02 janvier 2019

Résumé Apéro-philo 24/01/19 - Se libérer des passions tristes ?

Apero philo

L' Apéro-philo, activité libre et gratuite, du mois de janvier s'est tenu jeudi 24 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Peut-on se libérer des passions tristes ?

Résumé de la soirée : 

L’origine du mot passion nous invite à la considérer comme un affect passif : Pathos, en grec, qui donne pathétique et pathologie ; patior, en latin, signifie endurer, souffrir, supporter. Ainsi entendue, la passion est le signe de notre dépendance aux événements extérieurs qui peuvent engendrer de la douleur, mais aussi aux turbulences intérieures, aux émo tions et désordres de la psyché. La passion est le contraire de l’action, et en théorie il est souhaitable d’être actif plutôt que passif.

Mais le sens du mot a évolué : de nos jours la passion désigne plutôt un attachement intense à un objet, une activité, une pratique : passion du vélo, de la musique, du jardinage etc. Cet attachement n’est pas forcément pathologique, et dans bien des cas il engendre de la joie. On remarquera qu’il est possible cependant qu’il vire à l’obsession, à l’addiction, à une forme subtile d’aliénation, donc de tristesse. L’affect de joie s’est mué en affect de tristesse. Ce qui pose la question de la limite, du risque et du danger.

La passion est-elle triste en elle-même ou par ses conséquences, quand elle se développe sans contrôle ?

24 01 19

C’est Spinoza qui a introduit la notion de passion triste : c’est un affect qui diminue la puissance d’agir, en divisant le sujet, en l’attachant à une représentation d’objet dont il méconnaît la nature et la source. Ainsi de la haine, de l’envie, de la jalousie, de la peur, de l’anxiété, de l’ambition, de l’esprit de domination. Passions tristes en effet, qui se cultivent dans le ressassement et la douleur. Ces passions tirent vers le bas, et dans certaines conditions mènent à la ruine et à l’autodestruction.

A nouveau le groupe soulève la question de la limite : comment se fait-il que chez certains sujets la conscience ne joue pas son rôle de régulateur et de frein ? Faut-il y voir une aspiration vers l’illimité, sous-tendue par la pulsion de mort ?

On voit se dessiner une lutte entre la raison et la passion. Mais la raison peut-elle régir la passion ? C’est peu probable. Faut-il alors convoquer une nouvelle passion pour combattre l’ancienne ? Mais on ne choisit pas ses passions par décret de la volonté : elles surviennent ou ne surviennent pas. Ce sont les pulsions qui sont à l’origine des passions, d’où leur caractère impulsif, irrationnel, leur résistance à l’action de l’intelligence. Il ne suffit manifestement pas de savoir et de vouloir, comme le montre l’expérience – et toute la littérature romanesque.

Premier bilan : toute passion n’est pas triste, mais il y a des passions tristes, ce sont celles qui rendent impuissants, malheureux, qui nous obsèdent, nous condamnent à la répétition, et parfois à la ruine. Les passions joyeuses existent, elles aussi, comme l’amour de la musique, ou l’amour heureux, si toutefois l’équilibre psychique n’est pas menacé par une dérive vers l’illimité.

Après la pause on s’interroge plus avant sur la question de savoir si on peut se libérer des passions tristes. D’emblée une participante affirme que le seul recours c’est le médicament. D’après ce point de vue la passion triste est une maladie, ou un symptôme psychiatrique. D’autres évoquent la méditation, ou la psychanalyse. Mais ces recettes ne valent que si le sujet lui-même prend conscience du danger et demande de l’aide.

Question : qu’est ce qui peut provoquer ce sursaut salutaire ? Chez certains il ne se produit pas et le sujet court à sa perte. Chez d’autres apparaît soudain l’image du danger, voire de la mort. Ils voient concrètement le point limite, la butée du réel. Parfois c’est la déception, la désillusion, la désidéalisation : l’objet de tous les vœux, que l’imagination avait paré de toutes les perfections, révèle soudain sa caducité, « son manque à être », précipité d’un coup dans la banalité. Rétrospectivement le sujet s’étonne de s’être laissé abuser par une image, un fantasme trompeur. C’est le début de la guérison, car il va falloir travailler avec ce matériau psychique heureusement libéré.

On peut guérir des passions tristes, mais il y faut une intelligence d’un genre particulier, capable de se mettre à l’écoute des processus subtils de la vie psychique, et sans doute aussi, une ferme résolution de vivre.

Pour Métaphores, Guy Karl

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13 mai 2018

Résumé Café-philo -12/6/18 - Cesser de désirer pour être heureux ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Faut-il arrêter de désirer pour être heureux ?

 Résumé de la soirée :

1)   La question pose un impératif conditionnel : si tu veux être heureux, arrête de désirer. Qui dit cela ? On imagine un « personnage conceptuel », un sage ou un prêtre, une instance d’autorité, suspicieuse à l’égard du désir qui mettrait en garde contre les excès et les dérives qui en découlent : futilité, égoïsme, quête interminable et vaine, passions dévorantes, insatisfaction chronique. De ce point de vue en effet le bonheur s’éloigne à mesure qu’on croit le saisir. Mais ce constat permet-il de conclure à la nocivité du désir en tant que tel, ou plutôt à un certain usage déréglé, dû à l’aveuglement ou à la demesure ?

2)   Le groupe souligne avec force que le désir est une sorte d’élan vital, une manifestation de l’énergie, un mouvement d’affirmation connaturel à l’existence même du sujet. Qui perd le désir perd le goût de vivre, et s’en va glissant vers la dépression, voire le suicide. On ne peut arrêter le désir, sauf à soutenir qu’il faut être mort pour être heureux.

3)   Nous voici en face d’un paradoxe : suivre le désir serait s’empêcher d’être heureux, et ne pas le suivre ne garantit pas davantage le bonheur. Alors que faire ? Peut-être n’y a t-il pas de rapport direct, causal, entre désir et bonheur. La question se révèle plus complexe qu’il n’y paraissait au départ.

4)   Vouloir arrêter de désirer relève d’un forçage, voire d’une mutilation (castration ?). On croit éviter la souffrance du désir et on bascule dans une souffrance pire encore, en compromettant les chances d’une juste et belle affirmation de soi. Sans compter que ce projet est sans doute impossible : prétendre arrêter le désir est encore un désir : que désire celui qui désire ne plus désirer ? Avançons une hypothèse : ce n’est pas le désir en tant que tel qui pose problème mais l’attachement à certains objets que l’on peut considérer comme pernicieux ou funestes. Dès lors le problème devient : quels sont les objets qu’il faut arrêter de désirer ?

5)   Il apparaît à l’analyse qu’il n’est pas facile de distinguer le désir des objets qui le sollicitent : objets de consommation, de réputation, de « gloire », de plaisir, de jouissance, de savoir et de pouvoir. On se laisse spontanément fasciner par ce qui nous attire. Mais précisément, c’est la force et la liberté de l’esprit que d’apprendre à analyser la valeur de ces objets, de créer une distance critique entre eux et nous, et ainsi d’apprendre à choisir – ce qui ne va pas sans éliminer. C’est en ce sens qu’il faut entendre les recommandations des sages : distinguer dans les objets ceux qui nous nuisent, ceux qui sont inaccessibles, ceux qui augmentent notre puissance d’agir (Spinoza), et ceux qui élèvent notre liberté et notre connaissance (Epicure).

6)   Il ne s’agit donc pas d’arrêter de désirer mais de désirer « le bien » - pour le moins ce qui nous fait du bien, et peut-être, par extension, ce qui fait du bien autour de nous.

7)   Question : n’y a-t-il pas dans le désir une certaine souffrance ? La souffrance est moins le fait du désir lui-même (encore que dans tout désir il y ait une certaine tension, mais qui n’est pas forcément désagréable)  que de l’attachement passionnel à l’objet, comme on voit dans l’ambition galopante, dans la frénésie amoureuse ou la jalousie. Il faudrait, pour bien faire, à la fois désirer et ne pas désirer, comme on dit en Orient « agir sans agir » : attitude souple et ferme, sans crispation ni mollesse.

8)   Reste la question du bonheur : il n’est pas sûr que désirer rende heureux mais il semble acquis qu’arrêter de désirer, à supposer que cela soit possible, rende définitivement malheureux.

Pour Métaphores, Guy Karl

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02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl