22 avril 2015

Résumé du Café-philo du 21/04/15 : se passer des masques

 

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             Le café-philo du 21 avril 2015 s'est tenu pour la première fois au Café associatif La Coulée Douce (clic) à la Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau.

La soirée s'est passée idéalement : accueil très chaleureux, ambiance conviviale et concentrée, dynamique collective de grande qualité, sens de l'écoute et une pause apéritive bienvenue avec quelques assiettes et boissons à des tarifs "associatifs". Nous tenons à remercier Marie et l'équipe de bénévoles pour leur gentillesse et leur sens de l'accueil.

 

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Les trente-cinq personnes présentes ont proposé une dizaine de sujets. Le sujet qui a été voté et traité dans la foulée fut :

 

"Pouvons-nous nous passer de nos masques ?"

 

1)   Le masque renvoie au premier chef à la « persona », personnage de théâtre, rôle conventionnel. C’est la nécessité qui nous contraint à jouer notre rôle, ou nos rôles plutôt, dans la vaste tragi-comédie sociale.,,  Le masque est un signe d’appartenance (songeons aux masques des sociétés traditionnelles) qui signifie une position, un statut, un ou des rôles sous lesquels l’individualité s’éclipse.

2)   D’où la question des fonctions : il y a les masques qui dissimulent, ceux qui visent à tromper, ceux qui donnent à voir. Cacher et montrer sont en fait dans une étroite relation de paradoxe, si bien qu’on ne sait trop si, en se masquant, le sujet se dissimule, ou si, tout au contraire, il n’exhibe pas ce qu’il cache. Subtil jeu de dupes, où, croyant tromper l’autre, on finit par se duper soi-même…Au jeu du désir les dés sont toujours pipés.

3)   D’où une autre question : quel rapport le masque  entretient-il avec la vérité ? La vérité est-elle de l’ordre du « naturel », de la nudité, voire de la sauvagerie ? La civilisation ne commence-t-elle pas avec l’artefact, l’artifice, donc la vêture, et le masque. Il est sans doute un peu naïf de croire qu’à enlever le masque on révèlerait la vérité. Les masques nous sont consubstantiels, comme le langage et la culture, encore qu’il soit possible de distinguer entre des masques « intériorisés », invisibles, connaturels, et les masques de parade ou de circonstance qu’on peut mettre en enlever à loisir.

4)   Il semble que chacun ait intérêt, au bout du compte, à se réfugier derrière ses masques, s’ils ne nous étouffent pas, si nous pouvons prendre conscience qu’ils existent et qu’ils sont inévitables : c’est dans ce modeste interstice que se glisse une chance de liberté. Sachant, je ne suis plus totalement dupe. Mes masques, mes rôles, mon personnage, les connaissant, je peux apprendre à en jouer – et revoici l’acteur, un peu moins niais, un peu dégrossi, acteur-joueur.

5)   Finalement, existe-t-il une sphère d’intimité où « les masques tombent » où l’on peut être en résonance avec l’autre, et surtout en congruence avec soi ? Que craignons-nous dans ce dévoilement ? Quelle est cette peur ? Quelles émotions voulons-nous éviter ? Sans doute y a–t-il ici un puissante force de refoulement, celle peut-être qui a présidé à la socialisation elle-même, à cet âge tendre où s’est construite une image de soi, premier masque, le mieux oublié, et peut-être, inamovible, indéchiffrable.

Pour Métaphores, GK

         

             Pour en savoir plus sur le sens de l'activité café-philo, cliquez ici.

 

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19 mars 2015

Résumé du Café-philo du 07/04/15 : doute, certitude, folie et vérité

Café-Philo

           

      Le café-philo s'est tenu le mardi 07 avril 2015 à 18h45 au bar le Van Gogh, 15 rue Latapie à Pau. Nous remercions Max pour son accueil sympathique dans son établissement et pour l'organisation des lieux tout à fait adaptée à la formule café-philo. Les participants ont proposé une dizaine de sujets qui ont fait l'objet d'un vote. Le sujet retenu et traité collectivement a été : 

"Si ce n'est pas le doute, c'est peut-être la certitude qui rend fou."

 

 

Café-philo au Van Gogh

Résumé de la soirée et des débats :

1 ) Qu’est ce qui « rend fou » ? Que signifie « rendre fou » ? L’expression évoque un brusque passage de la normalité psychique à un état de dérangement, de déréalisation, marquée par une conduite aberrante, asociale voire dangereuse. Entre la folie « douce » et la psychose avérée, toute une panoplie de singularités plus ou moins décalées, déviantes et irrationnelles.

2) L’énoncé prend le contrepied d’une conviction commune, selon laquelle la certitude est positive, confortable, gage de réussite, signe d’équilibre et de santé. A l’inverse le douteur est dévalorisé, suspecté de faiblesse, de versatilité, donc peu fiable. (Il faudrait faire un test d’embauche !). S’il est un fou, ce serait évidemment le douteur – et pourtant ! Qui des deux est le plus dangereux, le plus tyrannique, qui le moins capable d’évolution, de questionnement ? La certitude a ses inquisiteurs, ses fanatiques, ses croisés – le doute jamais.

3) Sous la carapace de la certitude peut-être se cache une incertitude fondamentale qu’on s’acharne à nier, forclore, dans un retournement, une compensation pathétique et mortifère. D’où l’extrémisme. La question devient : quel type d’investissement psychique est à l’oeuvre dans la certitude, quels enjeux existentiels, presque toujours inconscient ? C’est cette méconnaissance originelle qui conduit à la folie, folie du sens, folie de la foi, et chez certains, folie de la raison – car la raison elle aussi a ses fous !

4) Le doute serait-il donc mécaniquement exclu de cette problématique, gage de santé et de vérité ? Ce n’est pas sûr : on parle parfois de « folie du doute » lorsque le sujet va revérifier à l’infini s’il a fermé son appartement. « Hé quoi, ce sont des fous ! » dirait Descartes. Ce cas mis à part le doute a un rôle très précis dans la démarche scientifique, et le philosophe, épris de vérité, lui confère volontiers une dignité de méthode – mais rarement au-delà. En général il en circonscrit soigneusement l’usage, car il craint, évidemment, d’être emporté dans un tourbillon où se dissoudrait toute certitude. A l’arrière-plan sans doute, la crainte de basculer dans la folie du vide !

 5) Bilan provisoire : il y a la certitude qui rend  et il y a le doute qui rend fou – sauf à penser qu’ils n’en sont pas du tout la cause, mais le symptôme. La folie est déjà là, inscrite dans la structure du sujet, et elle se manifestera soit comme pathologie de la certitude soit comme pathologie du doute.

6) Le problème est relancé à un autre niveau : il faudrait réexaminer certitude et doute dans leur rapport respectif à la vérité.

La certitude est la conviction, accompagnée de raisonnements (plus ou moins rationnels ou délirants) de posséder et de dire la vérité, présentée ici comme un savoir indubitable. Mais la probité nous contraint à poser qu’en tel savoir ne peut rendre compte de son fondement, et qu’en toute rigueur le fondement est toujours inconnaissable : « la vérité est dans l’abîme « (Démocrite).

Si le doute se raidit  en position dogmatique il relève de la même contradiction. Ni le doute, ni la certitude n’ont de fondement indubitable. En s’examinant avec attention et honnêteté l’homme est amené à découvrir qu’il ne peut se prétendre possesseur de la vérité : « je sais que je ne sais pas ». Ou, comme écrit Montaigne « Que sais-je ? »

La vraie folie, folie des plus communes et ordinaires, est d’oublier cette « vérité du non-savoir » et de faire les importants. A défaut de vérité, et puisqu’il faut bien vivre, choisir, décider, on se contentera de conjectures raisonnables et indéfiniment amendables.

 Ce fut une excellente soirée, riche, chaleureuse, et de tonalité joyeuse et décontractée. Je tiens ici à remercier et à féliciter les participants qui ont témoigné avec verve d’une allègre inventivité philosophique !

Animation et synthèse : Guy Karl, modératrice : Nicole Karl.

 

 

         

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13 février 2015

Résumé de l' Apéro-philo du 26/03/15 : passé, présent , avenir

Apero philo

            L'Apéro-philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 26 mars au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

 

"Si le passé conditionne le présent, avons-nous un avenir ?"

           

     "Qu'est-ce que le temps ?" s'interroge Augustin. "Si personne ne me le demande, je le sais ; dès qu'on me le demande, je ne sais plus". 

Le passé, le présent et le futur ont-ils une réalité ou ne sont-ils pas que des représentations ? Dès lors, la liaison supposée "conditionnante" entre le passé et le présent existe-t-elle vraiment ou n'est-elle pas qu'une fiction ? 
C'est en ce sens que Kant fait remarquer que le temps n'a pas d'existence en soi mais qu'il désigne, pour faire simple, un mode d'organisation de nos expériences. Le problème se pose alors de savoir si le conditionnement supposé est réel ou s'il n'est pas qu'une liaison artificielle construite par nos habitudes (Hume) ?  De la réponse à ces questions dépend la possibilité ou pas de se déprendre de ce qu'on appelle "passé". 

Pour Pascal, nous vivons dans des temps imaginaires, non pas parce que le passé conditionnerait le présent, mais parce que seul le présent est réel. Passé et futur ne seraient que des mots, que des fictions langagières qui seraient investies magiquement pour fuir le présent. "Seul le présent nous blesse", note-t-il dans les Pensées. Ainsi, de quoi serions-nous dépendants, sinon d'hallucinations sans rapport avec ce qui est. Mais comme toujours, les hallucinations produisent des effets dans le réel. C'est là que le travail éventuellement psychique peut commencer. 

Le travail psychique est une chose, l'analyse philosophique en est une autre. On ne peut passer au plan psychique que si le premier plan (philosophique) est d'abord éclairé, sans quoi on reste prisonnier du paradigme du psychologisme (qui risque fort de flatter la subjectivité des opinions et de les perdre dans leur "vécu"). 

L'articulation entre une réflexion sur le temps et la vie psychique se rencontrent ici, mais plus loin encore avec les enjeux existentiels qui fondent le sens de la question posée.     

Pour Métaphores, DK  

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10 février 2015

Résumé de l'atelier-philo du 17/03/15 : Sur l'oeuvre d'art

Atelier-philo

 

           L' Atelier-philo s'est tenu le mardi 17 mars 2015 à 18h45 au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou) à Pau. A cette occasion,  la philosophie et l'art ont dialogué autour du sujet suivant :

A-t-on besoin de comprendre une oeuvre d'art pour l'apprécier ?

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        L'animateur-philosophe, David Pourille a reçu Bernadette Charpentier, artiste plasticienne pour interroger dans le cadre d'une discussion ouverte les enjeux du sujet et inviter le groupe à réfléchir sur cette question. 

         Comme il est convenu de le faire dans un atelier, la présentation de la question s’est contentée d’analyser les termes et de soumettre au public quelques questions comme pistes de réflexions possibles. Ainsi, comprendre, qui n’est pas expliquer, consiste-t-il à acquérir une signification, un sens, à cerner une conclusion (« j’ai compris, ou non, son explication » entend-on…). Apprécier a une double utilisation : on apprécie un prix (c’est une évaluation), on apprécie une personne (c’est une estimation). Mais que viennent faire ces verbes comprendre et apprécier dans le rapport à l’œuvre d’art ? Surtout que vient faire comprendre, qui relève de l’activité intellectuelle, avec l’œuvre d’art, qui relève ou relèverait de la sensibilité, et l’estime qu’on peut lui porter ? C’est l’ensemble des relations possibles à l’œuvre d’art qui sous-tend la question.

 I)        Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? C’est ce qui est essentiellement inexplicable et non reproductible développe Kant dans sa Critique de la faculté de juger. Si ces critères s’avèrent intéressants et utiles pour distinguer ce qui est une œuvre d’art de ce qui ne l’est pas, ils s’avèrent insuffisants pour déterminer ce qu’est une œuvre d’art de manière exhaustive, et surtout pour trouver des « airs de famille » entre elles, si diverses. D’ailleurs, le problème de la nature de l’œuvre d’art est réapparu à plusieurs reprises lors de la soirée.

                 Une tendance forte a largement dominé les échanges, celle d’un rapport direct et spontané à l’œuvre d’art, sans médiation de la connaissance ou de quelque compréhension que ce soit. Car le rapport à celle-ci appartiendrait à l’ordre de l’émotion, et non de la connaissance. D’ailleurs, cette émotion, dite esthétique, n’est pas n’importe quelle émotion ; une émotion qui serait plus profondément encore une expérience à part entière, voire une jouissance esthétique. Cependant l’effet d’une œuvre d’art sur le spectateur ne se limite pas à l’émotion : elle manifeste une dimension active ou activante, elle mobilise chez lui une possibilité d’action. Plus rares ont été les points de vue d’un rapport plus intellectuel à l’œuvre qui pourrait augmenter l’émotion que l’on ressent. Une question posée apporta un contraste intéressant à ce rapport spontané dominant : « une œuvre d’art laissant indifférent cesserait-elle d’être une œuvre d’art ? ».

             Étonnamment, selon l’animateur qui rédige ces lignes, la complémentarité des deux approches n’a pas trouvé son expression, ni même celle du fait que plusieurs rapports différents à une œuvre d’art puissent exister, indépendamment ou simultanément.

  II)        Et du point de vue de l’artiste ? Bernadette, artiste plasticienne, a su avec autant d’authenticité et de simplicité présenter son expérience de créativité en évoquant le travail de l’artiste d’où émane une œuvre qui n’a pas de fin en soi. Le travail de l’artiste fermente un matériau pour restituer une expérience ou une rencontre avec le monde.

              Pour conclure – non pas sur la question mais sur la soirée, les avis, points de vue, idées et conceptions des participants ont pris corps dans une parole collective qui a su évoquer et développer l’émotion esthétique, l’expérience esthétique ; ceci tout en parvenant, le plus souvent, à argumenter, s’affiner, se corriger et s’enrichir…

                 

              Pour Métaphores, DP

 

          

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03 février 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 24/02/15 : médecine et philosophie

Apero philo

L'Apéro-philo du 24 février 2015 s'est tenu au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

"Si l'homme était un, il ne serait jamais malade"  Hippocrate de Cos (fondateur de la médecine occidentale)

         A l'occasion de ce sujet, nous avons eu le plaisir de recevoir Philippe Marchat, médecin homéopathe, pour réfléchir avec nous sur le rapport de la santé à la maladie. Son expertise et sa pratique nous ont permis d'aborder et d'approfondir des enjeux essentiels :

                     

I          Présentation 

           Faut-il penser que la maladie est le signe, ou le symptôme d'une division interne, dans l'organisme physique lui-même, entre le physique et le psychique, voire entre l'homme et son environnement, comme le suggère Hippocrate ? Peut-on remédier à cet état de fait, qui semble plus évident aujourd'hui, dans notre culture morcelée et morcelante ? Comment comprendre la notion de santé ? N'est-elle que l'absence de maladie, ou la capacité de vaincre des maladies lorsqu'elles surviennent, vu qu'il est bien difficile de les éviter toutes ?

II          Résumé de la soirée 

1        La citation exacte, extraite du « Traité de la nature humaine » est : si l’homme était un, il ne serait pas sujet à douleur. Le mot grec est « algie », que la médecine actuelle utilise pour désigner certaines affections morbides. Il s’agit donc bien de maladie, opposée à la santé, conçue comme « unité «  organique. Mais quelle sorte d’unité, s’il est patent que le corps est composé d’une grande quantité d’éléments fort dissemblables. On rappellera au passage l’héritage d’Empédocle qui avait thématisé pour des siècles la théorie des quatre éléments (terre, eau, air et feu). La médecine antique décrit quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune et bile noire) et quatre tempéraments de base (sanguin, phlegmatique, nerveux et bilieux), ainsi que quatre qualités (sec, humide, chaud et froid) d’où une combinatoire générale des humeurs, éléments, tempéraments et qualités, avec des correspondances subtiles dont la logique peut aujourd’hui nous échapper. Quoi qu’il en soit, l’unité de l’organisme apparaît d’emblée comme un problème. Ce ne peut être l’unicité d’un seul principe mais plutôt une synthèse plus ou moins harmonique ou dysharmonique, une unité complexe et mouvante.

 2        La tradition hippocratique a dominé la médecine pendant quinze siècles, mais subit une éclipse suite aux progrès de la biologie scientifique. L’hippocratisme est dynamique et holistique : elle étudie l’homme dans sa globalité en interaction avec le milieu (climats, saisons, alimentation etc). La maladie résulte d’un dysfonctionnement, d’un déséquilibre, d’une rupture de l’unité interne. Pour la médecine moderne il s’agit plutôt de chercher des causes repérables (bactéries par ex) et d’agir sur l’organe malade. D’où aussi un découpage en spécialités (pneumo, cardio, uro etc) pour augmenter l’efficacité des traitements. Cette médecine « mécaniste » est particulièrement opérante dans le domaine de l’infrastructure organique (os, viscères, organes, peau, muscles etc) et on lui doit incontestablement un allongement significatif de la durée de vie. Mais elle ne soigne pas au niveau du « vivre », là où s’exprime si souvent la douleur du patient, dans son stress au travail, insomnie, allergies, troubles alimentaires, et autres. C'est pourquoi il importe d'opérer, selon Philippe Marchat, une distinction entre une "médecine du survivre" (mécaniste) et une "médecine du vivre" (holistique). Sans cette distinction, il en résulte souvent une déception du patient, qui s’estime mal entendu par la médecine scientifique, mal compris au terme d’une interminable course aux spécialistes, sans résultat probant. A force de découper les corps, on perd de vue cette fameuse unité complexe et vivante qui définit l’ « individuum », le « non divisible » qui fait la singularité du patient.

  3        Question d’un interlocuteur : « Mais qu’est-ce qu’un corps ? Nous parlons du corps, mais nous ne savons pas ce que c’est que le corps ! ». Le corps est-il une machine démontable en pièces séparées, comme le veut la médecine moderne ? Mais n’est-ce pas là une médecine de « macchabées » - dont le cadavre serait le symbole achevé ?

 Retour à la question – qu’est-ce donc que cette « unité » dont parle Hippocrate ? Le corps est senti et sentant, perçu et percevant, vivant et vécu, source perpétuelle de plaisir et de douleur, évolutif, changeant – et vivant dans une temporalité subjective, mais aussi familiale, régionale, « historique », marquée par l’histoire des générations d’avant, si bien qu’on ne peut séparer le corps d’une conscience ou d’un inconscient, d’une psyché, aussi réelle en somme que la matérialité apparente et évidente du soma. L’unité est à entendre comme réalité complexe et indivisible d’un tout somatopsychique, ce dont témoignera abondamment chaque patient, dont la douleur est autant celle de la psyché que du soma. Là encore nos classifications dualistes sont trompeuses et sources d’erreurs thérapeutiques.

 4        Une longue discussion s’ensuit qui porte sur le rapport du praticien et du patient : entendre, écouter, diagnostiquer, soigner, soulager ou guérir ? Medicus curat, natura sanat : le médecin soigne, la nature guérit (quand elle n’emporte pas le malade dans la mort, ce qu’elle finit par faire de toute façon !)

          Le grand enseignement de cette soirée aura été, outre la définition d’une approche plus humaniste de la personne du patient, une vision infiniment problématique et questionnante de cette indéfinissable mais nécessaire idée d’unité – synthétique, complexe, mouvante, adaptative, inventive – de l’indivisible corps-esprit, mais aussi de ses rapports problématiques avec son « environnement », de son milieu, bref de son inscription dans la nature englobante.

         Pour Métaphores, GK

 

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Résumé du Café-philo du 12/02/15 : Science et réel

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          Le café-philo du 12 février s'est tenu au Pub-restaurant chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) de 18h45 à 21h10. Huit sujets ont été proposés au vote. 

Sujets proposés :

 Le contraire d’un peuple civilisé c’est un peuple créateur

Le présent peut-il échapper à la mémoire, ou s’affranchir de la mémoire ?

Quelle différence entre le désir et la volonté ?

Vivre et penser s’opposent-ils ?

Avec 9 milliards d’habitants sur la terre être soi est-ce possible ?

Il y a dans les grands hommes plus à admirer qu’à mépriser

La croyance est-elle inhibitrice ou exaltatrice de soi ?

 

Le sujet retenu collectivement et traité lors de la soirée fut :

"La science nous donne-t-elle accès au réel ou le masque-t-elle ?"

 Animation et synthèse : Guy Karl

 1        Plutôt que de parler de La science il faudrait parler des sciences. Chacune se propose de traiter d’un aspect de la réalité, créant son objet propre et ses méthodes en se différenciant des autres. D’où un éclatement des savoirs, avec une spécialisation accrue. On observe en outre une accélération des recherches, et un souci de plus en plus évident des applications pratiques. Les sciences ont-elles pour finalité la connaissance du réel ?  Ou bien est-ce une illusion de croire qu’elles sont en mesure de débusquer le réel ?

 2       On reconnaît volontiers aux sciences une valeur de connaissance et d’efficacité, dont les retombées sont partout visibles. De plus elles contribuent à créer une nouvelle image du monde qui souvent  contredit la perception immédiate et la tradition. En somme elles produisent de la réalité, mais cela signifie-t-il que nous ayons le moyen de sortir de la représentation, d’avoir accès au réel en soi et pour soi ?

 3      Toutes nos créations scientifiques, nos lois et nos théories sont des images. Ces images elles-mêmes évoluent avec le temps et l’avancée des recherches. Un paradigme chasse l’autre. Comment saurions-nous que nous disons vrai ? Tout au plus pouvons-nous supposer que nous disons un peu moins faux, en rectifiant, révisant, amendant nos paradigmes successifs.

 4    « Nous n’avons pas de communication à l’être » (Montaigne) – ni au réel. Il faut savoir reconnaître les limites de la connaissance et admettre notre incapacité à sonder le réel insondable. La science ne donne pas accès au réel, mais ne le masque pas davantage, si la nature du réel nous demeure inaccessible et inconnaissable.

  GK

 

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02 février 2015

Résumé du Cercle Littéraire du 05/02/15 : Camus

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Le cercle littéraire du jeudi 05 février 2015 animé par Janine Delaitre s'est tenu au Pub-Restaurant "Chez Pierre", 14 rue Barthou (Pau) sur le thème suivant :

 L'absurde, la révolte et l'humanisme - Albert Camus

Présentation et résumé de la soirée :

1) Présentation

     « Écrire, ma joie profonde ». Qui aurait pu imaginer que le petit garçon d'un quartier pauvre d'Alger,orphelin d'un père tué à la guerre de 14 et fils d'une mère analphabète se verrait un jour consacré par un prix prestigieux entre tous , le Prix Nobel de Littérature, et deviendrait une des voix les plus marquantes du XX°siècle ?

       C'est par le journalisme qu'Albert Camus entra en littérature . Très tôt, s'affirment le combat contre l'injustice, et le besoin de donner la parole à ceux qui n'ont pas accès aux mots. A travers l'écriture de romans, de pièces de théâtre et d'essais , il poursuit une quête inlassable , ponctuée d' interrogations simples mais fondamentales : ses personnages dévoilent ses inquiétudes face au mal, à la souffrance, à la mort. De Meursault, l'énigmatique « étranger » au docteur Rieux pour qui l'essentiel est de « bien faire son métier »  en passant par Clamence, taraudé par le remords, Camus questionne inlassablement l'existence humaine, absurde, mais dont le sens est à construire.

      Cependant, si l'œuvre de Camus incarne et analyse tour à tour ces inquiétudes, elle célèbre aussi la beauté du monde, le soleil, la mer, la joie d'être et les noces avec le monde. « Pensée de midi » qui dissipe les brumes de la peur.

        Quelques œuvres majeures de CAMUS :

des romans : L'étranger La peste  La chute, Le Premier homme (oeuvre posthume et autobiographique)

des essais : Le mythe de Sysiphe, L'Homme révolté

des pièces de théâtre : Caligula, Le malentendu, Les Justes

Lettres à un ami allemand

Des articles de journaux, en particulier La profession de journaliste et le texte de son discours à la réception du Prix Nobel Discours de Suède. 

II) Résumé

             Le Cercle littéraire consacré à Albert Camus a débuté sur l'évocation des divers visages de cet auteur: l'homme de théâtre, le romancier, l'essayiste, l'intellectuel engagé. La discussion s'est ouverte sur la position de Camus dans la Guerre d'Algérie: son attachement à sa terre natale, son désir de justice lui ont fait envisager une solution qui ne léserait aucune des deux communautés, et ont motivé ses appels à la paix. Le film "Loin des hommes" de David Oelhoffen librement inspiré de la nouvelle L'Hôte, tirée de "L 'Exil et le Royaume" reflète d'ailleurs ces préoccupations.

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       Cette question, ainsi que la divergence sur l'attitude à adopter face à Staline et à l'URSS, a alimenté le conflit avec Sartre. Les "Lettres à un ami allemand" rappellent l'importance de la tolérance et le choix de valeurs centrées sur l'homme.

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        Cela  conduit le groupe à s'interroger sur l'humanisme revendiqué par Camus comme réponse à l'absurde et manière d'être au monde pour l'homme révolté . Est défendu cet engagement, fraternel et solidaire, parfois sous-estimé : on rappelle les formules assassines: "morale de boy-scout" ou encore "morale de la croix rouge ". Or, devant le scandale de la souffrance, qui s'éprouve et ne se raconte pas, celle ajoutée par l'homme à l'ordre du monde, il faut agir et combattre inlassablement.
       Comment interroger la pensée de Camus aujourd'hui ?  L'humanisme est-il mort ? Dans le vide du sens et de l'existence, il s'agit de penser autrement le rapport avec nous-mêmes. L'homme doit trouver une norme non auto référencée pour vivre. On ne peut pas sortir de l'humanité, mais il devient indispensable de reconsidérer la place de l'homme dans le monde.
        L'influence de la pensée philosophique de Camus est éclairée par ses combats ; il n'est pas un philosophe au sens traditionnel du terme, il ne conceptualise pas beaucoup. Cependant, c'est un grand penseur, qui donne à penser : Il reste une figure majeure de l'intellectuel engagé. 

     JD   

Vous désirez en savoir plus sur le Cercle littéraire, cliquez ici

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27 janvier 2015

Résumé de l'Apéro-Philo du 27/01/15 : scepticisme et vérité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo s'est tenu au pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou à Pau) , le mardi 27 janvier à 18h45 sur le sujet suivant :

                     "Le vrai sceptique se moque-t-il de la vérité ?"

L’animateur, comme à l’accoutumée, met en place la problématique :

           Vrai sceptique s’oppose à sceptique au sens commun, lequel se définirait par la propension à « douter de toute chose » (Littré), sans que l’on sache si c’est par affectation ou par une véritable intelligence de la complexité. Il dit prendre ses distances, réfléchir, mais cela peut être par pusillanimité, faiblesse ou incertitude constitutionnelle. Le vrai sceptique, s’il existe, se réclame d’une réflexion méthodique sur les limites de la connaissance.

           S’agit-il de nier toute valeur au savoir, de mettre en évidence les faiblesses de l’esprit humain, de la perception et de la raison, alors se pose la question de la vérité. Quel rapport le « vrai » sceptique entretient-il avec la vérité ?

            On peut penser, en première lecture, qu’une telle doctrine nie purement et simplement l’idée même de vérité, y décelant une escroquerie, une chimère, un idéal pompeux et vide. Mais alors on sombre fatalement dans le relativisme le plus  stérile : « à chacun sa vérité »- ce qui équivaut à un enterrement pur et simple de la vérité – car il n’est de vérité que par un effort de dépassement de la subjectivité immédiate vers  l’universel. Une pensée sceptique peut-elle se référer à l’universel sans se nier dans son principe même ? Avons-nous, en tant qu’humain, quelque possibilité de penser un universel qui ne soit pas une chimère ?

        Le scepticisme fait la critique impitoyable du savoir – voir les dix tropes d’Enésidème qui décline les impossibles de la connaissance – à partir de la maxime fondamentale de Démocrite : « L’homme doit connaître au moyen de la règle que voici : il se trouve écarté de la réalité ». Cette phrase énonce magnifiquement le paradoxe sceptique : il faut connaître – que nous voilà loin de la paresse, de la mollesse prêtées au scepticisme – mais non pas en croyant saisir la nature ultime des choses (dogmatisme), tout au contraire, en posant au préalable cette aporie, cet impossible : nous n’avons aucun moyen d’entrer en relation avec la réalité réelle – le réel en soi et pour soi. Notons que Montaigne réitère parfaitement la même idée dans sa phrase célèbre : « Nous n’avons aucune communication à l’être ».

          Le problème posé trouve sa solution, si l’on accepte de penser que le savoir n’est pas la vérité, que le savoir ne peut être que relatif, évolutif, « historique », indéfiniment amendable et renouvelable (ce que monte l’histoire des sciences), et qu’une vérité n’existe qu’ à la condition d’être universelle et intangible. Retour à la question : qu’est ce qui, pour l’homme, fait vérité ?

          Je note que le groupe en est resté au seuil de cette question. Il faudrait une nouvelle séance pour traiter ce point difficile. Permettez-moi, à titre personnel, d’esquisser une ouverture. C’est Démocrite qui en fournit l’abord : l’homme est écarté de la réalité – voilà une formulation universelle, intangible et indépassable. En un mot la vérité n’est pas le savoir, mais l’impossibilité du savoir.

        Ce qui ne signifie pas que nos savoirs soient vains, simplement il importe d’en reconnaître et d’en assumer l’indépassable limitation.

                   GK

 

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22 janvier 2015

Résumé de l' Atelier-Philo du 22/01/15 : justice et injustice

Atelier-philo

          Le premier Atelier-philo a fait dialoguer le droit et la philosophie. Nous avons accueilli à cette occasion Denise Pombieillh, avocate à la cour de Pau, pour aborder collectivement et dans le cadre d'une discussion ouverte et d'une grande richesse, le sujet suivant : (animation et synthèse : David Pourille)

 

          Comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste ?

 

           Le but de l’atelier philo-droit a été d’ouvrir une réflexion sur la question « comment décide-t-on de ce qui est juste ou injuste » à partir du regard du droit, représentée par une avocate du barreau de Pau, et de celui de la philosophie, représenté par l’animateur de l’atelier.

           La présentation de la question : 

          La présentation du côté du droit a consisté dans un exposé précis du processus juridique conduisant à la décision de justice – l’arrêt, le jugement de justice. Ce processus de décision s’élabore à partir du syllogisme juridique, triptyque de la loi, à laquelle on soumet le fait à juger, et la décision qui en découle. Par ailleurs, deux conceptions de la justice existent dans la procédure judiciaire française : la justice commutative s’appuyant sur l’égalité ; et la justice distributive s’appuyant sur la proportionnalité, sur la prise en compte des parties (leur état de nécessité, les circonstances atténuantes…).

        D’emblée le parallèle entre droit et philosophie a été aisé à dresser puisque tant le syllogisme que la distinction justice commutative et distributive ont été théorisés par la philosophie, Aristote précisément.

          La présentation du côté de la philosophie a consisté quant à elle dans une critique de quelques grandes conceptions de la justice, celle d’Aristote et celle du droit naturel en particulier. Car que ce soit le critère aristotélicien de juste milieu entre l’excès et le défaut et le critère de justice existant dans un droit naturel surpassant les lois écrites du droit positif, rien ne s’impose dans son évidence et son universalité.

          Le débat :  

           A partir de cette double présentation, le débat s’est articulé autour de deux questions : quel pourrait être ce critère du juste et de l’injuste ? Et, l’idéal de justice confronté aux décisions de la justice conduit-il à un échec ou à une réussite ?

           Pour la première question, deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour un critère du juste et de l’injuste dans le sentiment de justice, l’intuition naturelle. Une autre tendance a penché pour un critère s’inscrivant dans la loi écrite, dans le droit positif ; loi et droit certes imparfaits mais corrigibles et évolutifs.

            Pour la seconde question, là aussi deux grandes tendances ont émergé. Une tendance a penché pour une limitation de la justice à une simple sanction ou répression sans portée réparatrice. Une autre tendance a penché pour une issue réparatrice pour la victime et rééquilibrante pour la société.

         Les conclusions :

           D’une part, la justice est imparfaite, certes, mais parvient néanmoins à des résultats éducatifs, voire prophylactiques. D’autre part, le critère du juste et de l’injuste est sans doute moins à chercher dans une tradition ou dans les subjectivités des individus qu’à construire. Ce critère serait un projet à élaborer au sein d’une discussion collective argumentée et ouverte. Sans doute son point de départ pourrait être la prise en compte du respect de la personne humaine dans tous les champs de ses activités (créatrices ou productives)  et dans toutes les relations qu’elle entretient avec ce monde et cet environnement naturel radicalement modifiés.

             DP   

          Vous voulez en savoir plus sur le projet et l'esprit de l'Ateliercliquez ici.

        

 

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15 janvier 2015

Résumé du café-philo du 15/01/15 : barbares et culture

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            Le café-philo du jeudi 15 janvier 2015 s'est tenu "Chez Pierre" 14 rue Barthou à Pau à 18h45. Huit sujets ont été proposés, le groupe a voté à la majorité pour la question suivante :

                          Les barbares sont-ils nécessaires à la culture ?

     Un moment de stupeur initiale : barbarie et culture ne sont-elles pas diamétralement opposées, alors comment parler de « nécessité » des barbares ? 

         Premier temps : barbaros, pour le Grec, c’est l’homme qui ne parle pas grec. La première frontière, celle qui détermine l’altérité, est linguistique.  Barbaros c’est l’autre : autre langue, autres mœurs, autres dieux, autres croyances et valeurs. Sans doute l’autre, en face, fait-il de même : chacun est un barbare pour l’autre, et un « civilisé » pour soi-même. En général on ne veut pas voir cette réversibilité, troublante, qui fait vaciller le narcissisme spontané des peuples.

          Deuxième temps : suite sans doute « aux invasions barbares » qui ont détruit l’empire romain, les barbares sont assimilés à de tristes brutes sans foi ni loi, détruisant tout sur leur passage : violence, cruauté, assassinats de masse etc. La barbarie, selon ce nouveau concept, interroge la nature de l’homme, son humanité même : la barbarie relève-t-elle d’une nature primitive et sauvage, ou d’une corruption inqualifiable de la culture elle-même, s’il est patent que les plus hautes cultures (par ex les Romains) n’ont pas lésiné sur les moyens d’asservir les cultures voisines (songeons à l’extermination partielle des Celtes, Gaulois et autres). Ici, à nouveau, nous retrouvons cette irritante réversibilité : le barbare c’est l’autre, mais pour lui c’est moi.

         Troisième temps : sans doute faut-il examiner de plus près la psyché humaine, et l’on y trouvera sans peine des tendances profondes à la violence, la haine, l’envie, le désir de meurtre : chacun porte en soi son barbare intime, son démon secret qu’il serait peut-être bon d’analyser. Nous en serions moins intolérants, et aussi moins naïfs ! Développer la conscience, un devoir éthique et politique.

15 01 15

         Quatrième temps : retour à la question centrale : quelle est cette paradoxale « nécessité » qui s’imposerait à la culture, à chaque culture, d’avoir « ses barbares » ?

       On se pose en s’opposant : nous sommes ce que les autres ne sont pas. Spontanément, naturellement, par nature, chaque peuple construit sa sphère, son monde, son « cosmos » selon un principe de centralité : ethnocentrisme dira Lévi-Strauss, c’est-à-dire auto-centration, jugement spontané par lequel chaque peuple rapporte tout à soi, se fait centre du monde, s’autoproclame dépositaire (exclusif ?) de la vraie, de l’authentique humanité, les autres n’en étant que des exemplaires plus ou moins déficients : hiérarchie, et sentiment de supériorité. Cette tendance s’observe chez tous les peuples et n’offre pas d’exception. Et nous revoilà dans la réversibilité, tragique impuissance de l’esprit humain à concevoir la réciprocité dans l’espace d’une humanité inclusive.

       Dès lors il est inévitable, voire utile d’avoir des barbares : ce que je ne veux pas voir en moi, ma part refoulée et impensée, peut-être impensable, je la projette hors de moi, selon un mécanisme bien connu en psychanalyse, je la bloque et la réifie dans l’image d’un autre-fétiche, porteur de toute l’ « inhumanité » que je ne puis assumer en moi-même. Nous avons nos barbares comme nous avons nos fous, nos criminels, nos asociaux et autres déviants, paradoxalement « nécessaires » à la bonne conscience, à l’identité du groupe comme tel. Toucher à cette identité c’est provoquer d’immédiates réactions d’agressivité, ou, dans le meilleur des cas, de réaffirmation collective spontanée.

      Notre soirée débouche sur une question épineuse, qui se profile en filigrane, et qu’il serait bon d’exhumer : qu’est-ce que l’humanité ? Jusqu’à ce jour les hommes conçoivent l’humanité par élimination, exclusion de l’altérité (la société close selon Bergson), ce qu’illustre abondamment l’histoire incessante des conflits, guerres, colonisations et autres pratiques agressives. Vue la situation mondiale actuelle il serait temps de procéder à une profonde mutation anthropologique, et de déclarer que l’humanité contient l’ensemble des hommes de cette planète, selon un principe d’universalité dont les termes restent à définir.

          Pour "Métaphores", GK

 

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