02 février 2016

Résumé du café-philo du 08/03/16 : Animal et homme

 

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Le café-philo s'est tenu le mardi 08 mars 2016 à 18h45 au café associatif de La Coulée douce, Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par l'assemblée présente fut : 

Quelle image nous renvoie l'animal ?

 

1)      On pouvait craindre qu’un tel sujet soit le prétexte d’un épanchement sentimental et  pathétique, chacun y allant de son expérience personnelle, entre la crainte, l’effroi ( animal comme objet phobique) et l’affection inconditionnelle (l’animal de compagnie, confident et soutien). Il n’en fut rien. On note en passant que nous flottons entre les deux extrêmes du sentiment : attraction et répulsion devant un « autre » irréductible à nos catégories de pensée. L’animal n’est pas l’homme, et pourtant il éveille en l’homme le sentiment d’une certaine communauté, celle du vivant, de l’appartenance commune à la nature, dont par ailleurs l’homme se prétend détaché. En témoignent abondamment les innombrables représentations artistiques où l’animal figure le sacré, voire le divin, avant qu’une conception moderne et rationaliste ne tranche entre les deux règnes, reléguant l’animal dans un ordre inférieur.

2)      Dans un second temps le groupe énonce les obstacles qui empêchent de penser correctement l’animalité : l’anthropocentrisme qui nous pousse à attribuer à l’animal nos propres catégories, par quoi l’image que nous en avons est un reflet narcissique et tronqué, l’idée de supériorité qui justifie l’exploitation et la domination, la vieille idéologie selon laquelle l’homme est le sens et le but ultime de la création, et enfin les conceptions mécanistes (Descartes) qui réduisent l’animal à une machine. Mais nous savons aujourd’hui qu’il y a une sensibilité animale, voire une organisation d’une complexité admirable et de fort subtils échanges intra-spécifiques et extra-spécifiques dont nous pénétrons difficilement les arcanes par la science biologique et éthologique. En un mot l’animalité n’est pas réductible à quelque schéma simpliste, et cette énigme nouvelle vient redoubler l’énigme que les Anciens déjà avaient considérée.

3)      Retour : animal vient du latin anima, le principe vital. En grec Zoon, de zoè, la vie. L’animal c’est la figure du vivant (On pourrait en dire autant du végétal, mais le végétal, hormis quelques cultures rares au demeurant, inspire moins directement une image de ressemblance-différence avec l’homme). On peut dire qu’en tant que vivant l’homme ne diffère guère de l’animal – le biologiste en témoignera – il a des besoins, des pulsions, des fonctions comme lui, et comme lui il naît et meurt. C’est à cette part naturelle que l’animalité nous renvoie directement – part honnie souvent, refoulée et clivée par la culture, mais insistante et irréductible : l’animalité est notre « part maudite », du moins selon certaines traditions.

4)      Après la pause le sujet est plus explicitement traité : l’image que nous renvoie l’animalité c’est la diversité extraordinaire de la vie naturelle, c’est celle d’une longue histoire de l’évolution où nous occupons nous-mêmes une place (ambiguë – est-ce la dernière, la plus complexe, la plus menacée ?), et surtout d’une vie sans langage symbolique (précisons : non pas sans langage, l’animal communique effectivement et efficacement, mais sans langage symbolique, lequel est apte à produire des signifiants désignant les choses en leur absence). Ce qui nous fascine chez l’animal c’est peut-être l’image d’une vie sans langage symbolique – celle qui fut la vie de l’enfant « infans » (qui ne parle pas), donc celle de nos premiers mois-émois de notre vie, dont nous conservons sans doute une nostalgie indicible et inavouable (le refoulement primaire de Freud).

5)      L’homme, c’est le « zoon logon echon » d’Aristote : le vivant qui a le langage. Cette formule est remarquable car elle désigne clairement la double articulation de l’humanité, prise « zoologiquement » dans l’animalité, et y opposant le langage, lequel permettra l’édification d’un monde symbolique, politique, poétique, mythologique, par lequel il s’efforce d’échapper illusoirement à l’absurdité invincible de notre condition mortelle. En ce sens il faut revenir à penser l’animalité, par modestie, par humilité, pour développer la conscience d’être partie prenante de la vie universelle, de notre responsabilité planétaire. En un mot il y a une vérité dans l’animalité que la réflexion philosophique ne saurait  ignorer.

6)      A titre personnel je recommanderai la lecture du Mythe de Prométhée dans Platon : l’homme y est décrit comme l’ « oublié », le sans-ressources lors du partage des facultés vitales, et dès lors contraint d’inventer la technique pour survivre, puis le langage et l’organisation politique. Des travaux récents situent l’apparition du langage symbolique chez l’homo dit sapiens autour de – 70 000 ans.

Pour Métaphores, GK

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Pour en savoir plus sur l'activité, cliquez à gauche sur le lien qu'est-ce que le café-philo.

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13 janvier 2016

Résumé de l'Atelier-Philo du 02/03/16 : technosciences et anthropologie

Atelier-philo

  L' Atelier-philo du mercredi 02 mars 2016 s'est tenu pour la première fois au café-restaurant "Un dimanche à la campagne", Allée Alfred de Musset, face au parc Baumont à Pau (entrée est libre et gratuite) autour du sujet suivant :

 

 L'invasion des technosciences produit-elle une nouvelle humanité ?

 Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Marion Bussy, professeure de philosophie, titulaire d'une maîtrise en anthropologie pour engager un dialogue entre ces deux disciplines (philosophie et anthropologie)La soirée fut conduite et animée par David Pourille, philosophe et Président de l'association Métaphores, et notre invitée. Après deux interventions d'une quinzaine de minutes, nos animateurs référents ont lancé une discussion passionnante avec le groupe présent.

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           Lorsque Heidegger analyse ce qu'il appelle le nihilisme contemporain sous la forme de "l'arraisonnement de la nature" par la technique (voir l'apéro-philo consacré à la nature), il ignore jusqu'à quel point le processus technologique va se poursuivre et infiltrer peu à peu tous les espaces de vie et toutes les relations humaines. Avec l'extraordinaire développement de l'internet, des nouvelles technologies de l'information mais aussi la prolifération des puces électroniques, des programmes d'intelligence artificielle, c'est non seulement l'ensemble des conditions fondamentales du vivre ensemble mais aussi les organismes qui sont affectés et possiblement modifiés. Au-delà de la nature, l'homme lui-même fait désormais l'objet d'un arraisonnement par la technologie. Comment penser ce renversement ? Jusqu'à quel point les technosciences peuvent-elles transformer ce qu'on appelle l'humanité ? Quelles significations et quelles perspectives lorsqu'avec le "transhumanisme" se profile la construction d'un nouvel homme (mi nature mi machine) susceptible de déjouer les frontières du vivant ? (pour Métaphores, DK)

Atelier-philo du 02 mars 16

 Résumé de la soirée :

L’approche de Marion développe le sujet tout d’abord à partir de la philosophie puis à partir d’une réflexion sur l’humain et ses caractéristiques sous l’impact des technologies.

Platon a réintroduit le mythe de Prométhée : l’homme obligé de devenir technicien pour survivre. Après lui, Aristote pensera la main comme condition de tous les autres outils, la main est « l’outil qui tient lieu de tous les autres ». On peut donc penser que l'homme se prolonge lui même par son savoir mis en œuvre par sa technique au service de sa survie.

Que dire sur cette humanité sinon se demander si elle n’est pas caractérisée par cette plasticité qui fait de l'homme l'animal le plus adaptable ? Le fait est que grâce à la science et à la technique l'homme a colonisé tous les continents et toutes sortes de milieux de vie. Mais le problème des technosciences reste la fin à laquelle on les emploie. Elles permettent d'accroitre notre pouvoir d'action, d'étendre notre liberté, de nous affranchir de l'urgence du besoin… De plus, cela ne va pas sans poser de problèmes, et déjà Rousseau disait que notre technique nous rend dépendant et nous affaiblit car nous avons l'habitude de nous reposer sur la force de nos outils. Jusqu'où peut aller la transformation de l'homme?

La seconde approche a consisté à présenter l’enjeu de la question à partir des technosciences et de l’ampleur de leurs applications ainsi que des espoirs qu’elles suscitent.

Si les sciences ont été depuis très longtemps associées, l’heure actuelle se caractérise par une sorte de suprématie des applications concrètes faisant des sciences, des savoirs organisés, des moyens d’accroissement des technologies. Les technosciences sont les nanotechnologies (modifications moléculaires dans l’infiniment petit), les biotechnologies (modifications des bases génétiques du vivant), l’informatique (qui va au-delà de la bureautique dont on se sert quotidiennement) et du « cognitif » (toutes les études sur le cerveau…). Outre leur développement illimité, c’’est leur convergence ou leur complémentarité qui est vivement recherchée, et ce dans le but de créer une intelligence artificielle du vivant qui augmentera ses potentialités, jusqu’à vaincre sa mort. Il s’agit bien là d’une nouvelle finalité pour l’humain qui remet en question les caractéristiques qu’on lui attribuait traditionnellement. Mais est-ce seulement nouveau ? Et surtout possible ?

 La discussion a d’emblée questionné cet humain ou cette humanité dont on parle si facilement : s’agit-il de l’ensemble des individus ou des caractéristiques communes qui nous permettent de vivre ensemble ? Puis elle a souligné à travers plusieurs interventions les aspects idéologiques, politiques et économiques des technosciences au vu des pouvoirs médiatiques, étatiques et financiers qui prennent part à leur développement.

Il ne s’agit plus d’une énième innovation technologique, d’autant que « l’invasion » s’impose dans les faits de manière massive, de sorte que c’est une révolution anthropologique qui se présente à notre époque. Et cette influence de la Technique produit un nouveau mode symbolique.

De plus, ces révolutions suscitent de l’inquiétude ; non pas seulement une inquiétude quant aux conséquences profondes, inconnues et sans doute irréversibles, mais une inquiétude diffuse. Néanmoins, une voix nuance cette inquiétude en soulignant la chance d’adaptations nouvelles que permettent les technosciences.

Enfin, il semble convenir de ne pas oublier de distinguer ce que sont une technique, des techniques, la Technique, les technologies et les technosciences. Ainsi une technique n’est pas tant un objet qu’un mode de penser, un processus d’intelligence qui fait la condition humaine. Or certains processus d’intelligence semblent s’effacer derrière l’usage de certains outils technologiques : ne plus savoir compter à cause de l’usage de calculatrice par exemple.

 A la reprise de la discussion, on vise ce qui change réellement : tous les savoirs rendus accessibles grâce aux moyens de communication et de diffusion actuels, le temps qui devient plus immédiat, et la possible connexion de cerveaux entre eux par le biais d’ordinateurs d’un nouveau genre. Des conséquences se dessinent alors sous l’effet des technosciences : fin de la singularité et entrave des libertés car qui choisit les finalités de ces applications et de ces usages ? Pas le sujet individuel visiblement.

Pour pondérer les risques d’altérations irréversibles de l’humain, on peut douter de la réalité de ces applications promises. Toutes ces promesses des technosciences, c’est-à-dire la paix universelle, la fin des maladies voire de la mort elle-même, et avec ces promesses les aspirations des Transhumanistes qui veulent « augmenter » techniquement l’homme, semblent plus idéologiques que réalistes. Et cette idéologie d’un homme-machine augmentable techniquement risque d’achopper à la réalité du vivant, à sa singularité et sa contingence constitutives. Enfin, car avant les compétences permises ou espérées, certains désirs ou besoins vitaux ne paraissent pas pouvoir être comblés par les machines. C’est peut-être là que réside l’humain, dans la singularité de sa condition contingente.

En guise de conclusion de ce résumé, on pensera à la célèbre citation de Blaise Pascal : « l’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ».

 DP pour Métaphores

 

L'association Métaphores tient à remercier tout particulièrement l'équipe du "Dimanche à la campagne" pour la qualité de son accueil, sa convivialité, son sourire et la mise à disposition de la salle située à l'étage pour la bonne tenue de l'activité. Nous avons été nombreux à rester diner afin de prolonger chaleureusement la soirée dans des locaux très agréables. Ce fut un excellent moment qui devrait permettre d'en annoncer d'autres tout autant prometteurs.

 

 

 

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12 janvier 2016

Résumé de l' Apéro-philo du 18/02/16 : Perdre ses illusions ?

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 18 février 2016 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

Peut-on perdre ses illusions ?

 

Une bien belle soirée, soutenue par un public varié et motivé.

          1)    La question peut paraître saugrenue : qui n’a fait l’expérience douloureuse de la perte d’une illusion ? Reste à savoir si cette perte n’a pas été immédiatement compensée par l’apparition d’une nouvelle. On est amené à se demander si, par delà la variété quasi infinie des illusions (du moi, de l’objet d’amour, du désir, de reconnaissance et de réputation, de puissance et de pouvoir etc), il n’y aurait pas UNE illusion fondamentale, dont la nature et la source nous demeurent relativement impénétrables.

        2)    Qu’est-ce que l’illusion ? D’abord il faut distinguer illusion et erreur : l’erreur peut se rectifier, et disparaître à jamais. L’illusion est difficile à reconnaître et tend à survivre à sa reconnaissance. Le problème est que le sujet, quand il s’illusionne, ne sait pas forcément qu’il s’illusionne. Il y a dans l’illusion une dimension d’inconnaissance, ou de méconnaissance, qui en fait à la fois le caractère trompeur, aliénant (pensons à l’amoureux qui cristallise sur l’objet d’amour tous les charmes de la création, au mépris le plus souvent de la réalité) et cette subtile dimension de séduction qui fait qu’on peine tant à s’en séparer. Perdre l’illusion c’est voir plus juste, mais souvent avec un sentiment de perte, de dépréciation de l’existence, voire de vide.

         3)    Le sujet qui s’illusionne est à la fois actif et passif : actif dans la mesure où il crée de toutes pièces une représentation séduisante ou accablante (cela existe notamment dans la dépréciation systématique de soi), passif là où il vit l’illusion comme une puissance qui s’impose à sa conscience (voire les passions). Je me fais des illusions, et je suis joué par elles.

         4)    Le groupe insiste beaucoup sur le fait que l’illusion est liée à l’affectivité, laquelle apparaît en somme comme sa source : penchants, émois, désirs et besoins. La connaissance strictement dépassionnée, absolument neutre et objective est peut être impossible, jusque dans les opérations les plus rigoureuses de la science. Même le chercheur serait un passionné qui s’ignore. Si le travail scientifique proprement dit est objectif (?), les motivations sont très humaines : pensons à certaines querelles scientifiques qui tournent à l’affrontement passionnel !

         5)    La source de l’illusion est évoquée, mais pas vraiment traitée. Il semblerait que la dominante du groupe ait été plutôt de justifier l’illusion, peut-être par souci de sauver le charme de l’existence, que d’en rechercher méthodiquement l’origine.

         6)    On évoque les expériences de désillusion : perte d’un « bien », mais d’un bien ambigu. Déception, qui permet de voir les choses avec plus de réalisme. Renoncement nécessaire parfois, mais à quoi ? Faut-il renoncer à tel objet illusoire, reconnu enfin comme tel, ou au désir lui-même, avec le risque de sombrer dans le désenchantement ? Là-dessus les avis sont partagés.

        7)    Il serait souhaitable d’apprendre à distinguer le désir de ses objets. Le désir est métonymique : il se déplace d’objet en objet, selon une sarabande bien connue, que l’on peut apprécier soit comme le charme de la vie, soit comme l’expression d’une répétition sans fin (« rien de nouveau sous le soleil ») que Bouddha définissait comme la figure tragique du samsâra.

En conclusion (provisoire, car il serait souhaitable que chacun reprenne cette méditation pour soi-même) deux éléments se dégagent avec netteté : il est difficile voire impossible de vivre sans illusion, mais il importe également de renforcer le travail réflexif et critique de la raison. Si nous avons été des enfants soumis sans partage au règne de l’illusion, ce n’est pas pour rester indéfiniment des enfants. Lucidité, humour et courage sont des vertus nécessaires de l’intelligence.

Animation de la soirée et résumé pour Métaphores, Guy Karl

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09 janvier 2016

Résumé du Café-philo du 09/02/16 : Se passer d'un dieu ?

CAFE-PHILO

Le dernier café-philo s'est tenu mardi 09 février au café associatf "La Coulée douce", Cité des Pyrénées à Pau (29 bis rue Berlioz) à 18h45. Le sujet voté démocratiquement par les participants à la suite des propositions initiales fut :

A quoi faudrait-il renoncer pour se passer d'un dieu ?

 

Résumé de la soirée :  

1)    Question en tiroir, ou comme dans les poupées russes, un niveau en cache un autre : pour pouvoir se passer d’un dieu il faudrait préalablement savoir renoncer, mais renoncer à quoi ? La question ne porte pas directement sur le « dieu », sa nature, son existence ou son inexistence, mais sur ce fondement, ce socle invisible sur lequel la croyance est édifiée. On pourrait questionner : pourquoi voulez-vous croire, plutôt que : à quoi croyez-vous ?

2)    En fait tout le début de la séance est très naturellement consacrée à l’examen des termes, sans que la problématique puisse clairement émerger – ce qui est assez naturel, vue l’ambiguïté de la question. On remarque d’abord l’utilité politique de Dieu, garant de la loi, de l’autorité voire de l’ordre social. Voltaire : « Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer ». La modernité a su pourtant se passer d’un fondement théocratique de l’Etat, en inventant le concept de « souveraineté du peuple ». Le dieu de la religion n’est plus indispensable au fonctionnement des démocraties modernes. En ce sens on peut se passer de Dieu, et des dieux.

3)    Nouvelle direction de recherche : la croyance apporte l’apaisement, le réconfort, la « chaleur », la sécurité, voire un sentiment de communauté. Y renoncer c’est faire l’expérience de la séparation, de la solitude, du « délaissement », se sentir jeté dans un monde de hasards, sans idéal ni boussole. Sans compter la question de la mort, qui donne un relief dramatique au destin de chacun. Peut-on dès lors renoncer à ce qui fonde (ou fondait jadis) l’existence ?

4)    Nouvelle direction : si le Dieu traditionnel de l’Occident a perdu de sa signification, on voit fleurir un panthéon baroque de dieux substitutifs : sportifs, personnages publics, idoles, gourous, sorte de kaléidoscope bariolé qui semble satisfaire certains besoins sociaux. Mais il y a des idéaux plus redoutables, des forces réelles qui déterminent la vie présente : l’Etat, la Justice, la Loi – et l’idole des idoles : l’argent. Formes dégradées du religieux, formes profanes qui contiennent encore en elles quelque chose de la puissance du sacré.

5)    Le sujet se précise lentement : l’enjeu, c’est l’autonomie. Comment accéder à l’autonomie du jugement, à la singularité personnelle si l’on consent à la soumission au Grand Autre, quelle que soit sa nature ? Donc qu’est ce qui fonde notre soumission, à quels besoins répond la soumission ?

6)    La fin de séance reprend l’articulation entre « renoncer » et « se passer de ». Pour se passer de quelqu’un (un père par ex) il faut d’abord avoir été en contact, avoir évolué à son côté. Lacan disait très justement pour qualifier la maturation du fils : « se passer du père - à condition de s’en servir ». S’en servir d’abord, s’en passer ensuite. Peut-être peut-on considérer l’histoire de l’humanité comme le long apprentissage de la liberté au contact des maîtres successifs, qu’il faut abandonner. Cet abandon, à son tour, suppose des renoncements, à la sécurité, à un certain bien-être infantile : tout le problème est de s’assurer, en échange de ces pertes, des gains réels et symboliques où s’expriment la liberté et l’inventivité.

Pour Métaphores ,  GK

 

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05 janvier 2016

Résumé Cercle littéraire - 04/02/16 : Ecrivains-voyageurs

Cercle Littéraire

 

Le Cercle littéraire s'est tenu jeudi 04 février 2016 à 18h45 à Billère au Café-suspendu (café associatif, 15 Rue Jeanne Lasansaa). Le thème de la soirée fut : 

Ecrivains-voyageurs  

         Trois figures de découvreurs du monde, tôt travaillés du désir de rejoindre l'horizon portant leurs pas de la Chine au Tibet, de la Russie aux Indes, du Sahara au Japon …Trois voyageurs, curieux des autres, habités d'une soif toujours renouvelée d'ailleurs. D'abord arpenteurs d'espaces géographiques, ils se découvrent aventuriers d'un autre espace, celui de l'intériorité, quand la recherche spirituelle, la quête du sens de l'existence, le désir de connaissance s'invitent .

 Leurs ouvrages ont alimenté nos échanges autour du voyage hors de soi, chemin vers le voyage en soi. 

Résumé de la soirée : 

         A travers le parcours des trois écrivains voyageurs : Alexandra David-Néel, Blaise Cendrars, Nicolas Bouvier se pose la question des motivations du voyage et de son écriture. Les déplacements, le désir d'ailleurs traversent l'enfance de nos trois auteurs : déménagements de la Suisse à l'Italie pour le futur Blaise  Cendrars, une première expérience mystique pour la jeune Alexandra , cependant que  Nicolas Bouvier rêve sur les cartes du monde. Les conditions de leurs voyages diffèrent : si l'exploratrice dispose d'une fortune personnelle , Nicolas Bouvier, issu d'une famille bourgeoise cherche à  se déplacer avec des moyens limités. Blaise Cendrars connaît la faim et doit travailler pour subvenir à sa vie matérielle.

       Il a fallu beaucoup de ténacité à Alexandra David-Néel au début du siècle précédent, obligée de  se noircir le visage ou de dissimuler ses cheveux trop clairs pour être la première européenne à entrer à Lhassa .

       Nicolas Bouvier et Blaise Cendrars cherchent à vivre au plus près des gens du pays et à éprouver leur être au monde. Alexandra David-Néel est habitée par la recherche d'une sagesse, l'atteinte du Nirvana. Elle n'en observe pas moins moeurs et habitudes de vie. L'écriture arrive après les voyages, dans un temps de pause, Paris ou Genève. Au cours des pérégrinations, carnets et notes fixent quelques traits,auxiliaires de la mémoire. Alexandra devient une spécialiste du bouddhisme, doublée d'une ethnographe. Accompagnée de son fils spirituel, elle parcourt les sentiers de monastère en monastère, rencontre de grands lamas et trouve la sagesse qu'elle cherchait.

      L'urgence pousse les deux hommes à aller de l'avant, dans une dynamique de l'errance.  Le mouvement habite leur écriture : phrases nerveuses ou souffle qui emporte  rythment leurs mots.  Partir, c'est respirer, dit Nicolas Bouvier. Il se détache de son moi pour s'ouvrir à autrui et au monde. Poèmes, récits et photographies rendent compte de ses découvertes. Pour ces  voyageurs immobiles dans le temps de l'écriture, un nouveau chemin s'invente dans le langage. Désir de partager, de revivre plus intensément et en pleine conscience ce qui a été vécu.

  « Ecrire, c'est peut-être abdiquer » dit Blaise Cendrars .

   Si vivre est la seule vérité, écrire ramène de l' hors-soi à l'en-soi pour le plus grand bonheur des lecteurs .

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Quelques lectures : Voyage d'une Parisienne à LhassaAu pays des brigands gentilhommesLa lampe de la sagesse 

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A découvrir : BourlinguerDu monde entier Poèmes   

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Lectures conseillées : Le poisson–scorpionDe l'usage du mondeChronique japonaise

L'animation fut assurée par Janine Delaitre et Anne Rougeaux.

Pour MétaphoresJD

 

 

 

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07 décembre 2015

Résumé de l'apéro-philo 21/01/16 : violence et remède

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) s'est tenu jeudi 21 janvier 2016 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

                 Y a-t-il un remède à la violence ?

 

21 01 16

Résumé de la soirée :

1) La violence est un problème social, politique, géopolitique mais aussi psychologique, voire éthique. Ses formes sont extrêmement variées, évolutives, au point qu’il semble difficile d’en donner une définition exhaustive. Mais on peut s’en faire une idée, la circonscrire à peu près en dégageant quelques critères : « abus de la force », de « vis » on passe à « violentia » ; le latin dispose d’un autre mot : violare, violer (un sanctuaire), outrepasser une limite (la loi), transgresser. Les Grecs avaient comme principe d’éviter l’ « hybris » : démesure de l’homme qui ne respecte pas les limites de la condition humaine, qui viole les interdits, qui se jette dans une sorte de folie du pouvoir ou de la jouissance. Toutes ces données restent valables, en les actualisant.

 2) Si l’homme, comme tous les animaux, dispose d’une agressivité de nature pour se défendre, dans la violence il y a l’idée d’une intentionnalité : attaquer, violer, tuer, détruire. La violence se remarque dans le fait qu’elle opère une intrusion, une effraction dans le territoire ou le corps, ou la psyché de l’autre, provoquant blessure, trauma ou décès. Elle peut être sauvage, momentanée, spontanée, ou calculée, préméditée, rationnalisée (songeons à l’extermination programmée). La question est celle des fins : pourquoi et pour quoi, pour atteindre quoi ? C’est le problème de la violence révolutionnaire, que certains considèrent comme un moyen inévitable. Toute la pensée politique bute sur cet écueil : la violence de l’Etat est-elle juste ? Peut-on la contester au nom d’une justice autre ?

 3) Pour être plus précis il faut distinguer la contrainte légale que l’Etat impose aux citoyens et la violence illégale (des individus, des groupes). La première fonction de l’Etat est d’assurer la sécurité publique, et la contrainte légale en est la condition. Reste à se demander si l’Etat a toujours raison, si légalité est légitimité, s’il n’existe pas des lois scélérates, et à quelles conditions les citoyens  retrouvent le droit, voire le devoir, de s’insurger.

 4) La notion de remède avait été définie en début de séance : moyen utilisé pour pallier une situation défectueuse, périlleuse ou pernicieuse en opérant un changement salutaire. Il existe toutes sortes de remèdes, hygiéniques, chirurgicaux, pharmaceutiques, voire le style de vie, l’activité etc, en fonction du domaine considéré. Faut-il traiter la violence comme une maladie (maladie des sociétés, des corps politiques, maladie de l’âme) ? C’est sûrement un grand malheur, mais peut-être pas nécessairement une maladie. Ici le modèle médical révèle ses limites.

 5)  La violence est-elle remédiable ou irrémédiable ? Il existe des remèdes éprouvés depuis longtemps : les lois, les institutions, la Justice qui interposent entre les belligérants le principe d’un règlement négocié sous l’autorité d’un tiers, pour substituer à la vengeance (duelle) une justice qui fait office de tiers régulateur. On sait aussi les imperfections de la justice et la difficulté à pacifier. On évoque le rôle de l’éducation, de l’instruction, de la culture, des arts – toutes disciplines qui proposent une sublimation des pulsions, une socialisation, et dans le meilleur des cas, une moralisation (Kant).

 6) Manifestement en dépit de tous ces artifices socialisateurs, demeure, dans les sociétés comme dans les individus, une part pulsionnelle à peu près inéducable, qui s’affranchit très souvent des règles et des lois pour se déverser dans la violence. Serait-ce « la part maudite » dont parlait Georges Bataille ? Freud de son côté évoquait la puissance de la pulsion de mort, qui, lorsqu’elle s’affranchit de son intrication avec les pulsions de vie, génère destructivité, guerre, haine, violence.

Question : En quoi la situation présente du monde favorise-t-elle la libération des pulsions de violence ?

Pour Métaphores, Guy Karl

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06 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 12/01/16 - Penser - créer

 

Café-philo

Le café-philo s'est tenu le mardi 12 janvier 2016, 18h45 à La Coulée douce -Cité des Pyrénées (29 bis rue Berlioz) à Pau. Comme d'habitude, un vote démocratique a décidé du choix du sujet à partir des questions, propositions, citations que les participants ont proposé. Le sujet du jour fut :

 

"Penser empêche-t-il de créer ?"

 

Résumé de la soirée : 

1)      Qu’est ce qui empêche de créer ? Il y a bien sûr les données externes, dictature politique, par ex – et les conditions internes, psychologiques ou intellectuelles. L’artiste aura peut-être une méfiance toute particulière vis-à-vis d’un excès de pensée. Trop penser empêche de faire. En particulier l’excès de culture, d’érudition, de savoir peut stériliser la source vive de la création, qui suppose un abandon relatif à l‘imagination,  au hasard (« laissez venir à moi les mille hasards » Nietzsche) ou à ce que l’on appelle un peu vite l’inspiration.

 2)      Le groupe insiste alors sur la variété des formes de création, dont l’art n’est qu’une modalité particulière : innovation technique, invention de théories scientifiques, créativité personnelle dans la vie publique et privée. Mais alors créer, c’est quoi ? Suffit-il de désirer, de vouloir ? Il apparaît bien vite que la création est l’aboutissement d’un processus complexe où le travail, l’effort, la persévérance, l’analyse, la réflexion, voire la culture ont joué un rôle indispensable. Les grands créateurs sont de grands travailleurs, mais dans un sens très spécial.

 3)      Vient alors un moment un peu miraculeux où plusieurs personnes – des créateurs justement – évoquent leur expérience : longue gestation, longue préparation où la pensée joue un rôle déterminant, puis, soudain une sorte de «  suspension », où l’on se jette à l’eau, arrêtant de penser, et se confiant au mouvement intérieur, à ce qui émerge des couches profondes de l’inconscient, où la non-maitrise s’accompagne de la plus vive attention au surgissement. Créer, cela serait peut-être réfléchir longtemps avant de se jeter corps et âme dans les eaux tumultueuses de l’inconnu.

 4)      Après la pose la réflexion se retourne une nouvelle fois pour interroger la signification du penser. Toute pensée se fait, au départ dans une culture donnée, un contexte, un espace mental saturé de significations et de préjugés. D’où la nécessité impérieuse, pour qui veut penser et créer (pour une fois les voilà liés dans la même démarche) de commencer par un travail de critique, de démontage, voire de destruction : détruire et créer seraient les deux faces d’un même processus. Il faut se donner de l’espace, du champ, de la liberté, pour accéder à sa propre source, à sa propre vérité.

 5)      C’est ainsi que nous parvenons à une idée plus précise de la création : un processus complexe, qui mène le sujet à une meilleure appréhension de sa vérité intérieure, grâce à quoi il peut faire apparaître quelque chose qui avant lui n’existait pas dans la réalité. Vérité et innovation.

                   Pour Métaphores, GK

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05 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 8/12/15 : Du mensonge

 

Café-philo

Le Café-philo s'est tenu mardi 08 décembre 2015 à 18h45 au café associatif La Coulée douce (Cité des Pyrénées - rue berlioz - PAU). Cinq sujets ont été proposés. Le petit groupe présent a voté pour le thème du mensonge qui a donné lieu à des échanges de bien belle qualité dont voici un compte rendu général :

Résumé de la soirée:

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1) Nous sommes partis de la formule de Montaigne : "En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par nos paroles." Le mensonge est ordinairement condamné par la morale car il constitue une grave menace pour la vie sociale comme pour le rapport à autrui. Mentir, c'est dire, selon la définition, ce que l'on sait être faux dans l'intention de tromper l'autre. Le mensonge est donc volontaire et, de ce point de vue, ne peut être que conscient. Kant nous rappelle à un devoir de vérité fondé sur le fait de ne jamais considérer la personne d'autrui comme un moyen mais toujours comme une fin en soi. Or, le mensonge instrumentalise l'autre à des fins économiques personnelles même si il est aisé d'invoquer l'argument de la protection d'autrui. On comprend pourquoi la condamnation morale et juridique du mensonge est habituellement prononcée. Il ruinerait l'humanité en l'homme et d'ailleurs quelle justice, quelles relations seraient encore envisageables si chacun se permettait de tromper son prochain sans vergogne ?

2) Cette première thèse doit pourtant être interrogée et le groupe présent hésite entre une perspective sociale (donc générale) et une autre plus restreinte liée à la relation à l'autre dans le cadre de rapports privilégiés comme l'amitié. Peut-on réellement se dire toujours la vérité ? Peut-on faire l'économie du mensonge ? Nous constatons assez vite qu'un devoir permanent de vérité produirait des effets catastrophiques et qu'à dire la vérité à tous, chacun de nous serait immanquablement conduit à se fâcher avec tout le monde. Aussi, le mensonge peut-il devenir un auxiliaire de la vie sociale et même un moyen de se préserver soi-même comme de préserver autrui. Cela nous amène à interroger la confrontation à la vérité dans des temporalités distinctes. Ce qui nous paraît vrai aujourd'hui peut nous sembler complètement faux demain - argument sceptique par excellence qui nous rappelle avec Démocrite puis Pyrrhon que "le miel est doux pour l'un, amer pour l'autre" et qu'au fond, la vérité est peut-être ce qui se dérobe toujours. Pourquoi dans ce cas, risquer de blesser quelqu'un si les choses changent toujours et si ce qu'on prend pour la vérité se trouve absorbé dans "la branloire pérenne" ?

3) Le mensonge pourrait alors se penser comme un moyen nécessaire à la vie en société comme à la vie politique. Machiavel est convoqué pour rappeler que l'efficacité politique du Prince ne saurait se passer du mensonge et l'auteur du texte éponyme de considérer avec raison que tous les hommes en usent et en abusent sans vergogne, pour se tirer d'affaire. Pourquoi tenir sa parole au milieu de tant d'hommes qui ne la tiennent pas ? se demande Machiavel ?C'est que l'homme politique ne se distingue pas par nature du commun mais par degrés, élevant le mentir au niveau d'un art, d'une technê, d'un savoir faire. Alors que les gens ordinaires mentent spontanément pour faire face aux difficultés, le prince, lui sait mentir sitôt que les circonstances l'exigent. Et cela est toujours bon si la stabilité du corps politique est garantie. On le voit, le mensonge est un dire plus ou moins performatif qui nous rappelle que nous évoluons dans des jeux de langage, dans le système symbolique conditionnant une part considérable de la subjectivité.

 4) Un curieux renversement s'opère alors. La question n'est plus tout à fait "pourquoi mentir" ou "faut-il ne pas mentir ?" mais "comment ne pas mentir ? Ne saurions-nous pas condamnés au mensonge du seul fait qu'en parlant, en évoluant dans la langue commune qui reste une institution, nous nous tenons subjectivement à l'écart de notre vitalité cachée, de nos pulsions, de cette part irréductible et ensauvagée qu'aucun langage ne peut adéquatement saisir ? Contraints d'entrer dans le jeu social et de se domestiquer, le sujet serait alors sommé de se plier aux coutumes et conventions qui définissent le registre même des valeurs contre cette part indocile et inéducable de la subjectivité. Chacun de nous, dans un forçage social ou comme dit Kant, au terme "d'un accord pathologiquement extorqué", s'accommoderait d'une somme de compromis voire de compromissions inavouables avec cette part singulière et refoulée qui ne peut jamais être dite ouvertement. La vérité serait alors d'autant plus promue socialement qu'elle ferait l'objet d'une haine secrète en direction de ce qui est "maudit" en soi, à jamais "mal-dit". Pire, ne sachant définir positivement la vérité ou plutôt la refoulant dans le non-dit, le social ferait de la convention commune et des normes qui l'accompagnent les critères décisifs du vrai, non pas sur le plan épistémologique, mais sur le plan moral du jugement comme de l'action. Dire la vérité reviendrait alors à se soumettre purement et simplement au dogme social et à ses impératifs, à pratiquer sans cesse un double jeu consistant à se trahir en permanence mais tous ensemble -collectivement, tout en cultivant une bonne conscience. Voir sur ce point les belles maximes de La Rochefoucauld.

5) Faut-il alors renoncer à toute forme d'authenticité relationnelle ? Nous abordons en fin de soirée le paradoxe d'une "relation de vérité" déployée non plus dans le registre de la signification ou du dire mais dans une forme de retrait qui laisse une place centrale au silence partagé, à des formes de congruences intersubjectives gravitant autour de quelque chose qui reste incommunicable et qui est de l'ordre d'une intensité qualitative. Plusieurs expériences personnelles sont ici convoquées pour faire valoir ce registre quasi alchimique de la relation à l'autre comme à soi même : méditation, marche silencieuse, discussion désintéressée, contemplation etc. Reconnaître cette part inaudible et la faire vivre avec d'autres, dans des formes créatives et actives, sont des manières subtiles de donner à la vérité un contenu et une forme affranchis de la tyrannie du sens et du mensonge qui l'accompagne ordinairement.

 

Pour Métaphores, DK

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04 décembre 2015

Métaphores : un an

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           Aujourd'hui même notre association souffle sa première bougie et avec elle, l'existence de ce blog. Rappelons que nos activités ne sont pas nées avec le projet Métaphores. Le café-philo et l'apéro furent créés respectivement par plusieurs membres de l'équipe actuelle en décembre 2008 et dans le courant de l'année 2009. Le cercle littéraire est déjà dans sa troisième année d'existence. Mais depuis la naissance du projet associatif en décembre dernier, nous assistons à un accroissement qualitatif de nos activités tout à fait enthousiasmant.

En une année, nous aurons rendu possible une trentaine de soirées philosophiques et littéraires à Pau. Des centaines de personnes s'y sont retrouvées avec le désir de penser ensemble des enjeux contemporains et universels, politiques, esthétiques, psychologiques, métaphysiques, moraux etc. Nous nous serons délocalisés deux fois pour des soirées spéciales à l'ITS et l'ESC.

 L'atelier-philo, sous l'impulsion de notre président et animateur, a permis de renforcer la dynamique en étendant le champ de nos investigations philosophiques à des domaines voisins : le droit, l'économie, l'art, l'éducation. Nous avons pu faire dialoguer ces disciplines avec des intervenants de grande qualité issus de ces divers domaines d'action et de compétence. D'autres belles rencontres viendront, à n'en pas douter par la suite.

Et puis, il nous faut saluer la création de ce blog, trait d'union vivant et interactif entre le public, les activités et les animateurs de l'association. La fréquentation ne cesse d'évoluer positivement avec désormais plus de 700 visites par mois et déjà près de 6000 consultations depuis la création de l'interface. Le caractère interactif s'amplifie également avec des commentaires de plus en plus riches et nombreux (pas moins de 200 cette année !). Tout laisse penser que les efforts consentis trouvent là de véritables raisons d'être. Et nous tenons à remercier tous les participants, tous ceux qui de près ou de loin font vivre des temps collectifs de pensée, de méditation et de convivialité.

De nouvelles choses se préparent pour l'année 2016 que nous devons encore finaliser. Mais la deuxième année s'annonce au moins aussi riche et passionnante que celle que nous venons de vivre.

Le dernière activité de l'année 2015 se tiendra mardi prochain le 08 décembre avec un café-philo à la Coulée douce. Venez nombreux.

Merci à tous.

Pour Métaphores, DK

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29 octobre 2015

Atelier-philo du 30/11/15 : Montaigne et Tchouang tseu

Atelier-philo

L'Atelier-philo s'est tenu le lundi 30 novembre 2015 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa). Nous avons eu la joie d'accueillir à cette occasion Jean-Yves Pouilloux sur le sujet suivant :

  Montaigne "à la façon de Tchouang tseu"

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        "Montaigne, esprit remarquablement éveillé, mal reçu chez les "littéraires" et pas très bien chez les "philosophes", a eu le privilège très rare d'être souverainement libre, ce privilège n'a pas été seulement donné, mais durement (parfois) conquis, la liberté de penser a toujours inquiété les conformismes (les Essais ont été mis à l'Index pendant plus de 200 ans). Sa présence à soi et son actualité me suggèrent de le rapprocher du sage taoïste Tchouang-Tseu, avec lequel je crois voir de nombreux points communs. Pour mémoire, je cite le passage: "Quand je dance, je dance; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses et nous y convie non seulement par la raison, mais aussi par l'appétit (=le désir): c'est injustice de corrompre ses règles".     JY P

                                                                   

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         Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). Il est l'auteur de Montaigne, l'éveil de la pensée (Honoré, Champion, 1995), et, en collaboration avec Françoise Arzod-Dutard, de Essais, Livre III, Montaigne (Armand Collin, 2002). 

         

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