26 mars 2016

Résumé Atelier-philo du 04/05/16 - Que vise la politique ?

Atelier-philo

L' Atelier-philo s'est déroulé le mercredi 04 mai à 18h45 au café-restaurant "Un dimanche à la campagne", Allée Alfred de Musset, face au parc Beaumont à Pau pour aborder la question suivante : 

Que vise la politique ?

Actualité de Machiavel, Hobbes et Rousseau

Nous avons accueilli à cette occasion Marie-Pierre Carcau, ancienne élue locale (13 années) et philosophe de formation, spécialiste de Hobbes et de Hannah Arendt. La soirée fut animée conjointement par Didier Karl, professeur de philosophie, vice-président de l'association Métaphores. Les deux animateurs ont présenté les enjeux à travers deux interventions de vingt minutes chacune avant de donner la parole au public pour une discussion ouverte et problématisée. Cet atelier a eu, plus qu'à l'accoutumée, une exigence de formation philosophique, l'accent étant volontairement mis au départ sur des théories politiques majeures dont nous avons interrogé la portée et la signification pour notre temps. 

         La politique concentre aujourd'hui et peut-être plus que jamais des enjeux contradictoires. D'un côté, la classe politique semble faire l'objet d'un profond discrédit et d'un désintérêt croissant de la part des citoyens, mettant à mal le sens de la représentation et la vitalité attendue par une démocratie active ; de l'autre, l'idée politique reste attachée à des passions fondamentales, à des contenus profondément ancrés dans la psyché qui mettent en jeu le rapport de l'individu au vivre ensemble, la question du sens et de la visée du pouvoir politique, l'expression raisonnée et contradictoire des opinions, le destin du pays. Le rapport des hommes à la pratique comme aux idées politiques est tout sauf évident. L'objectif de cette soirée consiste à revenir sur ces questions essentielles et sur les finalités de la politique en partant de trois théories philosophiques fondatrices dont nous esquisserons rapidement les contours.

         Avec Machiavel, Hobbes et Rousseau, nous nous demanderons s'il faut réduire la politique à de pures stratégies de conquête et de maintien au pouvoir, à des techniques dont les institutions seraient paradoxalement les garantes. Ou bien, est-il encore concevable de penser et de définir des Idées politiques comme autant de finalités acceptables pouvant prendre la figure, peut-être désuète, d'un "bien commun" ? (DK)

 

Résumé de la soirée : 

 I)            Machiavel : le politique comme technique de régulation

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           C'est en procédant à une étude des enjeux politiques développés dans le Prince par Machiavel que la question de "la gestion des affaires humaines", pour reprendre l'expression d'Hannah Arendt, prend tout son sens. Contrairement aux apparences, la politique est d'abord une pratique dissimulée, cachée, une "cuisine" dont la stratégie et les ingrédients véritables n'apparaissent que rarement et qui vise autant que faire se peut, la stabilité du corps social et la régulation des passions et des appétits qui les motivent. Les outils du pouvoir politique sont de l'ordre du langage, de la mise en scène et de l'image car le prince ne peut échapper à la représentation, ce qui constitue les manifestations extérieures de "l'agir politique". Ces techniques ne suffisent pas. Il leur faut un élément crucial d'articulation qui lie les éléments précédents à une conscience des enjeux : c'est "la vérité effective de la chose", l'art de voir la réalité humaine, le monde et les intérêts qui l'animent non pas à partir des valeurs attendues mais tels qu'ils sont. Avec Machiavel, il ne s'agit pas de rêver l'homme et de soumettre la politique aux caprices de l'imaginaire comme aux exigences folles de la morale mais de l'appréhender anthropologiquement en supprimant les lunettes mentales qui empêchent de « voir la réalité nue et sans voile » (Bergson).

il nous a semblé utile de rappeler 3 points essentiels : 

1)    La politique est conscience de la guerre et la guerre est partout - même dans la paix, sous la forme d'une conflictualité latente qui cherche à s'exprimer par tous les moyens. La société est tout sauf homogène. Il est rappelé que Machiavel est le premier penseur d'une "lutte des classes" parce que les Grands, le Prince et le Peuple n'ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes objectifs. Toute la subtilité du jeu politique réside dans la prise en compte de ces intentionnalités contradictoires à laquelle s'ajoute une défiance spontanée vis-à-vis des hommes en général qui sont "toujours prêts à user de leur méchanceté sitôt qu'ils en trouvent l'occasion." Autant dire qu'il n'est pas simple de gouverner.

2)    De plus, le jeu ne se joue pas à trois mais à quatre. Machiavel place sur l'échiquier politique "fortuna", "ce qui ôte ou donne aux hommes l'occasion d'agir", autrement dit, le hasard comme puissance naturelle imprévisible, capable de tout dévaster : sécheresse, inondations, crise soudaine, autant d'aléatoires qui viennent perturber voire menacer la partie. Tout homme politique sérieux doit envisager la fortune dans sa stratégie selon l'adage bien connu, "gouverner c'est prévoir". Et, en politique, il s'agit de prévoir le pire.

3)    Les qualités et les vices sont parfaitement interchangeables sur le plan politique. Leur valeur propre se mesure à leur efficacité dans une circonstance donnée. La morale ne soumet plus la politique. Celle-ci s'affranchit du devoir pour viser le pragmatisme et l'utilité. Ce qui détermine l'usage de la cruauté ou du mensonge, de la générosité et de la vérité, c'est "la qualité des temps" et le sens de l'opportunité (le Kaïros). La politique est amorale (pas d’immoralisme chez Machiavel), tel est le sens du machiavélisme.

En somme l'art politique (la virtù) se mesure à la seule efficacité face au défi de la stabilité du corps social. Que vise la politique ? Avec Machiavel, moyens et fin sont inséparables de sorte que : "qui veut la fin veut les moyens",  ou encore « si le fait l’accuse (le prince), le résultat l’excuse ». Voilà toute la politique. 

 

II) La politique : sécurité et/ou liberté ?

Marie-Pierre Carcau est ensuite intervenue pour présenter d’une part la modernité de Hobbes et de l’autre, quelques éléments du projet de Rousseau. Concernant le philosophe anglais, quatre points ont été avancés :

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1)    L’affect principal qui détermine la nécessité politique est la peur. Le pacte social naît pour l’auteur du Léviathan d’une angoisse de la mort. L’Etat moderne résulte de cette angoisse dans l’objectif de mettre fin à « la guerre de tous contre tous et de chacun contre chacun » qui caractérise l’état de nature.

2)   C’est pourquoi le pouvoir doit être fort. Sa force est liée à un dessaisissement, à un abandon de la souveraineté individuelle pour constituer la souveraineté absolue de l’Etat. Dans cette configuration, il n’y a pas de citoyen mais seulement des sujets. La politique n’est donc pas un exercice collectif mais un renoncement à une liberté naturelle dangereuse pour tous comme pour soi. Cependant, l’individu ne renonce pas à tout car il existe des « droits inaliénables » comme le droit à la vie, à la mobilité et à la jouissance de ses biens que le souverain doit garantir.

3)    Le pacte social donne naissance à une entité qui pose le problème de la décision en matière politique. Faut-il concevoir l’action politique comme un arbitraire pur ? Quelle place pour des conseillers ? Quelle place pour le peuple ? La politique n’est-elle pas le lieu où s’exerce paradoxalement un pouvoir rationnel (légal selon Max Weber) sur un fond d’irrationalité théocratique (on peut penser à certains pouvoirs monarchiques des présidents français) ?

4)   Enfin, la visée politique s’incarne dans une valeur primordiale : la sécurité. « Salus populi ultima lex ». Le pouvoir ne tire sa légitimité que dans la mesure où il répond à l’angoisse de la mort par une neutralisation des passions humaines. Ainsi, se pose tout l’enjeu contemporain du rapport entre sécurité et liberté. Dans la perspective de Hobbes, l’individu est une menace potentielle que l’Etat a pour tâche de désamorcer. C'est au nom de la sécurité que le pouvoir surveille l'individu toujours suspecté d'être malveillant. On place des caméras partout dans les villes, on surveille internet, on infiltre les manifestations etc. On peut penser ici aux analyses de Deleuze et de Foucault relatives aux sociétés de contrôle et de surveillance. Jusqu'où la sécurité peut-elle pénétrer l'espace public et privé ?

Rousseau répond point par point aux enjeux précédents.

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1)     Pour Rousseau, l’insécurité est d'abord construite socialement. Elle est un fait social lié à une forme de perversion de la loi au service de la force ou de vils intérêts. La passion illimitée d’accumulation de richesses (hybris) en est aujourd’hui un exemple patent. On légifère sur tout mais pas sur les limites de l'enrichissement. L’hypothèse de l’état de nature ne peut donc pas servir de justification pour une politique sécuritaire et autoritaire d’autant qu’on peut imaginer un homme parfaitement indéterminé à l’état naturel, ni bon ni méchant, amoral et indifférent aux passions que les institutions encouragent dans leur dérèglement.

2)     Au pacte, on préfèrera un contrat, plus rationnel et non plus lié à la peur ou à l’angoisse, comme affect négatif. La politique est un fait rationnel positif qui repose dans le Contrat social, non pas sur un dessaisissement mais sur la compréhension active d’un intérêt général. Il n’y a donc plus de sujets mais des citoyens soucieux de définir ce qui vaut pour tous et qui échappe à l’intérêt privé, à l’image d’une sécurité sociale universelle, d’une retraite garantie, d’une éducation nationale, d’une santé publique, d’une loi au service d’un bien commun.

3)    Dans ce cadre, la citoyenneté est active, dynamique et inaliénable. Comment penser aujourd’hui la mise en œuvre d’une extension citoyenne qui ne s’accommode plus de la privatisation du champ politique, de sa confiscation par des « professionnels » ou des « experts » ? Comment sortir de la flatterie, de la séduction et de la démagogie lorsque les pouvoirs sont le fait d’une représentation qui représente des intérêts privés ou partisans ?

4)     En ce sens, avec Rousseau, la liberté est le bien le plus précieux, à condition d’entendre sous ce terme un acte de raison par lequel le citoyen obéit à des lois qu’il veut parce qu’elles sont au service de l’intérêt général et non au service de quelques corporations ou classes particulières. Mais pour parvenir à cette compréhension de la chose publique (république), il faut une éducation à la citoyenneté, un acte inaugural de correction des passions et d’élaboration de certaines idées régulatrices sans lesquelles la politique se dissout dans le règne de la force cherchant partout à se faire passer pour le droit. Et nous savons que la force est d'abord du côté de ceux qui ont les moyens de l'exercer (le Prince et les Grands : classe politique et les conseillers, la médiacratie, les partenaires et soutiens économiques, les financiers etc.). 

 

III)      Quelques éléments de discussion

 La discussion fut très riche et il est impossible d'en rendre compte de manière exhaustive. Quelques remarques et questions de fond :

-  Si les Etats recherchent prioritairement la sécurité, pourquoi ont-ils tous tendance à pratiquer l’expansionnisme en courant le risque de leur propre destruction ? N’est-ce pas qu’en réalité, l’Etat serait encore l’expression d’une passion dissimulée sous le voile de sa rationalité apparente ? La sécurité civile s’accommode assez bien d’un accroissement de la richesse et des biens par capitalisation, lesquels servent en retour à sécuriser les risques. On peut comprendre pourquoi il y a politiquement des guerres utiles, au service d’une sécurité dans le rapport à la « fortune ».

-   Si l’Etat cherche à maintenir le corps social dans une unité à partir d’un pacte ou d’un contrat, on peut interroger la réalité de ces opérateurs politiques. Où se trouve ce pacte ? Où est le contrat ? Qui a signé pareilles déclarations ou textes fondateurs ? Nous aurions alors affaire plus à des mythologies modernes liées à la naissance des Etats qu'à des réalités historiquement datées. De même, le citoyen n'est-il pas qu'une abstraction ? La discussion se prolonge en soulignant le caractère moral et implicite de ces opérations attendues par la vie en commun et l'organisation politique.

-   De fait, c’est l’origine même de la loi qui est interrogée. N''obéit-on pas à la loi d’abord parce qu’elle est loi et non parce qu’elle est juste ? Montaigne est convoqué pour rappeler « le fondement mystique de l’autorité » et du pouvoir dont la nature ultime est insaisissable et sans réalité tangible.

-  Que peuvent la politique, la loi et le droit face aux intérêts capitalistes mondialisés, face à la finance lorsqu’on sait que certaines multinationales pèsent plus par leurs richesses que des Etats constitués ? Faut-il pour autant renoncer à la mise en œuvre du droit, de la loi et des principes de justice qui sont censés les accompagner ? Le point de vue de l'avocate présente est ici intéressant pour rappeler certains éléments fondateurs du droit et leurs applications effectives sur le terrain judiciaire. La politique permet encore de lutter contre la violence et les passions à condition de s’en donner les moyens et de souligner la nécessité du courage dans des domaines où la corruption est évidemment une tentation forte. La loi, comme le soutient Hegel, est la position du tiers, seule capable de mettre fin aux conflits, à la vengeance ou à la perversion des relations. Renoncer à la chose publique, n'est-ce pas renoncer à la loi commune qui protège malgré tout et donne à méditer le sens de la liberté ?

-  La discussion s’achève sur un enjeu passionnant, celui de la définition d’une « sagesse politique du lâcher prise ». Ici, l’œuvre politique se confond avec une démarche profondément éthique en ce sens où elle pratique un non-agir créatif, respectueux de la dynamique des flux, des saisons, de la nature et des choses qui se font d’elles-mêmes sans requérir la moindre volonté. Mais une telle politique est évidemment le fait du sage. Et il n’est pas sûr que notre époque soit sensible à cette sagesse de l’impermanence qui a, quoiqu’on en pense, toujours le dernier mot…

Merci à Marie-Pierre et à tous les participants pour cette soirée d'une haute tenue philosophique. N'hésitez pas à prolonger la discussion ci-dessous dans les commentaires.

Pour Métaphores, DK

 

 

 

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25 mars 2016

Résumé apéro-philo du 21/04/16 : Connaissance du passé

Apero philo

L' Apéro-philo s'est tenu le jeudi 21 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant :

La connaissance du passé éclaire-t-elle le présent ?

 

Guy Karl, philosophe, a engagé une réfléxion à partir d'une problématisation initiale d'une vingtaine de minutes avant de laisser le groupe s'emparer des enjeux proposés sous forme de plan d'étude. 

Résumé de la soirée : 

 1)    Si le présent demande à être « éclairé » c’est qu’il est, de nature, confus, obscur, problématique – ce qui est particulièrement évident pour notre présent actuel, plein d’incertitude et de risques. Est-il bien sensé de chercher dans le passé des solutions pour une situation qui ne ressemble à aucune que l’humanité ait affronté jusqu’à ce jour ?

 2)    Il faut bien distinguer la connaissance du passé de la réalité effective du passé. Que valent nos connaissances, ont elle quelque vérité, quelque objectivité, si toute connaissance est l’acte d’un sujet, ou de plusieurs sujets, eux–mêmes situés dans le temps, dans une réalité sociopolitique donnée, dans un espace mental par définition distinct du passé que l’on cherche à connaitre. Il semble pour le moins que toute connaissance de ce type est sujette à caution, frappée d’incertitude et marquée du sceau de la subjectivité – indépassable en dépit des protestations d’intégrité et d’honnêteté. C’est tout le problème de l’histoire.

 3)    Approfondissement : dans notre vision du passé nous avons une tendance spontanée à sélectionner des événements qui font sens, à les mythologiser, à les retravailler en fonction du présent, à des fins politiques et idéologiques (ex du 14 juillet, événement relativement anodin élevé à la dignité de fête nationale). Les faux souvenirs cohabitent avec les vrais oublis. L’histoire est un récit qui donne une fallacieuse identité, qui est vraie à  sa manière, mais d’une vérité non scientifique.

 4)    Pour autant on ne peut conclure à l’inanité de cette connaissance : on peut repérer des lignes de force, des constantes historiques, des cycles, des répétitions, à condition de ne pas gommer les différences et les nouveautés. L’histoire  se répète peut-être, mais en variant les circonstances, les formes, les modes d’apparition. Schopenhauer disait : eadem sed aliter : les mêmes choses mais autrement.

 5)    Le groupe, après la pause,  interroge plus spécifiquement le rapport entre la répétition et la nouveauté – ce qui est bien le cœur du sujet : comprendre le présent nécessite un effort d’intelligence ; on ne peut se contenter de plaquer les connaissances du passé, des schémas explicatifs plus ou moins opératoires sur la réalité mouvante et énigmatique du présent. Certains événements font rupture, ouvrant une ère nouvelle, même si la nouveauté n’est jamais totale, et que les structures du passé continuent de conditionner le présent. On évoque le rôle de l’imprimerie qui modifia le statut de la culture, de l’internet, des technosciences qui bouleversent les conditions économiques etc.

 6)    En fait le présent est un mélange confus de passé et de nouveauté, ce qui fait qu’il est difficile d’apprécier correctement l’effet de la nouveauté.  Il y a des rythmes rapides et des rythmes lents. On est extrêmement sensibles aux premiers qui dérangent en forçant à l’adaptation plus ou moins consentie, mais d’autres forces agissent en contrepoint, plus discrètes, mais qui ne doivent pas être sous-estimées : les révolutions qui ont voulu bannir l’ordre familial ont fini par le restaurer. Peut-être y a-t-il-lieu de rappeler l’expression forte de Jung : « le temps immense », qui relativise le temps rétréci de nos existences mortelles, et qui fournit peut-être une autre mesure, un autre Logos à notre intelligence.

 Pour Métaphores, GK

 

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20 mars 2016

Résumé du café-philo du 12/04/16 : La recherche du plaisir

Café-philo

 

Le café-philo du mois d'avril s'st tenu le mardi 12 à 18h45 au café associatif de La Coulée douceCité des Pyrénées29 bis rue Berlioz à Pau.

 

Le sujet voté et traité par le groupe présent fut :

Peut-on fonder sa vie sur la recherche du plaisir ?

Résumé de la soirée

1 La problématique est complexe. D’abord comment entendre le « peut-on » ? S’agit-il d’une possibilité de nature, conforme aux lois de nature – ou d’une revendication éthique, voire « morale » d’un sujet qui décide de consacrer sa vie à la recherche du plaisir ? Ensuite, comment entendre « fonder sa vie » expression qui implique un choix existentiel, bien au de là d’une simple cueillaison des plaisirs qui passent ? Puis, « recherche du plaisir », qui sous-entend que le plaisir n’est nullement une donnée immédiate, s’il faut faire effort pour y parvenir.

 2 Le groupe exprime fortement l’idée selon laquelle le plaisir se heurte d’emblée à une série impressionnante de contraintes sociales : le devoir de responsabilité, les exigences culturelles et professionnelles, les impératifs de l’éducation, la condamnation de l’égoïsme, les interdits religieux. « L’homme est au monde pour faire son devoir » pouvait-on lire dans les salles de travail des internats prussiens. Kant disait plus sobrement : tu dois, tu veux, tu peux. Le plaisir ne saurait être un programme de vie selon la morale, mais plutôt un obstacle qu’il faut vaincre, une tentation dont il faut se détourner.

 3 Autre problème : la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a les pertes inévitables, les séparations, les douleurs, l’insatisfaction chronique, bref une forte présence du déplaisir qui rend la recherche du plaisir à la fois nécessaire pour combattre la souffrance, et problématique dans ses résultats. Le déplaisir semble invincible, en tout cas à terme, le sujet ne pouvant  dès lors que composer avec le mal, en valorisant les moments heureux. Il faut bien vivre, et vivre bien, ce qui ne se peut dans une souffrance perpétuelle. Le plaisir serait la consolation de l’âme souffrante, sans être jamais une solution définitive, ou un remède suffisant.

 4 Quelques personnes insistent sur la dimension sociopolitique du problème : à supposer qu’un sujet veuille vouer sa vie au plaisir n’est-ce pas en général aux dépens du travail et de la souffrance d’autrui, esclaves, employés, domestiques, serviteurs ? Voire la société antique. A nouveau rebondit la question de l’égoïsme : plaisir pour moi, à quel prix ? Puis-je négliger cette dimension de souffrance que mon style de vie impose à autrui ?

 5 La question pourrait trouver une solution si l’on distinguait plus soigneusement entre le plaisir « naturel » - être à son aise, goûter légitimement aux joies éphémères de l’existence, plaisirs « naturels et nécessaires » (Epicure) – et les plaisirs dispendieux, frelatés, « ni naturels ni nécessaires » qui impliquent beaucoup de temps, de dépenses et d’efforts. Une personne évoque la quête interminable et décevante de Casanova, lequel ne saurait parvenir à ses fins, si le but recherché s’éloigne à mesure. Quel est alors cet impossible qui motive le désir et le déçoit du même mouvement ?

6 A y réfléchir de plus près les obstacles au plaisir sont autant intérieurs qu’extérieurs. On ne peut tout expliquer par les facteurs sociaux et culturels. C’est dans la psyché elle-même qu’il faut chercher une certaine cause à l’insatisfaction chronique, si comme le soutient Lucrèce, le vase est percé, et que jusque dans les plaisirs « il y a je ne sais quoi d’amer ». Montaigne disait à sa manière : « nous ne goûtons rien de pur » -remarquant dans la volupté même un certain coefficient de douleur, voire de tristesse. Fonder sa vie sur le plaisir seul est sans doute une impossibilité, et Epicure lui-même, pourtant philosophe du plaisir, recommande constamment l’usage de la raison pour en régler le cours : pensée du plaisir et plaisir de la pensée, les deux associés dans le bel équilibre de la vie belle et bonne.

Pour Métaphores, GK

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03 février 2016

Résumé du Cercle littéraire du 7/4/16 : La poésie d'aujourd'hui

Cercle littéraire

Le dernier cercle littéraire s'est tenu le jeudi 07 avril à 18h45 au Café Suspendu (café associatif), 15 rue Lanansaa à Billère (entrée libre et gratuite) sur le thème suivant : 

La poésie d'aujourd'hui

Le Cercle a proposé une rencontre autour des questions suivantes : Pourquoi lire de la poésie ? Quelle place occupe la poésie dans nos lectures ?

Quelques figures contemporaines ont été évoquées : Philippe Jaccottet, entré de son vivant dans la prestigieuse collection de La Pléiade, Robert Marteau amoureux de l'écriture et de la marche, James Sacré, François Cheng, Jean-Baptiste Maulpoix. Les poètes contemporains appréciés des participants ont été accueillis dans un échange orné de belles rencontres.

Animation : Janine Delaitre

 Petite  bibliographie : 

Robert Marteau    

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(Royaumes 1962)    ( Louanges    1996)    (Le Temps Ordinaire  2009 )      (Rites et offrandes 2002)

 

François Cheng 

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(De l'arbre et du rocher  1989)    (Trente-six poèmes d'amour  1997)    ( Que dira notre nuit ?  2001)    (La vraie gloire est ici   2015)

  

Philippe Jaccottet  

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(L'Effraie et autres poésies 1953)     (L'Ignorant  1958)     (La Semaison  1963)      (A la lumière d'hiver   1977)     (Après beaucoup d'années 1994)     (La seconde semaison 2015)

 

James Sacré  

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(Le femme et le violoncelle 1966)       (Figures qui bougent un peu 1978)     (Âneries pour mal braire  2006)

 

Jean Michel Maulpoix   

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(Emondes 1981)    (Ne cherchez plus mon cœur   1986)     (Pas sur la neige 2004)     (Le Voyageur à son retour 2010)

 Résumé de la soirée : 

      Le petit cercle qui s'est réuni autour de la question : « Pourquoi lire de la poésie ? »  s'est particulièrement intéressé à une  figure de la poésie contemporaine, Robert Marteau, peu connu du grand public. Ce Poitevin, né en 1925  dans une famille de forestiers est très sensible à la forêt et à ses enchantements, ses liens avec un univers légendaire où se rejoignent les figures d'un passé antique, Sylvains et Nymphes, échos lointains de récits mythiques et les mystères de Brocéliande. Sa  parole sert d'abord celle d'autres poètes qu'il traduit, Chaucer (Le Parlement des oiseaux) Gongora, («Première Solitude), Pavlovitch. Ce passionné de peinture et d'art évoque ses rencontres avec Corot,( Sur le motif ), Cézanne (Le message de Paul Cézanne) et invite à la visite du musée, Le Louvre entrouvert 1997. Ses voyages, au Québec par exemple, élargissent son expérience du monde et lui permettent d'éprouver l'essentiel : la sensibilité au réel, la forêt , « forêt primordiale », d'où vient l'homme et où il retournera, la marche. Rencontre aussi avec d'autres peuples, les Indiens d'Amérique du Nord dont il chante l'éloge : Fleuve sans fin, Journal du Saint -Laurent, Mont -Royal

       L'écriture se nourrit de la déambulation ; durant  les pauses suscitées par l'attention à ce que chaque pas fait découvrir, le carnet qui accompagne le poète recueille les sonnets véritablement nés de  la marche . Le poète cherche à mettre des mots sur tout ce qu'il voit. Pour cela, il faut suspendre son pas, s'arrêter, écouter et voir les signes envoyés par la nature. Contempler, être attentif : « La nuit ne m'emportera »

       Robert Marteau écrit pour célébrer le monde, dire la beauté, résister à l'horreur.  En témoignent ses recueils : Liturgie (1992), Rites et offrandes 2002. Ses lecteurs écoutent dans ses pages le chant des oiseaux, la magie de leurs noms, la louange de la beauté du monde. Ce poète aime les mots, aime jouer avec leurs étymologies, rapprochements inattendus et si pleins de sens.

« Nous verrons au-delà des flambeaux la réelle réalité. »

 « L'horreur et le tourment, il les apaise par l'aurore. » écrit-il à propos de Goya.

JD pour Métaphores

 

 

 

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Résumé de l'Apéro-philo du 24/03/16 : Les pathologies psychiques

Apero philo

 

L'Apéro-philo du jeudi 24 mars 2016 s'est tenu au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant: 

          Les pathologies psychiques contemporaines    

 

La soirée fut animée par Guy Karl, philosophe.

Résumé :    

         Nous remercions chaleureusement le docteur Hourcadette, médecin psychiatre, pour sa présence remarquée, la qualité de sa présentation et la clarté de ses réponses aux nombreuses questions des participants. L’objet de cette soirée était triple : Renouer symboliquement le dialogue très ancien, mais fâcheusement distendu dans la modernité, entre philosophie et psychiatrie. Réfléchir sur l’incidence que pouvaient avoir sur la psyché les problèmes actuels de la société postmoderne : précarité, obsession de la performance, atomisation des individus, affaiblissement du lien social, désintégration de certaines structures traditionnelles etc. Cet état de fait génère-t-il de nouvelles pathologies (comme  les troubles borderline, la fibromyalgie, le stress etc) ou bien ne sont-ce là que des expressions nouvelles de pathologies bien connues et dûment répertoriées ?

 Enfin j’eusse aimer interroger le psychiatre sur la déontologie : quel est le rôle du psychiatre, de normaliser la déviance, de réduire la souffrance, de rééduquer, de rendre une certaine liberté de parole à ceux qui en sont privés par la maladie ?

 Dans un premier temps le docteur Hourcadette a présenté les grands traits de l’histoire de la psychiatrie, marquant les temps forts, les grandes avancées théoriques, avec, en parallèle, le rôle déterminant des découvertes médicamenteuses, qui ont permis un net soulagement de la douleur, voire des guérisons, parfois spectaculaires.

 Puis il dresse un tableau synoptique des pathologies «  classiques » pour s’interroger sur  ce qu’il en est des formes contemporaines, dont on peut se demander dans quelle mesure elles relèvent de phénomènes de modes, voire de classifications qui sont surtout le fait de laboratoires : c’est le médicament qui, d’une certaine manière, « crée » la maladie : si le patient régit favorablement à l’antidépresseur c’est qu’il est déprimé !

 Il n’est pas certain qu’il y ait vraiment de nouvelles pathologies, mais il est certain qu’il y a de nouvelles expressions pathologiques. Cette remarque nous invite à penser que la maladie en général est toujours pensée et diagnostiquée dans un contexte culturel voire politique, et que les classifications sont fort variables au fil du temps : exemples types, l’hystérie, déjà repérée par les Anciens, mais définie tout autrement que chez nous, la mélancolie, la manie (mania = délire), chaque époque apportant des précisions ou des remaniements conceptuels. Il ne faut surtout pas croire que les nomenclatures médicales sont intemporelles et inchangeables. Les problèmes de classification en psychiatrie sont réels, et il en résulte parfois un errement dramatique au niveau des prescriptions médicamenteuses.

 Reste que la France est la championne du monde en matière de consommation de psychotropes et dans le même temps très peu de malades réels sont réellement soignés !

 La soirée s’achève sur quelques réflexions déontologiques : le premier rôle du médecin est de réduire la souffrance (souvent plus pour l’entourage que pour le patient lui-même, qui n’a pas toujours conscience de son état, comme on voit dans les délires). C’est dire que le psychiatre répond à une demande sociale (l’ordre public). La question de savoir s’il peut contribuer à libérer le sujet de sa maladie, est restée en suspens .On rappellera cependant que le médicament ne suffit pas et qu’il faut recourir parallèlement à une forme ou une autre de psychothérapie.

       Pour Métaphores, GK

 

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02 février 2016

Résumé du café-philo du 08/03/16 : Animal et homme

 

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Le café-philo s'est tenu le mardi 08 mars 2016 à 18h45 au café associatif de La Coulée douce, Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par l'assemblée présente fut : 

Quelle image nous renvoie l'animal ?

 

1)      On pouvait craindre qu’un tel sujet soit le prétexte d’un épanchement sentimental et  pathétique, chacun y allant de son expérience personnelle, entre la crainte, l’effroi ( animal comme objet phobique) et l’affection inconditionnelle (l’animal de compagnie, confident et soutien). Il n’en fut rien. On note en passant que nous flottons entre les deux extrêmes du sentiment : attraction et répulsion devant un « autre » irréductible à nos catégories de pensée. L’animal n’est pas l’homme, et pourtant il éveille en l’homme le sentiment d’une certaine communauté, celle du vivant, de l’appartenance commune à la nature, dont par ailleurs l’homme se prétend détaché. En témoignent abondamment les innombrables représentations artistiques où l’animal figure le sacré, voire le divin, avant qu’une conception moderne et rationaliste ne tranche entre les deux règnes, reléguant l’animal dans un ordre inférieur.

2)      Dans un second temps le groupe énonce les obstacles qui empêchent de penser correctement l’animalité : l’anthropocentrisme qui nous pousse à attribuer à l’animal nos propres catégories, par quoi l’image que nous en avons est un reflet narcissique et tronqué, l’idée de supériorité qui justifie l’exploitation et la domination, la vieille idéologie selon laquelle l’homme est le sens et le but ultime de la création, et enfin les conceptions mécanistes (Descartes) qui réduisent l’animal à une machine. Mais nous savons aujourd’hui qu’il y a une sensibilité animale, voire une organisation d’une complexité admirable et de fort subtils échanges intra-spécifiques et extra-spécifiques dont nous pénétrons difficilement les arcanes par la science biologique et éthologique. En un mot l’animalité n’est pas réductible à quelque schéma simpliste, et cette énigme nouvelle vient redoubler l’énigme que les Anciens déjà avaient considérée.

3)      Retour : animal vient du latin anima, le principe vital. En grec Zoon, de zoè, la vie. L’animal c’est la figure du vivant (On pourrait en dire autant du végétal, mais le végétal, hormis quelques cultures rares au demeurant, inspire moins directement une image de ressemblance-différence avec l’homme). On peut dire qu’en tant que vivant l’homme ne diffère guère de l’animal – le biologiste en témoignera – il a des besoins, des pulsions, des fonctions comme lui, et comme lui il naît et meurt. C’est à cette part naturelle que l’animalité nous renvoie directement – part honnie souvent, refoulée et clivée par la culture, mais insistante et irréductible : l’animalité est notre « part maudite », du moins selon certaines traditions.

4)      Après la pause le sujet est plus explicitement traité : l’image que nous renvoie l’animalité c’est la diversité extraordinaire de la vie naturelle, c’est celle d’une longue histoire de l’évolution où nous occupons nous-mêmes une place (ambiguë – est-ce la dernière, la plus complexe, la plus menacée ?), et surtout d’une vie sans langage symbolique (précisons : non pas sans langage, l’animal communique effectivement et efficacement, mais sans langage symbolique, lequel est apte à produire des signifiants désignant les choses en leur absence). Ce qui nous fascine chez l’animal c’est peut-être l’image d’une vie sans langage symbolique – celle qui fut la vie de l’enfant « infans » (qui ne parle pas), donc celle de nos premiers mois-émois de notre vie, dont nous conservons sans doute une nostalgie indicible et inavouable (le refoulement primaire de Freud).

5)      L’homme, c’est le « zoon logon echon » d’Aristote : le vivant qui a le langage. Cette formule est remarquable car elle désigne clairement la double articulation de l’humanité, prise « zoologiquement » dans l’animalité, et y opposant le langage, lequel permettra l’édification d’un monde symbolique, politique, poétique, mythologique, par lequel il s’efforce d’échapper illusoirement à l’absurdité invincible de notre condition mortelle. En ce sens il faut revenir à penser l’animalité, par modestie, par humilité, pour développer la conscience d’être partie prenante de la vie universelle, de notre responsabilité planétaire. En un mot il y a une vérité dans l’animalité que la réflexion philosophique ne saurait  ignorer.

6)      A titre personnel je recommanderai la lecture du Mythe de Prométhée dans Platon : l’homme y est décrit comme l’ « oublié », le sans-ressources lors du partage des facultés vitales, et dès lors contraint d’inventer la technique pour survivre, puis le langage et l’organisation politique. Des travaux récents situent l’apparition du langage symbolique chez l’homo dit sapiens autour de – 70 000 ans.

Pour Métaphores, GK

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Pour en savoir plus sur l'activité, cliquez à gauche sur le lien qu'est-ce que le café-philo.

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13 janvier 2016

Résumé de l'Atelier-Philo du 02/03/16 : technosciences et anthropologie

Atelier-philo

  L' Atelier-philo du mercredi 02 mars 2016 s'est tenu pour la première fois au café-restaurant "Un dimanche à la campagne", Allée Alfred de Musset, face au parc Baumont à Pau (entrée est libre et gratuite) autour du sujet suivant :

 

 L'invasion des technosciences produit-elle une nouvelle humanité ?

 Nous avons été ravis d'accueillir à cette occasion Marion Bussy, professeure de philosophie, titulaire d'une maîtrise en anthropologie pour engager un dialogue entre ces deux disciplines (philosophie et anthropologie)La soirée fut conduite et animée par David Pourille, philosophe et Président de l'association Métaphores, et notre invitée. Après deux interventions d'une quinzaine de minutes, nos animateurs référents ont lancé une discussion passionnante avec le groupe présent.

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           Lorsque Heidegger analyse ce qu'il appelle le nihilisme contemporain sous la forme de "l'arraisonnement de la nature" par la technique (voir l'apéro-philo consacré à la nature), il ignore jusqu'à quel point le processus technologique va se poursuivre et infiltrer peu à peu tous les espaces de vie et toutes les relations humaines. Avec l'extraordinaire développement de l'internet, des nouvelles technologies de l'information mais aussi la prolifération des puces électroniques, des programmes d'intelligence artificielle, c'est non seulement l'ensemble des conditions fondamentales du vivre ensemble mais aussi les organismes qui sont affectés et possiblement modifiés. Au-delà de la nature, l'homme lui-même fait désormais l'objet d'un arraisonnement par la technologie. Comment penser ce renversement ? Jusqu'à quel point les technosciences peuvent-elles transformer ce qu'on appelle l'humanité ? Quelles significations et quelles perspectives lorsqu'avec le "transhumanisme" se profile la construction d'un nouvel homme (mi nature mi machine) susceptible de déjouer les frontières du vivant ? (pour Métaphores, DK)

Atelier-philo du 02 mars 16

 Résumé de la soirée :

L’approche de Marion développe le sujet tout d’abord à partir de la philosophie puis à partir d’une réflexion sur l’humain et ses caractéristiques sous l’impact des technologies.

Platon a réintroduit le mythe de Prométhée : l’homme obligé de devenir technicien pour survivre. Après lui, Aristote pensera la main comme condition de tous les autres outils, la main est « l’outil qui tient lieu de tous les autres ». On peut donc penser que l'homme se prolonge lui même par son savoir mis en œuvre par sa technique au service de sa survie.

Que dire sur cette humanité sinon se demander si elle n’est pas caractérisée par cette plasticité qui fait de l'homme l'animal le plus adaptable ? Le fait est que grâce à la science et à la technique l'homme a colonisé tous les continents et toutes sortes de milieux de vie. Mais le problème des technosciences reste la fin à laquelle on les emploie. Elles permettent d'accroitre notre pouvoir d'action, d'étendre notre liberté, de nous affranchir de l'urgence du besoin… De plus, cela ne va pas sans poser de problèmes, et déjà Rousseau disait que notre technique nous rend dépendant et nous affaiblit car nous avons l'habitude de nous reposer sur la force de nos outils. Jusqu'où peut aller la transformation de l'homme?

La seconde approche a consisté à présenter l’enjeu de la question à partir des technosciences et de l’ampleur de leurs applications ainsi que des espoirs qu’elles suscitent.

Si les sciences ont été depuis très longtemps associées, l’heure actuelle se caractérise par une sorte de suprématie des applications concrètes faisant des sciences, des savoirs organisés, des moyens d’accroissement des technologies. Les technosciences sont les nanotechnologies (modifications moléculaires dans l’infiniment petit), les biotechnologies (modifications des bases génétiques du vivant), l’informatique (qui va au-delà de la bureautique dont on se sert quotidiennement) et du « cognitif » (toutes les études sur le cerveau…). Outre leur développement illimité, c’’est leur convergence ou leur complémentarité qui est vivement recherchée, et ce dans le but de créer une intelligence artificielle du vivant qui augmentera ses potentialités, jusqu’à vaincre sa mort. Il s’agit bien là d’une nouvelle finalité pour l’humain qui remet en question les caractéristiques qu’on lui attribuait traditionnellement. Mais est-ce seulement nouveau ? Et surtout possible ?

 La discussion a d’emblée questionné cet humain ou cette humanité dont on parle si facilement : s’agit-il de l’ensemble des individus ou des caractéristiques communes qui nous permettent de vivre ensemble ? Puis elle a souligné à travers plusieurs interventions les aspects idéologiques, politiques et économiques des technosciences au vu des pouvoirs médiatiques, étatiques et financiers qui prennent part à leur développement.

Il ne s’agit plus d’une énième innovation technologique, d’autant que « l’invasion » s’impose dans les faits de manière massive, de sorte que c’est une révolution anthropologique qui se présente à notre époque. Et cette influence de la Technique produit un nouveau mode symbolique.

De plus, ces révolutions suscitent de l’inquiétude ; non pas seulement une inquiétude quant aux conséquences profondes, inconnues et sans doute irréversibles, mais une inquiétude diffuse. Néanmoins, une voix nuance cette inquiétude en soulignant la chance d’adaptations nouvelles que permettent les technosciences.

Enfin, il semble convenir de ne pas oublier de distinguer ce que sont une technique, des techniques, la Technique, les technologies et les technosciences. Ainsi une technique n’est pas tant un objet qu’un mode de penser, un processus d’intelligence qui fait la condition humaine. Or certains processus d’intelligence semblent s’effacer derrière l’usage de certains outils technologiques : ne plus savoir compter à cause de l’usage de calculatrice par exemple.

 A la reprise de la discussion, on vise ce qui change réellement : tous les savoirs rendus accessibles grâce aux moyens de communication et de diffusion actuels, le temps qui devient plus immédiat, et la possible connexion de cerveaux entre eux par le biais d’ordinateurs d’un nouveau genre. Des conséquences se dessinent alors sous l’effet des technosciences : fin de la singularité et entrave des libertés car qui choisit les finalités de ces applications et de ces usages ? Pas le sujet individuel visiblement.

Pour pondérer les risques d’altérations irréversibles de l’humain, on peut douter de la réalité de ces applications promises. Toutes ces promesses des technosciences, c’est-à-dire la paix universelle, la fin des maladies voire de la mort elle-même, et avec ces promesses les aspirations des Transhumanistes qui veulent « augmenter » techniquement l’homme, semblent plus idéologiques que réalistes. Et cette idéologie d’un homme-machine augmentable techniquement risque d’achopper à la réalité du vivant, à sa singularité et sa contingence constitutives. Enfin, car avant les compétences permises ou espérées, certains désirs ou besoins vitaux ne paraissent pas pouvoir être comblés par les machines. C’est peut-être là que réside l’humain, dans la singularité de sa condition contingente.

En guise de conclusion de ce résumé, on pensera à la célèbre citation de Blaise Pascal : « l’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ».

 DP pour Métaphores

 

L'association Métaphores tient à remercier tout particulièrement l'équipe du "Dimanche à la campagne" pour la qualité de son accueil, sa convivialité, son sourire et la mise à disposition de la salle située à l'étage pour la bonne tenue de l'activité. Nous avons été nombreux à rester diner afin de prolonger chaleureusement la soirée dans des locaux très agréables. Ce fut un excellent moment qui devrait permettre d'en annoncer d'autres tout autant prometteurs.

 

 

 

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12 janvier 2016

Résumé de l' Apéro-philo du 18/02/16 : Perdre ses illusions ?

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 18 février 2016 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

Peut-on perdre ses illusions ?

 

Une bien belle soirée, soutenue par un public varié et motivé.

          1)    La question peut paraître saugrenue : qui n’a fait l’expérience douloureuse de la perte d’une illusion ? Reste à savoir si cette perte n’a pas été immédiatement compensée par l’apparition d’une nouvelle. On est amené à se demander si, par delà la variété quasi infinie des illusions (du moi, de l’objet d’amour, du désir, de reconnaissance et de réputation, de puissance et de pouvoir etc), il n’y aurait pas UNE illusion fondamentale, dont la nature et la source nous demeurent relativement impénétrables.

        2)    Qu’est-ce que l’illusion ? D’abord il faut distinguer illusion et erreur : l’erreur peut se rectifier, et disparaître à jamais. L’illusion est difficile à reconnaître et tend à survivre à sa reconnaissance. Le problème est que le sujet, quand il s’illusionne, ne sait pas forcément qu’il s’illusionne. Il y a dans l’illusion une dimension d’inconnaissance, ou de méconnaissance, qui en fait à la fois le caractère trompeur, aliénant (pensons à l’amoureux qui cristallise sur l’objet d’amour tous les charmes de la création, au mépris le plus souvent de la réalité) et cette subtile dimension de séduction qui fait qu’on peine tant à s’en séparer. Perdre l’illusion c’est voir plus juste, mais souvent avec un sentiment de perte, de dépréciation de l’existence, voire de vide.

         3)    Le sujet qui s’illusionne est à la fois actif et passif : actif dans la mesure où il crée de toutes pièces une représentation séduisante ou accablante (cela existe notamment dans la dépréciation systématique de soi), passif là où il vit l’illusion comme une puissance qui s’impose à sa conscience (voire les passions). Je me fais des illusions, et je suis joué par elles.

         4)    Le groupe insiste beaucoup sur le fait que l’illusion est liée à l’affectivité, laquelle apparaît en somme comme sa source : penchants, émois, désirs et besoins. La connaissance strictement dépassionnée, absolument neutre et objective est peut être impossible, jusque dans les opérations les plus rigoureuses de la science. Même le chercheur serait un passionné qui s’ignore. Si le travail scientifique proprement dit est objectif (?), les motivations sont très humaines : pensons à certaines querelles scientifiques qui tournent à l’affrontement passionnel !

         5)    La source de l’illusion est évoquée, mais pas vraiment traitée. Il semblerait que la dominante du groupe ait été plutôt de justifier l’illusion, peut-être par souci de sauver le charme de l’existence, que d’en rechercher méthodiquement l’origine.

         6)    On évoque les expériences de désillusion : perte d’un « bien », mais d’un bien ambigu. Déception, qui permet de voir les choses avec plus de réalisme. Renoncement nécessaire parfois, mais à quoi ? Faut-il renoncer à tel objet illusoire, reconnu enfin comme tel, ou au désir lui-même, avec le risque de sombrer dans le désenchantement ? Là-dessus les avis sont partagés.

        7)    Il serait souhaitable d’apprendre à distinguer le désir de ses objets. Le désir est métonymique : il se déplace d’objet en objet, selon une sarabande bien connue, que l’on peut apprécier soit comme le charme de la vie, soit comme l’expression d’une répétition sans fin (« rien de nouveau sous le soleil ») que Bouddha définissait comme la figure tragique du samsâra.

En conclusion (provisoire, car il serait souhaitable que chacun reprenne cette méditation pour soi-même) deux éléments se dégagent avec netteté : il est difficile voire impossible de vivre sans illusion, mais il importe également de renforcer le travail réflexif et critique de la raison. Si nous avons été des enfants soumis sans partage au règne de l’illusion, ce n’est pas pour rester indéfiniment des enfants. Lucidité, humour et courage sont des vertus nécessaires de l’intelligence.

Animation de la soirée et résumé pour Métaphores, Guy Karl

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09 janvier 2016

Résumé du Café-philo du 09/02/16 : Se passer d'un dieu ?

CAFE-PHILO

Le dernier café-philo s'est tenu mardi 09 février au café associatf "La Coulée douce", Cité des Pyrénées à Pau (29 bis rue Berlioz) à 18h45. Le sujet voté démocratiquement par les participants à la suite des propositions initiales fut :

A quoi faudrait-il renoncer pour se passer d'un dieu ?

 

Résumé de la soirée :  

1)    Question en tiroir, ou comme dans les poupées russes, un niveau en cache un autre : pour pouvoir se passer d’un dieu il faudrait préalablement savoir renoncer, mais renoncer à quoi ? La question ne porte pas directement sur le « dieu », sa nature, son existence ou son inexistence, mais sur ce fondement, ce socle invisible sur lequel la croyance est édifiée. On pourrait questionner : pourquoi voulez-vous croire, plutôt que : à quoi croyez-vous ?

2)    En fait tout le début de la séance est très naturellement consacrée à l’examen des termes, sans que la problématique puisse clairement émerger – ce qui est assez naturel, vue l’ambiguïté de la question. On remarque d’abord l’utilité politique de Dieu, garant de la loi, de l’autorité voire de l’ordre social. Voltaire : « Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer ». La modernité a su pourtant se passer d’un fondement théocratique de l’Etat, en inventant le concept de « souveraineté du peuple ». Le dieu de la religion n’est plus indispensable au fonctionnement des démocraties modernes. En ce sens on peut se passer de Dieu, et des dieux.

3)    Nouvelle direction de recherche : la croyance apporte l’apaisement, le réconfort, la « chaleur », la sécurité, voire un sentiment de communauté. Y renoncer c’est faire l’expérience de la séparation, de la solitude, du « délaissement », se sentir jeté dans un monde de hasards, sans idéal ni boussole. Sans compter la question de la mort, qui donne un relief dramatique au destin de chacun. Peut-on dès lors renoncer à ce qui fonde (ou fondait jadis) l’existence ?

4)    Nouvelle direction : si le Dieu traditionnel de l’Occident a perdu de sa signification, on voit fleurir un panthéon baroque de dieux substitutifs : sportifs, personnages publics, idoles, gourous, sorte de kaléidoscope bariolé qui semble satisfaire certains besoins sociaux. Mais il y a des idéaux plus redoutables, des forces réelles qui déterminent la vie présente : l’Etat, la Justice, la Loi – et l’idole des idoles : l’argent. Formes dégradées du religieux, formes profanes qui contiennent encore en elles quelque chose de la puissance du sacré.

5)    Le sujet se précise lentement : l’enjeu, c’est l’autonomie. Comment accéder à l’autonomie du jugement, à la singularité personnelle si l’on consent à la soumission au Grand Autre, quelle que soit sa nature ? Donc qu’est ce qui fonde notre soumission, à quels besoins répond la soumission ?

6)    La fin de séance reprend l’articulation entre « renoncer » et « se passer de ». Pour se passer de quelqu’un (un père par ex) il faut d’abord avoir été en contact, avoir évolué à son côté. Lacan disait très justement pour qualifier la maturation du fils : « se passer du père - à condition de s’en servir ». S’en servir d’abord, s’en passer ensuite. Peut-être peut-on considérer l’histoire de l’humanité comme le long apprentissage de la liberté au contact des maîtres successifs, qu’il faut abandonner. Cet abandon, à son tour, suppose des renoncements, à la sécurité, à un certain bien-être infantile : tout le problème est de s’assurer, en échange de ces pertes, des gains réels et symboliques où s’expriment la liberté et l’inventivité.

Pour Métaphores ,  GK

 

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05 janvier 2016

Résumé Cercle littéraire - 04/02/16 : Ecrivains-voyageurs

Cercle Littéraire

 

Le Cercle littéraire s'est tenu jeudi 04 février 2016 à 18h45 à Billère au Café-suspendu (café associatif, 15 Rue Jeanne Lasansaa). Le thème de la soirée fut : 

Ecrivains-voyageurs  

         Trois figures de découvreurs du monde, tôt travaillés du désir de rejoindre l'horizon portant leurs pas de la Chine au Tibet, de la Russie aux Indes, du Sahara au Japon …Trois voyageurs, curieux des autres, habités d'une soif toujours renouvelée d'ailleurs. D'abord arpenteurs d'espaces géographiques, ils se découvrent aventuriers d'un autre espace, celui de l'intériorité, quand la recherche spirituelle, la quête du sens de l'existence, le désir de connaissance s'invitent .

 Leurs ouvrages ont alimenté nos échanges autour du voyage hors de soi, chemin vers le voyage en soi. 

Résumé de la soirée : 

         A travers le parcours des trois écrivains voyageurs : Alexandra David-Néel, Blaise Cendrars, Nicolas Bouvier se pose la question des motivations du voyage et de son écriture. Les déplacements, le désir d'ailleurs traversent l'enfance de nos trois auteurs : déménagements de la Suisse à l'Italie pour le futur Blaise  Cendrars, une première expérience mystique pour la jeune Alexandra , cependant que  Nicolas Bouvier rêve sur les cartes du monde. Les conditions de leurs voyages diffèrent : si l'exploratrice dispose d'une fortune personnelle , Nicolas Bouvier, issu d'une famille bourgeoise cherche à  se déplacer avec des moyens limités. Blaise Cendrars connaît la faim et doit travailler pour subvenir à sa vie matérielle.

       Il a fallu beaucoup de ténacité à Alexandra David-Néel au début du siècle précédent, obligée de  se noircir le visage ou de dissimuler ses cheveux trop clairs pour être la première européenne à entrer à Lhassa .

       Nicolas Bouvier et Blaise Cendrars cherchent à vivre au plus près des gens du pays et à éprouver leur être au monde. Alexandra David-Néel est habitée par la recherche d'une sagesse, l'atteinte du Nirvana. Elle n'en observe pas moins moeurs et habitudes de vie. L'écriture arrive après les voyages, dans un temps de pause, Paris ou Genève. Au cours des pérégrinations, carnets et notes fixent quelques traits,auxiliaires de la mémoire. Alexandra devient une spécialiste du bouddhisme, doublée d'une ethnographe. Accompagnée de son fils spirituel, elle parcourt les sentiers de monastère en monastère, rencontre de grands lamas et trouve la sagesse qu'elle cherchait.

      L'urgence pousse les deux hommes à aller de l'avant, dans une dynamique de l'errance.  Le mouvement habite leur écriture : phrases nerveuses ou souffle qui emporte  rythment leurs mots.  Partir, c'est respirer, dit Nicolas Bouvier. Il se détache de son moi pour s'ouvrir à autrui et au monde. Poèmes, récits et photographies rendent compte de ses découvertes. Pour ces  voyageurs immobiles dans le temps de l'écriture, un nouveau chemin s'invente dans le langage. Désir de partager, de revivre plus intensément et en pleine conscience ce qui a été vécu.

  « Ecrire, c'est peut-être abdiquer » dit Blaise Cendrars .

   Si vivre est la seule vérité, écrire ramène de l' hors-soi à l'en-soi pour le plus grand bonheur des lecteurs .

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Quelques lectures : Voyage d'une Parisienne à LhassaAu pays des brigands gentilhommesLa lampe de la sagesse 

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A découvrir : BourlinguerDu monde entier Poèmes   

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Lectures conseillées : Le poisson–scorpionDe l'usage du mondeChronique japonaise

L'animation fut assurée par Janine Delaitre et Anne Rougeaux.

Pour MétaphoresJD

 

 

 

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