04 avril 2017

Résumé Atelier-Philo - 24/05/17 : esclaves de nos désirs ?

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de mai s'est tenu le mercredi 24 au café-restaurant le Matisse (Pau) à 18h45. Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Pierre Bernet, docteur en philosophie, spécialiste de Hegel et professeur pour aborder la question suivante : 

Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

La soirée, animée par Timothée Coyras, philosophe, auré été l'occasion de faire dialoguer dans un premier temps deux approches philosophiques différentes, celle de Spinoza et celle de Hegel avant d'engager la discussion avec le public présent. 

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Résumé : 

Pour cet atelier-philo que j’ai eu l’honneur d’animer, nous avons eu la chance d’écouter Pierre Bernet, Professeur de philosophie, sur le problème du désir chez Hegel, autour de la question : « Sommes-nous esclaves de nos désirs ? ».

J’ai commencé par introduire ce problème de façon générale, en faisant remarquer qu’il est commun d’opposer, dans la philosophie classique, un homme esclave de ses désirs illimités, au sage doué de raison qui a réussi à se maitriser. Toutefois, un auteur comme Spinoza permet de soulever une difficulté. Si « Le désir est l’essence de l’homme », comment pourrions-nous être esclaves de nous-mêmes ?

Pour Spinoza, la servitude ne vient pas du désir lui-même, mais de l’ignorance. Nous avons des idées confuses, et en ce sens nous subissons les choses plutôt que de déployer notre force vers ce qui nous est le plus utile. On se sort de la servitude, ainsi, par la connaissance. Mais n’y a-t-il pas dans cette vision un intellectualisme trop prononcé ?

Pierre prend alors la parole pour exposer comment Hegel pense le désir différemment de Spinoza. Si Hegel voit en Spinoza le prince de la philosophie, et le salue pour avoir mis un terme au dualisme stérile de l’âme et du corps – tel qu’il apparaît chez Descartes – il met cependant en avant une notion ignorée par Spinoza, celle du sujet. Le désir, pour Hegel, nous constitue fondamentalement comme sujet. Le sujet n’est pas une substance qui préexisterait au désir – chez Spinoza, la substance est antérieure à ses affections – mais le sujet n’existe que par et dans un désir qui se déploie. Le désir est expression d’un manque, la conscience d’une finitude, qui pousse un sujet à sortir de lui-même pour aller se chercher au travers des autres. Se faisant, le sujet risque quelque chose, il met en jeu non seulement son image, mais jusqu’à sa vie.

La relation à autrui est ainsi déterminée par ce désir, qui cherche à exister au travers d’autrui. Pour cela, il ne s’agit pas de détruire autrui. Si nous détruisons les autres, nous perdons ce qui nous permet d’accéder à nous-mêmes. Cette relation à autrui, énigmatique, paradoxale, ne doit pas être résolue, achevée, mais d’abord prise comme telle, car on y découvre alors la vie. « La vie, c’est l’unité infinie des différences », dit Hegel. Le désir nous fait entrer dans la vie et nous fait gagner un sens.

Hegel peut servir notre modernité, ajoute Pierre, en faisant remarquer que par le désir, l’individualité se maintient au profit de l’universel. De plus, si l’entendement nous pousse à catégoriser, nous sommes appelés à toujours dépasser les concepts pour entrer dans un aspect plus profond de la relation à l’autre, qu’Hegel appelle « le jour spirituel de la présence ».

Enfin, si chez Spinoza on règle le problème  du désir par l’intellect, en comprenant la nécessité, pour Hegel le mal, la souffrance, sont indissociables du désir. Le sujet ne peut se former qu’en se plongeant dans une vie où il ne pourra faire l’économie du négatif. En définitive, nous ne sommes donc pas l’esclave de nos désirs chez Hegel, puisque le désir est le mouvement même de la vie réelle.

L’exposé terminé, et après une courte pause, je propose de partir du problème suivant : « Faut-il maitriser ses désirs ? ». En effet, la question nous semble, avec Pierre, bien reprendre l’opposition entre un Spinoza qui appelle à une maitrise rationnelle de nos affects, et un Hegel qui voit dans le désir le déploiement du sujet, et ne cherche pas à faire l’économie des dimensions négatives des affects. J’ajoute que la clé de la difficulté se trouve sans doute dans la notion de « vie », si présente chez Hegel, et absente de la pensée de Spinoza.

S’ensuit tout d’abord une critique de ma dernière proposition. Certains participants pointent le fait que Spinoza pense bien la vie par le concept de « conatus ». Je montre mon désaccord. Mais après tout, ce sont ici des querelles de spécialistes et nous proposons de revenir au problème en lui-même.

Pour en revenir au sujet, les participants soulignent que le désir est une notion difficile à définir. Y a-t-il un désir ? Plusieurs désirs qui n’ont de commun que le mot ? On souligne que le corps est la source des désirs, par le phénomène de la pulsion.

Si on veut maitriser ses désirs, c’est qu’il se cache une peur. On a peur de l’inconnu. « Le désir risque de nous conduire vers l’abime », souligne Pierre. Mais pour autant, il semble que cette peur soit une forme de timidité, voire de formatage, pointe une autre personne qui voit dans la peur des désirs l’héritage des religions. Est-ce la religion le problème ? La morale ? Ou la rigidité des institutions ?

Un participant propose alors la solution suivante : il ne faut pas être l’esclave d’un seul désir. En se référant à Montaigne, il souligne que la multiplicité des désirs corrige les excès de chacun.

On souligne aussi qu’il faut distinguer l’objet du désir et le désir lui-même. Est-ce l’objet qu’il faut maitriser ? Ou le désir lui-même ?

Le désir le plus fondamental est le désir de vivre, remarque une autre personne. Vivre est tout à la fois condition et objet du désir. La maitrise du désir risquerait de nous priver du plaisir, mais aussi de la subjectivité. D’autre part, le désir est mimétique, il implique la collectivité, comme le montre l’enfant qui est accroché aux désirs des parents.

Enfin, un participant souligne que le désir est essentiellement créateur, qu’il implique une transformation de la vie, et qu’on ne peut pas le réduire à la consommation des choses. Choisir de changer de vie pour se consacrer à la peinture, par exemple, n’a rien à voir avec les problèmes liés aux achats.

C’est ainsi sur une vision positive du désir, pensé comme énergie créatrice, et nous permettant d’éprouver et d’exercer notre liberté, que se conclut cette soirée. 

Pour Métaphores,

TC

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02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

21 janvier 2017

Résumé du Café-philo 14/02/17 - L'enfance est-elle une erreur ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de février s'est tenu le mardi 14 à 18h45 au café Le Matisse (clic). Le sujet traité après propositions des participants et à la suite d'un vote fut :

L'enfance est-elle une erreur ?

1)    La problématique de ce sujet sera très difficile à cerner, et tout au long des débats, les intervenants se demanderont quel en est exactement l’enjeu. En effet, un enfant ne se demande pas si l’enfance est une erreur, seul un adulte, dans un regard rétroactif, peut juger après coup que l’enfance est une erreur. Mais pourquoi une erreur, si chaque humain est condamné à vivre l’enfance avant que de devenir adulte. L’enfance est nécessaire et inévitable, en quoi dès lors serait-elle une erreur ?

2)    L’adulte dira par exemple : l’enfance manque de raison, souffre d’un jugement immature, est porté à croire toutes sortes de fadaises et de chimères, de se plonger dans les fictions, les fantaisies, les contes, et de confondre le réel et l’imaginaire. S’agit-il d’une disposition naturelle, ou bien n’est-ce pas aussi l’effet de l’éducation familiale qui véhicule des histoires et des mythes, auxquels l’enfant est porté à croire ? Un participant signale que l’enfant peut faire preuve, par ailleurs, d’une singulière lucidité en posant les questions qui fâchent : pourquoi ceci, pourquoi cela, et pourquoi et pourquoi. En fait l’enfance n’est pas réductible à un jugement unilatéral.

3)    On évoque le caractère d’inachèvement de l’enfance, qui nécessite l’action éducative, formatrice, laquelle ne va pas aussi sans une certaine altération de sa nature. C’est ce rapport, qui est aussi un paradoxe, que le groupe va interroger : nature et culture, capacités natives et influences éducationnelles. Faut-il corriger l’enfant (attention : le mot a un double sens !) ce qui signifie qu’il est à dresser, dompter, instruire, comme si de nature il était paresseux, vicieux, « pervers polymorphe » - ou à l’inverse faut-il souplement l’accompagner  dans son développement ? Ici se heurtent les thèses et les auteurs, qui se partagent entre « réformateurs » et « accompagnateurs ». Pour simplifier : Kant et Rousseau.

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4)    Suit une longue parenthèse sociologique et historique : le concept d’enfance est lui-même une donnée récente, du siècle de Rousseau, car auparavant l’enfance n’était pas vraiment considérée pour soi ; l’enfant était un adulte en miniature, très tôt mêlé à la vie civile et professionnelle. De plus on passait brusquement de l’âge enfantin à l’âge adulte. Le concept d’adolescence est lui aussi fort tardif, alors qu’il est aujourd’hui évident. Pour ces époques révolues, on peut dire qu’alors l’enfance était bien une erreur qu’il s’agissait de rectifier par l’éducation et la religion. Ce n’est plus le point de vue contemporain, qui donne parfois, à l’inverse, dans une sorte d’admiration béate de l’enfance, considérée comme « innocence », liberté, spontanéité, créativité. Autre mythe sans doute, qu’il importe d’interroger.

5)    Au total nous découvrons que la question posée n’a pas beaucoup de sens. En effet, il est moins question de l’enfance en tant que telle que des représentations que l’adulte s’en fait. Nous avons tous été des enfants, l’enfance est un moment de l’histoire personnelle, nécessaire et inévitable, qui en soi ne pose pas de problème. Le problème existe pour le parent qui éduque : considère-t-il son enfant comme un petit animal qu’il faut dresser, comme un pervers polymorphe qu’il faut redresser, comme une erreur de la nature, ou comme un accident fâcheux, ou comme un être en devenir qui a besoin de nourriture physique et psychique, de sécurité et d’amour, et qui, à ces conditions, peut se développer et accéder à une certaine maturité intellectuelle et psychique ?

6)    Je dirais volontiers que cette idée d’erreur est une invention de psychologue mal inspiré ou d’un philosophe grincheux qui a oublié qu’il était enfant que d’être homme.

Pour Métaphores, GK

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01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 juillet 2016

Résumé apéro-philo du 12/07/16 : Philosopher : qui, pourquoi, comment ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de juillet s'est tenu mardi 12 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne à Pau (face au parc Beaumont) sur le sujet suivant :

 Philosopher : qui, pourquoi, comment ? 

 Guy Karl, philosophe, a problématisé le sujet pendant une vingtaine de minutes proposant un plan d'étude et d'approfondissement pour le groupe présent. Cela a donné lieu à de remarquables interventions.

 

Apéro-philo 12 juillet 16

 Trente-cinq amis de la philosophie ont participé à ce grand moment philosophique, dans une belle convivialité.  

Apéro-philo du 12 07 16

 Résumé : 

1)      Partant de la phrase célèbre de Kant « on ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher », on se demandera ce  qu’est « philosopher », insistant sur la prégnance du verbe, terme actif, qui engage un sujet dans une interrogation, un questionnement, une recherche, dont la nature reste à préciser. Pas de philosopher authentique sans un sujet philosophant, lequel ne saurait se contenter de réponses toutes faites, d’opinions et de croyances communes dont le fondement et la valeur ne seraient pas librement et résolument examinées.

2)      Pourquoi se mettre à philosopher ? C’est que le monde est opaque, la destinée obscure, que l’évidence s’est fêlée, qu’une certaine insatisfaction, un décalage entre ce qu’on croyait et ce qui est, entre l’illusion et le réel, ne peuvent plus être déniés, refoulés, ignorés. Là est peut-être l’acte fondamental : accepter de voir la rupture, l’écart et ne pas se précipiter dans les solutions ordinaires : le divertissement, la fuite dans l’activisme, l’idéologie ou la religion. Philosopher c’est d’abord faire halte pour considérer rationnellement les faits, voir, regarder, faire face. Ainsi fit Schopenhauer : « J’ai trouvé que la vie était une énigme et j’ai décidé de consacrer la mienne à la déchiffrer ». Courage et lucidité du sujet philosophant, qui, partant d’une interrogation personnelle, d’un pathos subjectif (étonnement, inquiétude, incompréhension, voire douleur ou effroi) élève sa pensée à la considération de l’universel : ce qui fait la réalité de toute vie, celle des autres comme la mienne.

3)      D’une expérience, sans laquelle on ne peut s’engager en sincérité, on est passé à une question, qu’on s’efforce de formuler sous les espèces d’un problème, par ex : pourquoi la souffrance, sa nature, ses causes, ses remèdes. Du singulier, par la pensée, on gravit les échelons vers l’universel, avec les risques inhérents à cette induction, qu’il faut s’efforcer de vérifier dans les faits. De la pratique à la théorie, de la théorie à la pratique : méthode expérimentale. Philosopher c’est expérimenter et penser son expérience.

4)      Les personnes présentes parlent d’une « fracturation » initiale comme moteur au questionnement : la mort, le deuil, la souffrance, mais aussi les grandes joies, la perte des illusions, la fuite du temps, l’instabilité des choses, le perte du sens, expériences que chacun est amené à faire un jour ou l’autre, et qui donnent à la recherche philosophique un statut d’universalité, même si les réponses sont très variées, et parfois contradictoires. Ce qui fait aussi que tout homme, en tant qu’homme, est voué à ces questions, alors même que souvent il préfère les repousser ou les négliger. Ici la frontière entre le « philosophe » et le commun n’est plus pertinente, en droit, mais elle reprend son sens dans les faits : on est invité à devenir sujet, Un sujet conscient et autonome, mais seuls la décision personnelle, et l’effort personnel nous font avancer vers cette autonomie.

 5)      Devenir autonome et s’autoriser de soi-même, voilà le programme philosophique. Comment entendre « autonomie » ? Le sujet est plongé dans une culture, un langage, des codes, des valeurs qui lui préexistent, il ne peut guère penser hors de ce contexte, mais il peut librement examiner et évaluer. C’est un puissant paradoxe : comment dire « je »  dans la langue de tous, affirmer la singularité dans le langage collectif ? C’est difficile, c’est le résultat d’une longue pratique, mais ce n’est pas impossible. De beaux exemples – et les philosophes sont des exemples, non des modèles à suivre ni des gourous – témoignent pour nous et nous invitent à faire de même – en traçant  notre propre chemin. « Que chacun soit à lui-même sa propre lampe » (Bouddha).

 6)      Nous terminons cette riche et féconde soirée en insistant sur la nécessité de l’expérience, sur le poids du réel auquel nous sommes tous confrontés, et sur le fait qu’une pensée n’est jamais qu’une approximation. Entre les choses et les mots subsiste un écart infranchissable, et dès lors le vivre et le penser ne parviennent jamais à une adéquation absolue. Vivre reste une énigme, un risque et une tâche. C’est notre faiblesse - et notre noblesse sera d’en tirer toutes les conséquences.

 7)      En tout état de cause, dans ce groupe attentif, actif et enthousiaste, nous avons fait l’expérience d’un philosopher qui fut un « sum-philosophein », un philosopher ensemble qui est une joie pour l’esprit, et une leçon de courage.

 

Vingt-sept personnes sont restées pour partager un diner fort sympathique dans le cadre très accueillant du Dimanche à la campagne. Ce fut une soirée d'une haute qualité sur tous les plans ! Merci à tous.

Agapes philosophiques

 

 

 

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27 mars 2016

Résumé Apéro-philo du 26/05/16 - émotion et rapport au monde

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) du mois de mai s'est tenu le jeudi 26 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant :

 

Les émotions nous enseignent-elles quelque chose de notre rapport au monde ?

 

Guy Karl, philosophe, a engagé une réfléxion à partir d'une problématisation initiale d'une vingtaine de minutes avant de laisser le groupe s'emparer des enjeux proposés sous forme de plan d'étude. 

Résumé : 

1)       Le premier moment de la réflexion consistera à préciser la nature de l’émotion : mouvement (movere) hors de (ex) – hors de l’apparente unité et stabilité du moi. Quelque chose surgit qui dérange, affecte, trouble, en agréable ou désagréable, l’ordonnance intérieure. Joie, tristesse, colère, angoisse, effroi etc. L’émotion, surgissant, semble incontrôlable, irrationnelle. Je proposerai le mot grec « a-logos »pour la qualifier – ce qui déborde le logos, la mesure, l’équilibre, la raison.

 2)      L’opposition entre la raison et l’émotion (plus ou moins identifiée à la « passion, le « subir, la passivité ») est un thème classique de la philosophie. En général on considère que seuls l’entendement, la pensée logique sont en mesure de nous enseigner la nature des choses, l’émotion étant trop subjective, trop irrationnelle, trop immédiate, confuse et réactive pour nous délivrer un enseignement vrai. Mais cette conception rationaliste est trop étroite : elle néglige un aspect bien réel de la condition humaine. L’homme n’est pas seulement « sapiens » mais aussi « demens » (Edgar Morin). Tout le théâtre antique et moderne, toute la littérature romanesque se nourrit de cette irrationalité, et en montre le caractère indépassable.

 3)        Peut-être l’émotion est-elle utile. Dans la lutte pour la survie, la peur et la colère sont des agents dynamiques. Les émotions collectives jouent un grand rôle dans l’histoire, pour le pire et le meilleur. L’émotion se partage, se diffuse, crée des liens « pathétiques », contribuant à sa manière à la socialisation.

 

apéro-philo 26 05 16

 

 4)       Premier bilan : Selon une conception étroite on s’imagine que seule la connaissance rationnelle est vraie. N’est-ce pas un préjugé idéaliste ? Second point : on assimile l’émotion à une perte de maîtrise. Mais le logos est-il une maîtrise ou une illusion de maîtrise ? On aboutit de la sorte à une réévaluation de l’émotion, qui, pour être confuse, n’en est pas moins un témoignage poignant de notre rapport au monde.

 5)       Mais qu’est-ce que ce rapport au monde ? Quel monde ? Manifestement il s’agit moins du monde tel qu’il est – et dont ne savons rien –que du monde tel que nous le vivons, sentons et ressentons. Nous sommes au monde, dans le monde, « pris dans le monde » - et nullement des observateurs détachés, comme dans les sciences de la nature. Ce monde est celui de l’attachement vital, de la dépendance organique, de la relation immédiate ou médiate aux autres, celui de la vie partagée. C’est ici que l’émotion est présente, voire omni-présente, c’est ici que se modulent tous ces affects de haine, d’amour, de déception, d’angoisse, de peur et de colère. Evidence existentielle.

 6)         Remarquons que de ce « monde » nous ne savons pas s’il est vraiment extérieur à nous ( ?) ou s’il est la projection hors de nous du monde intérieur, qui colore, conditionne toutes nous perceptions, toutes nos représentations. Le déprimé voit tout en noir et gris. L’exalté voit tout grandiose. Le colérique « voit rouge ». C’est plus qu’une métaphore, c’est une expérience vécue. Comment expliquer les variations d’humeur, les accès de frénésie, les délires et autres altérations de la perception, qui déclenchent les plus formidables émotions, alors que le monde réel n’a guère changé ? Ces constats nous amènent à nous interroger sur la structure neuronale, le rôle des transmetteurs chimiques, sur la biologie du cerveau, mais aussi sur les pulsions inconscientes, les formations psychiques, les images et les fantasmes.

             En bref, l’homme est sujet aux émotions, sa raison n’est pas impuissante, mais moins puissante qu’il croit : il a bien affaire au monde puisqu’il y est immergé, mais il continue de ne pas savoir quel est exactement ce monde qu’il habite tant bien que mal, qui le fait naître, qui le nourrit et le détruit.

Pour Métaphores, GK

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06 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 12/01/16 - Penser - créer

 

Café-philo

Le café-philo s'est tenu le mardi 12 janvier 2016, 18h45 à La Coulée douce -Cité des Pyrénées (29 bis rue Berlioz) à Pau. Comme d'habitude, un vote démocratique a décidé du choix du sujet à partir des questions, propositions, citations que les participants ont proposé. Le sujet du jour fut :

 

"Penser empêche-t-il de créer ?"

 

Résumé de la soirée : 

1)      Qu’est ce qui empêche de créer ? Il y a bien sûr les données externes, dictature politique, par ex – et les conditions internes, psychologiques ou intellectuelles. L’artiste aura peut-être une méfiance toute particulière vis-à-vis d’un excès de pensée. Trop penser empêche de faire. En particulier l’excès de culture, d’érudition, de savoir peut stériliser la source vive de la création, qui suppose un abandon relatif à l‘imagination,  au hasard (« laissez venir à moi les mille hasards » Nietzsche) ou à ce que l’on appelle un peu vite l’inspiration.

 2)      Le groupe insiste alors sur la variété des formes de création, dont l’art n’est qu’une modalité particulière : innovation technique, invention de théories scientifiques, créativité personnelle dans la vie publique et privée. Mais alors créer, c’est quoi ? Suffit-il de désirer, de vouloir ? Il apparaît bien vite que la création est l’aboutissement d’un processus complexe où le travail, l’effort, la persévérance, l’analyse, la réflexion, voire la culture ont joué un rôle indispensable. Les grands créateurs sont de grands travailleurs, mais dans un sens très spécial.

 3)      Vient alors un moment un peu miraculeux où plusieurs personnes – des créateurs justement – évoquent leur expérience : longue gestation, longue préparation où la pensée joue un rôle déterminant, puis, soudain une sorte de «  suspension », où l’on se jette à l’eau, arrêtant de penser, et se confiant au mouvement intérieur, à ce qui émerge des couches profondes de l’inconscient, où la non-maitrise s’accompagne de la plus vive attention au surgissement. Créer, cela serait peut-être réfléchir longtemps avant de se jeter corps et âme dans les eaux tumultueuses de l’inconnu.

 4)      Après la pose la réflexion se retourne une nouvelle fois pour interroger la signification du penser. Toute pensée se fait, au départ dans une culture donnée, un contexte, un espace mental saturé de significations et de préjugés. D’où la nécessité impérieuse, pour qui veut penser et créer (pour une fois les voilà liés dans la même démarche) de commencer par un travail de critique, de démontage, voire de destruction : détruire et créer seraient les deux faces d’un même processus. Il faut se donner de l’espace, du champ, de la liberté, pour accéder à sa propre source, à sa propre vérité.

 5)      C’est ainsi que nous parvenons à une idée plus précise de la création : un processus complexe, qui mène le sujet à une meilleure appréhension de sa vérité intérieure, grâce à quoi il peut faire apparaître quelque chose qui avant lui n’existait pas dans la réalité. Vérité et innovation.

                   Pour Métaphores, GK

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