18 août 2018

Résumé Bedous-café-philo - 22/09/18 - La pudeur est-elle un carcan ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le Café-Philo-Bedous de cette rentrée s'est tenu samedi 22 septembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée fut : 

La pudeur est-elle un carcan ?

Résumé de la soirée :

Etymologiquement, la pudeur renvoie à la question de la honte et l’on peut d’entrée de jeu se demander : pourquoi avoir honte et de quoi ?
Il semble être question du corps, du fait d’assumer cette “dissonance incarnée” dont parle Nietzsche mais  on parle aussi de la pudeur des sentiments. Que cache-t-on réellement par pudeur ? Elle apparait dans le droit français au XVIII° siècle comme une vertu féminine et l’on se rend compte que ce qui est à cacher varie selon les cultures et les sensibilités. Ne serait-elle  qu’un carcan, ce dernier servant autrefois à attacher le criminel au poteau ? Elle ne serait alors que convenance, contrainte, prescription sociale étouffante ? Freud l’associera à une forme de censure qui empêche la libre expression du désir et Sade l’accusera de devenir un carcan quand la société en fait une vertu.
Le problème est d’abord de savoir ce qu’elle est et peut-être de la distinguer de la honte mais aussi de la pruderie, de la coquetterie(jeu, calcul). Si elle dit quelque chose de la distinction entre ce qui est caché et ce qui est montré, entre ce qui est privé et ce qui est public,  elle a à voir avec l’intime . Pour autant , la notion est équivoque et F. Jullien lui préfère le terme de discrétion.
Qu’est-ce dont que la pudeur et que vient-elle révéler de l’humain ?
Que dit-elle de l’altérité?
Que se joue-t-il à travers elle dans l’espace politique?
 
  On se demande d’abord si nous pouvons parler de la même façon de la pudeur physique et de la pudeur morale, la première étant imposée par des codes, la seconde semblant relever d’une stratégie intérieure permettant de protéger quelque chose. On peut être pudique dans un sens et pas dans l’autre et cependant,  elles peuvent se rejoindre même si le rapport entre les deux n’est  pas un rapport d’égalité. On remarque ensuite que c’est la confrontation à l’autre qui nous renvoie à notre intimité, c’est le regard de l’autre qui nous réveille à notre limite  et elle peut advenir parce que nous avons intégré la pression sociale. Malgré nous, elle vient empêcher de dire ou de faire (frein, retenue)) et l’on se demande ce qui a amené la pudeur ?
  Quelqu’un fait alors référence à un documentaire “ Nous sommes l’humanité “, lequel raconte l’histoire d’Africains se retrouvant en Inde après un tsunami. Ils sont nus et les indiens en sont gênés, ce qui va conduire les Africains à se vêtir. On se demande alors si cela altère leur relation au corps Mais, à l’inverse, le corps dénudé ,sans en avoir le choix(hôpital) est tout aussi problématique puisque  nous ne sommes alors plus que cela .
 
  Le fait est qu’il y a une intimité que nous ne partageons avec personne et ce qui se joue, c’est ce qu’on accepte de révéler à l’autre. La pudeur ne  fait-elle pas alors signe vers ce que nous ne maitrisons  pas ? Dire ses sentiments à l’autre, c’est se mettre en danger, montrer sa fragilité et quelqu’un se demande du coup si elle ne serait pas ridicule puisque rien que le fait d’être en vie  est un risque. Pourtant, elle ne serait pas un carcan mais plutôt un bouclier et à la différence de la honte, suite à une révélation brutale,  elle serait une arme préventive à la honte.
Puis , quelqu’un montre qu’il y a des choses plus profondes que nous, qu’elle advient comme malgré nous, malgré l’éducation, la société, les autres ; Mais alors, pourquoi ?
 
Elle est la manifestation d’une délicatesse et ne sert pas qu’à se protéger mais aussi à faire attention à l’autre. Une civilisation barbare n’aurait alors rien à faire de la pudeur et G. Orwell a montré  les affres d’une société dans laquelle toute intimité et toute pensée secrète sont bannies. La pudeur est d’abord affaire de respect individuel et c’est cela qui instaure des individus capables de penser et donc permet une possible libération. C’est parce qu’on a une certaine pudeur en soi que l’on peut se mettre à la place de l’autre et le faire exister . Elle est démocratique puisque respecter la pudeur de l’autre, c’est lui laisser une place, lui laisser sa place et au contraire, une civilisation barbare, sans retenue,  est  anti-démocratique, l’autre n’étant pas reconnu dans sa différence. Cette dernière refusera la confrontation des idées mais en revanche, acceptera la pudibonderie, laquelle bien sûr, n’est qu’une caricature de pudeur, de la fausse pudeur.
  Enfin, la réflexion a fini avec la question de l’art et du lien avec la pudeur. “L’origine du monde “ de Courbet a choqué mais plus forcément maintenant. Qu’est-ce qui est touché en nous avec ce tableau ?et n’est-ce pas la présence d’un visage qui le rendrait obscène ?   Si l’art est un moyen détourné d’exprimer quelque chose de l’ordre de l’intérieur, quelque chose de caché ,il a à voir avec la pudeur et de même que cette dernière serait condition d’un accueil de l’autre, de même l’art nous invite à cela . Pour Nietzsche, le sentiment de ce qui est pudique et de ce qui ne l’est pas a à voir avec le sentiment de la beauté chez autrui.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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17 août 2018

Résumé Cercle littéraire - 19/09/18 - Vive la rentrée

Cercle Littéraire

Le premier cercle de la saison s'est tenu au Dimanche à la campagne le mercredi 19 septembre de 18h45 à 21 heures (activité libre et gratuite). Nous avons pu évoquer nos découvertes et faire un tour d'horizon des promesses littéraires automnales.

Résumé de la soirée :

 Voici les titres des livres qui ont été présentés lors de notre soirée:
                     Parutions récentes
      Carlos Ruiz Zafon  Le labyrinthe des esprits 2018 ,4éme tome de la saga des livres oubliés ; aborde la période franquiste à Madrid et Barcelone.
                   Livre magique, un grand plaisir de lecture.
     Javier Cercas  Le monarque des ombres 2018 . L'auteur enquête sur son grand oncle franquiste et cherche à comprendre l 'histoire de son pays au prisme de la sienne .
     Nancy Huston  Lèvres de pierre Le parcours de Pol Pot  et celui de l'auteure , avec en interrogation commune, la part  du mal en chacun  de nous .
  Adeline Dieudonné La vraie vie  "le combat d'une petite fille pour retrouver le sourire de son petit  frère"  "un conte  évoquant  le passage à l'âge adulte, la perte de l'innocence et la  confrontation à la réalité" .
       Claudia Gallay  une bonne surprise Les déferlantes 2017  Ecriture fluide, histoire originale et passionnante , des figures d'artistes, 
 Seule Venise  et    Dans l'or du temps  : de beaux récits .
  David Diop Frère d'âme  2018 La parole est donnée à un tirailleur sénégalais recruté lors du premier conflit mondial
       Alpha Ndiaye par son regard à la fois naïf et clairvoyant interroge sur le sauvage, la folie , le regard de l'autre . Très beau roman et  très belle écriture comme un battement de tambour qui pourrait bien épouser les rythmes du coeur .
  Les valeurs sûres, parutions plus anciennes
 
       Philip Roth    La tache 2000  la ségrégation et le puritanisme américain au coeur de ce récit mettant en scène des personnages qui ressemblent beaucoup à l'écrivain. Et toujours Pastorale américaine , son meilleur opus selon nos lectrices .
    Pour entrer dans l'intimité de  Philip Roth : Asymétrie  de Lisa Halliday 2018 entre autobiographie et fiction, le récit de sa liaison avec l'écrivain .
     Jonathan Coe Bienvenue au club 2001 se situe à  l'époque Tatcher Le cercle fermé  2004 celle de Blair  Une satire acerbe de la société libérale anglaise dans un style flamboyant .
 
   Jay McInernay   La belle vie 2007  New-York, personnage à part entière et les bouleversements privés qui ont suivi le 11 septembre dans un récit qui perce à jour la comédie sociale avec brio et légèreté.
   Tatiana Arfel L'attente du soir, 2009 un récit de résilience : trois personnages racontent leur parcours, d'abord séparés puis croisés.
    Ecriture originale , un récit attachant.
     Shusaku Endo silence 1966  Très beau récit sur les persécutions des chrétiens au Japon au XVI° siècle; a inspiré le film de Martin Scorcese.
   Olivier Truc Le dernier Lapon polar au pays des rennes Vient d'être adapté en BD .
 
 Du côté des polars
    
     Gabriel Tallent et son héroïne magnifique et attachante My absolute darling  2017 . Récit très dur, des scènes violentes mais les paysages de Californie du Nord, le lien  avec la nature et la force de  Turtle  apportent une bouffée d'air pur .
   Des rappels d'auteurs passionnants:     
       Jean-Claude Grangé   auteur de  thrillers ;  son dernier opus La terre des morts 2018 ;  univers  très sombre, angoissant ; " violence extrême de mes livres"  dixit l'auteur . Vous êtes avertis...
     Ken Follet  ou comment l 'histoire se mêle à des enquêtes criminelles . Espionnage et suspense au rendez-vous .
     Les piliers de la terre 2007 (tour d'Europe des guerres de religion au XVI° ) Une colonne de feu 2017

Janine Delaitre pour Métaphores

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16 août 2018

Résumé Café-philo - 18/09/18 - La loi est-elle la force des faibles ?

CAFE-PHILO (2)

 

C’est la Rentrée, la dixième depuis la création du CAFE PHILO !  Cet anniversaire est à saluer, il marque la permanence dans le désir. Merci à tous ceux qui se perpétuent dans l’existence par une heureuse disposition de pensée. « Il faut rire tout en philosophant ensemble» : Epicure.

Sujet voté  ce soir par les participants :

 La loi est-elle la force des faibles ?

1)   Cette question contient un présupposé : dans l’état de nature le fort est toujours le plus fort, il exprime naturellement sa puissance au détriment du faible. Seul, le faible est sans recours. Son recours sera l’association, le regroupement, selon l’adage : l’union fait la force. Les faibles associés, de par leur nombre, seront plus forts que les forts. Ils pourront créer dès lors un régime de droit qui bridera la force des forts. L’état civil serait né du ressentiment et de l’esprit de vengeance, et sa conséquence serait la limitation de la liberté et de la puissance.

2)   Cette thèse repose sur une certaine conception, disons aristocratique, de la force et de la faiblesse que l’on peut contester. Qui est le faible ? A quel point de vue ? Selon quel rapport ? Si l’on privilégie le point de vue économique ce sera le SDF, l’employé licencié etc. Politiquement ce sera le sans-droits, l’exclu etc. Intellectuellement le non-instruit, l’analphabète. On peut allonger la liste : toute société a ses faibles. Est-il patent que ce sont eux qui fassent les lois, ou bien, tout au contraire, ne sont-ce pas plutôt les forts (riches, possédants, chefs d’entreprise, hommes politiques etc) qui font voter les lois, avec le risque de privilégier leurs intérêts privés au détriment des plus faibles ? Pour y voir plus clair il faut mieux analyser la loi, ce sera l’objet de la première partie.

3)   Nous parlons ici de la loi telle qu’elle est énoncée par le Droit positif, c’est-à-dire l’ensemble des prescriptions et interdictions qui organisent la vie civile et politique. Ce Droit est l’expression de la puissance d’Etat, à ce titre il représente la légalité. En principe, la loi est valable pour tous, quelle que soit la situation des personnes. Son esprit est universaliste. Elle ne distingue pas entre fort et faible, riche et pauvre, instruit et non-instruit. Sa fonction est de régler les rapports entre les personnes juridiques, d’empêcher l’arbitraire et les abus, d’appliquer les sanctions en cas de comportement illégal. Idéalement la loi est la solution aux conflits d’intérêts, au désordre et à l’anarchie.

4)   En pratique les choses sont un peu plus compliquées. Le droit dit la justice, mais souvent ce n’est pas justice. Est–il bien sûr par exemple que le faible soit aussi bien défendu à la barre que le fort ?

Ecoutons La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blancs ou noirs »

Sans même parler des dictatures où la loi est l’expression des intérêts du potentat, il n’est pas sûr qu’en démocratie le Droit protège les sacrifiés du système économique et les exclus en tout genre. L’équation droit =justice est une position de principe, que viennent contredire les faits.

5)   Remarquons aussi que la loi est évolutive « semper reformanda », toujours à réformer, amender, corriger et améliorer : cela donne une chance aux oubliés d’aujourd’hui à qui on rendra peut-être justice demain. Mais il faut bien convenir que ces réparations n’ont été obtenues que par un rapport de force (ex du syndicalisme, des partis de gauche), et qu’à ce titre elles peuvent tout aussi bien être reperdues (tatchérisme, et autres). Le Droit exprime un certain état des forces sociales à un moment donné, et à ce titre il n’a rien de sacré ni d’éternel. La question de fond reste : qui (quelles forces sociales) fait la loi, pour qui, avec quels moyens ?

6)   En seconde partie la discussion a porté plus précisément sur le rapport entre la loi et le citoyen, qui, s’il comprend bien que la loi est nécessaire dans son principe pour limiter, répartir et corriger, a souvent le sentiment, dans la pratique de la vie, que la loi est tâtillonne, exagérément limitative et finalement incompréhensible. Trop de loi tue la loi. L’évolution du droit reflète une évolution de la société vers la surveillance universelle, le contrôle permanent. Au nom de la sécurité, qui est certes un élément central du Bien Public, on en vient insidieusement à vider la liberté de son contenu effectif, pour ne laisser subsister qu’un maigre droit de vote, par lequel on croit qu’est sauve « la souveraineté du peuple », fondement ultime de l’Etat et du Droit.

 Pour Métaphores, Guy Karl

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15 août 2018

Résumé Manhattan-philo - 5/09/18 : Les mots nous éloignent-ils des choses ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo de cette rentrée 2018 (activité libre et gratuite) s'est tenu le mercredi 5 septembre à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Les sujets propposés furent :

Sujet 1 : Les mots nous éloignent-ils des choses ?

Sujet 2 : Peut-on profiter de l'instant présent ?

Le sujet voté par le groupe  fut : 

Les mots nous éloignent-ils des choses ?

Pour cette rentrée philosophique au café le Manhattan, le public a choisi de parler du langage, autour de la question suivante : « Les mots nous éloignent-ils des choses ? ».

J’ai introduit le sujet avec ce vers de Victor Hugo, extrait du poème Suite dans le recueil Les contemplations.  «Les mots sont les passants mystérieux de l’âme ». Ce vers m’a permis de mettre en évidence une ambivalence du mot, tout à la fois image des choses et signe mystérieux. Tout se passe comme si les mots nous permettaient tout à la fois de penser la réalité, mais qu’ils créaient à leur tour une réalité symbolique sans consistance. C’est à partir de ce paradoxe que je propose de lancer la réflexion, pour voir si les mots nous montrent la réalité, ou fabriquent au contraire une image qui nous éloigne d’elle. La réflexion a été de bon niveau, et le public n’a pas dévié du sujet, ce qui est pourtant fréquent avec ce style d’exercice. On peut retracer de la manière suivante les idées qui ont été exposées :

Tout d’abord l’idée selon laquelle un mot se prête à une pluralité d’interprétations. De là l’idée que si la réalité est la même pour tous, les mots n’ont pas le même sens pour tous, et par suite ils ne permettent pas de s’entendre sur ce qu’est la réalité. Cette idée revient sous différentes formes. Par exemple, on fait aussi remarquer que le mot renvoie à une perception, mais que la perception du réel diffère selon les individus.

Ensuite, l’idée selon laquelle un mot est un signe conventionnel, institué. De cette idée découle plusieurs conséquences. D’une part, le fait que le mot nous fait voir le réel au travers de conventions, et non au travers de ce qu’il est. D’autre part, le fait que le langage peut être un instrument de propagande, en biaisant la réflexion des personnes, comme l’a montré la révolution culturelle, et plus généralement les systèmes totalitaires. L’idée de « novlangue » qu’Orwell expose dans « 1984 » est alors explorée. Enfin, il est souligné que le mot est un universel, et que celui-ci ne peut pas, par conséquent, dire le réel qui est toujours singulier. Un extrait de l’ouvrage Le rire  de Bergson, où celui-ci montre que l’art dit le singulier, contrairement à l’usage ordinaire du langage, est convoqué.

Enfin, en réaction à ce discours assez critique du langage, un autre point de vue se dessine. Quelqu’un s’appuie ainsi sur Hegel pour dire que le réel ne peut se penser que par les mots, que sans eux nous sommes tout bonnement aveugles. D’autre part, on remarque que les mots permettent de se dire, de libérer une compréhension cachée de nous-mêmes, comme l’exercice de l’écriture – dans l’autobiographie et le journal intime par exemple -- le montre bien. Si nous sommes des êtres de parole, la parole n’est pas une option, un supplément accidentel, mais notre essence, et il n’est plus possible en ce sens de voir dans le mot une limitation.

Une solution semble se dessiner dans certaines interventions. En effet, le langage doit bien être identifié comme quelque chose de naturel, puisque nous sommes prédisposés physiquement (aires cérébrales de Broca et de Wernicke) au langage, que nous apprenons spontanément dans l’enfance. Mais ce qui est fondamental, c’est l’usage que nous faisons de la langue. L’expression artistique montre bien que l’on peut donner aux mots une forme qui leur permet de dire un indicible, et qu’en ce sens il y a plus dans les mots qu’un sens conventionnel, il y a l’instrument d’une liberté. Ainsi, il appartient à chacun de trouver, dans l’infini des expressions possibles, celles qui sera la plus à même de rendre visible la réalité. Apprendre à parler, comme apprendre à marcher, c’est ainsi ouvrir une liberté supplémentaire d’explorer le réel. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras 

 

 

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26 juillet 2018

Trêve estivale

 

Logo métaphore

Avec l'Apéro-philo de ce jeudi 19 juillet sur le thème du corps s'est achevée une belle saison pour nos activités Métaphores

La période estivale permet à chacun d'opérer une forme active de retraite, de "Jubilacion" comme disent les espagnols si bien inspirés. La retraite n'est pas, comme le veut la doxa, cette période qui achève la vie d'un individu après avoir voué la quasi-totalité de son existence au travail. Elle se comprend d'abord comme un art pensé du retrait, de la démarche réflexive, en somme, une culture de la bonne distance. Voyons-y l'atome d'écart par où se maintiennent le sens de la liberté, la possibilité de création et le rejet de toute forme d'aliénation. La retraite se cultive chaque jour dans la méditation solitaire, dans l'observation des choses et des êtres, se tenant ni trop loin ni trop près de l'affairement du monde et des passions qui l'animent.

Ce "clinamen" épicurien est la métaphore vivante de l'esprit libre, soucieux de distinguer ce qui est dû aux autres et ce qu'on se doit à soi-même. C'est dans cet esprit qu'une "jubilation" estivale peut se comprendre et se pratiquer afin de ré-ensemencer sa pensée et son questionnement. 

Nos activités reprendront dès la première semaine de septembre avec un Manhattan-philo le mercredi 05. Toutes les informations seront publiées prochainement ici-même. N'hésitez pas à consulter l'agenda. Nos lieux d'accueil sont maintenus au Dimanche à la campagne et au Manhattan-café. En revanche, le partenariat avec le palais Beaumont s'achève pour des questions dramatiquement récurrentes de rentabilité. 

Le blog reste actif tout l'été et vous pouvez toujours intervenir, discuter les sujets, approfondir et prolonger ce qui a été engagé en laissant des commentaires.

En espérant vous retrouver le 5 septembre, permettez-moi, au nom de toute l'équipe Métaphores, de vous souhaiter un beau mois d'août philo-littéraire et de créatives "jubilacions".

Pour Métaphores, Didier Karl

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01 juillet 2018

Apéro-philo 19/07/18 : Le corps ami ou ennemi ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo avant la trêve estivale, s'est tenu le jeudi 19 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Le corps, ami ou ennemi ? 

 

Trois présentations du sujet ont été proposées par Guy Karl, Marie-Pierre Carcau et Didier Karl avant de donner la parole au groupe présent.

1) Présentation problématisée des enjeux par Guy

2) Le reconsidération du corps comme énigme de la puissance chez Spinoza et le corps comme système pulsionnel inconscient chez Nietzsche par Didier.

3) Une approche phénoménologique du corps chez Merleau-Ponty par Marie-Pierre.

4) Discussion ouverte avec l'ensemble du groupe.

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26 juin 2018

Résumé Café-philo - 11/07/18 - L'irrationalité, moteur de la vie ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 11 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne

Le sujet voté par le groupe nombreux et motivé fut :

 

L'irrationalité est-elle le moteur de la vie ?

 

1)   La difficulté de ce sujet tient au caractère flottant de la notion d’irrationalité. Si la rationalité est assez aisée à définir, le risque est grand de rejeter en vrac tout ce qui s’en sépare dans un agglomérat confus appelé « irrationalité ». Il faudra dégager des lignes de forces plus précises pour appréhender l’idée d’ « un moteur de la vie ». En quoi la vie échappe-t-elle, de sa nature, au projet séculaire de rendre compte des phénomènes en terme de rationalité ?

2)   Un premier moment consistera à définir la rationalité : effort de saisir les phénomènes dans la relation universelle de causalité : pas d’effets sans causes, pas de causes sans effets. D’où l’image d’un univers déterminé, connaissable, prévisible. La raison est avant tout ratio, calcul. Le calcul des causes permet de savoir, de prévoir et de pouvoir. Ce modèle toutefois a vieilli, et ne convient plus à la connaissance de l’infiniment petit. On se demandera également s’il convient à la connaissance de la vie, des organismes vivants et des réalités biologiques en général.

3)   Nouvelle approche, en relation avec les conduites humaines : on qualifie d’ « irrationnel » un sujet dont le comportement s’écarte des normes, qui brouille les statuts et les rôles, qui se montre décalé, imprévisible : ce dernier trait, l’imprévisibilité, n’est-il pas la marque spécifique du vivant, notamment du vivant humain, par quoi il affirme une singularité, conteste la régularité et la répétition, et par là prend le risque, certes de n’être pas compris, mais aussi de poser de la nouveauté dans le monde. Errement, errance – voire aberrance : cela dérange, mais fait réfléchir.

4)   Dès lors une idée un peu moins mécanique de l’irrationalité voit le jour, qui tient plus à l’instinct, à la pulsion, à l’innovation. Dans « moteur de la vie » on peut à présent entendre une disposition dynamique, active, créative qui s’observe à tous les étages du vivant – songeons par exemple à l’extraordinaire faculté d’adaptation des micro-organismes dans des conditions très difficiles, ou aux variations biologiques dans l’évolution des espèces. Peut-être peut-on, avec Bergson, parler d’un « élan vital » qui ne relève pas du schéma classique de la rationalité causale, mais plutôt d’une modèle dynamique et créatif.

5)   En seconde partie le groupe procède à une précision intéressante du vivant : le vivant est en mouvement (il évolue, il meurt), il est singulier (chaque organisme a ses particularités), il se transforme, il fait des choix. Vivre c’est sélectionner, dans le milieu, les objets favorables, sans lesquels l’organisme ne peut ni se maintenir ni se reproduire. C’est dire aussi que chaque organisme, à son niveau et à sa manière, possède son système de valeurs, qui définit son mode propre, et conditionne sa survie.

6)   Nous finissons la soirée en revenant à l’être humain, compris comme sujet vivant. La tendance occidentale est de surévaluer le rôle de la raison au motif qu’elle a fait ses preuves dans les sciences. C’est oublier que la raison n’est qu’une faculté  parmi d’autres, et que souvent elle est au service, sans le savoir, d’autres puissances, comme l’instinct, la pulsion, le désir et les passions. Qu’est-ce qui motive le sujet ? Qu’est-ce qui le rend vivant, créatif et entreprenant ? Gageons que notre « irrationnel » y joue un rôle plus décisif que notre raison, quelle que soit par ailleurs l’illusion que nous pouvons nourrir sur notre libre-arbitre.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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16 juin 2018

Résumé Cercle littéraire - 04/07/18 : Lectures sous les tilleuls

Cercle Littéraire

Lectures sous les tilleuls 

Le dernier Cercle littéraire (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu le Mercredi 4 juillet 2018 à 18h45 au Dimanche à la campagne.  

Résumé de la soirée :

 

Voici les ouvrages lus et recommandés lors du dernier Cercle

1 ) Des essais de développement personnel et de psychologie sociale: 

Christophe André   Ralentir  Déconnectez-vous 

 Résultat de recherche d'images pour "Kahneman Nobel d'Économie Système 1 Système 2"Daniel Kahneman Nobel d'économie Système 1 Système 2 : les vitesses de la pensée  analyse des erreurs de jugement par l'étude fonctionnement de notre mode de raisonner. 

Résultat de recherche d'images pour "La télé nous rend fous Jean-Philippe Toussaint"La télé nous rend fous Jean-Philippe Toussaint, titre éloquent pour  les accros et les autres.

 

2) Du côté des romans :

Résultat de recherche d'images pour "Mon chien stupide de John Fante"Mon chien stupide de John Fante , hilarant, beaucoup d'humour dans le récit de la décomposition d'une famille américaine type  au travers des aventures d'un chien particulier.

 

Résultat de recherche d'images pour "Del Arbol La tristesse du samouraï" Résultat de recherche d'images pour "El peso de los muertes" Polars espagnols : Del Arbol  La tristesse du samouraï , El peso de los muertos

 

Polars américains et pourtant histoires vraies autour du sort des Indiens Osages maltraités par les colons blancs :

Résultat de recherche d'images pour "David Grann Killer of the flower moon"Résultat de recherche d'images pour "La note américaine"David Grann  Killer of the flower moon ,  La note américaine

Résultat de recherche d'images pour "My absolute darling"Roman noir My absolute darling  un père abusif, une adolescente dépossédée d'elle-même mais pourvue d'une force de vie incroyable ...Un grand roman récent (2017) Gabriel Tallent . Bémol : âmes sensibles s'abstenir .

 Du côté des petits désagréments de la vie quotidienne :

Résultat de recherche d'images pour "Vous plaisantez,M.Tanner"Vous plaisantez,M.Tanner.  Jean-Pierre Dubois ;  court livre amusant sur des expériences ordinaires (problèmes avec les artisans)

Résultat de recherche d'images pour "Une année en Provence Peter Mayle"Une année en Provence  Peter Mayle  chronique humoristique d'un village du Lubéron par les yeux d'un londonien

Quand l'Histoire rencontre des destinées individuelles :

Résultat de recherche d'images pour "Le double jeu de Juan Martinez"Manuel Chaves Nogales   Le double jeu de Juan Martinez : histoire vraie d'après les confidences d'un danseur de flamenco qui s'est trouvé en Russie au moment de la révolution bolchévique . Ce récit montre les événements en direct sans parti-pris politique .

Résultat de recherche d'images pour "Laurent Gaudé Eldorado"Laurent Gaudé Eldorado autour du drame des migrants un beau récit sur les voies et voix inverses de ceux qui se trouvent de part et d'autre de la frontière .

Résultat de recherche d'images pour "La mort du roi Tsongor"La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé une épopée africaine  dans une écriture somptueuse

Résultat de recherche d'images pour "Lydie Salvayre Pas pleurer"Lydie Salvayre Pas pleurer un beau portrait de femme témoin de la guerre d'Espagne.

 

3) Des biographies :

Résultat de recherche d'images pour "La passion Lippi"La passion Lippi  Sophie Chauveau   : un véritable voyage dans le temps, à l'époque des Médicis : parfums, saveurs, intrigues, milieux louches, et de nombreuses références historiques. Cette auteure a également écrit sur Léonard de Vinci. 

Résultat de recherche d'images pour "la Callas par Eve Ruggieri"Résultat de recherche d'images pour "Mozart par Eve Ruggieri"Biographies de Mozart, de la Callas par Eve Ruggieri. Passionnant.

 

Bel été à toutes et tous .

Pour Métaphores Janine Delaitre

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09 juin 2018

Résumé Apéro-philo 20/06/18 - Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra exceptionnellement le mercredi 20 juin  à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Résumé de la soirée : 

En latin « quies » signifie repos. Quietus : en repos, d’où calme, paisible, tranquille. En français la quiétude est «  un état de tranquillité mêlé de douceur » (Littré). L’inquiétude se marque par l’absence de repos, la difficulté de rester en place, l’agitation physique et mentale – Pascal dirait le « remuement ». L’inquiet est généralement insatisfait de ce qu’il a et de ce qu’il est : désir vague et crainte de l’avenir, d’où tourment, souci, intranquillité.

Je propose une définition : émotion confuse marquée par l’agitation, l’impatience, l’insatisfaction de l’être ou de l’avoir, liée à la représentation d’un objet de crainte, réel ou imaginaire, ou d’un péril à venir.

Le sujet proposé prend pour évident que l’inquiétude est présente en chacun de nous. Les philosophes de l’Antiquité avaient placé la réflexion sur les causes de l’inquiétude au centre de leurs recherches et posaient la quiétude comme idéal de vie. Les Modernes verraient plutôt dans l’inquiétude une donnée fondamentale de l’existence. D’où l’intérêt de la question : pourquoi l’inquiétude et quel statut lui accorder ?

L’inquiétude a des causes anthropologiques : on évoque la difficulté de la vie aux âges préhistoriques, les peurs ancestrales qui ont laissé des traces vives dans l’inconscient collectif. Puis est évoquée la thèse de Hobbes qui insiste sur l’état d’insécurité résultant de « la guerre de tous contre tous », qui s’exprime même en temps de paix civile  par la rivalité, la concurrence, voire dans « un commerce de l’inquiétude ». La politique enfin, en principe au service du Bien Commun, utilise trop souvent les inquiétudes à des fins partisanes ou privées. La paix n’est jamais que relative, ce qui fait qu’un coefficient d’inquiétude demeure dans les consciences, qui est peut-être le revers de la médaille : « l’insociable sociabilité » implique la permanence d’un degré variable de vigilance. La conscience politique est-elle pensable sans l’inquiétude ?

Causes internes : nous avons des objets d’inquiétude au sujet de notre avenir, de nos enfants, de nos revenus, du marché de l’emploi etc. Ces causes-là sont aisées à repérer, à nommer. Mais au-delà, ou en de ça, il y a l’inquiétude diffuse : je ne peux tout prévoir, tout comprendre, tout gérer, il y a de l’imprévisible, de l’inconnaissable, de l’aléatoire. Il faut naviguer à vue.

Un participant se demande si cette sourde inquiétude est liée à la conscience de la mortalité – ce qui reprend fort à propos les analyses de Lucrèce dans le livre III de son poème. Un autre évoque le « rien » qui hante l’esprit de l’homme, rien qui engendre la diversité et la multiplicité des objets de substitution destinés à masquer le rien : on se jette dans la valse des désirs, avec les expériences décevantes qui les suivent souvent, on s’agite, on se remue, on se divertit, on s’abrutit – et l’inquiétude est toujours là.

Un développement fort à propos vient alors distinguer l’inquiétude de l’angoisse. Dans l’angoisse l’esprit est comme stupéfié, incapable d’élaborer la douleur et sa cause ; dans l’inquiétude la pensée, même douloureuse, est encore capable de nommer, symboliser, élaborer. L’inquiet se trompe peut-être à nommer la cause, mais il n’est pas sans ressources, et de proche en proche il peut progresser. On remarquera d’ailleurs que l’inquiétude est à la racine de précieuses créations littéraires et philosophiques : Lucrèce, Pascal, Schopenhauer, Pessoa parmi les plus connus.

Au total on se demandera si l’inquiétude n’est pas la marque de la conscience, et à ce titre, une donnée fondamentale, inévitable de l’existence. L’inquiétude fait souffrir, mais elle fait penser et parler. S’il est bon de réfléchir à ses causes, il n’est peut-être pas possible de les identifier complètement. Dans cette demie connaissance, qui n’est pas rien, l’homme habite et pense, et parfois produit les œuvres les plus significatives. Mais il est bon aussi de veiller à ce que l’inquiétude n’excède pas  les dimensions du supportable : les remèdes éprouvés restent l’action, la pensée et la parole, par quoi nous rejoignons les grandes intuitions de la sagesse antique.

Pour Métaphores, Guy Karl

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13 mai 2018

Résumé Café-philo -12/6/18 - Cesser de désirer pour être heureux ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Faut-il arrêter de désirer pour être heureux ?

 Résumé de la soirée :

1)   La question pose un impératif conditionnel : si tu veux être heureux, arrête de désirer. Qui dit cela ? On imagine un « personnage conceptuel », un sage ou un prêtre, une instance d’autorité, suspicieuse à l’égard du désir qui mettrait en garde contre les excès et les dérives qui en découlent : futilité, égoïsme, quête interminable et vaine, passions dévorantes, insatisfaction chronique. De ce point de vue en effet le bonheur s’éloigne à mesure qu’on croit le saisir. Mais ce constat permet-il de conclure à la nocivité du désir en tant que tel, ou plutôt à un certain usage déréglé, dû à l’aveuglement ou à la demesure ?

2)   Le groupe souligne avec force que le désir est une sorte d’élan vital, une manifestation de l’énergie, un mouvement d’affirmation connaturel à l’existence même du sujet. Qui perd le désir perd le goût de vivre, et s’en va glissant vers la dépression, voire le suicide. On ne peut arrêter le désir, sauf à soutenir qu’il faut être mort pour être heureux.

3)   Nous voici en face d’un paradoxe : suivre le désir serait s’empêcher d’être heureux, et ne pas le suivre ne garantit pas davantage le bonheur. Alors que faire ? Peut-être n’y a t-il pas de rapport direct, causal, entre désir et bonheur. La question se révèle plus complexe qu’il n’y paraissait au départ.

4)   Vouloir arrêter de désirer relève d’un forçage, voire d’une mutilation (castration ?). On croit éviter la souffrance du désir et on bascule dans une souffrance pire encore, en compromettant les chances d’une juste et belle affirmation de soi. Sans compter que ce projet est sans doute impossible : prétendre arrêter le désir est encore un désir : que désire celui qui désire ne plus désirer ? Avançons une hypothèse : ce n’est pas le désir en tant que tel qui pose problème mais l’attachement à certains objets que l’on peut considérer comme pernicieux ou funestes. Dès lors le problème devient : quels sont les objets qu’il faut arrêter de désirer ?

5)   Il apparaît à l’analyse qu’il n’est pas facile de distinguer le désir des objets qui le sollicitent : objets de consommation, de réputation, de « gloire », de plaisir, de jouissance, de savoir et de pouvoir. On se laisse spontanément fasciner par ce qui nous attire. Mais précisément, c’est la force et la liberté de l’esprit que d’apprendre à analyser la valeur de ces objets, de créer une distance critique entre eux et nous, et ainsi d’apprendre à choisir – ce qui ne va pas sans éliminer. C’est en ce sens qu’il faut entendre les recommandations des sages : distinguer dans les objets ceux qui nous nuisent, ceux qui sont inaccessibles, ceux qui augmentent notre puissance d’agir (Spinoza), et ceux qui élèvent notre liberté et notre connaissance (Epicure).

6)   Il ne s’agit donc pas d’arrêter de désirer mais de désirer « le bien » - pour le moins ce qui nous fait du bien, et peut-être, par extension, ce qui fait du bien autour de nous.

7)   Question : n’y a-t-il pas dans le désir une certaine souffrance ? La souffrance est moins le fait du désir lui-même (encore que dans tout désir il y ait une certaine tension, mais qui n’est pas forcément désagréable)  que de l’attachement passionnel à l’objet, comme on voit dans l’ambition galopante, dans la frénésie amoureuse ou la jalousie. Il faudrait, pour bien faire, à la fois désirer et ne pas désirer, comme on dit en Orient « agir sans agir » : attitude souple et ferme, sans crispation ni mollesse.

8)   Reste la question du bonheur : il n’est pas sûr que désirer rende heureux mais il semble acquis qu’arrêter de désirer, à supposer que cela soit possible, rende définitivement malheureux.

Pour Métaphores, Guy Karl

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