03 novembre 2016

Résumé de l'Atelier-philo du 23/11/16 : De la séduction

Atelier-philo

L' Atelier-philo du mois de novembre a eu lieu mercredi 23 au Café-restaurant le Dimanche à la campagne à Pau (face parc Beaumont - jeu de paume). Nous avons accueilli avec grand plaisir Anne Roussel, professeure de philosophie pour aborder le thème de la séduction qui fut celui de sa thèse de doctorat autour du sujet suivant : 

"Sommes-nous les jouets de la séduction ?"

 

Atelier-philo du 23 11 16

Résumé de la soirée :

 Pour cet atelier suscitant la rencontre entre philosophie et esthétique, Anne Roussel, professeure de philosophie et intervenante en histoire de l'art, a très aimablement apporté une contribution de grande qualité, tant par sa présentation que par ses interventions.

 Il est de coutume de débuter une réflexion en philosophie par le fait de définir les termes en jeu. C’est intentionnellement que le co-animateur, et auteur de ces lignes, s’y est refusé : une définition, même liminaire, et pire, une conceptualisation, aurait certes eu le mérite de délimiter un champ de discussions mais aurait eu l’inconvénient d’enclore la discussion collective dont l’intérêt est l’examen, l’enquête. De plus, la séduction, prise dans le grouillement des faits et des relations, échappe par bien des côtés à une approche strictement intellectuelle, comme l’a souligné Anne Roussel ; et ce d’autant que rares sont les philosophes à s’être engagés dans une enquête, et encore moins, dans une théorisation de la séduction : « Décidément, la séduction présente un enjeu incendiaire, et ne peut qu’attiser la curiosité : facile, désinvolte, séductrice justement, et pourtant…elle passionne, et se manifeste au quotidien. Si l’intellect pur ne l’aime pas, c’est qu’elle ne cesse d’inviter le désir à sa table… ».

 Diverses questions préalables autour de la séduction, notamment entre homme/s et femme/s, sont proposées pour le débat : « Sommes-nous les jouets de la séduction, ou jouons-nous la scène originelle de la séduction pour tenter de rejoindre un point de mire à déterminer ici ? », la séduction est-elle naturelle, telle une parade animale, ou est-elle un talent, un art qui révèle la femme à elle-même ? La séduction est-elle intentionnelle ou non-intentionnelle ?

 D’emblée les figures mythiques ou littéraires, Don Juan de Molière ou Don Giovanni de Mozart, sont convoquées. Et très majoritairement, la séduction, qu’elle soit naturelle ou non, est décriée : manipulation, miroir ou recherche narcissique... Et il s’avère que le Don Juan de Molière se présente lui-même comme un conquérant, - de quoi ? Des femmes ! Le séducteur, et Don Juan de surcroît, chercherait l’emprise, la maîtrise, la transgression. Le séducteur – tiens ? on ne convoque aucune séductrice (et la Duchesse de Langeais, grande figure balzacienne de la séduction, restera absente toute la soirée…) ; le séducteur, donc, est un égocentrique qui cherche à se sentir mieux. On commence à distinguer le séducteur de la séduction, mais le procès se poursuit contre cet acte artificiel dont les exemples du champ politique contribuent à sa disqualification.Une bifurcation, un reversement du pour au contre : et si la séduction n’était pas une manière d’attraper le sensible ? Et si la séduction n’était pas opposée à l’amour mais l’un de ces ingrédients ? À rebours d’une séduction de l’un « contre » l’autre, la séduction peut se manifester comme un jeu de symboles, de signes, qui dépossède le séducteur et le séduit.

 La seconde partie de la soirée se réamorce autour de la question du désir mais le procès de la séduction d’un côté et sa défense de l’autre réapparaissent et se poursuivent. Alors à nouveau la séduction décriée, dévaluée, est renversée en posture d’authenticité : c’est peut-être lorsqu’on séduit, loin de la dissimulation ou de la stratégie, que l’on se dépasse soi-même dans un moment de vérité. La séduction montrerait ce que l’on a de meilleur… Par ailleurs, dans la philosophie même, la séduction intervient et influe, comme lors de la maïeutique de Socrate.

La corrélation entre séduction et amour se développe. Loin d’une recherche de l’idéal amoureux, la séduction pourrait entretenir la relation amoureuse. Car peut-on imaginer un amour sans séduction ? Et si oui, cela ne ressemblerait-il pas à un roman de Barjavel où les relations amoureuses sont institutionnellement décidées, sans séduction, et par là-même sans désir ? On fait l’hypothèse que pour être efficace dans la relation amoureuse, la séduction doit être ignorée, sans calcul.

 En conclusion, citer Sören Kierkegaard n’est pas sans pertinence, étant le seul à avoir longuement thématisé et développé la question de la séduction dans une démarche philosophique. Au sujet du Don Giovanni de Mozart, il écrit : « Son désir est sensuel, il séduit par la puissance démoniaque de la sensualité et il séduit toute femme. La parole, la réplique ne lui appartiennent pas… Il n’a pas, en somme, d’existence propre, mais il se hâte dans un perpétuel évanouissement – justement comme la musique… » (dans les premiers chapitres de « Ou bien Ou bien » ou intitulé par ailleurs « L’alternative »).

 Anne Roussel, dans sa conclusion, en reviendra à l’origine culturelle, au chapitre de la Genèse du Pentateuque : « dans le ballet de la séduction, est rejoué le péché originel ».

Pour Métaphores, David Pourille

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01 novembre 2016

Résumé de l'Apéro-philo 17/11/16 - L'humain et la sexualité

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de novembre s'est tenu le jeudi 17 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"La sexualité nous enseigne-t-elle quelque chose au sujet de l'être humain ?"

Résumé de la soirée

1)   Pour la philosophie traditionnelle l’homme est d’abord un être de langage : « zoon logon echon » - le vivant qui possède le langage, et partant, la raison, la faculté de connaissance. La sexualité est souvent ignorée, ou tolérée à la faveur de la nécessité de la reproduction. S’en suit régulièrement une mise en garde morale, la sexualité inspirant certaines passions aveugles ou aliénantes. On peut se demander à quoi tient cette relégation et si, voulant faire l’ange on ne fait pas la bête (Pascal). Qu’y a -t-il donc de si dérangeant dans la sexualité qu’il faille, et dans le discours religieux, et dans le discours philosophique, multiplier les mises en garde, voire les condamnations ?

 2)   Quelques rappels s’imposent pour la clarté de l’analyse : la sexualité est plus large que la génitalité, qui n‘apparaît qu’à la puberté. Or il y a une sexualité enfantine, qui met en jeu d’autres zones érogènes, lesquelles continuent d’avoir un rôle jusque dans la génitalité adulte (par ex le baiser). L’extinction de la génitalité chez le vieillard ne supprime pas davantage la sexualité, qui se rabat sur les zones prégénitales. C’est peut-être cette dimension hors-génitale, donc improductive, qui agace le plus les moralistes. Deuxième point : la sexualité crée un corps érogène (ou érotique) à partir du développement des pulsions partielles : buccales, anales, phalliques puis génitales, opérant une sorte de raccordement empirique, fait de bouts de corps, avec des zones très sensibles et d’autres non : il en résulte que chaque sujet a un corps érogène singulier, dont la logique première est l’obtention du plaisir, selon le rapport fondamental tension-détente. Le plaisir est gratuit, entendons qu’il n’a aucune utilité sociale, ce qui est peut-être une indication précieuse. On veut bien du sexe s’il sert à la reproduction, mais non s’il ne sert à rien…qu’à procurer du plaisir. Troisième point : les comportements sexuels témoignent d’une grande variété et plasticité, notamment dans le choix d’objet, qui décidément ne  semble pas prédéterminé par la nature ou par l’instinct : homosexualité, bisexualité, transsexualité, monosexualité. Le choix d’objet relève d’une histoire personnelle, d’un jeu complexe d’influences dont il serait prétentieux de prétendre donner la formule. Bref, la sexualité humaine n’est pas la sexualité animale, ni une donnée instinctive prescriptive, elle exprime une liberté face à la nature, elle est inventive et polymorphe. En ce sens elle exprime la spécificité irréductible de l’être humain.

 3)   L’essentiel de la première partie du débat portera sur les empêchements, restrictions, répressions et condamnations de la sexualité : Dieu, la morale, la tradition, les sentiments de honte, de gêne, de culpabilité, de pudeur résultant des systèmes éducatifs. On veut bien admettre la sexualité à condition, soit qu’elle serve à la reproduction, soit qu’elle s’accompagne de tendresse, d’amour, de bienveillance, ou de beauté, mais non le fait brut, qui relèverait de la « bestialité », terme qui évoque la perversion plus que l’animalité. Peut-être y a –t-il là une résistance qui témoigne en effet d’une protestation contre les lois de nature, d’une rébellion contre la physiologie, en un mot d’un réel inassimilable.

 4)   Reste que la sexualité inspire le désir, anime l’être d’un mouvement excentrique, le porte à la rencontre de l’autre, colore l’existence et dynamise : œuvres d’art, littérature – et même philosophie !

Apéro-philo 17 11 16

 5)   Après la pause un débat passionné oppose les tenants d’un Eros sublime, où se révèlerait une dimension sacrée, divine, esthétique et métaphysique, l’individu, dans l’acte charnel, avec la partenaire s’ouvrant à l’infini (on peut penser au Tantra) – et ceux qui refusent ces conceptions éthérées pour mettre l’accent sur la « naturalité » indépassable de la sexualité. Nous sommes menés par des forces intérieures qui agissent à notre insu, réveillent le désir et l’éteignent sans que le sujet y ait une part volontaire : absurde de la pulsion qui agit quand elle veut et où elle veut. On songe à Pascal qui remarquait que les pensées viennent et vont, hors de contrôle.

 6)   « Il n’y a pas de rapport sexuel » - Non qu’il n’ y ait point d’actes dits sexuels, mais l’expérience montre que la jouissance, même dans des bras bien-aimés, dénote une solitude indépassable : chacun jouit de ce qui le fait jouir, qui n’est pas la même chose pour l’autre. On voudrait que les choses concordent, s’unifient dans l’extase, suppriment la solitude respective, mais cela relève sans doute des mythes de l’amour. L’orgasme ne permet pas, en dépit des espoirs, un dépassement de la condition humaine.

 7)   Resterait à voir, nous n’en avions plus le temps, ce qui pourrait constituer une éthique de la sexualité, en cette époque où 70 pour cent de personnes souffrent de misère sexuelle : mais il probable qu’un consensus sur ce point n’aurait pu émerger vues les divergences qui se sont manifestées au cours de la soirée.

Pour Métaphores, GK

30 septembre 2016

INFO : Migration du Café-philo

 

Logo métaphore

Information importante

        Nous sommes contraints de quitter la Coulée douce (la MJC Berlioz) qui accueillait le Café-philo depuis avril 2015. De nouvelles conditions que nous avons jugées contraires à l'esprit de nos activités nous sont désormais imposées par les Maisons de Jeunes et de la culture : cotisations, prise d'une assurance, absence de personnel d'accueil, absence de boissons, donc plus de pause conviviale autour d'un bon verre. Autant dire, un Café-philo sans café ou un Apéro-philo sans apéro.

Nous sommes conscients des difficultés financières rencontrées par ces structures mais les normes qui fixent aujourd'hui l'accueil d'une association comme la nôtre sont incompatibles avec notre projet qui se veut le plus ouvert possible et dégagé autant que faire se peut des déterminations économiques.

Nous tenons ici à rappeler que nos activités reposent intégralement sur le bénévolat des animateurs et la gratuité inconditionnelle en direction d'un public qui n'est tenu à aucune obligation, à aucun contrat d'assiduité, à aucune cotisation d'aucune sorte, à l'image de l'acte de penser.

Nous ne pouvons que regretter la direction prise par ces lieux à la vocation "publique" mais dont les contraintes financières déterminent manifestement, et de plus en plus, la politique générale, ce qui ne laisse pas d'interroger l'emprise de ces dernières sur tous les champs de la culture et sur la place de la gratuité dans notre société.

Le prochain Café-philo (clic) se tiendra donc au café-brasserie Le Matisse (clic), 17 rue Lalanne à Pau, face au musée des Beaux Arts, dans sa belle salle entièrement rénovée et chaleureuse du premier étage. Nous tenons vivement à remercier le patron pour sa gentillesse et pour l'intérêt immédiat qu'il a manifesté à notre endroit. Dans cette perspective, la gratuité de l'activité, la pause apéritive, essentielle, pourront être maintenues et chacun pourra consommer ce qu'il souhaite sans autre contrainte que son seul désir. 

Pour Métaphores, DK

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29 septembre 2016

Résumé du Café-philo du 08/11/16 Echapper à l'aliénation ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de novembre s'est tenu le mardi 08 à 18h45 au café Le Matisse (clic), face au Musée des Beaux Arts, 17 rue Lalanne à Pau. 

Le sujet proposé et choisi par l'assemblée présente fut :

Peut-on échapper à l'aliénation ?

Résumé de la soirée : 

 Avant tout nous tenons à remercier le patron du Matisse pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé. La soirée fut très agréable et riche d’enseignements.

 1)   Si l’on se propose d’échapper à l’aliénation c’est qu’elle est supposée première, en quelque sorte « naturelle », posée comme une condition initiale de l’existence, de laquelle on serait invité à se détacher pour affirmer la liberté. Avant de répondre en décidant que la chose est possible ou non, il faut creuser plus avant la notion d’aliénation, et voir si ce terme rend compte ou non de cette situation initiale qu’il faudrait dépasser.

 2)   Il y a beaucoup de situations d’aliénation, éducatives, familiales, politiques, économiques, idéologiques mais quelle est la structure qui donne l’unité à ces champs ? Le groupe hésite sur les rapports entre dépendance, addiction et aliénation. Quand suis-je aliéné ? L’étymologie est convoquée : alius, autre ; alienus, étranger. Le sujet est aliéné quand il perd la jouissance de son être propre, qu’il devient autre qu’il est, étranger à soi-même, à son désir fondamental, qu’il se soumet par choix ou par contrainte à une force étrangère qui le dépossède de soi. On pourrait distinguer entre aliénation consentie (structures passionnelles) et aliénation imposée (comme dans les régimes autoritaires) ? Dans les deux cas la liberté et l’affirmation de soi sont gravement compromises.

 3)   La pire situation est celle de l’aliénation mentale : c’est ainsi que l’on qualifiait autrefois la psychose. Le psychiatre s’appelait alors l’aliéniste.

 4)   On remarque à ce moment-là que tout système social et politique, fût-il même relativement démocratique, ne va pas sans une sorte d’aliénation fondamentale, le citoyen renonçant à sa liberté de nature pour consentir à l’ordre commun, s’y plier en respectant la loi. Plus encore : il accepte de se ranger au langage commun (les mots viennent à lui du dehors) pour y exprimer son être, encore que manifestement cette expression soit en quelque sorte tronquée par les lois du langage et le devoir de se communiquer par la parole. Lévy-Strauss remarquait qu’en somme chacun a le choix virtuel entre l’aliénation langagière et l’aliénation psychiatrique. Mais il faut ajouter que l’aliénation langagière n’implique aucune pathologie, à la condition que le sujet, dans une langue qui s’impose à lui au départ, puisse parvenir à une expression subjective, « poétique » par laquelle il pourra affirmer sa singularité.

 5)   A la rigueur on distinguera entre aliénations passives, subies, et aliénations positives : j’accepte de me ranger sous une autorité le temps d’en retirer des enseignements, pour regagner ma liberté au plus vite. En ce sens toute formation impliquerait un certain degré d’aliénation : on en voit aisément le danger, comme chez ces artistes qui se mettent à l’école et finissent par perdre leur originalité propre.

 6)   Pour échapper à l’aliénation il faut une prise de conscience : je m’aperçois que j’étais esclave, enfermé dans une structure qui à présent m’apparaît insupportable. Je romps. Analyse rétrospective : pourquoi me suis-je laissé enfermer ? A quels besoins répondait cet enfermement ? Qu’y ai-je gagné ? Qu’y ai-je perdu ? Je vois que je me suis soumis à la dictature de l’image : celle que les autres avaient de moi, celle que je tenais pour véridique et qui n’était que d’illusion.

 7)   Il faut la prise de conscience, le travail d’analyse, et souvent aussi le heurt ou les heurts du réel, par lesquels je peux m’apercevoir que je faisais fausse route. Le détachement se fera par un acte signifiant qui consomme la rupture.

 8)   Le groupe évoque longuement des tentatives de solitude volontaire (Thoreau, Into the Wild) en se demandant dans quelle mesure ces échappées dans la nature permettent une désaliénation : si l’on n’y trouve pas la mort il faudra bien revenir, et alors comment concilier liberté et aliénation sociale ? C’est bien notre problème à tous : vivre en société, travailler, éduquer nos enfants, avec tous les risques de nous perdre, et tenter de préserver pourtant un espace de liberté subjective, une dimension créatrice. Il  faudrait après ce débat s’interroger sur les possibilités d’une autonomie qui ne soit pas du semblant.

Pour Métaphores, GK

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27 septembre 2016

Résumé du Cercle littéraire du 03/11/16 : La lecture

Cercle Littéraire

Le Cercle littéraire du mois de novembre s'est tenu le jeudi 03 au Dimanche à la campagne (clic) à 18h45 à Pau sur le thème suivant :

LA LECTURE

et de nous interroger sur cette activité tantôt suspectée tantôt célébrée, c'est selon, à partir de nos propres pratiques. Comment choisit-on les œuvres que nous lisons ...ou comment nous choisisssent-elles ? Quels rituels de lecture ? Quelles attentes ? Quelle place ?" (JD)

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Résumé de la soirée : 

    Les différentes pratiques de la lecture sont liées au développement de la technique : lecture collective et à voix haute avant l'imprimerie, devenue silencieuse et solitaire avec l'apparition de l'imprimerie et la large diffusion de l'objet livre .

    Les figures de lecteurs rencontrées dans les œuvres lancent le questionnement sur l'image de la lecture selon les époques : lecture suspecte qui éloigne de l'action et de la vie en créant des  chimères : de  Don Quichotte , gorgé de lectures qui dessèchent son cerveau en le remplissant d'extravagances, contre-modèle du lecteur idéal à Emma Bovary qui se nourrit de clichés romanesques, dessinant les charmes mensongers d'un idéal illusoire en passant par Julien Sorel qui lit en cachette, le Mémorial de Sainte-Hélène qui plus est ! Au lieu de travailler.

      Lecture source de savoir et de réflexion chez les humanistes, à l'origine de l'écriture pour Montaigne, univers des livres qui décident de vocations : celle de Jean-Paul Sartre, et de bien d'autres. Evasion bienheureuse d'un réel décevant, temps de bonheur, compagnonnage et discussion avec les grands esprits par delà le temps et l'espace, pied de nez à notre condition en multipliant les expériences, fenêtre ouverte sur le monde, expression de liberté.

       Les interventions ont souligné le plaisir de la lecture, la sensualité de l'objet livre, prémisse de la découverte, l'importance du titre, de la quatrième de couverture. Livres conseillés par le libraire, les amis qui prêtent et conseillent, les chroniques spécialisées des journaux et revues , les émissions télévisées … Livres aussi qui choisissent leur lecteur et viennent étancher des soifs qui s'ignoraient encore. Livres au goût délicieux de l'interdit,trouvés dans une malle, lus avec le frisson de la transgression, soulevant un coin de voile sur des mystères jusqu'alors insoupçonnés... Magie des lectures de l'enfance : moment privilégié où les parents lisent des histoires à leurs enfants, cercle s'élargissant parfois aux amis des enfants, communauté heureuse autour d'une voix qui fait chanter les mots, continuer à lire aux enfants même quand ils savent lire ; source du goût de lire car lire, c'est aussi revivre ce premier enchantement. Mais parfois, temps où la faim des mots se ralentit, s'assoupit pour reprendre plus fortement. Liberté de ne pas terminer un livre, d'en lire plusieurs en même temps. Lire et relire…de grands classiques lus parfois sous la contrainte au temps du collège et du lycée mais redécouverts avec émerveillement parce que, à 18 ou à 40 ans les livres ne nous racontent pas la même histoire. Graines semées et auxquelles il faut laisser le temps de germer.

      Belle et riche soirée où s'est partagée la gourmandise de lire, nombreux échanges autour d' oeuvres. Voici les titres cités, tels qu'ils sont apparus au fil des échanges  :

Mauvignier     Continuer

Leïla Slimani   Dans le jardin de l'ogre, Chanson douce  Goncourt 2016 , belle construction romanesque

Belle du seigneur   Albert Cohen, formidable  roman d'amour  

Cent ans de solitude   Garcia-Marquez 

Le livre de l'intranquillité   Pessoa

Trois contes :  Un cœur simple    Flaubert

La mesure du silence,  Mia Coutau  écrivain du Mozambique ; très court ; surréaliste et poétique

Jésus-la-Caille  Francis Carco

Le jardin des supplices  Octave Mirbeau  cruauté, sadisme, humour noir et violent réquisitoirecontre l'hypocrisie du monde occidental        

Lucien Bodard,     Monsieur le consul  Anne-Marie

Georges Pérec,  L'homme qui dort

Marcher droit, tourner en rond  Emmanuel Vernet , cruel et tendre portrait de tous les membres d'une famille

La vieille qui marchait dans la mer   Frédéric Dard

L'année prodigieuse  Elena Ferante

 Le dernier qui s'en va éteint la lumière   essai sur l'extinction de l'humanité Paul Jorion

 Auteurs étrangers :

 Toni Morrison     Beloved

 David Lodge     La vie en sourdine charge contre l'exercice universitaire de l'explication de texte, malicieux et jubilatoire

 John Irving      La part de Dieu, la part du Diable

 Paul Auster      L'invention de la solitude, livre poème écrit après la mort de son père, Chronique d'hiver                          

 Joyce Carol Oates    Chutes       

 Jonathan Frantzen    Freedom une histoire d'amour qui croise les problèmes actuels de la planète

 Notes de ma cabane de moine    Kammo no Chômei, poésie japonaise

 La Montagne de l'Âme  Gao Xingjian, pèlerinage d'un homme sur les chemins de la vie, écrit à la deuxième personne

 Italo Calvino  Le Vicomte pourfendu, Si par une nuit d'hiver, un voyageur drôle et jubilatoire

 Mariane Alphant  Ces choses-là, essai

 Comment j'ai vidé la maison de mes parents, Lydie Flem, l'expérience du deuil

 Cent vues de Shangaï 

 Nicolas Bouvier, un passeur pour notre temps de Nadine Laporte

 et bien sûr les livres de Nicolas Bouvier

 Un paradigme, court essai sur ce qui fait advenir la pensée  

 Esquisses, Jean François Billeter, sinologue et philosophe

 

Pour Métaphores, Janine Delaitre

 

 

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23 septembre 2016

Résumé Apéro-philo 19/10/16 L'homme, mesure de toutes choses

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"L'homme est-il la mesure de toutes choses ?"

Résumé :

 1)   Protagoras (485–411) déclare : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent, qu’elles existent, de celles qui n’existent pas, qu’elles n’existent pas ». Existe, selon lui, ce qui peut être senti, perçu, expérimenté, à partir de quoi chacun peut se former une opinion. D’une certaine manière toutes les opinions sont vraies, dans le concert infini des opinions. Ce qui n’existe pas c’est ce qui échappe à toute saisie perceptive, dont aucun savoir n’est possible. Cette seconde affirmation bouscule allègrement la tradition selon laquelle c’est le dieu qui est la mesure de toutes choses. Mais pour Protagoras l’existence des dieux est pour le moins sujette à interrogation, ce qui lui valut un procès et l’exil loin d’Athènes.

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 2)   « Toutes choses » sont incertaines parce qu’il n’y a pas de fondement. Dans le fameux mythe de la distribution originaire des qualités, par Zeus, les animaux sont heureusement pourvus, qui de griffes, qui de carapace, d’ailes ou de pattes agiles, seul l’homme est sans ressources naturelles, l’oublié de la création, démuni, surgissant vagissant et nu dans un monde qui n’a que faire de lui. L’homme est une erreur de la nature, privé d’instinct et de force naturelle. Ni les dieux ni la nature ne lui servent de fondement, il est condamné à tirer de soi-même les moyens de la survie, d’où la technique, le langage, le droit et l’institution politique. C’est l’homme qui, bon an mal an, fait la mesure des choses, distinguant le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le beau et le laid. C’est affirmer fortement qu’à défaut de la vérité c’est l’usage et la convention qui font mesure, et eux seuls. Montaigne se souviendra de cette leçon.

 3)   Mesure : c’est d’abord le bâton qui permet d’établir une distance, et donc de comparer des distances (le mètre, mètron). Mesurer c’est se servir d’un étalon pour calculer,comparer, fixer des rapports. Mais où trouverons-nous des critères de mesure si les dieux s’absentent, nous laissant livrés à nous-mêmes ? Seule la convention peut décider, fixer le critère, il est vrai de manière tout à fait arbitraire : qui justifiera la longueur du mètre, le découpant en centimètres et millimètres, ce qui ne fait que reporter le problème, jusqu’à cette béance du fondement. De même pour tout raisonnement, qui exige un autre raisonnement pour le fonder, et nous laisse pour finir dans l’incapacité de raisonner : on pose alors des axiomes ou des définitions, indémontrables, à titre de fondement conventionnel. De même pour les institutions humaines, qui, à l’examen, révèlent leur caractère arbitraire, lequel ne les empêche pas de fonctionner, comme on voit dans le droit : pour quoi la loi ? Parce que c’est la loi. On peut critiquer toutes les lois, mais on ne peut s’en passer si l’on veut sauver l’humanité.

 4)   Cela étant y a-t-il une « bonne loi » ? Dans l’absolu la question est idiote. Il y a des lois, conventionnelles et imparfaites. Tout au plus peut-on préférer certaines lois à d’autres, par exemple préférer la loi démocratique à la loi tyrannique. A défaut de « vrai » on tablera sur le préférable, le souhaitable, l’utile et l’efficace. C’est le choix de Protagoras : former des citoyens instruits, lucides et intelligents, qui savent manier la parole comme un pouvoir d’explication, de contestation, parole éminemment politique.

 5)   Le débat portera largement sur la question de la mesure. Le terme est ambigu en français, désignant tantôt un étalon purement géométrique ou physique - le mètron du grec – et tantôt une appréciation morale, « un homme mesuré » qualifiant l’équilibre, la tempérance, par opposition à la « démesure » du tyran, de l’avaricieux, de l’intempérant – l’hubris en grec. Question tout à fait sérieuse car si l’homme fait la mesure, rien ne l’empêche de basculer dans la démesure et de faire de la démesure même la mesure collective. Qui est fou quand tout le monde est fou ? ou pour dire comme Montaigne qu’est ce qui branle quand tout branle ? Par la phrase de Protagoras nous sommes plongés dans une incertitude universelle, où le vrai, le juste et le beau ne se distinguent du faux, de l’injuste et du laid que par la sagacité du législateur : d’où, encore une fois, la nécessité de l’éducation, de la formation morale et d’un gouvernement sage.

 6)   Un autre débat important se déroulera sur la question de la science. Dans un tel monde une science est-elle possible ? Evidemment, à condition de poser nettement que la science ne peut dire le vrai (on ne peut sortir de la représentation pour saisir le réel comme tel à la force du poignet), ce qui ne la prive pas d’un pouvoir de rectification : écarter patiemment les erreurs, les préjugés, les représentations caduques. On peut voir dans la méthode scientifique, plus que dans ses résultats, une école de formation de l’esprit, une discipline de pensée qui, à défaut de nous révéler un mystère qui nous échappera toujours, nous aide à épurer notre jugement. Le groupe évoque le fameux texte de Pascal sur les deux infinis (disproportion de l’homme) où l’on voit que tout centre se dérobe (« le centre est partout et la circonférence nulle part ») et que notre pauvre mesure, sans fondement mais indispensable, se perd dans le sans-mesure d’un univers colossal.

 7)   Nous n’avons pas la mesure du vrai, il y faudrait une puissance divine qui nous manque. Avec Protagoras l’homme, l’humanité, prend conscience de sa véritable position dans l’existence. On peut y voir une position nihiliste. On peut aussi y lire une leçon de courage. Nous voici responsables de ce que nous pensons et faisons. Il est de la première urgence de créer « de bonnes mesures » si nous voulons donner à l’humanité un espace et un temps pour la vie, qui ne peut être pour nous que le temps de la conscience.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

 

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18 septembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 15/10/16 Trahison de la technique ?

Bedous café-philo

Bedous-Café-philo s'est tenu dans le village pyrénéen (Bedous) en vallée d'Aspe samedi 15 octobre à 18h au café l'Escala, 16 rue Gambetta sur le sujet suivant : 

En quoi la technique nous trahit-elle ?

Ce café fut animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie qui vient de rejoindre l'équipe Métaphores, ce dont nous nous réjouissons grandement. Nous nous sommes retrouvés dans un lieu authentiquement chaleureux, un café-librairie tenu par Lucie et Cécile et dont il faut saluer la belle initiative : proposer une activité philosophique dans un village pyrénéen.

 

L'escala-Café-philo

Résumé de la soirée: 

 1      Le mot teckné en grec désigne tout type de savoir-faire permettant de remplir une activité ou de fabriquer un objet. Il est donc originellement lié au savoir, à un savoir-faire conscient des règles qui lui permettent d’opérer efficacement, indiquant ce qu’il faut faire et pourquoi il faut le faire. Ce sujet peut du coup sembler paradoxal : si l’homme est cet être obligé d’inventer des moyens en vue d’une fin pour pouvoir survivre au sein de la nature, comment ce processus (adaptatif) pourrait-il nous trahir puisqu’il est d’abord  considéré comme un bienfait ? 

- Pour trahir, il faut que celui ou celle qui l’est accorde au préalable sa confiance, se soit fié(e) et c’est ici un premier sens du verbe : trahir, c’est abandonner, cesser d’être fidèle, ne pas respecter un engagement. Qu’avons-nous confier à la technique qui puisse être trahi ?

 - Mais trahir peut aussi signifier révéler ce qui devait rester caché, ce que nous n’avions pas l’intention de montrer. Quel serait alors ce dévoilement ?

 - Enfin, trahir peut vouloir dire donner une idée fausse, dénaturer, altérer : quel changement défavorable peut alors s’opérer par la technique ?

 2    On note d’abord que cette intrusion de la technique dans nos vies a des répercussions sur la nature mais aussi dans le monde du travail et sur nous-mêmes. Là où l’outil permet une main-mise de l’artisan sur celui-ci parce qu’il est un moyen pour une fin très rapprochée, nous assistons aujourd’hui à un glissement (de la technique à la technologie) entrainant  un décalage entre ce que nous impose la technique et notre rythme physiologique, une dépossession, un morcellement des savoirs-faire. La technique ne serait plus un bienfait et c’est ainsi que l’on pourrait envisager une trahison de sa part (premier sens du mot).

 3      Mais, n’est-ce pas parce que nous ne sommes pas conscients de la confiance que nous lui accordons qu’il peut y avoir cette aliénation ? Ainsi, la réflexion se porte sur l’homme, utilisateur de ces moyens techniques : nous oublions que c’est d’abord un processus de conscience, un acte de pensée. Lorsque nous percevons encore la finalité, nous sommes encore capables de nous l’approprier. Le problème est que cette utilisation des moyens devient un automatisme, obstacle à un usage éclairé. N’est-ce pas alors nous qui nous trahissons en oubliant nos facultés ? Le problème n’est pas tant le moyen utilisé (outil ou autre) que de masquer ce processus de conscience.

 

L'escala café-philo-Bedous

 

 A ce stade de la réflexion, il nous faut alors admettre que ce n’est pas forcément quelque chose qui nous échappe puisque c’est toujours l’homme qui intervient, c’est ce qu’on en fait qui nous trahit et c’est ici qu’il peut y avoir un dévoilement d’un manquement humain. (deuxième sens)

 4      Cet oubli d’une part de nous-mêmes aurait des répercussions aussi au niveau des relations sociales, l’accès à un certain niveau de technicité se distribuant selon notre niveau social, laissant sur place, à la marge ceux qui n’intègrent pas ces techniques (pour des raisons économiques, générationnelles...) ou encore ceux qui en subissent l’utilisation intensive et la recherche de  rentabilité qui l’accompagne dans le monde du travail (remplacement de l’homme par la technique). L’effet produit de cette puissance technique est une fascination (magie), favorisant le processus d’individualisation, au détriment du collectif. L’homme peut se croire l’égal des dieux par ce qu’elle permettrait (transhumanisme, nanotechnologies) et perdre la conscience de ses propres limites. Ceci peut se penser comme une altération (troisième sens).

 5      En conclusion, ce n’est donc pas tant la technique qui nous trahit que le rapport que nous entretenons avec elle, l’important étant le projet et ce que nous en faisons. Il conviendrait alors de réinstaurer une réflexion face à cette déshumanisation afin de ne pas en être complice et de ne pas participer à cette aliénation. Cette responsabilité se dit à tous les niveaux (vis-à-vis de la nature mais aussi rapport aux autres et surtout responsabilité vis-à-vis des nouvelles générations). Il revient à chacun de ne pas oublier  que nous appartenons au genre humain, capable de penser notre rapport à la technique.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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15 septembre 2016

Résumé café-philo du 11/10/16 : Vivre et se mentir à soi-même ?

CAFE-PHILO

Le café-philo de Pau du mois d'octobre s'est tenu le mardi 11 à 18h45 au café associatif La Coulée douce - Cité des Pyrénées (maison de la montagne) rue Berlioz. Un vote démocratique a décidé du sujet à traiter :

Peut-on, pour vivre, ne pas se mentir à soi-même ?

Résumé de la soirée : 

1)   Quel est le sens de cette question ? Celui qui parviendrait à ne pas se mentir à lui-même pourrait-il encore vivre dans la société telle qu’elle est ? Ou bien au contraire pourrait-il accéder à un vivre de meilleure qualité, même s‘il constate un écart significatif entre sa vie et celle des autres ?

 2)   Le groupe, dès l’abord, relève des présupposés dans la question : quel est ce soi dont il faudrait prendre connaissance ? Est-il possible de ne pas se mentir ? Pour mentir ne faut-il pas la connaissance préalable de la vérité ? S’il est facile de concevoir le mensonge à l’égard d’autrui, plus difficile est l’idée d’un auto-mensonge.

 3)   Une grande partie de la soirée va être consacrée à la définition du mensonge. Le mensonge est un acte de parole intentionnel qui consiste à dire quelque chose que l’on connaît soi-même comme étant faux. Celui qui découvre qu’on lui ment se sent dupé, blessé, trahi. Il y voit une rupture de la confiance, surtout si c’est l’œuvre d’un ‘ « ami ».

 4)   Peut-on se mentir à soi-même ? Là-dessus  les avis sont partagés et donnent lieu à des approfondissements considérables. On peut se mentir à soi-même en se cachant des vérités que l’on connaît par ailleurs, en se coulant dans des attitudes, des positions insincères , par conformisme, ambition, jeu, séduction, flatterie, peur, se laissant peu à peu prendre au piège, au mépris de son vrai désir fondamental. On se coule dans la toile que l’on a soi-même ourdie : mensonge social, voire existentiel, dont on serait à la fois la cause et la victime. La littérature explore abondamment des situations de ce genre. Un participant cite les Précieuses ridicules de Molière. D’autres des expériences vécues.

 5)   Il devient fort difficile de distinguer la part du refoulement, du déni, de l’illusion consentie et entretenue, et autres mécanismes de défense – du mensonge proprement dit. Le mensonge est intentionnel : puis-je délibérément décider de me mentir à moi-même ? La question n’est pas tranchée, peut-être ne le peut-elle pas. Si je me mens je sais que je me mens ? On n’en sort pas, sauf à admettre (c’est ma thèse) qu’il existe ici un clivage entre le conscient et l’inconscient : le conscient campe sur une position de dénégation, l’inconscient « sait » ce qu’il en est. Un enfant par exemple, qui a volé,  soutient qu’il n’a pas volé, il l’affirme avec tant de force qu’il finit par y croire : il se ment à lui-même. Mais inconsciemment il sait. La contradiction sera levée avec la reconnaissance du savoir refoulé qui revient à la conscience.

 6)   Quoi qu’il en soit, mensonge à soi-même, illusion, refoulement, piperie, « cacherie », dénégation ou déni, constatons que toutes ces stratégies participent de la difficile adaptation à la vie sociale, qui exige beaucoup de nous, et notamment une sorte d’hypocrisie institutionnelle : refoulement des pulsions, renoncements narcissiques, compétition, performance. Dès lors être vrai pour soi devient une tâche très difficile. Vivre, ce sera jongler avec les impératifs sociaux, tout en veillant à sauvegarder l’essentiel, le désir fondamental. En ce sens il est sans aucun doute urgent de ne pas se mentir à soi-même, en cultivant notre part singulière de vérité.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

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14 septembre 2016

Résumé Apéro-philo du 22/09/16 : Sagesse et déplaisir

Apero philo

L'apéro-philo de septembre s'est tenu le jeudi 22 à 19h au café-restaurant Un Dimanche à la campagne, face au parc Beaumont à Pau. 

Le sujet proposé fut : 

"Qui augmente sa sagesse augmente son déplaisir ."(l'Ecclésiaste)

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Résumé : 

1)    L’intérêt de cette sentence est de bousculer les idées communes relatives à la sagesse, que l’on assimile le plus souvent à une école du bonheur facilement accessible, du moins si l’on en croit certains marchands  d’illusion contemporains. L’Ecclésiaste, tout au contraire, nous assène un propos réfrigérant et désespéré, nous mettant au défi de soutenir l’épreuve de réel, sans nous voiler la face, et en acceptant de nous confronter au tragique de la vie. Dès lors il faudra se demander si la sagesse n’est pas le plus souvent une notion galvaudée, fallacieusement optimisante, qui tourne le dos à la réalité sous prétexte de garantir l’accès au bonheur, et si la véritable sagesse, si elle existe, ne s’accompagne pas nécessairement d’un déplaisir, lié à la connaissance, et peut-être renforcé et approfondi par elle.

 2)    Le déplaisir est une épreuve que connaît tout être vivant dans sa quête du plaisir. Rencontrer un obstacle, être privé de la satisfaction, être frustré dans ses attentes, voilà le déplaisir. Il est inévitable. La connaissance, avant de fournir éventuellement des moyens de le contourner ou de le digérer, accroît le déplaisir en multipliant les déceptions. Les croyances qui donnaient une sécurité, les illusions bienfaisantes, les appuis que l’on croyait solides, voilà qu’on découvre qu’ils n’existent plus, qu’ils nous ont leurré, que notre crédulité et notre innocence nous ont entretenus et bercés dans un monde imaginaire, qui n’est plus. La déception crée un déplaisir infiniment plus profond et aigu : c’est l’univers de nos désirs qui chavire, et avec lui notre enracinement dans l’existence.

 3)    La connaissance crée un désenchantement (comment croire encore aux fées, aux contes, aux esprits bienfaisants, au surnaturel, au paradis  etc), une désillusion universelle, voire une mélancolie réactionnelle au spectacle d’un monde qui a perdu sa vertu poétique. Le principe de réalité nous force à réviser nos jugements, à tenir compte des faits. Il peut en résulter une forme de désespoir, voire du ressentiment. Le passage à une vision plus apaisée n’est pas garanti. S’il n’est pas de sagesse sans déplaisir, le déplaisir en lui-même ne mène pas forcément à la sagesse. Il y faut quelque chose de plus : du jugement, un détachement émotionnel, de la patience ? La question est restée en suspens.

Apéro-philo 22 09 16

 4)    La connaissance accroît le déplaisir parce qu’elle accepte de rencontrer le réel. En dernière analyse c’est le réel qui est source de déplaisir parce qu’il vient contrecarrer le désir, par exemple l’impermanence universelle m’emporte dans la tombe, mais mon amour aussi, et tous mes espoirs de durée, de survie, d’immortalité. Bien sûr je peux toujours réinjecter une nouvelle croyance, comme l’immortalité de l’âme, mais qu’en savons-nous ? Observons simplement ce fait constant : quand le réel ébranle une croyance nous nous précipitons dans une croyance nouvelle pour contourner la difficulté.

 5)    Finalement nous nous demandons si la sagesse n’est pas essentiellement un déni de réalité, une construction réactionnelle pour nous adapter à l’insupportable, un cataplasme confortable et calamiteux qui nous permettrait de sauver ce qui de toute manière est en train de se perdre. A l’inverse, étrange et lumineuse clairvoyance, que celle de l’Ecclésiaste, qui mesure résolument la vanité de toutes choses (« vanité des vanités, tout n’est que vanité ») et conclut avec lucidité et modestie qu’il n‘en faut pas moins cultiver son jardin, sans illusion ni prétention, au jour le jour, tant que dure la vie.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

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