09 juillet 2017

Résumé Apéro-philo 20/07/17 - Identité : invention ou réalité ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu jeudi 20 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne. Il fut animé exceptionnellement par David Pourille, philosophe pour aborder le sujet suivant : 

 

L'identité, invention ou réalité ?

Résumé de la soirée :

Nous avons lu le passage suivant en guise de prélude :

       « Comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ». Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Pourquoi parler de l’identité ? Parce que le mot traverse beaucoup de débats plus ou moins tendus dans notre société : identité régionale, identité nationale, identité sexuelle, identité religieuse…

      Délimitons d’abord les termes de la question. Le terme d’invention s’emploie dans deux contextes : lorsqu’on évoque ou mentionne un objet fabriqué et nouveau, la boussole, l’imprimerie ; comme lorsqu’on évoque ou mentionne quelque chose d’inventé, d’imaginé, un mythe, un mensonge, une croyance… Le terme de réalité est en apparence plus simple : c’est ce qui s’impose à nous, comme l’oxygène par exemple, ce qui est déjà donné indépendamment de nous. Quant à l’identité, on peut l’appréhender par le biais de l’adjectif identique. Quand l’utilisons-nous ? Quand nous parlons d’une chose identique à elle-même ou de deux choses identiques entre elles, c’est-à-dire indiscernables. Nous remplaçons souvent identique ou identité par le même : « ces deux tables sont les mêmes », « ils ont le même père » …

          Trois points sont posés en jalons provisoires de la discussion : approfondir l’identité pour circonscrire notre réflexion ; l’origine et l’utilité de l’identité ; et la réponse, si possible à la question initiale : « identité : invention ou réalité ? ».

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       La discussion s’ouvre entre les participants sur les différents aspects de l’identité, individuelle et collective, mentale et biologique. La pérennité de quoi que ce soit d’identique en nous, traversant le temps d’emblée fait débat. D’un côté, l’identité s’hérite du passé, de l’autre, elle ne résiste pas au temps. Où est l’identité ? Quelle est son support ? Serait-ce le moi ? Pascal est évoqué, « mes » qualités changent et le moi est introuvable. Pourtant nous avons bien un « caractère » qui perdure ; les autres me voient comme ayant tel ou tel caractère. On discerne d’ores et déjà que l’identité se définira par rapport à la notion de l’autre, que l’identité psychologique se rapportera à la présence d’autrui. Après cette première phase d’enquête, l’identité passe à l’examen critique : ce n’est qu’une nécessité créée par peur du vide, par besoin de sécurisation. Quelqu’un va plus loin : elle fige, relève du passé, ne résiste pas à la transformation. Un autre achève la critique : l’identité est introuvable et sa définition requiert l’autre, l’altérité. Ce ne serait qu’un néant. Par un jeu dialectique, la critique est renversée au profit d’une identité qui a sa valeur en politique ou dans l’histoire par exemple ; en effet, ceux qui n’avaient pas d’identité étaient les esclaves. L’intervenant ne nie pas que l’identité soit fabriquée puisqu’elle se fabriquerait avec le jeu des différences ; il affirme plutôt qu’elle cède sa place aux identités, sociales notamment, où certaines s’effacent et d’autres apparaissent.

       La seconde partie de la soirée reprend en abordant le thème de l’utilité de l’identité. L’identité apparait comme une revendication post-matérialiste, elle indique un sens, sens comme direction et sens comme signification, dans une époque qui a délaissé ou abandonné ces anciennes identités. Dans la sphère collective, l’identité serait le moteur de l’affirmation d’une affinité avec les autres, voire la recherche de cette affinité. D’où les réflexes grégaires qui en accompagnent les revendications, via un langage collectif qui participe à sa construction, à rebours d’une identité aphasique (ou hors-langage). Sans identité, on ne fait pas corps ni chœur avec les autres. L’idéal commun d’une société passe par elle mais elle demeurerait un leurre de la singularité. A nouveau un renversement dialectique : nous sommes des animaux politiques, au sens où ne nous pouvons ni vivre ni nous développer seul hors de la société organisée des humains. Par conséquent l’identité se construit à la faveur de l’appartenance collective.

          La fin de la soirée apporte une nouvelle ouverture au sujet : l’éthique. L’identité répond aussi à une question éthique (- qui synthétiserait d’ailleurs les questions de l’identité individuelle et de l’identité collective…). Elle pose la question de savoir « avec qui avons-nous envie d’être ? ». Et si l’identité est une invention, elle a des effets ; et que faire sans elle ? Par ailleurs, l’identité évoque une quête de sens toute personnelle.

         En conclusion de ce résumé, et en nous recentrant, seulement en apparence, sur l’identité personnelle, nous citerons Michel de Montaigne, dans son essai sur l’inconstance de nos actions : « Nous sommes entièrement faits de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment joue son jeu. Et il y a autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui ».

Pour Métaphores, David Pourille

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29 septembre 2016

Résumé du Café-philo du 08/11/16 Echapper à l'aliénation ?

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Le Café-philo du mois de novembre s'est tenu le mardi 08 à 18h45 au café Le Matisse (clic), face au Musée des Beaux Arts, 17 rue Lalanne à Pau. 

Le sujet proposé et choisi par l'assemblée présente fut :

Peut-on échapper à l'aliénation ?

Résumé de la soirée : 

 Avant tout nous tenons à remercier le patron du Matisse pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé. La soirée fut très agréable et riche d’enseignements.

 1)   Si l’on se propose d’échapper à l’aliénation c’est qu’elle est supposée première, en quelque sorte « naturelle », posée comme une condition initiale de l’existence, de laquelle on serait invité à se détacher pour affirmer la liberté. Avant de répondre en décidant que la chose est possible ou non, il faut creuser plus avant la notion d’aliénation, et voir si ce terme rend compte ou non de cette situation initiale qu’il faudrait dépasser.

 2)   Il y a beaucoup de situations d’aliénation, éducatives, familiales, politiques, économiques, idéologiques mais quelle est la structure qui donne l’unité à ces champs ? Le groupe hésite sur les rapports entre dépendance, addiction et aliénation. Quand suis-je aliéné ? L’étymologie est convoquée : alius, autre ; alienus, étranger. Le sujet est aliéné quand il perd la jouissance de son être propre, qu’il devient autre qu’il est, étranger à soi-même, à son désir fondamental, qu’il se soumet par choix ou par contrainte à une force étrangère qui le dépossède de soi. On pourrait distinguer entre aliénation consentie (structures passionnelles) et aliénation imposée (comme dans les régimes autoritaires) ? Dans les deux cas la liberté et l’affirmation de soi sont gravement compromises.

 3)   La pire situation est celle de l’aliénation mentale : c’est ainsi que l’on qualifiait autrefois la psychose. Le psychiatre s’appelait alors l’aliéniste.

 4)   On remarque à ce moment-là que tout système social et politique, fût-il même relativement démocratique, ne va pas sans une sorte d’aliénation fondamentale, le citoyen renonçant à sa liberté de nature pour consentir à l’ordre commun, s’y plier en respectant la loi. Plus encore : il accepte de se ranger au langage commun (les mots viennent à lui du dehors) pour y exprimer son être, encore que manifestement cette expression soit en quelque sorte tronquée par les lois du langage et le devoir de se communiquer par la parole. Lévy-Strauss remarquait qu’en somme chacun a le choix virtuel entre l’aliénation langagière et l’aliénation psychiatrique. Mais il faut ajouter que l’aliénation langagière n’implique aucune pathologie, à la condition que le sujet, dans une langue qui s’impose à lui au départ, puisse parvenir à une expression subjective, « poétique » par laquelle il pourra affirmer sa singularité.

 5)   A la rigueur on distinguera entre aliénations passives, subies, et aliénations positives : j’accepte de me ranger sous une autorité le temps d’en retirer des enseignements, pour regagner ma liberté au plus vite. En ce sens toute formation impliquerait un certain degré d’aliénation : on en voit aisément le danger, comme chez ces artistes qui se mettent à l’école et finissent par perdre leur originalité propre.

 6)   Pour échapper à l’aliénation il faut une prise de conscience : je m’aperçois que j’étais esclave, enfermé dans une structure qui à présent m’apparaît insupportable. Je romps. Analyse rétrospective : pourquoi me suis-je laissé enfermer ? A quels besoins répondait cet enfermement ? Qu’y ai-je gagné ? Qu’y ai-je perdu ? Je vois que je me suis soumis à la dictature de l’image : celle que les autres avaient de moi, celle que je tenais pour véridique et qui n’était que d’illusion.

 7)   Il faut la prise de conscience, le travail d’analyse, et souvent aussi le heurt ou les heurts du réel, par lesquels je peux m’apercevoir que je faisais fausse route. Le détachement se fera par un acte signifiant qui consomme la rupture.

 8)   Le groupe évoque longuement des tentatives de solitude volontaire (Thoreau, Into the Wild) en se demandant dans quelle mesure ces échappées dans la nature permettent une désaliénation : si l’on n’y trouve pas la mort il faudra bien revenir, et alors comment concilier liberté et aliénation sociale ? C’est bien notre problème à tous : vivre en société, travailler, éduquer nos enfants, avec tous les risques de nous perdre, et tenter de préserver pourtant un espace de liberté subjective, une dimension créatrice. Il  faudrait après ce débat s’interroger sur les possibilités d’une autonomie qui ne soit pas du semblant.

Pour Métaphores, GK

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22 avril 2015

Résumé du Café-philo du 21/04/15 : se passer des masques

 

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             Le café-philo du 21 avril 2015 s'est tenu pour la première fois au Café associatif La Coulée Douce (clic) à la Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau.

La soirée s'est passée idéalement : accueil très chaleureux, ambiance conviviale et concentrée, dynamique collective de grande qualité, sens de l'écoute et une pause apéritive bienvenue avec quelques assiettes et boissons à des tarifs "associatifs". Nous tenons à remercier Marie et l'équipe de bénévoles pour leur gentillesse et leur sens de l'accueil.

 

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Les trente-cinq personnes présentes ont proposé une dizaine de sujets. Le sujet qui a été voté et traité dans la foulée fut :

 

"Pouvons-nous nous passer de nos masques ?"

 

1)   Le masque renvoie au premier chef à la « persona », personnage de théâtre, rôle conventionnel. C’est la nécessité qui nous contraint à jouer notre rôle, ou nos rôles plutôt, dans la vaste tragi-comédie sociale.,,  Le masque est un signe d’appartenance (songeons aux masques des sociétés traditionnelles) qui signifie une position, un statut, un ou des rôles sous lesquels l’individualité s’éclipse.

2)   D’où la question des fonctions : il y a les masques qui dissimulent, ceux qui visent à tromper, ceux qui donnent à voir. Cacher et montrer sont en fait dans une étroite relation de paradoxe, si bien qu’on ne sait trop si, en se masquant, le sujet se dissimule, ou si, tout au contraire, il n’exhibe pas ce qu’il cache. Subtil jeu de dupes, où, croyant tromper l’autre, on finit par se duper soi-même…Au jeu du désir les dés sont toujours pipés.

3)   D’où une autre question : quel rapport le masque  entretient-il avec la vérité ? La vérité est-elle de l’ordre du « naturel », de la nudité, voire de la sauvagerie ? La civilisation ne commence-t-elle pas avec l’artefact, l’artifice, donc la vêture, et le masque. Il est sans doute un peu naïf de croire qu’à enlever le masque on révèlerait la vérité. Les masques nous sont consubstantiels, comme le langage et la culture, encore qu’il soit possible de distinguer entre des masques « intériorisés », invisibles, connaturels, et les masques de parade ou de circonstance qu’on peut mettre en enlever à loisir.

4)   Il semble que chacun ait intérêt, au bout du compte, à se réfugier derrière ses masques, s’ils ne nous étouffent pas, si nous pouvons prendre conscience qu’ils existent et qu’ils sont inévitables : c’est dans ce modeste interstice que se glisse une chance de liberté. Sachant, je ne suis plus totalement dupe. Mes masques, mes rôles, mon personnage, les connaissant, je peux apprendre à en jouer – et revoici l’acteur, un peu moins niais, un peu dégrossi, acteur-joueur.

5)   Finalement, existe-t-il une sphère d’intimité où « les masques tombent » où l’on peut être en résonance avec l’autre, et surtout en congruence avec soi ? Que craignons-nous dans ce dévoilement ? Quelle est cette peur ? Quelles émotions voulons-nous éviter ? Sans doute y a–t-il ici un puissante force de refoulement, celle peut-être qui a présidé à la socialisation elle-même, à cet âge tendre où s’est construite une image de soi, premier masque, le mieux oublié, et peut-être, inamovible, indéchiffrable.

Pour Métaphores, GK

         

             Pour en savoir plus sur le sens de l'activité café-philo, cliquez ici.

 

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