25 mai 2019

Résumé - Café-philo - 11/06/19 - Mort du passé ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 11 à 18h30 au café le W. Le sujet voté par le groupe présent à partir des diverses propositions que chacun a pu faire fut :

Peut-on dire que le passé n’est jamais mort ?

 Résumé de la soirée :

Ce qui est mort a été mais n’est plus, ne revient plus. A quoi reconnaît-on que telle réalité, telle personne n’est plus ? A ce qu’elle n’exerce plus aucune action, qu’elle n’infléchit plus le présent. La question est donc de savoir si le passé, historique et personnel, continue ou non d’influencer, voire de déterminer, à notre insu peut-être, notre présent. Auquel cas notre liberté de penser et de choisir se verrait obscurcie par la méconnaissance.

On distinguera le passé objectif – les événements qui se sont déroulés dans un temps dont on n’a pas forcément conscience, comme les événements cosmologiques, géologiques et autres, que la science s’efforce de connaître – et le passé subjectif : ce qui est reconnu comme passé par un sujet qui le reconnaît comme « son » passé. Encore que, dans la quantité immesurable des événements vécus, un nombre plus modeste d’événements, une part bien plus faible est reconnue par le sujet. On sait bien que la mémoire est sélective. Elle s’organise comme un récit (autobiographique), lequel peut faire l’impasse sur d’innombrables événements vécus, mais « oubliés », ou niés, ou reconstruits en fonction des soucis du présent. Cette part refusée, ou écartée est-elle morte, inactive, ou au contraire d’autant plus agissante qu’elle est refoulée ?

On voit que la question posée interroge le rapport vivant entre le présent et le passé. Pour un sujet humain le passé existe pour un présent : présent de la mémoire qui pose un passé comme passé, mais aussi présent des habitudes qui sont une présence du passé dans le présent (un passé-présent), voire le présent comme force de négation qui rejette le passé dans le passé en tentant de l’effacer de la mémoire.

C’est peut-être cette tension entre l’effort de conserver et l’effort de repousser qui donne à notre relation au passé son caractère dramatique, parfois tragique. Le héros tragique est celui que le passé rattrape, et finit par engloutir (Œdipe roi).

Le groupe examine ensuite le problème des transmissions trans-générationnelles : les actes et paroles des anciens qui déterminent le sort des descendants, malgré eux : traditions culturelles, religieuses, injustices subies etc : ici le passé est loin d’être mort, il est excessivement agissant, c’est même une figure saisissante du karma : suis-je responsable des turpitudes de mes parents, en quoi devrais-je en porter le poids et la charge ? Et comment vais-je me libérer d’un devoir que je n’ai pas contracté et qui m’est imposé sous le prétexte que je porte le nom de mes parents ? Accepter, plier, refuser – ou inventer autre chose ?

On dit souvent que le passé se répète : il ne serait mort qu’en apparence, continuant d’exercer une action tantôt faste tantôt néfaste. Mais c’est une formule vague. Est-ce le passé qui se répète ou l’ensemble des forces, passions et affections qui continuent d’exercer leur puissance, faute d’avoir été examinées, analysées, et comprises ? La répétition c’est la pathologie des peuples qui ne parviennent pas à éponger le négatif et retombent périodiquement dans les mêmes errements (la leçon de l’histoire c’est qu’il n’y a pas de leçons de l’histoire), et c’est aussi la pathologie de l’individu qui tourne en rond dans le même cercle tant qu’il n’a pas su prendre conscience des passions et des représentations qui l’animent.

En conclusion on peut dire que le passé n’est jamais tout à fait mort. Ce terme de « mort » n’est pas vraiment adéquat. Il ne s’agit ni de « tuer » le passé (voire la scénographie des morts vivants), car alors il refait surface, ni de le nier ou le refouler, mais de tenter de comprendre la signification qu’il peut avoir pour nous dans le présent et pour le présent. Ce qui nous invite en somme à revisiter notre histoire, à sélectionner ce qui nous aide à vivre et à réduire autant que possible les effets du négatif.

Le sujet ne peut se reconnaître positivement que dans sa singularité narrative.

Pour Métaphores, Guy Karl

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10 octobre 2018

Résumé Atelier-philo - 18/10/18 - Histoire et philosophie

Atelier-philo 2

Le prochain ATELIER PHILO, activité libre et gratuite, articulera PHILOSOPHIE et HISTOIRE. Il se tiendra en lieu et place de l'Apéro Philo, le jeudi 18 octobre à 18h45 au Dimanche à la Campagne.

 Nous recevrons Jean Bernard Delhom, professeur d'histoire, pour réfléchir ensemble sur le thème suivant :

"L'histoire peut-elle éclairer le présent ?"

Notre monde nous apparaît souvent opaque, obscur et incompréhensible, emporté par des mouvements imprévisibles, soumis à une accélération vertigineuse dans tous les domaines. Mais d'un autre côté, il existe des permanences, des résistances qui ne se comprennent que par référence au passé. L'histoire, cette mémoire des peuples, pourrait être convoquée pour tenter d'apporter des éclaircissements : en quoi les passé détermine-t-il le présent ? L'historien peut-il mieux que le profane, explorer les changements, y démêler ce qui est connaissable de ce qui semble échapper à toute connaissance et à toute prévision ? 

Résumé de la soirée :

En ouverture nous nous interrogeons sur le présent du monde qui ne laisse pas de nous étonner : mondialisation ou globalisation, gigantisme, complexité, interdépendance, accélération universelle – cette ère est-elle absolument nouvelle, faut-il parler d’une révolution anthropologique, ou bien peut-on y repérer des constantes, que l’historien, mieux qu’un autre, est capable de repérer ? Que nous apporte l’histoire pour éclairer le présent ?

Voici quelques traits saillants de la présentation de Jean Bernard :

Il faut se poser deux questions : l’utilité et la légitimité de l’histoire. Pour y répondre il faut considérer d’abord l’objet de l’Histoire.

C’est le passé humain. Mais ce passé, par définition, n’est plus, pas plus qu’il n’est reproductible. Pourtant il a laissé des traces, des « monuments »  de toutes sortes : écrits, monnaies, temples, vestiges etc . Ce qui fait que le passé est d’une certaine manière présent, encore qu’il faille repérer cette présence : il faut un certain type de regard pour déceler les traces, les faire entrer dans une question, les faire « parler ». L’objet historique n’est pas donné comme tel, il est construit. On pourrait faire un parallèle avec la méthode expérimentale : construction du problème, hypothèse, vérification –  sauf qu’aucune expérimentation n’est possible, et que les preuves, s’il y en a, restent conjecturales.

L’histoire est un va et vient entre le présent et le passé. Elle s’écrit au présent, en créant des mises en perspectives du passé, y repérant des chronologies, des périodicités, des époques-charnières, des temps de crise, des mutations et des régularités. Il en résulte nécessairement que l’histoire n’est jamais close, qu’elle supporte et encourage la diversité des analyses et des jugements, et qu’en somme on peut toujours reprendre l’histoire faite pour la contester, la renouveler.   Il ne faudrait pas en conclure que l’histoire est inutile : si le savoir qu’elle délivre est incertain elle a l’immense mérite de nous révéler notre passé, proche ou lointain, de délivrer un récit (« un roman vrai » ?) qui nous permet de nous situer dans la continuité des temps.

Il resterait à s’interroger sur la position singulière de l’historien, homme du présent qui interroge le passé : que cherche-t-il donc à savoir qu’il ne trouve pas dans le spectacle du présent ?

 

La première partie du débat portera sur les attentes et les déceptions relatives à l’histoire. « L’histoire ne sert à rien, elle ne nous dit rien sur le présent » D’autres relèvent le fait que nous sommes doués de mémoire, et que d’une manière ou d’une autre l’histoire continue à agir sur nous ou à travers nous. Sommes-nous agis ou agissants ? On relève aussi le fait que nous jouissons de certains acquis fondamentaux : droit, Etat, sécurité etc que nous devons à l’histoire. Mais le débat ne cesse de basculer entre deux définitions de l’histoire : tantôt la science historique, tantôt l’Histoire, la marche générale de l’humanité. La clarification, qui eût été indispensable, ne se fait pas vraiment.

En seconde période on revient plus résolument à la question initiale : l’histoire éclaire-t-elle le présent ? Notre époque présente est-elle marquée par une nouveauté radicale ou bien peut-on, malgré tout, y repérer des constantes ? On remarque d’abord la pérennité de certaines institutions, qui peuvent bien changer dans la forme mais conserver l’essentiel de leurs fonctions : le mariage, le pouvoir politique par ex. « La même chose mais autrement », selon le mot de Schopenhauer. Ensuite on relève l’invariant anthropologique : les mêmes passions, indéracinables, toujours à l’œuvre, quelques soient par ailleurs les structures et les formes de la société. Puis le conditionnement qui vient du génotype : la biologie des instincts, pulsions etc

La soirée s’achève sur une question épineuse : la connaissance du passé permet-elle d’éviter la répétition, notamment des conflits qui ont dévasté le monde ? On se demandera si la connaissance parvient à descendre si profond dans l’âme humaine ou si elle n’apparaît pas souvent comme l’écume agitée à la surface des flots.

-        Encore merci à Jean Bernard pour ses précieuses contributions.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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25 mars 2016

Résumé apéro-philo du 21/04/16 : Connaissance du passé

Apero philo

L' Apéro-philo s'est tenu le jeudi 21 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant :

La connaissance du passé éclaire-t-elle le présent ?

 

Guy Karl, philosophe, a engagé une réfléxion à partir d'une problématisation initiale d'une vingtaine de minutes avant de laisser le groupe s'emparer des enjeux proposés sous forme de plan d'étude. 

Résumé de la soirée : 

 1)    Si le présent demande à être « éclairé » c’est qu’il est, de nature, confus, obscur, problématique – ce qui est particulièrement évident pour notre présent actuel, plein d’incertitude et de risques. Est-il bien sensé de chercher dans le passé des solutions pour une situation qui ne ressemble à aucune que l’humanité ait affronté jusqu’à ce jour ?

 2)    Il faut bien distinguer la connaissance du passé de la réalité effective du passé. Que valent nos connaissances, ont elle quelque vérité, quelque objectivité, si toute connaissance est l’acte d’un sujet, ou de plusieurs sujets, eux–mêmes situés dans le temps, dans une réalité sociopolitique donnée, dans un espace mental par définition distinct du passé que l’on cherche à connaitre. Il semble pour le moins que toute connaissance de ce type est sujette à caution, frappée d’incertitude et marquée du sceau de la subjectivité – indépassable en dépit des protestations d’intégrité et d’honnêteté. C’est tout le problème de l’histoire.

 3)    Approfondissement : dans notre vision du passé nous avons une tendance spontanée à sélectionner des événements qui font sens, à les mythologiser, à les retravailler en fonction du présent, à des fins politiques et idéologiques (ex du 14 juillet, événement relativement anodin élevé à la dignité de fête nationale). Les faux souvenirs cohabitent avec les vrais oublis. L’histoire est un récit qui donne une fallacieuse identité, qui est vraie à  sa manière, mais d’une vérité non scientifique.

 4)    Pour autant on ne peut conclure à l’inanité de cette connaissance : on peut repérer des lignes de force, des constantes historiques, des cycles, des répétitions, à condition de ne pas gommer les différences et les nouveautés. L’histoire  se répète peut-être, mais en variant les circonstances, les formes, les modes d’apparition. Schopenhauer disait : eadem sed aliter : les mêmes choses mais autrement.

 5)    Le groupe, après la pause,  interroge plus spécifiquement le rapport entre la répétition et la nouveauté – ce qui est bien le cœur du sujet : comprendre le présent nécessite un effort d’intelligence ; on ne peut se contenter de plaquer les connaissances du passé, des schémas explicatifs plus ou moins opératoires sur la réalité mouvante et énigmatique du présent. Certains événements font rupture, ouvrant une ère nouvelle, même si la nouveauté n’est jamais totale, et que les structures du passé continuent de conditionner le présent. On évoque le rôle de l’imprimerie qui modifia le statut de la culture, de l’internet, des technosciences qui bouleversent les conditions économiques etc.

 6)    En fait le présent est un mélange confus de passé et de nouveauté, ce qui fait qu’il est difficile d’apprécier correctement l’effet de la nouveauté.  Il y a des rythmes rapides et des rythmes lents. On est extrêmement sensibles aux premiers qui dérangent en forçant à l’adaptation plus ou moins consentie, mais d’autres forces agissent en contrepoint, plus discrètes, mais qui ne doivent pas être sous-estimées : les révolutions qui ont voulu bannir l’ordre familial ont fini par le restaurer. Peut-être y a-t-il-lieu de rappeler l’expression forte de Jung : « le temps immense », qui relativise le temps rétréci de nos existences mortelles, et qui fournit peut-être une autre mesure, un autre Logos à notre intelligence.

 Pour Métaphores, GK

 

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