09 juillet 2017

Résumé Apéro-philo 20/07/17 - Identité : invention ou réalité ?

Atelier-philo 2

Le dernier Apéro-philo (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu jeudi 20 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne. Il fut animé par David Pourille, philosophe pour aborder le sujet suivant : 

 

L'identité, invention ou réalité ?

Résumé de la soirée :

Nous avons lu le passage suivant en guise de prélude :

       « Comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ». Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Pourquoi parler de l’identité ? Parce que le mot traverse beaucoup de débats plus ou moins tendus dans notre société : identité régionale, identité nationale, identité sexuelle, identité religieuse…

      Délimitons d’abord les termes de la question. Le terme d’invention s’emploie dans deux contextes : lorsqu’on évoque ou mentionne un objet fabriqué et nouveau, la boussole, l’imprimerie ; comme lorsqu’on évoque ou mentionne quelque chose d’inventé, d’imaginé, un mythe, un mensonge, une croyance… Le terme de réalité est en apparence plus simple : c’est ce qui s’impose à nous, comme l’oxygène par exemple, ce qui est déjà donné indépendamment de nous. Quant à l’identité, on peut l’appréhender par le biais de l’adjectif identique. Quand l’utilisons-nous ? Quand nous parlons d’une chose identique à elle-même ou de deux choses identiques entre elles, c’est-à-dire indiscernables. Nous remplaçons souvent identique ou identité par le même : « ces deux tables sont les mêmes », « ils ont le même père » …

          Trois points sont posés en jalons provisoires de la discussion : approfondir l’identité pour circonscrire notre réflexion ; l’origine et l’utilité de l’identité ; et la réponse, si possible à la question initiale : « identité : invention ou réalité ? ».

20 07 17_modifié-1

       La discussion s’ouvre entre les participants sur les différents aspects de l’identité, individuelle et collective, mentale et biologique. La pérennité de quoi que ce soit d’identique en nous, traversant le temps d’emblée fait débat. D’un côté, l’identité s’hérite du passé, de l’autre, elle ne résiste pas au temps. Où est l’identité ? Quelle est son support ? Serait-ce le moi ? Pascal est évoqué, « mes » qualités changent et le moi est introuvable. Pourtant nous avons bien un « caractère » qui perdure ; les autres me voient comme ayant tel ou tel caractère. On discerne d’ores et déjà que l’identité se définira par rapport à la notion de l’autre, que l’identité psychologique se rapportera à la présence d’autrui. Après cette première phase d’enquête, l’identité passe à l’examen critique : ce n’est qu’une nécessité créée par peur du vide, par besoin de sécurisation. Quelqu’un va plus loin : elle fige, relève du passé, ne résiste pas à la transformation. Un autre achève la critique : l’identité est introuvable et sa définition requiert l’autre, l’altérité. Ce ne serait qu’un néant. Par un jeu dialectique, la critique est renversée au profit d’une identité qui a sa valeur en politique ou dans l’histoire par exemple ; en effet, ceux qui n’avaient pas d’identité étaient les esclaves. L’intervenant ne nie pas que l’identité soit fabriquée puisqu’elle se fabriquerait avec le jeu des différences ; il affirme plutôt qu’elle cède sa place aux identités, sociales notamment, où certaines s’effacent et d’autres apparaissent.

       La seconde partie de la soirée reprend en abordant le thème de l’utilité de l’identité. L’identité apparait comme une revendication post-matérialiste, elle indique un sens, sens comme direction et sens comme signification, dans une époque qui a délaissé ou abandonné ces anciennes identités. Dans la sphère collective, l’identité serait le moteur de l’affirmation d’une affinité avec les autres, voire la recherche de cette affinité. D’où les réflexes grégaires qui en accompagnent les revendications, via un langage collectif qui participe à sa construction, à rebours d’une identité aphasique (ou hors-langage). Sans identité, on ne fait pas corps ni chœur avec les autres. L’idéal commun d’une société passe par elle mais elle demeurerait un leurre de la singularité. A nouveau un renversement dialectique : nous sommes des animaux politiques, au sens où ne nous pouvons ni vivre ni nous développer seul hors de la société organisée des humains. Par conséquent l’identité se construit à la faveur de l’appartenance collective.

          La fin de la soirée apporte une nouvelle ouverture au sujet : l’éthique. L’identité répond aussi à une question éthique (- qui synthétiserait d’ailleurs les questions de l’identité individuelle et de l’identité collective…). Elle pose la question de savoir « avec qui avons-nous envie d’être ? ». Et si l’identité est une invention, elle a des effets ; et que faire sans elle ? Par ailleurs, l’identité évoque une quête de sens toute personnelle.

         En conclusion de ce résumé, et en nous recentrant, seulement en apparence, sur l’identité personnelle, nous citerons Michel de Montaigne, dans son essai sur l’inconstance de nos actions : « Nous sommes entièrement faits de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment joue son jeu. Et il y a autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui ».

Pour Métaphores, David Pourille

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04 avril 2017

Résumé Atelier-Philo - 24/05/17 : esclaves de nos désirs ?

Atelier-philo 2

L'Atelier-Philo du mois de mai s'est tenu le mercredi 24 au café-restaurant le Matisse (Pau) à 18h45. Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Pierre Bernet, docteur en philosophie, spécialiste de Hegel et professeur pour aborder la question suivante : 

Sommes-nous esclaves de nos désirs ?

La soirée, animée par Timothée Coyras, philosophe, auré été l'occasion de faire dialoguer dans un premier temps deux approches philosophiques différentes, celle de Spinoza et celle de Hegel avant d'engager la discussion avec le public présent. 

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Résumé : 

Pour cet atelier-philo que j’ai eu l’honneur d’animer, nous avons eu la chance d’écouter Pierre Bernet, Professeur de philosophie, sur le problème du désir chez Hegel, autour de la question : « Sommes-nous esclaves de nos désirs ? ».

J’ai commencé par introduire ce problème de façon générale, en faisant remarquer qu’il est commun d’opposer, dans la philosophie classique, un homme esclave de ses désirs illimités, au sage doué de raison qui a réussi à se maitriser. Toutefois, un auteur comme Spinoza permet de soulever une difficulté. Si « Le désir est l’essence de l’homme », comment pourrions-nous être esclaves de nous-mêmes ?

Pour Spinoza, la servitude ne vient pas du désir lui-même, mais de l’ignorance. Nous avons des idées confuses, et en ce sens nous subissons les choses plutôt que de déployer notre force vers ce qui nous est le plus utile. On se sort de la servitude, ainsi, par la connaissance. Mais n’y a-t-il pas dans cette vision un intellectualisme trop prononcé ?

Pierre prend alors la parole pour exposer comment Hegel pense le désir différemment de Spinoza. Si Hegel voit en Spinoza le prince de la philosophie, et le salue pour avoir mis un terme au dualisme stérile de l’âme et du corps – tel qu’il apparaît chez Descartes – il met cependant en avant une notion ignorée par Spinoza, celle du sujet. Le désir, pour Hegel, nous constitue fondamentalement comme sujet. Le sujet n’est pas une substance qui préexisterait au désir – chez Spinoza, la substance est antérieure à ses affections – mais le sujet n’existe que par et dans un désir qui se déploie. Le désir est expression d’un manque, la conscience d’une finitude, qui pousse un sujet à sortir de lui-même pour aller se chercher au travers des autres. Se faisant, le sujet risque quelque chose, il met en jeu non seulement son image, mais jusqu’à sa vie.

La relation à autrui est ainsi déterminée par ce désir, qui cherche à exister au travers d’autrui. Pour cela, il ne s’agit pas de détruire autrui. Si nous détruisons les autres, nous perdons ce qui nous permet d’accéder à nous-mêmes. Cette relation à autrui, énigmatique, paradoxale, ne doit pas être résolue, achevée, mais d’abord prise comme telle, car on y découvre alors la vie. « La vie, c’est l’unité infinie des différences », dit Hegel. Le désir nous fait entrer dans la vie et nous fait gagner un sens.

Hegel peut servir notre modernité, ajoute Pierre, en faisant remarquer que par le désir, l’individualité se maintient au profit de l’universel. De plus, si l’entendement nous pousse à catégoriser, nous sommes appelés à toujours dépasser les concepts pour entrer dans un aspect plus profond de la relation à l’autre, qu’Hegel appelle « le jour spirituel de la présence ».

Enfin, si chez Spinoza on règle le problème  du désir par l’intellect, en comprenant la nécessité, pour Hegel le mal, la souffrance, sont indissociables du désir. Le sujet ne peut se former qu’en se plongeant dans une vie où il ne pourra faire l’économie du négatif. En définitive, nous ne sommes donc pas l’esclave de nos désirs chez Hegel, puisque le désir est le mouvement même de la vie réelle.

L’exposé terminé, et après une courte pause, je propose de partir du problème suivant : « Faut-il maitriser ses désirs ? ». En effet, la question nous semble, avec Pierre, bien reprendre l’opposition entre un Spinoza qui appelle à une maitrise rationnelle de nos affects, et un Hegel qui voit dans le désir le déploiement du sujet, et ne cherche pas à faire l’économie des dimensions négatives des affects. J’ajoute que la clé de la difficulté se trouve sans doute dans la notion de « vie », si présente chez Hegel, et absente de la pensée de Spinoza.

S’ensuit tout d’abord une critique de ma dernière proposition. Certains participants pointent le fait que Spinoza pense bien la vie par le concept de « conatus ». Je montre mon désaccord. Mais après tout, ce sont ici des querelles de spécialistes et nous proposons de revenir au problème en lui-même.

Pour en revenir au sujet, les participants soulignent que le désir est une notion difficile à définir. Y a-t-il un désir ? Plusieurs désirs qui n’ont de commun que le mot ? On souligne que le corps est la source des désirs, par le phénomène de la pulsion.

Si on veut maitriser ses désirs, c’est qu’il se cache une peur. On a peur de l’inconnu. « Le désir risque de nous conduire vers l’abime », souligne Pierre. Mais pour autant, il semble que cette peur soit une forme de timidité, voire de formatage, pointe une autre personne qui voit dans la peur des désirs l’héritage des religions. Est-ce la religion le problème ? La morale ? Ou la rigidité des institutions ?

Un participant propose alors la solution suivante : il ne faut pas être l’esclave d’un seul désir. En se référant à Montaigne, il souligne que la multiplicité des désirs corrige les excès de chacun.

On souligne aussi qu’il faut distinguer l’objet du désir et le désir lui-même. Est-ce l’objet qu’il faut maitriser ? Ou le désir lui-même ?

Le désir le plus fondamental est le désir de vivre, remarque une autre personne. Vivre est tout à la fois condition et objet du désir. La maitrise du désir risquerait de nous priver du plaisir, mais aussi de la subjectivité. D’autre part, le désir est mimétique, il implique la collectivité, comme le montre l’enfant qui est accroché aux désirs des parents.

Enfin, un participant souligne que le désir est essentiellement créateur, qu’il implique une transformation de la vie, et qu’on ne peut pas le réduire à la consommation des choses. Choisir de changer de vie pour se consacrer à la peinture, par exemple, n’a rien à voir avec les problèmes liés aux achats.

C’est ainsi sur une vision positive du désir, pensé comme énergie créatrice, et nous permettant d’éprouver et d’exercer notre liberté, que se conclut cette soirée. 

Pour Métaphores,

TC

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03 avril 2017

Résumé Apéro-philo du 18/05/17 : Insister, exister, résister

Apero philo

L' Apéro-philo (libre et gratuit) du mois de mai s'est tenu jeudi 18 au Café le Matisse de 18h45 à 21h, sur le sujet suivant :

Insister, exister, résister

L'animateur et philosophe, Guy Karl, a fait en début de soirée une présentation des enjeux à partir d'un plan problématisé. 

Résumé de la soirée :

1)   Ces trois verbes sont des variations sur le thème du « sistere », se tenir, faire tenir. Le sistere latin est lui-même une dérivation de « stare » se tenir, d’où station. Il s’agit donc d’un problème de tenue, de placement, de stature et de position. Donc de lieu : quelle place occuper (in-sister) ou quitter (ex-sister), ou défendre (ré-sister). Cette question interroge la subjectivité : comment le sujet se définit-il dans l’espace  psychique et social, mais aussi le positionnement d’un citoyen dans ses rapports au champ social et politique.

2)   Insister c’est réitérer une demande, répéter une question ou une invite, vouloir se faire entendre, faire durer. Mais on peut aussi décomposer le mot et entendre la leçon de l’étymologie : in-sister c’est se tenir à l’intérieur (d’un cercle, d’un monde, d’une structure, d’une société close etc). Dès lors se dessine un modèle de clôture, d’une répétition à l’intérieur d’un système fermé, par exemple dans le monde autocentré d’un organisme qui répète les modalités de sa conservation. La vie est insistance. On peut dire aussi que les sociétés traditionnelles insistent, en manifestant une remarquable continuité des usages, normes et structures qui fondent leur durée à travers le temps. Dans un autre registre on voit que l’inconscient insiste dans les symptômes, rêves et autres actes manqués, selon la forme cyclique d’une répétition à l’infini : contrainte psychique, ou, en langue bouddhique, la roue du samsâra.

Apéro-philo 18 05 17

3)   Si l’insistance est virtuellement infinie on se demandera comment le sujet peut parvenir à exister autrement que comme la marionnette des déterminismes sociaux ou des formations de l’inconscient ? Ex–sister c’est sortir, émerger, quitter, se tenir courageusement en dehors de ce qui jusque-là faisait la loi de l’insistance. Rupture difficile et féconde : « je suis j’existe » écrit Descartes, inaugurant un nouveau positionnement du sujet, hors des traditions confortables mais infécondes. Il y faut une décision de l’esprit qui entend prendre en charge son « existence » pour se poser comme sujet auto-nome, c’est-à-dire capable de se donner à lui-même (autos) sa propre loi (nomos). « Ose penser par toi-même » (sapere aude), ce sera la formule des Lumières.

4)   L’existant n’est pas sur une île solitaire, il vit dans le monde, parmi ses semblables. Il est amené à se nourrir, à travailler, à rencontrer la loi sociale, à se définir dans un ordre politique. Exister c’est exister en rapport. Dans le même temps, s’étant découvert comme un sujet singulier par l’activité de sa conscience, il ne veut pas céder sur son désir mais s’affirmer comme libre et créateur. Ce paradoxe est indépassable. De par sa nature de sujet il lui faudra résister, s’opposer aux menaces d’aliénation qui s’exercent contre lui. Comment se maintenir existant dans un monde où l’important est la production marchande plus que le développement des singularités ?

5)   On voit que la boucle peut recommencer, que la liberté entrevue peut être reperdue, que l’insistance guette, que rien n’est jamais acquis de manière définitive. Remarquons que le terme « sujet » lui-même est marqué d’une ambiguïté constitutive : sujet c’est être jeté dessous (sub-jectum), sous l’autorité du souverain ou de la loi, alors que l’usage moderne le définit en général comme le principe de l’autonomie. Nous sommes à la fois, comme sujet-citoyens soumis à la loi, et comme sujets autonomes créateurs de soi. Insistance, résistance et existence : un mouvement se dessine qui est celui même de l’existant compris comme sujet.

Pour Métaphores,

GK

 

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29 septembre 2016

Résumé du Café-philo du 08/11/16 Echapper à l'aliénation ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de novembre s'est tenu le mardi 08 à 18h45 au café Le Matisse (clic), face au Musée des Beaux Arts, 17 rue Lalanne à Pau. 

Le sujet proposé et choisi par l'assemblée présente fut :

Peut-on échapper à l'aliénation ?

Résumé de la soirée : 

 Avant tout nous tenons à remercier le patron du Matisse pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé. La soirée fut très agréable et riche d’enseignements.

 1)   Si l’on se propose d’échapper à l’aliénation c’est qu’elle est supposée première, en quelque sorte « naturelle », posée comme une condition initiale de l’existence, de laquelle on serait invité à se détacher pour affirmer la liberté. Avant de répondre en décidant que la chose est possible ou non, il faut creuser plus avant la notion d’aliénation, et voir si ce terme rend compte ou non de cette situation initiale qu’il faudrait dépasser.

 2)   Il y a beaucoup de situations d’aliénation, éducatives, familiales, politiques, économiques, idéologiques mais quelle est la structure qui donne l’unité à ces champs ? Le groupe hésite sur les rapports entre dépendance, addiction et aliénation. Quand suis-je aliéné ? L’étymologie est convoquée : alius, autre ; alienus, étranger. Le sujet est aliéné quand il perd la jouissance de son être propre, qu’il devient autre qu’il est, étranger à soi-même, à son désir fondamental, qu’il se soumet par choix ou par contrainte à une force étrangère qui le dépossède de soi. On pourrait distinguer entre aliénation consentie (structures passionnelles) et aliénation imposée (comme dans les régimes autoritaires) ? Dans les deux cas la liberté et l’affirmation de soi sont gravement compromises.

 3)   La pire situation est celle de l’aliénation mentale : c’est ainsi que l’on qualifiait autrefois la psychose. Le psychiatre s’appelait alors l’aliéniste.

 4)   On remarque à ce moment-là que tout système social et politique, fût-il même relativement démocratique, ne va pas sans une sorte d’aliénation fondamentale, le citoyen renonçant à sa liberté de nature pour consentir à l’ordre commun, s’y plier en respectant la loi. Plus encore : il accepte de se ranger au langage commun (les mots viennent à lui du dehors) pour y exprimer son être, encore que manifestement cette expression soit en quelque sorte tronquée par les lois du langage et le devoir de se communiquer par la parole. Lévy-Strauss remarquait qu’en somme chacun a le choix virtuel entre l’aliénation langagière et l’aliénation psychiatrique. Mais il faut ajouter que l’aliénation langagière n’implique aucune pathologie, à la condition que le sujet, dans une langue qui s’impose à lui au départ, puisse parvenir à une expression subjective, « poétique » par laquelle il pourra affirmer sa singularité.

 5)   A la rigueur on distinguera entre aliénations passives, subies, et aliénations positives : j’accepte de me ranger sous une autorité le temps d’en retirer des enseignements, pour regagner ma liberté au plus vite. En ce sens toute formation impliquerait un certain degré d’aliénation : on en voit aisément le danger, comme chez ces artistes qui se mettent à l’école et finissent par perdre leur originalité propre.

 6)   Pour échapper à l’aliénation il faut une prise de conscience : je m’aperçois que j’étais esclave, enfermé dans une structure qui à présent m’apparaît insupportable. Je romps. Analyse rétrospective : pourquoi me suis-je laissé enfermer ? A quels besoins répondait cet enfermement ? Qu’y ai-je gagné ? Qu’y ai-je perdu ? Je vois que je me suis soumis à la dictature de l’image : celle que les autres avaient de moi, celle que je tenais pour véridique et qui n’était que d’illusion.

 7)   Il faut la prise de conscience, le travail d’analyse, et souvent aussi le heurt ou les heurts du réel, par lesquels je peux m’apercevoir que je faisais fausse route. Le détachement se fera par un acte signifiant qui consomme la rupture.

 8)   Le groupe évoque longuement des tentatives de solitude volontaire (Thoreau, Into the Wild) en se demandant dans quelle mesure ces échappées dans la nature permettent une désaliénation : si l’on n’y trouve pas la mort il faudra bien revenir, et alors comment concilier liberté et aliénation sociale ? C’est bien notre problème à tous : vivre en société, travailler, éduquer nos enfants, avec tous les risques de nous perdre, et tenter de préserver pourtant un espace de liberté subjective, une dimension créatrice. Il  faudrait après ce débat s’interroger sur les possibilités d’une autonomie qui ne soit pas du semblant.

Pour Métaphores, GK

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18 septembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 15/10/16 Trahison de la technique ?

Bedous café-philo

Bedous-Café-philo s'est tenu dans le village pyrénéen (Bedous) en vallée d'Aspe samedi 15 octobre à 18h au café l'Escala, 16 rue Gambetta sur le sujet suivant : 

En quoi la technique nous trahit-elle ?

Ce café fut animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie qui vient de rejoindre l'équipe Métaphores, ce dont nous nous réjouissons grandement. Nous nous sommes retrouvés dans un lieu authentiquement chaleureux, un café-librairie tenu par Lucie et Cécile et dont il faut saluer la belle initiative : proposer une activité philosophique dans un village pyrénéen.

 

L'escala-Café-philo

Résumé de la soirée: 

 1      Le mot teckné en grec désigne tout type de savoir-faire permettant de remplir une activité ou de fabriquer un objet. Il est donc originellement lié au savoir, à un savoir-faire conscient des règles qui lui permettent d’opérer efficacement, indiquant ce qu’il faut faire et pourquoi il faut le faire. Ce sujet peut du coup sembler paradoxal : si l’homme est cet être obligé d’inventer des moyens en vue d’une fin pour pouvoir survivre au sein de la nature, comment ce processus (adaptatif) pourrait-il nous trahir puisqu’il est d’abord  considéré comme un bienfait ? 

- Pour trahir, il faut que celui ou celle qui l’est accorde au préalable sa confiance, se soit fié(e) et c’est ici un premier sens du verbe : trahir, c’est abandonner, cesser d’être fidèle, ne pas respecter un engagement. Qu’avons-nous confier à la technique qui puisse être trahi ?

 - Mais trahir peut aussi signifier révéler ce qui devait rester caché, ce que nous n’avions pas l’intention de montrer. Quel serait alors ce dévoilement ?

 - Enfin, trahir peut vouloir dire donner une idée fausse, dénaturer, altérer : quel changement défavorable peut alors s’opérer par la technique ?

 2    On note d’abord que cette intrusion de la technique dans nos vies a des répercussions sur la nature mais aussi dans le monde du travail et sur nous-mêmes. Là où l’outil permet une main-mise de l’artisan sur celui-ci parce qu’il est un moyen pour une fin très rapprochée, nous assistons aujourd’hui à un glissement (de la technique à la technologie) entrainant  un décalage entre ce que nous impose la technique et notre rythme physiologique, une dépossession, un morcellement des savoirs-faire. La technique ne serait plus un bienfait et c’est ainsi que l’on pourrait envisager une trahison de sa part (premier sens du mot).

 3      Mais, n’est-ce pas parce que nous ne sommes pas conscients de la confiance que nous lui accordons qu’il peut y avoir cette aliénation ? Ainsi, la réflexion se porte sur l’homme, utilisateur de ces moyens techniques : nous oublions que c’est d’abord un processus de conscience, un acte de pensée. Lorsque nous percevons encore la finalité, nous sommes encore capables de nous l’approprier. Le problème est que cette utilisation des moyens devient un automatisme, obstacle à un usage éclairé. N’est-ce pas alors nous qui nous trahissons en oubliant nos facultés ? Le problème n’est pas tant le moyen utilisé (outil ou autre) que de masquer ce processus de conscience.

 

L'escala café-philo-Bedous

 

 A ce stade de la réflexion, il nous faut alors admettre que ce n’est pas forcément quelque chose qui nous échappe puisque c’est toujours l’homme qui intervient, c’est ce qu’on en fait qui nous trahit et c’est ici qu’il peut y avoir un dévoilement d’un manquement humain. (deuxième sens)

 4      Cet oubli d’une part de nous-mêmes aurait des répercussions aussi au niveau des relations sociales, l’accès à un certain niveau de technicité se distribuant selon notre niveau social, laissant sur place, à la marge ceux qui n’intègrent pas ces techniques (pour des raisons économiques, générationnelles...) ou encore ceux qui en subissent l’utilisation intensive et la recherche de  rentabilité qui l’accompagne dans le monde du travail (remplacement de l’homme par la technique). L’effet produit de cette puissance technique est une fascination (magie), favorisant le processus d’individualisation, au détriment du collectif. L’homme peut se croire l’égal des dieux par ce qu’elle permettrait (transhumanisme, nanotechnologies) et perdre la conscience de ses propres limites. Ceci peut se penser comme une altération (troisième sens).

 5      En conclusion, ce n’est donc pas tant la technique qui nous trahit que le rapport que nous entretenons avec elle, l’important étant le projet et ce que nous en faisons. Il conviendrait alors de réinstaurer une réflexion face à cette déshumanisation afin de ne pas en être complice et de ne pas participer à cette aliénation. Cette responsabilité se dit à tous les niveaux (vis-à-vis de la nature mais aussi rapport aux autres et surtout responsabilité vis-à-vis des nouvelles générations). Il revient à chacun de ne pas oublier  que nous appartenons au genre humain, capable de penser notre rapport à la technique.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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04 mai 2015

Résumé de l'Atelier-philo du 20/05/15 : libertés et économie

Atelier-philo

 

L'atelier-philo animé par David Pourille s'est tenu au bar le Van Gogh (15 rue Latapie à Pau) mercredi 20 mai à 18h45. Il s'est agi de faire dialoguer pour cette troisième séance la philosophie et l'économie. Nous avons eu le plaisir d'accueillir à cette occasion, François-Xavier Fonséca, doctorant en économie, pour aborder le sujet suivant : 

Quelles libertés sous l'impact des marchés économiques aujourd'hui ?

         Seize personnes ont participé à cet atelier aux échanges riches et dynamiques. Après une brève présentation par les deux co-animateurs, le public s’est largement prononcé en faveur d’un déclin de nos libertés face aux marchés et aux agents économiques.

     François-Xavier a présenté les marchés comme des réseaux de contrats entre agents économiques, réseaux qui peuvent s’étendre à des zones de libre-échange comme l’union économique et monétaire européenne. Au sein de ces marchés, l’arbitrage, comme faculté de faire des choix économiques rationnels, témoignent de l’existence de libertés. Néanmoins, l’ampleur des marchés créant des superstructures de marchéisation, les agents économiques eux-mêmes peuvent percevoir ces composantes économiques comme des entraves à leurs libertés. En somme, des libertés économiques peuvent constituer des structures réduisant rétroactivement ces mêmes libertés économiques.

        Le co-animateur « philosophe » et auteur de ce résumé a présenté les marchés, ces lieux de rencontre entre vendeurs (l’offre) et acheteurs (la demande), comme une interaction d’agents économiques concrets, les entreprises, ayant pour finalité commune la rationalisation de la maximisation des profits. En outre, ces marchés, avec leurs buts et leurs normes propres (l’intérêt privé), tendent à supplanter le pouvoir politique (l’intérêt général) de par leur pouvoir d’actions et d’influences sur les décideurs politiques. Or ceci pose un problème majeur car le pouvoir politique (et judiciaire) a lui-seul la légitimité (du moins dans les textes constitutionnels) d’imposer les lois qui garantissent les libertés de chacun ; que ces libertés soient de créer, contempler, agir, investir, modifier son environnement ou encore sa propre vie… En somme, le pouvoir politique qui garantit les libertés par la loi n’a plus, ou de moins en moins, le pouvoir.

      Dès lors deux questions ont été proposées : tout d’abord « que deviennent nos libertés dans ces conditions ? », ensuite « quelles nouvelles libertés peuvent être inventées ? » ; le but de l’atelier étant, au-delà de l’échange d’idées et d’arguments, d’inviter les participants à devenir force de propositions ou de solutions concrètes.

       A la première question, un très large consensus s’est imposé sauf pour deux personnes. Les prises de paroles ont affirmé, à des degrés différents, tant l’affaiblissement voire la disparition du pouvoir politique face au pouvoir économique, que l’affaiblissement de notre possibilité de choisir voire la disparition de nos libertés. A été affirmée aussi la disparition de la place de l’homme sous la domination de la recherche du profit. Les causes de ces phénomènes se situeraient historiquement dans la chute du bloc communiste qui a laissé place libre au capitalisme, et, idéologiquement dans une bataille d’idées et de jeux de langage visant à faire croire que l’économie libérale a triomphé et est seule à pouvoir réussir. Les objections ont porté sur la permanence du pouvoir politique par les législations qu’il produit : code du travail, normes de production standardisée européennes, droits internationaux…

      A la seconde question, plus brièvement développée, le public a répondu en explorant des domaines où les marchés ne peuvent pénétrer et en trouvant des moyens de réaffirmer les libertés individuelles. Dans le domaine social, l’humain ne semble pas quantifiable et pouvoir répondre à une loi concurrentielle de l’offre et de la demande. En outre, pour réaffirmer les libertés, il faudrait reconquérir un pouvoir dissuasif qui échoit aux peuples ; se ressaisir du vote ; dire non aux spéculations sur ce qui est vital à la vie humaine. Enfin, l’auteur de ces lignes a proposé en conclusion une invention de nouvelles libertés par la repossession du temps de non travail (l’otium, le temps de liberté) afin d’être créateur hors du système de marchéisation, car « partout où il y a la joie, il y a création ; plus riche est la création, plus profonde est la joie », - Henri Bergson.

      Nous tenons particulièrement a remercié François-Xavier Fonseca de sa présence et pour ses participations aux débats qui ont permis d’éclaircir un thème si complexe. 

                   Pour Métaphores, DP

 

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