05 janvier 2019

Résumé - Atelier-philo - 30/01/19 - Blaise Pascal, penseur des limites

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de janvier s'est tenu le 30 à 18h45 au Dimanche à la campagne (Pau) autour du sujet suivant :

Les limites de la condition humaine

 

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"De Blaise Pascal, penseur, écrivain, savant et inventeur autant protéiforme que génial du XVIIè Siècle, nous avons gardé en mémoire quelques formules devenues des adages célèbres : "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas", "vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà", c'est comme une "seconde nature", etc. Du savant, on retient souvent la première machine à calculer (la pascaline conçue à 19 ans, réalisée à 22 ans), ses recherches sur le vide en physique et sur l'infini en mathématiques, avec toutes les conséquences imaginables qu'elles ont entraînées. De l'homme de foi, on retient aussi son fameux "pari" et ses réflexions sur les limites de la raison : "Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison" note-t-il dans les Pensées.
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Par ailleurs, Blaise Pascal est aussi un penseur singulier de l'existence dont l'approche est parfois qualifiée de tragique. En effet, les hommes s'appliqueraient à se détourner de leur condition, à se masquer leurs propres limites et leur place au sein d'un univers infini. C'est entre autres choses sur ces points que nous nous interrogerons en présentant d'abord quelques aspects saillants de sa pensée, puis en débattant sur quelques orientations proposées au public." DP
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         La soirée fut animée par David Pourille, philosophe de formation, président de l'association Métaphores ; une lecture et un commentaire littéraire d'un passage des Pensées furent proposés par Janine Delaitre (professeure agrégée, animatrice du cercle littéraire). 
Résumé de la soirée :

Pascal, penseur des limites et de la condition humaine

En résumé, Blaise Pascal est un mathématicien et un physicien qui à l’issue d’une conversion spirituelle a cherché à « rendre aimable » la religion chrétienne dans une œuvre inachevée que l’on a intitulé les Pensées. Chrétien qui ne défend ni n’admet aucune preuve de l’existence de Dieu, il cherche les traces d’un Dieu caché. Sa pensée s’origine dans son époque : Montaigne, Descartes, l’influence de Saint Augustin et surtout, les mathématiques et la révolution scientifique ouverte par Galileo Galilée. Cette pensée se développe selon trois ordres (la chair soit le monde, l’esprit soit la science, et la charité soit la vie spirituelle) et c’est l’examen du premier ordre qui dessine, scrute, « désembrouille » la condition humaine.

Voici donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominé par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination, il les prend pour des vérités ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient, écartant le reste. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité ? Son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres « comme » pour se « venger » d’avoir été mis à découvert ; c’est pourquoi il est haïssable. Enfin, le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

Reste-t-il une possibilité de bonheur, introuvable dans le premier ordre, dans le second ? La philosophie, l’antique du moins, n’invitait-elle pas à accéder à la sagesse ou au bonheur grâce à la connaissance ? Là encore, il n’y a pas de faux espoir à poursuivre. La raison peut chercher à embrasser l’univers, le Tout ; elle peut vouloir se faire juge de tout, elle est engloutie par l’infiniment grand et l’infiniment petit. On ne peut accéder qu’à des « régions » toutes relatives de savoir ; nulle vérité absolue et définitive. Et il n’existe pas de premiers principes sur lesquels se fonder : « tout craque ».

Reste-t-il à se réfugier en Dieu ? A y trouver tout le réconfort pour une conscience qui perce les illusions de la condition humaine et des ambitions inaccessibles du savoir humain ? Ni les preuves (impossibles) de l’existence de Dieu, ni un Pari (souvent mal compris) sur son existence ne conduisent à lui. « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Blaise Pascal ne développe pas de théologie. Il veut conduire à Dieu par une conversion du cœur, sans certitude que l’on y parvienne.

Une manière de penser de Blaise Pascal.

Sans souci ni désir de système, Blaise Pascal organise ses réflexions, constats et critiques selon trois ordres : l’ordre de la chair, l’ordre de l’esprit et l’ordre de la charité. Au premier, qui correspondrait à notre vie pratique, en société, il associe les gens de pouvoir, d’action ; celui-ci est dominé par la concupiscence, ou la libido sentiendi, le désir de sentir, posséder et jouir. Au second qui correspondrait à la vie intellectuelle et surtout scientifique, il associe les curieux et les savants ; celui-ci est dominé par une autre libido, - sciendi, le désir de savoir. Au troisième qui correspondrait à la vie spirituelle ou religieuse, mais aussi à la vie affective, il associe les sages et les orgueilleux ; celui-ci est dominé par une troisième concupiscence, la libido dominandi, le désir de dominer.

 La condition humaine selon Blaise Pascal

Ceux sont donc les trois libidos qui dominent nos vies, et c’est tout ce premier ordre qui dessine la condition humaine. Car en chrétien largement inspiré par l’augustinisme (du théologien Saint Augustin d’Hippone), il considère que l’Homme (et donc la Femme aussi…) a chuté, il est tombé de son lieu originel : soit la proximité avec Dieu (métaphoriquement ou mythologiquement intitulé « Jardin d’Eden ») ; et considère qu’il vit depuis sous le pouvoir des concupiscences (les trois libidos). « La concupiscence et la force sont la source de toutes nos actions ».

L’homme veut posséder et s’approprier sans légitimité les choses : « Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants. « C’est là ma place au soleil. » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre ». Cette usurpation est sans doute le fruit de notre imagination car nous nous attachons comme des dupes aux symboles que nous créons, aux signes extérieurs de richesse ou de puissance, aux costumes, aux uniformes, etc. : « C’est cette partie dominante de l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge. Superbe puissance ennemie de la raison. (…) Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? ».

A cette imagination s’ajoute la volonté qui domine l’esprit ; il s’agit ici de ce que la psychologie cognitive appelle aujourd’hui les biais de confirmation : « Les choses sont vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté qui se plaît à l’une plus qu’à l’autre détourne l’esprit de considérer les qualités ce qu’elle n’aime pas voir ».

Nous allons jusqu’à nous attacher à l’inessentiel, écartant l’essentiel. De plus, nous sommes détournés, non par des forces extérieures, mais par nous-mêmes. Détourner de quoi ? De notre propre condition. Nous vivons dans le divertissement, et nous ne pouvons pas l’éviter. C’est l’un des thèmes majeur et transversal des Pensées : « Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui constitue dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près ».

Plus qu’une occultation des choses tristes, de faits attristants, de l’issue de la vie qu’est la mort, par des occupations multiples, par nos divertissements, c’est toute la condition de mortel dont on veut se détourner par le divertissement. Car l’homme est misérable, même s’il est grand de se connaître misérable, de connaître sa misère par la pensée qui fait sa grandeur. La condition humaine se caractérise ainsi : un homme mu par ses désirs, dominé par son imagination et ses affects (la volonté), se détournant de cette condition par les divertissements, incapable de se tenir au présent. Il s’ennuie, c’est-à-dire, au sens en usage au 17ème siècle, s’angoisse, se ronge douloureusement. « Rien n’est insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir ».

Mais que reste-t-il de moi ? du moi ? - Le moi est haïssable, car il se fait centre de tout et veut asservir les autres. C’est un tyran. Il est plein de haine pour les vérités qui le blessent. Il veut se faire aimer et pour cela il couvre ses défauts aux autres. « Le moi est haïssable. (…) En un mot le moi a deux qualités. Il est injuste en soi en ce qu’il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres en ce qu’il les veut asservir, car chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ».

Et le corps social ? Le corps Politique ? Ne peut-on pas trouver un point de vérité dans la coexistence sociale ? - Le Politique est le règne de la force et non de la justice, de la domination et non de l’équité, de l’arbitraire et non du raisonnable, etc. « Il est nécessaire qu’il y ait de l’inégalité parmi les hommes. Cela est vrai, mais cela étant accordé, voilà la porte ouverte non seulement à la plus haute domination, mais à la plus haute tyrannie ». La tyrannie est la tendance à sortir de son ordre et à dominer, en usant le plus souvent de la force.

Existe-t-il au moins une justice ? - Non, c’est la force qui domine. « La justice sans force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».

Voilà donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominés par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité, son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres ; c’est pourquoi il est haïssable. Le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

 La condition humaine ne trouve pas de refuge dans le savoir ou la connaissance.

Que pourra nous apporter le deuxième ordre, celui de la connaissance (l’esprit) ? Rien de plus stable, rien de plus clair et distinct.

La lecture roborative du fragment Disproportion de l’homme, par l’animatrice de notre Cercle Littéraire, Janine, et son analyse littéraire limpide a souligné que le fond de pensée s’accordait à la forme du style. Car si Blaise Pascal ne doute pas absolument des connaissances humaines (il est mathématicien et physicien), il en pose les limites. Nous sommes entre deux infinis : l’infiniment grand et l’infiniment petit. Effroyable condition oscillante. La raison n’y trouve qu’une place moyenne, instable, entre deux abîmes qui la dépassent et qui en modèrent les ambitions. Si Blaise Pascal est un mathématicien innovant, il cerne le caractère conventionnel et non nécessaire des mathématiques. Si Blaise Pascal est un physicien pionnier, il n’affirme aucune loi physique globale de la nature ni ne pose des fondements indubitables. Et si Blaise Pascal s’enquiert de Dieu, il ne développe pas de théologie, c’est-à-dire de discours rationnel et démonstratif sur Dieu.

 Dieu n’est pas l’issue immédiate de la condition humaine.

On pourrait imaginer qu’à l’issue d’un tel portrait de la condition humaine, Dieu ou la religion en général soient le refuge idéal d’une conscience malheureuse, cherchant le bonheur et la vérité partout et ne les trouvant nulle part. Mais Dieu est inconnaissable et indémontrable ; ce qui rend le refuge peu vraisemblable. Il est inconnaissable car il n’a ni étendue ni borne, alors que nous sommes dans l’étendue (c’est-à-dire l’espace) et que nous avons des limites. Et l’on ne peut accéder à Dieu ni spontanément ni par la raison. Blaise Pascal propose néanmoins deux voies : la lecture « déchiffrée » du Nouveau Testament et la conversion du cœur. Car « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Mais là encore, il n’y a aucune certitude de trouver le salut. 

Le débat :

Comme souvent durant les ateliers, la longueur de la présentation de l’auteur et du thème a réduit le temps du débat. Avant la pause, le public a cherché à repréciser et clarifier certaines approches pascaliennes, comme le Divertissement. Face à cette pensée pascalienne « tragique », on préfère la diversion plutôt heureuse ou au moins plus gaie de Montaigne au divertissement de Pascal. Après la pause, plusieurs pistes sont abordées et c’est la question de Dieu et de la foi qui domine le débat. Dieu serait "une hallucination sonore" (Cioran), un idéal pour échapper à l’ennui, l’objet d’une recherche de perfection. Pour conclure, il faut revenir sur le soi-disant pessimisme de Pascal, auquel l’auteur de ces lignes et animateur du débat préfère le terme plus neutre de lucidité. Blaise Pascal serait un pessimiste s’il s’apitoyait sur cette condition insupportable de l’homme, s’il nous invitait à partager voire à développer les affects tristes qu’il met à jour (tristesse, ennui, chagrin, etc.). Or c’est l’inverse car si ces affects sont le lot de la condition humaine, celle-ci ne s’y réduit pas. Car enfin, comme l’a suggéré un participant, pourquoi faudrait-il s’accabler du fait qu’il y ait deux infinis et que la vie ne dure pas éternellement ?

Nous remercions vivement Janine Delaitre pour sa contribution active et éclairante.

Pour Métaphores, David pourille

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02 janvier 2019

Résumé Apéro-philo 24/01/19 - Se libérer des passions tristes ?

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de janvier s'est tenu jeudi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Peut-on se libérer des passions tristes ?

Résumé de la soirée : 

L’origine du mot passion nous invite à la considérer comme un affect passif : Pathos, en grec, qui donne pathétique et pathologie ; patior, en latin, signifie endurer, souffrir, supporter. Ainsi entendue, la passion est le signe de notre dépendance aux événements extérieurs qui peuvent engendrer de la douleur, mais aussi aux turbulences intérieures, aux émo tions et désordres de la psyché. La passion est le contraire de l’action, et en théorie il est souhaitable d’être actif plutôt que passif.

Mais le sens du mot a évolué : de nos jours la passion désigne plutôt un attachement intense à un objet, une activité, une pratique : passion du vélo, de la musique, du jardinage etc. Cet attachement n’est pas forcément pathologique, et dans bien des cas il engendre de la joie. On remarquera qu’il est possible cependant qu’il vire à l’obsession, à l’addiction, à une forme subtile d’aliénation, donc de tristesse. L’affect de joie s’est mué en affect de tristesse. Ce qui pose la question de la limite, du risque et du danger.

La passion est-elle triste en elle-même ou par ses conséquences, quand elle se développe sans contrôle ?

24 01 19

C’est Spinoza qui a introduit la notion de passion triste : c’est un affect qui diminue la puissance d’agir, en divisant le sujet, en l’attachant à une représentation d’objet dont il méconnaît la nature et la source. Ainsi de la haine, de l’envie, de la jalousie, de la peur, de l’anxiété, de l’ambition, de l’esprit de domination. Passions tristes en effet, qui se cultivent dans le ressassement et la douleur. Ces passions tirent vers le bas, et dans certaines conditions mènent à la ruine et à l’autodestruction.

A nouveau le groupe soulève la question de la limite : comment se fait-il que chez certains sujets la conscience ne joue pas son rôle de régulateur et de frein ? Faut-il y voir une aspiration vers l’illimité, sous-tendue par la pulsion de mort ?

On voit se dessiner une lutte entre la raison et la passion. Mais la raison peut-elle régir la passion ? C’est peu probable. Faut-il alors convoquer une nouvelle passion pour combattre l’ancienne ? Mais on ne choisit pas ses passions par décret de la volonté : elles surviennent ou ne surviennent pas. Ce sont les pulsions qui sont à l’origine des passions, d’où leur caractère impulsif, irrationnel, leur résistance à l’action de l’intelligence. Il ne suffit manifestement pas de savoir et de vouloir, comme le montre l’expérience – et toute la littérature romanesque.

Premier bilan : toute passion n’est pas triste, mais il y a des passions tristes, ce sont celles qui rendent impuissants, malheureux, qui nous obsèdent, nous condamnent à la répétition, et parfois à la ruine. Les passions joyeuses existent, elles aussi, comme l’amour de la musique, ou l’amour heureux, si toutefois l’équilibre psychique n’est pas menacé par une dérive vers l’illimité.

Après la pause on s’interroge plus avant sur la question de savoir si on peut se libérer des passions tristes. D’emblée une participante affirme que le seul recours c’est le médicament. D’après ce point de vue la passion triste est une maladie, ou un symptôme psychiatrique. D’autres évoquent la méditation, ou la psychanalyse. Mais ces recettes ne valent que si le sujet lui-même prend conscience du danger et demande de l’aide.

Question : qu’est ce qui peut provoquer ce sursaut salutaire ? Chez certains il ne se produit pas et le sujet court à sa perte. Chez d’autres apparaît soudain l’image du danger, voire de la mort. Ils voient concrètement le point limite, la butée du réel. Parfois c’est la déception, la désillusion, la désidéalisation : l’objet de tous les vœux, que l’imagination avait paré de toutes les perfections, révèle soudain sa caducité, « son manque à être », précipité d’un coup dans la banalité. Rétrospectivement le sujet s’étonne de s’être laissé abuser par une image, un fantasme trompeur. C’est le début de la guérison, car il va falloir travailler avec ce matériau psychique heureusement libéré.

On peut guérir des passions tristes, mais il y faut une intelligence d’un genre particulier, capable de se mettre à l’écoute des processus subtils de la vie psychique, et sans doute aussi, une ferme résolution de vivre.

Pour Métaphores, Guy Karl

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10 octobre 2018

Résumé Atelier-philo - 18/10/18 - Histoire et philosophie

Atelier-philo 2

Le prochain ATELIER PHILO, activité libre et gratuite, articulera PHILOSOPHIE et HISTOIRE. Il se tiendra en lieu et place de l'Apéro Philo, le jeudi 18 octobre à 18h45 au Dimanche à la Campagne.

 Nous recevrons Jean Bernard Delhom, professeur d'histoire, pour réfléchir ensemble sur le thème suivant :

"L'histoire peut-elle éclairer le présent ?"

Notre monde nous apparaît souvent opaque, obscur et incompréhensible, emporté par des mouvements imprévisibles, soumis à une accélération vertigineuse dans tous les domaines. Mais d'un autre côté, il existe des permanences, des résistances qui ne se comprennent que par référence au passé. L'histoire, cette mémoire des peuples, pourrait être convoquée pour tenter d'apporter des éclaircissements : en quoi les passé détermine-t-il le présent ? L'historien peut-il mieux que le profane, explorer les changements, y démêler ce qui est connaissable de ce qui semble échapper à toute connaissance et à toute prévision ? 

Résumé de la soirée :

En ouverture nous nous interrogeons sur le présent du monde qui ne laisse pas de nous étonner : mondialisation ou globalisation, gigantisme, complexité, interdépendance, accélération universelle – cette ère est-elle absolument nouvelle, faut-il parler d’une révolution anthropologique, ou bien peut-on y repérer des constantes, que l’historien, mieux qu’un autre, est capable de repérer ? Que nous apporte l’histoire pour éclairer le présent ?

Voici quelques traits saillants de la présentation de Jean Bernard :

Il faut se poser deux questions : l’utilité et la légitimité de l’histoire. Pour y répondre il faut considérer d’abord l’objet de l’Histoire.

C’est le passé humain. Mais ce passé, par définition, n’est plus, pas plus qu’il n’est reproductible. Pourtant il a laissé des traces, des « monuments »  de toutes sortes : écrits, monnaies, temples, vestiges etc . Ce qui fait que le passé est d’une certaine manière présent, encore qu’il faille repérer cette présence : il faut un certain type de regard pour déceler les traces, les faire entrer dans une question, les faire « parler ». L’objet historique n’est pas donné comme tel, il est construit. On pourrait faire un parallèle avec la méthode expérimentale : construction du problème, hypothèse, vérification –  sauf qu’aucune expérimentation n’est possible, et que les preuves, s’il y en a, restent conjecturales.

L’histoire est un va et vient entre le présent et le passé. Elle s’écrit au présent, en créant des mises en perspectives du passé, y repérant des chronologies, des périodicités, des époques-charnières, des temps de crise, des mutations et des régularités. Il en résulte nécessairement que l’histoire n’est jamais close, qu’elle supporte et encourage la diversité des analyses et des jugements, et qu’en somme on peut toujours reprendre l’histoire faite pour la contester, la renouveler.   Il ne faudrait pas en conclure que l’histoire est inutile : si le savoir qu’elle délivre est incertain elle a l’immense mérite de nous révéler notre passé, proche ou lointain, de délivrer un récit (« un roman vrai » ?) qui nous permet de nous situer dans la continuité des temps.

Il resterait à s’interroger sur la position singulière de l’historien, homme du présent qui interroge le passé : que cherche-t-il donc à savoir qu’il ne trouve pas dans le spectacle du présent ?

 

La première partie du débat portera sur les attentes et les déceptions relatives à l’histoire. « L’histoire ne sert à rien, elle ne nous dit rien sur le présent » D’autres relèvent le fait que nous sommes doués de mémoire, et que d’une manière ou d’une autre l’histoire continue à agir sur nous ou à travers nous. Sommes-nous agis ou agissants ? On relève aussi le fait que nous jouissons de certains acquis fondamentaux : droit, Etat, sécurité etc que nous devons à l’histoire. Mais le débat ne cesse de basculer entre deux définitions de l’histoire : tantôt la science historique, tantôt l’Histoire, la marche générale de l’humanité. La clarification, qui eût été indispensable, ne se fait pas vraiment.

En seconde période on revient plus résolument à la question initiale : l’histoire éclaire-t-elle le présent ? Notre époque présente est-elle marquée par une nouveauté radicale ou bien peut-on, malgré tout, y repérer des constantes ? On remarque d’abord la pérennité de certaines institutions, qui peuvent bien changer dans la forme mais conserver l’essentiel de leurs fonctions : le mariage, le pouvoir politique par ex. « La même chose mais autrement », selon le mot de Schopenhauer. Ensuite on relève l’invariant anthropologique : les mêmes passions, indéracinables, toujours à l’œuvre, quelques soient par ailleurs les structures et les formes de la société. Puis le conditionnement qui vient du génotype : la biologie des instincts, pulsions etc

La soirée s’achève sur une question épineuse : la connaissance du passé permet-elle d’éviter la répétition, notamment des conflits qui ont dévasté le monde ? On se demandera si la connaissance parvient à descendre si profond dans l’âme humaine ou si elle n’apparaît pas souvent comme l’écume agitée à la surface des flots.

-        Encore merci à Jean Bernard pour ses précieuses contributions.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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01 janvier 2018

Résumé Apéro-philo - 18/01/18 : Les passions politiques

Apero philo

L' Apéro-philo, (activité libre et gratuite) du mois de janvier, s'est tenu le jeudi 18 2018 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Comprendre les passions politiques

Résumé :

J’ai proposé en ouverture un positionnement de type spinozien : ne pas se moquer, ni s’exalter, mais considérer les passions comme des faits empiriquement constatables dont il importe de rechercher les causes. Les passions politiques exercent une action considérable dans le cours de l’histoire, sont à l’origine de grandes calamités, parfois de grandes réalisations, si bien que c’est une nécessité pour tout corps politique de savoir les gérer, s’il entend se maintenir dans la durée. Notre propos sera de préciser les formes, les effets, les causes des passions politiques, puis, en seconde partie, de réfléchir aux conditions d’une gestion possible. Après les passions politiques une politique des passions.

1)   Nous prendrons le mot passion dans son sens moderne et courant : une concentration, une intensification du désir qui peut aller jusqu’à l’exaltation. Le domaine politique offre de nombreux exemples de telles exagérations, avec des effets tantôt positifs, tantôt catastrophiques.

2)   La discussion démarre sur la question de l’idéologie : l’idéologie est-elle la forme privilégiée d’une concentration passionnelle (avec une idée centrale, pathologiquement survalorisée au mépris de la réalité) ou tout au contraire le dépositaire occasionnel, factuel, de passions préalables, qui auraient pu s’investir ailleurs ? Ou encore : elle la cause ou la conséquence des passions ? On note que certains sont capables de passer d’une idéologie à une autre, alors que leurs passions ne semblent guère avoir évolué. Sans doute faut-il chercher la source des passions dans un terreau plus primitif.

3)   Cherchant les causes des passions on remarque dans l’attachement passionnel un élément très charnel, viscéral, comme la faim, le besoin de sécurité, la peur, le souci du bien-être, la revendication d’égalité ou de liberté, voire l’affirmation de l’identité. Plusieurs auteurs sont convoqués pour alimenter la réflexion : Hobbes en particulier qui avait donné un tableau des passions politiques, qui, dans l’état de nature, entraînait la guerre de tous contre tous – ce qui nécessitait le pacte social pour assurer la paix civile ; Tocqueville qui décrivait quatre besoins fondamentaux (l’égalité, le bien-être, la passion des choses matérielles, la liberté), autant de contributions qui donnent au sujet sa signification essentielle : les passions sont au principe de la vie civile, qu’elle menacent en même temps, si manque l’élément régulateur qui en adoucira le cours. La société civile et politique repose sur la puissance des passions, qui d’un autre côté menacent de la conduire à la catastrophe. (anarchie, dictature, despotisme, totalitarisme etc)

4)    Très logiquement la seconde partie aborde la politique des passions, c’est-à-dire une réflexion qui se propose de réfléchir à la nécessaire maîtrise ou gestion des passions, dont nous avons reconnu tout à l’heure le caractère inéluctable. Il faut lutter contre la crainte, assurer la sécurité publique et privée : c’est le rôle de l’Etat qui met fin à l’état de nature. Il faut poser le principe que chacun renonce à son droit naturel pour remettre entre les mains du Souverain le droit et le devoir d’assurer la paix civile (Hobbes). Ou comme dit Rousseau on obéira à l’Etat pour n’avoir plus à obéir aux hommes. La société civile repose sur la Loi, sur les institutions, qui pérennisent l’ordre social, en opposant aux variations imprévisibles des passions la régularité des formations juridiques. La Justice, par exemple, met fin au règne de la vengeance, qui n’est que passion privée.

5)   Vient ensuite une réflexion sur le pouvoir. C’est l’Etat qui exerce le pouvoir mais le fondement ultime du pouvoir c’est le peuple dit souverain. Comment contrôler les pouvoirs qui se font au nom du peuple, mais souvent contre le peuple ? Tout pouvoir devrait être limité par un contre-pouvoir, ou par un principe de séparation des pouvoirs, sans quoi on bascule dans l’arbitraire, ou une forme subtile de despotisme. L’assemblée finit ses travaux en déplorant que de nos jours la démocratie soit plus virtuelle que réelle, et que le système de représentation politique soit totalement archaïque et inapproprié.

Pour Métaphores, Guy Karl

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04 avril 2017

Résumé Atelier-Philo - 24/05/17 : esclaves de nos désirs ?

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de mai s'est tenu le mercredi 24 au café-restaurant le Matisse (Pau) à 18h45. Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Pierre Bernet, docteur en philosophie, spécialiste de Hegel et professeur pour aborder la question suivante : 

Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

La soirée, animée par Timothée Coyras, philosophe, auré été l'occasion de faire dialoguer dans un premier temps deux approches philosophiques différentes, celle de Spinoza et celle de Hegel avant d'engager la discussion avec le public présent. 

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Résumé : 

Pour cet atelier-philo que j’ai eu l’honneur d’animer, nous avons eu la chance d’écouter Pierre Bernet, Professeur de philosophie, sur le problème du désir chez Hegel, autour de la question : « Sommes-nous esclaves de nos désirs ? ».

J’ai commencé par introduire ce problème de façon générale, en faisant remarquer qu’il est commun d’opposer, dans la philosophie classique, un homme esclave de ses désirs illimités, au sage doué de raison qui a réussi à se maitriser. Toutefois, un auteur comme Spinoza permet de soulever une difficulté. Si « Le désir est l’essence de l’homme », comment pourrions-nous être esclaves de nous-mêmes ?

Pour Spinoza, la servitude ne vient pas du désir lui-même, mais de l’ignorance. Nous avons des idées confuses, et en ce sens nous subissons les choses plutôt que de déployer notre force vers ce qui nous est le plus utile. On se sort de la servitude, ainsi, par la connaissance. Mais n’y a-t-il pas dans cette vision un intellectualisme trop prononcé ?

Pierre prend alors la parole pour exposer comment Hegel pense le désir différemment de Spinoza. Si Hegel voit en Spinoza le prince de la philosophie, et le salue pour avoir mis un terme au dualisme stérile de l’âme et du corps – tel qu’il apparaît chez Descartes – il met cependant en avant une notion ignorée par Spinoza, celle du sujet. Le désir, pour Hegel, nous constitue fondamentalement comme sujet. Le sujet n’est pas une substance qui préexisterait au désir – chez Spinoza, la substance est antérieure à ses affections – mais le sujet n’existe que par et dans un désir qui se déploie. Le désir est expression d’un manque, la conscience d’une finitude, qui pousse un sujet à sortir de lui-même pour aller se chercher au travers des autres. Se faisant, le sujet risque quelque chose, il met en jeu non seulement son image, mais jusqu’à sa vie.

La relation à autrui est ainsi déterminée par ce désir, qui cherche à exister au travers d’autrui. Pour cela, il ne s’agit pas de détruire autrui. Si nous détruisons les autres, nous perdons ce qui nous permet d’accéder à nous-mêmes. Cette relation à autrui, énigmatique, paradoxale, ne doit pas être résolue, achevée, mais d’abord prise comme telle, car on y découvre alors la vie. « La vie, c’est l’unité infinie des différences », dit Hegel. Le désir nous fait entrer dans la vie et nous fait gagner un sens.

Hegel peut servir notre modernité, ajoute Pierre, en faisant remarquer que par le désir, l’individualité se maintient au profit de l’universel. De plus, si l’entendement nous pousse à catégoriser, nous sommes appelés à toujours dépasser les concepts pour entrer dans un aspect plus profond de la relation à l’autre, qu’Hegel appelle « le jour spirituel de la présence ».

Enfin, si chez Spinoza on règle le problème  du désir par l’intellect, en comprenant la nécessité, pour Hegel le mal, la souffrance, sont indissociables du désir. Le sujet ne peut se former qu’en se plongeant dans une vie où il ne pourra faire l’économie du négatif. En définitive, nous ne sommes donc pas l’esclave de nos désirs chez Hegel, puisque le désir est le mouvement même de la vie réelle.

L’exposé terminé, et après une courte pause, je propose de partir du problème suivant : « Faut-il maitriser ses désirs ? ». En effet, la question nous semble, avec Pierre, bien reprendre l’opposition entre un Spinoza qui appelle à une maitrise rationnelle de nos affects, et un Hegel qui voit dans le désir le déploiement du sujet, et ne cherche pas à faire l’économie des dimensions négatives des affects. J’ajoute que la clé de la difficulté se trouve sans doute dans la notion de « vie », si présente chez Hegel, et absente de la pensée de Spinoza.

S’ensuit tout d’abord une critique de ma dernière proposition. Certains participants pointent le fait que Spinoza pense bien la vie par le concept de « conatus ». Je montre mon désaccord. Mais après tout, ce sont ici des querelles de spécialistes et nous proposons de revenir au problème en lui-même.

Pour en revenir au sujet, les participants soulignent que le désir est une notion difficile à définir. Y a-t-il un désir ? Plusieurs désirs qui n’ont de commun que le mot ? On souligne que le corps est la source des désirs, par le phénomène de la pulsion.

Si on veut maitriser ses désirs, c’est qu’il se cache une peur. On a peur de l’inconnu. « Le désir risque de nous conduire vers l’abime », souligne Pierre. Mais pour autant, il semble que cette peur soit une forme de timidité, voire de formatage, pointe une autre personne qui voit dans la peur des désirs l’héritage des religions. Est-ce la religion le problème ? La morale ? Ou la rigidité des institutions ?

Un participant propose alors la solution suivante : il ne faut pas être l’esclave d’un seul désir. En se référant à Montaigne, il souligne que la multiplicité des désirs corrige les excès de chacun.

On souligne aussi qu’il faut distinguer l’objet du désir et le désir lui-même. Est-ce l’objet qu’il faut maitriser ? Ou le désir lui-même ?

Le désir le plus fondamental est le désir de vivre, remarque une autre personne. Vivre est tout à la fois condition et objet du désir. La maitrise du désir risquerait de nous priver du plaisir, mais aussi de la subjectivité. D’autre part, le désir est mimétique, il implique la collectivité, comme le montre l’enfant qui est accroché aux désirs des parents.

Enfin, un participant souligne que le désir est essentiellement créateur, qu’il implique une transformation de la vie, et qu’on ne peut pas le réduire à la consommation des choses. Choisir de changer de vie pour se consacrer à la peinture, par exemple, n’a rien à voir avec les problèmes liés aux achats.

C’est ainsi sur une vision positive du désir, pensé comme énergie créatrice, et nous permettant d’éprouver et d’exercer notre liberté, que se conclut cette soirée. 

Pour Métaphores,

TC

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02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

21 janvier 2017

Résumé du Café-philo 14/02/17 - L'enfance est-elle une erreur ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de février s'est tenu le mardi 14 à 18h45 au café Le Matisse (clic). Le sujet traité après propositions des participants et à la suite d'un vote fut :

L'enfance est-elle une erreur ?

1)    La problématique de ce sujet sera très difficile à cerner, et tout au long des débats, les intervenants se demanderont quel en est exactement l’enjeu. En effet, un enfant ne se demande pas si l’enfance est une erreur, seul un adulte, dans un regard rétroactif, peut juger après coup que l’enfance est une erreur. Mais pourquoi une erreur, si chaque humain est condamné à vivre l’enfance avant que de devenir adulte. L’enfance est nécessaire et inévitable, en quoi dès lors serait-elle une erreur ?

2)    L’adulte dira par exemple : l’enfance manque de raison, souffre d’un jugement immature, est porté à croire toutes sortes de fadaises et de chimères, de se plonger dans les fictions, les fantaisies, les contes, et de confondre le réel et l’imaginaire. S’agit-il d’une disposition naturelle, ou bien n’est-ce pas aussi l’effet de l’éducation familiale qui véhicule des histoires et des mythes, auxquels l’enfant est porté à croire ? Un participant signale que l’enfant peut faire preuve, par ailleurs, d’une singulière lucidité en posant les questions qui fâchent : pourquoi ceci, pourquoi cela, et pourquoi et pourquoi. En fait l’enfance n’est pas réductible à un jugement unilatéral.

3)    On évoque le caractère d’inachèvement de l’enfance, qui nécessite l’action éducative, formatrice, laquelle ne va pas aussi sans une certaine altération de sa nature. C’est ce rapport, qui est aussi un paradoxe, que le groupe va interroger : nature et culture, capacités natives et influences éducationnelles. Faut-il corriger l’enfant (attention : le mot a un double sens !) ce qui signifie qu’il est à dresser, dompter, instruire, comme si de nature il était paresseux, vicieux, « pervers polymorphe » - ou à l’inverse faut-il souplement l’accompagner  dans son développement ? Ici se heurtent les thèses et les auteurs, qui se partagent entre « réformateurs » et « accompagnateurs ». Pour simplifier : Kant et Rousseau.

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4)    Suit une longue parenthèse sociologique et historique : le concept d’enfance est lui-même une donnée récente, du siècle de Rousseau, car auparavant l’enfance n’était pas vraiment considérée pour soi ; l’enfant était un adulte en miniature, très tôt mêlé à la vie civile et professionnelle. De plus on passait brusquement de l’âge enfantin à l’âge adulte. Le concept d’adolescence est lui aussi fort tardif, alors qu’il est aujourd’hui évident. Pour ces époques révolues, on peut dire qu’alors l’enfance était bien une erreur qu’il s’agissait de rectifier par l’éducation et la religion. Ce n’est plus le point de vue contemporain, qui donne parfois, à l’inverse, dans une sorte d’admiration béate de l’enfance, considérée comme « innocence », liberté, spontanéité, créativité. Autre mythe sans doute, qu’il importe d’interroger.

5)    Au total nous découvrons que la question posée n’a pas beaucoup de sens. En effet, il est moins question de l’enfance en tant que telle que des représentations que l’adulte s’en fait. Nous avons tous été des enfants, l’enfance est un moment de l’histoire personnelle, nécessaire et inévitable, qui en soi ne pose pas de problème. Le problème existe pour le parent qui éduque : considère-t-il son enfant comme un petit animal qu’il faut dresser, comme un pervers polymorphe qu’il faut redresser, comme une erreur de la nature, ou comme un accident fâcheux, ou comme un être en devenir qui a besoin de nourriture physique et psychique, de sécurité et d’amour, et qui, à ces conditions, peut se développer et accéder à une certaine maturité intellectuelle et psychique ?

6)    Je dirais volontiers que cette idée d’erreur est une invention de psychologue mal inspiré ou d’un philosophe grincheux qui a oublié qu’il était enfant que d’être homme.

Pour Métaphores, GK

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01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 juillet 2016

Résumé apéro-philo du 12/07/16 : Philosopher : qui, pourquoi, comment ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de juillet s'est tenu mardi 12 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne à Pau (face au parc Beaumont) sur le sujet suivant :

 Philosopher : qui, pourquoi, comment ? 

 Guy Karl, philosophe, a problématisé le sujet pendant une vingtaine de minutes proposant un plan d'étude et d'approfondissement pour le groupe présent. Cela a donné lieu à de remarquables interventions.

 

Apéro-philo 12 juillet 16

 Trente-cinq amis de la philosophie ont participé à ce grand moment philosophique, dans une belle convivialité.  

Apéro-philo du 12 07 16

 Résumé : 

1)      Partant de la phrase célèbre de Kant « on ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher », on se demandera ce  qu’est « philosopher », insistant sur la prégnance du verbe, terme actif, qui engage un sujet dans une interrogation, un questionnement, une recherche, dont la nature reste à préciser. Pas de philosopher authentique sans un sujet philosophant, lequel ne saurait se contenter de réponses toutes faites, d’opinions et de croyances communes dont le fondement et la valeur ne seraient pas librement et résolument examinées.

2)      Pourquoi se mettre à philosopher ? C’est que le monde est opaque, la destinée obscure, que l’évidence s’est fêlée, qu’une certaine insatisfaction, un décalage entre ce qu’on croyait et ce qui est, entre l’illusion et le réel, ne peuvent plus être déniés, refoulés, ignorés. Là est peut-être l’acte fondamental : accepter de voir la rupture, l’écart et ne pas se précipiter dans les solutions ordinaires : le divertissement, la fuite dans l’activisme, l’idéologie ou la religion. Philosopher c’est d’abord faire halte pour considérer rationnellement les faits, voir, regarder, faire face. Ainsi fit Schopenhauer : « J’ai trouvé que la vie était une énigme et j’ai décidé de consacrer la mienne à la déchiffrer ». Courage et lucidité du sujet philosophant, qui, partant d’une interrogation personnelle, d’un pathos subjectif (étonnement, inquiétude, incompréhension, voire douleur ou effroi) élève sa pensée à la considération de l’universel : ce qui fait la réalité de toute vie, celle des autres comme la mienne.

3)      D’une expérience, sans laquelle on ne peut s’engager en sincérité, on est passé à une question, qu’on s’efforce de formuler sous les espèces d’un problème, par ex : pourquoi la souffrance, sa nature, ses causes, ses remèdes. Du singulier, par la pensée, on gravit les échelons vers l’universel, avec les risques inhérents à cette induction, qu’il faut s’efforcer de vérifier dans les faits. De la pratique à la théorie, de la théorie à la pratique : méthode expérimentale. Philosopher c’est expérimenter et penser son expérience.

4)      Les personnes présentes parlent d’une « fracturation » initiale comme moteur au questionnement : la mort, le deuil, la souffrance, mais aussi les grandes joies, la perte des illusions, la fuite du temps, l’instabilité des choses, le perte du sens, expériences que chacun est amené à faire un jour ou l’autre, et qui donnent à la recherche philosophique un statut d’universalité, même si les réponses sont très variées, et parfois contradictoires. Ce qui fait aussi que tout homme, en tant qu’homme, est voué à ces questions, alors même que souvent il préfère les repousser ou les négliger. Ici la frontière entre le « philosophe » et le commun n’est plus pertinente, en droit, mais elle reprend son sens dans les faits : on est invité à devenir sujet, Un sujet conscient et autonome, mais seuls la décision personnelle, et l’effort personnel nous font avancer vers cette autonomie.

 5)      Devenir autonome et s’autoriser de soi-même, voilà le programme philosophique. Comment entendre « autonomie » ? Le sujet est plongé dans une culture, un langage, des codes, des valeurs qui lui préexistent, il ne peut guère penser hors de ce contexte, mais il peut librement examiner et évaluer. C’est un puissant paradoxe : comment dire « je »  dans la langue de tous, affirmer la singularité dans le langage collectif ? C’est difficile, c’est le résultat d’une longue pratique, mais ce n’est pas impossible. De beaux exemples – et les philosophes sont des exemples, non des modèles à suivre ni des gourous – témoignent pour nous et nous invitent à faire de même – en traçant  notre propre chemin. « Que chacun soit à lui-même sa propre lampe » (Bouddha).

 6)      Nous terminons cette riche et féconde soirée en insistant sur la nécessité de l’expérience, sur le poids du réel auquel nous sommes tous confrontés, et sur le fait qu’une pensée n’est jamais qu’une approximation. Entre les choses et les mots subsiste un écart infranchissable, et dès lors le vivre et le penser ne parviennent jamais à une adéquation absolue. Vivre reste une énigme, un risque et une tâche. C’est notre faiblesse - et notre noblesse sera d’en tirer toutes les conséquences.

 7)      En tout état de cause, dans ce groupe attentif, actif et enthousiaste, nous avons fait l’expérience d’un philosopher qui fut un « sum-philosophein », un philosopher ensemble qui est une joie pour l’esprit, et une leçon de courage.

 

Vingt-sept personnes sont restées pour partager un diner fort sympathique dans le cadre très accueillant du Dimanche à la campagne. Ce fut une soirée d'une haute qualité sur tous les plans ! Merci à tous.

Agapes philosophiques

 

 

 

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27 mars 2016

Résumé Apéro-philo du 26/05/16 - émotion et rapport au monde

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) du mois de mai s'est tenu le jeudi 26 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant :

 

Les émotions nous enseignent-elles quelque chose de notre rapport au monde ?

 

Guy Karl, philosophe, a engagé une réfléxion à partir d'une problématisation initiale d'une vingtaine de minutes avant de laisser le groupe s'emparer des enjeux proposés sous forme de plan d'étude. 

Résumé : 

1)       Le premier moment de la réflexion consistera à préciser la nature de l’émotion : mouvement (movere) hors de (ex) – hors de l’apparente unité et stabilité du moi. Quelque chose surgit qui dérange, affecte, trouble, en agréable ou désagréable, l’ordonnance intérieure. Joie, tristesse, colère, angoisse, effroi etc. L’émotion, surgissant, semble incontrôlable, irrationnelle. Je proposerai le mot grec « a-logos »pour la qualifier – ce qui déborde le logos, la mesure, l’équilibre, la raison.

 2)      L’opposition entre la raison et l’émotion (plus ou moins identifiée à la « passion, le « subir, la passivité ») est un thème classique de la philosophie. En général on considère que seuls l’entendement, la pensée logique sont en mesure de nous enseigner la nature des choses, l’émotion étant trop subjective, trop irrationnelle, trop immédiate, confuse et réactive pour nous délivrer un enseignement vrai. Mais cette conception rationaliste est trop étroite : elle néglige un aspect bien réel de la condition humaine. L’homme n’est pas seulement « sapiens » mais aussi « demens » (Edgar Morin). Tout le théâtre antique et moderne, toute la littérature romanesque se nourrit de cette irrationalité, et en montre le caractère indépassable.

 3)        Peut-être l’émotion est-elle utile. Dans la lutte pour la survie, la peur et la colère sont des agents dynamiques. Les émotions collectives jouent un grand rôle dans l’histoire, pour le pire et le meilleur. L’émotion se partage, se diffuse, crée des liens « pathétiques », contribuant à sa manière à la socialisation.

 

apéro-philo 26 05 16

 

 4)       Premier bilan : Selon une conception étroite on s’imagine que seule la connaissance rationnelle est vraie. N’est-ce pas un préjugé idéaliste ? Second point : on assimile l’émotion à une perte de maîtrise. Mais le logos est-il une maîtrise ou une illusion de maîtrise ? On aboutit de la sorte à une réévaluation de l’émotion, qui, pour être confuse, n’en est pas moins un témoignage poignant de notre rapport au monde.

 5)       Mais qu’est-ce que ce rapport au monde ? Quel monde ? Manifestement il s’agit moins du monde tel qu’il est – et dont ne savons rien –que du monde tel que nous le vivons, sentons et ressentons. Nous sommes au monde, dans le monde, « pris dans le monde » - et nullement des observateurs détachés, comme dans les sciences de la nature. Ce monde est celui de l’attachement vital, de la dépendance organique, de la relation immédiate ou médiate aux autres, celui de la vie partagée. C’est ici que l’émotion est présente, voire omni-présente, c’est ici que se modulent tous ces affects de haine, d’amour, de déception, d’angoisse, de peur et de colère. Evidence existentielle.

 6)         Remarquons que de ce « monde » nous ne savons pas s’il est vraiment extérieur à nous ( ?) ou s’il est la projection hors de nous du monde intérieur, qui colore, conditionne toutes nous perceptions, toutes nos représentations. Le déprimé voit tout en noir et gris. L’exalté voit tout grandiose. Le colérique « voit rouge ». C’est plus qu’une métaphore, c’est une expérience vécue. Comment expliquer les variations d’humeur, les accès de frénésie, les délires et autres altérations de la perception, qui déclenchent les plus formidables émotions, alors que le monde réel n’a guère changé ? Ces constats nous amènent à nous interroger sur la structure neuronale, le rôle des transmetteurs chimiques, sur la biologie du cerveau, mais aussi sur les pulsions inconscientes, les formations psychiques, les images et les fantasmes.

             En bref, l’homme est sujet aux émotions, sa raison n’est pas impuissante, mais moins puissante qu’il croit : il a bien affaire au monde puisqu’il y est immergé, mais il continue de ne pas savoir quel est exactement ce monde qu’il habite tant bien que mal, qui le fait naître, qui le nourrit et le détruit.

Pour Métaphores, GK

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