01 avril 2017

Résumé Café-philo du 09/05/17 : Peur, petite mort de l'esprit ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de mai animé par Guy Karl s'est tenu le mardi 09 à 18h45 au Matisse. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

 

"La peur est-elle la petite mort de l'esprit ?"

sumé :

1)      La peur est une émotion, sans doute la plus primitive et la plus universelle dans le monde vivant. Chaque organisme lutte pour maintenir sa vie dans un environnement souvent hostile. Il suffit dès lors qu’apparaisse une menace pour que le vivant recoure à des techniques de survie. La peur signe la perception de ce danger, elle est un signal d’alarme nécessaire, mais insuffisant par soi : au-delà de la peur il faut fuir ou combattre. L’action doit suivre la réaction émotionnelle, question de survie.

2)      Pourquoi « une petite mort » ? L’expression est généralement utilisée pour qualifier l’orgasme, moment d’intensité accompagné d’une sorte de suspension de la conscience, d’interruption des processus ordinaires de l’esprit. Dans la peur intense on peut être saisi d’une sorte de stupeur, de sidération, voire de paralysie, qui ne vont pas sans évoquer la suspension orgastique, avec la volupté en moins. On perd la tête, on s’affole, on est incapable de réfléchir et de raisonner, et là où une adaptation supérieure et créative serait nécessaire, le sujet bascule dans une inadaptation catastrophique. C’est bien une petite mort.

3)      La peur est une réaction à la menace, mais s’il y a des objets réels qui sont effectivement dangereux, d’autres sont parfaitement imaginaires. L’objet est imaginaire mais la peur est réelle. Comme ces enfants qui tremblent dans le noir peuplant le monde de chimères et de monstres effrayants. On insiste au passage sur le cas des phobies, qui résistent indéfiniment à l’analyse rationnelle, vécues comme une sorte de honte incompréhensible par celui qui en est la victime. Peur, mais de quoi, de quel « objet » plus singulier et indéfinissable que celui que l’on désigne comme cause ?

café-philo 9 mai 17

4)      Plus profondément, dans la mesure où l’homme est plus conscient que l’animal, il rencontre des peurs que l’animal ne semble pas connaître, et qui lui révèlent en creux la singularité de sa condition : peur de mourir, peur de tomber malade, peur des châtiments infernaux, du jugement des dieux, etc. Karl Jaspers avait examiné le rôle essentiel des « situations limites » dans la constitution d’une conscience philosophique. La peur accompagne souvent l’étonnement, comme dans le vertige et l’effroi devant l’immensité du monde, dont le chien n’aura jamais aucune idée. La peur serait ainsi le début de la sagesse. Remarquons au passage qu’une telle peur, instruite et raisonnée, est une marque éminente de l’esprit et non le signe de sa disparition.

5)      Si la peur éveille à la philosophie, elle peut à l’inverse être méthodiquement distillée par les pouvoirs, religieux, politiques, idéologiques, pour contenir la révolte des peuples et leur cacher les privilèges des puissants sous une logorrhée manipulatrice. Dieu garant de l’ordre moral. Sans compter les menaces de châtiments, quand « la justice » se met au service de l’iniquité. Rappelons le rôle éminent des Lumières pour combattre l’obscurantisme et la réaction, pour l’émancipation des peuples et des citoyens. Combat à jamais nécessaire. Le pouvoir illégitime entretient la peur pour sauver le pouvoir.

6)      Retour au sujet après la pause : faut-il entendre la peur comme une suspension de l’esprit ? Oui, si la peur empêche de penser et d’agir. Alors apparaît une nouvelle question : que  pouvons-nous pour la réduire, à défaut de s’en libérer complètement, ce qui est sans doute hors de notre portée ? Quel est le pouvoir de l’esprit, de quelle puissance d’analyse disposons-nous pour en découvrir et révéler les ressorts, les objets et les causes ? Question difficile, si l’on ne veut pas se contenter d’une fanfaronnade ou d’un déni. Remarquons les travaux, pour finir, entrepris dès l’Antiquité par les penseurs pour affiner les méthodes, éclairer les enjeux, puis, dans la Modernité, des investigations en direction de l’inconscient, où il faut certainement chercher et débusquer les véritables causes. La peur cache la peur : derrière une peur repérable, une autre se cache, qu’il faut repérer à son tour. Ce n’est pas d’une inoffensive araignée que l’on a peur, mais alors de quoi ? Un de nos jeunes participants eut ce mot remarquable : « peur de soi ». Le vrai monstre, pour chacun, c’est soi-même.

Pour Métaphores,

GK

Posté par metaphores 64 à 09:49 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14 mars 2017

Manhattan-philo - 03/05/17 : Rêve et réalité

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de mai s'est tenu le 03 mai à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Qu'est-ce qu'être courageux ? 

Sujet 2 :  Le rêve s'oppose-t-il à la réalité ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?

 

Le sujet retenu à l'occasion de ce moment fort sympathique fut :

Le rêve s'oppose-t-il à la réalité ?

Résumé à suivre :

Manhattan-philo

Posté par metaphores 64 à 11:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,
13 mars 2017

Résumé du Manhattan-philo - 19/04/17 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois d'avril s'est tenu le 19 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Animé par Timothée Coyras, professeur de philosophie, le Manhattan-Philo a proposé les 3 sujets édités ci-dessous et qui ont été soumis au vote le soir de l'activité.  

Sujet 1 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 

Sujet 2 :  L'art a-t-il déjà tout dit ?

Sujet 3 : Que peut-on espérer de la politique ?
Le sujet retenu par l'assemblée nombreuse et impliquée fut : 
 Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 
Résumé de la soirée :

Pour ce second Manatthan-philo, les participants avaient le choix entre trois sujets. Malgré la présence d’un sujet d’actualité : « Que peut-on espérer de la politique ? », le public a choisi – sans doute à raison – de prendre de la hauteur sur les événements, et de réfléchir sur le temps.

Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? Cette question naît d’une plainte fréquente : la vie passerait trop vite. Nous n’avons pas le temps de profiter d’une jeunesse qui file, d’enfants qui grandissent trop vite, ni de mener à terme nombre de projets qui sont dévorés par Chronos avant même d’avoir pris forme. Sénèque a consacré un traité à cette question : « De la brièveté de la vie », où le philosophe se demande si au fond, c’est bien la vie qui est brève ou nous qui ne savons pas gérer notre temps. Ceci servira de cadre au débat. Qu’est-ce qui explique cette brièveté éprouvée de la vie, et y a-t-il moyen d’y remédier ? Je précise ainsi qu’il ne s’agira pas de réfléchir sur une quelconque rapidité intrinsèque du temps physique, objectif – question par ailleurs peut-être dénuée de sens d’un point de vue physique, et ce malgré la théorie de la relativité restreinte – mais bien de partir du temps vécu, du temps de la vie tel que nous l’éprouvons et l’habitons.

Le public se saisit d’emblée de la parole et remarque dans un premier temps que la conscience du temps varie selon les âges de la vie. L’enfant, qui est tout entier au présent, n’a pas conscience de l’écoulement et de sa mesure, et chaque journée, chaque instant, prend pour lui les proportions de l’éternité, pur présent sans passé ni futur. Au contraire, en grandissant, nous prenons conscience de notre finitude, nous avons en tête l’horizon de la fin des choses, et surtout de notre propre fin. Cette conscience de l’échéance entraine une dé-présentification, une projection dans la temporalité et, par suite, une conscience de l’écoulement du temps. L’adulte sait que les vacances ont une fin, et qu’elles sont trop courtes, il les voit filer et voit tout ce qu’il n’a pas pu faire. L’enfant, lui, ne pensera au retour à l’école que le jour même de la rentrée. Là est toute la différence. Le problème de la rapidité du temps est ainsi le problème du manque de temps, qui est dés lors envisagé comme un bien consommable, dont on manquerait toujours. La préoccupation incessante accélère le temps, tandis que l’ennui, le désoeuvrement, donnent aux journées des proportions incommensurables. « L’ennui, fruit de la morne incuriosité, prend les proportions de l’immortalité », nous dit Baudelaire.

On peut même se demander, remarque un participant, à quoi ressemblerait en fin de compte une durée acceptable pour le temps : ni trop longue, ni trop courte ; ni trop lente, ni trop rapide. Question qui permet de remarquer que le temps est toujours éprouvé par des affects joyeux ou tristes, qui lui confèrent rapidité ou lenteur. Un participant remarque ainsi que les émotions jouent un rôle primordial dans la perception de l’écoulement du temps. La joie rend le temps imperceptible. La gêne, par contre, lui confère une lenteur oppressante.

Un paradoxe apparaît soudain : quand on vit intensément quelque chose, ça passe vite. Mais cela s’imprime plus fortement et durablement dans la mémoire, et par suite cela perdure davantage dans le temps. Tandis que ce qui est ennuyeux et sans intérêt passe lentement, mais ne laissera aucune marque. De longues journées sans intérêt ont donc, paradoxalement, la temporalité la plus brève.

Cette relation essentielle du temps vécu à la mémoire est l’occasion pour un participant de remarquer – en s’appuyant sur des travaux scientifiques – que la rapidité de l’écoulement du temps est  due à un ratio entre le temps vécu et le temps restant à vivre. Plus on a vécu, plus les journées passent vite. Le temps s’accélérerait ainsi sous l’effet de la mémoire et de la proximité de l’échéance finale. De ce point de vue, c’est toujours en se distanciant d’un pur présent – le présent d’éternité – qu’on prend conscience du temps et qu’on l’anticipe ou le regrette.

Le débat prend alors un autre tournant. En revenant sur les termes même du sujet, on peut se demander tout d’abord, remarque quelqu’un, s’il est bien correct de dire que « le temps passe ». En effet, le temps est toujours là, mais c’est nous, plutôt, qui passons. Si le temps « passait », ce serait pour ne plus être du temps, c’est-à-dire pour s’arrêter. Mais pendant combien de temps s’arrêterait-il ? Le temps n’est donc pas une chose. Mais quel est-il exactement ? En poussant plus loin la réflexion, le public remarque que l’on ne sait pas , en définitive, ce qu’est le temps. Et ce quelque chose que nous ne savons pas définir, existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas plutôt l’éternité seule qui existe ? L’éternité serait ainsi le moyeu de cette roue qu’est le temps. Le temps, comme mesure de l’écoulement et du passage, s’avère dés lors une création humaine, qui ordonne, rationalise les mouvements et les cycles de la nature. C’est dans l’introduction de cette mesure que le temps, dés lors, se donne à voir comme quelque chose qui passe. Pourquoi une telle mesure ?

L’horizon de ce besoin de mesurer n’est peut-être rien d’autre que la mort. Parce que nous mourons, parce que le temps de la vie est fini, nous devons le mesurer pour en prendre soin. Mais cette mesure est une souffrance. Dans cette perspective, le paradis, tel que les religions monothéistes l’envisagent, en particulier le christianisme, se trouve hors du temps, on y est dans un présent éternel – l’éternité de Dieu – qui est une délivrance du poids du temps et de la nécessité de le mesurer.

Dés lors, le débat s’oriente sur ce besoin d’éternité, ou encore d’immortalité, qui se trouvent chez l’homme. Si le temps passe trop vite et que la mort est toujours trop proche, c’est que nous désirons ne pas mourir. Est-ce une bonne chose de mourir ? Les grecs plaçaient les dieux au dessus des hommes précisément parce qu’ils sont immortels, et qu’ils n’ont pas à se soucier du temps. Il n’est pas sûr qu’être mortel soit une si bonne chose, comme le disent parfois les théologiens qui louent la providence divine. Peut-être que les progrès de la médecine nous permettront d’éradiquer le vieillissement et la mort comme on a éradiqué des virus. Rien n’est moins sûr, remarque plusieurs personnes qui rappellent que le vieillissement est intrinsèquement lié à l’entropie et à la nature des cellules.

Si on ne peut rien faire contre le temps physique, et que la relativité n’y change rien car même le voyageur inter galactique – à supposer qu’il soit possible – reste un être fini soumis au vieillissement, on peut par contre réinvestir le temps social, remarque quelqu’un. L’appropriation du temps par la société ne nous aliène-t-elle pas ?

C’est sur cette question que nous nous arrêtons, le temps d’une pause chaleureuse dans l’atmosphère feutrée du Manatthan.

En repartant sur la question laissée en suspens, on commence par remarquer que le problème n’est pas lié au temps social, au temps qui est institué par le calendrier et les horloges. Le problème concerne bien le temps de vie, temps qui est ressenti comme s’accélérant au long de la vie. Comment dés lors gagner en qualité de vie pour ne pas souffrir du temps ? Une des solutions pourrait consister dans le fait de se recentrer sur soi-même, afin d’affaiblir la conscience du temps. On pense dés lors à Rousseau, qui, dans sa 5ème promenade, raconte comment, auprès du lac de Bienne, il éprouvait des purs moments de joie dans le fait de ne jouir que d’une existence réduite au seul contentement d’être. Dans la simple joie d’exister, on éprouve une éternité dépouillée de toute temporalité.

Voilà qu’une intervention vient alors prendre le contre-pied de la dynamique animant le débat depuis le début de la soirée. Il y a tout de même un présupposé que nous n’avons pas interrogé, remarque une personne, c’est celui selon lequel le temps passerait de plus en plus vite. Or, rien n’est moins sûr, puisque certaines personnes âgées sont tout simplement lassé de vivre, en ont marre du caractère interminable d’une vie n’offrant plus d’intérêt. La rapidité serait dés lors la condition des vivants, des actifs, lorsque la lenteur serait le lot de ceux qui, dans l’antichambre de la mort, subiraient le temps, mais sans vivre.

Un participant relève alors que l’élasticité du temps, dans son métier de comédien, est très perceptible. La lenteur ou la longueur éprouvées par le spectateur ne tiendraient pas seulement au jeu des comédiens et au texte, mais principalement à la mise en scène, à l’art de capter une attention sans jamais la lâcher. Si le théâtre est bien une représentation de la vie, c’est donc en nous plongeant au cœur de la vie qu’il nous fera oublier le temps. En suivant cette idée d’un temps qui est mieux supporté lorsque les forces vitales sont exaltées, on rencontre alors l’idée suivante : la nouveauté et la surprise, qui caractérisent la vie et l’activité, permettent de ne pas s’ennuyer et de ne pas subir le temps, au contraire de la répétition qui, comme dans la pulsion de mort freudienne, éteint la vie.

Le problème d’une souffrance liée à une accélération ressentie du temps est donc essentiellement le problème d’une vie qui ne parvient pas à affirmer sa puissance. C’est en fin de compte dans une éthique de vie que se trouve la clé au problème posé, éthique dont on ne peut certes pas donner le détail ou le programme pour chacun. Le temps qui va trop vite n’est ainsi en rien le constat de l’homme face à une réalité naturelle, mais l’expression d’une certaine impuissance dont il s’agit de réduire la négativité en se rendant capable de vivre authentiquement, en adéquation avec sa puissance.

Je propose pour finir une petite synthèse des résultats obtenus.

La rapidité éprouvée du temps a une explication psychologique toute simple : elle est occasionnellement le fruit des moments heureux, qui passent plus rapidement que les moments tristes. L’accélération du temps au long de la vie se comprend, elle, ainsi : elle est  la conséquence d’une vie active qui a une perspective plus grande sur son passé, et une conscience plus grande des échéances, la dernière étant la mort.

A ces explications s’adjoint une compréhension plus fondamentale : si nous nous désolons de voir le temps passer si vite, ou si nous souhaitons le voir passer plus rapidement, nous trouvons dans les deux cas le temps insupportable. Que le temps nous presse ou nous oppresse, il exprime dans les deux cas notre impuissance, c’est-à-dire l’inadéquation de notre désir avec ce qui arrive. Si le bonheur fuit, nous nous attristons de voir le temps passer. Si le bonheur est dans le temps futur, nous voudrions accélérer son cours. Partagé entre l’attente et le regret, "nous habitons, nous rappelle Pascal, des temps qui ne sont pas les nôtres". Le problème fondamental n’est donc pas de se donner davantage de temps, mais de ne pas perdre le seul que nous possédons. 

Pour Métaphores,

TC

Posté par metaphores 64 à 19:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,
05 février 2017

Résumé du Café-Philo - 11/04/17 - Légal et moral

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois d'avril s'est tenu le mardi 11 avril à 18h45 au café-restaurant Le Matisse (clic) à Pau. Le sujet voté par le groupe présent à la suite des propositions fut : 

Ce qui est légal est-il moral ?

Résultat de recherche d'images pour "légalité"

Résumé de la soirée :

1) Dans une société donnée, les lois sont inscrites dans le corpus du Droit positif. Leur fonction est de réguler les rapports entre les citoyens, les sociétés commerciales et autres, entre le citoyen et l’Etat. Ces lois sont votées dans une institution parlementaire et appliquées par décision politique. On peut donc définir la légalité comme la conformité à la loi positive. Est légal ce qui n’enfreint pas la loi.

2) La loi oblige et interdit. Ce qui échappe à l’obligation et à l’interdiction est indifférent au regard de la loi, et constitue le domaine de la liberté. Je peux faire tout ce que la loi n’interdit pas.

3) Par morale on entend un ensemble de règles prescriptives ou interdictrices qui, à un moment de l’histoire et dans une société donnée, font autorité, définissent quelques valeurs communes, même si elles sont souvent transgressées. Elles expriment le moralement souhaitable, et fournissent un argumentaire au jugement moral : « c’est bien, c’est mal ». Dès lors on peut s’interroger sur le problème : le légal est-il moral ? L’illégal peut-il être moral ? Le légal peut-il être immoral ? L’illégal est-il forcément immoral ?

4) On voit apparaître deux champs distincts. Le légal ne se réfère pas au jugement moral, il s’inscrit dans une logique conventionnelle, fonctionnelle, celle de la société civile. Le législateur ne se soucie pas des intentions morales ou immorales des intéressés, il dit le droit. Le moral se réfère à des jugements de valeur qui émanent de la tradition, généralement religieuse, qui au cours du temps se sont laïcisés, et agissent comme des référents plus ou moins acceptés par tous.

5) Deux tendances apparaissent à ce moment dans le groupe. Les uns identifient légal et moral, estimant qu’au fond ce ne sont que deux modalités de la même réalité de base. La morale est elle-même sociale, d’origine sociale et confirme l’orientation générale du droit positif. Les autres sont plutôt sensibles à ce que le légal peut comporter ou favoriser d’immoralité, voire d’iniquité : les lois racistes, sexistes, discriminatoires, d’autres qui brident la liberté, favorisent le riche au détriment du pauvre, le noble au détriment du roturier. « Selon que vous serez… ». En fait on voit que les lois expriment des rapports de force, renvoient davantage au champ politique qu’au champ de la moralité.

6) Si moralité il y a, elle est plutôt dans la conscience, collective et individuelle que dans le droit, encore qu’il faille nuancer, et reconnaître que le droit positif peut aussi, grâce à l’action des citoyens, évoluer dans le sens d’une certaine justice. La loi est « semper reformanda » éternellement à corriger et amender. En ce sens, la moralité qui se réclame d’une légitimité intemporelle peut nous aider à réviser la légalité, et à introduire un peu de justice et d’humanité dans les instances juridictionnelles.

Pour Métaphores, Guy Karl

Posté par metaphores 64 à 20:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
04 février 2017

Résumé Bedous-Café-philo - 01/04/17 - La bienveillance, à quoi bon ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le Café-philo de Bedous (vallée d'Aspe) du mois d'avril s'est tenu samedi 01 de 18h à 20h au café-librairie L'Escala (clic) sur le sujet suivant :

La bienveillance, à quoi bon ?

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. 

Résumé de l'activité :

Le nourrisson est cet être dépendant qui a  besoin d’être éduqué pour devenir homme. Ne pourra advenir un moi que si d’autres le prennent en charge. Le stade du miroir marque cette reconnaissance effectuée par l’enfant de sa propre existence, cette identification qui est ensuite ( ou devrait être)  ouverture à l’autre. Se pose alors toute la question de cette relation, des liens qui se font et se défont, et construisent une société, la promesse d’un vivre-ensemble ( ou au contraire, le mettent à mal).
La question de l’autre n’est pas simple puisqu’il est autre-que-moi et je découvre ainsi l’altérité, parfois dérangeante et perturbatrice. Certes, je peux parfois construire avec l’autre des liens intimes, de confidence, établir une complicité profonde mais subsiste toujours cette distance infinitésimale qui me sépare de l’autre. Sauvegarder la possibilité de le rencontrer serait admettre que cette distance peut être comblée et qu’existe le fait d’avoir mal à sa douleur et de se réjouir de sa joie. C’est alors qu’apparaissent la sympathie,la compassion, voire la bienveillance.
Cette dernière étymologiquement signifie vouloir du bien à l’autre. Mais, si l’on regarde ce que Freud dit des êtres humains dans Malaise dans la culture, nous pouvons douter de  son émergence et même de son utilité, ce que semble indiquer le sujet. Si le spectacle des hommes ne montre que propension à l’agressivité et à la destruction, cela a-t-il même un sens de manifester de la bienveillance ? Ou faudrait-il au contraire concevoir que c’est parce que cette dernière fait défaut que l’homme est maintenu dans ses pulsions destructrices ? Faut-il la vouloir à tout prix ou y a-t-il un moment où la bienveillance n’en est plus et se mue en autre chose ? Si être bienveillant,c’est vouloir le bien de l’autre, quel est ce bien dont nous parlons ?
Que devrait-elle inaugurer ?
 
On remarque d’emblée la difficulté de la construire dans un monde hostile et l’on se demande si il y a toujours eu de l’agressivité parmi les hommes. Des travaux archéologiques ont révélé que les premiers chasseurs cueilleurs seraient morts de mort non violente et que l’agressivité arriverait au moment de la sédentarisation. Elle dépendrait alors des sociétés, du temps historique et il faudrait penser un contrat social qui évite le chaos relationnel. La question se pose un moment de savoir si la bienveillance est innée mais  après réflexion, elle semble  être du ressort de l’éducation, d’une sensibilisation par les parents. Mais qu’est-elle au juste ?
 
La difficulté est que “l’enfer est pavé de bonne intentions” et nous remarquons qu’il peut y avoir une fausse bienveillance .De même, n’induit-elle pas une hiérarchie entre celui qui aide et celui qui reçoit cette aide ?  Elle ne doit donc pas être liée à nos manques, suppose des limites au risque sinon d’imposer à l’autre ce dont il ne veut pas. La bienveillance peut parfois se transformer en maltraitance. Comment éviter cela ?
 
Elle doit nécessairement s’accompagner d’une écoute, d’une humilité et être désintéressée. La langue anglaise a le mot de “well wisher” pour désigner celui qui fait un acte anonyme de bienveillance. Il faut alors sortir du triangle infernal sauveur/victime/bourreau (aucun n’est bienveillant ) par la neutralité. Il s’agit d’écouter ce que l’autre a à exprimer, l’aide découlant de ce qu’il va demander et pour cela ne pas induire son  propre vécu. Carl Rodgers, psychothérapeute américain, suggère que le thérapeute doit avoir l’esprit d’un aventurier qui découvre un territoire. Mais alors, le bienveillance n’aurait–elle pas du sens autant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne? Ce dernier reçoit une réponse à une question et un enrichissement personnel. De même, le bénévole renonce à quelque chose de purement égoiste.
 
Mais, on se demande alors s’il peut y avoir vraiment des actions désintéressées et pour certains, cela relève du sacré, signifiant la difficulté, voire l’impossibilité pour un humain. Cependant, ma vie n’est-elle pas impactée par le malheur des autres ?
Ainsi, elle permettrait de mettre de côté nos pulsions agressives, de favoriser le lien, de s’oublier soi-même. C’est être présent à l’autre mais aussi à soi. Chacun doit alors faire un travail sur lui. La solution est de s’éloigner de la charité pour se porter vers le respect afin d’avancer ensemble. Ainsi, s’il doit y avoir bienveillance, cette dernière se dira parfois en opposant un non, voire en sanctionnant mais toujours en expliquant.
Pour terminer, nous remarquons qu’elle est contre les valeurs ambiantes et qu’en cela ,elle peut être précieuse . Elle est authentique si elle a le soucis de l’autre, si elle lui permet de s’exprimer pleinement et de construire sa liberté. Elle élèverait autant celui qui la manifeste que celui qui la reçoit.  
Pour Métaphores, Véronique Barrail

Posté par metaphores 64 à 18:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 février 2017

Résumé de l'Apéro-philo - 30/03/17 : La morale, un ramollissement ?

Apero philo

L' Apéro-philo du mois de mars s'est tenu le jeudi 30 de 18h45 à 21h au Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

La morale est-elle un ramollissement de la cervelle ?

Résumé de la soirée : 

1)   Le ramollissement est un processus pathologique de dégénérescence, assimilable au gâtisme, à la sénilité, à l’obscurcissement. Ici le terme vaut plutôt comme métaphore pour désigner un affaiblissement vital, une perte d’énergie intellectuelle et de puissance psychique. Il s’agit de voir si la morale, conçue comme normalisation des conduites, exerce une action délétère et nocive capable de compromettre le développement des individus et des groupes.

2)   La morale se définit comme un ensemble de règles qui visent à diriger l’activité des hommes. Il y a des morales diverses de par le monde et le temps qui toutes visent à la cohésion du groupe. « Chaque peuple a sa morale » écrit Durkheim, se plaçant résolument sur un plan sociologique. Mais certains auteurs, comme Kant, cherchent à concevoir une morale qui serait universelle, indépendante des conditions empiriques et sociales, en définissant le Bien par rapport au Mal, le Juste par rapport à l’Injuste. On se demandera toutefois si l’idée d’une morale universelle ne relève pas d’un vœu pieux, lorsqu’on considère l’extrême variété et contrariété des usages, des moeurs, des interdits, des normes et des valeurs. (Montaigne)

Apéro-philo 30 03 17

3)   Il faut préciser cette idée de règle. Distinguons d’abord les interdictions (interdits de l’inceste, du cannibalisme, du meurtre, à quoi s’ajoutent des interdits plus particuliers, alimentaires, sexuels etc) La force de l’interdit se mesure à la sanction qui pénalise la transgression. Puis il y a des obligations, devoirs, prescriptions diverses. Enfin des incitations optionnelles, qui créent le sentiment d’une obligation sans toutefois donner lieu à sanction sociale en cas de non-respect. Tout cela dessine un vaste ensemble de normes qui préexistent à l’individu, qui se présente comme une institution sociale, prescriptrice, impersonnelle et autoritaire.

4)   Nous chercherons d’abord à mieux cerner l’origine de la morale. Morale vient du latin « mores », les mœurs. C’est désigner sans ambages l’origine sociale. Dans le contexte d’une nature indifférente ou hostile le groupe est la seule chance de survie des individus. La morale serait d’abord la pression exercée sur l’individu pour qu’il renonce en partie à ses intérêts étroitement particuliers pour se soumettre aux intérêts généraux : collaborer à l’entreprise commune, accepter une répartition des tâches, contribuer à l’établissement de la sécurité. A quoi s’ajoute le souci de la transmission, qui suppose des règles : on interdit d’un côté pour obliger de l’autre comme on voit dans l’interdit de l’inceste qui oblige à l’exogamie. Ainsi naissent les normes, et les valeurs qui s’y attachent. A un stade plus évolué ces règles sont intériorisées par les individus et apparaîtront comme « naturelles » - voir la théorie du Surmoi chez Freud.

5)   Il en résulte évidemment un conflit psychique larvé ou apparent dans la conscience de l’individu, tenté également par le respect des règles et la transgression. D’où le conflit moral, qui sera développé abondamment dans la théologie et la littérature romanesque, puis dans la psychanalyse. C’est ici qu’on est tenté en effet de voir dans la morale un ramollissement de la cervelle, lorsque l’individu s’éprouve lui-même comme amoindri, castré par une loi inhumaine ou incompréhensible. C’est dire que chacun devrait examiner par soi et pour soi le sens de la morale, distinguer ce qui est irrecevable et caduc, et refonder la morale à la lumière de la raison. C’est à cette tâche que nous convoquent les réformateurs moraux, qui en appellent à une morale ouverte et dynamique (Bergson).

6)   Reste la question de l’éthique. Le terme éthique est forgé par les auteurs grecs pour désigner une recherche de l’excellence, surtout individuelle, à partir de la connaissance rationnelle de la nature. Si la morale est plutôt l’univers de l’hétéro-nomie (la loi de l’Autre) l’éthique serait le travail sur soi d’un individu qui se propose d’accéder à l’auto-nomie (la loi propre, celle que le sujet conscient et lucide se donne à lui-même). C’est ainsi qu’Epicure par exemple prend ses distances d’avec les « nombreux » pour se mettre à l’école de la nature, en comprendre la structure et fonder une existence libre et heureuse sur la connaissance. Spinoza de même construit l’image et le modèle de l’homme libre. C’est dans cette voie que la philosophie, et elle seule semble-t-il, a su concevoir et créer les conditions de l’excellence.

7)   En conclusion remarquons le caractère nécessaire et impérissable de la morale, en dépit de ses variations et remaniements, comme condition du lien social. Mais aussi, pour ceux qu’attirent la vita contemplativa et la formation de soi, la valeur émérite de l’éthique. Reste à penser le rapport entre ces deux domaines. Constatons simplement que les hommes de l’éthique sont rarement des agitateurs irresponsables, et encore moins des criminels notoires.

Pour Métaphores, Guy Karl

Posté par metaphores 64 à 20:21 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Résumé du Cercle littéraire - 29/03/17 : Littérature américaine

Cercle Littéraire

 

Le Cercle Littéraire du mois de mars s'est tenu mercredi 29 à 18h45 (entrée libre et gratuite) au Dimanche à la campagne, face au parc Beaumont à Pau sur le thème suivant : 

 

La littérature américaine contemporaine

 

Thème ambitieux pour le Cercle littéraire. A l'image de la démesure et du gigantisme qui marquent ce pays, que de géants lorsque l'on aborde le domaine de la littérature ! Forcément des choix -subjectifs- et donc de la frustration, des injustices, des oublis...

Après une rapide mise en perspective historique de la littérature américaine, l'oeuvre de quelques auteurs marquants sera évoquée .

Quelques noms et titres en guise de mise en bouche :

Résumé de la soirée :

Un rapide survol de l'histoire littéraire des Etats-Unis fait apparaître la façon dont cette littérature s'est constituée : un double mouvement, d'une part le désir de se détacher des racines britanniques, de l'autre s'affirmer dans l'appropriation d'un nouvel espace géographique et imaginaire  au  détriment des  autochtones . La création de colonies urbaines, les préoccupations religieuses sont ensuite relayées par la confrontation  à une nature gigantesque, le défi de la conquête de l'Ouest, le mythe de la frontière et la prise en compte des Amérindiens et des Noirs dont des écrivains actuels sont issus. Ces grands questions irriguent la littérature et constituent des lignes de force qui sous-tendent la plupart des œuvres : les vastes espaces qui fascinent l'homme et questionnent sa place.

les mégalopoles , l'alcool la solitude les désillusions ; la route la quête de l'horizon ; le Nord et le Sud , tradition et modernité ; l'Est et l'Ouest, fermeture et ouverture ; la violence

Quelques grandes figures ont été évoquées : il s'agit ici de donner les références des œuvres présentées qui ont suscité des échanges soulignant la force et le pouvoir de ces textes magnifiquement écrits

Jim HARRISON    Légendes d'Automne, trois nouvelles sur la vengeance

                    Dalva , 1987, beau portrait de femme, qui cache un secret et qui en remontant vers ses origines invite à la traversée des conflits et événements dramatiques qui jalonnent l'histoire de son pays

                     Péchés capitaux  récit qui incarne ces péchés  dont l'innommé  n'est pas le moindre :  la violence.

Annie PROULX  Les pieds dans la boue, 1999 onze  nouvelles (dont Brokeback Mountain)

situées dans le Wyoming mettent en scène personnages rudes, contrastés , archaïques parfois au croisement du mythe et de la sociologie .

Cartes postales 1992 déroule une double histoire : celle de Loyal Blood  dans sa   pénible traversée des Etats-Unis de 1944 aux années 80  et en regard celle de sa ferme  qu'il a quittée précipitamment. D'un côté, routes , paysages, animaux , personnages attachants ou inquiétants se succèdent , de l'autre la famille Blood confrontée à la nouvelle donne économique et aux  mutations qui en découlent.

 Louise ELDRICH  « Je me contente de monter comment les gens vivent et ce qu'ils subissent. » La malédiction des colombes 2008  Un crime initial se répercute  sur plusieurs générations et la tragédie pèse sur tous les habitants liés par le sang, le mensonge et les secrets . On remonte le fil de l'histoire collective et individuelle en explorant le poids de la culpabilité et le prix de l'innocence .

Cormac MAC CARTHY   La route  2007  ce récit post-apocalyptique, angoissant, haletant montre le cheminement d'un père et son fils dans un  univers cauchemardesque où ce qu'il reste de l'humanité se délite dans l'âpre combat pour la survie, Auteur également de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme 2005

Dan FANTE      La tête hors de l'eau

Bruno Dante , le double de l'auteur, looser, anti -héros nous  embarque dans ses galères d' alcoolique repenti, dépressif, travaillé par le désir d'écrire - rivalité ou admiration avec son père écrivain ? - contraint à endosser le rêve américain dans l'entreprise de télémarketing où il décroche un emploi.  Déboires amoureux, violence et folie s'enchaînent  écriture au scalpel phrases incisives  grande tension

 Les Anges n'ont rien dans les poches 1996 réédité sous le titre  Rien dans les poches 2011

 David VANN 

Sukkvan Island 2010 un père et son fils adolescent dans une île sauvage  réinventent la vie des pionniers dans une nature hostile : projet du père pour tenter de créer un lien avec ce fils de 13 ans qu'il connaît si mal. Mais l' atmosphère  vire rapidement au cauchemar et la tragédie éclate, dévoilant les tréfonds de l'âme humaine Un style haletant , un suspense éprouvant.

Désolations 2011 reprend la même situation que le récit précédent; mais il s'agit cette fois-ci d' un couple marié depuis une trentaine d'années. Le jeu des rapports humains, des projets imposés plus que partagés, la solitude, les difficultés de communication entre les êtres tissent la trame de ce récit d'une implacable et cruelle lucidité.

Joyce CAROL OATES    

Belle fleur 1980 roman gothique ; Dès la première phrase, le lecteur est emporté par le style torrentueux de l'écrivaine . Longues phrases qui déroulent descriptions et portraits avec un luxe de détails au service d'une observation aiguë . La saga familiale des Bellefleur ,ancrée à un manoir fou,énorme transporte le lecteur à des époques variées de l'histoire américaine depuis ses débuts et fait entendre une voix très anglaise .

Blonde  2000 Cette bio-fiction consacrée à Marilyn Monroe démonte les rouages de la machine à rêves américaine

Mudwoman  2013

Maudits 2014  raconte les heurts et malheurs d'une dynastie privilégiée de Princeton. Monstres et phénomènes démoniaques dans un gothique ironiquement flamboyant sont les métaphores d'un «retour du refoulé » qui submerge une classe dirigeante plongée dans le déni, en l'occurrence le lynchage subi par deux Afro-américains .

D'autres auteurs 

Paul AUSTER  et sa Trilogie new-yorkaise ou encore Brooklyn Folies

John IRVING     Le monde selon Garp

                     Hôtel New-Hampshire

Toni MORRISON    Beloved

                        Home

                        Délivrance s 2014

 B;Eastton ELLIS  American Psycho

                        Suite(s) impériale(s) 2010

 Anne TYLER    Une bobine de fil bleu 2017 Saga familiale autour d'une maison familiale à Baltimore ; une famille parfaite en apparence -trop parfaite pour  être honnête.

James SALTER  Un bonheur parfait 1997

                     Et rien d'autre 2013

Dans un style précis et fluide, la chronique du désenchantement .

 Jim HarrisonLégendes d'Automne, Dalva, Sept péchés capitaux

Résultat de recherche d'images pour "Harrison Dalva"

 

 Dan FanteLa tête hors de l'eau

Résultat de recherche d'images pour "Dan Fante la tête hors de l'eau"

 

 Paul AusterTrilogie new-yorkaise 

Résultat de recherche d'images pour "Auster trilogie"

 

David Vann SukkvanIsland, Désolations

Résultat de recherche d'images pour "David Vann Sukkwan : Island Désolations"

 

Cormac Mac CarthyLa route

Résultat de recherche d'images pour "Cormac Mccarthy : La route"

 

Annie ProulxCartes postales

Résultat de recherche d'images pour "Annie Proulx : Cartes postales"

 

Joyce Carol OatesBelle fleur, Journal

 Résultat de recherche d'images pour "Joyce Carol Oates : Belle fleur"

Un temps d'échanges ensuite : autres œuvres connues et appréciées des participants, discussion sur les thèmes et sources d'inspiration de ces auteurs, le portrait de l'Amérique qui se construit à travers ces textes .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

Posté par metaphores 64 à 07:13 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
02 février 2017

Résumé Café-philo - 21/03/17 Superstition et sottise

CAFE-PHILO (2)

Le Café-philo du mois de mars s'est tenu le mardi 21 mars 2017 à 18h45 au Matisse à Pau. Le sujet voté par les participants à la suite des propositions fut :

La superstition est-elle une affaire de sots ?

Soirée hautement sympathique avec un groupe assez restreint mais très dynamique sur un sujet qui nous a réservé de belles surprises. Les échanges furent très intéressants. Merci à Benjamin pour son accueil toujours très agréable au Matisse et pour l'excellent repas dans son établissement.

21 03 17

Résumé :

1)   Spontanément on a envie de répondre oui, dans la mesure où tout un chacun se défend d’avoir recours à des croyances et des pratiques superstitieuses. Mais l’observation objective fait voir que la superstition est fort répandue, qu’elle est omni-présente dans certaines cultures traditionnelles, et que dans l’ère de la modernité elle survit allègrement et cohabite étrangement avec les idées et les comportements les plus rationnels. On se demandera donc pourquoi elle survit à la critique et à quels besoins ou désirs elle donne satisfaction.

2)   Recherche de définition : la superstition serait une forme particulière de la croyance – on suppose qu’il existerait un ordre invisible, supranaturel et agissant qui viendrait interférer dans l’ordre profane des faits empiriques et constatables, pour y provoquer des malheurs ou des bonheurs imprévisibles. Ensuite la superstition implique des attitudes, des gestes, des comportements visant à éviter des catastrophes : fer à cheval à la porte des fermes, sorcellerie etc. Ignorer et transgresser ces gestes rituels « porte malheur ». La superstition est donc un comportement socialement normé, un fait social qui relève de l’analyse sociologique, voire ethnologique. Et par un autre côte c’est aussi un fait psychique qui intéressera le psychologue ou le psychiatre : la superstition met en mouvement des affects puissants : l’effroi, la peur, l’angoisse, la crainte, l’espoir, le soulagement etc. C’est sans doute dans cette gamme de sentiments intenses qu’il faut voir la cause de sa persistance. Ces affects sont d’autant plus puissants qu’ils s’articulent à l’ignorance des véritables causes agissantes. (Spinoza)

3)   On proposera donc une définition d’ensemble : une construction imaginaire reposant sur l’interprétation irrationnelle des faits entraînant certains comportements ritualisés visant à prévenir le malheur ou susciter le bonheur qui résulterait de l’irruption du surnaturel dans la sphère du naturel.

4)   On remarque également que cette lecture irrationnelle de la « réalité » consiste à percevoir et à interpréter des « signes » venus d’ailleurs, comme si l’autre monde faisait signe vers celui-ci et exigeait des réponses appropriées. Les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas le secours de la science rationnelle pour comprendre le monde, ne pouvaient guère faire autrement que de projeter sur la nature des forces occultes, des esprits tout-puissants avec lesquels il fallait composer, en les invoquant et les faisant agir magiquement au service de l’homme : c’était le rôle du chaman. Notons qu’Auguste Comte avait fait une remarquable étude de cette disposition initiale de l’esprit humain dans la « Loi des trois états ».

5)   La superstition : une sottise ? Si l’on se place du point de vue de la raison, des sciences modernes, certainement. C’est l’univers de la magie, de la sorcellerie, de la déraison, voire du délire. Une survivance regrettable des âges anciens où domine la peur du surnaturel. Mais il faut noter aussi que les hommes de l’ancien temps n’étaient pas nécessairement des sots, et que d’une certaine manière ils parvenaient à vivre dans ce monde difficile avec le secours de la superstition. D’autre part, comment expliquer la persistance de la superstition dans le monde moderne, astrologie, horoscope, médiums, gourous etc ? L’irrationnel est une constante de l’être humain, au même titre que la raison. Edgar Morin, pour qualifier l’homme disait : « homo sapiens demens ». La disparition de l’irrationnel n’est pas pour demain.

6)   La question, au bout du compte, est de savoir comment relier ces deux ordres aussi invincibles l’un que l’autre dans une existence humaine qui éviterait le rationalisme étriqué et prétentieux autant que l’immersion dans un irrationnel sans norme ni mesure.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

26 janvier 2017

Résumé du Manhattan-philo - 15/03/17 : Vertus de la pauvreté ?

Manhattan-philo1

Le premier Manhattan-Philo s'est tenu le mercredi 15 mars 2017 au Manhattan-bar (clic), 5 rue Sully (quartier du château) à Pau à 18h45. Nous tenons vivement à remercier Laure, son mari et Carl pour leur chaleureux accueil dans leur établissement.

Cette nouvelle activité mensuelle du mercredi fut animée par Timothée Coyras, professeur de philosophie, qui vient de rejoindre pour notre plus grand plaisir l'équipe Métaphores.

La particularité du Manhattan-Philo consiste à proposer au groupe présent trois sujets relatifs à des domaines philosophiques distincts édités sur le blog. Chacun a pu voter en début de séance afin de déterminer le sujet de la soirée.

 Sujet 1 : Pourquoi le temps passe-t-il si vite ? 

Sujet 2 : La pauvreté a-t-elle des vertus ?

Sujet 3 : L'art a-t-il déjà tout dit ?

Manhattan philo_modifié-1

Le sujet voté et retenu fut la question 2 : 

La pauvreté a-t-elle des vertus ?

Résumé de la soirée :

Pour ce premier Manhattan-philo, le public a choisi de réfléchir sur la question suivante : « la pauvreté a-t-elle des vertus ? ». Les deux autres sujets, qui avaient la préférence de certains, sont conservés pour la prochaine séance, où un nouveau sujet sera également proposé au choix, pour maintenir la présence de trois sujets.

J’ai tout d’abord établi deux distinctions afin de préciser le sens du sujet. Première distinction : la pauvreté se distingue de la misère. En effet, la misère est l’état de celui qui ne peut pas satisfaire ses besoins, et qui vit donc dans la faim, la maladie, le manque. La pauvreté, quant à elle, est l’état de celui qui n’a que le nécessaire pour vivre, sans confort, sans moyens pour améliorer son quotidien.

Deuxième distinction : être une vertu doit se distinguer d’avoir des vertus. Etre une vertu, c’est être une disposition à faire le bien. La générosité ou le courage, par exemple, sont des vertus. Avoir des vertus, c’est posséder des qualités qui ont des effets positifs d’un point de vue physique ou moral. Ainsi, la pauvreté telle que définie plus haut n’est pas une vertu, puisqu’on peut très bien être pauvre et vicieux, tout comme on peut être riche et vertueux. Mais il se pose la question de savoir si elle a des vertus. L’expérience de la pauvreté doit-elle seulement être vue comme quelque chose de négatif, ne peut-elle pas former l’homme sur le plan physique, moral, social, intellectuel ? L’enjeu de la question est intéressant dans une société qui fait de l’accroissement des richesses et de la fin de la pauvreté sa motivation politique fondamentale.

A partir de là, le public a commencé par critiquer l’angle de réflexion choisi. Pourquoi ne penser la pauvreté qu’en termes économiques ? La pauvreté est aussi un état d’esprit. C’est l’état de celui qui refuse de vivre selon les biens matériels, qui refuse l’accroissement de ses désirs. En ce sens, il s’agit d’une pauvreté « en esprit », proche de la vertu de tempérance, à bien distinguer de la pauvreté « d’esprit », qui renvoie à un esprit faible et capable de peu. Cette pauvreté en esprit, ou encore cet esprit de pauvreté, ce qui revient au même, peut permettre de lutter contre la dépression. Face au sentiment d’un monde incapable de satisfaire nos ambitions, l’esprit de pauvreté permet de se retrouver soi-même et de ne plus souffrir de ses désirs illimités.

Si l’on ramène la notion à sa dimension économique, puisque c’était mon point de départ, le public remarque qu’on ne peut pas répondre facilement à la question car la notion n’est pas facile à définir. La pauvreté se distingue-t-elle bien, au fond, de la misère ? Quand on parle du seuil de pauvreté, d’un point de vue économique, ne parle-t-on pas aussi du seuil de misère, d’un seuil de l’intolérable, en dessous duquel personne ne voudrait raisonnablement vivre ? De ce point de vue, la pauvreté n’est rien d’autre qu’une souffrance, qui n’a aucune vertu et que nul ne veut expérimenter. Par ailleurs, la pauvreté est aussi relative. Relative aux riches d’une part, mais aussi relative à une époque. Les riches d’hier seraient, toutes proportions gardées, les pauvres d’aujourd’hui. Ainsi, la réflexion sur la pauvreté économique revient à une réflexion sur les classes sociales, qui peut friser une forme d’indécence lorsqu’on ose se demander si, en fin de compte, la pauvreté apporte quelque chose de positif.

Pour autant, remarque un participant, la distinction entre misère et pauvreté a tout de même un sens. La misère est la souffrance liée à l’impossibilité de satisfaire ses besoins. La pauvreté, elle , renvoie à une vie réduite à ses besoins les plus simples. Or, de ce point de vue, la pauvreté a une vertu remarquable, qui est de nous ramener à l’essentiel. De quoi avons-nous vraiment besoin ? Voilà l’enseignement de la pauvreté. Elle nous dévoile tout le superflu que nous croyons nécessaire par habitude de confort. Tel un randonneur qui apprend à ne prendre que l’essentiel dans son sac, la pauvreté nous éloigne de tout ce qui encombre inutilement notre vie.

Mais la pauvreté ainsi pensée peut révéler d’autres vertus, qui sont soulignées. Tout d’abord, elle peut avoir des vertus créatrices, qui sont liés à la nécessité de se débrouiller, d’inventer, de pratiquer un système D, loin de la facilité de tout ce que l’argent peut nous offrir sans efforts. Par ailleurs, la pauvreté invite à la solidarité. La nécessité de partager, de s’entraider, sont des corrélatifs de la pauvreté, qui a de ce point de vue des vertus sociales.

Pendant que certains regrettent qu’on n’aborde pas assez la pauvreté sur le plan spirituel, et qu’on réduise trop la question à l’aspect matériel, une pause conviviale s’impose, qui laisse à chacun le loisir de reprendre ses esprits tout en appréciant l’ambiance du Mannhatan, où Laure nous accueille chaleureusement.

La seconde partie permet de revenir dans un premier temps sur le problème des besoins minimaux de l’homme, permettant d’appréhender la pauvreté. Ceux-ci ont une dimension subjective, certes, mais peuvent aussi faire l’objet d’une définition, pouvant servir à des modes de vie. Les cyniques, par exemple, à l’image de Diogène, vivent avec un simple manteau et un baton, en faisant l’expérience de l’autarcie jusqu’à ses limites. Là se trouve une pauvreté authentique, qui a pour le coup une vertu sur le plan de la sagesse. Les épicuriens, quant à eux, ne peuvent pas entrer dans cet esprit de recherche de pauvreté, car s’ils se restreignent aux besoins, ils n’excluent pas des plaisirs superflus occasionnels, et intègrent l’amitié et la philosopie dans le régime des besoins, loin de l’autarcie plus radicale des cyniques. Mais, à tout le moins, il s’agit bien de philosophies de vie fondées sur un refus de la richesse et du pouvoir, et en ce sens, sur une acceptation de la pauvreté.

Mais une autre perspective apparaît alors, dans la continuité du rapport entre pauvreté et sagesse. La pauvreté, comme absence d’avoir, se révèle ainsi comme la situation anthropologique par excellence. L’homme, se découvrant mortel, se découvre essentiellement dépossédé de tout. L’homme le plus riche n’emporte pas un sou dans la tombe, tandis que le temps emporte tout ce que nous croyons posséder fermement : travail, amis, santé, etc. De ce point de vue, la pauvreté n’est pas tant une situation que certains connaissent par opposition aux riches qui ne la subiraient pas, mais une situation universelle que certains refusent de voir en recherchant la richesse ou le divertissement. Cette prise de conscience de notre pauvreté originaire, métaphysique, nous ramène dés lors à cette vérité que l’essentiel est ailleurs que dans l’avoir.

En nous recentrant sur l’être, la pauvreté nous recentre sur que nous possédons en propre, c’est-à-dire la liberté, à partir de laquelle nous pouvons agir et créer, et ainsi , à l’image des artistes, laisser une trace sur terre. Cette pauvreté originaire, liée à la précarité essentielle de toute vie, nous permet ainsi de nous ressaisir comme sujets et de mener une vie plus authentique.

A ce point de la réflexion, qui s’est considérablement élevée au cours de cette seconde partie, j’ajoute enfin, en me référant au Banquet de Platon, que la pauvreté – entendue en son sens métaphysique –est aussi une condition de l’amour. En effet, dans le mythe conté par Diotime, qui initie Socrate aux mystères de l’amour, Eros, c’est-à-dire le désir amoureux – et non l’amour céleste ou divin figuré par Aphrodite –, a pour parents Poros, la richesse, et Pénia, la pauvreté. L’amour ne peut naître que chez celui qui reconnait d’abord son incomplétude, et qui ainsi prend conscience de sa pauvreté. Mais de là nait aussi un amour qui rend l’homme fertile, et pas seulement selon le corps, mais aussi selon l’âme. Ainsi, l’amour de la sagesse, qui caractérise Socrate, n’est possible que sur fond d’une reconnaissance tacite de son ignorance.

Pour conclure, une personne remarque que si la pauvreté n’a pas toujours des vertus, la réflexion sur la pauvreté, elle, ne manque pas de nous rendre plus riches.

Pour Métaphores, Timothée Coyras.  

Manhattan 2_modifié-1

Posté par metaphores 64 à 23:54 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,
25 janvier 2017

Résumé de l'Atelier-philo du 08/03/17 : Cyniques : éthique et politique

Atelier-philo 2

 

L' Atelier-philo du mois de mars s'est tenu le 08 à 18h45 au Dimanche à la campagne à Pau sur le sujet suivant : 

Ethique et politique chez les Cyniques

Résultat de recherche d'images pour "Diogène"

"Un tonneau, une lanterne, une besace, un franc-parler… telles sont les images traditionnellement associées aux Cyniques de l’Antiquité. Toutefois, leur philosophie refusait de s’attacher aux apparences et rejetaient les conventions sociales pour retrouver la nature même. C’est donc dans une perspective antisociale que les Cyniques nous exhortent à nous occuper de nous-mêmes et à faire de l’éthique le centre de nos études et de nos actions surtout.

Pourtant, en refusant de penser la question politique en tant que telle, ils y apportent une réponse atemporelle. En effet, le souci de soi, du bien agir n’est-ce pas la meilleure des politiques ? N’est-ce pas grâce aux comportements vertueux que l’on peut atteindre le bien commun ?

Grâce aux analyses de Michel Foucault et après avoir découvert quelques anecdotes illustres des Cyniques de l’Antiquité, nous pourrons poursuivre la discussion en nous intéressant aux liens qui, hier comme aujourd’hui, se tissent autour de la morale et de la politique." (Julien Decker).

Animation, synthèse et résumé de la soirée par Guy Karl :

      Nous avons reçu avec plaisir Julien Decker, enseignant et doctorant en philosophie antique à l'université de Bordeaux, pour une présentation-débat sur le cynisme, et en particulier sur Diogène de Sinope, fondateur du mouvement. Je ne puis ici rendre compte de sa riche intervention si ce n’est très allusivement, en rapport avec les discussions de l’assemblée.

atelier cyniques_modifié-1

 1)   Idée–source : « falsifier la monnaie » c’est-à-dire opposer aux usages, normes et lois en vigueur dans la société conçue comme artifice, les lois de nature : au « nomos, opposer la phusis ».

De plus ces coutumes et ces lois artificielles ne rendent pas heureux, entraînant tout un chacun dans le tourbillon de l’affairisme, du souci, de la quête éperdue des richesses, de la rivalité et de la guerre, de la gloire ou du pouvoir : biens illusoires et destructeurs, dont l’image canonique est Alexandre le Grand. S’y ajoute le culte du plaisir, dans lequel le cynique voit le piège par excellence, car il entraîne la mollesse et la lâcheté.

2)   L’entraînement physique et mental : le cynique prend modèle sur Héraklès, le héros libérateur et infatigable, le demi-dieu aux douze travaux. D’où le dénuement volontaire, le manteau, la besace, la barbe et le bâton. Il s’agit de s’endurcir contre tous les maux de l’existence, d’apprendre à tout supporter, pauvreté, coups du sort, rejet, exil, condamnation, et la mort même s’il le faut. La vertu est le fruit de l’exercice, et la condition du bonheur. C’est la voie courte et rude de la vertu, considérée comme excellence morale.

3)   L’Autarkeia : ne dépendre de personne, à l’image de l’animal qui sait satisfaire ses besoins dans le régime de la nature, d’où cette constante référence au « chien » (kunos) qui donne son nom au mouvement philosophique initié par Diogène le Chien. Mais aussi à l’image du dieu (Zeus en particulier) qui jamais ne manque de rien. Le « chien » cynique est à sa manière un chien céleste.

4)   Cette référence à l’animal soulèvera dans le groupe diverses objections, dans la mesure où présenter l’animal comme un modèle éthique ne va pas de soi : est-ce une idée sérieuse, une provocation, ou une métaphore ? Le débat permettra cependant de clarifier ce que les cyniques appellent la « nature », encore qu’il nous soit difficile aujourd’hui de sentir comment les Grecs entendaient ce terme.

5)   On se demande aussi si l’idéal cynique n’est pas trop exigeant, voire inaccessible. Si même il n’y a pas une contradiction à critiquer la tartufferie sociale et de se maintenir dans la société, notamment en vivant du don généreux des citoyens. Cela pose le problème des ordres mendiants en général. Là encore le moderne est désemparé devant la logique des Anciens.

6)   Impudence et impudeur : le cynique semble prendre plaisir à provoquer  par l’exhibition des activités du corps. Il veut choquer en provoquant un éveil salutaire, agir par l’exemple pour rétablir la légitimité de la nature, pervertie par des coutumes et des interdits absurdes. Cratès et Hipparchia copuleront sur l’agora. Diogène ignore toute privativité, considérant que tout acte est un acte public.

7)   La deuxième partie sera consacrée à la question politique. Diogène aurait écrit un traité sur la question, mais s’il a existé il est perdu. Il y aurait exposé une réflexion importante et novatrice sur le « cosmopolitisme » en se définissant, non comme le citoyen d’un Etat particulier, mais comme citoyen du monde (cosmo-politès). Manifestement il rêve d’un régime sans nations ni états, qui comprendrait tous les hommes et toutes les femmes de la planète  - notamment il affirme l’égalité des hommes et des femmes, à une époque résolument patriarcale et sexiste. Il dénonce l’esclavage, prône la liberté sexuelle intégrale et va même jusqu’à contester les interdits fondamentaux. Pensée révolutionnaire, insoumise, voire anarchisante – si toutefois on peut se permettre un tel anachronisme.

8)   Le débat qui suit interroge le mode d’action, et les finalités : Diogène exerce-t-il une véritable action novatrice ? Change-t-il quelque chose dans l’ordre de son temps ? Est-il un penseur politique, ou plutôt, dans la lignée lointaine de Socrate, un éveilleur éthique – à la manière socratique ou de Pyrrhon, ou comme le fut ailleurs un Bouddha ou un Tchouang Tseu ?

P1200405

9)   Reste l’originalité d’une démarche d’éveil qui a su mettre le corps, et non l’esprit, ou le langage, au premier plan de la méthode : entraînement physique, monstration par le geste, mime et ricanement, aboiement et morsure, rire tonitruant, bref quelque chose de pantagruélique, dont on retrouve les traces dans les savoureuses anecdotes collectées par Diogène Laerce (l’autre Diogène, sans rapport avec le premier) dans son livre : « Vies et sentences des philosophes illustres »

10)  Pour finir encore un merci chaleureux à Julien qui nous a instruit et mené dans les parages énigmatiques et drolatiques d’une pensée éternellement vivante.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

Posté par metaphores 64 à 13:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,