15 octobre 2018

Résumé Bedous-café-philo - 10/11/18 - La beauté peut-elle nous sauver ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 10 novembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé et traité fut : 

 Le beauté peut-elle nous sauver ?

Résumé de la soirée : 

C’est Dostoievski dans L’Idiot qui fait dire au prince Michtine que “ la beauté sauvera le monde “. Mais de quoi aurait-elle à nous sauver ? et qu’est-ce que la beauté ? Quelle est cette expérience qui semble se distinguer de toute autre, nous laissant à notre contemplation  sans que nous puissions expliquer ce qui se passe. Si nous prenons un tableau comme “ l’enterrement à Ornans “ de G.Courbet, on peut m’expliquer qu’il est l’acte de naissance du réalisme et me dire pourquoi ; ce n’est pas pour cela que je ressentirai quelque chose alors qu’il n’en sera pas de même devant une oeuvre dont je n’ai jamais entendu parler. Nous pouvons alors nous demander ce que nous dit la beauté et à quoi parle-t-elle en nous ? Est-elle la promesse de quelque chose ?
 
    La première remarque qui vient à l’esprit est que la beauté ne semble rien à voir avec la raison . Nous sommes libres  face à ce ressenti et on n’a pas ici à avoir raison ou pas. C’est peut-être ce qui explique le besoin , comme s’il s’agissait de s’inventer une utopie. Cependant, on se demande quel est le sens du sujet. Cette idée de sauver l’homme semble étrange mais on remarque un paradoxe : pour l’un des intervenants , l’homme semble avoir besoin du beau (il nous fait du bien) et c’est comme si pourtant, nous étions entourés de choses laides(architecture des villes) et que nous l’acceptions. c’est comme si il y avait, en même temps, un refus de la beauté( un oubli ?) et que le beau n’arrivait pas à fédérer.
 
    On se demande alors ce qu’est le beau, qu’est-ce qui est beau ? Un idéal peut-il être beau  ? la lumière d’un raisonnement quand il nous amène à la compréhension ? Quel sens donner à l’expression “une belle personne” ou encore “une belle vie “ ? Et pourquoi certains vont trouver des choses belles et pas d’autres ? Quelqu’un observe alors que l’expérience esthétique a à voir avec l’émotion et que tant qu’on a des émotions, on peut prendre l’autre en compte et donc on peut vouloir sauver le monde ? Certes , mais si la beauté élève, l’émotion, elle, peut ne pas le faire...
Une idée semble partagée par tout le monde, l’expérience de la beauté bouscule les codes normatifs et nous interpelle quand nous sommes capables de la voir. Peut-être alors qu’elle peut être présente sans que nous la voyons et il faut envisager que l’on puisse se re-sensibiliser à la beauté.  L’expérience de la beauté serait alors une posture pas ordinaire par rapport à quelque chose qui le serait tout autant(extra-ordinaire). De même, l’expression “ une belle personne”  peut vouloir signifier ce qui nous tient et nous fait vivre et qui se montre dans cet être qui sort du lot. En ce sens ,elle nous révèlerait quelque chose, s’imposant à nous, nous surprenant sans que nous l’attendions. Mais que vient-elle alors nous révéler ?
 
 
       Elle nous prend comme par surprise, comme par magie( on oublie tout un instant) et ce , même si on se prédispose à la rencontrer quand on va dans un musée par exemple, Le Louvre étant vu par un des participants comme un temple. Il est alors noté que c’est un espace ouvert en nous qui permet cela et elle nous montre que nous sommes vivants en nous rappelant à notre humanité par l’effet qu’elle suscite, nous rassurant sur la nature humaine. Elle nous dit qu’elle n’est pas que mauvaise, quelle peut faire autrement que ce qui est. Cela est d’autant plus surprenant que nous ne savons pas pourquoi et c’est peut-être cela qui provoque cet effet, comme devant une merveille de la nature que personne n’a fait et qui cependant nous fait nous arrêter. Elle nous déstabilise dans notre façon d’être sur  l’instant et quelqu’un remarque alors qu’elle nous met hors du temps, comme si ce dernier semblait s’arrêter, ce qu’on appelle éternité.
 
   Quelqu’un revient alors sur  l’idée d’émerveillement et de magie et se demande à nouveau ce que cela touche en nous. Elle nous nourrit parce qu’elle a à voir avec la part spirituelle de l’homme et elle serait ce qui transcende la vie.Elle est alors comparée à un nettoyeur d’écran qui nous permettrait de voir autre chose ou autrement et si elle nous met en arrêt et nous hypnotise, c’est quelle touche au sacré (sans être religieux), à un mot qu’on n’utilise plus vraiment aujourd’hui, l’âme dont quelqu’un remarque qu’il fait penser à un autre mot, l’amour.On se demande alors si il y a du divin dans la beauté et si ce n’est pas cela qui nous ferait comme sortir de notre condition d’humains, comme une puissance qui nous appellerait à devenir autre ou plus, sur-hommes. L’homme est cet être incomplet qui trouverait dans cette expérience quelque chose, lui donnant étrangement l’impression qu’il a perdu quelque chose. Elle nous rappellerait notre aptitude à transformer, à transcender.
 
   A ce moment là, on remarque que parfois, face à une oeuvre, nous pouvons penser à celui qui l’a faite comme si elle pouvait faire lien, dépassant le cadre spatio-temporel. Il est aussi dit que peut-être, il y a du commun dans la beauté, comme une sensibilité commune, qui existerait  dans tous les peuples(ce qui nous lie à eux) et cela pourrait aider à rapprocher les hommes. C’est cette expérience partagée, cette universalité qui nous ferait nous rejoindre et pourrait alors  peut-être nous sauver.
 
   Enfin, revenant sur cette idée qu’elle dépend de notre capacité à la voir et des conditions requises,  quelqu’un se demande si elle ne doit pas être exceptionnelle. La verrait-on sinon encore? C’est parce qu’il y a de l’ombre que l’on voit la lumière. Cela fait penser à un poème de Garcia Lorca , dans lequel deux hommes sont sur un bateau; l’un dit : “ c’est beau !”, l’autre répond: “ j’ai faim”. Si elle nous appelle à une gratuité, comme quelque chose qui s’offre à nous, ostensiblement présente,  il faut alors donner la possibilité de la voir. Il n’est pas certain qu’elle puisse nous sauver( individuellement peut-être) mais en nous rappelant que nous pouvons avoir un rapport au monde libéré des préoccupations utilitaires, elle  peut nous faire entrevoir simplement la possibilité d’un salut. Parce qu’elle dit notre capacité à être encore étonnés, à prendre le temps, à accueillir l’inexplicable et parce qu’elle dévoile cette aspiration de l’humain au spirituel, il faudrait alors être plus vigilants face aux enfants et jeunes gens qui y sont sensibles. Elle serait un appel à autre chose(dépassement de soi) et c’est  vers cela qu’elle fait signe.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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22 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo du 18/02/17 : L'animal, quel intérêt ?

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Le Café-philo-Bedous du mois de février s'est tenu le samedi 18 à 18h au café-librairie L'Escala(clic) à Bedous en vallée d'Aspe autour du sujet suivant : 

L'animal, quel intérêt ?

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La présentation des enjeux et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie, pour permettre une discussion ouverte avec et entre les participants. Vingt-six personnes se sont retrouvées pour participer à cette soirée dynamique et enthousiasmante.

Résumé de la soirée : 

Le lien entre l’homme et l’animal est un lien ambivalent, différent selon les individus, les cultures, les temps historiques. De l’animal sauvage à chasser, il va au fil du temps se muer en animal domestique, d’élevage, à dompter, dresser ou à utiliser comme terrain d’expérimentation scientifique. Il est à noter que ce terme “domestiqué” vient du latin domus (la maison) et a donné le mot domination. L’équivalent Grec (oikos) donne “économie”(loi de la maison). Domestiquer, c’est faire basculer le sauvage dans la sphère économique et donc le supprimer en tant que sauvage.

Mais si l’homme a toujours eu ce rapport ambivalent avec l’animal, c’est aussi peut-être parce que la frontière homme / animal n’est pas si franche que cela: nous sommes des êtres vivants soumis à des lois naturelles, doués de mobilité comme eux mais nous pouvons aussi nous en différencier par des facultés que ne semblent  pas posséder les animaux. En ce sens, M.Heidegger distingue trois types de relations au monde: la chose est “sans monde”, l’animal est “pauvre en monde” et l’homme est ”configurateur du monde”. Ainsi, si le lézard qui se chauffe au soleil adopte une attitude, il n’en reste pas moins vrai que cela n’est pas dicté par un savoir, une pensée ou un langage.

Du coup, l’animal, quel intérêt ? Pourquoi faudrait-il s’y intéresser et de quel intérêt parle-t-on ici ? Ce mot peut avoir plusieurs sens (ce qui est utile/avantageux ; ce qui présente une originalité, une importance ; ce qui peut susciter un sentiment bienveillant).

Enfin, il faut aussi noter l’opposition que nous faisons entre l’animal sauvage et l’animal domestique. Alors que les sociétés païennes vont entretenir des relations pacifiées avec l’ours par exemple, ce dernier devient un animal à chasser, réduit en esclavage comme animal de foire, avec le christianisme et l’on voit aujourd’hui comme les requins ont peu de chance face aux surfeurs...

Mais, en même temps, jamais la domestication n’a été poussée aussi loin et le statut de l’animal domestique a lui aussi évolué (Décret Glavany: “êtres vivants doués de sensibilité”).

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 Faut-il s’intéresser aux animaux et comment ? Que disons-nous de nous-mêmes à travers cette opposition sauvage/domestique ?

Quels en sont les enjeux ? Les peintures rupestres sont une trace de la première rencontre entre l’homme et l’animal, révélant une finesse et une complexité de la relation homme /animal que nous avons perdue. L’homme peint l’animal sur les parois de la grotte et non lui-même, comme si l’animal n’était pas que le prédateur mais aussi ce qui interroge ce que nous sommes. L’animal, c’est l’autre et il est mystérieux par la puissance qu’il manifeste. Par ces représentations, l’homme reconstruit le monde, se situe dans ce monde et communique avec l’âme des animaux. Mais alors, quand y-a-t-il renversement entre l’homme et la nature?

Il faut du coup noter que l’intitulé du sujet montre un positionnement anthropocentrique et que l’on pourrait renverser la question : l’homme, quel intérêt ? D’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on parle de l’animal ? N’est-il pas une énigme pour nous ? N’est-il pas ce qui présentifie l’énigme du vivant, nous présentant ce qui semble avoir la plus grande proximité avec nous ? Si l’on peut entendre la peur qu’il a pu susciter, l’on voit aussi comme il peut présenter quelques similarités avec les humains (ils ont leurs propres configurations, empruntent des choses à la nature pour s’en servir...) Or, ceci peut déranger, confortés que nous sommes par une représentation biblique qui fait de l’homme un être supérieur. En ce sens, la sexualité sera renvoyée à l’animalité (le spirituel du coté de l’humain, les pulsions du côté du bestial). Cette représentation de supériorité a pu faire croire à l’homme qu’il avait droit de vie et de mort sur les autres êtres vivants et qu’il pouvait éradiquer le monde sauvage par la domestication.

Mais, qu’est-ce qui anime l’homme lorsqu’il veut domestiquer ? Au-delà de la peur (relation à l’étrangeté), l’animal est pour nous un miroir. Nietzsche explique que ce que nous ne supportons pas chez la vache, c’est qu’elle est sereine, toute occupée à brouter l’herbe du pré, là où nous sommes morcelés parce que nous sommes des êtres conscients. L’animal est cet être qui à la perfection de pouvoir s’en sortir seul et nous renvoie de ce fait à notre propre faiblesse, à notre difficulté à organiser une société. Il est entre-les-choses(inter-esse) et il est plus entre les choses que nous, étant dans un rapport immédiat à l’environnement. Nous, nous nous représentons le monde et sommes, du fait de cette représentation, dans une mise à distance vis-à-vis de la nature. C’est là que nait la hiérarchie, supportant mal cette image renvoyée par l’animal (aucun n’a inventé la shoah et les univers concentrationnaires, reproduits d’ailleurs dans les élevages intensifs).

De même que l’enfant se donne le sentiment illusoire d’une puissance en arrachant les ailes de la mouche ou en tirant la queue du chat, nous construisons une domination illusoire ; nous tentons de prouver notre absence de peur par la puissance technique et scientifique. Nous tentons aussi d’occulter nos difficultés de maitrise de nos pulsions par un angélisme pour l’animal domestique (nous voudrions bien être contaminés par sa douceur). Le danger n’est pas que pour l’animal (bien que le malheureux n’ait effectivement rien demandé!) mais aussi pour nous quand nous manifestons une telle "bêt-ise". L’animal nous renvoie à tout ce qui peut nous déranger de nous mêmes ou chez l’autre, nous effrayer : nos insuffisances, nos pulsions...

Si nous parvenons à changer notre regard, cohabiter avec le plus stigmatisé (le loup ne connait pas les frontières, ce qui ne l’empêche pas de développer des relations pacifiées avec les autres meutes), le plus difficile à gérer, le plus effrayant, alors peut-être pourrons-nous vivre ensemble, faire un monde commun (humains et non-humains).

Pour Métaphores, VB

 

23 septembre 2016

Résumé Apéro-philo 19/10/16 L'homme, mesure de toutes choses

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"L'homme est-il la mesure de toutes choses ?"

Résumé :

 1)   Protagoras (485–411) déclare : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent, qu’elles existent, de celles qui n’existent pas, qu’elles n’existent pas ». Existe, selon lui, ce qui peut être senti, perçu, expérimenté, à partir de quoi chacun peut se former une opinion. D’une certaine manière toutes les opinions sont vraies, dans le concert infini des opinions. Ce qui n’existe pas c’est ce qui échappe à toute saisie perceptive, dont aucun savoir n’est possible. Cette seconde affirmation bouscule allègrement la tradition selon laquelle c’est le dieu qui est la mesure de toutes choses. Mais pour Protagoras l’existence des dieux est pour le moins sujette à interrogation, ce qui lui valut un procès et l’exil loin d’Athènes.

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 2)   « Toutes choses » sont incertaines parce qu’il n’y a pas de fondement. Dans le fameux mythe de la distribution originaire des qualités, par Zeus, les animaux sont heureusement pourvus, qui de griffes, qui de carapace, d’ailes ou de pattes agiles, seul l’homme est sans ressources naturelles, l’oublié de la création, démuni, surgissant vagissant et nu dans un monde qui n’a que faire de lui. L’homme est une erreur de la nature, privé d’instinct et de force naturelle. Ni les dieux ni la nature ne lui servent de fondement, il est condamné à tirer de soi-même les moyens de la survie, d’où la technique, le langage, le droit et l’institution politique. C’est l’homme qui, bon an mal an, fait la mesure des choses, distinguant le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le beau et le laid. C’est affirmer fortement qu’à défaut de la vérité c’est l’usage et la convention qui font mesure, et eux seuls. Montaigne se souviendra de cette leçon.

 3)   Mesure : c’est d’abord le bâton qui permet d’établir une distance, et donc de comparer des distances (le mètre, mètron). Mesurer c’est se servir d’un étalon pour calculer,comparer, fixer des rapports. Mais où trouverons-nous des critères de mesure si les dieux s’absentent, nous laissant livrés à nous-mêmes ? Seule la convention peut décider, fixer le critère, il est vrai de manière tout à fait arbitraire : qui justifiera la longueur du mètre, le découpant en centimètres et millimètres, ce qui ne fait que reporter le problème, jusqu’à cette béance du fondement. De même pour tout raisonnement, qui exige un autre raisonnement pour le fonder, et nous laisse pour finir dans l’incapacité de raisonner : on pose alors des axiomes ou des définitions, indémontrables, à titre de fondement conventionnel. De même pour les institutions humaines, qui, à l’examen, révèlent leur caractère arbitraire, lequel ne les empêche pas de fonctionner, comme on voit dans le droit : pour quoi la loi ? Parce que c’est la loi. On peut critiquer toutes les lois, mais on ne peut s’en passer si l’on veut sauver l’humanité.

 4)   Cela étant y a-t-il une « bonne loi » ? Dans l’absolu la question est idiote. Il y a des lois, conventionnelles et imparfaites. Tout au plus peut-on préférer certaines lois à d’autres, par exemple préférer la loi démocratique à la loi tyrannique. A défaut de « vrai » on tablera sur le préférable, le souhaitable, l’utile et l’efficace. C’est le choix de Protagoras : former des citoyens instruits, lucides et intelligents, qui savent manier la parole comme un pouvoir d’explication, de contestation, parole éminemment politique.

 5)   Le débat portera largement sur la question de la mesure. Le terme est ambigu en français, désignant tantôt un étalon purement géométrique ou physique - le mètron du grec – et tantôt une appréciation morale, « un homme mesuré » qualifiant l’équilibre, la tempérance, par opposition à la « démesure » du tyran, de l’avaricieux, de l’intempérant – l’hubris en grec. Question tout à fait sérieuse car si l’homme fait la mesure, rien ne l’empêche de basculer dans la démesure et de faire de la démesure même la mesure collective. Qui est fou quand tout le monde est fou ? ou pour dire comme Montaigne qu’est ce qui branle quand tout branle ? Par la phrase de Protagoras nous sommes plongés dans une incertitude universelle, où le vrai, le juste et le beau ne se distinguent du faux, de l’injuste et du laid que par la sagacité du législateur : d’où, encore une fois, la nécessité de l’éducation, de la formation morale et d’un gouvernement sage.

 6)   Un autre débat important se déroulera sur la question de la science. Dans un tel monde une science est-elle possible ? Evidemment, à condition de poser nettement que la science ne peut dire le vrai (on ne peut sortir de la représentation pour saisir le réel comme tel à la force du poignet), ce qui ne la prive pas d’un pouvoir de rectification : écarter patiemment les erreurs, les préjugés, les représentations caduques. On peut voir dans la méthode scientifique, plus que dans ses résultats, une école de formation de l’esprit, une discipline de pensée qui, à défaut de nous révéler un mystère qui nous échappera toujours, nous aide à épurer notre jugement. Le groupe évoque le fameux texte de Pascal sur les deux infinis (disproportion de l’homme) où l’on voit que tout centre se dérobe (« le centre est partout et la circonférence nulle part ») et que notre pauvre mesure, sans fondement mais indispensable, se perd dans le sans-mesure d’un univers colossal.

 7)   Nous n’avons pas la mesure du vrai, il y faudrait une puissance divine qui nous manque. Avec Protagoras l’homme, l’humanité, prend conscience de sa véritable position dans l’existence. On peut y voir une position nihiliste. On peut aussi y lire une leçon de courage. Nous voici responsables de ce que nous pensons et faisons. Il est de la première urgence de créer « de bonnes mesures » si nous voulons donner à l’humanité un espace et un temps pour la vie, qui ne peut être pour nous que le temps de la conscience.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

 

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15 mai 2016

Résumé du café-philo du 14/06/16 : Repenser la nature

Café-philo

          Le prochain café-philo s'est tenu le mardi 14 juin 2016 à 18h45 au café (associatif) La Coulée douce, Cité des Pyrénées, rue Berlioz à Pau (activité libre et gratuite). Le sujet voté par les participants à partir de leurs propositions fut :

Comment repenser notre rapport à la nature ?

Résumé de la soirée :

1)      S’il est bien question de nos jours, où tant de dangers menacent la vie sur la planète, de repenser notre rapport à la nature, on se demandera s’il a bien existé par le passé une authentique pensée de ce rapport. Rien n’est moins sûr, car si l’homme s’est adapté bon an mal an, s’il a prospéré en se répandant sous toutes les latitudes au fil de son histoire, il a sans doute agi plus par instinct de survie que par réflexion. Toutes les organisations vitales tendent à occuper voire à coloniser leur milieu pour s’assurer les meilleures conditions de développement. L’espèce humaine s’est aménagé une position dominante qui, paradoxalement, peut apparaître comme le plus grand danger pour sa survie.

 2)      Interrogeant le passé on peut décrire deux conceptions majeures. Très longtemps domine la pensée animiste qui peuple la nature d’esprits ou de génies dont il importe de se concilier les faveurs par des offrandes ou des prières. La nature est sacrée, inviolable, toute puissante, redoutable, et c’est essentiellement par la magie ou le rite que l’on peut exercer une action, parallèlement aux ressources très limitées d’une technique rudimentaire, qui ne modifie pas l’environnement et se contente de tirer parti des bénéfices immédiats. Puis, avec les progrès de la connaissance rationnelle, se développera, fort tard au demeurant, une science efficace qui inspirera une technologie  conquérante, capable d’utiliser, ou de libérer l’énergie au profit de l’exploitation méthodique des ressources naturelles. La nature, désacralisée, devient une réserve indéfiniment exploitable, soumise au projet prométhéen énoncé par Descartes : « devenir comme maître et possesseur de la nature ». Certains auteurs proposent d’appeler « anthropocène » le nouvel âge géologique où nous sommes, marquant par cette notion une situation inédite dans l’histoire de la terre, où l’humanité apparaît comme un des facteurs de l’évolution, par l‘action qu’il exerce sur le climat, le sol et le sous-sol, les cultures, voire les océans, modifiant de la sorte les conditions naturelles, sans que l’on puisse prévoir les effets à terme : par exemple la disparition des abeilles, la pollution des océans, la fonte de la banquise et des glaciers. L’homme est devenu un partenaire de l’évolution géologique, mais il n’en a pas forcément conscience. C’est là que notre sujet prend toute sa signification : quelle nouvelle pensée de la nature ?

3)      L’époque contemporaine, portant cette conception à l’extrême,  se caractérise par la domination unilatérale d’une puissance quasi illimitée, née de la conjonction historique de trois puissances étroitement intriquées : la science expérimentale, la technologie impériale, le financement privé ou étatique. D’où la naissance de gigantesques « firmes » mondialisées qui jouissent d’une sorte de monopole de l’inventivité, dans tous les domaines, et qui semblent même échapper à toute législation. Elles entraînent l’humanité dans une course effrénée vers le maximum de profit, sans considération critique sur les effets éventuels de cette « mobilisation infinie » (Sloterdijk). Ce n’est là, cependant, que l’aspect le plus visible d’une tendance générale que l’on peut observer dans tous les secteurs de la vie publique (entreprises, écoles, administrations, hôpitaux, services sociaux etc)

4)      Le groupe, enfin, interroge un autre aspect de la question : faut-il repenser notre propre nature d’être humain, car si l’homme a conquis la planète et se comporte en super prédateur c’est bien qu’il y a en lui une disposition conquérante, une aspiration infinie, une volonté de puissance qui préside aux plus grandes réalisations, mais qui a son côté sombre. Où est la limite ? S’il n’est plus possible de revenir en arrière, on se demandera où aller, et pour quoi faire ? Peut-être le seul choix qu’il nous reste est-il entre le capitalisme sauvage et la Civilisation. Peut-être que, sous ce rapport, les Anciens ont encore quelque chose à nous dire.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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24 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo - 24/11/15 - Penser la nature ?

Apero philo

 

L' Apéro-philo du mardi 24 novembre 2015 s'est tenu exceptionnellement à l'Ecole Supérieure de Commerce (ESC) de Pau. Nous avons eu l'occasion d'intervenir dans le cadre de la préparation à la Semaine de la Philosophie qui se tient du 30 novembre au 05 décembre dans les locaux de l'ESC sur le thème de la Nature.

Notre sujet fut : Penser la nature ? 

      "Nous ne savons pas ce qu'est la nature et ne pouvons pas le savoir. Au cours des siècles, et selon les paradigmes de leur culture, les civilisations humaines ont développé diverses représentations, animistes, thélogiques, métaphysiques ou scientifiques. Aujourd'hui, dans un état du monde marqué par le triomphe de la technologie et la globalisation, mais également par de graves incertitudes sur l'avenir, on se demandera s'il n'est pas urgent d'interroger notre paradigme de croissance indéfinie et d'"arraisonnement" de la planète. Une nouvelle vision du rapport de l'homme à la nature peut-elle naître de ces interrogations ?"    

Pour Métaphores, GK

 

Pendant un peu plus d'une heure, les philosophes de "Métaphores" ont présenté tour à tour divers enjeux permettant d'engager la discussion avec le public. En voici un résumé.

1)        Partant de la double étymologie, grecque et latine, Guy Karl est intervenu sur "le sens de la nature", sur ce rapport intime qui relie l'homme à cette ressource inépuisable qu'est la Physis (telle que les Grecs l'ont pensée dès l'Antiquité) et qui constitue l'origine féconde de la création. La modernité, de ce point de vue, a perdu ce sens de l'originaire, remplacé par un désir furieux d'emprise, de conquête et de maîtrise dont le mercantilisme contemporain représente le triste parangon. L'idée de la contemplation, chère aux Anciens peut-elle encore faire sens ? Et avec elle, cette belle intuition léguée par Anaximandre selon laquelle la nature illimitée (Apeiron) nous donne à méditer le sentiment tragique de la vie ?

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2)       Peut-on seulement penser la nature et de quelle manière ? Didier Karl a interrogé à partir des thèses d'Auguste Comte, les trois paradigmes dominants à travers lesquels les sociétés humaines se sont liées à un Réel primitivement incompréhensible et hostile. Passant d'un mode d'appréhension théologique, puis métaphysique et scientifique, l'esprit humain a construit une relation à la nature déterminée par un "impensé", par une structure mentale inconsciente constituant un mythe grâce auquel cette relation a pu prendre sens. Science et technologie peuvent alors se comprendre comme des mythes contemporains, comme des récits au service d'une conquête infinie et d'un pouvoir sur une nature devenue rentable et dont le caractère mystérieux aurait disparu.

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3)        Il devient urgent d'interroger la désacralisation de la nature, caractéristique de la modernité dans laquelle la technique joue un rôle central. Tel est l'enjeu de cette troisième intervention proposée par Marie-Pierre Carcau. Les analyses de Martin Heidegger (Essais et conférences) sont convoquées pour penser la distinction entre "technique artisanale" et "technique moderne". Si la première prolonge les formes naturelles à l'image de l'outil (imitant la nature), entretient une connivence entre homme et nature, la seconde manifeste un défi, une défiance, une rupture du lien sous la forme d'une agression. L'image du fleuve dont le cours est stoppé par une centrale illustre le propos et symbolise le processus d'intervention catastrophique de l'homme sur le dynamisme naturel. Tel est le sens de l'arraisonnement ou interpellation de la nature, fonds de réserve désormais exploitable mis à disposition des ambitions humaines et des intérêts. 

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4)       Comment renouer un lien qui puisse respecter les équilibres naturels sans engager l'homme dans une régression technique ou dans une attitude passéiste ? Procédant de quelques rappels de bons sens, David Pourille a envisagé la constitution de nouvelles relations à la nature fondées non pas sur un romantisme désuet mais sur la possibilité d'un contrat moral passé avec elle. L'idée du principe responsabilité de Hans Jonas est mobilisée dans ce sens. La nature peut-elle devenir sujet de droit ? Que peut signifier ici le terme de "sujet" et pour l'homme, quels devoirs et quels impératifs ? Il semble que ce soit davantage en termes de partenariat ou de congruence, en référence à Herbert Marcuse, que l'homme doive penser le rapport entre technologie et nature. Mais un tel partenariat présuppose la reconnaissance de réelles solidarités qui nous rappellent notre essentielle et définitive appartenance à la nature.

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         Résumé pour Métaphores, DK

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