10 octobre 2018

Résumé Atelier-philo - 18/10/18 - Histoire et philosophie

Atelier-philo 2

Le prochain ATELIER PHILO, activité libre et gratuite, articulera PHILOSOPHIE et HISTOIRE. Il se tiendra en lieu et place de l'Apéro Philo, le jeudi 18 octobre à 18h45 au Dimanche à la Campagne.

 Nous recevrons Jean Bernard Delhom, professeur d'histoire, pour réfléchir ensemble sur le thème suivant :

"L'histoire peut-elle éclairer le présent ?"

Notre monde nous apparaît souvent opaque, obscur et incompréhensible, emporté par des mouvements imprévisibles, soumis à une accélération vertigineuse dans tous les domaines. Mais d'un autre côté, il existe des permanences, des résistances qui ne se comprennent que par référence au passé. L'histoire, cette mémoire des peuples, pourrait être convoquée pour tenter d'apporter des éclaircissements : en quoi les passé détermine-t-il le présent ? L'historien peut-il mieux que le profane, explorer les changements, y démêler ce qui est connaissable de ce qui semble échapper à toute connaissance et à toute prévision ? 

Résumé de la soirée :

En ouverture nous nous interrogeons sur le présent du monde qui ne laisse pas de nous étonner : mondialisation ou globalisation, gigantisme, complexité, interdépendance, accélération universelle – cette ère est-elle absolument nouvelle, faut-il parler d’une révolution anthropologique, ou bien peut-on y repérer des constantes, que l’historien, mieux qu’un autre, est capable de repérer ? Que nous apporte l’histoire pour éclairer le présent ?

Voici quelques traits saillants de la présentation de Jean Bernard :

Il faut se poser deux questions : l’utilité et la légitimité de l’histoire. Pour y répondre il faut considérer d’abord l’objet de l’Histoire.

C’est le passé humain. Mais ce passé, par définition, n’est plus, pas plus qu’il n’est reproductible. Pourtant il a laissé des traces, des « monuments »  de toutes sortes : écrits, monnaies, temples, vestiges etc . Ce qui fait que le passé est d’une certaine manière présent, encore qu’il faille repérer cette présence : il faut un certain type de regard pour déceler les traces, les faire entrer dans une question, les faire « parler ». L’objet historique n’est pas donné comme tel, il est construit. On pourrait faire un parallèle avec la méthode expérimentale : construction du problème, hypothèse, vérification –  sauf qu’aucune expérimentation n’est possible, et que les preuves, s’il y en a, restent conjecturales.

L’histoire est un va et vient entre le présent et le passé. Elle s’écrit au présent, en créant des mises en perspectives du passé, y repérant des chronologies, des périodicités, des époques-charnières, des temps de crise, des mutations et des régularités. Il en résulte nécessairement que l’histoire n’est jamais close, qu’elle supporte et encourage la diversité des analyses et des jugements, et qu’en somme on peut toujours reprendre l’histoire faite pour la contester, la renouveler.   Il ne faudrait pas en conclure que l’histoire est inutile : si le savoir qu’elle délivre est incertain elle a l’immense mérite de nous révéler notre passé, proche ou lointain, de délivrer un récit (« un roman vrai » ?) qui nous permet de nous situer dans la continuité des temps.

Il resterait à s’interroger sur la position singulière de l’historien, homme du présent qui interroge le passé : que cherche-t-il donc à savoir qu’il ne trouve pas dans le spectacle du présent ?

 

La première partie du débat portera sur les attentes et les déceptions relatives à l’histoire. « L’histoire ne sert à rien, elle ne nous dit rien sur le présent » D’autres relèvent le fait que nous sommes doués de mémoire, et que d’une manière ou d’une autre l’histoire continue à agir sur nous ou à travers nous. Sommes-nous agis ou agissants ? On relève aussi le fait que nous jouissons de certains acquis fondamentaux : droit, Etat, sécurité etc que nous devons à l’histoire. Mais le débat ne cesse de basculer entre deux définitions de l’histoire : tantôt la science historique, tantôt l’Histoire, la marche générale de l’humanité. La clarification, qui eût été indispensable, ne se fait pas vraiment.

En seconde période on revient plus résolument à la question initiale : l’histoire éclaire-t-elle le présent ? Notre époque présente est-elle marquée par une nouveauté radicale ou bien peut-on, malgré tout, y repérer des constantes ? On remarque d’abord la pérennité de certaines institutions, qui peuvent bien changer dans la forme mais conserver l’essentiel de leurs fonctions : le mariage, le pouvoir politique par ex. « La même chose mais autrement », selon le mot de Schopenhauer. Ensuite on relève l’invariant anthropologique : les mêmes passions, indéracinables, toujours à l’œuvre, quelques soient par ailleurs les structures et les formes de la société. Puis le conditionnement qui vient du génotype : la biologie des instincts, pulsions etc

La soirée s’achève sur une question épineuse : la connaissance du passé permet-elle d’éviter la répétition, notamment des conflits qui ont dévasté le monde ? On se demandera si la connaissance parvient à descendre si profond dans l’âme humaine ou si elle n’apparaît pas souvent comme l’écume agitée à la surface des flots.

-        Encore merci à Jean Bernard pour ses précieuses contributions.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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29 avril 2017

Résumé Manhattan-Philo 7/06/17 : Le hasard

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de juin s'est tenu le merecredi 07 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Qu'est-ce qu'être courageux ? 

Sujet 2 :  Le hasard fait-il bien les choses ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?
Le sujet choisi fut :

Le hasard fait-il bien les choses ?

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Résumé :

Pour ce quatrième Manhattan-philo, le public a choisi de réfléchir au sujet suivant : « Le hasard fait-il bien les choses ? ».

J’introduis tout d’abord le sujet. Il existe en effet une expression populaire selon laquelle : « le hasard fait bien les choses ». On peut se demander si ce n’est qu’un dicton sans intérêt, ou bien s’il y a derrière une intuition méritant d’être éclaircie. A première vue, l’idée selon laquelle le hasard pourrait introduire une perfection dans les choses est étrange, puisque s’il y a une disposition harmonieuse, c’est qu’il y a une intelligence. Mais d’un autre côté, l’idée que l’homme est apparu par hasard, ou encore qu’il y a de l’indétermination dans l’univers, est une idée courante. Ou encore, le tirage au sort peut être utilisé pour régler des conflits ou distribuer des postes. Enfin, la rencontre amoureuse peut être laissée au hasard ou bien provoquée par des sites de rencontre, et il semble que le hasard possède un charme supplémentaire. Qu’en est-il donc ? Le hasard fait-il bien les choses ou non ?

Le public se saisit alors de la parole et une première remarque est faite : il n’est pas sûr que le hasard puisse « faire » les choses. En effet, le hasard est-il une cause ?

Puis, le thème de la rencontre amoureuse donne lieu à un débat animé. La rencontre amoureuse, pour l’un, n’est rien d’autre que l’effet de processus physico-chimiques, en un mot des phéromones. Rien à voir, donc, avec le hasard. Pour l’autre, il faut bien distinguer le hasard physique du hasard de la rencontre, qui implique ici une disponibilité de la personne à la nouveauté. Rien à voir, donc, avec des processus physico-chimiques.

Cette opposition entre déterminisme et hasard va ensuite animer la réflexion collective. Faut-il penser l’univers, l’homme y compris, comme un ensemble de phénomènes déterminés matériellement ? Ceci semble renvoyer au déterminisme du 19ème, au positivisme notamment, dont nous sommes heureusement sortis, remarque quelqu’un. En effet, la science contemporaine admet une indétermination des phénomènes, comme on peut le voir en biologie ou en physique quantique.
Jacques Monod, prix nobel de médecine (1965) illustre bien cette position dans son ouvrage « le hasard et la nécessité ».

Le hasard semble dés lors une problématique contemporaine. Pour l’un, c’est une problématique redoublée par l’absence de transcendance qui caractérise la modernité. Laissés seuls dans un monde sans sens, l’homme se lit comme le fruit du hasard. Pour un autre, il n’est pas sûr que le hasard soit une problématique si contemporaine. Les épicuriens, déjà, envisageaient l’idée que les atomes puissent dériver spontanément de leur trajectoire, introduisant ainsi la contingence dans la nature. Lucrèce nous apprend cette notion en la nommant « clinamen ».

Est interrogée aussi la volonté de tout expliquer. Dire qu’il y a du hasard, n’est-ce pas plus humble ? Mais d’un autre côté, remarque un autre, le hasard peut aussi être une solution de facilité, qui permet de se sortir des difficultés sans justement rien expliquer du tout.

La définition du hasard est alors creusée. Il conviendrait, dit quelqu’un, de bien distinguer le hasard physique, qui n’est que la rencontre de séries causales indépendantes (thèse de Cournot), la fortune, qui renvoie au sort, pouvant être bon ou mauvais, et enfin le hasard fondamental, qui renvoie à ce réel qui, bien que pensé, reste inconnu.

Pour la seconde partie de la soirée, je propose de revenir sur un problème concret, celui de l’usage du tirage au sort dans la société, à des fins diverses. Le hasard peut-il introduire de la justice ?

Le public préfère tout d’abord penser le problème du rapport entre hasard et liberté. Le hasard, pour quelqu’un, nie en fait la liberté, au sens où on a pas de visibilité sur nos choix. Le concept de Providence s’associe avec celui de liberté individuelle – c’est pourtant un redoutable problème métaphysique – mais pas celui de hasard. Cette idée n’est pas partagée par un autre, qui insiste au contraire sur le fait que le hasard n’empêche pas une liberté de choix, au sens où on peut intégrer le hasard dans nos choix.

Nous revenons enfin à la question du tirage au sort. Si les jurés sont tirés au sort, c’est pour empêcher la partialité, dit l’un. Ou encore, si on tire au sort pour régler des problèmes de répartition de postes – ou de places à l’université – c’est pour se décharger de la responsabilité d’avoir à trancher, remarque un autre.

Le hasard semble aussi être juste au sens où ne pas vouloir de hasard dans la société, c’est justement la marque du totalitarisme. Mais naître dans une famille aisée plutôt que dans une famille pauvre, ce qui est un effet du hasard, est-ce injuste ? La question n’est pas traitée plus en profondeur, mais on perçoit qu’il s’y joue quelque chose d’important.

Le hasard, en fin de compte, nous rend tous égaux, remarque quelqu’un. Car nous sommes égaux devant le hasard, au sens où nous n’avons pas de puissance sur lui, pas plus que sur la mort. Le hasard et la mort seraient ainsi les deux facteurs d’égalité entre les hommes.

Plusieurs remarques sont ainsi faites sur l’expérience du hasard, comme expérience fondamentale, mais qui ne donne pas lieu aux mêmes réactions chez les hommes. Certains souhaitant le contrôler, d’autres l’acceptant. Ainsi, une personne remarque qu’avec la fécondation in vitro, et peut-être bientôt une emprise plus grande sur le mécanisme génétique, il y a une volonté de maitriser un processus normalement laissé au hasard. Est-ce une bonne chose que cette volonté de contrôle ?

En conclusion, il me semble que lors de cette soirée riche, qui aura vu des personnes d’âges et d’horizons variés se réunir pour réfléchir à cette question difficile du hasard, quelques résultats sont à noter. D’abord, que le hasard n’est pas une cause mais plutôt une incapacité fondamentale à décrypter la causalité, et donc une situation d’ignorance. Si le hasard fait bien les choses, c’est que nous sommes disponibles pour accepter la nouveauté et non parce que nous nous laissons porter par le sort. Enfin, le hasard peut provoquer deux réactions : une volonté de contrôle, ou encore une acceptation, et c’est dés lors un problème éthique de savoir ce que nous devons faire. 

Pour Métaphores,

Timothée Coyras

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