06 janvier 2017

Résumé Café-philo 10/01/17 : Se raconter des histoires

 CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo de Pau s'est tenu en janvier le mardi 10 à 18h45 au café le Matisse(clic). Comme d'habitude, le sujet a été voté et choisi par le groupe présent :

"Le plus malheureux des hommes est celui qui ne se raconte plus d'histoires."

L'animation et les synthèses furent assurées par Guy, philosophe et la modération par Nicole

Résumé de la soirée :

1)   Quel rapport entre ces deux éléments : "le plus grand malheur" – « ne plus se raconter d’histoires » ? Un penseur comme Pascal aurait peut-être soutenu l’inverse, considérant que se raconter des histoires relève d’une pratique du divertissement, destinée à occulter la misère de l’homme, et que le vrai bonheur ne saurait consister à fuir dans les chimères. Remarquons d’emblée que l’expression « se raconter des histoires » est généralement considérée comme négative : illusion, erreur, complaisance à soi, fuite dans l’imaginaire. Mais le sujet renverse ces jugements en présentant cette activité narrative comme une nécessité pour ne pas devenir « le plus malheureux des hommes ». Qu’est-ce qu’une « histoire » - quel est ce « raconter », et se raconter "à soi-même" - quelle en est la fonction dans l’économie psychique de l’individu et des sociétés ?

2)   Le groupe propose un rapprochement entre le rêve et l’histoire que l’on se raconte. Le rêve est une nécessité physiologique et psychologique, de la même manière, dans le récit que l’on se fait on exprime sa subjectivité : roman personnel ou familial, souvenirs, désirs, attachements, détestations, l’univers psychique est mobilisé dans un scénario, une action, des personnages réels ou fictifs, un environnement etc, dans lesquels le sujet se projette, résout ou non des problèmes, en tout cas s’efforce à recréer du sens dans le désordre de son existence. Le vrai problème serait plutôt que tel ou tel se laisser aller sans réserve à l’imaginaire, et se mette à délirer en perdant tout rapport à la réalité commune.

3)   Il faut interroger le « se » qui figure dans l’énoncé : se raconter à soi-même  c’est se parler en se posant à la fois comme l’auteur et l’auditeur, dans un dédoublement  réflexif. On repérera une tension interne entre les événements du récit en tant que tels, et l’intention qui préside à leur évocation : je peux raconter en répétant indéfiniment, comme dans le trauma, ou raconter pour décider d’une autre orientation, en modifiant le sens du passé dans la perspective d’un avenir autre. C’est ce qui passe en principe en psychothérapie : que ferai-je de ce qu’on a fait de moi ?

4)   Toute histoire est forcément subjective : on ne peut tabler sur sa « vérité ». Elle se remanie, se transforme en fonction du présent. Aussi la vraie question est moins celle de la véracité « objective » du récit que celle de la fonction que le sujet entend lui faire jouer. En théorie on pourrait indéfiniment remanier les histoires, qui ne sont jamais finies, source de bonheur ou de malheur selon que j’y puise des raisons de gémir (passions tristes) ou des raisons de me réjouir. En somme le sujet a une responsabilité personnelle dans l’usage qu’il fait de ses histoires.

5)   D’un côté l’histoire que l’on se raconte est éminemment personnelle (c’est mon histoire) de l’autre elle se tient dans un rapport indirect à la « réalité », entendue ici comme univers commun du langage, des représentations collectives, des valeurs morales et autres qui conditionnent inévitablement la subjectivité. On raconte dans un monde social, quoi qu’on en dise. Voyez Rousseau dans les Confessions, autobiographie et pamphlet tout à la fois. Les histoires sont des mises en scène qui situent le sujet dans un contexte social où il cherche à poser sa différence irréductible.

6)   Reste un dernier point.  Qu’est ce qui nous protègera du délire, si les histoires ne sont que des aménagements imaginaires ? On remarquera que les grandes mythologies, qui sont les histoires que les peuples se racontent à eux-mêmes, tout en donnant la part belle à l’action, au désir, à la quête etc, débouchent généralement sur un abîme, un point obscur, qui est le signe par où le réel se présentifie : Achille indéfiniment victorieux, et invincible, est abattu par une flèche qui lui brise le talon. Petite faiblesse inaperçue qui le rattache au sort commun. Les mortels meurent, voilà la leçon par de là toutes les imaginations de puissance ou de pouvoir. Le réel, qu’il ne faut pas confondre avec la réalité, celle du monde commun des hommes, c’est ce quelque chose qui fait que cela cloche, et qui nous ramène à l’humilité de notre condition.

7)   Concluons que l’homme est ainsi fait qu’il ne peut pas ne pas se raconter d’histoires. Mais toutes les histoires ne se valent pas. Certaines font miroiter des chimères. D’autres se proposent de situer correctement le sujet dans son présent et son avenir, tout en assumant l’insertion problématique dans la réalité commune. Enfin la seule vraie histoire, et la plus difficile, est celle qui ménage au réel sa part, comme un trou dans la structure de la représentation.

Pour Métaphores, GK

 

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25 mars 2016

Résumé apéro-philo du 21/04/16 : Connaissance du passé

Apero philo

L' Apéro-philo s'est tenu le jeudi 21 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant :

La connaissance du passé éclaire-t-elle le présent ?

 

Guy Karl, philosophe, a engagé une réfléxion à partir d'une problématisation initiale d'une vingtaine de minutes avant de laisser le groupe s'emparer des enjeux proposés sous forme de plan d'étude. 

Résumé de la soirée : 

 1)    Si le présent demande à être « éclairé » c’est qu’il est, de nature, confus, obscur, problématique – ce qui est particulièrement évident pour notre présent actuel, plein d’incertitude et de risques. Est-il bien sensé de chercher dans le passé des solutions pour une situation qui ne ressemble à aucune que l’humanité ait affronté jusqu’à ce jour ?

 2)    Il faut bien distinguer la connaissance du passé de la réalité effective du passé. Que valent nos connaissances, ont elle quelque vérité, quelque objectivité, si toute connaissance est l’acte d’un sujet, ou de plusieurs sujets, eux–mêmes situés dans le temps, dans une réalité sociopolitique donnée, dans un espace mental par définition distinct du passé que l’on cherche à connaitre. Il semble pour le moins que toute connaissance de ce type est sujette à caution, frappée d’incertitude et marquée du sceau de la subjectivité – indépassable en dépit des protestations d’intégrité et d’honnêteté. C’est tout le problème de l’histoire.

 3)    Approfondissement : dans notre vision du passé nous avons une tendance spontanée à sélectionner des événements qui font sens, à les mythologiser, à les retravailler en fonction du présent, à des fins politiques et idéologiques (ex du 14 juillet, événement relativement anodin élevé à la dignité de fête nationale). Les faux souvenirs cohabitent avec les vrais oublis. L’histoire est un récit qui donne une fallacieuse identité, qui est vraie à  sa manière, mais d’une vérité non scientifique.

 4)    Pour autant on ne peut conclure à l’inanité de cette connaissance : on peut repérer des lignes de force, des constantes historiques, des cycles, des répétitions, à condition de ne pas gommer les différences et les nouveautés. L’histoire  se répète peut-être, mais en variant les circonstances, les formes, les modes d’apparition. Schopenhauer disait : eadem sed aliter : les mêmes choses mais autrement.

 5)    Le groupe, après la pause,  interroge plus spécifiquement le rapport entre la répétition et la nouveauté – ce qui est bien le cœur du sujet : comprendre le présent nécessite un effort d’intelligence ; on ne peut se contenter de plaquer les connaissances du passé, des schémas explicatifs plus ou moins opératoires sur la réalité mouvante et énigmatique du présent. Certains événements font rupture, ouvrant une ère nouvelle, même si la nouveauté n’est jamais totale, et que les structures du passé continuent de conditionner le présent. On évoque le rôle de l’imprimerie qui modifia le statut de la culture, de l’internet, des technosciences qui bouleversent les conditions économiques etc.

 6)    En fait le présent est un mélange confus de passé et de nouveauté, ce qui fait qu’il est difficile d’apprécier correctement l’effet de la nouveauté.  Il y a des rythmes rapides et des rythmes lents. On est extrêmement sensibles aux premiers qui dérangent en forçant à l’adaptation plus ou moins consentie, mais d’autres forces agissent en contrepoint, plus discrètes, mais qui ne doivent pas être sous-estimées : les révolutions qui ont voulu bannir l’ordre familial ont fini par le restaurer. Peut-être y a-t-il-lieu de rappeler l’expression forte de Jung : « le temps immense », qui relativise le temps rétréci de nos existences mortelles, et qui fournit peut-être une autre mesure, un autre Logos à notre intelligence.

 Pour Métaphores, GK

 

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13 février 2015

Résumé de l' Apéro-philo du 26/03/15 : passé, présent , avenir

Apero philo

            L'Apéro-philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 26 mars au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

 

"Si le passé conditionne le présent, avons-nous un avenir ?"

           

     "Qu'est-ce que le temps ?" s'interroge Augustin. "Si personne ne me le demande, je le sais ; dès qu'on me le demande, je ne sais plus". 

Le passé, le présent et le futur ont-ils une réalité ou ne sont-ils pas que des représentations ? Dès lors, la liaison supposée "conditionnante" entre le passé et le présent existe-t-elle vraiment ou n'est-elle pas qu'une fiction ? 
C'est en ce sens que Kant fait remarquer que le temps n'a pas d'existence en soi mais qu'il désigne, pour faire simple, un mode d'organisation de nos expériences. Le problème se pose alors de savoir si le conditionnement supposé est réel ou s'il n'est pas qu'une liaison artificielle construite par nos habitudes (Hume) ?  De la réponse à ces questions dépend la possibilité ou pas de se déprendre de ce qu'on appelle "passé". 

Pour Pascal, nous vivons dans des temps imaginaires, non pas parce que le passé conditionnerait le présent, mais parce que seul le présent est réel. Passé et futur ne seraient que des mots, que des fictions langagières qui seraient investies magiquement pour fuir le présent. "Seul le présent nous blesse", note-t-il dans les Pensées. Ainsi, de quoi serions-nous dépendants, sinon d'hallucinations sans rapport avec ce qui est. Mais comme toujours, les hallucinations produisent des effets dans le réel. C'est là que le travail éventuellement psychique peut commencer. 

Le travail psychique est une chose, l'analyse philosophique en est une autre. On ne peut passer au plan psychique que si le premier plan (philosophique) est d'abord éclairé, sans quoi on reste prisonnier du paradigme du psychologisme (qui risque fort de flatter la subjectivité des opinions et de les perdre dans leur "vécu"). 

L'articulation entre une réflexion sur le temps et la vie psychique se rencontrent ici, mais plus loin encore avec les enjeux existentiels qui fondent le sens de la question posée.     

Pour Métaphores, DK  

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