04 mai 2015

Résumé de l'Atelier-philo du 20/05/15 : libertés et économie

Atelier-philo

 

L'atelier-philo animé par David Pourille s'est tenu au bar le Van Gogh (15 rue Latapie à Pau) mercredi 20 mai à 18h45. Il s'est agi de faire dialoguer pour cette troisième séance la philosophie et l'économie. Nous avons eu le plaisir d'accueillir à cette occasion, François-Xavier Fonséca, doctorant en économie, pour aborder le sujet suivant : 

Quelles libertés sous l'impact des marchés économiques aujourd'hui ?

         Seize personnes ont participé à cet atelier aux échanges riches et dynamiques. Après une brève présentation par les deux co-animateurs, le public s’est largement prononcé en faveur d’un déclin de nos libertés face aux marchés et aux agents économiques.

     François-Xavier a présenté les marchés comme des réseaux de contrats entre agents économiques, réseaux qui peuvent s’étendre à des zones de libre-échange comme l’union économique et monétaire européenne. Au sein de ces marchés, l’arbitrage, comme faculté de faire des choix économiques rationnels, témoignent de l’existence de libertés. Néanmoins, l’ampleur des marchés créant des superstructures de marchéisation, les agents économiques eux-mêmes peuvent percevoir ces composantes économiques comme des entraves à leurs libertés. En somme, des libertés économiques peuvent constituer des structures réduisant rétroactivement ces mêmes libertés économiques.

        Le co-animateur « philosophe » et auteur de ce résumé a présenté les marchés, ces lieux de rencontre entre vendeurs (l’offre) et acheteurs (la demande), comme une interaction d’agents économiques concrets, les entreprises, ayant pour finalité commune la rationalisation de la maximisation des profits. En outre, ces marchés, avec leurs buts et leurs normes propres (l’intérêt privé), tendent à supplanter le pouvoir politique (l’intérêt général) de par leur pouvoir d’actions et d’influences sur les décideurs politiques. Or ceci pose un problème majeur car le pouvoir politique (et judiciaire) a lui-seul la légitimité (du moins dans les textes constitutionnels) d’imposer les lois qui garantissent les libertés de chacun ; que ces libertés soient de créer, contempler, agir, investir, modifier son environnement ou encore sa propre vie… En somme, le pouvoir politique qui garantit les libertés par la loi n’a plus, ou de moins en moins, le pouvoir.

      Dès lors deux questions ont été proposées : tout d’abord « que deviennent nos libertés dans ces conditions ? », ensuite « quelles nouvelles libertés peuvent être inventées ? » ; le but de l’atelier étant, au-delà de l’échange d’idées et d’arguments, d’inviter les participants à devenir force de propositions ou de solutions concrètes.

       A la première question, un très large consensus s’est imposé sauf pour deux personnes. Les prises de paroles ont affirmé, à des degrés différents, tant l’affaiblissement voire la disparition du pouvoir politique face au pouvoir économique, que l’affaiblissement de notre possibilité de choisir voire la disparition de nos libertés. A été affirmée aussi la disparition de la place de l’homme sous la domination de la recherche du profit. Les causes de ces phénomènes se situeraient historiquement dans la chute du bloc communiste qui a laissé place libre au capitalisme, et, idéologiquement dans une bataille d’idées et de jeux de langage visant à faire croire que l’économie libérale a triomphé et est seule à pouvoir réussir. Les objections ont porté sur la permanence du pouvoir politique par les législations qu’il produit : code du travail, normes de production standardisée européennes, droits internationaux…

      A la seconde question, plus brièvement développée, le public a répondu en explorant des domaines où les marchés ne peuvent pénétrer et en trouvant des moyens de réaffirmer les libertés individuelles. Dans le domaine social, l’humain ne semble pas quantifiable et pouvoir répondre à une loi concurrentielle de l’offre et de la demande. En outre, pour réaffirmer les libertés, il faudrait reconquérir un pouvoir dissuasif qui échoit aux peuples ; se ressaisir du vote ; dire non aux spéculations sur ce qui est vital à la vie humaine. Enfin, l’auteur de ces lignes a proposé en conclusion une invention de nouvelles libertés par la repossession du temps de non travail (l’otium, le temps de liberté) afin d’être créateur hors du système de marchéisation, car « partout où il y a la joie, il y a création ; plus riche est la création, plus profonde est la joie », - Henri Bergson.

      Nous tenons particulièrement a remercié François-Xavier Fonseca de sa présence et pour ses participations aux débats qui ont permis d’éclaircir un thème si complexe. 

                   Pour Métaphores, DP

 

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24 avril 2015

Résumé du Café-philo du 11/05/15 : l'absolu, une pathologie ?

Café-philo

 

Le café-philo s'est tenu lundi 11 mai à 18h45 au Café associatif La Coulée douce, Cité des Pyrénées à Pau (rue Berlioz).

Sept sujets ont été proposés et soumis au vote. La question retenue a été :

Toute forme d'absolu relève-t-elle d'une pathologie ?

          1     Qu’est-ce que l’absolu ? D’emblée le groupe cite les formes désastreuses du totalitarisme politique, où l’Etat est tout, et le sujet réduit à la portion congrue. Mais une autre direction est proposée tout aussitôt : l’absolu du désir, comme image de l’accomplissement, du savoir, de la perfection, voire du sublime, dans les figures augustes de Dieu, de la beauté, du savoir absolu (Hegel). L’absolu est, étymologiquement, ce qui détaché de toute relation, auto-suffisant, complet par soi et en soi, totalité et unité fermées sur soi. Son contraire est évidemment le relatif.

         2     Le relatif c’est le régime de la réalité matérielle et sociale : tout change, tout passe, toute chose est en relation avec d’autres, dans une connexion indéfinie, impermanente : « la branloire pérenne » de Montaigne. Dès lors  se pose immédiatement la question de la pertinence de la notion d’absolu, pour laquelle n’existe aucune correspondance dans le monde, matériel, social et psychique. Pourquoi les hommes sont-ils fascinés par l’absolu alors que rien, dans la réalité, n’en soutient l’image et l’idée ? Il y a là un paradoxe qu’il faut interroger. En tout cas l’absolu et la réalité semble s’exclure.

        3     La pathologie c’est la maladie du pathos, du « souffrir » (pathein, pâtir, passion, passivité). On peut souffrir de ce que l’absolu manque, qu’il soit inaccessible, désespérant (Valéry disait que « le Beau c’est ce qui désespère ») ou qu’on le découvre inexistant, absent du monde, irréel, imaginaire, ou impossible. Que serait une vie d’où toute référence à l’absolu serait absente ?

        4      Le groupe semble se diriger vers une solution médiane : la pathologie ne serait pas dans la référence à l’absolu, mais dans la confusion des registres, la fusion délirante, l’identification mystique du sujet à la forme totalitaire et tout-englobante de l’absolu : perte de la distance psychique et symbolique, avec, en corolaire, la disparition du sujet comme tel. Le sujet, pour exister (ek-sister), est contraint de se soutenir d’un manque structurel, d’une distanciation symboligène (Françoise Dolto).

       5     Dès lors se pose la question des inter-médiaires symboliques. Remarquons que la fonction du symbole est à la fois de séparer et de réunir, de réunir sur un plan supérieur ce qui était séparé, disjoint sur un premier plan : passage de la nature à la culture, de l’instinct à l’institution, de la pulsion à l’art (au sens large, artefact culturel et conventionnel). Dans ce registre il faut souligner le rôle éminent du langage qui contraint à la nomination de l’objet du désir, donc à un renoncement à la satisfaction directe au profit d’un écart , d’une dérivation dans le champ de la culture. De ce point de vue l’absolu – s’il est le fantasme d’une satisfaction totale et sans reste – est toujours déjà perdu. Mais il n’est pas sûr que le sujet le sache, et encore moins qu’il l’accepte, s’il faut en croire la belle obstination dont tout un chacun fait preuve dans sa course pathétique à la satisfaction.

       6       Paradoxe : ce n’est pas l’absolu qui crée le désir c’est le désir qui crée l’absolu. Il faut croire que dans la psyché humaine persiste, contre l’évidence du réel, une disposition imaginaire ou imaginante qui opère une vigoureuse dénégation, s’obstinant à rêver d’un achèvement et d’une totalisation, dont il sait par ailleurs qu’ils sont impossibles. L’art,  la science, et la philosophie même en témoignent d’abondance.

            Pour Métaphores, GK

 

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22 avril 2015

Résumé du Café-philo du 21/04/15 : se passer des masques

 

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             Le café-philo du 21 avril 2015 s'est tenu pour la première fois au Café associatif La Coulée Douce (clic) à la Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau.

La soirée s'est passée idéalement : accueil très chaleureux, ambiance conviviale et concentrée, dynamique collective de grande qualité, sens de l'écoute et une pause apéritive bienvenue avec quelques assiettes et boissons à des tarifs "associatifs". Nous tenons à remercier Marie et l'équipe de bénévoles pour leur gentillesse et leur sens de l'accueil.

 

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Les trente-cinq personnes présentes ont proposé une dizaine de sujets. Le sujet qui a été voté et traité dans la foulée fut :

 

"Pouvons-nous nous passer de nos masques ?"

 

1)   Le masque renvoie au premier chef à la « persona », personnage de théâtre, rôle conventionnel. C’est la nécessité qui nous contraint à jouer notre rôle, ou nos rôles plutôt, dans la vaste tragi-comédie sociale.,,  Le masque est un signe d’appartenance (songeons aux masques des sociétés traditionnelles) qui signifie une position, un statut, un ou des rôles sous lesquels l’individualité s’éclipse.

2)   D’où la question des fonctions : il y a les masques qui dissimulent, ceux qui visent à tromper, ceux qui donnent à voir. Cacher et montrer sont en fait dans une étroite relation de paradoxe, si bien qu’on ne sait trop si, en se masquant, le sujet se dissimule, ou si, tout au contraire, il n’exhibe pas ce qu’il cache. Subtil jeu de dupes, où, croyant tromper l’autre, on finit par se duper soi-même…Au jeu du désir les dés sont toujours pipés.

3)   D’où une autre question : quel rapport le masque  entretient-il avec la vérité ? La vérité est-elle de l’ordre du « naturel », de la nudité, voire de la sauvagerie ? La civilisation ne commence-t-elle pas avec l’artefact, l’artifice, donc la vêture, et le masque. Il est sans doute un peu naïf de croire qu’à enlever le masque on révèlerait la vérité. Les masques nous sont consubstantiels, comme le langage et la culture, encore qu’il soit possible de distinguer entre des masques « intériorisés », invisibles, connaturels, et les masques de parade ou de circonstance qu’on peut mettre en enlever à loisir.

4)   Il semble que chacun ait intérêt, au bout du compte, à se réfugier derrière ses masques, s’ils ne nous étouffent pas, si nous pouvons prendre conscience qu’ils existent et qu’ils sont inévitables : c’est dans ce modeste interstice que se glisse une chance de liberté. Sachant, je ne suis plus totalement dupe. Mes masques, mes rôles, mon personnage, les connaissant, je peux apprendre à en jouer – et revoici l’acteur, un peu moins niais, un peu dégrossi, acteur-joueur.

5)   Finalement, existe-t-il une sphère d’intimité où « les masques tombent » où l’on peut être en résonance avec l’autre, et surtout en congruence avec soi ? Que craignons-nous dans ce dévoilement ? Quelle est cette peur ? Quelles émotions voulons-nous éviter ? Sans doute y a–t-il ici un puissante force de refoulement, celle peut-être qui a présidé à la socialisation elle-même, à cet âge tendre où s’est construite une image de soi, premier masque, le mieux oublié, et peut-être, inamovible, indéchiffrable.

Pour Métaphores, GK

         

             Pour en savoir plus sur le sens de l'activité café-philo, cliquez ici.

 

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19 mars 2015

Résumé du Café-philo du 07/04/15 : doute, certitude, folie et vérité

Café-Philo

           

      Le café-philo s'est tenu le mardi 07 avril 2015 à 18h45 au bar le Van Gogh, 15 rue Latapie à Pau. Nous remercions Max pour son accueil sympathique dans son établissement et pour l'organisation des lieux tout à fait adaptée à la formule café-philo. Les participants ont proposé une dizaine de sujets qui ont fait l'objet d'un vote. Le sujet retenu et traité collectivement a été : 

"Si ce n'est pas le doute, c'est peut-être la certitude qui rend fou."

 

 

Café-philo au Van Gogh

Résumé de la soirée et des débats :

1 ) Qu’est ce qui « rend fou » ? Que signifie « rendre fou » ? L’expression évoque un brusque passage de la normalité psychique à un état de dérangement, de déréalisation, marquée par une conduite aberrante, asociale voire dangereuse. Entre la folie « douce » et la psychose avérée, toute une panoplie de singularités plus ou moins décalées, déviantes et irrationnelles.

2) L’énoncé prend le contrepied d’une conviction commune, selon laquelle la certitude est positive, confortable, gage de réussite, signe d’équilibre et de santé. A l’inverse le douteur est dévalorisé, suspecté de faiblesse, de versatilité, donc peu fiable. (Il faudrait faire un test d’embauche !). S’il est un fou, ce serait évidemment le douteur – et pourtant ! Qui des deux est le plus dangereux, le plus tyrannique, qui le moins capable d’évolution, de questionnement ? La certitude a ses inquisiteurs, ses fanatiques, ses croisés – le doute jamais.

3) Sous la carapace de la certitude peut-être se cache une incertitude fondamentale qu’on s’acharne à nier, forclore, dans un retournement, une compensation pathétique et mortifère. D’où l’extrémisme. La question devient : quel type d’investissement psychique est à l’oeuvre dans la certitude, quels enjeux existentiels, presque toujours inconscient ? C’est cette méconnaissance originelle qui conduit à la folie, folie du sens, folie de la foi, et chez certains, folie de la raison – car la raison elle aussi a ses fous !

4) Le doute serait-il donc mécaniquement exclu de cette problématique, gage de santé et de vérité ? Ce n’est pas sûr : on parle parfois de « folie du doute » lorsque le sujet va revérifier à l’infini s’il a fermé son appartement. « Hé quoi, ce sont des fous ! » dirait Descartes. Ce cas mis à part le doute a un rôle très précis dans la démarche scientifique, et le philosophe, épris de vérité, lui confère volontiers une dignité de méthode – mais rarement au-delà. En général il en circonscrit soigneusement l’usage, car il craint, évidemment, d’être emporté dans un tourbillon où se dissoudrait toute certitude. A l’arrière-plan sans doute, la crainte de basculer dans la folie du vide !

 5) Bilan provisoire : il y a la certitude qui rend  et il y a le doute qui rend fou – sauf à penser qu’ils n’en sont pas du tout la cause, mais le symptôme. La folie est déjà là, inscrite dans la structure du sujet, et elle se manifestera soit comme pathologie de la certitude soit comme pathologie du doute.

6) Le problème est relancé à un autre niveau : il faudrait réexaminer certitude et doute dans leur rapport respectif à la vérité.

La certitude est la conviction, accompagnée de raisonnements (plus ou moins rationnels ou délirants) de posséder et de dire la vérité, présentée ici comme un savoir indubitable. Mais la probité nous contraint à poser qu’en tel savoir ne peut rendre compte de son fondement, et qu’en toute rigueur le fondement est toujours inconnaissable : « la vérité est dans l’abîme « (Démocrite).

Si le doute se raidit  en position dogmatique il relève de la même contradiction. Ni le doute, ni la certitude n’ont de fondement indubitable. En s’examinant avec attention et honnêteté l’homme est amené à découvrir qu’il ne peut se prétendre possesseur de la vérité : « je sais que je ne sais pas ». Ou, comme écrit Montaigne « Que sais-je ? »

La vraie folie, folie des plus communes et ordinaires, est d’oublier cette « vérité du non-savoir » et de faire les importants. A défaut de vérité, et puisqu’il faut bien vivre, choisir, décider, on se contentera de conjectures raisonnables et indéfiniment amendables.

 Ce fut une excellente soirée, riche, chaleureuse, et de tonalité joyeuse et décontractée. Je tiens ici à remercier et à féliciter les participants qui ont témoigné avec verve d’une allègre inventivité philosophique !

Animation et synthèse : Guy Karl, modératrice : Nicole Karl.

 

 

         

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13 février 2015

Résumé de l' Apéro-philo du 26/03/15 : passé, présent , avenir

Apero philo

            L'Apéro-philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 26 mars au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

 

"Si le passé conditionne le présent, avons-nous un avenir ?"

           

     "Qu'est-ce que le temps ?" s'interroge Augustin. "Si personne ne me le demande, je le sais ; dès qu'on me le demande, je ne sais plus". 

Le passé, le présent et le futur ont-ils une réalité ou ne sont-ils pas que des représentations ? Dès lors, la liaison supposée "conditionnante" entre le passé et le présent existe-t-elle vraiment ou n'est-elle pas qu'une fiction ? 
C'est en ce sens que Kant fait remarquer que le temps n'a pas d'existence en soi mais qu'il désigne, pour faire simple, un mode d'organisation de nos expériences. Le problème se pose alors de savoir si le conditionnement supposé est réel ou s'il n'est pas qu'une liaison artificielle construite par nos habitudes (Hume) ?  De la réponse à ces questions dépend la possibilité ou pas de se déprendre de ce qu'on appelle "passé". 

Pour Pascal, nous vivons dans des temps imaginaires, non pas parce que le passé conditionnerait le présent, mais parce que seul le présent est réel. Passé et futur ne seraient que des mots, que des fictions langagières qui seraient investies magiquement pour fuir le présent. "Seul le présent nous blesse", note-t-il dans les Pensées. Ainsi, de quoi serions-nous dépendants, sinon d'hallucinations sans rapport avec ce qui est. Mais comme toujours, les hallucinations produisent des effets dans le réel. C'est là que le travail éventuellement psychique peut commencer. 

Le travail psychique est une chose, l'analyse philosophique en est une autre. On ne peut passer au plan psychique que si le premier plan (philosophique) est d'abord éclairé, sans quoi on reste prisonnier du paradigme du psychologisme (qui risque fort de flatter la subjectivité des opinions et de les perdre dans leur "vécu"). 

L'articulation entre une réflexion sur le temps et la vie psychique se rencontrent ici, mais plus loin encore avec les enjeux existentiels qui fondent le sens de la question posée.     

Pour Métaphores, DK  

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10 février 2015

Résumé de l'atelier-philo du 17/03/15 : Sur l'oeuvre d'art

Atelier-philo

 

           L' Atelier-philo s'est tenu le mardi 17 mars 2015 à 18h45 au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou) à Pau. A cette occasion,  la philosophie et l'art ont dialogué autour du sujet suivant :

A-t-on besoin de comprendre une oeuvre d'art pour l'apprécier ?

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        L'animateur-philosophe, David Pourille a reçu Bernadette Charpentier, artiste plasticienne pour interroger dans le cadre d'une discussion ouverte les enjeux du sujet et inviter le groupe à réfléchir sur cette question. 

         Comme il est convenu de le faire dans un atelier, la présentation de la question s’est contentée d’analyser les termes et de soumettre au public quelques questions comme pistes de réflexions possibles. Ainsi, comprendre, qui n’est pas expliquer, consiste-t-il à acquérir une signification, un sens, à cerner une conclusion (« j’ai compris, ou non, son explication » entend-on…). Apprécier a une double utilisation : on apprécie un prix (c’est une évaluation), on apprécie une personne (c’est une estimation). Mais que viennent faire ces verbes comprendre et apprécier dans le rapport à l’œuvre d’art ? Surtout que vient faire comprendre, qui relève de l’activité intellectuelle, avec l’œuvre d’art, qui relève ou relèverait de la sensibilité, et l’estime qu’on peut lui porter ? C’est l’ensemble des relations possibles à l’œuvre d’art qui sous-tend la question.

 I)        Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? C’est ce qui est essentiellement inexplicable et non reproductible développe Kant dans sa Critique de la faculté de juger. Si ces critères s’avèrent intéressants et utiles pour distinguer ce qui est une œuvre d’art de ce qui ne l’est pas, ils s’avèrent insuffisants pour déterminer ce qu’est une œuvre d’art de manière exhaustive, et surtout pour trouver des « airs de famille » entre elles, si diverses. D’ailleurs, le problème de la nature de l’œuvre d’art est réapparu à plusieurs reprises lors de la soirée.

                 Une tendance forte a largement dominé les échanges, celle d’un rapport direct et spontané à l’œuvre d’art, sans médiation de la connaissance ou de quelque compréhension que ce soit. Car le rapport à celle-ci appartiendrait à l’ordre de l’émotion, et non de la connaissance. D’ailleurs, cette émotion, dite esthétique, n’est pas n’importe quelle émotion ; une émotion qui serait plus profondément encore une expérience à part entière, voire une jouissance esthétique. Cependant l’effet d’une œuvre d’art sur le spectateur ne se limite pas à l’émotion : elle manifeste une dimension active ou activante, elle mobilise chez lui une possibilité d’action. Plus rares ont été les points de vue d’un rapport plus intellectuel à l’œuvre qui pourrait augmenter l’émotion que l’on ressent. Une question posée apporta un contraste intéressant à ce rapport spontané dominant : « une œuvre d’art laissant indifférent cesserait-elle d’être une œuvre d’art ? ».

             Étonnamment, selon l’animateur qui rédige ces lignes, la complémentarité des deux approches n’a pas trouvé son expression, ni même celle du fait que plusieurs rapports différents à une œuvre d’art puissent exister, indépendamment ou simultanément.

  II)        Et du point de vue de l’artiste ? Bernadette, artiste plasticienne, a su avec autant d’authenticité et de simplicité présenter son expérience de créativité en évoquant le travail de l’artiste d’où émane une œuvre qui n’a pas de fin en soi. Le travail de l’artiste fermente un matériau pour restituer une expérience ou une rencontre avec le monde.

              Pour conclure – non pas sur la question mais sur la soirée, les avis, points de vue, idées et conceptions des participants ont pris corps dans une parole collective qui a su évoquer et développer l’émotion esthétique, l’expérience esthétique ; ceci tout en parvenant, le plus souvent, à argumenter, s’affiner, se corriger et s’enrichir…

                 

              Pour Métaphores, DP

 

          

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03 février 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 24/02/15 : médecine et philosophie

Apero philo

L'Apéro-philo du 24 février 2015 s'est tenu au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

"Si l'homme était un, il ne serait jamais malade"  Hippocrate de Cos (fondateur de la médecine occidentale)

         A l'occasion de ce sujet, nous avons eu le plaisir de recevoir Philippe Marchat, médecin homéopathe, pour réfléchir avec nous sur le rapport de la santé à la maladie. Son expertise et sa pratique nous ont permis d'aborder et d'approfondir des enjeux essentiels :

                     

I          Présentation 

           Faut-il penser que la maladie est le signe, ou le symptôme d'une division interne, dans l'organisme physique lui-même, entre le physique et le psychique, voire entre l'homme et son environnement, comme le suggère Hippocrate ? Peut-on remédier à cet état de fait, qui semble plus évident aujourd'hui, dans notre culture morcelée et morcelante ? Comment comprendre la notion de santé ? N'est-elle que l'absence de maladie, ou la capacité de vaincre des maladies lorsqu'elles surviennent, vu qu'il est bien difficile de les éviter toutes ?

II          Résumé de la soirée 

1        La citation exacte, extraite du « Traité de la nature humaine » est : si l’homme était un, il ne serait pas sujet à douleur. Le mot grec est « algie », que la médecine actuelle utilise pour désigner certaines affections morbides. Il s’agit donc bien de maladie, opposée à la santé, conçue comme « unité «  organique. Mais quelle sorte d’unité, s’il est patent que le corps est composé d’une grande quantité d’éléments fort dissemblables. On rappellera au passage l’héritage d’Empédocle qui avait thématisé pour des siècles la théorie des quatre éléments (terre, eau, air et feu). La médecine antique décrit quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune et bile noire) et quatre tempéraments de base (sanguin, phlegmatique, nerveux et bilieux), ainsi que quatre qualités (sec, humide, chaud et froid) d’où une combinatoire générale des humeurs, éléments, tempéraments et qualités, avec des correspondances subtiles dont la logique peut aujourd’hui nous échapper. Quoi qu’il en soit, l’unité de l’organisme apparaît d’emblée comme un problème. Ce ne peut être l’unicité d’un seul principe mais plutôt une synthèse plus ou moins harmonique ou dysharmonique, une unité complexe et mouvante.

 2        La tradition hippocratique a dominé la médecine pendant quinze siècles, mais subit une éclipse suite aux progrès de la biologie scientifique. L’hippocratisme est dynamique et holistique : elle étudie l’homme dans sa globalité en interaction avec le milieu (climats, saisons, alimentation etc). La maladie résulte d’un dysfonctionnement, d’un déséquilibre, d’une rupture de l’unité interne. Pour la médecine moderne il s’agit plutôt de chercher des causes repérables (bactéries par ex) et d’agir sur l’organe malade. D’où aussi un découpage en spécialités (pneumo, cardio, uro etc) pour augmenter l’efficacité des traitements. Cette médecine « mécaniste » est particulièrement opérante dans le domaine de l’infrastructure organique (os, viscères, organes, peau, muscles etc) et on lui doit incontestablement un allongement significatif de la durée de vie. Mais elle ne soigne pas au niveau du « vivre », là où s’exprime si souvent la douleur du patient, dans son stress au travail, insomnie, allergies, troubles alimentaires, et autres. C'est pourquoi il importe d'opérer, selon Philippe Marchat, une distinction entre une "médecine du survivre" (mécaniste) et une "médecine du vivre" (holistique). Sans cette distinction, il en résulte souvent une déception du patient, qui s’estime mal entendu par la médecine scientifique, mal compris au terme d’une interminable course aux spécialistes, sans résultat probant. A force de découper les corps, on perd de vue cette fameuse unité complexe et vivante qui définit l’ « individuum », le « non divisible » qui fait la singularité du patient.

  3        Question d’un interlocuteur : « Mais qu’est-ce qu’un corps ? Nous parlons du corps, mais nous ne savons pas ce que c’est que le corps ! ». Le corps est-il une machine démontable en pièces séparées, comme le veut la médecine moderne ? Mais n’est-ce pas là une médecine de « macchabées » - dont le cadavre serait le symbole achevé ?

 Retour à la question – qu’est-ce donc que cette « unité » dont parle Hippocrate ? Le corps est senti et sentant, perçu et percevant, vivant et vécu, source perpétuelle de plaisir et de douleur, évolutif, changeant – et vivant dans une temporalité subjective, mais aussi familiale, régionale, « historique », marquée par l’histoire des générations d’avant, si bien qu’on ne peut séparer le corps d’une conscience ou d’un inconscient, d’une psyché, aussi réelle en somme que la matérialité apparente et évidente du soma. L’unité est à entendre comme réalité complexe et indivisible d’un tout somatopsychique, ce dont témoignera abondamment chaque patient, dont la douleur est autant celle de la psyché que du soma. Là encore nos classifications dualistes sont trompeuses et sources d’erreurs thérapeutiques.

 4        Une longue discussion s’ensuit qui porte sur le rapport du praticien et du patient : entendre, écouter, diagnostiquer, soigner, soulager ou guérir ? Medicus curat, natura sanat : le médecin soigne, la nature guérit (quand elle n’emporte pas le malade dans la mort, ce qu’elle finit par faire de toute façon !)

          Le grand enseignement de cette soirée aura été, outre la définition d’une approche plus humaniste de la personne du patient, une vision infiniment problématique et questionnante de cette indéfinissable mais nécessaire idée d’unité – synthétique, complexe, mouvante, adaptative, inventive – de l’indivisible corps-esprit, mais aussi de ses rapports problématiques avec son « environnement », de son milieu, bref de son inscription dans la nature englobante.

         Pour Métaphores, GK

 

Vous voulez en savoir plus sur l'Apéro-philo, cliquez ici

 

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Résumé du Café-philo du 12/02/15 : Science et réel

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          Le café-philo du 12 février s'est tenu au Pub-restaurant chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) de 18h45 à 21h10. Huit sujets ont été proposés au vote. 

Sujets proposés :

 Le contraire d’un peuple civilisé c’est un peuple créateur

Le présent peut-il échapper à la mémoire, ou s’affranchir de la mémoire ?

Quelle différence entre le désir et la volonté ?

Vivre et penser s’opposent-ils ?

Avec 9 milliards d’habitants sur la terre être soi est-ce possible ?

Il y a dans les grands hommes plus à admirer qu’à mépriser

La croyance est-elle inhibitrice ou exaltatrice de soi ?

 

Le sujet retenu collectivement et traité lors de la soirée fut :

"La science nous donne-t-elle accès au réel ou le masque-t-elle ?"

 Animation et synthèse : Guy Karl

 1        Plutôt que de parler de La science il faudrait parler des sciences. Chacune se propose de traiter d’un aspect de la réalité, créant son objet propre et ses méthodes en se différenciant des autres. D’où un éclatement des savoirs, avec une spécialisation accrue. On observe en outre une accélération des recherches, et un souci de plus en plus évident des applications pratiques. Les sciences ont-elles pour finalité la connaissance du réel ?  Ou bien est-ce une illusion de croire qu’elles sont en mesure de débusquer le réel ?

 2       On reconnaît volontiers aux sciences une valeur de connaissance et d’efficacité, dont les retombées sont partout visibles. De plus elles contribuent à créer une nouvelle image du monde qui souvent  contredit la perception immédiate et la tradition. En somme elles produisent de la réalité, mais cela signifie-t-il que nous ayons le moyen de sortir de la représentation, d’avoir accès au réel en soi et pour soi ?

 3      Toutes nos créations scientifiques, nos lois et nos théories sont des images. Ces images elles-mêmes évoluent avec le temps et l’avancée des recherches. Un paradigme chasse l’autre. Comment saurions-nous que nous disons vrai ? Tout au plus pouvons-nous supposer que nous disons un peu moins faux, en rectifiant, révisant, amendant nos paradigmes successifs.

 4    « Nous n’avons pas de communication à l’être » (Montaigne) – ni au réel. Il faut savoir reconnaître les limites de la connaissance et admettre notre incapacité à sonder le réel insondable. La science ne donne pas accès au réel, mais ne le masque pas davantage, si la nature du réel nous demeure inaccessible et inconnaissable.

  GK

 

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02 février 2015

Résumé du Cercle Littéraire du 05/02/15 : Camus

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Le cercle littéraire du jeudi 05 février 2015 animé par Janine Delaitre s'est tenu au Pub-Restaurant "Chez Pierre", 14 rue Barthou (Pau) sur le thème suivant :

 L'absurde, la révolte et l'humanisme - Albert Camus

Présentation et résumé de la soirée :

1) Présentation

     « Écrire, ma joie profonde ». Qui aurait pu imaginer que le petit garçon d'un quartier pauvre d'Alger,orphelin d'un père tué à la guerre de 14 et fils d'une mère analphabète se verrait un jour consacré par un prix prestigieux entre tous , le Prix Nobel de Littérature, et deviendrait une des voix les plus marquantes du XX°siècle ?

       C'est par le journalisme qu'Albert Camus entra en littérature . Très tôt, s'affirment le combat contre l'injustice, et le besoin de donner la parole à ceux qui n'ont pas accès aux mots. A travers l'écriture de romans, de pièces de théâtre et d'essais , il poursuit une quête inlassable , ponctuée d' interrogations simples mais fondamentales : ses personnages dévoilent ses inquiétudes face au mal, à la souffrance, à la mort. De Meursault, l'énigmatique « étranger » au docteur Rieux pour qui l'essentiel est de « bien faire son métier »  en passant par Clamence, taraudé par le remords, Camus questionne inlassablement l'existence humaine, absurde, mais dont le sens est à construire.

      Cependant, si l'œuvre de Camus incarne et analyse tour à tour ces inquiétudes, elle célèbre aussi la beauté du monde, le soleil, la mer, la joie d'être et les noces avec le monde. « Pensée de midi » qui dissipe les brumes de la peur.

        Quelques œuvres majeures de CAMUS :

des romans : L'étranger La peste  La chute, Le Premier homme (oeuvre posthume et autobiographique)

des essais : Le mythe de Sysiphe, L'Homme révolté

des pièces de théâtre : Caligula, Le malentendu, Les Justes

Lettres à un ami allemand

Des articles de journaux, en particulier La profession de journaliste et le texte de son discours à la réception du Prix Nobel Discours de Suède. 

II) Résumé

             Le Cercle littéraire consacré à Albert Camus a débuté sur l'évocation des divers visages de cet auteur: l'homme de théâtre, le romancier, l'essayiste, l'intellectuel engagé. La discussion s'est ouverte sur la position de Camus dans la Guerre d'Algérie: son attachement à sa terre natale, son désir de justice lui ont fait envisager une solution qui ne léserait aucune des deux communautés, et ont motivé ses appels à la paix. Le film "Loin des hommes" de David Oelhoffen librement inspiré de la nouvelle L'Hôte, tirée de "L 'Exil et le Royaume" reflète d'ailleurs ces préoccupations.

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       Cette question, ainsi que la divergence sur l'attitude à adopter face à Staline et à l'URSS, a alimenté le conflit avec Sartre. Les "Lettres à un ami allemand" rappellent l'importance de la tolérance et le choix de valeurs centrées sur l'homme.

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        Cela  conduit le groupe à s'interroger sur l'humanisme revendiqué par Camus comme réponse à l'absurde et manière d'être au monde pour l'homme révolté . Est défendu cet engagement, fraternel et solidaire, parfois sous-estimé : on rappelle les formules assassines: "morale de boy-scout" ou encore "morale de la croix rouge ". Or, devant le scandale de la souffrance, qui s'éprouve et ne se raconte pas, celle ajoutée par l'homme à l'ordre du monde, il faut agir et combattre inlassablement.
       Comment interroger la pensée de Camus aujourd'hui ?  L'humanisme est-il mort ? Dans le vide du sens et de l'existence, il s'agit de penser autrement le rapport avec nous-mêmes. L'homme doit trouver une norme non auto référencée pour vivre. On ne peut pas sortir de l'humanité, mais il devient indispensable de reconsidérer la place de l'homme dans le monde.
        L'influence de la pensée philosophique de Camus est éclairée par ses combats ; il n'est pas un philosophe au sens traditionnel du terme, il ne conceptualise pas beaucoup. Cependant, c'est un grand penseur, qui donne à penser : Il reste une figure majeure de l'intellectuel engagé. 

     JD   

Vous désirez en savoir plus sur le Cercle littéraire, cliquez ici

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27 janvier 2015

Résumé de l'Apéro-Philo du 27/01/15 : scepticisme et vérité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo s'est tenu au pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou à Pau) , le mardi 27 janvier à 18h45 sur le sujet suivant :

                     "Le vrai sceptique se moque-t-il de la vérité ?"

L’animateur, comme à l’accoutumée, met en place la problématique :

           Vrai sceptique s’oppose à sceptique au sens commun, lequel se définirait par la propension à « douter de toute chose » (Littré), sans que l’on sache si c’est par affectation ou par une véritable intelligence de la complexité. Il dit prendre ses distances, réfléchir, mais cela peut être par pusillanimité, faiblesse ou incertitude constitutionnelle. Le vrai sceptique, s’il existe, se réclame d’une réflexion méthodique sur les limites de la connaissance.

           S’agit-il de nier toute valeur au savoir, de mettre en évidence les faiblesses de l’esprit humain, de la perception et de la raison, alors se pose la question de la vérité. Quel rapport le « vrai » sceptique entretient-il avec la vérité ?

            On peut penser, en première lecture, qu’une telle doctrine nie purement et simplement l’idée même de vérité, y décelant une escroquerie, une chimère, un idéal pompeux et vide. Mais alors on sombre fatalement dans le relativisme le plus  stérile : « à chacun sa vérité »- ce qui équivaut à un enterrement pur et simple de la vérité – car il n’est de vérité que par un effort de dépassement de la subjectivité immédiate vers  l’universel. Une pensée sceptique peut-elle se référer à l’universel sans se nier dans son principe même ? Avons-nous, en tant qu’humain, quelque possibilité de penser un universel qui ne soit pas une chimère ?

        Le scepticisme fait la critique impitoyable du savoir – voir les dix tropes d’Enésidème qui décline les impossibles de la connaissance – à partir de la maxime fondamentale de Démocrite : « L’homme doit connaître au moyen de la règle que voici : il se trouve écarté de la réalité ». Cette phrase énonce magnifiquement le paradoxe sceptique : il faut connaître – que nous voilà loin de la paresse, de la mollesse prêtées au scepticisme – mais non pas en croyant saisir la nature ultime des choses (dogmatisme), tout au contraire, en posant au préalable cette aporie, cet impossible : nous n’avons aucun moyen d’entrer en relation avec la réalité réelle – le réel en soi et pour soi. Notons que Montaigne réitère parfaitement la même idée dans sa phrase célèbre : « Nous n’avons aucune communication à l’être ».

          Le problème posé trouve sa solution, si l’on accepte de penser que le savoir n’est pas la vérité, que le savoir ne peut être que relatif, évolutif, « historique », indéfiniment amendable et renouvelable (ce que monte l’histoire des sciences), et qu’une vérité n’existe qu’ à la condition d’être universelle et intangible. Retour à la question : qu’est ce qui, pour l’homme, fait vérité ?

          Je note que le groupe en est resté au seuil de cette question. Il faudrait une nouvelle séance pour traiter ce point difficile. Permettez-moi, à titre personnel, d’esquisser une ouverture. C’est Démocrite qui en fournit l’abord : l’homme est écarté de la réalité – voilà une formulation universelle, intangible et indépassable. En un mot la vérité n’est pas le savoir, mais l’impossibilité du savoir.

        Ce qui ne signifie pas que nos savoirs soient vains, simplement il importe d’en reconnaître et d’en assumer l’indépassable limitation.

                   GK

 

 Vous souhaitez en savoir davantage sur l'esprit et les finalités de l'Apéro-Philo ? Cliquez ici.

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