19 octobre 2015

Résumé de l'Atelier Philo du 28/10/15 : Education et soumission

Atelier-philo

 

L'Atelier-philo s'est tenu le mercredi 28 octobre 2015 exceptionnellement à l'ITS (Institut du travail social, Pierre Bourdieu) à Pau autour de la question suivante :

"Peut-on éduquer sans soumettre ?

L'association Métaphores, sous l'impulsion de son Président, David Pourille, a animé cette 
soirée Philosophie et éducation en compagnie de Pierre Castera, éducateur spécialisé.
Plus de 50 personnes ont participé à ce moment, riche d'échanges et d'idées.
Nous tenons à remercier l'ITS pour l'accueil de grande qualité qui nous a été réservé.

Spéciale ITS

Résumé de la soirée :
L’objectif de l’atelier étant de croiser la réflexion philosophique avec d’autres 
champs de réflexion ou de pratique, Pierre Castera a d’abord pris la parole pour
traiter de la question posée en tant qu’éducateur spécialisé. Développant la
relation éducative qui viserait à aider l’autre à s’épanouir et se développer,
il a souligné le paradoxe de cette relation et de sa visée avec des soumissions
parfois nécessaires. Cette injonction paradoxale se nuance néanmoins par le fait
que l’on n’y soumet pas la personne aidée à soi-même, à sa propre puissance,
mais à des règles, voire à des mesures de protection. Or, si l’éducateur transforme
l’autre en vue de la citoyenneté, alors comment échapper à la soumission ?
  Lors de l’exposé du point de vue de la philosophie, a été largement souligné
que c’est le même paradoxe que rencontra par exemple E. Kant. Celui-ci fixa
à l’éducation une finalité ultime qu’est la liberté, liberté permise par l’instruction,
tout en lui ajoutant une nécessaire soumission à la discipline. Et effectivement,
les relations asymétriques constatées de fait dans les relations éducatives
ou d’enseignement semblent légitimer les corrélats autorité et soumission.
   Le public a pris la parole à partir des questions proposées suivantes : 
dans un premier temps 1/ quels types de relations autres qu’asymétriques
et de soumission peuvent exister ? 2/ qui se soumet à qui, à quoi,
dans quels buts ? et dans un deuxième temps 3/ existe-t-il des critères
d’une éducation réussie ?
   Il est impossible de restituer toutes les prises de parole tant elles 
étaient nombreuses et enrichissantes pour le débat. Dans le premier temps,
très vite est abordé et développé l’exemple de la pédagogie institutionnelle.
Plaçant les enfants au centre de processus de décisions, l’autorité est
transférée au groupe et n’est plus l’exclusivité de l’enseignant qui conserve
une fonction de régulation et de prévention d’éventuels dangers. L’école
anglaise de Summerhill est évoquée aussi pour son exemple de vie éducative
où l’autorité, et encore plus l’autoritarisme, sont écartés. Car l’enfant n’est
pas un ignorant ; il détient des savoirs dont il n’a pas lui-même conscience.
  Les relations asymétriques ne doivent donc pas occulter des relations 
symétriques possibles. Néanmoins, l’évocation d’Hannah Arendt et de ses
critiques du pédagogisme ruinant l’autorité comme les savoirs, puis la
critique par un participant d’une éducation centrée sur l’écoute de l’ego
de l’enfant, fournissent des objections dans ce débat non consensuel.
Enfin, pour d’autres, l’autorité, loin d’être tant évacuée que réduite à l
’autoritarisme, peut ou doit être conservée tout en requérant de la
confiance et des rapports de réciprocité.
  Lors du second temps, c’est bien la question des finalités de l’éducation
qui conduit le débat. Elles sont doubles: la finalité est d’abord de socialiser
puis d’individualiser. Ces deux phases sont à combiner si l’on veut prétendre
à une éducation réussie. Or le maître fait aussi croître et « s’augmenter »
celui que l’on nommera l’éduqué. Il y aurait une force agissante dans
l’individu, ou encore un élan vital. Or cela concerne autant l’éduqué,
l’apprenant, que le maître qui est un magister et non un dominus, un dominant.
Et ce maître peut se penser lui-même comme s’élevant aussi. S’il semble se
créer un consensus dynamique et argumenté autour de l’éducation comme
facteur de croissance, est mentionnée plusieurs fois la nécessité du tiers
tant la relation éducative ou d’enseignement, asymétrique ou non, de nature
dyadique de surcroît peut être dangereuse, et ce tiers sera à chaque fois
différent. Enfin, revenant sur la question des finalités, la soirée s’est terminée
sur la nécessité d’un débat public sur la question du partage de celles-ci au
sein de la société.
 J’ajouterai pour conclure que dans les écrits de Montaigne on peut trouver 
une solution au problème initial, à savoir le paradoxe discipliner/soumettre pour
libérer, en ce que celui-ci adopte une posture modérée : s’adapter à l’enfant,
le faire agir, lui ouvrir une voie ou lui laisser la découvrir, et surtout, le laisser
penser, juger, goûter les différents éléments d’expériences et de savoirs issus
tant de la vie que des livres. Et le critère d’une éducation réussie est pour
Montaigne le témoignage par la vie même de celui qui a appris, et non la
restitution des connaissances mémorisées. Car le but et la réussite ultimes
de l’éducation, loin de la seule performance technique, c’est une vie humaine
faite de liberté et d’excellence.
 Pour "Métaphores", DP
 


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18 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 22/10/15 : L'image

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre, ouverte à tous et gratuite) se tiendra le jeudi 22 octobre 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

L'image : déguisement ou dévoilement ?

Les images sont partout, hors de nous et en nous. Il serait judicieux de réfléchir sur leur statut quant à la vérité. On se plaint souvent de ce qu'elles soient trompeuses, falsifiées, comme s'il existait une image vraie, une réplique parfaite de la réalité, doublure sans falsification. C'est oublier que l'image est construite, "imaginée" ou "imagée", et qu' à ce titre, elle renvoie autant au sujet qu'à l'objet. Qui fait l'image, quelle image, et à quelles fins? Réalité sociale et politique, mais aussi psychologique et morale, l'image, vilipendée ou glorifiée, masque-t-elle une autre réalité, et laquelle ? - ou bien n'est-elle qu'un élément, parmi d'autres de l'mmense jeu de dupes qu'est la tragi-comédie humaine ?

Résumé de la soirée : 

1)   Les images sont partout, hors de nous et en nous, plaisantes ou déplaisantes, foisonnantes, parfois envahissantes. Elles nous séduisent ou nous irritent. Elles viennent redoubler la réalité d’un réseau inextricable de formes, d’apparences, d’ombre et de lumière dont on peut se demander s’il dissimule la réalité, ou s’il la révèle.

2)   L’étymologie insiste sur cette notion de redoublement : imago c’est le portrait, supposé copier l’original. Eikôn, en grec, « l’icône », c’est l’image semblable, alors que l’eidolôn, l’idole, serait une image trompeuse. Toujours insiste cette référence à un original, une réalité préalable, antérieure, dont l’image rend compte, fidèlement ou infidèlement. Toute la question est de savoir si la fonction de l‘image est d’opérer cette référence à la réalité, ou si, tout au contraire, elle peut s’en abstraire pour valoir en soi et pour soi.

3)   L’image est-elle un décalque de la perception ? La perception nous révèle un monde présent et actuel, évident  dans son apparaître, incontestable. L’image témoigne de l’absence : si elle est présente à l’esprit, son contenu, sa « matière » est « irréelle ». Imaginer Pierre c’est admettre que Pierre n’est pas là, sinon je le percevrais comme présent. Il y a dans l’image un paradoxe de présence-absence, qui en fait le charme ambigu.

4)   Pourquoi aimons-nous les images ? Quelle est leur fonction ? Faire une trace de ce qui fut, témoigner d’une histoire, de la présence absente d’un sacré (la statuaire, les peintures rupestres etc). Figer le mouvement, révéler, manifester – on songe aux rites religieux accompagnés d’images, d’effigies, aux processions.

5)   Le débat s’oriente alors vers la question de l’interprétation, suite à la présentation d’images-photos d’Isabelle Flexer : images sans référence, sans analogie, dit-elle, avec la réalité extérieure, images libres et inventives, pour lesquelles aucune signification ne s’impose, et dont le spectateur disposera en toute liberté. Nous remarquons alors que nous sommes spontanément portés à chercher une forme, à identifier, voire à nommer ce qui nous apparaît, bref à revenir à l’interprétation, alors que l’œuvre nous invitait à nous en affranchir. La tendance à rechercher la référence en deçà de l’image semble quasi invincible. Et pourtant !

6)   « Le cerveau  horreur du vide »  dit quelqu’un. Remarque précieuse : nous percevons, nous imaginons, nous nous souvenons, nous peuplons notre psyché d’images, Pascal dirait : nous nous divertissons. Et  notre époque est d’une extraordinaire inventivité en ce domaine.  La fin du débat porte sur le problème de la manipulation médiatique, sur la question de savoir si l’on peut être libre dans un tel monde : problème politique et éthique. Déguisement, déformation, sélection outrancière, ou bien éveil des consciences, dévoilement, voire vérité, les avis sont partagés.

7)   Reste la question de fond, un peu oubliée en cours de route : faut-il référer l’image à un « quelque chose » qui la précède, et alors se pose en effet la question du déguisement et du dévoilement – ou bien l’image est-elle un réalité en soi et pour soi, dégagée de toute référence, forme parmi d’autres d’un « apparaître » aux mille visages, dont il n’ y a pas lieu de s’inquiéter en termes de vérité ou de fausseté.

8)   Permettez-moi un petit apologue personnel (hors débat) : Timon, élève de Pyrrhon, disait : « l’apparence l’emporte sur tout, où qu’elle aille ». Peu importe dès lors que ce soit l’apparence perceptive ou l’apparence imaginante, ce n’est jamais qu’apparence (phainomenon) ou mieux dit, « apparaître ».

      Pour Métaphores, GK

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18 septembre 2015

Résumé du café-philo du 13/10/15 : Valeur de la méchanceté

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Le café-philo s'est tenu mardi 13 octobre 2015 au café associatif La Coulée douce, Cité des Pyrénées à Pau. Dix sujets ont été proposés. Le groupe a voté à la majorité pour la question suivante : 

La méchanceté peut-elle être une valeur ?  

      1)   Question préalable : qu’est-ce qu’une valeur ? Ce qui donne du prix à un comportement, une action, une prestation, une idée. Mais il faut distinguer entre une valeur qui se mesure, comme une performance technique, ou un placement boursier, et ce qui ne se mesure pas vraiment, comme une valeur morale. La valeur est-elle une fin à laquelle il importe de rapporter la conduite, ou bien la valeur qualifie-t-elle les moyens utilisés ?  Ou les deux, moyens et fins, unis dans une même logique ? 

      2)   La méchanceté ne semble pas, à première vue, présenter de valeur. C'est bien ce qui fait le caractère polémique de la question pour ne pas dire subversif. Etre méchant c’est nuire à quelqu’un, exercer une volonté d‘emprise ou de domination, blesser en maniant l’ironie, le sarcasme ou la satire. Elle peut être l’expression d’une pulsion sadique et destructive. On comprend pourquoi la méchanceté est spontanément condamnée, jugée par nature, immorale. 

      3) Ce présupposé peut-il résister à l'analyse ? N'y a-t-il pas un bon usage de la méchanceté pour ne pas dire une nécessité de la méchanceté ? En effet, lorsqu’elle est maniée consciemment et intelligemment elle peut contribuer puissamment à sortir du convenu, à dénoncer le consensus mou, ou la bêtise. Il y a une méchanceté philosophique dans La Rouchefoucauld, Schopenhauer ou Nietzsche, par exemple, pleinement revendiquée comme machine de guerre contre les illusions, les chimères idéalistes, ou la bien-pensance commune. Dès lors, on pourrait parler d’une éthique de la méchanceté, à condition que le moyen utilisé se soumette à une fin, comme le gain de connaissance, la vérité ou peut-être aussi la stabilité politique et la concorde.

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     4) Le groupe a abordé ce dernier point en distinguant une méchanceté brute, spontanée, liée aux passions immédiates et l'usage d'une méchanceté construite faisant l'objet d'un calcul politique, d'un savoir faire, d'un art au sens de la "technè" comme en parle par exemple Machiavel. Au désir brut d'être méchant, le Prince opposera la "virtù", un "savoir être méchant" lorsque les circonstances l'exigent, un savant calcul mêlant cruauté implacable et sens de l'anticipation pour déminer le terrain politique, neutraliser la dissidence, anéantir les risques de désordre social. Le domaine moral est ici rabattu sur le plan exclusif de la pratique et des moyens. Comme le note Machiavel dans son Discours, à propos de l'usage de la cruauté du politique : "si le fait l'accuse, le résultat l'excuse." De l'immoralité supposée de la méchanceté, on bascule dans l'amoralité, dans le fait de raisonner hors du paradigme dominant, celui des valeurs morales qui servent à d'autres fins.

    5) Nous notons au passage que la gentillesse érigée en valeur est profondément ennuyeuse voire insupportable. La littérature, le cinéma ne valent que par la méchanceté, la sournoiserie, la perfidie et le machiavélisme des personnages mis en scène. Que vaudrait un film plein de bons sentiments et de gentillesse exclusive, éradiquant magiquement tous les travers humains ? Peut-être, est-ce parce que l'homme est susceptible d'actes méchants qu'il en devient intéressant. En filigrane, c'est bien la critique de la morale et des valeurs qui se profile. Nous pouvons alors effectuer un renversement : révéler la "méchanceté de la valeur", son inhumanité, son impossibilité, son intentionnalité agressive lorsqu'elle érige des idéaux pour mieux culpabiliser, réifier les conduites (le méchant et l'homme de bien) selon les normes de bien et de mal. Spinoza l'a bien compris, lui qui pensera les attitudes humaines sous l'angle du bon et du mauvais et non plus sous l'angle mortifère et désastreux du bien et du mal. La valeur devient ici une intensité productrice d'effets et non une idée en soi suspendue dans l'idéal.

    6) Nous notons alors que la méchanceté n'est pas plus un concept qu'elle existerait en soi. Elle se comprend comme quelque chose qui se passe dans le cadre des relations interpersonnelles et qui interroge le pouvoir s'exerçant dans tout type de relation. Sans doute relève-t-elle d'abord de l'interprétation subjective déterminée par un certain usage de la force visant à limiter voire à réduire la puissance d'agir de l'autre, d'où la difficulté pour la circonscrire et l'identifier. Une punition infligée à un enfant, à un élève, à un justiciable peut-elle être méchante et l'institution, peut-elle l'être aussi ? Si le terme "méchanceté" paraît ici impropre, si l'intention d'une institution n'est pas d'être méchante, il n'est pas exclu qu'elle soit pourtant perçue comme cela, comme une atteinte à une puissance naturelle singulière rétive à toute forme de pouvoir et d'autorité.

   7) La méchanceté a des origines pulsionnelles évidentes, elle s’inscrit dans « la nature » comme moyen de défense, agressivité fondamentale repérée par Freud à travers la "pulsion de mort", et à ce titre nous l’avons en nous comme une virtualité qui peut être renforcée ou brimée par l’environnement. Sans doute ne disparaît elle jamais complètement, à moins de supposer un refoulement extra-ordinaire. On pourrait conclure que si la méchanceté n’a pas de valeur en soi, elle en conserve une comme moyen au service d’une fin, soit comme arme d’autoconservation, que l’on utilise à défaut de mieux, soit comme méthode de désacralisation des idéaux frelatés et des opinions creuses.

 Pour Métaphores, GK et DK

 

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16 septembre 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 24/09/15 : Sans foi ni loi

Apero philo

 L' Apéro-Philo, activité libre et gratuite, du jeudi 24 septembre 2015 s'est tenu à 18h45 au Café-Suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

"Sans foi ni loi, est-ce possible ?"

         "Dans le secret du coeur chacun rêve vraisemblablement d'une condition de totale indépendance, sans containte ni inféodation d'aucune sorte, considérant que c'est cela la liberté véritable, et que, malheureusement, elle s'échappe à mesure que l'on croit s'en approcher. On incrimera la société, l'ordre politique et juridique, la morale et la tradition, sans voir qu'il existe peut-être quelque mystérieuse raison intérieure à l'état de dépendance relative où nous sommes tous. Il faudra se demander si le souhait de liberté est un véritable désir, et si un désir peut se constituer sans l'appui de quelque obstacle. Si tout est possible existe -t-il encore du possible ?" 

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Juste avant de démarrer cette belle soirée au Café-suspendu ; d'autres participants vont rapidement nous rejoindre. 

Résumé de la soirée :

1)   Dire de quelqu’un qu’il est « sans foi ni loi » c’est exprimer une condamnation sans appel. Pourtant, tous les jours, nous déplorons de tels comportements, en particulier lorsqu’ils sont le fait de dirigeants qui transgressent les lois qu’ils ont eux-mêmes votées !

 2)   Le sujet nous invite à un examen minutieux des idées de foi et de loi, et à dégager leur fonction dans la vie sociale, morale, et personnelle. Si l’on prétend s’en passer bascule-t-on instantanément dans la violence de nature ?

 3)   L’idée de « foi » est très riche : du latin fides, la confiance, nous avons, en français : fiance, confiance, fidélité, se fier, se confier, confidence, fiabilité. Elle exprime une sorte de prêt, de crédit, de « créance » que l’on accorde à quelqu’un. Ce sentiment trouve sa source dans les impressions les plus archaïques du nouveau-né, qui s’en remet, pour pouvoir vivre, à la puissance tutélaire qui le nourrit et le protège. Sans foi comment se construire et se développer ? La foi religieuse, si elle existe, vient bien plus tard. On peut s’en passer, mais est-il possible de se passer des relations de confiance qui structurent notre vie et la rendent vivable ?

 4)   Question : à quel besoin répond la foi ? Si l’on y regarde de près, il n’y a rien de sûr, de pérenne, de stable ni dans le monde ni dans les autres, ni en nous-même. Face au chaos universel la foi construit un abri précaire, à la fois indispensable et dérisoire on donne sa foi, dans la parole, dans le serment, dans la promesse. Par la foi on engage sa personne, et l’on espère une foi en retour. Et quand la foi tombe (déception, deuil, humiliation etc) il ne reste que la loi pour faire barrage à l’effondrement, ou à la déflagration générale.

 5)   La foi pose un Autre, le suppose et se fie à lui. Mais ce n’est là qu’un moment de la maturation, si toutefois on espère fonder la foi sur soi, sur la vérité d’un sujet conscient de soi et qui s’affirme comme tel.

 6)   De la loi aucune société ne peut se passer. Mais la loi est imparfaite, son application dubitable. Elle est à la fois nécessaire et contestable : d’où le « semper reformanda », toujours à réformer. La vision historique nous protège d’un fétichisme naïf, d’un légalisme étroit et procédurier.

 7)   A partir de ces considérations on peut conclure que la loi assure, imparfaitement, un certain ordre social, qu’il importe peut-être de réformer, que la foi est plus fondamentale que la loi, si par foi on entend, non les dogmes de la religion, mais la confiance fondamentale (mais incertaine) accordée à l’autre, et à soi-même en retour, et que la liberté, si elle existe, nous permettrait de nous accommoder des normes sans nous y aliéner.

 8)   A titre personnel, en fin de séance, je me suis permis une petite envolée dans la mystique, évoquant Lao-Tseu, Bouddha, Pyrrhon – et ce fabuleux Diogène, asocial notoire, pour faire miroiter une autre perspective, celle d’un dégagement des entraves de notre monde et de notre intelligence ordinaire, vers les horizons de la grande nature, Li-T’ai-Po, poète ch’an, amant de la lune et de la dive bouteille, voir Omar Khayam, astronome et poète persan, tous assez fous pour être sages, décidément irrécupérables. Mais il faut ajouter que ceux-ci, pour être de fameux gaillards sans foi ni loi, n’ont jamais violenté personne, trahi personne, ni volé ni guerroyé – ce qui laisse à entendre que ces « sans foi ni loi » avaient remarquablement intégré une foi et une loi dont il ont su, mûrissant, se passer.

 9)   « On peut se passer du père, à condition de s’en servir » (Lacan)

 Belle soirée, excellente ambiance ! Merci à tous ! Il est bien vrai qu’il faut tout ensemble – et tous ensemble - « rire et philosopher ».

 Pour Métaphores, GK

 

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15 septembre 2015

Résumé du Cercle littéraire du 17/09/15 : Moisson estivale

Cercle Littéraire

 

Le cercle littéraire s'est tenu le 17 septembre à 18h45 au Café-Suspendu (café associatif) à Billère (15 Rue Jeanne Lasansaa).

 Sujet : Moisson estivale 

       Chers amis lecteurs ,

     Le mois de septembre marque le retour de nos activités et rencontres après l'interruption estivale. Pour ce temps de retrouvailles, je vous convie, au rebours de l'usage de la « rentrée littéraire », à venir partager vos coups de coeur, découvertes ou redécouvertes de cet été. Lectures guidées par le désir, le hasard, l'imprévu, sûrement très diverses et loin des contraintes, de la mode et des conventions. Que chacune et chacun apporte une œuvre de sa moisson, la présente à l'assemblée, sélectionne quelques passages en guise de mise en bouche et suscite ainsi la curiosité et le désir d'en savoir plus.      

 Résumé de la soirée : Les participants ont partagé leur récolte et des échanges sont nés à partir de ces trouvailles :

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         Voyage dans l'espace et le temps avec Léonardo Padura, connu par ailleurs comme auteur de policiers : le Portugal, Amsterdam au XVII°, Cuba avec le roman Hérétiques, trilogie foisonnante et palpitante mettant en scène une famille juive qui tente de retrouver son histoire, en lien avec un tableau de Rembrandt vendu puis volé et une mystérieuse disparition. Chaque période historique évoquée révèle les mécaniques répétitifs de l'exclusion, problématique universelle.

  

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            Un tableau encore comme fil conducteur dans le roman de l'américaine Donna Tartt, Le chardonneret, récit trépidant, rempli d'émotion et de mystère. Le destin d'un enfant dont la mère disparaît dans une explosion et qui se retrouve confronté à la perte, à la reconstruction, aux excès, à la culpabilité. Ce roman ne laisse pas indifférent : des réactions critiques et de l'enthousiasme.
A découvrir de toute évidence …

 

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        Une collection de « netsukes », petites figurines japonaises en ivoire ou en bois finement ouvragées, héritage familial de l'auteur Edmund de Wall, céramiste anglais célèbre est au coeur de ce premier roman. Le lièvre aux yeux d'ambre gravite autour de la riche famille Ephrussi, venue d'Odessa, confrontée aux tourmentes de l'histoire. L'enquête sur les pérégrinations de la collection entraîne le lecteur dans la Vienne de la fin du XIX°, puis le Paris du début du XX°, évoque la brillante vie mondaine et artistique du temps, celle peinte par Proust et jusqu 'au Japon, retour aux sources avec un des membres de cette famille. Oeuvre palpitante où grande et petite Histoire se rencontrent dans un récit bien écrit.

 

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         Dans La première femme nue, roman de Christian Boquerel, Phrinê, modèle du sculpteur Praxitèle, raconte son histoire, sa rencontre avec le Sculpteur, son ascension, petite prostituée devenue hétaïre célèbre. La société athénienne du IV°siècle avant JC se déploie sous nos yeux : violente, traversée de rivalités politiques, artistiques, philosophiques et féminines. OEuvre passionnante et foisonnante, où le roman de formation de l'artiste et de son modèle ouvre à des questionnements sur la création artistique en plongeant le lecteur dans un mondehaut en couleurs, comme l'étaient, semble-t-il, les blanches statues marmoréennes venues de cette époque.

 

Résultat de recherche d'images pour       Grand maître, de Jim Harrison, se présente comme un pseudo-polar dont l'intrigue met en scène un policier vieillissant et désabusé glissant vers l'alcoolisme. A peine retraité, le voilà embarqué dans une affaire enfin intéressante, autour d'un gourou manipulateur pervers. La traque le mène sur les routes de plusieurs états, accompagné d'une jeune auxiliaire de seize ans. La fiction est prétexte à l'interrogation sur des thèmes récurrents chez Jim Harrison : la religion, le sexe, l'argent, la culpabilité. Le thème du vieillissement donne une couleur mélancolique au nouvel opus de l'écrivain américain âgé de soixante-quinze ans. 

 

 Résultat de recherche d'images pour         La deuxième guerre mondiale sert de cadre à la trajectoire de deux jeunes gens : un Allemand orphelin et une Française élevée par son père à Saint-Malo finissent par se rencontrer dans le Paris occupé. Ce roman d'Anthony Doerr, Toute la lumière que nous ne pouvons voir (Prix Pulitzer) présente des personnages attachants, dans un récit au rythme un peu lent, poétique et lumineux sans mièvrerie et questionne sur la destinée.

 

 Résultat de recherche d'images pour      Le roman australien Une vie entre deux océans de M.L. Stedman retrace le cas de conscience d'un couple en mal d'enfant qui voit échouer sur son île un canot abritant un bébé bien vivant auprès d'un cadavre. Peut-on faire sien cet enfant en taisant « l'incident » ? Quelles en seront les conséquences ? Peut-on vivre dans le mensonge ? Ce récit pose les questions de la culpabilité, de l'amour et de la haine, du pardon. Sans prétendre apporter des réponses, ce récit psychologique, aux phrases brèves témoigne de la part d'ombre et de vérité qui habite les êtres. Bref, une oeuvre captivante et émouvante.

       De belles rencontres offertes par les amis du Cercle littéraire, qu'ils en soient remerciés.

Pour Métaphores, JD

 

 

 

 

 

 

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04 septembre 2015

Résumé du Café-philo du 08/09/15 : coupable ?

Café-philo

 

 La café-philo s'est tenu au café associatif de La Coulée douce (Cité des Pyrénées) à Pau. Les participants ont proposé huit sujets. La question votée par le groupe et traitée dans la soirée fut : "Faut-il toujours un coupable ?"

Résumé de la soirée :

1)       Les faits nous montrent que les choses se passent bien ainsi : sitôt que survient un événement pénible, accident, crime, scandale, désastre naturel ou social, l’opinion s’alarme, amplifiée par les médias : à qui la faute, qui est coupable, ou, qui est responsable ? Suit l’enquête, jusqu’au procès, jusqu’à la désignation du fautif, sauf si l’affaire est si compromettante, si risquée pour le pouvoir qu’elle est étouffée, ou renvoyée aux calendes grecques. Il semble donc qu’il y ait une sorte de besoin pressant, dans le corps social, à repérer le fautif, à le contraindre à réparation : le délit défait en quelque sorte l’équilibre, il faut restaurer l’équilibre, et c’est le rôle de la justice comme institution publique.

2)      Quelqu’un évoque la fable de La Fontaine, Les animaux malades de la peste. Pourquoi la peste ? Il y a nécessairement un fautif, il faut le trouver d’urgence. (On songe au scénario d’Œdipe Roi). Les principaux animaux défilent, vient enfin l’âne qui reconnaît quelque pauvre infraction. C’en est fait, haro sur le baudet. Et le fabuliste conclut superbement :

                   "Selon que vous serez puissant ou misérable

                   Les jugements de cour vous feront blancs ou noirs."

Rappelons que dans les sociétés anciennes la victime expiatoire n’était pas forcément le coupable réel, mais un « pharmakon », un remède désigné à l’avance, bouc émissaire chargé des fautes collectives et voué à l’expiation.

3)       L’époque moderne semble avoir inventé cette forme de subjectivité, où le sujet est déclaré « responsable » de ses actes, entendons qu’il doit en répondre devant le tribunal puisqu’il est censé jouir de ses facultés mentales, disposer du libre arbitre, connaître la loi, et qu’à ce titre il doit assumer les conséquences de ses actes. La culpabilité recouvre, en principe la responsabilité, ou plutôt, c’est la responsabilité qui fonde la culpabilité. Mais cela n’est pas toujours le cas : il y a des fautes sans responsable – songeons à l’aliénation mentale. Ou des responsables sans culpabilité – telle ce ministre selon une formule célèbre : responsable (comme élément du dispositif d’Etat, responsable politique) mais sans culpabilité, puisqu’  aucune faute objective ne peut lui être reprochée.

4)       Il faut bien reconnaître que si en principe chacun est responsable de ses actes, chacun de ces actes s’inscrit souvent dans un écheveau si complexe, si embrouillé d’articles de loi, de décisions partielles, de causes et d’effets entrecroisés, que la responsabilité, puis la culpabilité sont pratiquement indéterminables. On songe à certains crimes de guerre où le processus est si minutieusement planifié, décomposé en mille et cent opérations parfaitement disjointes, que la culpabilité est insaisissable : tout le monde agit, personne n’agit ; tout le monde est responsable, personne n’est responsable. Pourtant le crime a bien eu lieu. Qui paiera les atrocités commises en leur temps ? Peut-être faut-il, au bout du compte, faire comme Henri IV, renonçant à déterminer crimes et criminels des guerres de religion, et décidant de passer l’éponge. Peut-être toute justice, au bout du compte, butte-t-elle sur un impossible, et ne pouvant réparer vraiment, se contente de colmater la brèche.

5)        Reste une question : à quels besoins et désirs répond la désignation du coupable ? Socialement, on l’a vu, c’est le rétablissement (magique) de l’équilibre. Il faut que l’opinion voie ce qu’il arrive à celui qui enfreint la loi, d’où les exécutions publiques, pendaisons, roue, écartèlements, équarrissage et autres joyeusetés des anciens temps. Précisons au passage que ces spectacles infâmes étaient l’occasion de grandes festivités collectives. On se bousculait, se piétinait, s’embrochait pour y assister. On y voit une composante sadique dont la justice ne parvient que difficilement à se séparer. On veut que le criminel souffre, comme si la souffrance infligée dédommageait la victime : loi du talion, esprit de vengeance.

6)       Question philosophique : existe-t-il vraiment un sujet pleinement conscient de soi, libre, souverainement maître de soi et de ses actes ? Bien sûr que non. La société, pour sauvegarder son existence et se pérenniser, se contente de le poser comme un prérequis, un principe a priori – nul n’est censé ignorer la loi – pour que la justice puisse s’appliquer, quitte à introduire en second temps des correctifs, comme la notion de non-responsabilité ou de circonstances atténuantes, en espérant de la sorte rétablir une équité compromise par une application mathématique de la peine.

« La justice est ce doute sur le droit qui sauve le droit « (Alain)

                Pour Métaphores, GK

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22 juin 2015

Trêve estivale

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          Cher(e)s Ami(e)s,

      Nous pouvons dire que cette année fut des meilleures quant aux sujets traités, à la qualité incontestable des débats philosophiques, grâce au public et aux animateurs de notre association. Remercions donc ici même, Guy, David, Janine et Nicole la modératrice sans qui rien ne pourrait se faire. Et merci infiniment à nos hôtes, la Coulée Douce, le Café suspendu et le Van Gogh. Tout cela renforce l'idée selon laquelle la pratique et la rencontre philosophiques peuvent trouver une place féconde dans la Cité.

        Avec le solstice d'été, nos activités se mettent provisoirement en sommeil, jusqu'à la prochaine rentrée de septembre. Curieuse retraite qu'un repli estival ! Voyons-y le gage d'un renouvellement, de nouvelles inspirations, le temps de sentir, d'expérimenter, de méditer et de questionner le monde, l'existence et l'énigme partout présente mais dissimulée la plupart du temps à notre conscience. Toute cette fermentation devrait permettre de nouveaux agencements, de nouvelles quêtes et le creusement festif des enjeux que nous avons en partage et qui nous mobiliseront très prochainement.

       Pour l'heure, les deux cafés associatifs (Coulée douce et café suspendu) ont garanti la poursuite du Café-philo, du Cercle littéraire et sans doute de l'Apéro-philo en septembre (dont le jour devra être déterminé). L'atelier devrait se poursuivre au Van Gogh.

      Toutes les informations seront données ici-même au cours de l'été et dans la seconde moitié du mois d'août. Pour information, le blog reste actif. N'hésitez pas à intervenir sur les sujets déjà traités si les éléments qui s'y trouvent vous chatouillent l'esprit. 

       Bel été philosophique et littéraire à tous.

 

       Pour Métaphores, DK

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14 juin 2015

Résumé du Cercle littéraire du 11/06/15 : Ecrire sauve-t-il ?

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Le Cercle littéraire (activité gratuite et libre) s'est tenu le jeudi 11 juin 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 Rue Jeanne Lasansaa)  sur le sujet suivant (animation : Janine Delaitre).  

"Ecrire ne sauve jamais de rien" (Paul Auster)

                                        

       Cette réflexion de l'écrivain américain Paul Auster invite  les fervents lecteurs que nous sommes à nous interroger sur ce qui motive l'acte d'écrire. Ce constat, quelque peu désabusé, laisse à penser qu'écrire relève de l'exutoire, naît d'une blessure à jamais douloureuse. Mais il fournit aussi matière à discussion. En outre, le mot "écriture" suggère que nous, lecteurs, nous nous demandions ce que nous recherchons dans les oeuvres dans lesquelles nous nous  plongeons, quelles faims elles viennent combler (ou pas).

      Résumé de la soirée :

        Ce propos de l'écrivain  américain Paul Auster interroge sur les motivations de l'acte d'écrire. Cette affirmation péremptoire et désabusée révèle la perte d'une illusion: écrire pour se sauver, et pointe l'impuissance de l'écriture. A quels malheurs cherche-t-on à échapper ? Que cherche-t-on dans l'acte d'écrire ?

       Il apparaît d'abord qu'il s'agit d'un acte pour soi, acte de retrait qui paradoxalement dit le singulier,le subjectif  avec un outil commun. L'acte d'écrire n'est pas un acte social ;mais il n'est pas solitaire car se développe un dialogue avec soi. Il permet de mieux se connaître soi-même. On écrit parce que l'on cherche à combler un manque, dit Auster. L'urgence, la nécessité à écrire  apparaissent comme un besoin, un appel dont l'origine reste mystérieuse. Ce quelque chose qui pousse à fixer les pensées dans des mots ne se laisse pas saisir. En tout cas, l'écriture est un révélateur qui fait advenir l'écrivant à l'existence, éclaire sur soi .Cet acte est aussi un élément fondamental  de liberté, une affirmation de soi. Il remplit un rôle d'exutoire et de  catharsis. Façon d 'échapper à la folie, comme en témoigne  le texte  de Maupassant : Le Horla.

       Dans ce cas l'écriture soulage : « Je suis un être blessé », dit Auster. Il importe de se saisir de cet acte d'écrire pour ne pas se laisser écrire par les autres. Ecrire aide à penser et comme le note Clément Rosset : « Une pensée n'est véritablement pensée quà partir du moment où elle est écrite ».  L'écrit apporte plus de réflexion et diminue la violence dans le rapport à autrui. La figure de Robinson montre comment  l'écriture réintroduit la culture face à l'espace de la nature et au choc du réel.

      Pour qui écrit-on , seulement pour soi ?  Les avis divergent sur ce point. Besoin de partager la beauté, de coïncider avec le monde ? Le lecteur devient constructeur de l'oeuvre. L'altérité fonctionne comme support symbolique. On s'ouvre à l'autre. La singularité de l'écriture se dit dans son opposition à la parole : mouvement et stabilité en même temps, elle s'oppose à l'éphémère elle est signe, marque, repère. Mais l'écriture permet de retrouver une parole, celle de la mère par exemple dans le livre « Pas pleurer » de Lydie Salvayre. Si l'on se réfère à d'autres formes littéraires, la fiction romanesque  est une échappée belle dans l'imaginaire.

       L'écriture est aussi envisagée sous l'angle du geste:le traçage des lettres,révélation de la personnalité,soumis aux normes , parfois vécu comme castrateur avec le regard moralisateur de la société : les « fautes » d'orthographe, le jugement sur le style qui peut étouffer la créativité. Le plaisir de l'écriture passe par le  mouvement de la main, prolongement de l'esprit. Façon de dessiner les sinuosités de l'âme ; plaisir d'entendre le bruit de la plume sur le papier... Si ce temps de l'écriture apparaît comme une  jouissance, un moment de fête, elle est aussi perçue comme une souffrance, un travail au forceps chez certains auteurs comme  Flaubert. La difficulté à trouver les mots, le style qui rendent  compte de la pensée  avec exactitude et en vérité tourmente et désespère. L'essentiel ne peut pas être dit, selon Coetzee : « Nous ne savons pas ce que nous voulons dire ».

         « Hurler sans bruit » (M.Duras) tel est peut-être le destin de l' é-cri-vain ("les cris vains").

      Pour Métaphores, JD

 

      

 

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19 mai 2015

Résumé du café-philo du 09 /06/15 : philosopher et bonne santé

 

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Le café-philo s'est tenu le mardi 09 juin à 18h45 au Café La Coulée douce (Cité des Pyrénées, rue Berlioz) à Pau. Entrée libre et gratuite. Le sujet proposé, voté puis traité par le groupe a été :

"Philosopher est-il un signe de bonne santé ?"

1          A quoi reconnaît-on la bonne santé ? Existe-t-il un signe de la bonne santé ? On dira peut-être : la santé est l’absence de maladie. Ou bien : la capacité d’aimer et de travailler (Freud). Ou, selon les critères en vigueur dans une société comme la nôtre : compétence, performance, compétitivité – ce qui revient à sanctifier l’idéologie productiviste. Il faut donc distinguer Normalité et Santé. Ne peut-on être en bonne santé tout en se situant « hors norme » ?

 2         La vraie santé serait plutôt la vitalité, ou la créativité, la puissance d’affirmer la singularité, la force active par laquelle le sujet s’autorise de soi-même – ce qui ne correspond pas forcément aux critères de la science et de la pratique médicales.

 3         Et le philosopher ? Est-il indice de vitalité, de santé créatrice ? On évoque ici les définitions traditionnelles, en mettant davantage l’accent sur la source du philosopher – étonnement, émerveillement et plus encore sur l’expérience de la douleur, de l’incertitude, de la maladie, des « situations-limites » que le sujet rencontre forcément dans son existence et qui le poussent à questionner : pourquoi la souffrance, quel est le sens de tout ceci ? Y-a-t-il même un sens, ou bien ne sommes-nous que ballotés dans le non-sens radical de toutes choses ?

 4        La découverte du négatif est un puissant moteur de recherche. Et la tentation est grande de ne voir dans la philosophie qu’une pharmacopée, qu’un système de colmatage pour rétablir à toute force un équilibre compromis. Suit une longue discussion sur l’équilibre, dont on fait souvent un critère de santé, mais qui est un modèle physique discutable – sauf à penser l’équilibre comme un système ouvert-clos, stable-instable, dynamique, évolutif, créatif, par lequel le sujet pourrait intégrer les désordres en se modifiant lui-même. Vivre serait savoir tirer parti des déséquilibres pour s’inventer au fil du temps.

 5        La soirée se termine sur une redéfinition du philosopher : il faut, d’une certaine manière, se moquer de la philosophie comme savoir, érudition, discours d’experts, pour retrouver sans cesse l’origine existentielle, la source vive, la force active qui met l’existence en mouvement, le « pathos » originaire (étonnement, stupeur, effroi, crainte, mais émerveillement aussi devant la beauté d’un monde par ailleurs effroyablement inquiétant), hors de quoi philosopher ne serait qu’un divertissement culturel comme des autres.

 Animation, synthèse et résumé pour Métaphores : Guy Karl

 

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08 mai 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 26/05/15 : jouissance et morale

Apero philo

 L' Apéro-philo s'est tenu mardi 26 mai au café associatif La Coulée douce (rue Berlioz, Pau), Cité des Pyrénées à 18h45.

 Le sujet proposé et traité fut : "Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, telle est je crois, toute la morale" (Chamfort).

 Alors que la morale définit ordinairement les règles, valeurs et conduites imposées par le groupe (tu dois !), la formule du moraliste fait ici du seul plaisir partagé, de la seule jouissance commune, le principe de notre action. Etrange impératif de la jouissance ! Paradoxe ? Peut-on encore appeler morale une pratique centrée sur le seul plaisir et sur l'absence de souffrance ? Ne faut-il pas plutôt y voir une éthique ? Et que vaut cette injonction au plaisir, à moins qu'il s'agisse ici d'un appel, voire d'un conseil pour se délivrer des formes traditionnelles de la morale ? La formule est "choc" et ne manque pas d'interroger la valeur de la morale ou pour parler comme Nietzsche "la valeur de la valeur". D'un autre côté, la maxime de Chamfort n'anticipe-t-elle pas l'exigence contemporaine de la jouissance, nouvelle forme d'un "devoir" dont on peut se demander s'il elle n'est pas une modalité de la pathologie narcissique de notre temps ? (DK)

 Nicolas de Chamfort (1741 - 1794), Maximes et pensées

Résumé de la soirée :

Il serait sot de prétendre résumer une soirée si riche et si dynamique, aussi me contenterai-je de quelques notes, invitations à poursuivre soi-même la réflexion.

 1)   Chamfort balaie d’un revers de manche vingt siècles de morale répressive, où la conformité aux normes est jugée « morale » - d’autant que « morale » est étymologiquement ce qui qualifie les « mœurs » (latin : mores). La première forme de morale est sociale et conventionnelle. C’est plus tard que les philosophes évoqueront la possibilité d’une morale personnelle (Aristote, Epicure, Stoïciens etc).

 2)   Chamfort invite à retrouver la loi de nature qui nous enjoint de rechercher le plaisir et de fuir la douleur (« jouis et ne fais de mal…). Il semble se diriger vers une éthique hédoniste, où le plaisir est proposé comme une nouvelle norme « morale », pour l’individu affranchi, dans une relation d’échange gratifiante (« fais jouir ») avec autrui. Jusque-là on pourrait lire la citation comme une nouvelle formulation de l’épicurisme : plaisir, mesure, amitié.

 3)   Mais la formulation présente un étrange paradoxe : pourquoi, si la recherche du plaisir est naturelle, en faire une injonction « morale » ? On pourrait penser que toute référence à la morale est inutile s’il suffisait de suivre la loi de nature, l’inclination instinctive –mais alors se pose la question de la limite : jusqu’où jouir ? D’où la référence à la question du « mal » : ne pas faire de mal, ni à soi ni à personne, remarque de bon sens si l’on considère la tendance égoïste, narcissique, voire perverse qui semble exister chez beaucoup. La morale que l’on écarte d’une côté revient de l’autre : la limite doit être posée, pour le bien de l’individu lui-même, et pour celui de l’autre.

 4)   Le vrai problème posé par la phrase est dans le verbe « jouir ». En version soft on traitera du jouir comme d’une forme intense du plaisir – ce que nous avons fait jusqu’ici – et cela ne pose pas de problème insurmontable, ni pour le sujet, ni pour la société. Mais si l’on entend « jouir » dans le sens d’une expérience violente, d’un dépassement des limites, d’une exaltation et d’une exultation, le problème révèle une singulière acuité. Chamfort ne dit pas « prends du plaisir », il dit « jouis », et quoi qu’on en puisse dire, les deux formulations ne sont pas équivalentes. S’il s’agit bien de jouissance nous sommes en face d’une réalité psychique d’un autre ordre, celui de l’excès, de l’extrême, du passage au-delà de la limite, Freud dirait - « au-delà du principe de plaisir » ce qui nous convie à une réflexion sur les pulsions, leur nature, leur visée, et leur éventuelle maîtrise. Si le sujet veut jouir, jusqu’où ? Et voici, à nouveau, la morale, mais aussi le droit, dont la fonction plénière est justement de limiter la jouissance (Le groupe évoque à ce sujet le danger de la perversion).

 5)   En somme, plaisir ou jouissance, il s’agit toujours en dernier ressort d’une lutte entre l’instinct, l’inclination, la pulsion, le désir  et la loi, sous quelque forme qu’elle se présente.

 6)   On pourrait conclure ( ?) en souhaitant que le sujet humain passe d’une obéissance revendicative et ressentimenteuse à la loi (hétéronomie) à une acceptation lucide, voire à une affirmation personnelle de la loi pour soi (Autonomie). Mais c’est là une conclusion toute personnelle qui n’a pas été formulée comme telle au cours de la soirée.

PS : remarquons qu’à la même époque paraît « L’art de jouir » d’un certain La Mettrie. Sans parler de Sade, dont Chamfort semble se séparer nettement. Le XVIII est un siècle de fermentation intellectuelle intense, qui nous interpelle encore aujourd’hui.

 Pour Métaphores,  Guy Karl

 

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