10 janvier 2017

Résumé du Cercle littéraire 25/01/17 : Notes de lecture

Cercle Littéraire

         Le Cercle littéraire du mois de janvier s'est tenu le 25 au Dimanche à la Campagne à 18h45 sur le thème suivant : 

"Notes de lecture"

         "Depuis notre dernière séance, vous avez sûrement fait vos délices d'ouvrages divers, derniers prix littéraires ou auteurs recommandés par vos amis ou vos émissions préférées. Retrouvons-nous autour de nos notes de lecture pour partager coups de cœur, découvertes ou relectures. Chaque participant prépare, s'il le souhaite, la présentation de cinq à dix minutes environ d'une œuvre qu'il ou elle a particulièrement appréciée, avec lecture d'un passage représentatif. Chaque présentation peut être suivie de commentaires et questions à propos de l'oeuvre présentée. Au menu : Suggestions, conseils, critiques sur d'autres œuvres lues récemment. Au plaisir de passer une soirée ensemble autour de notre passion commune." 

Résumé de la soirée :

Un petit groupe de lectrices passionnées et motivées a bravé le froid pour se retrouver dans l'ambiance chaleureuse du Dimanche à la campagne. Voici leurs derniers coups de cœur, œuvres récentes ou plus anciennes. Le thème de l'enfance se retrouve dans plusieurs des œuvres présentées.

                1) Le sagouin  de François Mauriac  1951

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 C'est la lecture de vers de cet auteur qui a amené à ce court récit où l'amour fait cruellement défaut. L' enfant mal aimé ressemblant trop à un père épousé pour le titre qu'il porte, deux êtres un peu « demeurés » à qui est refusé le don d'amitié ou d'intérêt à l'autre. Récit émouvant porté par une écriture dense et forte suggérant la beauté derrière les apparences .

                 2)  Les Demeurées de Jeanne Benameur  2002

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 La mère est l'idiote du village et vit repliée dans une  relation fusionnelle avec sa fille . Mais le monde se rappelle avec l'intrusion  de l'école Et c'est l'institutrice qui va se trouver enfermée dans l'échec, l'incompréhension et la solitude face au mystère d'êtres demeurés mais qui possèdent une force insoupçonnée. L'écriture poétique, incantatoire elliptique fait naître un beau récit.

               3) Petit Pays  de Gaël Faye  2016

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 Des accents autobiographiques dans ce premier roman qui cherche à ressusciter le paradis de l'enfance, le bonheur et l'insouciance, avec la famille et les copains. Mais quand on est un gamin franco-rwandais au Burundi dans les années 90, un jour, le paradis se transforme en enfer, monde d'horreur incompréhensible. «Ce qui s'est passé dans ces régions-là a atteint les sommets de violence et d 'horreur que même la littérature ne pourrait pas décrire et j'ai essayé-comme le personnage met la violence à distance, moi-même en tant qu'écrivain à  ce moment-là, j'ai essayé de mettre le plus longtemps possible cette violence à distance et de ne pas trop la décrire.»

 Le thème du don est interrogé dans un récit très documenté :

               4) Réparer les vivants de Maylis de Kérangal 2014. La construction narrative offre de beaux portraits des différents acteurs et de leurs milieux.

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              5)  De coeur inconnu  de Charlotte de Valandré inspiré d' une histoire vraie : la rencontre entre le mari de la donneuse et celle qui a reçu le cœur. Ecriture précise et poétique qui aborde avec délicatesse ce sujet difficile. 

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                 6)  Les secrets de famille, la quête de l'identité est au cœur de La cache, premier roman de Christophe Boltanski.

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Dans le Paris de l'Occupation, une famille d'artistes, des Juifs immigrés souffre d'une névrose familiale nourrie par la peur, l'exil et la clandestinité. A la manière d'une enquête policière construite comme un jeu de Cluédo, le récit cherche la vérité derrière le mensonge et la multiplication des identités.

               7) L'Indolente de Françoise Cloarec 2016 explore le mystère de Marthe Bonnard. 

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L'épouse du peintre Pierre Bonnard est omniprésente dans les tableaux de son mari. A la mort de ce dernier, en 1946 on découvre que Marthe, qui se disait orpheline, avait une mère et une sœur qu'elle voyait en cachette. Dans les péripéties de cette incroyable double vie, toute une époque revit: le milieu de l'art du début du XX°, la façon de travailler de Bonnard, ses amis, sa maison du Canet. Ce récit offre aussi l'occasion de redécouvrir la peinture de cet homme discret au travers de l'incroyable histoire de son modèle.

                8) Un voyage original en Italie, telle est l'invitation de Jacques de Saint Victor avec Via Appia. 

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En suivant l'antique Via Appia qui relie Rome aux Pouilles, ce carnet de route se lit comme un feuilleton et croise tous les domaines : art, histoire, sociologie, politique. Ce grand spécialiste et amoureux de l'Italie voyage seul et se livre  au cours de son cheminement…à bord de sa vieille Panda. Il fait revivre couleurs, odeurs, saveurs dans un véritable enchantement. Livre bourré de références, gourmand et gai.

               9) Le Maître des jardins noirs d'André -Marcel Adamek. Atmosphère inquiétante dans ce récit à l'ombre d'un village déserté ravagé autrefois par la peste; la rencontre de deux mondes qui se méconnaissent, celui  de la campagne et de la ville ; regards soupçonneux, sorcellerie, étranges récits aux frontières du mythe et du surnaturel.

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                   10) Laurent Gaudé avec Ecoutez nos défaites  Magnifique récit à l'écriture envoûtante, lancinante et haletante. 

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Enchâssés dans une histoire d'amour improbable, les voix de chefs de  guerre se relaient : Hannibal le Carthaginois, le Général Grant, le Négus d'Ethiopie. Ils évoquent les batailles qu'ils ont menées, victoires cher payées en vies fauchées et horreurs sanglantes. Réflexion mélancolique et grave  sur la destinée humaine, l'Histoire, le fracas des batailles et le silence de la mort .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

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07 janvier 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 19/01/17 - Pourquoi parler ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de janvier s'est tenu le jeudi 19 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne (clic pour les infos) à 18h45. Le sujet de cette soirée fut :

Pourquoi, de quoi, à qui parlons-nous ?

 

1)   L’homme est ce vivant qui est doué de parole, un « parlêtre » dont l’être se détermine  en grande partie, voire essentiellement, par l’usage ou mésusage de la parole. Le sujet interroge notre rapport à cette fonction de la parole, et conséquemment la possibilité ou l’impossibilité d’un « dire vrai ».

2)   Parler c’est se servir d’une langue (dans les deux sens du mot !). La langue est une institution sociale, peut-être la plus fondamentale de toutes, un système de signes conventionnels (les mots) articulés selon les règles de la grammaire et de l’usage, lequel est appris par le sujet, et qui s’impose nécessairement à lui pour permettre la communication. La langue constitue le lien premier d’une communauté linguistique. Parler c’est se servir de la langue pour exprimer un besoin, une demande, un désir, un ordre etc. La parole est un acte personnel, singulier, d’un sujet qui « prend la parole » pour s’adresser à autrui. D’emblée nous sommes dans la relation : pourquoi, de quoi, à qui ? La langue, considérée abstraitement, est l’Autre auquel le sujet est structurellement rapporté.

Apéro-philo 19 01 17

 

3)   La question : « pourquoi parlons-nous » sera longuement examinée en première partie. D’abord la paléontologie est convoquée pour rappeler dans quelles conditions physiologiques la parole a pu émerger : l’homme, assez mal assorti en défenses naturelles, a dû renforcer la cohésion du groupe pour survivre. La première raison pour laquelle nous parlons est la nécessité : renforcer les liens, gérer les besoins, organiser l’action utile. Une autre série de réponses concerne le développement intellectuel : il faut nommer pour reconnaître, mémoriser, savoir. La pensée se forme et s’enrichit dans les mots, et se communique dans les mots. Rôle des concepts en sciences et en philosophie, qui abstraient et généralisent les connaissances. Enfin quelques personnes insistent à juste titre sur le sens de la formule : « donner sa parole » où la parole vaut engagement pour l’avenir, promesse, dette d’honneur. Dans ce dernier cas la parole est en elle-même un acte (songeons aux actes notariés, où l’écriture vient pérenniser la parole).

4)   Insistons sur le fait que c’est toujours un sujet qui parle, celui qui se présentifie dans l’énoncé et qui à ce titre engage sa responsabilité : je pense que, je dis que, j’affirme que, je nie que etc. Ce qui implique évidemment que se pose la question de la sincérité (est-ce bien moi qui parle, et parlé-je vrai – ou faux) et donc la question de la vérité : il est troublant que l’on puisse dire n’importe quoi, mentir, se tromper et tromper les autres : en lui-même tout énoncé est de nature indécidable, le critère de vérité doit toujours être cherché ailleurs, dans l’expérience, dans la perception, dans le discours scientifique etc). D’où cette méfiance à l’égard du langage, considéré comme « la meilleure et la pire des choses » (Esope).

5)   En seconde partie on cherchera à mieux dire « de quoi on parle » : vient alors la question épineuse de l’indicible, de l’ineffable, de l’innommable. C’est le problème de la limite du dire. Le poète, le musicien sont supposés faire reculer cette limite et sonder plus avant la zone obscure avec les ressources d’une langue plus acérée, plus souple, plus évocatrice, plus fluide. On assiste aussi à l’invention de mots nouveaux, de nouveaux concepts (Deleuze) pour révéler des aspects inaperçus de la réalité. C’est l’aventure culturelle dans ce qu’elle a de plus noble, la marche vers la vérité. Pour autant, il serait vain d’imaginer une inadéquation parfaite entre le dire et le réel.

6)   On se demandera pour finir si, parlant de la réalité, ou même du réel, on ne parle pas fondamentalement de soi, en tout cas de soi dans le rapport aux autres ou à la réalité. A qui parlons-nous ? Aux autres bien sûr, mais surtout à soi-même dans le rapport indépassable aux autres.

Le sujet était si riche, si amplement discuté par une assemblée nombreuse et très motivée, que nous n’avons pu le traiter en entier. J’espère que ces notes livrées ici, pour  incomplètes et écornées qu’elles soient, donneront matière à un approfondissement personnel du lecteur.

 

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06 janvier 2017

Résumé Café-philo 10/01/17 : Se raconter des histoires

 CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo de Pau s'est tenu en janvier le mardi 10 à 18h45 au café le Matisse(clic). Comme d'habitude, le sujet a été voté et choisi par le groupe présent :

"Le plus malheureux des hommes est celui qui ne se raconte plus d'histoires."

L'animation et les synthèses furent assurées par Guy, philosophe et la modération par Nicole

Résumé de la soirée :

1)   Quel rapport entre ces deux éléments : "le plus grand malheur" – « ne plus se raconter d’histoires » ? Un penseur comme Pascal aurait peut-être soutenu l’inverse, considérant que se raconter des histoires relève d’une pratique du divertissement, destinée à occulter la misère de l’homme, et que le vrai bonheur ne saurait consister à fuir dans les chimères. Remarquons d’emblée que l’expression « se raconter des histoires » est généralement considérée comme négative : illusion, erreur, complaisance à soi, fuite dans l’imaginaire. Mais le sujet renverse ces jugements en présentant cette activité narrative comme une nécessité pour ne pas devenir « le plus malheureux des hommes ». Qu’est-ce qu’une « histoire » - quel est ce « raconter », et se raconter "à soi-même" - quelle en est la fonction dans l’économie psychique de l’individu et des sociétés ?

2)   Le groupe propose un rapprochement entre le rêve et l’histoire que l’on se raconte. Le rêve est une nécessité physiologique et psychologique, de la même manière, dans le récit que l’on se fait on exprime sa subjectivité : roman personnel ou familial, souvenirs, désirs, attachements, détestations, l’univers psychique est mobilisé dans un scénario, une action, des personnages réels ou fictifs, un environnement etc, dans lesquels le sujet se projette, résout ou non des problèmes, en tout cas s’efforce à recréer du sens dans le désordre de son existence. Le vrai problème serait plutôt que tel ou tel se laisser aller sans réserve à l’imaginaire, et se mette à délirer en perdant tout rapport à la réalité commune.

3)   Il faut interroger le « se » qui figure dans l’énoncé : se raconter à soi-même  c’est se parler en se posant à la fois comme l’auteur et l’auditeur, dans un dédoublement  réflexif. On repérera une tension interne entre les événements du récit en tant que tels, et l’intention qui préside à leur évocation : je peux raconter en répétant indéfiniment, comme dans le trauma, ou raconter pour décider d’une autre orientation, en modifiant le sens du passé dans la perspective d’un avenir autre. C’est ce qui passe en principe en psychothérapie : que ferai-je de ce qu’on a fait de moi ?

4)   Toute histoire est forcément subjective : on ne peut tabler sur sa « vérité ». Elle se remanie, se transforme en fonction du présent. Aussi la vraie question est moins celle de la véracité « objective » du récit que celle de la fonction que le sujet entend lui faire jouer. En théorie on pourrait indéfiniment remanier les histoires, qui ne sont jamais finies, source de bonheur ou de malheur selon que j’y puise des raisons de gémir (passions tristes) ou des raisons de me réjouir. En somme le sujet a une responsabilité personnelle dans l’usage qu’il fait de ses histoires.

5)   D’un côté l’histoire que l’on se raconte est éminemment personnelle (c’est mon histoire) de l’autre elle se tient dans un rapport indirect à la « réalité », entendue ici comme univers commun du langage, des représentations collectives, des valeurs morales et autres qui conditionnent inévitablement la subjectivité. On raconte dans un monde social, quoi qu’on en dise. Voyez Rousseau dans les Confessions, autobiographie et pamphlet tout à la fois. Les histoires sont des mises en scène qui situent le sujet dans un contexte social où il cherche à poser sa différence irréductible.

6)   Reste un dernier point.  Qu’est ce qui nous protègera du délire, si les histoires ne sont que des aménagements imaginaires ? On remarquera que les grandes mythologies, qui sont les histoires que les peuples se racontent à eux-mêmes, tout en donnant la part belle à l’action, au désir, à la quête etc, débouchent généralement sur un abîme, un point obscur, qui est le signe par où le réel se présentifie : Achille indéfiniment victorieux, et invincible, est abattu par une flèche qui lui brise le talon. Petite faiblesse inaperçue qui le rattache au sort commun. Les mortels meurent, voilà la leçon par de là toutes les imaginations de puissance ou de pouvoir. Le réel, qu’il ne faut pas confondre avec la réalité, celle du monde commun des hommes, c’est ce quelque chose qui fait que cela cloche, et qui nous ramène à l’humilité de notre condition.

7)   Concluons que l’homme est ainsi fait qu’il ne peut pas ne pas se raconter d’histoires. Mais toutes les histoires ne se valent pas. Certaines font miroiter des chimères. D’autres se proposent de situer correctement le sujet dans son présent et son avenir, tout en assumant l’insertion problématique dans la réalité commune. Enfin la seule vraie histoire, et la plus difficile, est celle qui ménage au réel sa part, comme un trou dans la structure de la représentation.

Pour Métaphores, GK

 

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04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

Bedous 07 01 17_modifié-1

          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

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02 janvier 2017

D'une année à l'autre

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Toute l'équipe Métaphores vous souhaite une belle année philosophique et littéraire, propice à de nouvelles modalités de pensée, à de nouvelles intuitions, lectures et rencontres créatives.

L'année 2016 aura été marquée par une dynamique de croissance enthousiasmante :

- Le Café-philo de Bedous animé par Véronique a rejoint Métaphores. Nous avons découvert à cette occasion un lieu charmant et une initiative qui mérite d'être d'autant plus saluée et soutenue qu'elle rencontre un public motivé par l'exercice philosophique dans la belle vallée d'Aspe. L'activité possède désormais sa rubrique spécifique sur le menu du blog.

- Nous avons réalisé au total une trentaine de soirées  : 21 Cafés/Apéros-philo ; 4 Cercles littéraires ; 3 Ateliers-philo ; 2 Cafés-Philo-Bedous, sur des thèmes philosophiques variés et essentiels : la violence, la sexualité, technique et techno-sciences, le corps, la nature, la séduction, la liberté, la politique ou encore le plaisir, l'illusion, les voyages, l'aliénation et la sagesse.

- La fréquentation du blog, en hausse de 47 % (par rapport à 2015), prouve que nos efforts ne sont pas vains. Près de 90 personnes sont désormais abonnées pour suivre nos actualités philo-littéraires. Les soirées et sujets ont suscité le désir des lecteurs d'intervenir dans les discussions. Plus de 200 commentaires et prolongements philosophiques ont été enregistrés cette année !

Nous tenons à remercier nos hôtes pour leur gentillesse et pour la qualité de l'accueil qu'ils nous réservent dans leur café : Le Dimanche à la campagne (Pau), le Matisse (Pau) et L'Escala (Bedous). Nous souhaitons évidemment poursuivre avec eux cette excellente collaboration.

Merci aussi à nos animateurs-bénévoles sans lesquels rien ne pourrait avoir lieu : Guy notre Président d'honneur, animateur résolu du Café et de l'Apéro, Janine pour le Cercle littéraire, David notre Président pour l'Atelier, Véronique et les suppléants Marie-Pierre et Didier (pour l'Atelier), ainsi que la modératrice, Nicole, qui assure le bon fonctionnement des cafés et apéros.

De nouveaux projets philosophiques sont en cours d'élaboration. Nous vous tiendrons informés ici-même de ces perspectives réjouissantes.

En attendant, nous vous donnons rendez-vous pour la première soirée Métaphores de la nouvelle année, samedi prochain, le 07, au Café-philo de Bedous sur le thème de la croyance

A très bientôt

DK

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05 novembre 2016

Résumé Café-philo du 13/12/16 - Du désir sans objet ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de décembre s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au café Le Matisse (clic) à Pau (17 rue Lalanne, face au musée des Beaux-Arts). Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Un désir sans objet est-il concevable ?

Résumé :

 1) Spontanément le désir se spécifie par l'objet : désir de...et la société contemporaine n'est pas en reste pour fournir d'innombrables objets à convoiter, dans le jeu infini d'un miroitement sans précédent dans l'histoire. Société de l'Objet pourrait-on dire. Mais à un niveau plus profond le même problème surgit : je désire être aimé, être reconnu, admiré - autant d'objets", immatériels, imaginaires ou symboliques. Ou bien je désire l'amour de ma partenaire, je désire son désir. Toujours on désire "quelque chose", alors même que nous savons pas au juste ce que nous désirons, au delà de l'objet identifiable et nommable. Le désir ouvre sur un espace infini, que rien ne semble pouvoir combler. C'est du moins l'approche classique de la question. Le sujet, à l'inverse nous propose une direction insolite : un désir qui ne se suspend pas à la représentation d'un objet, qui ne se définit pas par lui, qui l'excède ou le précède.

 2 ) Première proposition : le désir naît d'un manque, s'élance vers un objet supposé apte à combler ce manque de manière à obtenir la satisfaction. On se demandera toutefois si cette position ne rabat pas le désir sur le besoin : la soif, la faim etc qui, en effet, relèvent de cette analyse. Mais le désir n'est pas le besoin. L'objet du désir est moins circonscrit, moins immédiatement naturel, plus fluctuant, mobile et quasi indéfinissable. De plus il se déplace constamment (métonymie) ce qui crée une sorte de "folie" du désir dont se moquaient les auteurs de l' Antiquité : insatisfaction, démesure, errance, pusillanimité. Le sage se définissait par l'aptitude à se tempérer, donc à contrôler la mécanique du désir.

 3) Pour avancer il apparaît nécessaire de préciser ce qu'on entend par désir, même si chacun voit fort bien de quoi on parle : certains proposent une définition élargie, moins psychologique. Elan vital, force vitale, énergie de vie, effort pour persévérer dans son être, mouvement : le désir serait la manifestation spontanée de l'énergie, dont le défaut entraîne la stase dépressive. Vivre et désirer seraient quasiment synonymes. Selon cette perspective le désir ne naîtrait pas de la fascination de l'objet, mais serait en quelque sorte antérieur, principiel, bien qu'invisible, et se manifesterait clairement lors de la rencontre de l'objet. Spinoza : " ce n'est pas parce qu'une chose est belle que je la désire, mais c'est parce que je la désire qu'elle est belle". Je suis désirant de par ma nature d'homme, et ce désir se manifeste en créant le désirable, selon la logique seconde d'un "kairos" - l'occasion favorable, la bonne rencontre.

 4) Plusieurs personnes insistent sur le fait que le désir ne consiste pas seulement à cueillir les beaux objets offerts par la nature ou la société, mais bien davantage dans la capacité de créer ce qui n'existe pas encore - ce qui tendrait à prouver une antériorité du désir sur l'objet. C'est la logique de l'art, au sens étendu du terme. comme si l'homme ne pouvait se satisfaire de ce qui est et qu'il exprime davantage son essence en créant ce qui n'est pas encore : homo faber, homo estheticus. C'est aussi le cas des grandes réalisations culturelles qui font jaillir de nouvelles images et pensées de par le monde. L'objet n'est pas donné, il est toujours à venir...

Café-philo du 13 12 16

 5) Suit un débat sur la difficulté d'obtenir une véritable satisfaction : que d'objets décevants ! Que d'objets si vite obsolètes ! Même dans l'activité artistique, si pleine, si intense, si expressive  comment ne pas expérimenter une forme de "ratage fécond" qui n'est pas exactement un échec, mais une sorte d'impossibilité structurelle : même dans l'oeuvre la plus belle il reste "un quelque chose" qui n'est pas dit, ou mal dit - qui nécessite la relance, et une autre oeuvre, à l'infini. Cette inadéquation semble constitutive, non seulement de l'oeuvre d'art, mais de l'existence humaine en tant que telle. L'objet fascine et se dérobe : vertige du désir.

 6) "Cet obscur objet du désir " - obscur parce qu'il n'y a pas de science du désir, pas de savoir concluant et décisif, ce que chacun peut découvrir en soi-même, pour peu qu'il accepte de s'observer lui-même. Le désir vient et part, et revient, furet indéfiniment déplacé. On peut décider de courir à l'infini, et comme Don Giovanni dans Mozart, accumuler les conquêtes, ou les échecs. On peut aussi prendre acte de cette béance structurelle, la considérer comme définitive et sans remède, et de là, réduire les désirs, désidéaliser les objets et opter pour une certaine simplicité : "non plus quam minimum" (Lucrèce) mais de ce minimum faire oeuvre de beauté.

 7) L'objet est-il cause du désir ? Ce n'est pas si sûr. Peut-être n'est-il que le support plus ou moins illusoire d'une démarche de vivre et de créer qui elle n'est pas illusoire. 

Pour Métaphores,

Guy Karl

 

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04 novembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 26/11/16 : le soleil et la mort

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 26 à 18h au Café-librairie L'Escala (clic) en vallée d'Aspe. L'association Métaphores est heureuse (clic) de soutenir cette remarquable initiative en Pyrénées et de la compter désormais parmi ses activités. Le sujet proposé fut : 

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.” La Rochefoucauld 

L’homme est cet animal qui sait qu’il va mourir et la mort est cet indépassable auquel tous, nous nous heurtons. Ainsi, cette conscience de notre condition ferait de nous des êtres à part : “Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien”(B.Pascal).

 Cependant, tout en étant naturelle, universelle, toujours la mort (la nôtre) nous semble lointaine : ce sont les autres qui meurent en nous rappelant que nous allons, nous aussi mourir et à la certitude de mourir s’oppose l’incertitude de l’évènement. Sauf à en décider, elle procède de l’imprévisible (cf V.Yankélévitch : “elle est inclassable (....) sans rapport avec les autres évènements qui tous s’inscrivent dans le temps”). Est-ce alors ce qui fait que nous ne pouvons-pas la regarder fixement ? Est-elle comme cet astre qui nous aveugle, nous éblouit au point que sitôt aperçue, il nous faille nous en détourner ?

 Nous constatons que toutes les cultures ne la voient pas de la même façon, de même que tous les âges. Mais, se penser mort et être mort, ce n’est pas la même chose et d’entrée de jeu, il apparait que si on ne peut la regarder, c’est qu’il n’y a rien à voir : elle est le vide, le trou noir, l’inconnu. D’ailleurs, pourquoi faudrait-il la regarder en face ? Passer sa vie à regarder sa mort est impossible et équivaudrait à ne pas vivre. Ou encore, se dire que tout ce qui existe là n’existera plus. Elle se dit donc comme un renoncement, une acceptation de la disparition qui semble difficile.

 Nous ne pourrions la regarder parce qu’elle nous fait peur et plus que notre mort, c’est celle des autres avec l’expérience de l’absence qui semble nous faire souffrir (même si pour ceux qui restent, la personne continue à vivre). Mais, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est une piqure de rappel, une confrontation au réel qui nous oblige à la regarder en face ? Cela nous confronterait à cette difficile réalité qui est que donner la vie, c’est aussi donner la mort .

 La réflexion s’engage alors sur la peur de la mort, parce que nous ne la contrôlons pas, ce qui expliquerait que nous ne puissions la regarder fixement. D’ailleurs, les jeux d’enfants qui jouent à être mort n’ont-ils pas fonction de leur faire affronter leur peur de la mort ; ou comme dans ‘Jeux interdits” qui montre des enfants jouant aux adultes, à la puissance (“je te tue”), au contrôle de la mort. Nous nous interrogeons alors sur les personnes qui se mettent en danger, comme si elle ne se sentaient vivantes que à ce moment-là, sur l’adolescence, âge qui invite à tester sa puissance.

N’est-ce pas parfois suscité par le manque d’intensité de nos sociétés, le vide qu’elles offrent, le fait qu’il n’y ait plus de rites initiatiques ? Mais alors, cette impossibilité de regarder la mort en face n’est-elle pas accentuée par les avancées techniques et scientifiques ?

Dans des temps plus anciens, on voyait les gens mourir, on tuait les bêtes pour se nourrir. Aujourd’hui, les gens ne meurent plus chez eux et la mort est dématérialisée, virtuelle (écrans). De même, la science a aseptisé la vie et on cache la mort, on la délègue à des professionnels. Comment ne peut-on mourir quand on le décide en cas de grave maladie ?

Enfin, nous planifions tout et vivons toujours dans l’anticipation, nous perdons en intensité et peut-être que la peur de la mort dépend de la relation que nous entretenons avec l’existence. Plus la vie sera vide, plus la peur de la mort sera présente. Il faudrait aider les hommes à construire leur vie, à remplir et vivre pleinement l’instant présent. Les accidents de la vie (maladie,coma) peuvent ouvrir sur un autre rapport à l’existence, un sens aigu de la responsabilité (afin de ne pas regretter), se rendre compte que nous ne sommes pas là pour rien afin d’être davantage dans le présent que dans l’espérance. C’est d’ailleurs cette espérance qui pourrait empêcher de la regarder fixement, d ‘interroger sereinement le sens de son existence, qui ferait qu’on peut du coup ne pas vivre sans même s’en rendre compte et nous fait être des morts-vivants. Il faudrait donc tenter de la regarder pour redéfinir sa vie, se hâter de vivre. En ce sens, la mort ne serait pas à considérer comme une fin ; elle est un miroir.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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03 novembre 2016

Résumé de l'Atelier-philo du 23/11/16 : De la séduction

Atelier-philo

L' Atelier-philo du mois de novembre a eu lieu mercredi 23 au Café-restaurant le Dimanche à la campagne à Pau (face parc Beaumont - jeu de paume). Nous avons accueilli avec grand plaisir Anne Roussel, professeure de philosophie pour aborder le thème de la séduction qui fut celui de sa thèse de doctorat autour du sujet suivant : 

"Sommes-nous les jouets de la séduction ?"

 

Atelier-philo du 23 11 16

Résumé de la soirée :

 Pour cet atelier suscitant la rencontre entre philosophie et esthétique, Anne Roussel, professeure de philosophie et intervenante en histoire de l'art, a très aimablement apporté une contribution de grande qualité, tant par sa présentation que par ses interventions.

 Il est de coutume de débuter une réflexion en philosophie par le fait de définir les termes en jeu. C’est intentionnellement que le co-animateur, et auteur de ces lignes, s’y est refusé : une définition, même liminaire, et pire, une conceptualisation, aurait certes eu le mérite de délimiter un champ de discussions mais aurait eu l’inconvénient d’enclore la discussion collective dont l’intérêt est l’examen, l’enquête. De plus, la séduction, prise dans le grouillement des faits et des relations, échappe par bien des côtés à une approche strictement intellectuelle, comme l’a souligné Anne Roussel ; et ce d’autant que rares sont les philosophes à s’être engagés dans une enquête, et encore moins, dans une théorisation de la séduction : « Décidément, la séduction présente un enjeu incendiaire, et ne peut qu’attiser la curiosité : facile, désinvolte, séductrice justement, et pourtant…elle passionne, et se manifeste au quotidien. Si l’intellect pur ne l’aime pas, c’est qu’elle ne cesse d’inviter le désir à sa table… ».

 Diverses questions préalables autour de la séduction, notamment entre homme/s et femme/s, sont proposées pour le débat : « Sommes-nous les jouets de la séduction, ou jouons-nous la scène originelle de la séduction pour tenter de rejoindre un point de mire à déterminer ici ? », la séduction est-elle naturelle, telle une parade animale, ou est-elle un talent, un art qui révèle la femme à elle-même ? La séduction est-elle intentionnelle ou non-intentionnelle ?

 D’emblée les figures mythiques ou littéraires, Don Juan de Molière ou Don Giovanni de Mozart, sont convoquées. Et très majoritairement, la séduction, qu’elle soit naturelle ou non, est décriée : manipulation, miroir ou recherche narcissique... Et il s’avère que le Don Juan de Molière se présente lui-même comme un conquérant, - de quoi ? Des femmes ! Le séducteur, et Don Juan de surcroît, chercherait l’emprise, la maîtrise, la transgression. Le séducteur – tiens ? on ne convoque aucune séductrice (et la Duchesse de Langeais, grande figure balzacienne de la séduction, restera absente toute la soirée…) ; le séducteur, donc, est un égocentrique qui cherche à se sentir mieux. On commence à distinguer le séducteur de la séduction, mais le procès se poursuit contre cet acte artificiel dont les exemples du champ politique contribuent à sa disqualification.Une bifurcation, un reversement du pour au contre : et si la séduction n’était pas une manière d’attraper le sensible ? Et si la séduction n’était pas opposée à l’amour mais l’un de ces ingrédients ? À rebours d’une séduction de l’un « contre » l’autre, la séduction peut se manifester comme un jeu de symboles, de signes, qui dépossède le séducteur et le séduit.

 La seconde partie de la soirée se réamorce autour de la question du désir mais le procès de la séduction d’un côté et sa défense de l’autre réapparaissent et se poursuivent. Alors à nouveau la séduction décriée, dévaluée, est renversée en posture d’authenticité : c’est peut-être lorsqu’on séduit, loin de la dissimulation ou de la stratégie, que l’on se dépasse soi-même dans un moment de vérité. La séduction montrerait ce que l’on a de meilleur… Par ailleurs, dans la philosophie même, la séduction intervient et influe, comme lors de la maïeutique de Socrate.

La corrélation entre séduction et amour se développe. Loin d’une recherche de l’idéal amoureux, la séduction pourrait entretenir la relation amoureuse. Car peut-on imaginer un amour sans séduction ? Et si oui, cela ne ressemblerait-il pas à un roman de Barjavel où les relations amoureuses sont institutionnellement décidées, sans séduction, et par là-même sans désir ? On fait l’hypothèse que pour être efficace dans la relation amoureuse, la séduction doit être ignorée, sans calcul.

 En conclusion, citer Sören Kierkegaard n’est pas sans pertinence, étant le seul à avoir longuement thématisé et développé la question de la séduction dans une démarche philosophique. Au sujet du Don Giovanni de Mozart, il écrit : « Son désir est sensuel, il séduit par la puissance démoniaque de la sensualité et il séduit toute femme. La parole, la réplique ne lui appartiennent pas… Il n’a pas, en somme, d’existence propre, mais il se hâte dans un perpétuel évanouissement – justement comme la musique… » (dans les premiers chapitres de « Ou bien Ou bien » ou intitulé par ailleurs « L’alternative »).

 Anne Roussel, dans sa conclusion, en reviendra à l’origine culturelle, au chapitre de la Genèse du Pentateuque : « dans le ballet de la séduction, est rejoué le péché originel ».

Pour Métaphores, David Pourille

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01 novembre 2016

Résumé de l'Apéro-philo 17/11/16 - L'humain et la sexualité

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de novembre s'est tenu le jeudi 17 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"La sexualité nous enseigne-t-elle quelque chose au sujet de l'être humain ?"

Résumé de la soirée

1)   Pour la philosophie traditionnelle l’homme est d’abord un être de langage : « zoon logon echon » - le vivant qui possède le langage, et partant, la raison, la faculté de connaissance. La sexualité est souvent ignorée, ou tolérée à la faveur de la nécessité de la reproduction. S’en suit régulièrement une mise en garde morale, la sexualité inspirant certaines passions aveugles ou aliénantes. On peut se demander à quoi tient cette relégation et si, voulant faire l’ange on ne fait pas la bête (Pascal). Qu’y a -t-il donc de si dérangeant dans la sexualité qu’il faille, et dans le discours religieux, et dans le discours philosophique, multiplier les mises en garde, voire les condamnations ?

 2)   Quelques rappels s’imposent pour la clarté de l’analyse : la sexualité est plus large que la génitalité, qui n‘apparaît qu’à la puberté. Or il y a une sexualité enfantine, qui met en jeu d’autres zones érogènes, lesquelles continuent d’avoir un rôle jusque dans la génitalité adulte (par ex le baiser). L’extinction de la génitalité chez le vieillard ne supprime pas davantage la sexualité, qui se rabat sur les zones prégénitales. C’est peut-être cette dimension hors-génitale, donc improductive, qui agace le plus les moralistes. Deuxième point : la sexualité crée un corps érogène (ou érotique) à partir du développement des pulsions partielles : buccales, anales, phalliques puis génitales, opérant une sorte de raccordement empirique, fait de bouts de corps, avec des zones très sensibles et d’autres non : il en résulte que chaque sujet a un corps érogène singulier, dont la logique première est l’obtention du plaisir, selon le rapport fondamental tension-détente. Le plaisir est gratuit, entendons qu’il n’a aucune utilité sociale, ce qui est peut-être une indication précieuse. On veut bien du sexe s’il sert à la reproduction, mais non s’il ne sert à rien…qu’à procurer du plaisir. Troisième point : les comportements sexuels témoignent d’une grande variété et plasticité, notamment dans le choix d’objet, qui décidément ne  semble pas prédéterminé par la nature ou par l’instinct : homosexualité, bisexualité, transsexualité, monosexualité. Le choix d’objet relève d’une histoire personnelle, d’un jeu complexe d’influences dont il serait prétentieux de prétendre donner la formule. Bref, la sexualité humaine n’est pas la sexualité animale, ni une donnée instinctive prescriptive, elle exprime une liberté face à la nature, elle est inventive et polymorphe. En ce sens elle exprime la spécificité irréductible de l’être humain.

 3)   L’essentiel de la première partie du débat portera sur les empêchements, restrictions, répressions et condamnations de la sexualité : Dieu, la morale, la tradition, les sentiments de honte, de gêne, de culpabilité, de pudeur résultant des systèmes éducatifs. On veut bien admettre la sexualité à condition, soit qu’elle serve à la reproduction, soit qu’elle s’accompagne de tendresse, d’amour, de bienveillance, ou de beauté, mais non le fait brut, qui relèverait de la « bestialité », terme qui évoque la perversion plus que l’animalité. Peut-être y a –t-il là une résistance qui témoigne en effet d’une protestation contre les lois de nature, d’une rébellion contre la physiologie, en un mot d’un réel inassimilable.

 4)   Reste que la sexualité inspire le désir, anime l’être d’un mouvement excentrique, le porte à la rencontre de l’autre, colore l’existence et dynamise : œuvres d’art, littérature – et même philosophie !

Apéro-philo 17 11 16

 5)   Après la pause un débat passionné oppose les tenants d’un Eros sublime, où se révèlerait une dimension sacrée, divine, esthétique et métaphysique, l’individu, dans l’acte charnel, avec la partenaire s’ouvrant à l’infini (on peut penser au Tantra) – et ceux qui refusent ces conceptions éthérées pour mettre l’accent sur la « naturalité » indépassable de la sexualité. Nous sommes menés par des forces intérieures qui agissent à notre insu, réveillent le désir et l’éteignent sans que le sujet y ait une part volontaire : absurde de la pulsion qui agit quand elle veut et où elle veut. On songe à Pascal qui remarquait que les pensées viennent et vont, hors de contrôle.

 6)   « Il n’y a pas de rapport sexuel » - Non qu’il n’ y ait point d’actes dits sexuels, mais l’expérience montre que la jouissance, même dans des bras bien-aimés, dénote une solitude indépassable : chacun jouit de ce qui le fait jouir, qui n’est pas la même chose pour l’autre. On voudrait que les choses concordent, s’unifient dans l’extase, suppriment la solitude respective, mais cela relève sans doute des mythes de l’amour. L’orgasme ne permet pas, en dépit des espoirs, un dépassement de la condition humaine.

 7)   Resterait à voir, nous n’en avions plus le temps, ce qui pourrait constituer une éthique de la sexualité, en cette époque où 70 pour cent de personnes souffrent de misère sexuelle : mais il probable qu’un consensus sur ce point n’aurait pu émerger vues les divergences qui se sont manifestées au cours de la soirée.

Pour Métaphores, GK

30 septembre 2016

INFO : Migration du Café-philo

 

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Information importante

        Nous sommes contraints de quitter la Coulée douce (la MJC Berlioz) qui accueillait le Café-philo depuis avril 2015. De nouvelles conditions que nous avons jugées contraires à l'esprit de nos activités nous sont désormais imposées par les Maisons de Jeunes et de la culture : cotisations, prise d'une assurance, absence de personnel d'accueil, absence de boissons, donc plus de pause conviviale autour d'un bon verre. Autant dire, un Café-philo sans café ou un Apéro-philo sans apéro.

Nous sommes conscients des difficultés financières rencontrées par ces structures mais les normes qui fixent aujourd'hui l'accueil d'une association comme la nôtre sont incompatibles avec notre projet qui se veut le plus ouvert possible et dégagé autant que faire se peut des déterminations économiques.

Nous tenons ici à rappeler que nos activités reposent intégralement sur le bénévolat des animateurs et la gratuité inconditionnelle en direction d'un public qui n'est tenu à aucune obligation, à aucun contrat d'assiduité, à aucune cotisation d'aucune sorte, à l'image de l'acte de penser.

Nous ne pouvons que regretter la direction prise par ces lieux à la vocation "publique" mais dont les contraintes financières déterminent manifestement, et de plus en plus, la politique générale, ce qui ne laisse pas d'interroger l'emprise de ces dernières sur tous les champs de la culture et sur la place de la gratuité dans notre société.

Le prochain Café-philo (clic) se tiendra donc au café-brasserie Le Matisse (clic), 17 rue Lalanne à Pau, face au musée des Beaux Arts, dans sa belle salle entièrement rénovée et chaleureuse du premier étage. Nous tenons vivement à remercier le patron pour sa gentillesse et pour l'intérêt immédiat qu'il a manifesté à notre endroit. Dans cette perspective, la gratuité de l'activité, la pause apéritive, essentielle, pourront être maintenues et chacun pourra consommer ce qu'il souhaite sans autre contrainte que son seul désir. 

Pour Métaphores, DK

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