10 août 2017

Résumé Bedous-café-philo 02/09/17 - Punir, de quel droit ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

Posté par metaphores 64 à 11:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

Résultat de recherche d'images pour

Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

Posté par metaphores 64 à 16:45 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,
22 janvier 2015

Résumé de l' Atelier-Philo du 22/01/15 : justice et injustice

Atelier-philo

          Le premier Atelier-philo a fait dialoguer le droit et la philosophie. Nous avons accueilli à cette occasion Denise Pombieillh, avocate à la cour de Pau, pour aborder collectivement et dans le cadre d'une discussion ouverte et d'une grande richesse, le sujet suivant : (animation et synthèse : David Pourille)

 

          Comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste ?

 

           Le but de l’atelier philo-droit a été d’ouvrir une réflexion sur la question « comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste » à partir du regard du droit, représentée par une avocate du barreau de Pau, et de celui de la philosophie, représenté par l’animateur de l’atelier.

           La présentation de la question : 

          La présentation du côté du droit a consisté dans un exposé précis du processus juridique conduisant à la décision de justice – l’arrêt, le jugement de justice. Ce processus de décision s’élabore à partir du syllogisme juridique, triptyque de la loi, à laquelle on soumet le fait à juger, et la décision qui en découle. Par ailleurs, deux conceptions de la justice existent dans la procédure judiciaire française : la justice commutative s’appuyant sur l’égalité ; et la justice distributive s’appuyant sur la proportionnalité, sur la prise en compte des parties (leur état de nécessité, les circonstances atténuantes…).

        D’emblée le parallèle entre droit et philosophie a été aisé à dresser puisque tant le syllogisme que la distinction justice commutative et distributive ont été théorisés par la philosophie, Aristote précisément.

          La présentation du côté de la philosophie a consisté quant à elle dans une critique de quelques grandes conceptions de la justice, celle d’Aristote et celle du droit naturel en particulier. Car que ce soit le critère aristotélicien de juste milieu entre l’excès et le défaut et le critère de justice existant dans un droit naturel surpassant les lois écrites du droit positif, rien ne s’impose dans son évidence et son universalité.

          Le débat :  

           A partir de cette double présentation, le débat s’est articulé autour de deux questions : quel pourrait être ce critère du juste et de l’injuste ? Et, l’idéal de justice confronté aux décisions de la justice conduit-il à un échec ou à une réussite ?

           Pour la première question, deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour un critère du juste et de l’injuste dans le sentiment de justice, l’intuition naturelle. Une autre tendance a penché pour un critère s’inscrivant dans la loi écrite, dans le droit positif ; loi et droit certes imparfaits mais corrigibles et évolutifs.

            Pour la seconde question, là aussi deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour une limitation de la justice à une simple sanction ou répression sans portée réparatrice. Une autre tendance a penché pour une issue réparatrice pour la victime et rééquilibrante pour la société.

         Les conclusions :

           D’une part, la justice est imparfaite, certes, mais parvient néanmoins à des résultats éducatifs, voire prophylactiques. D’autre part, le critère du juste et de l’injuste est sans doute moins à chercher dans une tradition ou dans les subjectivités des individus qu’à construire. Ce critère serait un projet à élaborer au sein d’une discussion collective argumentée et ouverte. Sans doute son point de départ pourrait être la prise en compte du respect de la personne humaine dans tous les champs de ses activités (créatrices ou productives)  et dans toutes les relations qu’elle entretient avec ce monde et cet environnement naturel radicalement modifiés.

             DP   

          Vous voulez en savoir plus sur le projet et l'esprit de l'Ateliercliquez ici.

        

 

Posté par metaphores 64 à 09:09 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,