15 octobre 2018

Résumé Bedous-café-philo - 10/11/18 - La beauté peut-elle nous sauver ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 10 novembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé et traité fut : 

 Le beauté peut-elle nous sauver ?

Résumé de la soirée : 

C’est Dostoievski dans L’Idiot qui fait dire au prince Michtine que “ la beauté sauvera le monde “. Mais de quoi aurait-elle à nous sauver ? et qu’est-ce que la beauté ? Quelle est cette expérience qui semble se distinguer de toute autre, nous laissant à notre contemplation  sans que nous puissions expliquer ce qui se passe. Si nous prenons un tableau comme “ l’enterrement à Ornans “ de G.Courbet, on peut m’expliquer qu’il est l’acte de naissance du réalisme et me dire pourquoi ; ce n’est pas pour cela que je ressentirai quelque chose alors qu’il n’en sera pas de même devant une oeuvre dont je n’ai jamais entendu parler. Nous pouvons alors nous demander ce que nous dit la beauté et à quoi parle-t-elle en nous ? Est-elle la promesse de quelque chose ?
 
    La première remarque qui vient à l’esprit est que la beauté ne semble rien à voir avec la raison . Nous sommes libres  face à ce ressenti et on n’a pas ici à avoir raison ou pas. C’est peut-être ce qui explique le besoin , comme s’il s’agissait de s’inventer une utopie. Cependant, on se demande quel est le sens du sujet. Cette idée de sauver l’homme semble étrange mais on remarque un paradoxe : pour l’un des intervenants , l’homme semble avoir besoin du beau (il nous fait du bien) et c’est comme si pourtant, nous étions entourés de choses laides(architecture des villes) et que nous l’acceptions. c’est comme si il y avait, en même temps, un refus de la beauté( un oubli ?) et que le beau n’arrivait pas à fédérer.
 
    On se demande alors ce qu’est le beau, qu’est-ce qui est beau ? Un idéal peut-il être beau  ? la lumière d’un raisonnement quand il nous amène à la compréhension ? Quel sens donner à l’expression “une belle personne” ou encore “une belle vie “ ? Et pourquoi certains vont trouver des choses belles et pas d’autres ? Quelqu’un observe alors que l’expérience esthétique a à voir avec l’émotion et que tant qu’on a des émotions, on peut prendre l’autre en compte et donc on peut vouloir sauver le monde ? Certes , mais si la beauté élève, l’émotion, elle, peut ne pas le faire...
Une idée semble partagée par tout le monde, l’expérience de la beauté bouscule les codes normatifs et nous interpelle quand nous sommes capables de la voir. Peut-être alors qu’elle peut être présente sans que nous la voyons et il faut envisager que l’on puisse se re-sensibiliser à la beauté.  L’expérience de la beauté serait alors une posture pas ordinaire par rapport à quelque chose qui le serait tout autant(extra-ordinaire). De même, l’expression “ une belle personne”  peut vouloir signifier ce qui nous tient et nous fait vivre et qui se montre dans cet être qui sort du lot. En ce sens ,elle nous révèlerait quelque chose, s’imposant à nous, nous surprenant sans que nous l’attendions. Mais que vient-elle alors nous révéler ?
 
 
       Elle nous prend comme par surprise, comme par magie( on oublie tout un instant) et ce , même si on se prédispose à la rencontrer quand on va dans un musée par exemple, Le Louvre étant vu par un des participants comme un temple. Il est alors noté que c’est un espace ouvert en nous qui permet cela et elle nous montre que nous sommes vivants en nous rappelant à notre humanité par l’effet qu’elle suscite, nous rassurant sur la nature humaine. Elle nous dit qu’elle n’est pas que mauvaise, quelle peut faire autrement que ce qui est. Cela est d’autant plus surprenant que nous ne savons pas pourquoi et c’est peut-être cela qui provoque cet effet, comme devant une merveille de la nature que personne n’a fait et qui cependant nous fait nous arrêter. Elle nous déstabilise dans notre façon d’être sur  l’instant et quelqu’un remarque alors qu’elle nous met hors du temps, comme si ce dernier semblait s’arrêter, ce qu’on appelle éternité.
 
   Quelqu’un revient alors sur  l’idée d’émerveillement et de magie et se demande à nouveau ce que cela touche en nous. Elle nous nourrit parce qu’elle a à voir avec la part spirituelle de l’homme et elle serait ce qui transcende la vie.Elle est alors comparée à un nettoyeur d’écran qui nous permettrait de voir autre chose ou autrement et si elle nous met en arrêt et nous hypnotise, c’est quelle touche au sacré (sans être religieux), à un mot qu’on n’utilise plus vraiment aujourd’hui, l’âme dont quelqu’un remarque qu’il fait penser à un autre mot, l’amour.On se demande alors si il y a du divin dans la beauté et si ce n’est pas cela qui nous ferait comme sortir de notre condition d’humains, comme une puissance qui nous appellerait à devenir autre ou plus, sur-hommes. L’homme est cet être incomplet qui trouverait dans cette expérience quelque chose, lui donnant étrangement l’impression qu’il a perdu quelque chose. Elle nous rappellerait notre aptitude à transformer, à transcender.
 
   A ce moment là, on remarque que parfois, face à une oeuvre, nous pouvons penser à celui qui l’a faite comme si elle pouvait faire lien, dépassant le cadre spatio-temporel. Il est aussi dit que peut-être, il y a du commun dans la beauté, comme une sensibilité commune, qui existerait  dans tous les peuples(ce qui nous lie à eux) et cela pourrait aider à rapprocher les hommes. C’est cette expérience partagée, cette universalité qui nous ferait nous rejoindre et pourrait alors  peut-être nous sauver.
 
   Enfin, revenant sur cette idée qu’elle dépend de notre capacité à la voir et des conditions requises,  quelqu’un se demande si elle ne doit pas être exceptionnelle. La verrait-on sinon encore? C’est parce qu’il y a de l’ombre que l’on voit la lumière. Cela fait penser à un poème de Garcia Lorca , dans lequel deux hommes sont sur un bateau; l’un dit : “ c’est beau !”, l’autre répond: “ j’ai faim”. Si elle nous appelle à une gratuité, comme quelque chose qui s’offre à nous, ostensiblement présente,  il faut alors donner la possibilité de la voir. Il n’est pas certain qu’elle puisse nous sauver( individuellement peut-être) mais en nous rappelant que nous pouvons avoir un rapport au monde libéré des préoccupations utilitaires, elle  peut nous faire entrevoir simplement la possibilité d’un salut. Parce qu’elle dit notre capacité à être encore étonnés, à prendre le temps, à accueillir l’inexplicable et parce qu’elle dévoile cette aspiration de l’humain au spirituel, il faudrait alors être plus vigilants face aux enfants et jeunes gens qui y sont sensibles. Elle serait un appel à autre chose(dépassement de soi) et c’est  vers cela qu’elle fait signe.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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10 février 2018

Résumé Café-philo - 13/03/18 - Rechercher la beauté ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  mars (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par les participants présents fut : 

Y a-t-il nécessité à rechercher la beauté ?

Résumé de la soirée :

1)   Existe–t-il « la beauté » ou seulement des choses, des œuvres belles ? Si la beauté en soi est introuvable, nous n’en faisons pas moins l’expérience, sous les espèces de l’émotion esthétique, de la sensation de plaisir, voire de l’extase (le syndrome de Stendhal). Expérience essentiellement individuelle, même si la beauté est régulièrement codifiée, normée par les institutions, les écoles et les traditions. Second paradoxe : si chacun est souverain dans le domaine de l’appréciation esthétique, l’idée de beauté est en elle-même universelle, comme référence, comme valeur, alors même qu’il n’existe pas d’accord universel sur la qualité de telle ou telle œuvre artistique, voire sur les beautés de la nature. Ces deux paradoxes (social-individuel ; subjectif-universel) sont indépassables, et creusent dans cette question un véritable abîme de perplexité.

2)   On relève qu’il y a bien des différences entre l’agréable, le joli, le beau et le sublime. Dans le beau il y a un élément, au-delà de la proportion, de l’harmonie, qui inquiète : «  le beau c’est ce qui désespère » (Valéry) ou de Breton : « la beauté est convulsive », expressions d’artistes qui témoignent là, d’intimité, de l’ « effroi du beau ». La beauté intimide parce qu’elle rend sensible l’écart entre la quotidienneté, la médiocrité, la banalité, la trivialité, et cette perfection à la fois offerte et refusée, accessible et inaccessible.

3)   Quelle nécessité nous pousserait à rechercher la beauté ? Plusieurs personnes évoquent la joie, l’intensité nouvelle qui transporte l’âme, qui dynamise la vie, comme un appel à une dimension supplémentaire, une certaine qualité de bonheur qui exige d’être communiquée et partagée. « Supplément d’âme » ? La beauté est du côté des forces de vie, la laideur des forces de mort.

4)   D’autres insistent plutôt sur le don de sens – à entendre à la fois comme sensualité, sentiment et comme signification. Mais quelle signification ? L’œuvre parle, parfois elle crie, créant une résonance mystérieuse et intime entre celui qui crée et celui qui contemple : accord qui ne relève d’aucune obligation ni contrainte, mais plutôt d’une « nécessité » toute subjective, à la fois libre et impérieuse. C’est pourquoi l’expérience esthétique est de l’ordre de la rareté – relative, car si pour certains, comme l’artiste, elle est vitale à sa création, elle peut être tout à fait exceptionnelle pour d’autres, ou quasiment absente.

5)   Un participant, dans un bel élan philosophique, déclare que pour lui la beauté est un psychotrope, autrement agissant que les substances chimiques. Un psychanalyste contemporain (Julia Kristeva) dirait : un contre-dépresseur. Remarque précieuse : sans psychotrope, quelles qu’en soient les modalités, que deviendrait la vie ? Songez à ce que dit Baudelaire de l’ « ivresse ».

6)   Reste que l’on assiste aussi, hélas, à un dévoiement public de l’usage de la beauté, au service de la publicité, du marketing, de la consommation, et de l’idéologie. C’est aussi un marché, et un enjeu politique et idéologie. Pensez aux artistes embrigadés de force au service de l’Etat ou du Parti.

7)   Concluons : il y a bel et bien une nécessité à rechercher la beauté, plus encore à la trouver : dans le spectacle de la nature (qui a aussi ses laideurs), dans les arts, dans les personnes, et parfois même dans la quotidienneté. Expérience précieuse, intime, réconfortante, apaisante ou dynamisante, allègre et heureuse, mais non sans un certain coefficient d’étrangeté et de distance. Si la beauté s’abaisse trop vers nous elle confine à la joliesse et perd aussitôt sa qualité propre. Il est bon que ce qui est précieux soit également rare.

Pour Métaphores, Guy Karl

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