13 janvier 2018

Résumé Manhattan-philo 7/2/17 : La philosophie est-elle dangereuse?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de Février s'est tenu le mercredi 7 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Notre animateur, Timothée Coyras, exceptionnellement absent ce soir a été remplacé par Guy.

Nous avons substitué à la formule rituelle du Manhattan avec ses trois sujets (qui seront relancés le mois prochain) un café-philo en recueillant en début de soirée des propositions soumises au vote.

Le groupe présent a opté majoritairement pour la question suivante : 

La philosophie est-elle dangereuse ?

Résumé de la soirée :

1)   Danger pour qui ? Le système politique ? Les valeurs et les coutumes ? Ou bien danger pour celui qui s’y livre, en raison de quelque inquisition ou répression à son égard ? Ou encore parce que l’exercice de la philosophie, même en régime démocratique, serait intrinsèquement dangereux ?  Il faudra en conséquence distinguer les types de danger selon leur source mais aussi selon leur nocivité, réelle ou supposée. On peut croire qu’il y a du danger là où objectivement il n’y en a aucun.

2)   Que faut-il entendre par philosophie ? Est-ce le corpus impressionnant des textes classiques et modernes ? Est-ce l’institution universitaire, voire, au lycée, la classe de philosophie ? Mais il n’y a pas de philosophie vivante hors de la pratique, et celle-ci est essentiellement personnelle, même s’il faut souvent passer par un apprentissage auprès d’un aîné. La question devient : que faut-il entendre par « philosopher », et quel danger – éventuel – encourrait celui qui se livre à cette pratique ?

3)   Le groupe met l’accent sur le doute, inséparable de l’activité philosophique. On convoque l’exemple cartésien : qu’est-ce que penser, en quoi la pensée est-elle l’activité propre du sujet, qui dans la pensée découvre son existence : je pense, je suis, j’existe. Peut-on dès lors généraliser le doute, suspendre les croyances établies, les traditions, les savoirs – et pourquoi pas les pouvoirs ? A-t-on le droit de procéder à un universel examen de toutes les opinions et certitudes ? C’est là que l’on retrouve le problème politique et religieux, avec le danger bien réel qui a pesé sur nombre d’esprits libres, qui parfois furent pourchassés, condamnés, exécutés (Socrate, Giordano Bruno par ex). Les régimes autoritaires et surtout totalitaires veulent mettre la pensée au service du pouvoir et y parviennent souvent par leur politique de répression. Dans cette situation là il y a danger réel, et tout le problème est de contourner la censure, comme le fit Spinoza en son temps.

4)   Philosopher c’est mettre en doute, interroger, problématiser : « Ose te servir de ton entendement » disent les Lumières. A la source de cette pratique c’est l’étonnement qui joue le rôle de déclencheur, étonnement devant l’opacité du monde (les espaces infinis de Pascal), devant la souffrance (Schopenhauer, Bouddha), devant l’énigme de la mort etc. Etonnement qui sera stérile si l’on en reste au constat, fertile si le sujet « travaille » le pathos en se servant de son intelligence. Dans ce champ-là ce n’est pas tant le pouvoir politique qui présente un danger que le sujet lui-même qui se fait peur à lui-même, invoquant des forces imaginaires qui le détourneraient de l’activité de penser : idoles interiorisées, inhibitions psychiques, soumission aveugle à l’autorité, peur du châtiment céleste, besoin de protection et de sécurité, bref ce que Kant appelait la « lâcheté ». Philosopher s’entend dès lors comme un travail de libération psychique, dont beaucoup de maîtres ont su donner l’exemple.

5)   On comprend mieux dès lors pourquoi les pouvoirs n’aiment pas la philosophie. Ce n’est pas un contre-pouvoir au sens strict, ce n’est pas un parti d’opposition, ni une niche d’antisociaux, rebelles et réfractaires. C’est une école de pensée, une « scholè » au sens grec : un loisir créateur, un lieu ouvert de discussions et d’échanges, un atelier d’essais, bref un lieu de parole. Son objet est l’étude de l’homme, comment cet homme peut évoluer de l’immaturité constitutive à la pleine maturité psychique, avec quelles méthodes, avec qui : sans doute faut-il au penseur un ami, comme le fut La Boétie pour Montaigne. Et pour tous l’amie par excellence que les Anciens appelaient la Sagesse.

6)   Pour conclure je me suis permis un petit apologue sur Diogène le Chien, dont on peut toujours discuter les thèses, mais qui a offert l’exemple d’un détachement souverain à l’égard des biens de ce monde, des valeurs en cours et des idéologies sociales, allant jusqu’à apostropher Alexandre, le maître du monde : « ôte-toi de mon soleil » !

Pour Métaphores, Guy Karl

Posté par metaphores 64 à 20:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

Bedous 07 01 17_modifié-1

          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

Posté par metaphores 64 à 12:20 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
01 juillet 2016

Résumé apéro-philo du 12/07/16 : Philosopher : qui, pourquoi, comment ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de juillet s'est tenu mardi 12 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne à Pau (face au parc Beaumont) sur le sujet suivant :

 Philosopher : qui, pourquoi, comment ? 

 Guy Karl, philosophe, a problématisé le sujet pendant une vingtaine de minutes proposant un plan d'étude et d'approfondissement pour le groupe présent. Cela a donné lieu à de remarquables interventions.

 

Apéro-philo 12 juillet 16

 Trente-cinq amis de la philosophie ont participé à ce grand moment philosophique, dans une belle convivialité.  

Apéro-philo du 12 07 16

 Résumé : 

1)      Partant de la phrase célèbre de Kant « on ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu’apprendre à philosopher », on se demandera ce  qu’est « philosopher », insistant sur la prégnance du verbe, terme actif, qui engage un sujet dans une interrogation, un questionnement, une recherche, dont la nature reste à préciser. Pas de philosopher authentique sans un sujet philosophant, lequel ne saurait se contenter de réponses toutes faites, d’opinions et de croyances communes dont le fondement et la valeur ne seraient pas librement et résolument examinées.

2)      Pourquoi se mettre à philosopher ? C’est que le monde est opaque, la destinée obscure, que l’évidence s’est fêlée, qu’une certaine insatisfaction, un décalage entre ce qu’on croyait et ce qui est, entre l’illusion et le réel, ne peuvent plus être déniés, refoulés, ignorés. Là est peut-être l’acte fondamental : accepter de voir la rupture, l’écart et ne pas se précipiter dans les solutions ordinaires : le divertissement, la fuite dans l’activisme, l’idéologie ou la religion. Philosopher c’est d’abord faire halte pour considérer rationnellement les faits, voir, regarder, faire face. Ainsi fit Schopenhauer : « J’ai trouvé que la vie était une énigme et j’ai décidé de consacrer la mienne à la déchiffrer ». Courage et lucidité du sujet philosophant, qui, partant d’une interrogation personnelle, d’un pathos subjectif (étonnement, inquiétude, incompréhension, voire douleur ou effroi) élève sa pensée à la considération de l’universel : ce qui fait la réalité de toute vie, celle des autres comme la mienne.

3)      D’une expérience, sans laquelle on ne peut s’engager en sincérité, on est passé à une question, qu’on s’efforce de formuler sous les espèces d’un problème, par ex : pourquoi la souffrance, sa nature, ses causes, ses remèdes. Du singulier, par la pensée, on gravit les échelons vers l’universel, avec les risques inhérents à cette induction, qu’il faut s’efforcer de vérifier dans les faits. De la pratique à la théorie, de la théorie à la pratique : méthode expérimentale. Philosopher c’est expérimenter et penser son expérience.

4)      Les personnes présentes parlent d’une « fracturation » initiale comme moteur au questionnement : la mort, le deuil, la souffrance, mais aussi les grandes joies, la perte des illusions, la fuite du temps, l’instabilité des choses, le perte du sens, expériences que chacun est amené à faire un jour ou l’autre, et qui donnent à la recherche philosophique un statut d’universalité, même si les réponses sont très variées, et parfois contradictoires. Ce qui fait aussi que tout homme, en tant qu’homme, est voué à ces questions, alors même que souvent il préfère les repousser ou les négliger. Ici la frontière entre le « philosophe » et le commun n’est plus pertinente, en droit, mais elle reprend son sens dans les faits : on est invité à devenir sujet, Un sujet conscient et autonome, mais seuls la décision personnelle, et l’effort personnel nous font avancer vers cette autonomie.

 5)      Devenir autonome et s’autoriser de soi-même, voilà le programme philosophique. Comment entendre « autonomie » ? Le sujet est plongé dans une culture, un langage, des codes, des valeurs qui lui préexistent, il ne peut guère penser hors de ce contexte, mais il peut librement examiner et évaluer. C’est un puissant paradoxe : comment dire « je »  dans la langue de tous, affirmer la singularité dans le langage collectif ? C’est difficile, c’est le résultat d’une longue pratique, mais ce n’est pas impossible. De beaux exemples – et les philosophes sont des exemples, non des modèles à suivre ni des gourous – témoignent pour nous et nous invitent à faire de même – en traçant  notre propre chemin. « Que chacun soit à lui-même sa propre lampe » (Bouddha).

 6)      Nous terminons cette riche et féconde soirée en insistant sur la nécessité de l’expérience, sur le poids du réel auquel nous sommes tous confrontés, et sur le fait qu’une pensée n’est jamais qu’une approximation. Entre les choses et les mots subsiste un écart infranchissable, et dès lors le vivre et le penser ne parviennent jamais à une adéquation absolue. Vivre reste une énigme, un risque et une tâche. C’est notre faiblesse - et notre noblesse sera d’en tirer toutes les conséquences.

 7)      En tout état de cause, dans ce groupe attentif, actif et enthousiaste, nous avons fait l’expérience d’un philosopher qui fut un « sum-philosophein », un philosopher ensemble qui est une joie pour l’esprit, et une leçon de courage.

 

Vingt-sept personnes sont restées pour partager un diner fort sympathique dans le cadre très accueillant du Dimanche à la campagne. Ce fut une soirée d'une haute qualité sur tous les plans ! Merci à tous.

Agapes philosophiques

 

 

 

Posté par metaphores 64 à 13:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
27 janvier 2015

Résumé de l'Apéro-Philo du 27/01/15 : scepticisme et vérité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo s'est tenu au pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou à Pau) , le mardi 27 janvier à 18h45 sur le sujet suivant :

                     "Le vrai sceptique se moque-t-il de la vérité ?"

L’animateur, comme à l’accoutumée, met en place la problématique :

           Vrai sceptique s’oppose à sceptique au sens commun, lequel se définirait par la propension à « douter de toute chose » (Littré), sans que l’on sache si c’est par affectation ou par une véritable intelligence de la complexité. Il dit prendre ses distances, réfléchir, mais cela peut être par pusillanimité, faiblesse ou incertitude constitutionnelle. Le vrai sceptique, s’il existe, se réclame d’une réflexion méthodique sur les limites de la connaissance.

           S’agit-il de nier toute valeur au savoir, de mettre en évidence les faiblesses de l’esprit humain, de la perception et de la raison, alors se pose la question de la vérité. Quel rapport le « vrai » sceptique entretient-il avec la vérité ?

            On peut penser, en première lecture, qu’une telle doctrine nie purement et simplement l’idée même de vérité, y décelant une escroquerie, une chimère, un idéal pompeux et vide. Mais alors on sombre fatalement dans le relativisme le plus  stérile : « à chacun sa vérité »- ce qui équivaut à un enterrement pur et simple de la vérité – car il n’est de vérité que par un effort de dépassement de la subjectivité immédiate vers  l’universel. Une pensée sceptique peut-elle se référer à l’universel sans se nier dans son principe même ? Avons-nous, en tant qu’humain, quelque possibilité de penser un universel qui ne soit pas une chimère ?

        Le scepticisme fait la critique impitoyable du savoir – voir les dix tropes d’Enésidème qui décline les impossibles de la connaissance – à partir de la maxime fondamentale de Démocrite : « L’homme doit connaître au moyen de la règle que voici : il se trouve écarté de la réalité ». Cette phrase énonce magnifiquement le paradoxe sceptique : il faut connaître – que nous voilà loin de la paresse, de la mollesse prêtées au scepticisme – mais non pas en croyant saisir la nature ultime des choses (dogmatisme), tout au contraire, en posant au préalable cette aporie, cet impossible : nous n’avons aucun moyen d’entrer en relation avec la réalité réelle – le réel en soi et pour soi. Notons que Montaigne réitère parfaitement la même idée dans sa phrase célèbre : « Nous n’avons aucune communication à l’être ».

          Le problème posé trouve sa solution, si l’on accepte de penser que le savoir n’est pas la vérité, que le savoir ne peut être que relatif, évolutif, « historique », indéfiniment amendable et renouvelable (ce que monte l’histoire des sciences), et qu’une vérité n’existe qu’ à la condition d’être universelle et intangible. Retour à la question : qu’est ce qui, pour l’homme, fait vérité ?

          Je note que le groupe en est resté au seuil de cette question. Il faudrait une nouvelle séance pour traiter ce point difficile. Permettez-moi, à titre personnel, d’esquisser une ouverture. C’est Démocrite qui en fournit l’abord : l’homme est écarté de la réalité – voilà une formulation universelle, intangible et indépassable. En un mot la vérité n’est pas le savoir, mais l’impossibilité du savoir.

        Ce qui ne signifie pas que nos savoirs soient vains, simplement il importe d’en reconnaître et d’en assumer l’indépassable limitation.

                   GK

 

 Vous souhaitez en savoir davantage sur l'esprit et les finalités de l'Apéro-Philo ? Cliquez ici.

Posté par metaphores 64 à 09:30 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
05 décembre 2014

Qu'est-ce que le Café-Philo ?

Café-Philo

 

          Le CAFE PHILO c’est avant tout un lieu et un temps consacrés au plaisir de la rencontre désintéressée, plaisir rare et précieux dans ce monde voué à la consommation et à la rentabilité. Ici on ne doit rien à personne, on vient pour le plaisir de la rencontre, de l’échange et de la réflexion dans le champ élargi de la philosophie. On peut parler, ou se taire, pour simplement écouter ce que disent les autres.

       Le CAFE PHILO n’est pas un café ordinaire, c’est un lieu de parole et de pensée, parole libre et ouverte mais ordonnée à un thème, celui que les participants ont démocratiquement élu pour la séance, et qui servira de fil conducteur à tous les échanges. La réflexion de chacun se règle sur le projet commun, qui est de traiter ensemble, et de façon rationnelle, une question, celle qui a motivé le choix du groupe. A partir d’une difficulté perçue au départ, ce qui fait problème,  (par exemple : « La justice est-elle égale pour tous ? » ou « Peut-on aimer son prochain ? ») nous  essayons d’avancer ensemble vers une compréhension et une analyse plus exacte, plus fine des enjeux et des solutions possibles. C‘est là le sens originel du « philosopher ensemble ».

     Ce projet suppose la présence et l’intervention ponctuelle d’un animateur qualifié pour recentrer les débats, réduire le risque toujours possible du hors-sujet, fournir quelques éléments de savoir opportuns, proposer de nouvelles pistes, mais sans pédantisme ni autoritarisme. Il faut, de plus, une modératrice pour régler le jeu de la prise de parole et faire en sorte qu'elle ne soit pas monopolisée tout en étant respectée. L’expérience de notre Café Philo est à cet égard tout à fait positive.

      Depuis 7 ans le CAFE PHILO fonctionne sans heurts ni interruptions, à la satisfaction générale. Il est devenu de fait un élément essentiel de la vie culturelle paloise.  La création de l’Association Métaphores a permis de lui donner une visibilité et une audience supplémentaires.

     Pour "Métaphores", GK 

Posté par metaphores 64 à 23:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,