale, « un homme mesuré » qualifiant l’équilibre, la tempérance, par opposition à la « démesure » du tyran, de l’avaricieux, de l’intempérant – l’hubris en grec. Question tout à fait sérieuse car si l’homme fait la mesure, rien ne l’empêche de basculer dans la démesure et de faire de la démesure même la mesure collective. Qui est fou quand tout le monde est fou ? ou pour dire comme Montaigne qu’est ce qui branle quand tout branle ? Par la phrase de Protagoras nous sommes plongés dans une incertitude universelle, où le vrai, le juste et le beau ne se distinguent du faux, de l’injuste et du laid que par la sagacité du législateur : d’où, encore une fois, la nécessité de l’éducation, de la formation morale et d’un gouvernement sage.

 6)   Un autre débat important se déroulera sur la question de la science. Dans un tel monde une science est-elle possible ? Evidemment, à condition de poser nettement que la science ne peut dire le vrai (on ne peut sortir de la représentation pour saisir le réel comme tel à la force du poignet), ce qui ne la prive pas d’un pouvoir de rectification : écarter patiemment les erreurs, les préjugés, les représentations caduques. On peut voir dans la méthode scientifique, plus que dans ses résultats, une école de formation de l’esprit, une discipline de pensée qui, à défaut de nous révéler un mystère qui nous échappera toujours, nous aide à épurer notre jugement. Le groupe évoque le fameux texte de Pascal sur les deux infinis (disproportion de l’homme) où l’on voit que tout centre se dérobe (« le centre est partout et la circonférence nulle part ») et que notre pauvre mesure, sans fondement mais indispensable, se perd dans le sans-mesure d’un univers colossal.

 7)   Nous n’avons pas la mesure du vrai, il y faudrait une puissance divine qui nous manque. Avec Protagoras l’homme, l’humanité, prend conscience de sa véritable position dans l’existence. On peut y voir une position nihiliste. On peut aussi y lire une leçon de courage. Nous voici responsables de ce que nous pensons et faisons. Il est de la première urgence de créer « de bonnes mesures » si nous voulons donner à l’humanité un espace et un temps pour la vie, qui ne peut être pour nous que le temps de la conscience.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

 

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03 février 2015

Résumé du Café-philo du 12/02/15 : Science et réel

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          Le café-philo du 12 février s'est tenu au Pub-restaurant chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) de 18h45 à 21h10. Huit sujets ont été proposés au vote. 

Sujets proposés :

 Le contraire d’un peuple civilisé c’est un peuple créateur

Le présent peut-il échapper à la mémoire, ou s’affranchir de la mémoire ?

Quelle différence entre le désir et la volonté ?

Vivre et penser s’opposent-ils ?

Avec 9 milliards d’habitants sur la terre être soi est-ce possible ?

Il y a dans les grands hommes plus à admirer qu’à mépriser

La croyance est-elle inhibitrice ou exaltatrice de soi ?

 

Le sujet retenu collectivement et traité lors de la soirée fut :

"La science nous donne-t-elle accès au réel ou le masque-t-elle ?"

 Animation et synthèse : Guy Karl

 1        Plutôt que de parler de La science il faudrait parler des sciences. Chacune se propose de traiter d’un aspect de la réalité, créant son objet propre et ses méthodes en se différenciant des autres. D’où un éclatement des savoirs, avec une spécialisation accrue. On observe en outre une accélération des recherches, et un souci de plus en plus évident des applications pratiques. Les sciences ont-elles pour finalité la connaissance du réel ?  Ou bien est-ce une illusion de croire qu’elles sont en mesure de débusquer le réel ?

 2       On reconnaît volontiers aux sciences une valeur de connaissance et d’efficacité, dont les retombées sont partout visibles. De plus elles contribuent à créer une nouvelle image du monde qui souvent  contredit la perception immédiate et la tradition. En somme elles produisent de la réalité, mais cela signifie-t-il que nous ayons le moyen de sortir de la représentation, d’avoir accès au réel en soi et pour soi ?

 3      Toutes nos créations scientifiques, nos lois et nos théories sont des images. Ces images elles-mêmes évoluent avec le temps et l’avancée des recherches. Un paradigme chasse l’autre. Comment saurions-nous que nous disons vrai ? Tout au plus pouvons-nous supposer que nous disons un peu moins faux, en rectifiant, révisant, amendant nos paradigmes successifs.

 4    « Nous n’avons pas de communication à l’être » (Montaigne) – ni au réel. Il faut savoir reconnaître les limites de la connaissance et admettre notre incapacité à sonder le réel insondable. La science ne donne pas accès au réel, mais ne le masque pas davantage, si la nature du réel nous demeure inaccessible et inconnaissable.

  GK

 

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