04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

Bedous 07 01 17_modifié-1

          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

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02 janvier 2017

D'une année à l'autre

Logo métaphore

Toute l'équipe Métaphores vous souhaite une belle année philosophique et littéraire, propice à de nouvelles modalités de pensée, à de nouvelles intuitions, lectures et rencontres créatives.

L'année 2016 aura été marquée par une dynamique de croissance enthousiasmante :

- Le Café-philo de Bedous animé par Véronique a rejoint Métaphores. Nous avons découvert à cette occasion un lieu charmant et une initiative qui mérite d'être d'autant plus saluée et soutenue qu'elle rencontre un public motivé par l'exercice philosophique dans la belle vallée d'Aspe. L'activité possède désormais sa rubrique spécifique sur le menu du blog.

- Nous avons réalisé au total une trentaine de soirées  : 21 Cafés/Apéros-philo ; 4 Cercles littéraires ; 3 Ateliers-philo ; 2 Cafés-Philo-Bedous, sur des thèmes philosophiques variés et essentiels : la violence, la sexualité, technique et techno-sciences, le corps, la nature, la séduction, la liberté, la politique ou encore le plaisir, l'illusion, les voyages, l'aliénation et la sagesse.

- La fréquentation du blog, en hausse de 47 % (par rapport à 2015), prouve que nos efforts ne sont pas vains. Près de 90 personnes sont désormais abonnées pour suivre nos actualités philo-littéraires. Les soirées et sujets ont suscité le désir des lecteurs d'intervenir dans les discussions. Plus de 200 commentaires et prolongements philosophiques ont été enregistrés cette année !

Nous tenons à remercier nos hôtes pour leur gentillesse et pour la qualité de l'accueil qu'ils nous réservent dans leur café : Le Dimanche à la campagne (Pau), le Matisse (Pau) et L'Escala (Bedous). Nous souhaitons évidemment poursuivre avec eux cette excellente collaboration.

Merci aussi à nos animateurs-bénévoles sans lesquels rien ne pourrait avoir lieu : Guy notre Président d'honneur, animateur résolu du Café et de l'Apéro, Janine pour le Cercle littéraire, David notre Président pour l'Atelier, Véronique et les suppléants Marie-Pierre et Didier (pour l'Atelier), ainsi que la modératrice, Nicole, qui assure le bon fonctionnement des cafés et apéros.

De nouveaux projets philosophiques sont en cours d'élaboration. Nous vous tiendrons informés ici-même de ces perspectives réjouissantes.

En attendant, nous vous donnons rendez-vous pour la première soirée Métaphores de la nouvelle année, samedi prochain, le 07, au Café-philo de Bedous sur le thème de la croyance

A très bientôt

DK

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05 novembre 2016

Résumé Café-philo du 13/12/16 - Du désir sans objet ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de décembre s'est tenu le mardi 13 à 18h45 au café Le Matisse (clic) à Pau (17 rue Lalanne, face au musée des Beaux-Arts). Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Un désir sans objet est-il concevable ?

Résumé :

 1) Spontanément le désir se spécifie par l'objet : désir de...et la société contemporaine n'est pas en reste pour fournir d'innombrables objets à convoiter, dans le jeu infini d'un miroitement sans précédent dans l'histoire. Société de l'Objet pourrait-on dire. Mais à un niveau plus profond le même problème surgit : je désire être aimé, être reconnu, admiré - autant d'objets", immatériels, imaginaires ou symboliques. Ou bien je désire l'amour de ma partenaire, je désire son désir. Toujours on désire "quelque chose", alors même que nous savons pas au juste ce que nous désirons, au delà de l'objet identifiable et nommable. Le désir ouvre sur un espace infini, que rien ne semble pouvoir combler. C'est du moins l'approche classique de la question. Le sujet, à l'inverse nous propose une direction insolite : un désir qui ne se suspend pas à la représentation d'un objet, qui ne se définit pas par lui, qui l'excède ou le précède.

 2 ) Première proposition : le désir naît d'un manque, s'élance vers un objet supposé apte à combler ce manque de manière à obtenir la satisfaction. On se demandera toutefois si cette position ne rabat pas le désir sur le besoin : la soif, la faim etc qui, en effet, relèvent de cette analyse. Mais le désir n'est pas le besoin. L'objet du désir est moins circonscrit, moins immédiatement naturel, plus fluctuant, mobile et quasi indéfinissable. De plus il se déplace constamment (métonymie) ce qui crée une sorte de "folie" du désir dont se moquaient les auteurs de l' Antiquité : insatisfaction, démesure, errance, pusillanimité. Le sage se définissait par l'aptitude à se tempérer, donc à contrôler la mécanique du désir.

 3) Pour avancer il apparaît nécessaire de préciser ce qu'on entend par désir, même si chacun voit fort bien de quoi on parle : certains proposent une définition élargie, moins psychologique. Elan vital, force vitale, énergie de vie, effort pour persévérer dans son être, mouvement : le désir serait la manifestation spontanée de l'énergie, dont le défaut entraîne la stase dépressive. Vivre et désirer seraient quasiment synonymes. Selon cette perspective le désir ne naîtrait pas de la fascination de l'objet, mais serait en quelque sorte antérieur, principiel, bien qu'invisible, et se manifesterait clairement lors de la rencontre de l'objet. Spinoza : " ce n'est pas parce qu'une chose est belle que je la désire, mais c'est parce que je la désire qu'elle est belle". Je suis désirant de par ma nature d'homme, et ce désir se manifeste en créant le désirable, selon la logique seconde d'un "kairos" - l'occasion favorable, la bonne rencontre.

 4) Plusieurs personnes insistent sur le fait que le désir ne consiste pas seulement à cueillir les beaux objets offerts par la nature ou la société, mais bien davantage dans la capacité de créer ce qui n'existe pas encore - ce qui tendrait à prouver une antériorité du désir sur l'objet. C'est la logique de l'art, au sens étendu du terme. comme si l'homme ne pouvait se satisfaire de ce qui est et qu'il exprime davantage son essence en créant ce qui n'est pas encore : homo faber, homo estheticus. C'est aussi le cas des grandes réalisations culturelles qui font jaillir de nouvelles images et pensées de par le monde. L'objet n'est pas donné, il est toujours à venir...

Café-philo du 13 12 16

 5) Suit un débat sur la difficulté d'obtenir une véritable satisfaction : que d'objets décevants ! Que d'objets si vite obsolètes ! Même dans l'activité artistique, si pleine, si intense, si expressive  comment ne pas expérimenter une forme de "ratage fécond" qui n'est pas exactement un échec, mais une sorte d'impossibilité structurelle : même dans l'oeuvre la plus belle il reste "un quelque chose" qui n'est pas dit, ou mal dit - qui nécessite la relance, et une autre oeuvre, à l'infini. Cette inadéquation semble constitutive, non seulement de l'oeuvre d'art, mais de l'existence humaine en tant que telle. L'objet fascine et se dérobe : vertige du désir.

 6) "Cet obscur objet du désir " - obscur parce qu'il n'y a pas de science du désir, pas de savoir concluant et décisif, ce que chacun peut découvrir en soi-même, pour peu qu'il accepte de s'observer lui-même. Le désir vient et part, et revient, furet indéfiniment déplacé. On peut décider de courir à l'infini, et comme Don Giovanni dans Mozart, accumuler les conquêtes, ou les échecs. On peut aussi prendre acte de cette béance structurelle, la considérer comme définitive et sans remède, et de là, réduire les désirs, désidéaliser les objets et opter pour une certaine simplicité : "non plus quam minimum" (Lucrèce) mais de ce minimum faire oeuvre de beauté.

 7) L'objet est-il cause du désir ? Ce n'est pas si sûr. Peut-être n'est-il que le support plus ou moins illusoire d'une démarche de vivre et de créer qui elle n'est pas illusoire. 

Pour Métaphores,

Guy Karl

 

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04 novembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 26/11/16 : le soleil et la mort

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 26 à 18h au Café-librairie L'Escala (clic) en vallée d'Aspe. L'association Métaphores est heureuse (clic) de soutenir cette remarquable initiative en Pyrénées et de la compter désormais parmi ses activités. Le sujet proposé fut : 

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.” La Rochefoucauld 

L’homme est cet animal qui sait qu’il va mourir et la mort est cet indépassable auquel tous, nous nous heurtons. Ainsi, cette conscience de notre condition ferait de nous des êtres à part : “Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien”(B.Pascal).

 Cependant, tout en étant naturelle, universelle, toujours la mort (la nôtre) nous semble lointaine : ce sont les autres qui meurent en nous rappelant que nous allons, nous aussi mourir et à la certitude de mourir s’oppose l’incertitude de l’évènement. Sauf à en décider, elle procède de l’imprévisible (cf V.Yankélévitch : “elle est inclassable (....) sans rapport avec les autres évènements qui tous s’inscrivent dans le temps”). Est-ce alors ce qui fait que nous ne pouvons-pas la regarder fixement ? Est-elle comme cet astre qui nous aveugle, nous éblouit au point que sitôt aperçue, il nous faille nous en détourner ?

 Nous constatons que toutes les cultures ne la voient pas de la même façon, de même que tous les âges. Mais, se penser mort et être mort, ce n’est pas la même chose et d’entrée de jeu, il apparait que si on ne peut la regarder, c’est qu’il n’y a rien à voir : elle est le vide, le trou noir, l’inconnu. D’ailleurs, pourquoi faudrait-il la regarder en face ? Passer sa vie à regarder sa mort est impossible et équivaudrait à ne pas vivre. Ou encore, se dire que tout ce qui existe là n’existera plus. Elle se dit donc comme un renoncement, une acceptation de la disparition qui semble difficile.

 Nous ne pourrions la regarder parce qu’elle nous fait peur et plus que notre mort, c’est celle des autres avec l’expérience de l’absence qui semble nous faire souffrir (même si pour ceux qui restent, la personne continue à vivre). Mais, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est une piqure de rappel, une confrontation au réel qui nous oblige à la regarder en face ? Cela nous confronterait à cette difficile réalité qui est que donner la vie, c’est aussi donner la mort .

 La réflexion s’engage alors sur la peur de la mort, parce que nous ne la contrôlons pas, ce qui expliquerait que nous ne puissions la regarder fixement. D’ailleurs, les jeux d’enfants qui jouent à être mort n’ont-ils pas fonction de leur faire affronter leur peur de la mort ; ou comme dans ‘Jeux interdits” qui montre des enfants jouant aux adultes, à la puissance (“je te tue”), au contrôle de la mort. Nous nous interrogeons alors sur les personnes qui se mettent en danger, comme si elle ne se sentaient vivantes que à ce moment-là, sur l’adolescence, âge qui invite à tester sa puissance.

N’est-ce pas parfois suscité par le manque d’intensité de nos sociétés, le vide qu’elles offrent, le fait qu’il n’y ait plus de rites initiatiques ? Mais alors, cette impossibilité de regarder la mort en face n’est-elle pas accentuée par les avancées techniques et scientifiques ?

Dans des temps plus anciens, on voyait les gens mourir, on tuait les bêtes pour se nourrir. Aujourd’hui, les gens ne meurent plus chez eux et la mort est dématérialisée, virtuelle (écrans). De même, la science a aseptisé la vie et on cache la mort, on la délègue à des professionnels. Comment ne peut-on mourir quand on le décide en cas de grave maladie ?

Enfin, nous planifions tout et vivons toujours dans l’anticipation, nous perdons en intensité et peut-être que la peur de la mort dépend de la relation que nous entretenons avec l’existence. Plus la vie sera vide, plus la peur de la mort sera présente. Il faudrait aider les hommes à construire leur vie, à remplir et vivre pleinement l’instant présent. Les accidents de la vie (maladie,coma) peuvent ouvrir sur un autre rapport à l’existence, un sens aigu de la responsabilité (afin de ne pas regretter), se rendre compte que nous ne sommes pas là pour rien afin d’être davantage dans le présent que dans l’espérance. C’est d’ailleurs cette espérance qui pourrait empêcher de la regarder fixement, d ‘interroger sereinement le sens de son existence, qui ferait qu’on peut du coup ne pas vivre sans même s’en rendre compte et nous fait être des morts-vivants. Il faudrait donc tenter de la regarder pour redéfinir sa vie, se hâter de vivre. En ce sens, la mort ne serait pas à considérer comme une fin ; elle est un miroir.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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03 novembre 2016

Résumé de l'Atelier-philo du 23/11/16 : De la séduction

Atelier-philo

L' Atelier-philo du mois de novembre a eu lieu mercredi 23 au Café-restaurant le Dimanche à la campagne à Pau (face parc Beaumont - jeu de paume). Nous avons accueilli avec grand plaisir Anne Roussel, professeure de philosophie pour aborder le thème de la séduction qui fut celui de sa thèse de doctorat autour du sujet suivant : 

"Sommes-nous les jouets de la séduction ?"

 

Atelier-philo du 23 11 16

Résumé de la soirée :

 Pour cet atelier suscitant la rencontre entre philosophie et esthétique, Anne Roussel, professeure de philosophie et intervenante en histoire de l'art, a très aimablement apporté une contribution de grande qualité, tant par sa présentation que par ses interventions.

 Il est de coutume de débuter une réflexion en philosophie par le fait de définir les termes en jeu. C’est intentionnellement que le co-animateur, et auteur de ces lignes, s’y est refusé : une définition, même liminaire, et pire, une conceptualisation, aurait certes eu le mérite de délimiter un champ de discussions mais aurait eu l’inconvénient d’enclore la discussion collective dont l’intérêt est l’examen, l’enquête. De plus, la séduction, prise dans le grouillement des faits et des relations, échappe par bien des côtés à une approche strictement intellectuelle, comme l’a souligné Anne Roussel ; et ce d’autant que rares sont les philosophes à s’être engagés dans une enquête, et encore moins, dans une théorisation de la séduction : « Décidément, la séduction présente un enjeu incendiaire, et ne peut qu’attiser la curiosité : facile, désinvolte, séductrice justement, et pourtant…elle passionne, et se manifeste au quotidien. Si l’intellect pur ne l’aime pas, c’est qu’elle ne cesse d’inviter le désir à sa table… ».

 Diverses questions préalables autour de la séduction, notamment entre homme/s et femme/s, sont proposées pour le débat : « Sommes-nous les jouets de la séduction, ou jouons-nous la scène originelle de la séduction pour tenter de rejoindre un point de mire à déterminer ici ? », la séduction est-elle naturelle, telle une parade animale, ou est-elle un talent, un art qui révèle la femme à elle-même ? La séduction est-elle intentionnelle ou non-intentionnelle ?

 D’emblée les figures mythiques ou littéraires, Don Juan de Molière ou Don Giovanni de Mozart, sont convoquées. Et très majoritairement, la séduction, qu’elle soit naturelle ou non, est décriée : manipulation, miroir ou recherche narcissique... Et il s’avère que le Don Juan de Molière se présente lui-même comme un conquérant, - de quoi ? Des femmes ! Le séducteur, et Don Juan de surcroît, chercherait l’emprise, la maîtrise, la transgression. Le séducteur – tiens ? on ne convoque aucune séductrice (et la Duchesse de Langeais, grande figure balzacienne de la séduction, restera absente toute la soirée…) ; le séducteur, donc, est un égocentrique qui cherche à se sentir mieux. On commence à distinguer le séducteur de la séduction, mais le procès se poursuit contre cet acte artificiel dont les exemples du champ politique contribuent à sa disqualification.Une bifurcation, un reversement du pour au contre : et si la séduction n’était pas une manière d’attraper le sensible ? Et si la séduction n’était pas opposée à l’amour mais l’un de ces ingrédients ? À rebours d’une séduction de l’un « contre » l’autre, la séduction peut se manifester comme un jeu de symboles, de signes, qui dépossède le séducteur et le séduit.

 La seconde partie de la soirée se réamorce autour de la question du désir mais le procès de la séduction d’un côté et sa défense de l’autre réapparaissent et se poursuivent. Alors à nouveau la séduction décriée, dévaluée, est renversée en posture d’authenticité : c’est peut-être lorsqu’on séduit, loin de la dissimulation ou de la stratégie, que l’on se dépasse soi-même dans un moment de vérité. La séduction montrerait ce que l’on a de meilleur… Par ailleurs, dans la philosophie même, la séduction intervient et influe, comme lors de la maïeutique de Socrate.

La corrélation entre séduction et amour se développe. Loin d’une recherche de l’idéal amoureux, la séduction pourrait entretenir la relation amoureuse. Car peut-on imaginer un amour sans séduction ? Et si oui, cela ne ressemblerait-il pas à un roman de Barjavel où les relations amoureuses sont institutionnellement décidées, sans séduction, et par là-même sans désir ? On fait l’hypothèse que pour être efficace dans la relation amoureuse, la séduction doit être ignorée, sans calcul.

 En conclusion, citer Sören Kierkegaard n’est pas sans pertinence, étant le seul à avoir longuement thématisé et développé la question de la séduction dans une démarche philosophique. Au sujet du Don Giovanni de Mozart, il écrit : « Son désir est sensuel, il séduit par la puissance démoniaque de la sensualité et il séduit toute femme. La parole, la réplique ne lui appartiennent pas… Il n’a pas, en somme, d’existence propre, mais il se hâte dans un perpétuel évanouissement – justement comme la musique… » (dans les premiers chapitres de « Ou bien Ou bien » ou intitulé par ailleurs « L’alternative »).

 Anne Roussel, dans sa conclusion, en reviendra à l’origine culturelle, au chapitre de la Genèse du Pentateuque : « dans le ballet de la séduction, est rejoué le péché originel ».

Pour Métaphores, David Pourille

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01 novembre 2016

Résumé de l'Apéro-philo 17/11/16 - L'humain et la sexualité

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de novembre s'est tenu le jeudi 17 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"La sexualité nous enseigne-t-elle quelque chose au sujet de l'être humain ?"

Résumé de la soirée

1)   Pour la philosophie traditionnelle l’homme est d’abord un être de langage : « zoon logon echon » - le vivant qui possède le langage, et partant, la raison, la faculté de connaissance. La sexualité est souvent ignorée, ou tolérée à la faveur de la nécessité de la reproduction. S’en suit régulièrement une mise en garde morale, la sexualité inspirant certaines passions aveugles ou aliénantes. On peut se demander à quoi tient cette relégation et si, voulant faire l’ange on ne fait pas la bête (Pascal). Qu’y a -t-il donc de si dérangeant dans la sexualité qu’il faille, et dans le discours religieux, et dans le discours philosophique, multiplier les mises en garde, voire les condamnations ?

 2)   Quelques rappels s’imposent pour la clarté de l’analyse : la sexualité est plus large que la génitalité, qui n‘apparaît qu’à la puberté. Or il y a une sexualité enfantine, qui met en jeu d’autres zones érogènes, lesquelles continuent d’avoir un rôle jusque dans la génitalité adulte (par ex le baiser). L’extinction de la génitalité chez le vieillard ne supprime pas davantage la sexualité, qui se rabat sur les zones prégénitales. C’est peut-être cette dimension hors-génitale, donc improductive, qui agace le plus les moralistes. Deuxième point : la sexualité crée un corps érogène (ou érotique) à partir du développement des pulsions partielles : buccales, anales, phalliques puis génitales, opérant une sorte de raccordement empirique, fait de bouts de corps, avec des zones très sensibles et d’autres non : il en résulte que chaque sujet a un corps érogène singulier, dont la logique première est l’obtention du plaisir, selon le rapport fondamental tension-détente. Le plaisir est gratuit, entendons qu’il n’a aucune utilité sociale, ce qui est peut-être une indication précieuse. On veut bien du sexe s’il sert à la reproduction, mais non s’il ne sert à rien…qu’à procurer du plaisir. Troisième point : les comportements sexuels témoignent d’une grande variété et plasticité, notamment dans le choix d’objet, qui décidément ne  semble pas prédéterminé par la nature ou par l’instinct : homosexualité, bisexualité, transsexualité, monosexualité. Le choix d’objet relève d’une histoire personnelle, d’un jeu complexe d’influences dont il serait prétentieux de prétendre donner la formule. Bref, la sexualité humaine n’est pas la sexualité animale, ni une donnée instinctive prescriptive, elle exprime une liberté face à la nature, elle est inventive et polymorphe. En ce sens elle exprime la spécificité irréductible de l’être humain.

 3)   L’essentiel de la première partie du débat portera sur les empêchements, restrictions, répressions et condamnations de la sexualité : Dieu, la morale, la tradition, les sentiments de honte, de gêne, de culpabilité, de pudeur résultant des systèmes éducatifs. On veut bien admettre la sexualité à condition, soit qu’elle serve à la reproduction, soit qu’elle s’accompagne de tendresse, d’amour, de bienveillance, ou de beauté, mais non le fait brut, qui relèverait de la « bestialité », terme qui évoque la perversion plus que l’animalité. Peut-être y a –t-il là une résistance qui témoigne en effet d’une protestation contre les lois de nature, d’une rébellion contre la physiologie, en un mot d’un réel inassimilable.

 4)   Reste que la sexualité inspire le désir, anime l’être d’un mouvement excentrique, le porte à la rencontre de l’autre, colore l’existence et dynamise : œuvres d’art, littérature – et même philosophie !

Apéro-philo 17 11 16

 5)   Après la pause un débat passionné oppose les tenants d’un Eros sublime, où se révèlerait une dimension sacrée, divine, esthétique et métaphysique, l’individu, dans l’acte charnel, avec la partenaire s’ouvrant à l’infini (on peut penser au Tantra) – et ceux qui refusent ces conceptions éthérées pour mettre l’accent sur la « naturalité » indépassable de la sexualité. Nous sommes menés par des forces intérieures qui agissent à notre insu, réveillent le désir et l’éteignent sans que le sujet y ait une part volontaire : absurde de la pulsion qui agit quand elle veut et où elle veut. On songe à Pascal qui remarquait que les pensées viennent et vont, hors de contrôle.

 6)   « Il n’y a pas de rapport sexuel » - Non qu’il n’ y ait point d’actes dits sexuels, mais l’expérience montre que la jouissance, même dans des bras bien-aimés, dénote une solitude indépassable : chacun jouit de ce qui le fait jouir, qui n’est pas la même chose pour l’autre. On voudrait que les choses concordent, s’unifient dans l’extase, suppriment la solitude respective, mais cela relève sans doute des mythes de l’amour. L’orgasme ne permet pas, en dépit des espoirs, un dépassement de la condition humaine.

 7)   Resterait à voir, nous n’en avions plus le temps, ce qui pourrait constituer une éthique de la sexualité, en cette époque où 70 pour cent de personnes souffrent de misère sexuelle : mais il probable qu’un consensus sur ce point n’aurait pu émerger vues les divergences qui se sont manifestées au cours de la soirée.

Pour Métaphores, GK

30 septembre 2016

INFO : Migration du Café-philo

 

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Information importante

        Nous sommes contraints de quitter la Coulée douce (la MJC Berlioz) qui accueillait le Café-philo depuis avril 2015. De nouvelles conditions que nous avons jugées contraires à l'esprit de nos activités nous sont désormais imposées par les Maisons de Jeunes et de la culture : cotisations, prise d'une assurance, absence de personnel d'accueil, absence de boissons, donc plus de pause conviviale autour d'un bon verre. Autant dire, un Café-philo sans café ou un Apéro-philo sans apéro.

Nous sommes conscients des difficultés financières rencontrées par ces structures mais les normes qui fixent aujourd'hui l'accueil d'une association comme la nôtre sont incompatibles avec notre projet qui se veut le plus ouvert possible et dégagé autant que faire se peut des déterminations économiques.

Nous tenons ici à rappeler que nos activités reposent intégralement sur le bénévolat des animateurs et la gratuité inconditionnelle en direction d'un public qui n'est tenu à aucune obligation, à aucun contrat d'assiduité, à aucune cotisation d'aucune sorte, à l'image de l'acte de penser.

Nous ne pouvons que regretter la direction prise par ces lieux à la vocation "publique" mais dont les contraintes financières déterminent manifestement, et de plus en plus, la politique générale, ce qui ne laisse pas d'interroger l'emprise de ces dernières sur tous les champs de la culture et sur la place de la gratuité dans notre société.

Le prochain Café-philo (clic) se tiendra donc au café-brasserie Le Matisse (clic), 17 rue Lalanne à Pau, face au musée des Beaux Arts, dans sa belle salle entièrement rénovée et chaleureuse du premier étage. Nous tenons vivement à remercier le patron pour sa gentillesse et pour l'intérêt immédiat qu'il a manifesté à notre endroit. Dans cette perspective, la gratuité de l'activité, la pause apéritive, essentielle, pourront être maintenues et chacun pourra consommer ce qu'il souhaite sans autre contrainte que son seul désir. 

Pour Métaphores, DK

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29 septembre 2016

Résumé du Café-philo du 08/11/16 Echapper à l'aliénation ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de novembre s'est tenu le mardi 08 à 18h45 au café Le Matisse (clic), face au Musée des Beaux Arts, 17 rue Lalanne à Pau. 

Le sujet proposé et choisi par l'assemblée présente fut :

Peut-on échapper à l'aliénation ?

Résumé de la soirée : 

 Avant tout nous tenons à remercier le patron du Matisse pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé. La soirée fut très agréable et riche d’enseignements.

 1)   Si l’on se propose d’échapper à l’aliénation c’est qu’elle est supposée première, en quelque sorte « naturelle », posée comme une condition initiale de l’existence, de laquelle on serait invité à se détacher pour affirmer la liberté. Avant de répondre en décidant que la chose est possible ou non, il faut creuser plus avant la notion d’aliénation, et voir si ce terme rend compte ou non de cette situation initiale qu’il faudrait dépasser.

 2)   Il y a beaucoup de situations d’aliénation, éducatives, familiales, politiques, économiques, idéologiques mais quelle est la structure qui donne l’unité à ces champs ? Le groupe hésite sur les rapports entre dépendance, addiction et aliénation. Quand suis-je aliéné ? L’étymologie est convoquée : alius, autre ; alienus, étranger. Le sujet est aliéné quand il perd la jouissance de son être propre, qu’il devient autre qu’il est, étranger à soi-même, à son désir fondamental, qu’il se soumet par choix ou par contrainte à une force étrangère qui le dépossède de soi. On pourrait distinguer entre aliénation consentie (structures passionnelles) et aliénation imposée (comme dans les régimes autoritaires) ? Dans les deux cas la liberté et l’affirmation de soi sont gravement compromises.

 3)   La pire situation est celle de l’aliénation mentale : c’est ainsi que l’on qualifiait autrefois la psychose. Le psychiatre s’appelait alors l’aliéniste.

 4)   On remarque à ce moment-là que tout système social et politique, fût-il même relativement démocratique, ne va pas sans une sorte d’aliénation fondamentale, le citoyen renonçant à sa liberté de nature pour consentir à l’ordre commun, s’y plier en respectant la loi. Plus encore : il accepte de se ranger au langage commun (les mots viennent à lui du dehors) pour y exprimer son être, encore que manifestement cette expression soit en quelque sorte tronquée par les lois du langage et le devoir de se communiquer par la parole. Lévy-Strauss remarquait qu’en somme chacun a le choix virtuel entre l’aliénation langagière et l’aliénation psychiatrique. Mais il faut ajouter que l’aliénation langagière n’implique aucune pathologie, à la condition que le sujet, dans une langue qui s’impose à lui au départ, puisse parvenir à une expression subjective, « poétique » par laquelle il pourra affirmer sa singularité.

 5)   A la rigueur on distinguera entre aliénations passives, subies, et aliénations positives : j’accepte de me ranger sous une autorité le temps d’en retirer des enseignements, pour regagner ma liberté au plus vite. En ce sens toute formation impliquerait un certain degré d’aliénation : on en voit aisément le danger, comme chez ces artistes qui se mettent à l’école et finissent par perdre leur originalité propre.

 6)   Pour échapper à l’aliénation il faut une prise de conscience : je m’aperçois que j’étais esclave, enfermé dans une structure qui à présent m’apparaît insupportable. Je romps. Analyse rétrospective : pourquoi me suis-je laissé enfermer ? A quels besoins répondait cet enfermement ? Qu’y ai-je gagné ? Qu’y ai-je perdu ? Je vois que je me suis soumis à la dictature de l’image : celle que les autres avaient de moi, celle que je tenais pour véridique et qui n’était que d’illusion.

 7)   Il faut la prise de conscience, le travail d’analyse, et souvent aussi le heurt ou les heurts du réel, par lesquels je peux m’apercevoir que je faisais fausse route. Le détachement se fera par un acte signifiant qui consomme la rupture.

 8)   Le groupe évoque longuement des tentatives de solitude volontaire (Thoreau, Into the Wild) en se demandant dans quelle mesure ces échappées dans la nature permettent une désaliénation : si l’on n’y trouve pas la mort il faudra bien revenir, et alors comment concilier liberté et aliénation sociale ? C’est bien notre problème à tous : vivre en société, travailler, éduquer nos enfants, avec tous les risques de nous perdre, et tenter de préserver pourtant un espace de liberté subjective, une dimension créatrice. Il  faudrait après ce débat s’interroger sur les possibilités d’une autonomie qui ne soit pas du semblant.

Pour Métaphores, GK

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27 septembre 2016

Résumé du Cercle littéraire du 03/11/16 : La lecture

Cercle Littéraire

Le Cercle littéraire du mois de novembre s'est tenu le jeudi 03 au Dimanche à la campagne (clic) à 18h45 à Pau sur le thème suivant :

LA LECTURE

et de nous interroger sur cette activité tantôt suspectée tantôt célébrée, c'est selon, à partir de nos propres pratiques. Comment choisit-on les œuvres que nous lisons ...ou comment nous choisisssent-elles ? Quels rituels de lecture ? Quelles attentes ? Quelle place ?" (JD)

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Résumé de la soirée : 

    Les différentes pratiques de la lecture sont liées au développement de la technique : lecture collective et à voix haute avant l'imprimerie, devenue silencieuse et solitaire avec l'apparition de l'imprimerie et la large diffusion de l'objet livre .

    Les figures de lecteurs rencontrées dans les œuvres lancent le questionnement sur l'image de la lecture selon les époques : lecture suspecte qui éloigne de l'action et de la vie en créant des  chimères : de  Don Quichotte , gorgé de lectures qui dessèchent son cerveau en le remplissant d'extravagances, contre-modèle du lecteur idéal à Emma Bovary qui se nourrit de clichés romanesques, dessinant les charmes mensongers d'un idéal illusoire en passant par Julien Sorel qui lit en cachette, le Mémorial de Sainte-Hélène qui plus est ! Au lieu de travailler.

      Lecture source de savoir et de réflexion chez les humanistes, à l'origine de l'écriture pour Montaigne, univers des livres qui décident de vocations : celle de Jean-Paul Sartre, et de bien d'autres. Evasion bienheureuse d'un réel décevant, temps de bonheur, compagnonnage et discussion avec les grands esprits par delà le temps et l'espace, pied de nez à notre condition en multipliant les expériences, fenêtre ouverte sur le monde, expression de liberté.

       Les interventions ont souligné le plaisir de la lecture, la sensualité de l'objet livre, prémisse de la découverte, l'importance du titre, de la quatrième de couverture. Livres conseillés par le libraire, les amis qui prêtent et conseillent, les chroniques spécialisées des journaux et revues , les émissions télévisées … Livres aussi qui choisissent leur lecteur et viennent étancher des soifs qui s'ignoraient encore. Livres au goût délicieux de l'interdit,trouvés dans une malle, lus avec le frisson de la transgression, soulevant un coin de voile sur des mystères jusqu'alors insoupçonnés... Magie des lectures de l'enfance : moment privilégié où les parents lisent des histoires à leurs enfants, cercle s'élargissant parfois aux amis des enfants, communauté heureuse autour d'une voix qui fait chanter les mots, continuer à lire aux enfants même quand ils savent lire ; source du goût de lire car lire, c'est aussi revivre ce premier enchantement. Mais parfois, temps où la faim des mots se ralentit, s'assoupit pour reprendre plus fortement. Liberté de ne pas terminer un livre, d'en lire plusieurs en même temps. Lire et relire…de grands classiques lus parfois sous la contrainte au temps du collège et du lycée mais redécouverts avec émerveillement parce que, à 18 ou à 40 ans les livres ne nous racontent pas la même histoire. Graines semées et auxquelles il faut laisser le temps de germer.

      Belle et riche soirée où s'est partagée la gourmandise de lire, nombreux échanges autour d' oeuvres. Voici les titres cités, tels qu'ils sont apparus au fil des échanges  :

Mauvignier     Continuer

Leïla Slimani   Dans le jardin de l'ogre, Chanson douce  Goncourt 2016 , belle construction romanesque

Belle du seigneur   Albert Cohen, formidable  roman d'amour  

Cent ans de solitude   Garcia-Marquez 

Le livre de l'intranquillité   Pessoa

Trois contes :  Un cœur simple    Flaubert

La mesure du silence,  Mia Coutau  écrivain du Mozambique ; très court ; surréaliste et poétique

Jésus-la-Caille  Francis Carco

Le jardin des supplices  Octave Mirbeau  cruauté, sadisme, humour noir et violent réquisitoirecontre l'hypocrisie du monde occidental        

Lucien Bodard,     Monsieur le consul  Anne-Marie

Georges Pérec,  L'homme qui dort

Marcher droit, tourner en rond  Emmanuel Vernet , cruel et tendre portrait de tous les membres d'une famille

La vieille qui marchait dans la mer   Frédéric Dard

L'année prodigieuse  Elena Ferante

 Le dernier qui s'en va éteint la lumière   essai sur l'extinction de l'humanité Paul Jorion

 Auteurs étrangers :

 Toni Morrison     Beloved

 David Lodge     La vie en sourdine charge contre l'exercice universitaire de l'explication de texte, malicieux et jubilatoire

 John Irving      La part de Dieu, la part du Diable

 Paul Auster      L'invention de la solitude, livre poème écrit après la mort de son père, Chronique d'hiver                          

 Joyce Carol Oates    Chutes       

 Jonathan Frantzen    Freedom une histoire d'amour qui croise les problèmes actuels de la planète

 Notes de ma cabane de moine    Kammo no Chômei, poésie japonaise

 La Montagne de l'Âme  Gao Xingjian, pèlerinage d'un homme sur les chemins de la vie, écrit à la deuxième personne

 Italo Calvino  Le Vicomte pourfendu, Si par une nuit d'hiver, un voyageur drôle et jubilatoire

 Mariane Alphant  Ces choses-là, essai

 Comment j'ai vidé la maison de mes parents, Lydie Flem, l'expérience du deuil

 Cent vues de Shangaï 

 Nicolas Bouvier, un passeur pour notre temps de Nadine Laporte

 et bien sûr les livres de Nicolas Bouvier

 Un paradigme, court essai sur ce qui fait advenir la pensée  

 Esquisses, Jean François Billeter, sinologue et philosophe

 

Pour Métaphores, Janine Delaitre

 

 

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23 septembre 2016

Résumé Apéro-philo 19/10/16 L'homme, mesure de toutes choses

Apero philo

L'Apéro-philo du mois d'octobre s'est tenu le mercredi 19 à 18h45 au café-restaurant le Dimanche à la Campagne, face au parc Beaumont à Pau. Le sujet proposé fut :

"L'homme est-il la mesure de toutes choses ?"

Résumé :

 1)   Protagoras (485–411) déclare : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent, qu’elles existent, de celles qui n’existent pas, qu’elles n’existent pas ». Existe, selon lui, ce qui peut être senti, perçu, expérimenté, à partir de quoi chacun peut se former une opinion. D’une certaine manière toutes les opinions sont vraies, dans le concert infini des opinions. Ce qui n’existe pas c’est ce qui échappe à toute saisie perceptive, dont aucun savoir n’est possible. Cette seconde affirmation bouscule allègrement la tradition selon laquelle c’est le dieu qui est la mesure de toutes choses. Mais pour Protagoras l’existence des dieux est pour le moins sujette à interrogation, ce qui lui valut un procès et l’exil loin d’Athènes.

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 2)   « Toutes choses » sont incertaines parce qu’il n’y a pas de fondement. Dans le fameux mythe de la distribution originaire des qualités, par Zeus, les animaux sont heureusement pourvus, qui de griffes, qui de carapace, d’ailes ou de pattes agiles, seul l’homme est sans ressources naturelles, l’oublié de la création, démuni, surgissant vagissant et nu dans un monde qui n’a que faire de lui. L’homme est une erreur de la nature, privé d’instinct et de force naturelle. Ni les dieux ni la nature ne lui servent de fondement, il est condamné à tirer de soi-même les moyens de la survie, d’où la technique, le langage, le droit et l’institution politique. C’est l’homme qui, bon an mal an, fait la mesure des choses, distinguant le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le beau et le laid. C’est affirmer fortement qu’à défaut de la vérité c’est l’usage et la convention qui font mesure, et eux seuls. Montaigne se souviendra de cette leçon.

 3)   Mesure : c’est d’abord le bâton qui permet d’établir une distance, et donc de comparer des distances (le mètre, mètron). Mesurer c’est se servir d’un étalon pour calculer,comparer, fixer des rapports. Mais où trouverons-nous des critères de mesure si les dieux s’absentent, nous laissant livrés à nous-mêmes ? Seule la convention peut décider, fixer le critère, il est vrai de manière tout à fait arbitraire : qui justifiera la longueur du mètre, le découpant en centimètres et millimètres, ce qui ne fait que reporter le problème, jusqu’à cette béance du fondement. De même pour tout raisonnement, qui exige un autre raisonnement pour le fonder, et nous laisse pour finir dans l’incapacité de raisonner : on pose alors des axiomes ou des définitions, indémontrables, à titre de fondement conventionnel. De même pour les institutions humaines, qui, à l’examen, révèlent leur caractère arbitraire, lequel ne les empêche pas de fonctionner, comme on voit dans le droit : pour quoi la loi ? Parce que c’est la loi. On peut critiquer toutes les lois, mais on ne peut s’en passer si l’on veut sauver l’humanité.

 4)   Cela étant y a-t-il une « bonne loi » ? Dans l’absolu la question est idiote. Il y a des lois, conventionnelles et imparfaites. Tout au plus peut-on préférer certaines lois à d’autres, par exemple préférer la loi démocratique à la loi tyrannique. A défaut de « vrai » on tablera sur le préférable, le souhaitable, l’utile et l’efficace. C’est le choix de Protagoras : former des citoyens instruits, lucides et intelligents, qui savent manier la parole comme un pouvoir d’explication, de contestation, parole éminemment politique.

 5)   Le débat portera largement sur la question de la mesure. Le terme est ambigu en français, désignant tantôt un étalon purement géométrique ou physique - le mètron du grec – et tantôt une appréciation morale, « un homme mesuré » qualifiant l’équilibre, la tempérance, par opposition à la « démesure » du tyran, de l’avaricieux, de l’intempérant – l’hubris en grec. Question tout à fait sérieuse car si l’homme fait la mesure, rien ne l’empêche de basculer dans la démesure et de faire de la démesure même la mesure collective. Qui est fou quand tout le monde est fou ? ou pour dire comme Montaigne qu’est ce qui branle quand tout branle ? Par la phrase de Protagoras nous sommes plongés dans une incertitude universelle, où le vrai, le juste et le beau ne se distinguent du faux, de l’injuste et du laid que par la sagacité du législateur : d’où, encore une fois, la nécessité de l’éducation, de la formation morale et d’un gouvernement sage.

 6)   Un autre débat important se déroulera sur la question de la science. Dans un tel monde une science est-elle possible ? Evidemment, à condition de poser nettement que la science ne peut dire le vrai (on ne peut sortir de la représentation pour saisir le réel comme tel à la force du poignet), ce qui ne la prive pas d’un pouvoir de rectification : écarter patiemment les erreurs, les préjugés, les représentations caduques. On peut voir dans la méthode scientifique, plus que dans ses résultats, une école de formation de l’esprit, une discipline de pensée qui, à défaut de nous révéler un mystère qui nous échappera toujours, nous aide à épurer notre jugement. Le groupe évoque le fameux texte de Pascal sur les deux infinis (disproportion de l’homme) où l’on voit que tout centre se dérobe (« le centre est partout et la circonférence nulle part ») et que notre pauvre mesure, sans fondement mais indispensable, se perd dans le sans-mesure d’un univers colossal.

 7)   Nous n’avons pas la mesure du vrai, il y faudrait une puissance divine qui nous manque. Avec Protagoras l’homme, l’humanité, prend conscience de sa véritable position dans l’existence. On peut y voir une position nihiliste. On peut aussi y lire une leçon de courage. Nous voici responsables de ce que nous pensons et faisons. Il est de la première urgence de créer « de bonnes mesures » si nous voulons donner à l’humanité un espace et un temps pour la vie, qui ne peut être pour nous que le temps de la conscience.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

 

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