29 avril 2017

Résumé Café-Philo 13/06/17 : Désirer l'impossible ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de juin animé par Guy Karl s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au Matisse. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

Faut-il désirer l'impossible ?

1) Le groupe remarque d’emblée que ce « faut-il » est pour le moins singulier dans la mesure où désirer ne saurait, en toute logique, faire l’objet d’une injonction, d’un devoir ou d’une obligation. Exiger de quelqu’un qu’il désire n’est-ce pas le jeter dans un embarras inextricable, voire dans un jeu de double contrainte, comme lorsqu’on commande à quelqu’un d’être libre. On désire ou on ne désire pas. Cela dit, la question mérite cependant toute notre attention, en raison même de ce paradoxe initial qu’on ne peut écarter d’un revers de manche.

2) En général l’injonction invite à réfréner ses désirs, « à changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde « (Descartes). Une longue tradition morale nous enseigne les vertus de modération, de prudence, de mesure, en condamnant l’Ubris, cette démesure de l’insensé qui se précipite tête baissée dans la recherche effrénée du pouvoir et de la jouissance. Notre sujet prend résolument le parti inverse : désirez, n’hésitez pas à désirer l’impossible, transgressez gaillardement les impératifs désuets d’une morale de l’esclavage et de la lâcheté, libérez-vous ! Plus encore : ce serait l’apanage d’une sorte d’héroïsme moral que de pousser le désir aussi loin que le permet notre nature, sans craindre de courroucer les dieux ou de bousculer l’ordre du monde. Dans l’univers antique Alexandre n’est-il pas le héros du désir de l’impossible ?

3) On pourrait se demander QUI, quel personnage conceptuel, quelle tradition philosophique ou politique pourrait soutenir une telle position immoraliste. La question restera ouverte : qu’en dira le lecteur ?

4) Suit une interrogation sur le désir et l’objet, voire la cause du désir. Le bon sens nous recommande de désirer le possible. Mais dans notre for intérieur les choses se passent autrement. Quoi de plus séduisant, de plus alléchant, de plus excitant que l’impossible ? Nos rêves, nos fantaisies et nos rêveries, si nous les observons de plus près, regorgent d’images, de constructions mentales qui mettent l’impossible en scène : voir revenir les morts, goûter à la vie éternelle, ne pas vieillir, être en plusieurs endroits en même temps, flotter dans les nuages et parler au soleil etc. Il faut croire que l’impossible, dont chacun a une prénotion plus ou moins claire, hante notre psyché comme une tentation permanente, une séduction. A croire que l’impossible serait, en fin de compte, la cause du désir, ce qui met en branle la faculté désirante : l’impossible crée le manque, lequel inspire le désir.

5) Mais la notion d’impossible pose problème. Ce qui est impossible aujourd’hui sera peut-être possible demain. Hier on était homme ou femme, on ne pouvait changer de sexe. Aujourd’hui on le peut. A extrapoler cette constatation on pourrait en venir à croire que rien n’est impossible à terme. On choisirait son sexe et son genre, on se rendrait immortel par la technique, on pourrait voyager à la vitesse de la lumière, visiter les univers les plus reculés etc. Je proposerai l’idée d’un impossible radical pour faire contrepoids à cette fantasmagorie délirante. L’impossible est la marque du réel : à vouloir gommer le réel on sombre en effet dans cette Ubris que condamnaient les Grecs. L’immortalité est le privilège des dieux, de même que l’ubiquité, ou la puissance. Mais eux-mêmes étaient limités par une force plus haute encore : le Destin ou la Moïra. L’impossible, de quelque manière qu’on l’aborde, est une catégorie essentielle qui définit la nature spécifique de l’homme, qui n’est pas un dieu, ni Dieu, limité dans ses pouvoirs même s’ils sont considérables, limité dans ses connaissances, et au final soumis à la loi de nature, même si, là encore, il a su et pu augmenter et affiner son savoir et son pouvoir.

6) Il y a deux modèles entre lesquels il faut choisir. Le premier nous propose de considérer les progrès comme illimités, et dès lors l’impossible deviendrait possible. Le second admet volontiers le progrès et l’élargissement du domaine du possible, mais pose l’impossible comme une borne infranchissable : mortalité, savoir limité, puissance limitée.

7) Si l’on considère le second modèle que devient alors le désir ? Il est vain de croire qu’il acceptera de se borner au possible, même si la raison, le jugement, l’entendement acceptent volontiers de s’y ranger. On assiste alors à une tension interne, que nous connaissons tous peu ou prou, entre la raison qui se tient dans le possible, quitte à l’élargir, et y agit rationnellement (technique, science, politique, économie etc) et d’autre part le désir qui se nourrit de l’aspiration à l’impossible, se manifeste et se libère dans le rêve et la rêverie, sans prétendre changer l’ordre du monde. Equilibre instable, problématique, mais infiniment préférable à l’errement de la psychose, où dans l’effacement de la raison, dans le déni du réel, le sujet se perd irrémédiablement dans le délire.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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14 mars 2017

Manhattan-philo - 03/05/17 : Rêve et réalité

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de mai s'est tenu le 03 mai à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Qu'est-ce qu'être courageux ? 

Sujet 2 :  Le rêve s'oppose-t-il à la réalité ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?

 

Le sujet retenu à l'occasion de ce moment fort sympathique fut :

Le rêve s'oppose-t-il à la réalité ?

Résumé à suivre :

Manhattan-philo

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06 janvier 2017

Résumé Café-philo 10/01/17 : Se raconter des histoires

 CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo de Pau s'est tenu en janvier le mardi 10 à 18h45 au café le Matisse(clic). Comme d'habitude, le sujet a été voté et choisi par le groupe présent :

"Le plus malheureux des hommes est celui qui ne se raconte plus d'histoires."

L'animation et les synthèses furent assurées par Guy, philosophe et la modération par Nicole

Résumé de la soirée :

1)   Quel rapport entre ces deux éléments : "le plus grand malheur" – « ne plus se raconter d’histoires » ? Un penseur comme Pascal aurait peut-être soutenu l’inverse, considérant que se raconter des histoires relève d’une pratique du divertissement, destinée à occulter la misère de l’homme, et que le vrai bonheur ne saurait consister à fuir dans les chimères. Remarquons d’emblée que l’expression « se raconter des histoires » est généralement considérée comme négative : illusion, erreur, complaisance à soi, fuite dans l’imaginaire. Mais le sujet renverse ces jugements en présentant cette activité narrative comme une nécessité pour ne pas devenir « le plus malheureux des hommes ». Qu’est-ce qu’une « histoire » - quel est ce « raconter », et se raconter "à soi-même" - quelle en est la fonction dans l’économie psychique de l’individu et des sociétés ?

2)   Le groupe propose un rapprochement entre le rêve et l’histoire que l’on se raconte. Le rêve est une nécessité physiologique et psychologique, de la même manière, dans le récit que l’on se fait on exprime sa subjectivité : roman personnel ou familial, souvenirs, désirs, attachements, détestations, l’univers psychique est mobilisé dans un scénario, une action, des personnages réels ou fictifs, un environnement etc, dans lesquels le sujet se projette, résout ou non des problèmes, en tout cas s’efforce à recréer du sens dans le désordre de son existence. Le vrai problème serait plutôt que tel ou tel se laisser aller sans réserve à l’imaginaire, et se mette à délirer en perdant tout rapport à la réalité commune.

3)   Il faut interroger le « se » qui figure dans l’énoncé : se raconter à soi-même  c’est se parler en se posant à la fois comme l’auteur et l’auditeur, dans un dédoublement  réflexif. On repérera une tension interne entre les événements du récit en tant que tels, et l’intention qui préside à leur évocation : je peux raconter en répétant indéfiniment, comme dans le trauma, ou raconter pour décider d’une autre orientation, en modifiant le sens du passé dans la perspective d’un avenir autre. C’est ce qui passe en principe en psychothérapie : que ferai-je de ce qu’on a fait de moi ?

4)   Toute histoire est forcément subjective : on ne peut tabler sur sa « vérité ». Elle se remanie, se transforme en fonction du présent. Aussi la vraie question est moins celle de la véracité « objective » du récit que celle de la fonction que le sujet entend lui faire jouer. En théorie on pourrait indéfiniment remanier les histoires, qui ne sont jamais finies, source de bonheur ou de malheur selon que j’y puise des raisons de gémir (passions tristes) ou des raisons de me réjouir. En somme le sujet a une responsabilité personnelle dans l’usage qu’il fait de ses histoires.

5)   D’un côté l’histoire que l’on se raconte est éminemment personnelle (c’est mon histoire) de l’autre elle se tient dans un rapport indirect à la « réalité », entendue ici comme univers commun du langage, des représentations collectives, des valeurs morales et autres qui conditionnent inévitablement la subjectivité. On raconte dans un monde social, quoi qu’on en dise. Voyez Rousseau dans les Confessions, autobiographie et pamphlet tout à la fois. Les histoires sont des mises en scène qui situent le sujet dans un contexte social où il cherche à poser sa différence irréductible.

6)   Reste un dernier point.  Qu’est ce qui nous protègera du délire, si les histoires ne sont que des aménagements imaginaires ? On remarquera que les grandes mythologies, qui sont les histoires que les peuples se racontent à eux-mêmes, tout en donnant la part belle à l’action, au désir, à la quête etc, débouchent généralement sur un abîme, un point obscur, qui est le signe par où le réel se présentifie : Achille indéfiniment victorieux, et invincible, est abattu par une flèche qui lui brise le talon. Petite faiblesse inaperçue qui le rattache au sort commun. Les mortels meurent, voilà la leçon par de là toutes les imaginations de puissance ou de pouvoir. Le réel, qu’il ne faut pas confondre avec la réalité, celle du monde commun des hommes, c’est ce quelque chose qui fait que cela cloche, et qui nous ramène à l’humilité de notre condition.

7)   Concluons que l’homme est ainsi fait qu’il ne peut pas ne pas se raconter d’histoires. Mais toutes les histoires ne se valent pas. Certaines font miroiter des chimères. D’autres se proposent de situer correctement le sujet dans son présent et son avenir, tout en assumant l’insertion problématique dans la réalité commune. Enfin la seule vraie histoire, et la plus difficile, est celle qui ménage au réel sa part, comme un trou dans la structure de la représentation.

Pour Métaphores, GK

 

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18 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 22/10/15 : L'image

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre, ouverte à tous et gratuite) se tiendra le jeudi 22 octobre 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

L'image : déguisement ou dévoilement ?

Les images sont partout, hors de nous et en nous. Il serait judicieux de réfléchir sur leur statut quant à la vérité. On se plaint souvent de ce qu'elles soient trompeuses, falsifiées, comme s'il existait une image vraie, une réplique parfaite de la réalité, doublure sans falsification. C'est oublier que l'image est construite, "imaginée" ou "imagée", et qu' à ce titre, elle renvoie autant au sujet qu'à l'objet. Qui fait l'image, quelle image, et à quelles fins? Réalité sociale et politique, mais aussi psychologique et morale, l'image, vilipendée ou glorifiée, masque-t-elle une autre réalité, et laquelle ? - ou bien n'est-elle qu'un élément, parmi d'autres de l'mmense jeu de dupes qu'est la tragi-comédie humaine ?

Résumé de la soirée : 

1)   Les images sont partout, hors de nous et en nous, plaisantes ou déplaisantes, foisonnantes, parfois envahissantes. Elles nous séduisent ou nous irritent. Elles viennent redoubler la réalité d’un réseau inextricable de formes, d’apparences, d’ombre et de lumière dont on peut se demander s’il dissimule la réalité, ou s’il la révèle.

2)   L’étymologie insiste sur cette notion de redoublement : imago c’est le portrait, supposé copier l’original. Eikôn, en grec, « l’icône », c’est l’image semblable, alors que l’eidolôn, l’idole, serait une image trompeuse. Toujours insiste cette référence à un original, une réalité préalable, antérieure, dont l’image rend compte, fidèlement ou infidèlement. Toute la question est de savoir si la fonction de l‘image est d’opérer cette référence à la réalité, ou si, tout au contraire, elle peut s’en abstraire pour valoir en soi et pour soi.

3)   L’image est-elle un décalque de la perception ? La perception nous révèle un monde présent et actuel, évident  dans son apparaître, incontestable. L’image témoigne de l’absence : si elle est présente à l’esprit, son contenu, sa « matière » est « irréelle ». Imaginer Pierre c’est admettre que Pierre n’est pas là, sinon je le percevrais comme présent. Il y a dans l’image un paradoxe de présence-absence, qui en fait le charme ambigu.

4)   Pourquoi aimons-nous les images ? Quelle est leur fonction ? Faire une trace de ce qui fut, témoigner d’une histoire, de la présence absente d’un sacré (la statuaire, les peintures rupestres etc). Figer le mouvement, révéler, manifester – on songe aux rites religieux accompagnés d’images, d’effigies, aux processions.

5)   Le débat s’oriente alors vers la question de l’interprétation, suite à la présentation d’images-photos d’Isabelle Flexer : images sans référence, sans analogie, dit-elle, avec la réalité extérieure, images libres et inventives, pour lesquelles aucune signification ne s’impose, et dont le spectateur disposera en toute liberté. Nous remarquons alors que nous sommes spontanément portés à chercher une forme, à identifier, voire à nommer ce qui nous apparaît, bref à revenir à l’interprétation, alors que l’œuvre nous invitait à nous en affranchir. La tendance à rechercher la référence en deçà de l’image semble quasi invincible. Et pourtant !

6)   « Le cerveau  horreur du vide »  dit quelqu’un. Remarque précieuse : nous percevons, nous imaginons, nous nous souvenons, nous peuplons notre psyché d’images, Pascal dirait : nous nous divertissons. Et  notre époque est d’une extraordinaire inventivité en ce domaine.  La fin du débat porte sur le problème de la manipulation médiatique, sur la question de savoir si l’on peut être libre dans un tel monde : problème politique et éthique. Déguisement, déformation, sélection outrancière, ou bien éveil des consciences, dévoilement, voire vérité, les avis sont partagés.

7)   Reste la question de fond, un peu oubliée en cours de route : faut-il référer l’image à un « quelque chose » qui la précède, et alors se pose en effet la question du déguisement et du dévoilement – ou bien l’image est-elle un réalité en soi et pour soi, dégagée de toute référence, forme parmi d’autres d’un « apparaître » aux mille visages, dont il n’ y a pas lieu de s’inquiéter en termes de vérité ou de fausseté.

8)   Permettez-moi un petit apologue personnel (hors débat) : Timon, élève de Pyrrhon, disait : « l’apparence l’emporte sur tout, où qu’elle aille ». Peu importe dès lors que ce soit l’apparence perceptive ou l’apparence imaginante, ce n’est jamais qu’apparence (phainomenon) ou mieux dit, « apparaître ».

      Pour Métaphores, GK

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