03 février 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 24/02/15 : médecine et philosophie

Apero philo

L'Apéro-philo du 24 février 2015 s'est tenu au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

"Si l'homme était un, il ne serait jamais malade"  Hippocrate de Cos (fondateur de la médecine occidentale)

         A l'occasion de ce sujet, nous avons eu le plaisir de recevoir Philippe Marchat, médecin homéopathe, pour réfléchir avec nous sur le rapport de la santé à la maladie. Son expertise et sa pratique nous ont permis d'aborder et d'approfondir des enjeux essentiels :

                     

I          Présentation 

           Faut-il penser que la maladie est le signe, ou le symptôme d'une division interne, dans l'organisme physique lui-même, entre le physique et le psychique, voire entre l'homme et son environnement, comme le suggère Hippocrate ? Peut-on remédier à cet état de fait, qui semble plus évident aujourd'hui, dans notre culture morcelée et morcelante ? Comment comprendre la notion de santé ? N'est-elle que l'absence de maladie, ou la capacité de vaincre des maladies lorsqu'elles surviennent, vu qu'il est bien difficile de les éviter toutes ?

II          Résumé de la soirée 

1        La citation exacte, extraite du « Traité de la nature humaine » est : si l’homme était un, il ne serait pas sujet à douleur. Le mot grec est « algie », que la médecine actuelle utilise pour désigner certaines affections morbides. Il s’agit donc bien de maladie, opposée à la santé, conçue comme « unité «  organique. Mais quelle sorte d’unité, s’il est patent que le corps est composé d’une grande quantité d’éléments fort dissemblables. On rappellera au passage l’héritage d’Empédocle qui avait thématisé pour des siècles la théorie des quatre éléments (terre, eau, air et feu). La médecine antique décrit quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune et bile noire) et quatre tempéraments de base (sanguin, phlegmatique, nerveux et bilieux), ainsi que quatre qualités (sec, humide, chaud et froid) d’où une combinatoire générale des humeurs, éléments, tempéraments et qualités, avec des correspondances subtiles dont la logique peut aujourd’hui nous échapper. Quoi qu’il en soit, l’unité de l’organisme apparaît d’emblée comme un problème. Ce ne peut être l’unicité d’un seul principe mais plutôt une synthèse plus ou moins harmonique ou dysharmonique, une unité complexe et mouvante.

 2        La tradition hippocratique a dominé la médecine pendant quinze siècles, mais subit une éclipse suite aux progrès de la biologie scientifique. L’hippocratisme est dynamique et holistique : elle étudie l’homme dans sa globalité en interaction avec le milieu (climats, saisons, alimentation etc). La maladie résulte d’un dysfonctionnement, d’un déséquilibre, d’une rupture de l’unité interne. Pour la médecine moderne il s’agit plutôt de chercher des causes repérables (bactéries par ex) et d’agir sur l’organe malade. D’où aussi un découpage en spécialités (pneumo, cardio, uro etc) pour augmenter l’efficacité des traitements. Cette médecine « mécaniste » est particulièrement opérante dans le domaine de l’infrastructure organique (os, viscères, organes, peau, muscles etc) et on lui doit incontestablement un allongement significatif de la durée de vie. Mais elle ne soigne pas au niveau du « vivre », là où s’exprime si souvent la douleur du patient, dans son stress au travail, insomnie, allergies, troubles alimentaires, et autres. C'est pourquoi il importe d'opérer, selon Philippe Marchat, une distinction entre une "médecine du survivre" (mécaniste) et une "médecine du vivre" (holistique). Sans cette distinction, il en résulte souvent une déception du patient, qui s’estime mal entendu par la médecine scientifique, mal compris au terme d’une interminable course aux spécialistes, sans résultat probant. A force de découper les corps, on perd de vue cette fameuse unité complexe et vivante qui définit l’ « individuum », le « non divisible » qui fait la singularité du patient.

  3        Question d’un interlocuteur : « Mais qu’est-ce qu’un corps ? Nous parlons du corps, mais nous ne savons pas ce que c’est que le corps ! ». Le corps est-il une machine démontable en pièces séparées, comme le veut la médecine moderne ? Mais n’est-ce pas là une médecine de « macchabées » - dont le cadavre serait le symbole achevé ?

 Retour à la question – qu’est-ce donc que cette « unité » dont parle Hippocrate ? Le corps est senti et sentant, perçu et percevant, vivant et vécu, source perpétuelle de plaisir et de douleur, évolutif, changeant – et vivant dans une temporalité subjective, mais aussi familiale, régionale, « historique », marquée par l’histoire des générations d’avant, si bien qu’on ne peut séparer le corps d’une conscience ou d’un inconscient, d’une psyché, aussi réelle en somme que la matérialité apparente et évidente du soma. L’unité est à entendre comme réalité complexe et indivisible d’un tout somatopsychique, ce dont témoignera abondamment chaque patient, dont la douleur est autant celle de la psyché que du soma. Là encore nos classifications dualistes sont trompeuses et sources d’erreurs thérapeutiques.

 4        Une longue discussion s’ensuit qui porte sur le rapport du praticien et du patient : entendre, écouter, diagnostiquer, soigner, soulager ou guérir ? Medicus curat, natura sanat : le médecin soigne, la nature guérit (quand elle n’emporte pas le malade dans la mort, ce qu’elle finit par faire de toute façon !)

          Le grand enseignement de cette soirée aura été, outre la définition d’une approche plus humaniste de la personne du patient, une vision infiniment problématique et questionnante de cette indéfinissable mais nécessaire idée d’unité – synthétique, complexe, mouvante, adaptative, inventive – de l’indivisible corps-esprit, mais aussi de ses rapports problématiques avec son « environnement », de son milieu, bref de son inscription dans la nature englobante.

         Pour Métaphores, GK

 

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Résumé du Café-philo du 12/02/15 : Science et réel

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          Le café-philo du 12 février s'est tenu au Pub-restaurant chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) de 18h45 à 21h10. Huit sujets ont été proposés au vote. 

Sujets proposés :

 Le contraire d’un peuple civilisé c’est un peuple créateur

Le présent peut-il échapper à la mémoire, ou s’affranchir de la mémoire ?

Quelle différence entre le désir et la volonté ?

Vivre et penser s’opposent-ils ?

Avec 9 milliards d’habitants sur la terre être soi est-ce possible ?

Il y a dans les grands hommes plus à admirer qu’à mépriser

La croyance est-elle inhibitrice ou exaltatrice de soi ?

 

Le sujet retenu collectivement et traité lors de la soirée fut :

"La science nous donne-t-elle accès au réel ou le masque-t-elle ?"

 Animation et synthèse : Guy Karl

 1        Plutôt que de parler de La science il faudrait parler des sciences. Chacune se propose de traiter d’un aspect de la réalité, créant son objet propre et ses méthodes en se différenciant des autres. D’où un éclatement des savoirs, avec une spécialisation accrue. On observe en outre une accélération des recherches, et un souci de plus en plus évident des applications pratiques. Les sciences ont-elles pour finalité la connaissance du réel ?  Ou bien est-ce une illusion de croire qu’elles sont en mesure de débusquer le réel ?

 2       On reconnaît volontiers aux sciences une valeur de connaissance et d’efficacité, dont les retombées sont partout visibles. De plus elles contribuent à créer une nouvelle image du monde qui souvent  contredit la perception immédiate et la tradition. En somme elles produisent de la réalité, mais cela signifie-t-il que nous ayons le moyen de sortir de la représentation, d’avoir accès au réel en soi et pour soi ?

 3      Toutes nos créations scientifiques, nos lois et nos théories sont des images. Ces images elles-mêmes évoluent avec le temps et l’avancée des recherches. Un paradigme chasse l’autre. Comment saurions-nous que nous disons vrai ? Tout au plus pouvons-nous supposer que nous disons un peu moins faux, en rectifiant, révisant, amendant nos paradigmes successifs.

 4    « Nous n’avons pas de communication à l’être » (Montaigne) – ni au réel. Il faut savoir reconnaître les limites de la connaissance et admettre notre incapacité à sonder le réel insondable. La science ne donne pas accès au réel, mais ne le masque pas davantage, si la nature du réel nous demeure inaccessible et inconnaissable.

  GK

 

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02 février 2015

Résumé du Cercle Littéraire du 05/02/15 : Camus

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Le cercle littéraire du jeudi 05 février 2015 animé par Janine Delaitre s'est tenu au Pub-Restaurant "Chez Pierre", 14 rue Barthou (Pau) sur le thème suivant :

 L'absurde, la révolte et l'humanisme - Albert Camus

Présentation et résumé de la soirée :

1) Présentation

     « Écrire, ma joie profonde ». Qui aurait pu imaginer que le petit garçon d'un quartier pauvre d'Alger,orphelin d'un père tué à la guerre de 14 et fils d'une mère analphabète se verrait un jour consacré par un prix prestigieux entre tous , le Prix Nobel de Littérature, et deviendrait une des voix les plus marquantes du XX°siècle ?

       C'est par le journalisme qu'Albert Camus entra en littérature . Très tôt, s'affirment le combat contre l'injustice, et le besoin de donner la parole à ceux qui n'ont pas accès aux mots. A travers l'écriture de romans, de pièces de théâtre et d'essais , il poursuit une quête inlassable , ponctuée d' interrogations simples mais fondamentales : ses personnages dévoilent ses inquiétudes face au mal, à la souffrance, à la mort. De Meursault, l'énigmatique « étranger » au docteur Rieux pour qui l'essentiel est de « bien faire son métier »  en passant par Clamence, taraudé par le remords, Camus questionne inlassablement l'existence humaine, absurde, mais dont le sens est à construire.

      Cependant, si l'œuvre de Camus incarne et analyse tour à tour ces inquiétudes, elle célèbre aussi la beauté du monde, le soleil, la mer, la joie d'être et les noces avec le monde. « Pensée de midi » qui dissipe les brumes de la peur.

        Quelques œuvres majeures de CAMUS :

des romans : L'étranger La peste  La chute, Le Premier homme (oeuvre posthume et autobiographique)

des essais : Le mythe de Sysiphe, L'Homme révolté

des pièces de théâtre : Caligula, Le malentendu, Les Justes

Lettres à un ami allemand

Des articles de journaux, en particulier La profession de journaliste et le texte de son discours à la réception du Prix Nobel Discours de Suède. 

II) Résumé

             Le Cercle littéraire consacré à Albert Camus a débuté sur l'évocation des divers visages de cet auteur: l'homme de théâtre, le romancier, l'essayiste, l'intellectuel engagé. La discussion s'est ouverte sur la position de Camus dans la Guerre d'Algérie: son attachement à sa terre natale, son désir de justice lui ont fait envisager une solution qui ne léserait aucune des deux communautés, et ont motivé ses appels à la paix. Le film "Loin des hommes" de David Oelhoffen librement inspiré de la nouvelle L'Hôte, tirée de "L 'Exil et le Royaume" reflète d'ailleurs ces préoccupations.

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       Cette question, ainsi que la divergence sur l'attitude à adopter face à Staline et à l'URSS, a alimenté le conflit avec Sartre. Les "Lettres à un ami allemand" rappellent l'importance de la tolérance et le choix de valeurs centrées sur l'homme.

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        Cela  conduit le groupe à s'interroger sur l'humanisme revendiqué par Camus comme réponse à l'absurde et manière d'être au monde pour l'homme révolté . Est défendu cet engagement, fraternel et solidaire, parfois sous-estimé : on rappelle les formules assassines: "morale de boy-scout" ou encore "morale de la croix rouge ". Or, devant le scandale de la souffrance, qui s'éprouve et ne se raconte pas, celle ajoutée par l'homme à l'ordre du monde, il faut agir et combattre inlassablement.
       Comment interroger la pensée de Camus aujourd'hui ?  L'humanisme est-il mort ? Dans le vide du sens et de l'existence, il s'agit de penser autrement le rapport avec nous-mêmes. L'homme doit trouver une norme non auto référencée pour vivre. On ne peut pas sortir de l'humanité, mais il devient indispensable de reconsidérer la place de l'homme dans le monde.
        L'influence de la pensée philosophique de Camus est éclairée par ses combats ; il n'est pas un philosophe au sens traditionnel du terme, il ne conceptualise pas beaucoup. Cependant, c'est un grand penseur, qui donne à penser : Il reste une figure majeure de l'intellectuel engagé. 

     JD   

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27 janvier 2015

Résumé de l'Apéro-Philo du 27/01/15 : scepticisme et vérité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo s'est tenu au pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou à Pau) , le mardi 27 janvier à 18h45 sur le sujet suivant :

                     "Le vrai sceptique se moque-t-il de la vérité ?"

L’animateur, comme à l’accoutumée, met en place la problématique :

           Vrai sceptique s’oppose à sceptique au sens commun, lequel se définirait par la propension à « douter de toute chose » (Littré), sans que l’on sache si c’est par affectation ou par une véritable intelligence de la complexité. Il dit prendre ses distances, réfléchir, mais cela peut être par pusillanimité, faiblesse ou incertitude constitutionnelle. Le vrai sceptique, s’il existe, se réclame d’une réflexion méthodique sur les limites de la connaissance.

           S’agit-il de nier toute valeur au savoir, de mettre en évidence les faiblesses de l’esprit humain, de la perception et de la raison, alors se pose la question de la vérité. Quel rapport le « vrai » sceptique entretient-il avec la vérité ?

            On peut penser, en première lecture, qu’une telle doctrine nie purement et simplement l’idée même de vérité, y décelant une escroquerie, une chimère, un idéal pompeux et vide. Mais alors on sombre fatalement dans le relativisme le plus  stérile : « à chacun sa vérité »- ce qui équivaut à un enterrement pur et simple de la vérité – car il n’est de vérité que par un effort de dépassement de la subjectivité immédiate vers  l’universel. Une pensée sceptique peut-elle se référer à l’universel sans se nier dans son principe même ? Avons-nous, en tant qu’humain, quelque possibilité de penser un universel qui ne soit pas une chimère ?

        Le scepticisme fait la critique impitoyable du savoir – voir les dix tropes d’Enésidème qui décline les impossibles de la connaissance – à partir de la maxime fondamentale de Démocrite : « L’homme doit connaître au moyen de la règle que voici : il se trouve écarté de la réalité ». Cette phrase énonce magnifiquement le paradoxe sceptique : il faut connaître – que nous voilà loin de la paresse, de la mollesse prêtées au scepticisme – mais non pas en croyant saisir la nature ultime des choses (dogmatisme), tout au contraire, en posant au préalable cette aporie, cet impossible : nous n’avons aucun moyen d’entrer en relation avec la réalité réelle – le réel en soi et pour soi. Notons que Montaigne réitère parfaitement la même idée dans sa phrase célèbre : « Nous n’avons aucune communication à l’être ».

          Le problème posé trouve sa solution, si l’on accepte de penser que le savoir n’est pas la vérité, que le savoir ne peut être que relatif, évolutif, « historique », indéfiniment amendable et renouvelable (ce que monte l’histoire des sciences), et qu’une vérité n’existe qu’ à la condition d’être universelle et intangible. Retour à la question : qu’est ce qui, pour l’homme, fait vérité ?

          Je note que le groupe en est resté au seuil de cette question. Il faudrait une nouvelle séance pour traiter ce point difficile. Permettez-moi, à titre personnel, d’esquisser une ouverture. C’est Démocrite qui en fournit l’abord : l’homme est écarté de la réalité – voilà une formulation universelle, intangible et indépassable. En un mot la vérité n’est pas le savoir, mais l’impossibilité du savoir.

        Ce qui ne signifie pas que nos savoirs soient vains, simplement il importe d’en reconnaître et d’en assumer l’indépassable limitation.

                   GK

 

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22 janvier 2015

Résumé de l' Atelier-Philo du 22/01/15 : justice et injustice

Atelier-philo

          Le premier Atelier-philo a fait dialoguer le droit et la philosophie. Nous avons accueilli à cette occasion Denise Pombieillh, avocate à la cour de Pau, pour aborder collectivement et dans le cadre d'une discussion ouverte et d'une grande richesse, le sujet suivant : (animation et synthèse : David Pourille)

 

          Comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste ?

 

           Le but de l’atelier philo-droit a été d’ouvrir une réflexion sur la question « comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste » à partir du regard du droit, représentée par une avocate du barreau de Pau, et de celui de la philosophie, représenté par l’animateur de l’atelier.

           La présentation de la question : 

          La présentation du côté du droit a consisté dans un exposé précis du processus juridique conduisant à la décision de justice – l’arrêt, le jugement de justice. Ce processus de décision s’élabore à partir du syllogisme juridique, triptyque de la loi, à laquelle on soumet le fait à juger, et la décision qui en découle. Par ailleurs, deux conceptions de la justice existent dans la procédure judiciaire française : la justice commutative s’appuyant sur l’égalité ; et la justice distributive s’appuyant sur la proportionnalité, sur la prise en compte des parties (leur état de nécessité, les circonstances atténuantes…).

        D’emblée le parallèle entre droit et philosophie a été aisé à dresser puisque tant le syllogisme que la distinction justice commutative et distributive ont été théorisés par la philosophie, Aristote précisément.

          La présentation du côté de la philosophie a consisté quant à elle dans une critique de quelques grandes conceptions de la justice, celle d’Aristote et celle du droit naturel en particulier. Car que ce soit le critère aristotélicien de juste milieu entre l’excès et le défaut et le critère de justice existant dans un droit naturel surpassant les lois écrites du droit positif, rien ne s’impose dans son évidence et son universalité.

          Le débat :  

           A partir de cette double présentation, le débat s’est articulé autour de deux questions : quel pourrait être ce critère du juste et de l’injuste ? Et, l’idéal de justice confronté aux décisions de la justice conduit-il à un échec ou à une réussite ?

           Pour la première question, deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour un critère du juste et de l’injuste dans le sentiment de justice, l’intuition naturelle. Une autre tendance a penché pour un critère s’inscrivant dans la loi écrite, dans le droit positif ; loi et droit certes imparfaits mais corrigibles et évolutifs.

            Pour la seconde question, là aussi deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour une limitation de la justice à une simple sanction ou répression sans portée réparatrice. Une autre tendance a penché pour une issue réparatrice pour la victime et rééquilibrante pour la société.

         Les conclusions :

           D’une part, la justice est imparfaite, certes, mais parvient néanmoins à des résultats éducatifs, voire prophylactiques. D’autre part, le critère du juste et de l’injuste est sans doute moins à chercher dans une tradition ou dans les subjectivités des individus qu’à construire. Ce critère serait un projet à élaborer au sein d’une discussion collective argumentée et ouverte. Sans doute son point de départ pourrait être la prise en compte du respect de la personne humaine dans tous les champs de ses activités (créatrices ou productives)  et dans toutes les relations qu’elle entretient avec ce monde et cet environnement naturel radicalement modifiés.

             DP   

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15 janvier 2015

Résumé du café-philo du 15/01/15 : barbares et culture

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            Le café-philo du jeudi 15 janvier 2015 s'est tenu "Chez Pierre" 14 rue Barthou à Pau à 18h45. Huit sujets ont été proposés, le groupe a voté à la majorité pour la question suivante :

                          Les barbares sont-ils nécessaires à la culture ?

     Un moment de stupeur initiale : barbarie et culture ne sont-elles pas diamétralement opposées, alors comment parler de « nécessité » des barbares ? 

         Premier temps : barbaros, pour le Grec, c’est l’homme qui ne parle pas grec. La première frontière, celle qui détermine l’altérité, est linguistique.  Barbaros c’est l’autre : autre langue, autres mœurs, autres dieux, autres croyances et valeurs. Sans doute l’autre, en face, fait-il de même : chacun est un barbare pour l’autre, et un « civilisé » pour soi-même. En général on ne veut pas voir cette réversibilité, troublante, qui fait vaciller le narcissisme spontané des peuples.

          Deuxième temps : suite sans doute « aux invasions barbares » qui ont détruit l’empire romain, les barbares sont assimilés à de tristes brutes sans foi ni loi, détruisant tout sur leur passage : violence, cruauté, assassinats de masse etc. La barbarie, selon ce nouveau concept, interroge la nature de l’homme, son humanité même : la barbarie relève-t-elle d’une nature primitive et sauvage, ou d’une corruption inqualifiable de la culture elle-même, s’il est patent que les plus hautes cultures (par ex les Romains) n’ont pas lésiné sur les moyens d’asservir les cultures voisines (songeons à l’extermination partielle des Celtes, Gaulois et autres). Ici, à nouveau, nous retrouvons cette irritante réversibilité : le barbare c’est l’autre, mais pour lui c’est moi.

         Troisième temps : sans doute faut-il examiner de plus près la psyché humaine, et l’on y trouvera sans peine des tendances profondes à la violence, la haine, l’envie, le désir de meurtre : chacun porte en soi son barbare intime, son démon secret qu’il serait peut-être bon d’analyser. Nous en serions moins intolérants, et aussi moins naïfs ! Développer la conscience, un devoir éthique et politique.

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         Quatrième temps : retour à la question centrale : quelle est cette paradoxale « nécessité » qui s’imposerait à la culture, à chaque culture, d’avoir « ses barbares » ?

       On se pose en s’opposant : nous sommes ce que les autres ne sont pas. Spontanément, naturellement, par nature, chaque peuple construit sa sphère, son monde, son « cosmos » selon un principe de centralité : ethnocentrisme dira Lévi-Strauss, c’est-à-dire auto-centration, jugement spontané par lequel chaque peuple rapporte tout à soi, se fait centre du monde, s’autoproclame dépositaire (exclusif ?) de la vraie, de l’authentique humanité, les autres n’en étant que des exemplaires plus ou moins déficients : hiérarchie, et sentiment de supériorité. Cette tendance s’observe chez tous les peuples et n’offre pas d’exception. Et nous revoilà dans la réversibilité, tragique impuissance de l’esprit humain à concevoir la réciprocité dans l’espace d’une humanité inclusive.

       Dès lors il est inévitable, voire utile d’avoir des barbares : ce que je ne veux pas voir en moi, ma part refoulée et impensée, peut-être impensable, je la projette hors de moi, selon un mécanisme bien connu en psychanalyse, je la bloque et la réifie dans l’image d’un autre-fétiche, porteur de toute l’ « inhumanité » que je ne puis assumer en moi-même. Nous avons nos barbares comme nous avons nos fous, nos criminels, nos asociaux et autres déviants, paradoxalement « nécessaires » à la bonne conscience, à l’identité du groupe comme tel. Toucher à cette identité c’est provoquer d’immédiates réactions d’agressivité, ou, dans le meilleur des cas, de réaffirmation collective spontanée.

      Notre soirée débouche sur une question épineuse, qui se profile en filigrane, et qu’il serait bon d’exhumer : qu’est-ce que l’humanité ? Jusqu’à ce jour les hommes conçoivent l’humanité par élimination, exclusion de l’altérité (la société close selon Bergson), ce qu’illustre abondamment l’histoire incessante des conflits, guerres, colonisations et autres pratiques agressives. Vue la situation mondiale actuelle il serait temps de procéder à une profonde mutation anthropologique, et de déclarer que l’humanité contient l’ensemble des hommes de cette planète, selon un principe d’universalité dont les termes restent à définir.

          Pour "Métaphores", GK

 

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12 décembre 2014

Résumé du Cercle littéraire du 08/01/15 : Dostoïevski

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Le Cercle littéraire, présenté et animé par Janine Delaitre, s'est tenu le jeudi 08 janvier, au café-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) sur le thème suivant : 

 

 Ombre et lumière chez Dostoïevski 

 

        Fiodor Mikhaïolovitch DOSTOÏEVSKI    (1821-1881)

I)  Présentation

      « Dostoïevski est la seule personne qui m'ait appris quelque chose en psychologie », affirme Nietzsche à propos de ce géant de la littérature russe et mondiale. Son nom évoque aussitôt des titres emblématiques : L' Idiot, Crime et Châtiment, L'Eternel Mari,  Les Frères Karamazov mais aussi Souvenirs de la maison des morts, évoquant les terribles années de bagne en Sibérie ou encore Les Démons.

      Il faut dépasser l'inquiétude que peut susciter l'œuvre de Dostoïevski, réputée sombre et tragique, et oser se plonger dans son univers dense et fourmillant qui prend souvent pour cadre la ville de Pétersbourg, sordide et altière. S'y croisent et se heurtent des personnages inoubliables dans lesquels s'affrontent les grandes passions humaines et s'expriment les questions qui ont sans cesse taraudé l'auteur.

      Figures d'assassins, d'ivrognes, de débauchés à côté de visages purs illuminant la nuit la plus épaisse. Qui l'emporte alors dans cette lutte entre ombre et lumière, or et écorce ? 

 II) Résumé de la soirée  

        La présentation rappelle les moments importants de la biographie de Dostoïevski. Cette vie, digne d'un roman, commence à Moscou entre un père médecin, sévère et violent et une mère tendre. A Saint-Pétersbourg, il fréquente l'Ecole militaire mais ne ressent que peu de goût pour les matières scientifiques et techniques ; il perd très tôt ses parents. Jeune homme réservé et solitaire, il dévore les œuvres de W.Scott, Shakespeare, Sue, Balzac dont il traduira Eugénie Grandet. Une grande amitié le lie à son frère Mikhaïl ; très tôt,le jeune homme se découvre une vocation littéraire. D'abord bien accueilli avec sa première œuvre, Les Pauvres gens (1846), il est ensuite boudé. Ses premières crises d'épilepsie apparaissent (1848) ; il publie Les Nuits blanches sa fréquentation d'un groupe révolutionnaire lui vaut arrestation, simulacre d' exécution (1849) et quatre ans de bagne en Sibérie. De cette période date sa foi très vive.

         Au retour de ses huit années de peine, activités littéraires, vie sentimentale et voyages vont alterner : deux mariages en 1857, puis en 1867 ; des publications : Souvenirs de la maison des morts (1860), Humiliés et Offensés ; la revue Le Temps, (1861), Crime et Châtiment puis Le Joueur (1866) L'Idiot (1868) ; L'Eternel mari (1870) ; des voyages en Allemagne, à Paris, Londres, en Suisse, Italie, au cours desquels il cède au démon du jeu, sans cesse harcelé par le besoin d'argent.  Le retour à Saint-Pétersbourg en 1871 ouvre une période plus apaisée : Dostoïevski ne joue plus. Apprécié du nouvel Empereur, il devient membre de l 'Académie de sciences et de divers comités.  Il publie Les Démons, puis un mensuel, le Journal d'un écrivain, enfin Les Frères Karamazov (1880) , son dernier roman.

           Le projet de Dostoïevski : analyser et résoudre le mystère de l'homme pour devenir lui-même un homme ouvre la discussion. Son univers est peuplé d'êtres en souffrance qui incarnent la misère humaine et sa profonde dualité. Meurtres, suicides, vices, ivrognerie témoignent des tourments qui agitent les figures romanesques de cette œuvre foisonnante. Ainsi, Douce raconte le mariage d'un vieil homme fortuné et d'une jeune fille qui finit par se suicider. Le crime, mystérieux et injustifiable, est un thème récurrent. Le meurtre de la vieille usurière par Raskolnikov, n'est pas mis au service des idéaux qui semblent le motiver. Le film de Woody Allen, Match Point est convoqué pour évoquer la complexité de ces motivations.

          On remarque que l'univers de Dostoïevski présente de violents contrastes entre les situations et les personnages, au plus profond d'eux-mêmes. Le pouvoir occupe une place majeure dans les relations entre les gens ; la violence physique, verbale, morale est omniprésente. Cet aspect est particulièrement visible dans Les Frères Karamazov, unis dans leur haine pour leur père. Certaines scènes récurrentes la traduisent : la scène du cheval battu à mort pleuré par un enfant, scène vécue par l'auteur dans sa jeunesse, que l'on retrouve chez Nietzsche (Turin 1888). La culpabilité et la souffrance forment un couple indissociable ; mais la souffrance peut-elle éponger la culpabilité ? Dans cet univers de ténèbres, la lumière naît souvent de figures féminines : Sonia, Lisa figures angéliques de bonté et de pureté. Mais ces personnages ne sont pas dénués d'ambiguïté. Sonia se prostitue, une part de perversion se glisse dans certains personnages enfantins.

          Autre hantise repérée et analysée par Freud : le désir de parricide qui se révèle dans l'épilepsie du romancier : deux phases se succèdent lors de ses crises : un sentiment de triomphe peut-être lié à l'assouvissement de la pulsion, suivi d'une retombée. On retrouve cela dans le jeu, Dostoïevski s'appliquant à tout perdre comme pour mieux s'humilier et retrouver ensuite l'énergie créatrice.

          Le bouddhisme comme le christianisme soulignent que l'on peut sortir de la souffrance en invitant à en rechercher la cause. Car c'est l'ignorance qui nourrit la souffrance. La douleur est sublimée dans la création ; mais l'écriture ne le sauve pas. L'oeuvre de Dostoïevski sonde magistralement l'âme humaine, les ressorts subtils et secrets qu'elle met au jour habitent des personnages marquants ; ténèbres de l'âme humaine mais une espérance cependant, à l'image de l'amour absolu qui sauve Raskolnikov, rédemption lumineuse présente dans tous les romans.

                   Pour "Métaphores", JD

Les commentaires sont les bienvenus.

 

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11 décembre 2014

Résumé de l'Apéro-philo du 23/12/14 : folie et sagesse

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          L'apéro-philo du mardi 23 décembre s'est tenu sur le sujet suivant :

 

        Sujet : "Un homme sans folie est-il si sage qu'il croit ?"

          La soirée débute par la lecture de quelques extraits du Pseudo Hippocrate : « Du rire et de la folie », récit drolatique de la supposée « folie » de Démocrite. On y découvre que les habitants de la Cité d'Abdère ont fait venir le très fameux Hippocrate, pour diagnostiquer l'état du grand sage, créateur de la théorie des atomes. Celui-ci, saisi d'un rire étrange et récurrent devant les activités de ses contemporains et agissant de manière inintelligible, suscite leur inquiétude. Comment la sagesse d'un tel homme peut-elle cohabiter avec cette incompréhensible hilarité ? Le sage serait-il devenu fou ? Sagesse et folie seraient-elles comme l'eau et l'huile, deux réalités immiscibles ou se conditionnent-elles mutuellement ? Mais alors à quel niveau ? Et de quelle façon ? Voilà qui pose plutôt bien les termes de notre discussion de ce soir. 

        Nous écartons d’emblée la folie pathologique, la psychose, pour examiner la folie « ordinaire ». Mais celle-ci relève-t-elle d’une définition univoque ? Tantôt excès, exubérance, exaltation, démesure, déraison, conduite hors-norme, voire scandaleuse, tantôt inventivité géniale, elle déplace nos catégories, interroge l’idée même de raison : est-il bien raisonnable de suivre en tout la raison si celle-ci nous condamne au plus plat conformisme et à la stérilité de la répétition ? Face à la folie de l’excès il y a la folie inverse de la platitude et de la normopathie. Folie triste face à la folie gaie.

       Retour au sujet – Il nous faut interroger cette "croyance"  initiale qui nous porte à construire une image stéréotypée de la vie sage, incarnée dans l'impératif de la domination et de la maîtrise de soi. Cette pseudo-sagesse ne désigne-elle pas en nous la force des conditionnements initiaux, le régime de la peur, l'angoisse devant le risque de vivre une vie qu'aucune norme ne contient réellement ? Se croit sage l’homme qui ignore en lui-même la présence d’une folie intime, invisible, inapparente, suite au refoulement massif du désir, des pulsions inconscientes, sous la contrainte de la normalité sociale. De fait un homme sans folie est une impossibilité, visage mortifère du renoncement à vivre de sa propre singularité. 

        Il y a du mouvement dans la nature –organisation et désorganisation, et de même dans la psyché : la vie est changement, impermanence, fluctuation. Vivre c’est assumer la mobilité. Faire et défaire, recommencer, faire autrement à l'image de la création artistique et du génie qui retiennent un moment notre attention. 

       Et la sagesse ? Ce serait une erreur de ramener la sagesse à une pure et simple soumission à la raison, au prix d’une sorte de désubjectivation : triomphe de la pulsion de mort. Mais ce serait une erreur tout autant dramatique de s'abandonner à un désir d'illimitation, de se laisser absorber par la fascination d'une folie de la démesure, de l'Hybris ravageuse. Sans doute, y a-t-il à humaniser le désir, à tenter de le penser quelque peu en l'inscrivant dans le jeu de la culture vivante.  La vraie sagesse, si elle existe, implique la prise en compte de la folie intime, avec son ambivalence constitutive, avec son risque, mais aussi, par la connaissance, l’action modératrice et éclairante de la raison. Difficile dialectique, travail infini. C’est dire que l’accès à la sagesse est le programme d’une vie entière, et que ce programme est rarement réalisé.

                   GK et DK

 

Les commentaires et idées relatives au sujet sont les bienvenus.  

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10 décembre 2014

Résumé du Café-philo du 11/12/14 : Fuite et lâcheté

Café-philo

 

 

Le café-philo du 11 décembre 2014 s'est tenu chez Pierre (Restaurant , 14 rue Barthou à Pau). Le sujet voté et traité dans la soirée par le groupe présent fut :

Fuir est-ce une lâcheté ?

       D’emblée se pose la question morale : fuir ses responsabilités, ses obligations, n’est-ce pas faire preuve de lâcheté ?

      Cette condamnation immédiate ne va pas de soi : la fuite est une conduite polyvalente, susceptible d’interprétations plurielles : en face du danger imminent le vivant réagit soit par la fuite soit par l’affrontement, en fonction de ses forces propres face à l’adversité. Elle est donc naturelle, instinctive et salvatrice. Dans des cas moins dramatiques elle peut être une position de repli provisoire, qui permet d’évaluer la situation, et le cas échéant de revenir à la charge quand la situation est plus favorable. Si elle n’est jamais glorieuse en soi, elle peut être la marque d’une certaine intelligence.  Qui n’a jamais fui, à tort ou à raison ?

     Il est des fuites qui sont paradoxalement courageuses, voire nécessaires : quitter un régime oppressant, quitter un mari violent, rompre une relation toxique, cela demande de la résolution, cela ne va jamais sans regret ni arrachement douloureux. On laisse derrière soi quelque chose de soi-même, que l’on ne retrouvera plus. Songeons aux malheureux qui fuient la misère et l’oppression pour chercher ailleurs des conditions plus favorables, et qui pleurent peut-être leurs parents et leur pays perdus.

     Parfois, on ne fuit pas une réalité objectivement menaçante, mais la représentation que l’on s’en fait : dans ce cas il faudrait interroger cette menace intérieure, image, fantasme ou autre qui fait fuir, et qu’il serait plus opportun de considérer en face : dans ce cas le courage serait plutôt de s’arrêter pour réfléchir, et faire le ménage. Ce qu’on évite revient toujours sous une forme ou une autre, et souvent en pire.  Fuir c’est gagner du temps, mais pour en faire quoi ? Fuite en avant, fuite dans l’imaginaire, dans le rêve, l’alcool ou la drogue, ce n’est qu’une solution provisoire, si le problème subsiste. Le réel nous rattrape toujours. La thèse pascalienne du divertissement est alors évoquée. Peut-on réellement ne pas fuir ? Le réel est-il supportable ?

   Mais alors, pourquoi parler de lâcheté ? La lâcheté ne serait-elle qu’un relâchement de l’attention, qu’une distanciation momentanée – ou une « couardise », à entendre comme la stratégie de la peur : le couard «  a la queue basse » comme le chien qui craint la colère du maître. Le guerrier courageux affronte, le couard se dérobe. Et nous revoilà confrontés au jugement moral.

     A ce moment éclate une sorte de « rixe » intellectuelle qui agite soudain le groupe, partagé entre une conception strictement légaliste (le droit juge les actes et non l’intention morale ou immorale) et les tenants d’une position adverse qui estiment que le droit est pénétré de part en part par des considérations morales. On condamnera le délit de fuite parce qu’il est condamné par le droit, mais plus subtilement parce qu’il est contraire aux préceptes moraux qui soutiennent notre société, pour laquelle chacun est responsable de ses actes et doit « répondre » de ses faits et gestes devant la société. Peut-on séparer ce qui relève du droit et ce qui relève de la morale ? Constatons que dans les faits l’opinion juge sévèrement la fuite, et si chacun pour soi est relativement clément à l’égard de ses propres fuites – encore que le fameux Surmoi veille à générer le sentiment de culpabilité – il est volontiers impitoyable à l’égard de la fuite chez les autres.

     Un troisième niveau de réflexion est proposé, celui qui consiste à pouvoir se tenir en deça du bien et du mal, à considérer comme un authentique travail de libération, comme un véritable effort de raison, le fait de comprendre que l'idée de responsabilité qui structure les deux points de vue antérieurs (moral et juridique) c'est-à-dire l'organisation sociale repose sur une forme d'illusion, de causalité magique reliant le sujet à son acte. N'y a-t-il pas là un impensé ? Comprendre que la chaîne des responsabilités est lâche depuis toujours, qu'elle se dilue dans l'inassignable, que la tension à laquelle nous tenons dissimule "une branloire pérenne -comprendre tout cela reviendrait à adopter un point de vue métaphysique et éthique : "tout fuit comme l'eau et le vent". Si tout fuit et si tout se tient à distance de soi-même (y compris soi-même), pourra-t-on encore condamner la fuite et dire à autrui ou se dire à soi-même :"tu es lâche" ? Dans les faits, peut-on réellement se hisser au niveau d'une telle intuition qui interroge la source de nos valeurs -la valeur de nos valeurs dirait Nietzsche- et nos besoins sociaux les plus impérieux, sans menacer l'édifice social tout entier ?

    La soirée s’achève – il le faut bien – sur ce débat inabouti, et qui devra être repris, notamment dans l’atelier à venir sur la justice.

    Soirée riche en questions et en suggestions : on découvre que le sujet est bien plus complexe et difficile qu’il n’y paraissait de prime abord.

     Vous êtes invités à poursuivre la discussion en utilisant la rubrique "commentaires" ci-dessous. L'équipe des animateurs de Métaphores se réjouit à l'idée d'approfondir les enjeux amorcés dans le cadre du Café.

             Pour Métaphores, GK et DK

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09 décembre 2014

Résumé du Cercle littéraire du 04/12/14 : Péguy, Lorca, Rimbaud

 

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             Le dernier Cercle Littéraire animé par Janine Delaitre s'est tenu le jeudi 04 décembre 2014 au café du Boulevard (avenue des Pyrénées Pau) autour de la thématique suivante :

"Charles Péguy, Federico Garcia Lorca, Arthur Rimbaud : Trop jeunes pour mourir" (Animatrice : Janine Delaître)

 

                Quelques mots relatifs à cette soirée :

               "La mort prématurée frappe toujours de stupeur et interroge sur la destinée. Celle des écrivains prend une dimension particulière car la mort interrompt brutalement une parole créatrice qui avait encore à dire. Que nous apprennent alors de l'aventure littéraire ces destins définitivement figés ?

 Le chant de Lorca suspendu par les assassins qui le guettaient ; la litanie incantatoire de Péguy éteinte aux premiers jours de la guerre de 14 par une balle en plein front résonnent dans  leurs mots. L'âpre sentiment du tragique de la vie, l'âme divisée mais un profond amour de la terre natale, des paysages et des visages de l'enfance, les convictions politiques et spirituelles, marquent l' oeuvre de ces hommes aux engagements forts.

 L'aventure poétique de Rimbaud ne dura que quelques années ; son insolent génie interroge sur l'étincelle de la création. Bateau ivre naufragé avant les rives de la mort humaine, mystère de l'étreinte de la rugueuse réalité, quête de l'Idéal cependant entrevu, tous trois ne désiraient-ils pas changer la vie ?"

                  Pour "Métaphores", JD

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