07 décembre 2015

Résumé de l'apéro-philo 21/01/16 : violence et remède

Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) s'est tenu jeudi 21 janvier 2016 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

                 Y a-t-il un remède à la violence ?

 

21 01 16

Résumé de la soirée :

1) La violence est un problème social, politique, géopolitique mais aussi psychologique, voire éthique. Ses formes sont extrêmement variées, évolutives, au point qu’il semble difficile d’en donner une définition exhaustive. Mais on peut s’en faire une idée, la circonscrire à peu près en dégageant quelques critères : « abus de la force », de « vis » on passe à « violentia » ; le latin dispose d’un autre mot : violare, violer (un sanctuaire), outrepasser une limite (la loi), transgresser. Les Grecs avaient comme principe d’éviter l’ « hybris » : démesure de l’homme qui ne respecte pas les limites de la condition humaine, qui viole les interdits, qui se jette dans une sorte de folie du pouvoir ou de la jouissance. Toutes ces données restent valables, en les actualisant.

 2) Si l’homme, comme tous les animaux, dispose d’une agressivité de nature pour se défendre, dans la violence il y a l’idée d’une intentionnalité : attaquer, violer, tuer, détruire. La violence se remarque dans le fait qu’elle opère une intrusion, une effraction dans le territoire ou le corps, ou la psyché de l’autre, provoquant blessure, trauma ou décès. Elle peut être sauvage, momentanée, spontanée, ou calculée, préméditée, rationnalisée (songeons à l’extermination programmée). La question est celle des fins : pourquoi et pour quoi, pour atteindre quoi ? C’est le problème de la violence révolutionnaire, que certains considèrent comme un moyen inévitable. Toute la pensée politique bute sur cet écueil : la violence de l’Etat est-elle juste ? Peut-on la contester au nom d’une justice autre ?

 3) Pour être plus précis il faut distinguer la contrainte légale que l’Etat impose aux citoyens et la violence illégale (des individus, des groupes). La première fonction de l’Etat est d’assurer la sécurité publique, et la contrainte légale en est la condition. Reste à se demander si l’Etat a toujours raison, si légalité est légitimité, s’il n’existe pas des lois scélérates, et à quelles conditions les citoyens  retrouvent le droit, voire le devoir, de s’insurger.

 4) La notion de remède avait été définie en début de séance : moyen utilisé pour pallier une situation défectueuse, périlleuse ou pernicieuse en opérant un changement salutaire. Il existe toutes sortes de remèdes, hygiéniques, chirurgicaux, pharmaceutiques, voire le style de vie, l’activité etc, en fonction du domaine considéré. Faut-il traiter la violence comme une maladie (maladie des sociétés, des corps politiques, maladie de l’âme) ? C’est sûrement un grand malheur, mais peut-être pas nécessairement une maladie. Ici le modèle médical révèle ses limites.

 5)  La violence est-elle remédiable ou irrémédiable ? Il existe des remèdes éprouvés depuis longtemps : les lois, les institutions, la Justice qui interposent entre les belligérants le principe d’un règlement négocié sous l’autorité d’un tiers, pour substituer à la vengeance (duelle) une justice qui fait office de tiers régulateur. On sait aussi les imperfections de la justice et la difficulté à pacifier. On évoque le rôle de l’éducation, de l’instruction, de la culture, des arts – toutes disciplines qui proposent une sublimation des pulsions, une socialisation, et dans le meilleur des cas, une moralisation (Kant).

 6) Manifestement en dépit de tous ces artifices socialisateurs, demeure, dans les sociétés comme dans les individus, une part pulsionnelle à peu près inéducable, qui s’affranchit très souvent des règles et des lois pour se déverser dans la violence. Serait-ce « la part maudite » dont parlait Georges Bataille ? Freud de son côté évoquait la puissance de la pulsion de mort, qui, lorsqu’elle s’affranchit de son intrication avec les pulsions de vie, génère destructivité, guerre, haine, violence.

Question : En quoi la situation présente du monde favorise-t-elle la libération des pulsions de violence ?

Pour Métaphores, Guy Karl

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06 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 12/01/16 - Penser - créer

 

Café-philo

Le café-philo s'est tenu le mardi 12 janvier 2016, 18h45 à La Coulée douce -Cité des Pyrénées (29 bis rue Berlioz) à Pau. Comme d'habitude, un vote démocratique a décidé du choix du sujet à partir des questions, propositions, citations que les participants ont proposé. Le sujet du jour fut :

 

"Penser empêche-t-il de créer ?"

 

Résumé de la soirée : 

1)      Qu’est ce qui empêche de créer ? Il y a bien sûr les données externes, dictature politique, par ex – et les conditions internes, psychologiques ou intellectuelles. L’artiste aura peut-être une méfiance toute particulière vis-à-vis d’un excès de pensée. Trop penser empêche de faire. En particulier l’excès de culture, d’érudition, de savoir peut stériliser la source vive de la création, qui suppose un abandon relatif à l‘imagination,  au hasard (« laissez venir à moi les mille hasards » Nietzsche) ou à ce que l’on appelle un peu vite l’inspiration.

 2)      Le groupe insiste alors sur la variété des formes de création, dont l’art n’est qu’une modalité particulière : innovation technique, invention de théories scientifiques, créativité personnelle dans la vie publique et privée. Mais alors créer, c’est quoi ? Suffit-il de désirer, de vouloir ? Il apparaît bien vite que la création est l’aboutissement d’un processus complexe où le travail, l’effort, la persévérance, l’analyse, la réflexion, voire la culture ont joué un rôle indispensable. Les grands créateurs sont de grands travailleurs, mais dans un sens très spécial.

 3)      Vient alors un moment un peu miraculeux où plusieurs personnes – des créateurs justement – évoquent leur expérience : longue gestation, longue préparation où la pensée joue un rôle déterminant, puis, soudain une sorte de «  suspension », où l’on se jette à l’eau, arrêtant de penser, et se confiant au mouvement intérieur, à ce qui émerge des couches profondes de l’inconscient, où la non-maitrise s’accompagne de la plus vive attention au surgissement. Créer, cela serait peut-être réfléchir longtemps avant de se jeter corps et âme dans les eaux tumultueuses de l’inconnu.

 4)      Après la pose la réflexion se retourne une nouvelle fois pour interroger la signification du penser. Toute pensée se fait, au départ dans une culture donnée, un contexte, un espace mental saturé de significations et de préjugés. D’où la nécessité impérieuse, pour qui veut penser et créer (pour une fois les voilà liés dans la même démarche) de commencer par un travail de critique, de démontage, voire de destruction : détruire et créer seraient les deux faces d’un même processus. Il faut se donner de l’espace, du champ, de la liberté, pour accéder à sa propre source, à sa propre vérité.

 5)      C’est ainsi que nous parvenons à une idée plus précise de la création : un processus complexe, qui mène le sujet à une meilleure appréhension de sa vérité intérieure, grâce à quoi il peut faire apparaître quelque chose qui avant lui n’existait pas dans la réalité. Vérité et innovation.

                   Pour Métaphores, GK

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05 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 8/12/15 : Du mensonge

 

Café-philo

Le Café-philo s'est tenu mardi 08 décembre 2015 à 18h45 au café associatif La Coulée douce (Cité des Pyrénées - rue berlioz - PAU). Cinq sujets ont été proposés. Le petit groupe présent a voté pour le thème du mensonge qui a donné lieu à des échanges de bien belle qualité dont voici un compte rendu général :

Résumé de la soirée:

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1) Nous sommes partis de la formule de Montaigne : "En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par nos paroles." Le mensonge est ordinairement condamné par la morale car il constitue une grave menace pour la vie sociale comme pour le rapport à autrui. Mentir, c'est dire, selon la définition, ce que l'on sait être faux dans l'intention de tromper l'autre. Le mensonge est donc volontaire et, de ce point de vue, ne peut être que conscient. Kant nous rappelle à un devoir de vérité fondé sur le fait de ne jamais considérer la personne d'autrui comme un moyen mais toujours comme une fin en soi. Or, le mensonge instrumentalise l'autre à des fins économiques personnelles même si il est aisé d'invoquer l'argument de la protection d'autrui. On comprend pourquoi la condamnation morale et juridique du mensonge est habituellement prononcée. Il ruinerait l'humanité en l'homme et d'ailleurs quelle justice, quelles relations seraient encore envisageables si chacun se permettait de tromper son prochain sans vergogne ?

2) Cette première thèse doit pourtant être interrogée et le groupe présent hésite entre une perspective sociale (donc générale) et une autre plus restreinte liée à la relation à l'autre dans le cadre de rapports privilégiés comme l'amitié. Peut-on réellement se dire toujours la vérité ? Peut-on faire l'économie du mensonge ? Nous constatons assez vite qu'un devoir permanent de vérité produirait des effets catastrophiques et qu'à dire la vérité à tous, chacun de nous serait immanquablement conduit à se fâcher avec tout le monde. Aussi, le mensonge peut-il devenir un auxiliaire de la vie sociale et même un moyen de se préserver soi-même comme de préserver autrui. Cela nous amène à interroger la confrontation à la vérité dans des temporalités distinctes. Ce qui nous paraît vrai aujourd'hui peut nous sembler complètement faux demain - argument sceptique par excellence qui nous rappelle avec Démocrite puis Pyrrhon que "le miel est doux pour l'un, amer pour l'autre" et qu'au fond, la vérité est peut-être ce qui se dérobe toujours. Pourquoi dans ce cas, risquer de blesser quelqu'un si les choses changent toujours et si ce qu'on prend pour la vérité se trouve absorbé dans "la branloire pérenne" ?

3) Le mensonge pourrait alors se penser comme un moyen nécessaire à la vie en société comme à la vie politique. Machiavel est convoqué pour rappeler que l'efficacité politique du Prince ne saurait se passer du mensonge et l'auteur du texte éponyme de considérer avec raison que tous les hommes en usent et en abusent sans vergogne, pour se tirer d'affaire. Pourquoi tenir sa parole au milieu de tant d'hommes qui ne la tiennent pas ? se demande Machiavel ?C'est que l'homme politique ne se distingue pas par nature du commun mais par degrés, élevant le mentir au niveau d'un art, d'une technê, d'un savoir faire. Alors que les gens ordinaires mentent spontanément pour faire face aux difficultés, le prince, lui sait mentir sitôt que les circonstances l'exigent. Et cela est toujours bon si la stabilité du corps politique est garantie. On le voit, le mensonge est un dire plus ou moins performatif qui nous rappelle que nous évoluons dans des jeux de langage, dans le système symbolique conditionnant une part considérable de la subjectivité.

 4) Un curieux renversement s'opère alors. La question n'est plus tout à fait "pourquoi mentir" ou "faut-il ne pas mentir ?" mais "comment ne pas mentir ? Ne saurions-nous pas condamnés au mensonge du seul fait qu'en parlant, en évoluant dans la langue commune qui reste une institution, nous nous tenons subjectivement à l'écart de notre vitalité cachée, de nos pulsions, de cette part irréductible et ensauvagée qu'aucun langage ne peut adéquatement saisir ? Contraints d'entrer dans le jeu social et de se domestiquer, le sujet serait alors sommé de se plier aux coutumes et conventions qui définissent le registre même des valeurs contre cette part indocile et inéducable de la subjectivité. Chacun de nous, dans un forçage social ou comme dit Kant, au terme "d'un accord pathologiquement extorqué", s'accommoderait d'une somme de compromis voire de compromissions inavouables avec cette part singulière et refoulée qui ne peut jamais être dite ouvertement. La vérité serait alors d'autant plus promue socialement qu'elle ferait l'objet d'une haine secrète en direction de ce qui est "maudit" en soi, à jamais "mal-dit". Pire, ne sachant définir positivement la vérité ou plutôt la refoulant dans le non-dit, le social ferait de la convention commune et des normes qui l'accompagnent les critères décisifs du vrai, non pas sur le plan épistémologique, mais sur le plan moral du jugement comme de l'action. Dire la vérité reviendrait alors à se soumettre purement et simplement au dogme social et à ses impératifs, à pratiquer sans cesse un double jeu consistant à se trahir en permanence mais tous ensemble -collectivement, tout en cultivant une bonne conscience. Voir sur ce point les belles maximes de La Rochefoucauld.

5) Faut-il alors renoncer à toute forme d'authenticité relationnelle ? Nous abordons en fin de soirée le paradoxe d'une "relation de vérité" déployée non plus dans le registre de la signification ou du dire mais dans une forme de retrait qui laisse une place centrale au silence partagé, à des formes de congruences intersubjectives gravitant autour de quelque chose qui reste incommunicable et qui est de l'ordre d'une intensité qualitative. Plusieurs expériences personnelles sont ici convoquées pour faire valoir ce registre quasi alchimique de la relation à l'autre comme à soi même : méditation, marche silencieuse, discussion désintéressée, contemplation etc. Reconnaître cette part inaudible et la faire vivre avec d'autres, dans des formes créatives et actives, sont des manières subtiles de donner à la vérité un contenu et une forme affranchis de la tyrannie du sens et du mensonge qui l'accompagne ordinairement.

 

Pour Métaphores, DK

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04 décembre 2015

Métaphores : un an

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           Aujourd'hui même notre association souffle sa première bougie et avec elle, l'existence de ce blog. Rappelons que nos activités ne sont pas nées avec le projet Métaphores. Le café-philo et l'apéro furent créés respectivement par plusieurs membres de l'équipe actuelle en décembre 2008 et dans le courant de l'année 2009. Le cercle littéraire est déjà dans sa troisième année d'existence. Mais depuis la naissance du projet associatif en décembre dernier, nous assistons à un accroissement qualitatif de nos activités tout à fait enthousiasmant.

En une année, nous aurons rendu possible une trentaine de soirées philosophiques et littéraires à Pau. Des centaines de personnes s'y sont retrouvées avec le désir de penser ensemble des enjeux contemporains et universels, politiques, esthétiques, psychologiques, métaphysiques, moraux etc. Nous nous serons délocalisés deux fois pour des soirées spéciales à l'ITS et l'ESC.

 L'atelier-philo, sous l'impulsion de notre président et animateur, a permis de renforcer la dynamique en étendant le champ de nos investigations philosophiques à des domaines voisins : le droit, l'économie, l'art, l'éducation. Nous avons pu faire dialoguer ces disciplines avec des intervenants de grande qualité issus de ces divers domaines d'action et de compétence. D'autres belles rencontres viendront, à n'en pas douter par la suite.

Et puis, il nous faut saluer la création de ce blog, trait d'union vivant et interactif entre le public, les activités et les animateurs de l'association. La fréquentation ne cesse d'évoluer positivement avec désormais plus de 700 visites par mois et déjà près de 6000 consultations depuis la création de l'interface. Le caractère interactif s'amplifie également avec des commentaires de plus en plus riches et nombreux (pas moins de 200 cette année !). Tout laisse penser que les efforts consentis trouvent là de véritables raisons d'être. Et nous tenons à remercier tous les participants, tous ceux qui de près ou de loin font vivre des temps collectifs de pensée, de méditation et de convivialité.

De nouvelles choses se préparent pour l'année 2016 que nous devons encore finaliser. Mais la deuxième année s'annonce au moins aussi riche et passionnante que celle que nous venons de vivre.

Le dernière activité de l'année 2015 se tiendra mardi prochain le 08 décembre avec un café-philo à la Coulée douce. Venez nombreux.

Merci à tous.

Pour Métaphores, DK

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29 octobre 2015

Atelier-philo du 30/11/15 : Montaigne et Tchouang tseu

Atelier-philo

L'Atelier-philo s'est tenu le lundi 30 novembre 2015 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa). Nous avons eu la joie d'accueillir à cette occasion Jean-Yves Pouilloux sur le sujet suivant :

  Montaigne "à la façon de Tchouang tseu"

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        "Montaigne, esprit remarquablement éveillé, mal reçu chez les "littéraires" et pas très bien chez les "philosophes", a eu le privilège très rare d'être souverainement libre, ce privilège n'a pas été seulement donné, mais durement (parfois) conquis, la liberté de penser a toujours inquiété les conformismes (les Essais ont été mis à l'Index pendant plus de 200 ans). Sa présence à soi et son actualité me suggèrent de le rapprocher du sage taoïste Tchouang-Tseu, avec lequel je crois voir de nombreux points communs. Pour mémoire, je cite le passage: "Quand je dance, je dance; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses et nous y convie non seulement par la raison, mais aussi par l'appétit (=le désir): c'est injustice de corrompre ses règles".     JY P

                                                                   

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         Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). Il est l'auteur de Montaigne, l'éveil de la pensée (Honoré, Champion, 1995), et, en collaboration avec Françoise Arzod-Dutard, de Essais, Livre III, Montaigne (Armand Collin, 2002). 

         

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24 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo - 24/11/15 - Penser la nature ?

Apero philo

 

L' Apéro-philo du mardi 24 novembre 2015 s'est tenu exceptionnellement à l'Ecole Supérieure de Commerce (ESC) de Pau. Nous avons eu l'occasion d'intervenir dans le cadre de la préparation à la Semaine de la Philosophie qui se tient du 30 novembre au 05 décembre dans les locaux de l'ESC sur le thème de la Nature.

Notre sujet fut : Penser la nature ? 

      "Nous ne savons pas ce qu'est la nature et ne pouvons pas le savoir. Au cours des siècles, et selon les paradigmes de leur culture, les civilisations humaines ont développé diverses représentations, animistes, thélogiques, métaphysiques ou scientifiques. Aujourd'hui, dans un état du monde marqué par le triomphe de la technologie et la globalisation, mais également par de graves incertitudes sur l'avenir, on se demandera s'il n'est pas urgent d'interroger notre paradigme de croissance indéfinie et d'"arraisonnement" de la planète. Une nouvelle vision du rapport de l'homme à la nature peut-elle naître de ces interrogations ?"    

Pour Métaphores, GK

 

Pendant un peu plus d'une heure, les philosophes de "Métaphores" ont présenté tour à tour divers enjeux permettant d'engager la discussion avec le public. En voici un résumé.

1)        Partant de la double étymologie, grecque et latine, Guy Karl est intervenu sur "le sens de la nature", sur ce rapport intime qui relie l'homme à cette ressource inépuisable qu'est la Physis (telle que les Grecs l'ont pensée dès l'Antiquité) et qui constitue l'origine féconde de la création. La modernité, de ce point de vue, a perdu ce sens de l'originaire, remplacé par un désir furieux d'emprise, de conquête et de maîtrise dont le mercantilisme contemporain représente le triste parangon. L'idée de la contemplation, chère aux Anciens peut-elle encore faire sens ? Et avec elle, cette belle intuition léguée par Anaximandre selon laquelle la nature illimitée (Apeiron) nous donne à méditer le sentiment tragique de la vie ?

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2)       Peut-on seulement penser la nature et de quelle manière ? Didier Karl a interrogé à partir des thèses d'Auguste Comte, les trois paradigmes dominants à travers lesquels les sociétés humaines se sont liées à un Réel primitivement incompréhensible et hostile. Passant d'un mode d'appréhension théologique, puis métaphysique et scientifique, l'esprit humain a construit une relation à la nature déterminée par un "impensé", par une structure mentale inconsciente constituant un mythe grâce auquel cette relation a pu prendre sens. Science et technologie peuvent alors se comprendre comme des mythes contemporains, comme des récits au service d'une conquête infinie et d'un pouvoir sur une nature devenue rentable et dont le caractère mystérieux aurait disparu.

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3)        Il devient urgent d'interroger la désacralisation de la nature, caractéristique de la modernité dans laquelle la technique joue un rôle central. Tel est l'enjeu de cette troisième intervention proposée par Marie-Pierre Carcau. Les analyses de Martin Heidegger (Essais et conférences) sont convoquées pour penser la distinction entre "technique artisanale" et "technique moderne". Si la première prolonge les formes naturelles à l'image de l'outil (imitant la nature), entretient une connivence entre homme et nature, la seconde manifeste un défi, une défiance, une rupture du lien sous la forme d'une agression. L'image du fleuve dont le cours est stoppé par une centrale illustre le propos et symbolise le processus d'intervention catastrophique de l'homme sur le dynamisme naturel. Tel est le sens de l'arraisonnement ou interpellation de la nature, fonds de réserve désormais exploitable mis à disposition des ambitions humaines et des intérêts. 

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4)       Comment renouer un lien qui puisse respecter les équilibres naturels sans engager l'homme dans une régression technique ou dans une attitude passéiste ? Procédant de quelques rappels de bons sens, David Pourille a envisagé la constitution de nouvelles relations à la nature fondées non pas sur un romantisme désuet mais sur la possibilité d'un contrat moral passé avec elle. L'idée du principe responsabilité de Hans Jonas est mobilisée dans ce sens. La nature peut-elle devenir sujet de droit ? Que peut signifier ici le terme de "sujet" et pour l'homme, quels devoirs et quels impératifs ? Il semble que ce soit davantage en termes de partenariat ou de congruence, en référence à Herbert Marcuse, que l'homme doive penser le rapport entre technologie et nature. Mais un tel partenariat présuppose la reconnaissance de réelles solidarités qui nous rappellent notre essentielle et définitive appartenance à la nature.

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         Résumé pour Métaphores, DK

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21 octobre 2015

Résumé du Cercle littéraire du 12/11/15

Cercle Littéraire

Le dernier Cercle littéraire s'est tenu le jeudi 12 novembre 2015 à 18h45 au Café-Suspendu (café associatif) à Billère (15 Rue Jeanne Lasansaa). Le thème de la soirée :

                               Des écrivains très contemporains 

Résumé de la soirée :

Les auteurs « invités » au dernier Cercle littéraire ont été choisis pour leur écriture singulière sans ressemblance aucune, et leur rencontre sur des thèmes  nés des préoccupations actuelles : le poids de l'Histoire dans les destinées individuelles, le  sort des migrants, les êtres marginalisés par leur différence ou leur secrets, la place de l'autre,  les drames personnels qui rejoignent l'universel.

 

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 Jeanne Benameur , (née en 1952)  très tôt arrachée à son Algérie natale , se retrouve « sans langue » . 

 Des études de Lettres et  Philosophie vont l'orienter vers  l'enseignement ; l'écriture devient son activité principale à partir de 2000 : poésie, roman,  littérature de jeunesse,  travail d'édition. Des études de Lettres et  Philosophie vont l'orienter vers  l'enseignement ; l'écriture devient son activité principale à partir de 2000 : poésie, roman,  littérature de jeunesse,  travail d'édition. Elle découvre que « quand on travaille avec ses mots, on a moins peur des mots des autres ." La relation à l'autre est au fondement de sa narration qui capte les instants avant la parole . « Le corps connaît , par la perception le sens des choses. Après, il arrive la parole, nécessaire qui nous permet le lien et en même temps nous sépare. »

Les  Demeurées évoque avec sensibilité la relation fusionnelle entre une mère et sa fille, menacée par l'école qui ouvre les portes du savoir. Mais comment accueillir en soi ce qui sépare des proches, ?

Les Reliques , court récit absolument magnifique évoque  la permanence de l'amour au-delà de la perte ; Otages intimes  interroge sur la part d''otage que chacun porte en soi.

L'écriture  poétique de Jeanne Benameur, animée d'une sensibilité frémissante , lyrique et contenue en même temps, confère à ses récits une beauté captivante.

Bibliographie : Les Demeurées  2001 ; Laver les ombres  2007 ; Les Reliques  2011 ; Les Insurrections singulières 2011 ; Profanes  2013 ; Otages intimes  2015

 

 

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 Alors que Jeanne Benameur s'ouvre aux autres  à partir de drames personnels , relevant de la sphère intime, Laurent Mauvignier (né en 1967 ) suit le  cheminement inverse . Son œuvre s'enracine dans les tragédies qui touchent les hommes : la guerre d' Algérie , le drame du Hetzel ou le tsunami du 11 mars 2011. Son écriture  traque au plus près la peur , la souffrance, la douleur, en  longues phrases au rythme haletant .

Autour du monde,  paru en 2014 marque un changement. Ce roman choral évoque quatorze histoires qui se sont déroulées simultanément au moment du tsunami en quatorze points différents du globe  et installe un ton plus apaisé. Il collabore aussi avec des artistes venus d' autres horizons : Angelin Prejlocaj, chorégraphe et danseur pour Retour à  Berratham

 Bibliographie : Loin d'eux 1999,    Apprendre à finir 2000,  Dans la foule,  Des hommes 2009, Autour du monde 2014

 

 

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Maylis de Kerangal (née en 1967) venue de la littérature de jeunesse et de l'édition , après des études d'Histoire, d'Ethnologie et de Philosophie se fait connaître par Naissance d'un pont , épopée sans guerre où sont évoqués avec minutie les désirs et les peurs sur un chantier.  A l'introspection, elle préfère  la vie des autres, dont elle se saisit dans une écriture précise et ardente . Ses œuvres sont toujours un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur. Elle dit l'importance des vivants, la place de la mort et du deuil dans un mouvement analogique à la vague, dessinant un cycle éternel. Ainsi Réparer les vivants  évoque le don d'organes , une histoire de cœur où se rejoignent la violence de la mort accidentelle , l'angoisse de la mort et celle de l'attente, la joie violente de la vie retrouvée pour celle qui reçoit cette part d'un autre. Sa conception de l' activité littéraire  croise  cette conviction que   l'autre  entre dans la structuration de soi : « L'écriture, la littérature, dit-elle, n'est pas dans l'auto-construction. On écrit en portant en soi tout ce qui s 'est écrit avant et qui peut affleurer en divers endroits du texte".  

Bibliographie :   Corniche Kennedy  2009, Naissance d'un pont  2010 ; Tangente vers l'Est  2012 ;  Réparer les vivants  2014 ; A ce stade de la nuit  2015

 

 

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Mathias Enard (né en 1972) est  un « orientaliste »  à l'image des personnages de son dernier roman, couronné par le Prix Goncourt, Boussole Il sait transmettre dans  son écriture riche , foisonnante et érudite sa passion pour ces pays ravagés aujourd'hui par des bouleversements dramatiques  et dans lesquels il a voyagé : Liban, Syrie, Egypte, Iran. Entrer dans un roman d' Enard est une véritable invitation au voyage, vers l'Est généralement , lieu d'où vient la lumière. Formidable roman sur les guerres méditerranéennes, Zone adopte le rythme du voyage en train entre Milan et Rome dans une longue phrase animée d'un souffle épique .

Boussole, livre savant  sur les relations entre l'Orient et l' Occident, est aussi un roman d'amour, fil directeur qui ramène toujours à lui le lecteur après de nombreuses anecdotes,romans minuscules insérés dans la trame principale évoquant de nombreuses figures, de musiciens, d'exploratrices , de villes aux noms enchanteurs. Ce récit nous rappelle l'importance de l'autre dans l'enrichissement de soi, hymne à l'échange, à la curiosité de l'autre face à la tentation du repli sur soi et de la méfiance. Son œuvre se veut porteuse d 'espoir.  « Le savoir en général et la littérature en particulier, ont un véritable pouvoir : lire des livres , c'est une façon d' être libre. »

Bibliographie :   La perfection du tir  2003 ; Remonter l' Orénoque  2005 ; Zone  2008 ; Parle-leur de batailles, de rois d' éléphants  2010 ; L'alcool et la nostalgie   2012 ; Rue des voleurs   2012 ; Boussole  2015

 

Pour Métaphores, JD

 

 

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20 octobre 2015

Résumé du Café-philo du 10/11/15 L'humour, force ou faiblesse ?

Café-philo

           Le café-philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 10 novembre 2015 à 18h45 au café associatif La Coulée douce (Cité des Pyrénées - rue berlioz - PAU).

Après un vote des participants, le sujet retenu a été : L'humour, force ou faiblesse ?

Résumé de la soirée :

1)      Nous commençons par situer l’humour dans la gamme comique, à côté du mot d’esprit, de la plaisanterie, de la dérision, du caustique, voire du cynique, tout en reconnaissant qu’il existe une spécificité de l’humour qui semble résister à tout effort de définition. L’humour permet une mise à distance, effectuant un pas de côté, par lequel le sujet se dégage de l’épaisseur, de la lourdeur des choses et des situations. Il y a dans l’humour un gain de légèreté, de souplesse, une sorte de respiration soudaine qui désarme le conflit, et sans le résoudre, le rend moins brutal. L’humour allège l’existence.

2)      L’humour s’oppose à l’esprit de sérieux, mais d’une manière très subtile. Car le sérieux n’est pas nié, ni refusé, au contraire rien de plus lucide que l’humour qui constate en vérité le caractère tragique de l‘existence (le fait de la mort, de la souffrance, du deuil, de l’absurde, de l’incompréhensible et du dérisoire) mais au lieu de se rouler dans le négatif, il en sort par le haut, encore une fois sans le nier, mais en déplaçant l’accent, en pointant une dimension de vérité sur le mode caustique ou léger, créant la surprise, ridiculisant l’esprit de lourdeur. « Je ne sais pas si Dieu existe, mais allez donc trouver un plombier le dimanche ! » (Woody Allen) 

 3)      L’humour a un certain rapport avec la vérité : il dit, mais indirectement, allusivement, en quoi il se présente comme un remède au tragique, tout en véhiculant la conscience tragique. Il serait « cathartique », c’est-à-dire de nature à opérer une purgation des passions tristes. A condition toutefois de ne pas dégénérer en posture, en système, ce qui en ruinerait les effets positifs, donc qui relèverait plus de la faiblesse de caractère que de la force.

 4)      Il faut une certaine force d’âme pour user librement et spontanément de l’humour, quand de toutes parts agissent les forces de la convention, de la retenue morale, de la bien-pensance. Dans l’humour en effet on peut voir à l’œuvre l’intelligence des situations, le plaisir de surprendre, le goût de provoquer, de dénoncer, qui confèrent un bénéfice de plaisir. Il faut une singulière force pour accepter de voir le réel en face, et, sans le nier, le « guérir » en le transposant : métaphore et poésie.

 

Pour Métaphores, GK

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19 octobre 2015

Résumé de l'Atelier Philo du 28/10/15 : Education et soumission

Atelier-philo

 

L'Atelier-philo s'est tenu le mercredi 28 octobre 2015 exceptionnellement à l'ITS (Institut du travail social, Pierre Bourdieu) à Pau autour de la question suivante :

"Peut-on éduquer sans soumettre ?

L'association Métaphores, sous l'impulsion de son Président, David Pourille, a animé cette 
soirée Philosophie et éducation en compagnie de Pierre Castera, éducateur spécialisé.
Plus de 50 personnes ont participé à ce moment, riche d'échanges et d'idées.
Nous tenons à remercier l'ITS pour l'accueil de grande qualité qui nous a été réservé.

Spéciale ITS

Résumé de la soirée :
L’objectif de l’atelier étant de croiser la réflexion philosophique avec d’autres 
champs de réflexion ou de pratique, Pierre Castera a d’abord pris la parole pour
traiter de la question posée en tant qu’éducateur spécialisé. Développant la
relation éducative qui viserait à aider l’autre à s’épanouir et se développer,
il a souligné le paradoxe de cette relation et de sa visée avec des soumissions
parfois nécessaires. Cette injonction paradoxale se nuance néanmoins par le fait
que l’on n’y soumet pas la personne aidée à soi-même, à sa propre puissance,
mais à des règles, voire à des mesures de protection. Or, si l’éducateur transforme
l’autre en vue de la citoyenneté, alors comment échapper à la soumission ?
  Lors de l’exposé du point de vue de la philosophie, a été largement souligné
que c’est le même paradoxe que rencontra par exemple E. Kant. Celui-ci fixa
à l’éducation une finalité ultime qu’est la liberté, liberté permise par l’instruction,
tout en lui ajoutant une nécessaire soumission à la discipline. Et effectivement,
les relations asymétriques constatées de fait dans les relations éducatives
ou d’enseignement semblent légitimer les corrélats autorité et soumission.
   Le public a pris la parole à partir des questions proposées suivantes : 
dans un premier temps 1/ quels types de relations autres qu’asymétriques
et de soumission peuvent exister ? 2/ qui se soumet à qui, à quoi,
dans quels buts ? et dans un deuxième temps 3/ existe-t-il des critères
d’une éducation réussie ?
   Il est impossible de restituer toutes les prises de parole tant elles 
étaient nombreuses et enrichissantes pour le débat. Dans le premier temps,
très vite est abordé et développé l’exemple de la pédagogie institutionnelle.
Plaçant les enfants au centre de processus de décisions, l’autorité est
transférée au groupe et n’est plus l’exclusivité de l’enseignant qui conserve
une fonction de régulation et de prévention d’éventuels dangers. L’école
anglaise de Summerhill est évoquée aussi pour son exemple de vie éducative
où l’autorité, et encore plus l’autoritarisme, sont écartés. Car l’enfant n’est
pas un ignorant ; il détient des savoirs dont il n’a pas lui-même conscience.
  Les relations asymétriques ne doivent donc pas occulter des relations 
symétriques possibles. Néanmoins, l’évocation d’Hannah Arendt et de ses
critiques du pédagogisme ruinant l’autorité comme les savoirs, puis la
critique par un participant d’une éducation centrée sur l’écoute de l’ego
de l’enfant, fournissent des objections dans ce débat non consensuel.
Enfin, pour d’autres, l’autorité, loin d’être tant évacuée que réduite à l
’autoritarisme, peut ou doit être conservée tout en requérant de la
confiance et des rapports de réciprocité.
  Lors du second temps, c’est bien la question des finalités de l’éducation
qui conduit le débat. Elles sont doubles: la finalité est d’abord de socialiser
puis d’individualiser. Ces deux phases sont à combiner si l’on veut prétendre
à une éducation réussie. Or le maître fait aussi croître et « s’augmenter »
celui que l’on nommera l’éduqué. Il y aurait une force agissante dans
l’individu, ou encore un élan vital. Or cela concerne autant l’éduqué,
l’apprenant, que le maître qui est un magister et non un dominus, un dominant.
Et ce maître peut se penser lui-même comme s’élevant aussi. S’il semble se
créer un consensus dynamique et argumenté autour de l’éducation comme
facteur de croissance, est mentionnée plusieurs fois la nécessité du tiers
tant la relation éducative ou d’enseignement, asymétrique ou non, de nature
dyadique de surcroît peut être dangereuse, et ce tiers sera à chaque fois
différent. Enfin, revenant sur la question des finalités, la soirée s’est terminée
sur la nécessité d’un débat public sur la question du partage de celles-ci au
sein de la société.
 J’ajouterai pour conclure que dans les écrits de Montaigne on peut trouver 
une solution au problème initial, à savoir le paradoxe discipliner/soumettre pour
libérer, en ce que celui-ci adopte une posture modérée : s’adapter à l’enfant,
le faire agir, lui ouvrir une voie ou lui laisser la découvrir, et surtout, le laisser
penser, juger, goûter les différents éléments d’expériences et de savoirs issus
tant de la vie que des livres. Et le critère d’une éducation réussie est pour
Montaigne le témoignage par la vie même de celui qui a appris, et non la
restitution des connaissances mémorisées. Car le but et la réussite ultimes
de l’éducation, loin de la seule performance technique, c’est une vie humaine
faite de liberté et d’excellence.
 Pour "Métaphores", DP
 


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18 octobre 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 22/10/15 : L'image

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre, ouverte à tous et gratuite) se tiendra le jeudi 22 octobre 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

L'image : déguisement ou dévoilement ?

Les images sont partout, hors de nous et en nous. Il serait judicieux de réfléchir sur leur statut quant à la vérité. On se plaint souvent de ce qu'elles soient trompeuses, falsifiées, comme s'il existait une image vraie, une réplique parfaite de la réalité, doublure sans falsification. C'est oublier que l'image est construite, "imaginée" ou "imagée", et qu' à ce titre, elle renvoie autant au sujet qu'à l'objet. Qui fait l'image, quelle image, et à quelles fins? Réalité sociale et politique, mais aussi psychologique et morale, l'image, vilipendée ou glorifiée, masque-t-elle une autre réalité, et laquelle ? - ou bien n'est-elle qu'un élément, parmi d'autres de l'mmense jeu de dupes qu'est la tragi-comédie humaine ?

Résumé de la soirée : 

1)   Les images sont partout, hors de nous et en nous, plaisantes ou déplaisantes, foisonnantes, parfois envahissantes. Elles nous séduisent ou nous irritent. Elles viennent redoubler la réalité d’un réseau inextricable de formes, d’apparences, d’ombre et de lumière dont on peut se demander s’il dissimule la réalité, ou s’il la révèle.

2)   L’étymologie insiste sur cette notion de redoublement : imago c’est le portrait, supposé copier l’original. Eikôn, en grec, « l’icône », c’est l’image semblable, alors que l’eidolôn, l’idole, serait une image trompeuse. Toujours insiste cette référence à un original, une réalité préalable, antérieure, dont l’image rend compte, fidèlement ou infidèlement. Toute la question est de savoir si la fonction de l‘image est d’opérer cette référence à la réalité, ou si, tout au contraire, elle peut s’en abstraire pour valoir en soi et pour soi.

3)   L’image est-elle un décalque de la perception ? La perception nous révèle un monde présent et actuel, évident  dans son apparaître, incontestable. L’image témoigne de l’absence : si elle est présente à l’esprit, son contenu, sa « matière » est « irréelle ». Imaginer Pierre c’est admettre que Pierre n’est pas là, sinon je le percevrais comme présent. Il y a dans l’image un paradoxe de présence-absence, qui en fait le charme ambigu.

4)   Pourquoi aimons-nous les images ? Quelle est leur fonction ? Faire une trace de ce qui fut, témoigner d’une histoire, de la présence absente d’un sacré (la statuaire, les peintures rupestres etc). Figer le mouvement, révéler, manifester – on songe aux rites religieux accompagnés d’images, d’effigies, aux processions.

5)   Le débat s’oriente alors vers la question de l’interprétation, suite à la présentation d’images-photos d’Isabelle Flexer : images sans référence, sans analogie, dit-elle, avec la réalité extérieure, images libres et inventives, pour lesquelles aucune signification ne s’impose, et dont le spectateur disposera en toute liberté. Nous remarquons alors que nous sommes spontanément portés à chercher une forme, à identifier, voire à nommer ce qui nous apparaît, bref à revenir à l’interprétation, alors que l’œuvre nous invitait à nous en affranchir. La tendance à rechercher la référence en deçà de l’image semble quasi invincible. Et pourtant !

6)   « Le cerveau  horreur du vide »  dit quelqu’un. Remarque précieuse : nous percevons, nous imaginons, nous nous souvenons, nous peuplons notre psyché d’images, Pascal dirait : nous nous divertissons. Et  notre époque est d’une extraordinaire inventivité en ce domaine.  La fin du débat porte sur le problème de la manipulation médiatique, sur la question de savoir si l’on peut être libre dans un tel monde : problème politique et éthique. Déguisement, déformation, sélection outrancière, ou bien éveil des consciences, dévoilement, voire vérité, les avis sont partagés.

7)   Reste la question de fond, un peu oubliée en cours de route : faut-il référer l’image à un « quelque chose » qui la précède, et alors se pose en effet la question du déguisement et du dévoilement – ou bien l’image est-elle un réalité en soi et pour soi, dégagée de toute référence, forme parmi d’autres d’un « apparaître » aux mille visages, dont il n’ y a pas lieu de s’inquiéter en termes de vérité ou de fausseté.

8)   Permettez-moi un petit apologue personnel (hors débat) : Timon, élève de Pyrrhon, disait : « l’apparence l’emporte sur tout, où qu’elle aille ». Peu importe dès lors que ce soit l’apparence perceptive ou l’apparence imaginante, ce n’est jamais qu’apparence (phainomenon) ou mieux dit, « apparaître ».

      Pour Métaphores, GK

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