29 novembre 2017

Résumé Apéro-philo - 20/12/17 - Vulnérabilité et humanité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo de l'année 2017 se tenu le mercredi 20 décembre au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

La vulnérabilité est-elle un signe d'humanité ?

 

Résumé de la soirée :

1)   Tous les vivants étant sensibles, impermanents et mortels, sont voués à éprouver des blessures. L’homme ne fait pas exception à l’ordre général de la nature. On peut se demander dès lors s’il existe une vulnérabilité spécifiquement humaine, et en quoi cette vulnérabilité serait un signe d’humanité.

2)   L’homme, comme l’animal est voué à souffrir, mais il se distinguerait de l’animal par une double aptitude : celle de construire progressivement une représentation de la vulnérabilité par le développement de la conscience réflexive : la souffrance n’est plus simplement un événement passager sitôt oublié, elle induit par la mémoire et l’anticipation un véritable savoir, rapporté au sujet comme tel : la vulnérabilité est ma vulnérabilité. De plus ce savoir se solidifie dans le langage. La souffrance s’éprouve, se pense, se dit, se communique. Elle devient un signe spécifique de l’être humain, capable de se reconnaître vulnérable.

3)   Cette reconnaissance, pourtant, ne va pas de soi. Elle se heurte de front à l’imagination, «  la folle du logis », à l’illusion qui nous fait rêver d’immortalité, d’invulnérabilité, de toute puissance : d’où le culte des héros qui semblent échapper à la mesure commune et satisfont à bon compte notre narcissisme. En général on voit dans la vulnérabilité une marque de faiblesse, d’incomplétude, un défaut, surtout si l’on pense qu’il faut en toute circonstance être un « battant », un gagnant, un performant. D’où la tendance bien compréhensible à cacher ses faiblesses, à dissimuler la vulnérabilité derrière un écran protecteur.

4)   Mais la vulnérabilité réapparaît inévitablement dans les grandes crises émotionnelles, dans l’amour, dans le risque consenti en faveur de certaines entreprises. On ne peut indéfiniment s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Vivre c’est aussi se risquer, et alors la vulnérabilité réapparaît. On songe à certains qui ont consenti à risquer leur sécurité pour soutenir de grands projets, courir le monde, ouvrir de nouveaux chantiers à la connaissance. Ils ont dû assumer leur vulnérabilité dans une aventure qui pouvait les détruire.

5)   On découvre que la notion d’humanité est infiniment problématique. Suffit-il d’être un membre du genre humain pour être véritablement humain ? Suffit-il d’être un individu, ou le membre d’une société pour mériter le qualificatif d’humain ? Certains sont résolument inhumains, ou immatures, ou scélérats. On voit que l’humanité n’est pas un simple statut, mais un chemin, une voie, une incertitude et un risque, en tout cas un devenir. Devenir humain, et dans ce devenir quelle est la place, le rôle, la fonction de la vulnérabilité ?

6)   Si la vulnérabilité est vécue d’abord négativement comme marque de la faiblesse et de la finitude, elle est du même coup indice de réalité : il faut bien reconnaître, si l’on veut sortir de l’enfance, quelles sont les lois élémentaires de la réalité, même si ces lois nous infligent un démenti quant au narcissisme spontané : épreuve de réalité douloureuse mais salutaire. Pour autant il serait ridicule de se complaire dans l’énoncé interminable de nos manques, de se déprimer au long cours en gémissant sur les misères de notre condition. La « pauvreté » constitutionnelle de l’homme a été un puissant levier par lequel il s’est donné la force de connaître le monde et de le transformer. « Ce qui ne tue pas me rend plus fort » : leçon de courage, force de l’esprit, puissance de la symbolisation. D’où la science, la loi, la technique. On songe au mythe de Protagoras : si les dieux ont oublié de nous munir correctement d’armes naturelles pour faire face au danger, les hommes auront su inventer le langage grâce auquel ils se donnent des lois et des connaissances pour adapter le monde à leurs besoins.

7)   Enfin, sur un plan éthique, remarquons que c’est par l’assomption de sa propre vulnérabilité que l’homme se rend capable de comprendre la vulnérabilité du prochain, et par là d’accéder à l’humanité morale ou spirituelle, qui décidément fait de lui un humain. Le chemin que désigne le dieu de Delphes est celui d’un « travail » de parturition, d’enfantement, de maturation, qui devrait mener à devenir celui que virtuellement nous sommes.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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28 novembre 2017

Résumé Cercle littéraire - 19/12/17 : Lectures et lectures de films

Cercle Littéraire

Le dernier Cercle littéraire de l'année 2017 s'est tenu mardi 19 décembre à 18h45 au Dimanche à la campagne (entrée libre et gratuite) sur le sujet suivant : 

Lectures et lectures de films

Résumé de la soirée :

Résultat de recherche d'images pour "Au revoir là-haut"    Le film Au revoir là-haut d'Albert Dupontel , d'après le roman de Pierre Lepape est largement plébiscité : qualité des acteurs, de la photo ; un beau film, à voir, que l'on ait lu ou pas, apprécié ou pas le roman .

 

  Résultat de recherche d'images pour "Le Musée des merveilles"    Le Musée des merveilles :  film rempli de tendresse et de délicatesse, semblable à un conte de Noël, deux enfants comme  héros, deux quêtes parallèles se déroulant  à New-York, la première en 1920, la seconde en 1970 : à aller voir pour sa magie et son optimisme au-delà des drames de l'existence.

  

Maria by Callas - la critique du film   Fim documentaire : Maria by Callas : belles images d'archives et le point de vue de la diva sur elle-même, la bivalence au cœur de cette artiste hors norme . 

 

Résultat de recherche d'images pour "Guédiguian La Villa"  Le dernier Guédiguian : La Villa fait passer un bon moment de cinéma . Marseille toujours, une belle lumière et de la nostalgie. Les retrouvailles d'une famille autour du patriarche suscitent l'évocation des souvenirs en forme de bilan et un retour  au réel avec le monde qui s'invite au travers d'un enfant migrant.

 

Résultat de recherche d'images pour "Prendre le large"  Prendre le large de Gaël Morel avec Sandrine Bonnaire la délocalisation  transforme une ouvrière française en migrante au Maroc ; un voyage à l'envers riche en enseignements.

 

Résultat de recherche d'images pour "Dans la forêt"  Dans la forêt  roman de Jean Hégland : Deux sœurs dans une maison au milieu de la forêt se retrouvent seules, à l'écart d'une catatrophe qui reste mystérieuse ravage la côte Ouest des Etats-Unis . Elles apprennent  à vivre des ressources de la nature et refont le chemin en arrière vers un mode de vie ancestral  qu'elles redécouvrent... Une très belle écriture, un hymne à la nature, à la fraternité qui transcende les épreuves . 

 

Résultat de recherche d'images pour "De Pourpre et de Soie"  De Pourpre et de Soie   Mary Chamberlain : C'est d'abord l'histoire d'une passion, celle d' une jeune Anglaise pour la couture, les tissus dont les noms créent une véritable poème . L'héroïne tente de se hisser socialement grâce à son talent et voudrait créer sa propre maison . Mais sa vie prend un cours inattendu en ces années qui voient éclater la seconde guerre mondiale . Ses aventures, ses souffrances rythment le récit écrit dans un style simple et dépouillé .

 

 Résultat de recherche d'images pour "Légende Sylvain Prudhomme"  Légende  Sylvain Prudhomme Ce superbe roman se déroule en Camargue,dans la Crau et retrace l'histoire d'une famille maudite et disloquée à partir d'une enquête sur deux cousins, personnages flamboyants

 

 Résultat de recherche d'images pour "Le Sympathisant Viet Thanh Nguyen"Le Sympathisant Viet Than Nguyen : Comment les Vietnamiens vivent aux USA en particulier sur la côte Ouest où se retrouvent nombre d 'émigrés asiatiques.

 

  Résultat de recherche d'images pour "L'Art de perdre Alice Zéniter"L'Art de perdre Alice Zéniter : Un sujet sensible, la guerre d'Algérie, est  evoqué par le biais d'une quête de l'histoire familiale par une jeune femme d'origine kabyle  ne trouvant pas sa place en France .

 

Résultat de recherche d'images pour "Ishiguro Auprès de moi toujours Les vestiges du jour"  Ishiguro  Auprès de moi toujours, Les vestiges du jour. Nobel 2017, à découvrir et dont nous reparlerons.

 

Pour Métaphores, Janine Delaître

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27 novembre 2017

Résumé du Café-philo - 12/12/17 - Haïr le silence ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de décembre (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 comme le mois dernier au Palais Beaumont à Pau. Il fut animé par Guy Karl et modéré par Nicole. Le sujet voté par les participants fut : 

Pourquoi haïssons-nous le silence ?

Résumé :

1)   Curieusement, ce sujet est choisi par des personnes qui déclareront par la suite qu’elles ne haïssent en rien le silence, et que même elles peuvent le chérir à l’occasion. Cette problématique de la haine a dû intriguer. Elle pose la question de savoir en quoi le silence  - mais lequel ? – peut inspirer la crainte, ou l’effroi, qui à leur tour détermineraient cet affect de haine.

2)   D’emblée le silence est posé comme l’opposé du bruit, ou comme suspension momentanée du bruit. Si le bruit est partout, envahissant, subi comme parasitage, il peut être bon de se retirer, de faire silence, de se recueillir, de méditer. Interruption salutaire, retour à soi. D’autres à l’inverse trouvent dans le bruit comme « fond de monde » un sentiment agréable de sécurité. On peut haïr le bruit, on peut haïr le silence : affaire de préférence personnelle.

3)   Plus qu’une absence de bruit – toujours relative – on peut appréhender le silence comme absence de son : le son est ce que produit la voix humaine. Dès lors le silence peut s’interpréter comme une suspension de la parole, qui peut inquiéter (« pourquoi ne répond-il pas ? est-il fâché ? »), ou intriguer, ou interroger. Nous voici dans le champ complexe de l’intersubjectivité. Silence et parole sont liés comme le « silence » à la note de musique. Si on ne peut parler sans interruption, on ne peut davantage se taire indéfiniment. Il en résulte que chacun des deux éléments ne prend sens et valeur que par sa relation à l’autre. On ne saurait haïr le silence de manière absolue : c’est telle situation, tel contexte, telle intention, qui dans le silence, peuvent devenir objet de haine. Ce silence serait un défaut de parole, un manquement, une imperfection, que la parole vraie pourrait en principe élucider.

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4)   Mais alors la haine du silence ? Cette expression ne prend sens qu’à condition de radicaliser la rupture, comme dans le cas d’un mutisme définitif, d’un emprisonnement, d’une privation sensorielle. Alors règne le « le silence de mort ». Le silence n’est vraiment redoutable que dans ces situations limites, où nous expérimentons une déroute du langage, une impossibilité de signifier, une rencontre avec une altérité absolue. Le silence est alors l’absence de signifiants, et l’absence de sens. On évoque Pascal, et le silence des espaces infinis qui plongent l’auteur dans l’effroi. Les planètes ne parlent pas, c’est en vain que nous interrogeons les astres. Nous voici en présence de la mutité absolue, altérité radicale et définitive.

5)   Plus loin encore, on se demandera ce qu’il en est d’un dieu que l’on invoque, et qui ne dit rien. Dès lors, comment ne pas répondre par un « froid silence/ Au silence éternel de la divinité » ? (Vigny, Le mont des oliviers).

6)   En somme nous aimons le bruit du monde, le vacarme des affaires, le tourbillon de la vie mondaine, qui, s’il nous agace parfois, a pour avantage de nous divertir – de nous détourner de ce qui serait l’épreuve insupportable d’un manque de sens, qui se laisse entrevoir dans le manque de signifiants, entendons dans le fait que le langage ne peut tout dire, tout englober dans sa sphère, et qu’au-delà ou en de ça de ce monde interprété, se profile une réalité toute autre dont nous ne savons rien, qui échappe à nos prises, et qui de toute manière est plus puissante que nous. Nous avons le choix, pour finir, entre l’effroi pascalien, et la tranquille acceptation du sage chinois qui s’en remet au Tao : «  Ne fais rien, et le Tao fera tout pour toi ».

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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16 novembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 6/12/17 : Toujours seuls ?

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Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de décembre s'est tenu le mercredi 6 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés et soumis au vote des participants:

Sujet 1 : Sommes-nous toujours seuls ?

Sujet 2 : A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Sujet 3 : L'intelligence peut-elle être artificielle ?

Le sujet retenu fut :

Sommes-nous toujours seuls ?

 Pour ce dernier Manhattan-Philo de l'année, le public a choisi le sujet: "Sommes-nous toujours seuls? " Un thème approprié aux longues soirées d'hiver et aux fêtes de fin d'année, propices à la prise de conscience de la solitude.

J'ai introduit cette question en précisant que le sujet pouvait paraître aberrant. L’homme est un être social, il vit donc en groupe, et n’est de fait jamais seul. Il peut s’isoler, mais c’est temporaire. Il est donc impossible, à première vue, d’être toujours seul. Mais la solitude sociale doit être distinguée de la solitude psychique, et c’est en ce sens qu’on peut se demander si l’homme n’est pas toujours seul, autrement dit sur le plan de sa conscience. Si personne ne peut se mettre à ma place, ne suis-je pas toujours seul ?

Cette soirée a vu le débat partir dans des directions assez variées, je vais en retracer quelques aspects essentiels. Après coup, je me suis rendu compte que je n’avais sans doute pas suffisamment cadré initialement le débat en développant davantage le problème posé, ni recadré le débat par la suite en revenant régulièrement sur les fondamentaux de la question posée, ce qui, ajouté au nombre des participants, a un peu augmenté l’aspect « jardin à l’anglaise » de la conversation, mais qui n’est pas, comme le jardin en question, sans charme, bien au contraire.

Tout d’abord, un participant a posé une réponse positive à la question en se demandant si on n’était pas toujours seuls face à ses actes. Au fond, une thèse de la responsabilité, qu’on peut prendre au sens théologique, ou au sens existentialiste.

Dans cette direction, quelqu’un a aussi remarqué que l’expérience de la souffrance était aussi une expérience de la solitude.

A partir de là, hormis en fin de soirée où un intervenant est revenu sur le sens littéral du sujet pour poser que la conscience était toujours seule, séparée en son être des autres consciences, la conversation a plutôt porté sur deux aspects : le premier, la définition de la solitude. Le second, la valeur de la solitude, autrement dit : est-ce une chose qu’il faut fuir ou rechercher ?

Sur la définition de la solitude, plusieurs distinctions ont été posées. Il a été remarqué que le fait d’être seul se distinguait du sentiment de solitude. La solitude objective et subjective, en fin de compte. Dans cette ligne a aussi été distingué la solitude sociale et la solitude psychique. D’autre part, la solitude peut aussi se distinguer selon qu’elle est recherchée ou subie. Un intervenant a évoqué la distinction d’Hannah Arendt entre solitude et esseulement.

Sur la valeur de la solitude, plusieurs idées se sont dégagées.
L’idée que la solitude est quelque chose de précieux, permettant de se retrouver, se ressourcer, s’accepter, et en un mot de penser. De là une certaine critique des sociétés modernes bruyantes où notre attention est toujours sollicitée et où on ne peut pas prendre du temps pour soi. Mais aussi une critique de la vie sociale, voire une genèse du désir de compagnie, dans le fait qu’ayant du mal à se retrouver avec lui-même, l’homme est poussé à s’oublier en compagnie des autres.
L’idée, d’autre part, que la solitude est une cause de souffrance et qu’il faut y trouver des remèdes. La souffrance de cette solitude est identifiée tantôt dans la difficulté pour une personne de trouver sa place et son sens dans la société, tantôt dans la difficulté pour se connaître soi-même, voire – sur un plan psychanalytique – accepter la rupture initiale qu’a constitué notre séparation avec notre mère, tantôt enfin dans une angoisse métaphysique plus profonde, qui n’est pas étrangère à l’insécurité fondamentale découlant de notre mortalité, en un mot, de notre finitude. Une participante remarque ainsi que Johnny Halliday, décédé récemment, ne supportait pas de se retrouver seul et était toujours inquiet de se savoir aimé, alors même qu’il jouissait d’une grande notoriété.
L’idée émerge ainsi que l’homme ne peut faire ni avec, ni sans les autres, et le thème de l’insociable sociabilité cher à Kant réapparaît alors.

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Pour conclure, nous avons interprété avec mon épouse Odel une chanson de Barbara, la solitude, qui a permis de conclure d’une manière un peu différente cette conversation en jardin à l’anglaise. 

Pour Métaphores, Timothés Coyras

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15 novembre 2017

Résumé Cercle Littéraire 29/11/17 : Lectures

Cercle Littéraire

Le Cercle littéraire du mois de novembre s'est tenu le 29 novembre au Dimanche à la campagne de 18h45 à 21 h. Les participants ont pu échanger sur les oeuvres suivantes :

L'archipel d'une autre vie       Andreï Makine

    Résultat de recherche d'images pour "L'archipel d'une autre vie Andreï Makine"                            

  Un magnifique roman porté par un souffle épique et l'esprit des grands romanciers russes .Le meilleur de cet auteur selon les participants. Une fausse piste au début, qui perd un peu le lecteur : un étrange voyageur est remarqué et suivi par le narrateur. Cette première traque, vite écourtée livre un autre récit, imméditement palpitant, raconté par l'homme initialement pourchassé .

1952 : Cinq hommes poursuivent un évadé d'un camp de prisonniers et cette traque réserve bien des surprises: du suspense, des situations parfois cocasses, parfois inquiétantes, qui font tomber les masques. C'est à sa vérité que chacun se trouve confronté .  Roman d'aventures, récit de formation, quête initiatique dans une nature rude, à la beauté époustouflante  dans les immensités en direction des Changars, un bout du monde qui est aussi promesse d'une autre vie . La qualité de cette œuvre est unanimement soulignée.

                            

L'amour et les forêts          Eric Reinhardt

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 Tout commence par une  rencontre de l'écrivain avec une lectrice, admiratrice de son précédent roman Cendrillon, qui, dit-elle, lui a redonné goût à la vie. S'ensuivent  des confidences sur le harcèlemnt conjugual vécu par cette femme, le récit de sa descente aux enfers, l'unique rencontre qui va illuminer son  enfermement dans une relation perverse . Harcelée par son mari, Bénédicte assume le quotidien, son métier . A l'extérieur, rien ne transpire. Le dénouement est très sombre...

 Les lectrices s'accordent sur la qualité stylistique de ce  beau portrait de femme mais discutent sur la vraisemblance de ce personnage. Indépendante financièrement, comment peut-elle accepter ainsi l'humiliation, la culpabilisation? Servitude volontaire, déni, sentiment de honte sont avancés comme clés possibles.  La fin de l'histoire est diversement appréciée.Elle témoigne aussi de préoccupations dont le dernier roman de Eric Reihardt  La chambre des époux, porte la marque .

 

Bakhita           Véronique Olmi

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 La terrible histoire vraie  de cette fillette  soudanaise enlevée et vendue comme esclave est bouleversante : on croit connaître l'horreur de l'esclavage, mais ce récit décrit sans complaisance leur terrible sort : la sensibilité du lecteur n'est pas épargnée.L' écriture nette, précise, sans pathos laisse les faits parler d'eux-mêmes . Quelle force intérieure il a fallu pour surmonter ces épreuves, quel entêtement à vivre alors que tout vous rejette de la condition d'être humain. La vie de Bakhita va basculer avec son achat par un consul belge qui l'arrache à l'enfer . Peu à peu elle découvre un nouveau monde mais la servitude a laissé des marques indélébiles . Un long chemin lui reste à parcourir pour se libérer enfin . Très beau récit, fort, parfois insoutenable mais qui réaffirme la force cachée au cœur de tout être humain.

L'ordre du jour          Eric Vuillard    Goncourt 2017

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Prix Goncourt mérité ! Récit en courts chapitres de la rencontre, le 20 février 1933, entre les magnats de l'industrie allemande et Goering. L'auteur s'empare de moments clés dans l'histoire et avec un sens aigu du détail , l'observation attentive de documents, perce à jour  les mensonges de l'histoire . L'Anschluss présentée sous des couleurs triomphales par les images d'époque a été entachée par une panne gigantesque et les blindés ont gagné Vienne sur des trains. L'écriture précise,incisive souligne les compromissions, les lâchetés ,le cynisme de ces grands noms préoccupés de leurs intérêts au mépris de la morale .

Le livre évoque ainsi quelques dates significatives et les relie au monde contemporain : ces hommes portent des noms : IGFarben, Opel, Siemens- qui appartiennent à notre paysage quotidien ;nous sommes leurs clients ; le texte entre en résonance avec l'actualité la plus brûlante : il suffit de changer quelques noms...

La discussion s'engage sur les liens entre le politique, l'économique, les lois du marché : ces gens-là sont-ils coupables d'avoir financé le Parti nazi ou ne pouvaient-ils pas agir autrement ? Le financement des partis politiques, la collusion entre ces différents pouvoirs est-elle une fatalitté indissociable des réalités économiques ?

Ce court récit sur une période historique que l'on croit bien connaître interroge éviemment notre monde contemporain . La qualité littéraire en fait un vrai bonheur de lecture.

D'autres romans sont cités en écho aux œuvres lues :

 No home Yaa Gyasic  2017: ce roman sur l'esclavage retrace le destin de deux sœurs, l'une esclave  l'autre mariée à un négrier (titre anglais Homegoing ) et évoque trois siècles d'Histoire

 Dans la forêt  Jean Hégland   La survie de deux sœurs après une catastrophe au coeur de la forêt où elles vivent .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

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13 novembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 25/11/17 - La mémoire

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Le Café-Philo-Bedous  du mois de novembre s'est tenu le 25 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

La mémoire nous joue-t-elle des tours ? 

Résumé de la soirée :

Grâce à la temporalité de la conscience, l’homme est cet  être historique, l’histoire désignant ce qui s’est déroulé dans le passé et le récit que l’on peut en faire. Mais,s’il peut se souvenir, il peut aussi oublier. Dans Matière et mémoire, H. Bergson parle de l’image-souvenir, retenant les évènements uniques de mon existence, le souvenir étant mobilisé dans ce que l’on perçoit. Les neuroscientifiques expliquent que la base de la mémoire est la capacité à associer plusieurs souvenirs à la suite les uns des autres, ce qui tisse un récit continu du passé. Ce lien s’opère par le partage de neurones communs à plusieurs souvenirs dans le temps et en manipulant les “neurones partagés” au moyen de molécules, on  peut faire ou défaire des associations de souvenirs et tenter de transformer un souvenir traumatique en simple souvenir.
Ordinairement, quand on dit que la mémoire nous joue des tours, c’est quand on déplore de ne pas se rappeler quelque chose. L’oubli est alors perçu négativement comme un échec de la mémoire.
Si l’on se penche sur l’étymologie, le mot mémoire vient du latin memoria, dérivé de memor ( qui se souvient mais aussi qui fait se souvenir, idée d’un effet extérieur et comme indépendant de la volonté) ; il contient la racine indoeuropéenne MER: préoccupation, souci. on le rapproche du gotique mauran ( avoir soin de ) mais aussi de l’anglais  to mourn ( déplorer). Quant à l’oubli, le mot vient de l’ancien français hoblata (hostie, offrande), ce qui est offert à Dieu, sacrifié.
Quant au fait d’être le jouet de quelqu’un ou de quelque chose, le mot prend un sens métaphorique à partir du XVI° siècle, désignant celui qui est objet de raillerie, ou celui qui semble lié à une force, une volonté qui l’opprime. On découvre ici deux directions :la mémoire nous joue-t-elle des tours ? et si oui, pourquoi ? parce qu’on serait incapable de se rappeler (quel est ce trou du “trou de mémoire”?) ou au contraire, parce que la mémoire nous opprimerait ? Selon Nietzsche, l’homme de l’avenir ne peut être qu’embarrassé de ce trop plein de mémoire, qui est perte de l’innocence. Dans “Considérations inactuelles”, il décrit un homme envieux des bêtes : “l’homme dit alors: “je me souviens” et il envie l’animal qui oublie aussitôt...l’animal vit d’une vie non historique, car il s’absorbe entièrement dans le moment présent, il ne sait pas dissimuler, ne cache rien et se montre à chaque instant tel qu’il est, il ne peut être que sincère. L’homme au contraire s’arc-boute contre le poids de plus en plus lourd du passé qui l’écrase ou le dévie, qui alourdit sa démarche comme un invisible fardeau de ténèbres”.
 
- L’oubli est-il un échec de la mémoire ?( que sacrifierait-on ? )
- Y-a-t-il un devoir de mémoire ? Comment entendre ce “devoir” ?
- La mémoire peut-elle ne pas être un obstacle à la sincérité ?
 
        On remarque d’abord que la mémoire construit l’individu et qu’elle n’est pas qu’une boite dans laquelle il y a des informations.  Elle est un ancrage dont nous avons besoin, elle forge les adultes que nous sommes. L’attachement affectif construit notre mémoire et parfois, les choses occultées dans une famille entrainent des malaises, souffrances que l’on ne sait pas nommés mais que l’on ressent. On transmet alors un vide qui a des répercussions sur les générations suivantes et c’est ici toute la question de la transmission. La mémoire ne nous appartient pas et on a le devoir de la transmettre. L’autre a sa propre histoire, sa propre mémoire à construire et ce n’est plus la notre. Chaque génération a ainsi une responsabilité face à la mémoire et ce qu’elle transmet ...ou pas. Le fait de dire la mémoire permet l’évolution des générations suivantes. On se demande alors si le succès grandissant du travail sur les arbres généalogiques n’est pas provoqué par le nombre croissant des familles éclatées ?
       Pour autant, l’oubli ne serait pas forcément un échec de la mémoire : il serait un moyen d’embellir son passé, un garde-fou salutaire, parfois mécanisme de protection. Il peut donc être inconscient (parce que le souvenir serait trop douloureux). mais, cela se fait sans décision volontaire et ne serait pas maitrisé. On subit, ce n’est pas la volonté propre qui décide, l’inconscient fait un travail souterrain et nous manipule. De même, la mémoire de la petite enfance influence notre vie d’adulte de façon inconsciente et nous entraine dans des répétitions, comme un passé qui ne passerait pas. La mémoire nous joue alors des tours parce que nous serions conditionnés par elle, même si ces processus nous demeurent inconscients.
       De plus, on s’arrange avec notre mémoire sinon, nous ne pourrions pas vivre ; on accommode, le souvenir se transforme ou même parfois, on a le souvenir du souvenir des autres( ce que l’on nous a raconté et dont on ne se souvient pas de notre petite enfance et qui finit par être un souvenir comme si on s’en souvenait effectivement ). Cela semble donc très lié à l’imagination : où est la vérité dans le souvenir ? De plus, elle nous  jouerait des tours parce qu’on ne peut pas tout prendre en compte, elle est comme une boule  dont on ne peut voir toutes les facettes? nos souvenirs évoluent, on se raconte des histoires parce qu’on est obligé de faire un roman de sa vie, on aménage. Pour autant, est-ce une tricherie puisque ce souvenir nous a malgré tout construit ? On garde un bout du réel mais on lui donne un autre sens. Mais alors, comment perçoit-on le réel ? comment l’enregistre-t-on ? Qu’est-ce dont que ce réel s’il est à chaque fois modifié ? le souvenir est donc construit et reconstruit, lié à la subjectivité de chacun. Le temps fait qu’on se dégage de l’affect et l’on peut se demander ce qu’il reste quand le regard a changé, le souvenir étant vaporeux;  en changeant,tout change et comme le dit H. Pinter : “ Le passé est un pays étranger, les choses s’y meuvent différemment”.
 
         Quelqu’un se demande alors ce qu’il en est de la mémoire collective, de l’histoire et du “devoir de mémoire”. Cette mémoire semble liée au pouvoir et ce qui gêne, c’est le fait de faire des choix dans ce qui est transmis. Ce devoir de mémoire serait imposé par choix politique et sociétal, la mémoire est alors arrangée, inculquée dans un but précis et il faut plutôt encourager un travail de mémoire, celui qui permet de se débarrasser de cette mémoire “officielle” et qui libère la parole en accordant un droit de dire. il risque sinon d’en être de même pour une société comme pour un individu, avec une incapacité à se projeter ou un risque du “retour du refoulé” souvent violent. Qu’est-ce alors que l’identité d’une nation ?
        Mais alors, est-ce la mémoire qui nous joue des tours ou nous qui trahissons le passé, si on se fabrique notre mémoire par rapport au vécu , à l’affect ? Nous n’oublions cependant rien, c’est inscrit en nous, dans notre corps. De même, nous avons une mémoire archaique, alimentée par des millions d’années, notre ADN est construit de tout cela; cette mémoire, nous la portons en nous, elle est un socle collectif et cela n’est pas au niveau intellectuel. Par exemple, l’odorat n’a pas de filtre et rien que l’odeur de la madeleine amène des images qui ne seraient pas advenues par l’intellect. Quant à la façon dont nous nous accommodons avec notre mémoire, si nos souvenirs évoluent, c’est qu’il y a de la vie et il faut souhaiter à chacun cette possibilité, ce courage. Transformer les souvenirs comme nous le promettent les neurosciences serait nous empêcher tout travail dessus et ceci ne peut être qu’un cheminement personnel. De même que le travail sur des archives permet de retrouver un fil, un fil conducteur, de même pour nos souvenirs et ce que nous en faisons. Rien ne sert d’occulter (on n’oublie rien et tout est là, au fond de nous) mais il faut avoir ce courage pour se départir de toute nostalgie mais aussi de tout ressentiment, de toute souffrance. Rien de pire qu’un passé qui ne passerait pas ; l’occasion est là d’expérimenter la transcendance, puissance de l’homme de l’avenir. La mémoire ne nous jouerait alors aucun tour, n’étant que le reflet de nous–mêmes et de ce que nous sommes devenus.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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18 octobre 2017

Résumé Apéro-philo 23/11/17 - Dans le miroir ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de novembre s'est tenu jeudi 23 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Qui voyons-nous dans le miroir ? 

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Présentation, animation et résumé de la soirée opérés par Guy Karl : 

Présentation :

Comment passons-nous du « que voyons-nous » - ombre et reflet, image anonyme – au « qui » - personne humaine, et plus encore au « moi » par un processus d’identification ? Cette question trouve une illustration remarquable dans le récit que fait Ovide dans le livre III des « Métamorphoses ». Narcisse, voyant dans le miroir des eaux un enfant d’une beauté absolue, tombe en sidération. C’est bien un autre qu’il voit, qu’il désire, qu’il veut étreindre, mais qui se dérobe à sa prise. Soudain il réalise : c’est moi que je vois, cette image c’est moi, et voilà que redouble son désespoir. Il voudrait se séparer de son propre corps pour se fondre dans cet objet d’amour, qui lui échappe toujours. Puis viennent les larmes, qui troublent l’image, et redoublent encore le désespoir. Narcisse dépérit, se meurt, agonise – et finalement son corps disparaîtra mystérieusement. A sa place une fleur au cœur safran et aux pétales blancs témoignera du drame : Narcisse a rejoint son propre signifiant : « narkè », engourdissement, inertie, mort.

Question proposée : l’épreuve du miroir, identification et aliénation. Puis, en de ça ou au-delà du miroir, qu’en est-il de la vérité du sujet ?

Le Débat :

1)   Rappel de la conception lacanienne du stade du miroir. Vers un an l’enfant prend conscience que cet enfant dans le miroir c’est lui. Il est donc bien passé, comme le Narcisse d’Ovide, du stade de l’autre au stade de l’identification. Mais cette épreuve se fait généralement en présence d’une personne proche, la mère le plus souvent, qui tient l’enfant face au miroir et qui accompagne cette expérience d’une parole confirmative : « tu vois le bébé, c’est toi ». On se demandera si dans la contemplation de soi dans le miroir, et jusque dans l’âge adulte, on est vraiment seul, ou si un autre regard, le regard d’un autre ne vient pas accompagner, confirmer, infirmer, déformer la perception de soi. Une sorte de trio dramatique : le sujet, l’image de soi, un autre absent-présent, regard invisible qui vient colorer l’expérience, lui donner sa qualité spécifique.

2)   Certaines pathologies (anorexie, dysmorphophobies etc) confirment ce diagnostic : le sujet ne perçoit pas une image correcte de son corps, mais des altérations, déformations issues d’une projection inconsciente, dont on se demandera si elles ne viennent pas de la parole (dévalorisante) d’une personne intériorisée. L’anorexique se voit grosse à vomir, alors qu’elle est fluette à faire peur. Mais alors, indépendamment de la pathologie, on peut noter pour tout un chacun le poids spécifique d’une charge émotionnelle due à la parole d’un tiers. L’image que nous croyons indépendante et sûre serait fortement conditionnée par un héritage verbal, dont nous n’avons pas toujours conscience, mais que l’on peut, en principe, retrouver et analyser.

Résultat de recherche d'images pour "dysmorphophobies"

3)   Dans les cas favorables l’image rassure, conforte : je suis bien là, je suis bien vivant. Elle délimite un espace, découpe une forme, contient la fuite dans l’indéterminé. Pour autant il est aisé d’en dénombrer les erreurs : on ne voit jamais le corps en entier, ni la profondeur, ni l’arrière, de plus elle inverse la droite et la gauche, elle n’est qu’une surface muette et sans vie, redupliquant passivement nos sourires et nos grimaces. Pourtant on ne peut s’en passer, elle est un élément nécessaire à la constitution du sujet. Elle témoigne de notre existence, bien que de manière bancale et imparfaite.

4)   Me voyant je ne puis m’empêcher de penser : est-ce ainsi que les autres me voient ? Je me vois vu, et cela encore est une cause de trouble. D’où les questions : suis-je présentable ? Ne faudrait-il pas changer tel aspect, maigrir ou grossir, recourir à la chirurgie esthétique etc. Décidément, se croyant seul face au miroir, le sujet convoque de fait l’innombrable assemblée des autres : véritable théâtre des apparences, tragi-comédie de la vie sociale ! Par là on peut entrevoir combien l’image, nécessaire à l’identification de soi, est aussi une source d’aliénation : je suis l’autre de l’autre, je me pense et me sens et me perçois sous le regard de l’autre, et pour un peu je voudrais devenir celui que les autres aiment, admirent, envient, et bientôt je ne vivrai plus que par rapport à eux, aliéné dans leur regard comme objet d’amour ou de haine. Drame silencieux et terrible de tant de personnes de par le monde !

5)   Mais alors que devient le sujet ? Est-il pris dans l’image, ou peut-il s’en distinguer ? Mais comment ? Pour répondre à cette question difficile il faut revenir à l’acte de nomination : le sujet est posé comme sujet dans l’ordre du langage par un prénom qui lui est attribué du dehors, et que par la suite il assimilera comme symbole de son identité. « Je m’appelle Pierre, je suis Pierre ». Ce n’est qu’un signifiant mais il est essentiel, marqueur définitif de l’identité personnelle. Disant « je » le sujet se pose comme tel dans l’ordre symbolique, capable dès lors d’exprimer quelque chose de son propre désir. Le groupe familial renforcera normalement cette aptitude en sommant l’enfant de dire par des mots ce qu’il demande, refusant bientôt le langage des signes et des grimaces. L’enfant (in-fans, celui qui ne parle pas, devient puer, celui qui communique par la parole, sujet jeune peut-être mais déjà virtuellement adulte, compris dans la sphère symbolique de la société humaine.

6)   Il semblerait donc qu’il y ait une double origine du sujet, un double processus de subjectivation. D’un côté l’image, qui permet une certaine structuration du moi (le moi est la somme des identifications du sujet, à la fois performatives et aliénantes) - de l’autre l’entrée dans le langage par l’assomption de la fonction signifiante (le « je » sujet de la grammaire, principe volontaire de l’action, expressif du désir). Il reste à noter que ces deux instances ne font pas obligatoirement bon ménage : le travail du sujet est sans aucun doute de se déprendre de ses identifications pour mieux assurer et affirmer son être original dans le monde. C’est le travail de vérité, virtuellement infini, s’il est vrai que toutes les tentatives humaines comportent une part non négligeable d’approximation.

7)   Enfin, notons qu’au-delà des images et des mots, qui ne sont jamais que des faire-valoir, des représentations, inévitables et contestables, se profile une dimension toute autre, où nous habitons sans le savoir vraiment, et qui inspire tantôt les pires aberrations, et tantôt les créations les plus sublimes. Le sujet, qui est ici et bien ici, est aussi dans un ailleurs insondable qui nous apparaît quelquefois, miraculeusement, comme l’efflorescence de l’Ouvert.

Pour Métaphores, GK

 

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17 octobre 2017

Résumé Café-philo - 14/11/17 : Vivre et ne croire en rien?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de novembre (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 14 à 18h45 au restaurant du Palais Beaumont.  Le sujet voté par le groupe présent fut :

Peut-on vivre lorsqu’on ne croit en rien ?

 1)   La première réaction du groupe fut d’interroger ce « rien ». Ce rien est-il concevable ? Encore faut-il distinguer «  ne croire en rien » et «  ne croire pas du tout ». Mais ces questions restent momentanément en suspens, car il faut d’abord examiner le croire. Le croire aide-t-il à vivre, est-il indispensable pour vivre, ou à l’inverse est-il un obstacle à la vie pleinement vécue ?

2)   En français le mot croire est ambigu : il faut distinguer le régime faible, celui de l’opinion qui engage peu, qui est labile, « ondoyant et divers », et le régime fort, celui de la croyance, qui implique une prise de risque, voire un engagement. On retiendra le second sens pour la suite du débat. Croire c’est placer sa confiance en quelqu’un ou dans une idée, une valeur. On dit alors « croire en » plutôt que croire que ». La croyance ne peut être un savoir objectif, ni une certitude. C’est la projection d’une représentation infiniment souhaitable (pour le sujet qui croit) sans qu’il y ait garantie rationnelle. Tel qui croit en l‘immortalité de l’âme ne peut la démontrer, il la pose comme une sorte d’idéal, ou un principe régulateur pour la conduite de la vie. La croyance est avant tout une prise de position subjective qui n’engage que le croyant.

3)   On se demande si la plupart des croyances ne sont pas des faits culturels plutôt qu’individuels, des fruits de la transmission familiale, confessionnelle ou régionale. Ce qui pose le problème de la sincérité : suis-je authentiquement croyant si je me contente de répéter les articles de foi appris dans l’enfance ? On voit que la croyance ne va pas sans le doute, du moins si l’on ne se contente pas de la simple crédulité. Apparaît ici une difficulté : la croyance est d’abord sociale, elle contribue puissamment à renforcer le lien communautaire, à définir des appartenances, voire à imposer des conceptions et des conduites. Où est alors l’acte libre de celui qui prétend croire ? Pour accéder à une certaine liberté, le minimum, pour le sujet, est de s’autoriser l’examen de ce qu’on lui a transmis.

4)   Il faut distinguer alors le fait de croire, pris en lui-même, et l’objet auquel on croit. Certains changent volontiers d’objet de croyance au gré de leurs intérêts ou de leurs passions. On commence catholique, on devient marxiste, puis libéral, on finit conformiste…Est-ce l’objet qui détermine le croire, ou est-ce le croire qui se donne un objet, quitte à en changer s’il se révèle trop décevant ? Mais alors quelle est la racine du croire ? Partager un idéal collectif pour s’intégrer dans le groupe ? Combler un manque ? Idéaliser une personne ou une vision du monde ? S’assurer contre l’insatisfaction inhérente au vivre ? Prendre une option sur l’avenir ? Se garantir contre l’incertitude, l’inanité d’une vie sans idéal ? Faire un pari sur le sens contre le non-sens ? On remarque en tout cas que le croire s’enracine très profondément dans les arcanes de la psyché, tant individuelle que collective. Besoin ou désir ? Quoi qu’il en soit, la croyance vient boucher un trou dans la représentation, offrant une issue à la panne du savoir. Si nous pouvions savoir qu’aurions-nous à faire de la croyance ?

5)   Ce qui vient affaiblir, voire ruiner la croyance c’est la déception, la désillusion. Moment critique, mais qui le plus souvent est annulé au profit d’une autre croyance. Mais on peut aussi tirer parti de cette expérience pour procéder à un examen approfondi de la croyance, se demander si la croyance est nécessaire ou non, si la vie est possible sans elle, ou plus intéressante sans elle. Certains font l’option qu’il vaut mieux ne pas croire, et suspectent dès lors tous les articles de foi, religieux, sociaux, politiques, idéologiques, pour mieux juger de tout en ne se soumettant à rien. C’est la position critique de la philosophie. Reste à voir ce qu’il en advient dans la vie pratique.

6)   Suspendre la croyance c’est se mettre à penser. « Sapere aude » ose savoir, ose te servir de ton entendement. C’est en effet une audace que de se mettre ainsi en retrait de la tradition. Est-ce politiquement possible ? Dans certains régimes de force c’est courir à la mort (voir la condamnation de Giordano Bruno). Dans un régime de droit c’est possible et parfois c’est même encouragé. On peut penser et croire ce qu’on veut, mais on ne peut toujours agir comme on veut. Selon Descartes et Spinoza le philosophe – et le penseur libre - s’avanceront masqués : pensant librement sans croire, on vivra en prudence. Est-il en effet indispensable, sous prétexte de véracité, de s’offrir à la foule comme victime expiatoire ? Ritualisme aimable et savant, qui consiste à jouer le jeu public, autant qu’il est nécessaire pour survivre, tout en cultivant par devers soi la libre jouissance de la vie. (voir Epicure)

7)   Reste la question du « rien ». Peut-on ne rien croire, et ne croire en rien ? Théoriquement rien ne s’y oppose. Mais il faut bien convenir, en toute humilité, que la chose, dans les faits, est difficile : il reste sans doute dans les profondeurs de l’âme des passions secrètes, des attachements anciens, des convictions impensées qui ne se résorbent pas volontiers. Si croire c’est parier sur l’incertain, ne pas croire c’est parier sur l’improbable. Je dirai, parodiant Platon, que ne pas croire est « un beau risque ».

8)   Enfin, pour la fine bouche, je proposerai en addendum une conception métaphysique très ancienne et toujours actuelle, qui consiste à dire que sous les parades sophistiquées de nos savoirs et de nos croyances, sous le vernis flatteur de nos constructions langagières et mentales, l’esprit averti et dégrossi verra effectivement le « rien » : rien de pensable, rien de connaissable, rien de nommable et d’identifiable, rien que le vide immense et insondable du Chaos primitif d’où toutes choses procèdent, qui les génère et les détruit, « feu éternellement vivant qui s’allume et s’éteint à mesure » (Héraclite). (Ne) croire en rien serait opter pour le réel pur.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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15 octobre 2017

Résumé Manhattan-philo - 08/11/17 Le droit de mentir ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de novembre s'est tenu le 8 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, le Manhattan-Philo propose 3 sujets édités ci-dessous et soumis au vote des participants le soir de l'activité. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Y a-t-il un droit de mentir ?  

Sujet 2 : Les robots peuvent-ils travailler à notre place ? 

Sujet 3 : Les animaux pensent-ils ? 

 Y a-t-il un droit de mentir ?

Résumé de la soirée :

Pour ce Manatthan-Philo du mois de Novembre, le public a choisi de réfléchir à la question suivante : Y a-t-il un droit de mentir ?

J’ai tout d’abord pris soin de bien définir le sens du mensonge. Le mensonge n’est pas à confondre avec l’erreur. Mentir, ce n’est pas dire quelque chose de faux, mais c’est vouloir tromper autrui, c’est-à-dire le placer intentionnellement dans l’erreur. Ainsi, le menteur connaît la vérité mais choisit de tromper autrui en vue d’obtenir par là un bénéfice. Cette distinction est essentielle. Car l’erreur est bien souvent involontaire. On se trompe sans le vouloir, et par suite on ne ment pas en rapportant ce qu’on pense être vrai. Mais le mensonge est bel et bien un acte conscient et volontaire. Ainsi, il est légitime de se demander si le mensonge peut être juste, ou s’il est nécessairement injuste. Ce qui revient à se demander s’il y a un droit de mentir. La question porte bien sur l’universel. Il ne s’agit pas de recenser les différentes législations, mais bien de réfléchir sur ce qui doit être.

A partir de là, le public commence par remarquer que le mensonge est une sorte de nécessité sociale. On a besoin de mentir pour rendre la vie en société plus agréable, et même tout bonnement possible. Certains mensonges ont même des finalités morales. En milieu hospitalier, pour préserver les patients, il peut être nécessaire de leur masquer la vérité. Le mensonge pourrait, pourquoi pas, valoir comme une méthode Coué, souligne quelqu’un. Si on fait croire à quelqu’un qu’il va mieux – alors que c’est faux -, n’est-ce pas un moyen de le faire aller mieux ?

A ces remarques s’ajoutent des avis contraires. Quelqu’un remarque ainsi que la déontologie implique de dire la vérité aux patients. Par ailleurs, on ne peut pas user du mensonge pour guérir quelqu’un, car on le réduit à l’état d’objet, de sujet expérimental, ce qui est contraire à l’éthique. Sans doute faut-il distinguer le mensonge malicieux, qui vise à obtenir un intérêt indu, du mensonge défensif, permettant de se protéger en cas de danger, remarque alors quelqu’un.

Cette distinction amène ainsi à opposer le mensonge malicieux et le pieux mensonge. Mais le pieux mensonge n’est pas à l’abri de reproches, ne consiste-t-il pas à affirmer sa supériorité face à autrui ? Quelqu’un se demande alors si on ne peut pas voir la religion comme un mensonge. Mais d’autres rétorquent qu’un homme qui a la foi pense être dans le vrai, et donc il ne cherche pas à tromper autrui.

Une discussion est aussi entamée sur le plan juridique. Au tribunal, a-t-on le droit de mentir ? Quelqu’un soutient que l’accusé a le droit de mentir, car il a le droit de se défendre. Il est juste qu’un accusé a le droit de ne pas reconnaitre les faits qui lui sont reprochés. Mais il est à remarquer que si sa culpabilité est prouvée, sa non-reconnaissance alourdira toujours sa peine. Le mensonge devant un tribunal est toujours réprouvé, de ce fait, d’une façon ou d’une autre.

Quelqu’un cherche alors à interroger le présupposé qui voudrait que dire la vérité soit un devoir. D’où vient cette exigence de sincérité ? N’y a-t-il pas là quelque chose de totalitaire ? D’autres remarquent que le mensonge est pourtant le cœur des gouvernements totalitaires. Mais on peut aussi reconnaître à l’Etat un droit de mentir pour préserver tout ensemble son intérêt et l’intérêt collectif, c’est d’ailleurs ce que soutient Machiavel dans Le Prince.

Que faire en cas de nécessité, par ailleurs ? Ne faut-il pas mentir pour sauver des vies ? Mais il y a des difficultés. En effet, il est difficile de prévoir les conséquences de son mensonge. Réussira-t-il à sauver des vies ou provoquera-t-il un effet contraire ? Et par ailleurs, pour sauver la vie de qui ? Peut-on mentir pour sauver la vie d’un criminel ? Il semble bien que non.

Une personne remarque aussi que nous avons du mal à faire confiance aux autres, et qu’être méfiant passe pour de l’intelligence. Mais pourquoi ne pas faire tout bonnement confiance ?

La soirée se termine ainsi sur cette notion de devoir de vérité. Seul Diogène semble avoir revendiqué une franchise totale, mais le cynisme n’est sans doute pas viable en société, et il faut admettre, semble dire le public, qu’on doive tous porter des masques pour vivre.

Sans aboutir à une conclusion tranchée, la soirée aura permis de mettre en lumière bien des difficultés liées au droit de mentir. Si nous pensons spontanément que mentir peut être une bonne chose pour vivre en société ou encore défendre des intérêts supérieurs, on se heurte également aux difficultés sociales et morales qu’entraine tout mensonge. L’exigence d’honnêteté dans ses déclarations demeure ainsi contradictoire. On ne peut, semble-t-il, ni s’y plier, ni y renoncer.

Pour Métaphores,

Timothée Coyras

Nous tenons à remercier Laure pour son accueil chaleureux au Manhattan-café, pour l'organisation de cette soirée dinatoire fort sympathique et Claudine pour la qualité de ses rhums arrangés qui ont contribué au sentiment festif du moment.

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20 septembre 2017

Résumé de l'Apéro-philo -19/10/17 : La folie

Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre et gratuite), s'est tenu le jeudi 19 octobre à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

De quoi la folie est-elle le nom ? 

 

Résumé de la soirée

1)   Folie est un terme commode pour désigner des pensées, des passions, des conduites extrêmement diverses, d’intensité très inégale, parfois dangereuses, parfois inoffensives, depuis la « douce  folie » du poète jusqu’aux ravages inquiétants de la psychose avérée. Cette extrême diversité pose le problème de savoir s’il existe quelque chose de commun entre ces manifestations : de quoi parlons-nous quand nous utilisons ce mot ?

2)   D’emblée apparaît l’idée que la folie qualifie un comportement hors-cadre, hors-norme, hors règle : une asocialité qui dérange et qui est perçue comme une menace pour l’ordre social. C’est l’autre qui est fou, posé comme altérité dangereuse, et à ce titre rejetée, voire exclue. On songe au « grand renfermement » de l’âge classique analysé par Foucault : mise en quarantaine de tous les déviants, criminels, chômeurs, prostituées, et fous, indistinctement relégués dans les Hospices. Mais on voit bien que tout déviant n’est pas fou, et qu’on ne peut identifier déviance et folie. La folie excède manifestement cette définition.

3)   On propose alors une nouvelle idée : le conflit ne serait pas réductible à l’opposition entre le social et l’individuel mais se situerait dans la psyché elle-même : conflit entre l’élément passionnel et le rationnel, incapacité à gérer les pulsions, à s’adapter à un ordre conventionnel et social, aspiration incontrôlable à l’illimité, perte du sens de la réalité, fuite dans l’imaginaire etc. La rupture sociale ne ferait que traduire une rupture plus profonde, interne au sujet lui-même, qui se manifesterait dans une évidente perte de maîtrise.

4)    Apparaît alors la notion de chaos : si chacun porte en soi un chaos, les uns sauront le gérer vaille que vaille, voire à en tirer les éléments d’une création originale et libre, comme certains artistes particulièrement novateurs, alors que d’autres seront submergés par le chaos intérieur. S’il en est ainsi la folie n’est pas l’exclusivité pathétique d’un autre – l’aliéné – mais serait la « folle du logis » présente en chacun, inquiétante hôtesse de l’âme, risque suprême d’effondrement ou de déraison, mais aussi, dans les cas favorables, source d’inspiration, de renouvellement et de création. Face au chaos nous sommes très inégalement armés, les uns sombrant sans recours, d’autres y trouvant le meilleur.

5)   « Je est un autre » écrivait Rimbaud : la folie, dans les autres et en nous-mêmes, nous met en face d’une vérité terrible, que la tragédie de longtemps a su mettre en scène : moi qui crois savoir, qui crois régenter ma propre vie, je me découvre habité par un « génie » un « daïmon », qui, si je le refuse et le nie, se vengera en menaçant l’équilibre fragile et fallacieux que j’ai construit : effondrement, décompensations dans les cas graves, symptômes persistants et pénibles, souffrance et conflit dans les cas ordinaires. Le fou n’est pas toujours l’autre, mais il est si commode de le croire !

6)   La folie révèle la dimension tragique de l’existence, aussi cherche-t-on à la masquer, l’écarter, l’isoler, la nier, la forclore, d’où les « asiles » et autres lieux d’isolement. Mais par ailleurs il ne faut pas se cacher le fait que la vraie folie est d’abord une souffrance qui appelle le soin, l’écoute, la compassion. L’asile est à la fois un refuge et une prison, un lieu de soins et d’isolation, d’écoute bienveillante et de coercition. On prétend soigner tout en protégeant la société de la violence potentielle. Ambiguïté indépassable de la psychiatrie.

7)   Au final la folie interroge le sens. Traditionnellement le fou c’est « l’insensé », celui qui a perdu le sens. Mais s’il a perdu le sens commun, du moins selon l’opinion de la majorité, il témoigne à sa manière d’un autre sens, que nous n’aimons pas interroger. Il y a une puissance de contestation dans la folie, mais indirecte, parole mutilée qui fait signe vers un sens que nous avons perdu et que nous devrions retrouver : songeons au sage Démocrite qui rit de tout et de tous, et de soi-même, en démasquant par son rire la folie ordinaire d’une société obsédée par la richesse, le pouvoir, la frime universelle, les fausses valeurs, au mépris de la vie et de l’humanité. Diogène le Chien pissant sur les vases d’or.

8)   Sagesse ou folie ? A côté des pauvres gens souffrants de réelles pathologies quasi incurables et dévastatrices, il se trouve aussi de forts gaillards qui ont le sens authentique de la liberté intérieure, qui acceptent le risque de déplaire ou de gêner, témoignant par-là de la plus haute destination de l’homme.

9)   Petite folâtrerie pour finir : philosophie ou folisophie ?

Pour Métaphores,

Guy Karl

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