05 janvier 2019

Résumé - Atelier-philo - 30/01/19 - Blaise Pascal, penseur des limites

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de janvier s'est tenu le 30 à 18h45 au Dimanche à la campagne (Pau) autour du sujet suivant :

Les limites de la condition humaine

 

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"De Blaise Pascal, penseur, écrivain, savant et inventeur autant protéiforme que génial du XVIIè Siècle, nous avons gardé en mémoire quelques formules devenues des adages célèbres : "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas", "vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà", c'est comme une "seconde nature", etc. Du savant, on retient souvent la première machine à calculer (la pascaline conçue à 19 ans, réalisée à 22 ans), ses recherches sur le vide en physique et sur l'infini en mathématiques, avec toutes les conséquences imaginables qu'elles ont entraînées. De l'homme de foi, on retient aussi son fameux "pari" et ses réflexions sur les limites de la raison : "Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison" note-t-il dans les Pensées.
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Par ailleurs, Blaise Pascal est aussi un penseur singulier de l'existence dont l'approche est parfois qualifiée de tragique. En effet, les hommes s'appliqueraient à se détourner de leur condition, à se masquer leurs propres limites et leur place au sein d'un univers infini. C'est entre autres choses sur ces points que nous nous interrogerons en présentant d'abord quelques aspects saillants de sa pensée, puis en débattant sur quelques orientations proposées au public." DP
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         La soirée fut animée par David Pourille, philosophe de formation, président de l'association Métaphores ; une lecture et un commentaire littéraire d'un passage des Pensées furent proposés par Janine Delaitre (professeure agrégée, animatrice du cercle littéraire). 
Résumé de la soirée :

Pascal, penseur des limites et de la condition humaine

En résumé, Blaise Pascal est un mathématicien et un physicien qui à l’issue d’une conversion spirituelle a cherché à « rendre aimable » la religion chrétienne dans une œuvre inachevée que l’on a intitulé les Pensées. Chrétien qui ne défend ni n’admet aucune preuve de l’existence de Dieu, il cherche les traces d’un Dieu caché. Sa pensée s’origine dans son époque : Montaigne, Descartes, l’influence de Saint Augustin et surtout, les mathématiques et la révolution scientifique ouverte par Galileo Galilée. Cette pensée se développe selon trois ordres (la chair soit le monde, l’esprit soit la science, et la charité soit la vie spirituelle) et c’est l’examen du premier ordre qui dessine, scrute, « désembrouille » la condition humaine.

Voici donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominé par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination, il les prend pour des vérités ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient, écartant le reste. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité ? Son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres « comme » pour se « venger » d’avoir été mis à découvert ; c’est pourquoi il est haïssable. Enfin, le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

Reste-t-il une possibilité de bonheur, introuvable dans le premier ordre, dans le second ? La philosophie, l’antique du moins, n’invitait-elle pas à accéder à la sagesse ou au bonheur grâce à la connaissance ? Là encore, il n’y a pas de faux espoir à poursuivre. La raison peut chercher à embrasser l’univers, le Tout ; elle peut vouloir se faire juge de tout, elle est engloutie par l’infiniment grand et l’infiniment petit. On ne peut accéder qu’à des « régions » toutes relatives de savoir ; nulle vérité absolue et définitive. Et il n’existe pas de premiers principes sur lesquels se fonder : « tout craque ».

Reste-t-il à se réfugier en Dieu ? A y trouver tout le réconfort pour une conscience qui perce les illusions de la condition humaine et des ambitions inaccessibles du savoir humain ? Ni les preuves (impossibles) de l’existence de Dieu, ni un Pari (souvent mal compris) sur son existence ne conduisent à lui. « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Blaise Pascal ne développe pas de théologie. Il veut conduire à Dieu par une conversion du cœur, sans certitude que l’on y parvienne.

Une manière de penser de Blaise Pascal.

Sans souci ni désir de système, Blaise Pascal organise ses réflexions, constats et critiques selon trois ordres : l’ordre de la chair, l’ordre de l’esprit et l’ordre de la charité. Au premier, qui correspondrait à notre vie pratique, en société, il associe les gens de pouvoir, d’action ; celui-ci est dominé par la concupiscence, ou la libido sentiendi, le désir de sentir, posséder et jouir. Au second qui correspondrait à la vie intellectuelle et surtout scientifique, il associe les curieux et les savants ; celui-ci est dominé par une autre libido, - sciendi, le désir de savoir. Au troisième qui correspondrait à la vie spirituelle ou religieuse, mais aussi à la vie affective, il associe les sages et les orgueilleux ; celui-ci est dominé par une troisième concupiscence, la libido dominandi, le désir de dominer.

 La condition humaine selon Blaise Pascal

Ceux sont donc les trois libidos qui dominent nos vies, et c’est tout ce premier ordre qui dessine la condition humaine. Car en chrétien largement inspiré par l’augustinisme (du théologien Saint Augustin d’Hippone), il considère que l’Homme (et donc la Femme aussi…) a chuté, il est tombé de son lieu originel : soit la proximité avec Dieu (métaphoriquement ou mythologiquement intitulé « Jardin d’Eden ») ; et considère qu’il vit depuis sous le pouvoir des concupiscences (les trois libidos). « La concupiscence et la force sont la source de toutes nos actions ».

L’homme veut posséder et s’approprier sans légitimité les choses : « Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants. « C’est là ma place au soleil. » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre ». Cette usurpation est sans doute le fruit de notre imagination car nous nous attachons comme des dupes aux symboles que nous créons, aux signes extérieurs de richesse ou de puissance, aux costumes, aux uniformes, etc. : « C’est cette partie dominante de l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge. Superbe puissance ennemie de la raison. (…) Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? ».

A cette imagination s’ajoute la volonté qui domine l’esprit ; il s’agit ici de ce que la psychologie cognitive appelle aujourd’hui les biais de confirmation : « Les choses sont vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté qui se plaît à l’une plus qu’à l’autre détourne l’esprit de considérer les qualités ce qu’elle n’aime pas voir ».

Nous allons jusqu’à nous attacher à l’inessentiel, écartant l’essentiel. De plus, nous sommes détournés, non par des forces extérieures, mais par nous-mêmes. Détourner de quoi ? De notre propre condition. Nous vivons dans le divertissement, et nous ne pouvons pas l’éviter. C’est l’un des thèmes majeur et transversal des Pensées : « Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui constitue dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près ».

Plus qu’une occultation des choses tristes, de faits attristants, de l’issue de la vie qu’est la mort, par des occupations multiples, par nos divertissements, c’est toute la condition de mortel dont on veut se détourner par le divertissement. Car l’homme est misérable, même s’il est grand de se connaître misérable, de connaître sa misère par la pensée qui fait sa grandeur. La condition humaine se caractérise ainsi : un homme mu par ses désirs, dominé par son imagination et ses affects (la volonté), se détournant de cette condition par les divertissements, incapable de se tenir au présent. Il s’ennuie, c’est-à-dire, au sens en usage au 17ème siècle, s’angoisse, se ronge douloureusement. « Rien n’est insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir ».

Mais que reste-t-il de moi ? du moi ? - Le moi est haïssable, car il se fait centre de tout et veut asservir les autres. C’est un tyran. Il est plein de haine pour les vérités qui le blessent. Il veut se faire aimer et pour cela il couvre ses défauts aux autres. « Le moi est haïssable. (…) En un mot le moi a deux qualités. Il est injuste en soi en ce qu’il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres en ce qu’il les veut asservir, car chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ».

Et le corps social ? Le corps Politique ? Ne peut-on pas trouver un point de vérité dans la coexistence sociale ? - Le Politique est le règne de la force et non de la justice, de la domination et non de l’équité, de l’arbitraire et non du raisonnable, etc. « Il est nécessaire qu’il y ait de l’inégalité parmi les hommes. Cela est vrai, mais cela étant accordé, voilà la porte ouverte non seulement à la plus haute domination, mais à la plus haute tyrannie ». La tyrannie est la tendance à sortir de son ordre et à dominer, en usant le plus souvent de la force.

Existe-t-il au moins une justice ? - Non, c’est la force qui domine. « La justice sans force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».

Voilà donc ce premier ordre, celui de la condition humaine : l’homme, dominés par ses libidos (désirs de sensation, de curiosité et de domination), adhère aux produits de son imagination ; et lorsqu’il pense, tourne son regard vers les choses, il ne cherche que ce qui lui convient. Incapable de vivre en repos, au présent, il se divertit afin de ne pas penser à sa condition « misérable » de mortel. Sa contingence, ses limites, sa vulnérabilité, son moi cherche à les écarter, les cacher aux autres comme à lui-même. Et ce moi ira jusqu’à tyranniser les autres ; c’est pourquoi il est haïssable. Le corps politique auquel il appartient est aussi un « embrouillement » de faux-semblants où règne la force plus que la justice.

 La condition humaine ne trouve pas de refuge dans le savoir ou la connaissance.

Que pourra nous apporter le deuxième ordre, celui de la connaissance (l’esprit) ? Rien de plus stable, rien de plus clair et distinct.

La lecture roborative du fragment Disproportion de l’homme, par l’animatrice de notre Cercle Littéraire, Janine, et son analyse littéraire limpide a souligné que le fond de pensée s’accordait à la forme du style. Car si Blaise Pascal ne doute pas absolument des connaissances humaines (il est mathématicien et physicien), il en pose les limites. Nous sommes entre deux infinis : l’infiniment grand et l’infiniment petit. Effroyable condition oscillante. La raison n’y trouve qu’une place moyenne, instable, entre deux abîmes qui la dépassent et qui en modèrent les ambitions. Si Blaise Pascal est un mathématicien innovant, il cerne le caractère conventionnel et non nécessaire des mathématiques. Si Blaise Pascal est un physicien pionnier, il n’affirme aucune loi physique globale de la nature ni ne pose des fondements indubitables. Et si Blaise Pascal s’enquiert de Dieu, il ne développe pas de théologie, c’est-à-dire de discours rationnel et démonstratif sur Dieu.

 Dieu n’est pas l’issue immédiate de la condition humaine.

On pourrait imaginer qu’à l’issue d’un tel portrait de la condition humaine, Dieu ou la religion en général soient le refuge idéal d’une conscience malheureuse, cherchant le bonheur et la vérité partout et ne les trouvant nulle part. Mais Dieu est inconnaissable et indémontrable ; ce qui rend le refuge peu vraisemblable. Il est inconnaissable car il n’a ni étendue ni borne, alors que nous sommes dans l’étendue (c’est-à-dire l’espace) et que nous avons des limites. Et l’on ne peut accéder à Dieu ni spontanément ni par la raison. Blaise Pascal propose néanmoins deux voies : la lecture « déchiffrée » du Nouveau Testament et la conversion du cœur. Car « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Mais là encore, il n’y a aucune certitude de trouver le salut. 

Le débat :

Comme souvent durant les ateliers, la longueur de la présentation de l’auteur et du thème a réduit le temps du débat. Avant la pause, le public a cherché à repréciser et clarifier certaines approches pascaliennes, comme le Divertissement. Face à cette pensée pascalienne « tragique », on préfère la diversion plutôt heureuse ou au moins plus gaie de Montaigne au divertissement de Pascal. Après la pause, plusieurs pistes sont abordées et c’est la question de Dieu et de la foi qui domine le débat. Dieu serait "une hallucination sonore" (Cioran), un idéal pour échapper à l’ennui, l’objet d’une recherche de perfection. Pour conclure, il faut revenir sur le soi-disant pessimisme de Pascal, auquel l’auteur de ces lignes et animateur du débat préfère le terme plus neutre de lucidité. Blaise Pascal serait un pessimiste s’il s’apitoyait sur cette condition insupportable de l’homme, s’il nous invitait à partager voire à développer les affects tristes qu’il met à jour (tristesse, ennui, chagrin, etc.). Or c’est l’inverse car si ces affects sont le lot de la condition humaine, celle-ci ne s’y réduit pas. Car enfin, comme l’a suggéré un participant, pourquoi faudrait-il s’accabler du fait qu’il y ait deux infinis et que la vie ne dure pas éternellement ?

Nous remercions vivement Janine Delaitre pour sa contribution active et éclairante.

Pour Métaphores, David pourille

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15 octobre 2018

Résumé Bedous-café-philo - 10/11/18 - La beauté peut-elle nous sauver ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 10 novembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé et traité fut : 

 Le beauté peut-elle nous sauver ?

Résumé de la soirée : 

C’est Dostoievski dans L’Idiot qui fait dire au prince Michtine que “ la beauté sauvera le monde “. Mais de quoi aurait-elle à nous sauver ? et qu’est-ce que la beauté ? Quelle est cette expérience qui semble se distinguer de toute autre, nous laissant à notre contemplation  sans que nous puissions expliquer ce qui se passe. Si nous prenons un tableau comme “ l’enterrement à Ornans “ de G.Courbet, on peut m’expliquer qu’il est l’acte de naissance du réalisme et me dire pourquoi ; ce n’est pas pour cela que je ressentirai quelque chose alors qu’il n’en sera pas de même devant une oeuvre dont je n’ai jamais entendu parler. Nous pouvons alors nous demander ce que nous dit la beauté et à quoi parle-t-elle en nous ? Est-elle la promesse de quelque chose ?
 
    La première remarque qui vient à l’esprit est que la beauté ne semble rien à voir avec la raison . Nous sommes libres  face à ce ressenti et on n’a pas ici à avoir raison ou pas. C’est peut-être ce qui explique le besoin , comme s’il s’agissait de s’inventer une utopie. Cependant, on se demande quel est le sens du sujet. Cette idée de sauver l’homme semble étrange mais on remarque un paradoxe : pour l’un des intervenants , l’homme semble avoir besoin du beau (il nous fait du bien) et c’est comme si pourtant, nous étions entourés de choses laides(architecture des villes) et que nous l’acceptions. c’est comme si il y avait, en même temps, un refus de la beauté( un oubli ?) et que le beau n’arrivait pas à fédérer.
 
    On se demande alors ce qu’est le beau, qu’est-ce qui est beau ? Un idéal peut-il être beau  ? la lumière d’un raisonnement quand il nous amène à la compréhension ? Quel sens donner à l’expression “une belle personne” ou encore “une belle vie “ ? Et pourquoi certains vont trouver des choses belles et pas d’autres ? Quelqu’un observe alors que l’expérience esthétique a à voir avec l’émotion et que tant qu’on a des émotions, on peut prendre l’autre en compte et donc on peut vouloir sauver le monde ? Certes , mais si la beauté élève, l’émotion, elle, peut ne pas le faire...
Une idée semble partagée par tout le monde, l’expérience de la beauté bouscule les codes normatifs et nous interpelle quand nous sommes capables de la voir. Peut-être alors qu’elle peut être présente sans que nous la voyons et il faut envisager que l’on puisse se re-sensibiliser à la beauté.  L’expérience de la beauté serait alors une posture pas ordinaire par rapport à quelque chose qui le serait tout autant(extra-ordinaire). De même, l’expression “ une belle personne”  peut vouloir signifier ce qui nous tient et nous fait vivre et qui se montre dans cet être qui sort du lot. En ce sens ,elle nous révèlerait quelque chose, s’imposant à nous, nous surprenant sans que nous l’attendions. Mais que vient-elle alors nous révéler ?
 
 
       Elle nous prend comme par surprise, comme par magie( on oublie tout un instant) et ce , même si on se prédispose à la rencontrer quand on va dans un musée par exemple, Le Louvre étant vu par un des participants comme un temple. Il est alors noté que c’est un espace ouvert en nous qui permet cela et elle nous montre que nous sommes vivants en nous rappelant à notre humanité par l’effet qu’elle suscite, nous rassurant sur la nature humaine. Elle nous dit qu’elle n’est pas que mauvaise, quelle peut faire autrement que ce qui est. Cela est d’autant plus surprenant que nous ne savons pas pourquoi et c’est peut-être cela qui provoque cet effet, comme devant une merveille de la nature que personne n’a fait et qui cependant nous fait nous arrêter. Elle nous déstabilise dans notre façon d’être sur  l’instant et quelqu’un remarque alors qu’elle nous met hors du temps, comme si ce dernier semblait s’arrêter, ce qu’on appelle éternité.
 
   Quelqu’un revient alors sur  l’idée d’émerveillement et de magie et se demande à nouveau ce que cela touche en nous. Elle nous nourrit parce qu’elle a à voir avec la part spirituelle de l’homme et elle serait ce qui transcende la vie.Elle est alors comparée à un nettoyeur d’écran qui nous permettrait de voir autre chose ou autrement et si elle nous met en arrêt et nous hypnotise, c’est quelle touche au sacré (sans être religieux), à un mot qu’on n’utilise plus vraiment aujourd’hui, l’âme dont quelqu’un remarque qu’il fait penser à un autre mot, l’amour.On se demande alors si il y a du divin dans la beauté et si ce n’est pas cela qui nous ferait comme sortir de notre condition d’humains, comme une puissance qui nous appellerait à devenir autre ou plus, sur-hommes. L’homme est cet être incomplet qui trouverait dans cette expérience quelque chose, lui donnant étrangement l’impression qu’il a perdu quelque chose. Elle nous rappellerait notre aptitude à transformer, à transcender.
 
   A ce moment là, on remarque que parfois, face à une oeuvre, nous pouvons penser à celui qui l’a faite comme si elle pouvait faire lien, dépassant le cadre spatio-temporel. Il est aussi dit que peut-être, il y a du commun dans la beauté, comme une sensibilité commune, qui existerait  dans tous les peuples(ce qui nous lie à eux) et cela pourrait aider à rapprocher les hommes. C’est cette expérience partagée, cette universalité qui nous ferait nous rejoindre et pourrait alors  peut-être nous sauver.
 
   Enfin, revenant sur cette idée qu’elle dépend de notre capacité à la voir et des conditions requises,  quelqu’un se demande si elle ne doit pas être exceptionnelle. La verrait-on sinon encore? C’est parce qu’il y a de l’ombre que l’on voit la lumière. Cela fait penser à un poème de Garcia Lorca , dans lequel deux hommes sont sur un bateau; l’un dit : “ c’est beau !”, l’autre répond: “ j’ai faim”. Si elle nous appelle à une gratuité, comme quelque chose qui s’offre à nous, ostensiblement présente,  il faut alors donner la possibilité de la voir. Il n’est pas certain qu’elle puisse nous sauver( individuellement peut-être) mais en nous rappelant que nous pouvons avoir un rapport au monde libéré des préoccupations utilitaires, elle  peut nous faire entrevoir simplement la possibilité d’un salut. Parce qu’elle dit notre capacité à être encore étonnés, à prendre le temps, à accueillir l’inexplicable et parce qu’elle dévoile cette aspiration de l’humain au spirituel, il faudrait alors être plus vigilants face aux enfants et jeunes gens qui y sont sensibles. Elle serait un appel à autre chose(dépassement de soi) et c’est  vers cela qu’elle fait signe.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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05 novembre 2016

Résumé Café-philo du 13/12/16 - Du désir sans objet ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de décembre s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au café Le Matisse (clic) à Pau (17 rue Lalanne, face au musée des Beaux-Arts). Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Un désir sans objet est-il concevable ?

Résumé :

 1) Spontanément le désir se spécifie par l'objet : désir de...et la société contemporaine n'est pas en reste pour fournir d'innombrables objets à convoiter, dans le jeu infini d'un miroitement sans précédent dans l'histoire. Société de l'Objet pourrait-on dire. Mais à un niveau plus profond le même problème surgit : je désire être aimé, être reconnu, admiré - autant d'objets", immatériels, imaginaires ou symboliques. Ou bien je désire l'amour de ma partenaire, je désire son désir. Toujours on désire "quelque chose", alors même que nous savons pas au juste ce que nous désirons, au delà de l'objet identifiable et nommable. Le désir ouvre sur un espace infini, que rien ne semble pouvoir combler. C'est du moins l'approche classique de la question. Le sujet, à l'inverse nous propose une direction insolite : un désir qui ne se suspend pas à la représentation d'un objet, qui ne se définit pas par lui, qui l'excède ou le précède.

 2 ) Première proposition : le désir naît d'un manque, s'élance vers un objet supposé apte à combler ce manque de manière à obtenir la satisfaction. On se demandera toutefois si cette position ne rabat pas le désir sur le besoin : la soif, la faim etc qui, en effet, relèvent de cette analyse. Mais le désir n'est pas le besoin. L'objet du désir est moins circonscrit, moins immédiatement naturel, plus fluctuant, mobile et quasi indéfinissable. De plus il se déplace constamment (métonymie) ce qui crée une sorte de "folie" du désir dont se moquaient les auteurs de l' Antiquité : insatisfaction, démesure, errance, pusillanimité. Le sage se définissait par l'aptitude à se tempérer, donc à contrôler la mécanique du désir.

 3) Pour avancer il apparaît nécessaire de préciser ce qu'on entend par désir, même si chacun voit fort bien de quoi on parle : certains proposent une définition élargie, moins psychologique. Elan vital, force vitale, énergie de vie, effort pour persévérer dans son être, mouvement : le désir serait la manifestation spontanée de l'énergie, dont le défaut entraîne la stase dépressive. Vivre et désirer seraient quasiment synonymes. Selon cette perspective le désir ne naîtrait pas de la fascination de l'objet, mais serait en quelque sorte antérieur, principiel, bien qu'invisible, et se manifesterait clairement lors de la rencontre de l'objet. Spinoza : " ce n'est pas parce qu'une chose est belle que je la désire, mais c'est parce que je la désire qu'elle est belle". Je suis désirant de par ma nature d'homme, et ce désir se manifeste en créant le désirable, selon la logique seconde d'un "kairos" - l'occasion favorable, la bonne rencontre.

 4) Plusieurs personnes insistent sur le fait que le désir ne consiste pas seulement à cueillir les beaux objets offerts par la nature ou la société, mais bien davantage dans la capacité de créer ce qui n'existe pas encore - ce qui tendrait à prouver une antériorité du désir sur l'objet. C'est la logique de l'art, au sens étendu du terme. comme si l'homme ne pouvait se satisfaire de ce qui est et qu'il exprime davantage son essence en créant ce qui n'est pas encore : homo faber, homo estheticus. C'est aussi le cas des grandes réalisations culturelles qui font jaillir de nouvelles images et pensées de par le monde. L'objet n'est pas donné, il est toujours à venir...

Café-philo du 13 12 16

 5) Suit un débat sur la difficulté d'obtenir une véritable satisfaction : que d'objets décevants ! Que d'objets si vite obsolètes ! Même dans l'activité artistique, si pleine, si intense, si expressive  comment ne pas expérimenter une forme de "ratage fécond" qui n'est pas exactement un échec, mais une sorte d'impossibilité structurelle : même dans l'oeuvre la plus belle il reste "un quelque chose" qui n'est pas dit, ou mal dit - qui nécessite la relance, et une autre oeuvre, à l'infini. Cette inadéquation semble constitutive, non seulement de l'oeuvre d'art, mais de l'existence humaine en tant que telle. L'objet fascine et se dérobe : vertige du désir.

 6) "Cet obscur objet du désir " - obscur parce qu'il n'y a pas de science du désir, pas de savoir concluant et décisif, ce que chacun peut découvrir en soi-même, pour peu qu'il accepte de s'observer lui-même. Le désir vient et part, et revient, furet indéfiniment déplacé. On peut décider de courir à l'infini, et comme Don Giovanni dans Mozart, accumuler les conquêtes, ou les échecs. On peut aussi prendre acte de cette béance structurelle, la considérer comme définitive et sans remède, et de là, réduire les désirs, désidéaliser les objets et opter pour une certaine simplicité : "non plus quam minimum" (Lucrèce) mais de ce minimum faire oeuvre de beauté.

 7) L'objet est-il cause du désir ? Ce n'est pas si sûr. Peut-être n'est-il que le support plus ou moins illusoire d'une démarche de vivre et de créer qui elle n'est pas illusoire. 

Pour Métaphores,

Guy Karl

 

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18 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 22/10/15 : L'image

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre, ouverte à tous et gratuite) se tiendra le jeudi 22 octobre 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

L'image : déguisement ou dévoilement ?

Les images sont partout, hors de nous et en nous. Il serait judicieux de réfléchir sur leur statut quant à la vérité. On se plaint souvent de ce qu'elles soient trompeuses, falsifiées, comme s'il existait une image vraie, une réplique parfaite de la réalité, doublure sans falsification. C'est oublier que l'image est construite, "imaginée" ou "imagée", et qu' à ce titre, elle renvoie autant au sujet qu'à l'objet. Qui fait l'image, quelle image, et à quelles fins? Réalité sociale et politique, mais aussi psychologique et morale, l'image, vilipendée ou glorifiée, masque-t-elle une autre réalité, et laquelle ? - ou bien n'est-elle qu'un élément, parmi d'autres de l'mmense jeu de dupes qu'est la tragi-comédie humaine ?

Résumé de la soirée : 

1)   Les images sont partout, hors de nous et en nous, plaisantes ou déplaisantes, foisonnantes, parfois envahissantes. Elles nous séduisent ou nous irritent. Elles viennent redoubler la réalité d’un réseau inextricable de formes, d’apparences, d’ombre et de lumière dont on peut se demander s’il dissimule la réalité, ou s’il la révèle.

2)   L’étymologie insiste sur cette notion de redoublement : imago c’est le portrait, supposé copier l’original. Eikôn, en grec, « l’icône », c’est l’image semblable, alors que l’eidolôn, l’idole, serait une image trompeuse. Toujours insiste cette référence à un original, une réalité préalable, antérieure, dont l’image rend compte, fidèlement ou infidèlement. Toute la question est de savoir si la fonction de l‘image est d’opérer cette référence à la réalité, ou si, tout au contraire, elle peut s’en abstraire pour valoir en soi et pour soi.

3)   L’image est-elle un décalque de la perception ? La perception nous révèle un monde présent et actuel, évident  dans son apparaître, incontestable. L’image témoigne de l’absence : si elle est présente à l’esprit, son contenu, sa « matière » est « irréelle ». Imaginer Pierre c’est admettre que Pierre n’est pas là, sinon je le percevrais comme présent. Il y a dans l’image un paradoxe de présence-absence, qui en fait le charme ambigu.

4)   Pourquoi aimons-nous les images ? Quelle est leur fonction ? Faire une trace de ce qui fut, témoigner d’une histoire, de la présence absente d’un sacré (la statuaire, les peintures rupestres etc). Figer le mouvement, révéler, manifester – on songe aux rites religieux accompagnés d’images, d’effigies, aux processions.

5)   Le débat s’oriente alors vers la question de l’interprétation, suite à la présentation d’images-photos d’Isabelle Flexer : images sans référence, sans analogie, dit-elle, avec la réalité extérieure, images libres et inventives, pour lesquelles aucune signification ne s’impose, et dont le spectateur disposera en toute liberté. Nous remarquons alors que nous sommes spontanément portés à chercher une forme, à identifier, voire à nommer ce qui nous apparaît, bref à revenir à l’interprétation, alors que l’œuvre nous invitait à nous en affranchir. La tendance à rechercher la référence en deçà de l’image semble quasi invincible. Et pourtant !

6)   « Le cerveau  horreur du vide »  dit quelqu’un. Remarque précieuse : nous percevons, nous imaginons, nous nous souvenons, nous peuplons notre psyché d’images, Pascal dirait : nous nous divertissons. Et  notre époque est d’une extraordinaire inventivité en ce domaine.  La fin du débat porte sur le problème de la manipulation médiatique, sur la question de savoir si l’on peut être libre dans un tel monde : problème politique et éthique. Déguisement, déformation, sélection outrancière, ou bien éveil des consciences, dévoilement, voire vérité, les avis sont partagés.

7)   Reste la question de fond, un peu oubliée en cours de route : faut-il référer l’image à un « quelque chose » qui la précède, et alors se pose en effet la question du déguisement et du dévoilement – ou bien l’image est-elle un réalité en soi et pour soi, dégagée de toute référence, forme parmi d’autres d’un « apparaître » aux mille visages, dont il n’ y a pas lieu de s’inquiéter en termes de vérité ou de fausseté.

8)   Permettez-moi un petit apologue personnel (hors débat) : Timon, élève de Pyrrhon, disait : « l’apparence l’emporte sur tout, où qu’elle aille ». Peu importe dès lors que ce soit l’apparence perceptive ou l’apparence imaginante, ce n’est jamais qu’apparence (phainomenon) ou mieux dit, « apparaître ».

      Pour Métaphores, GK

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Posté par metaphores 64 à 12:24 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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