04 septembre 2015

Résumé du Café-philo du 08/09/15 : coupable ?

Café-philo

 

 La café-philo s'est tenu au café associatif de La Coulée douce (Cité des Pyrénées) à Pau. Les participants ont proposé huit sujets. La question votée par le groupe et traitée dans la soirée fut : "Faut-il toujours un coupable ?"

Résumé de la soirée :

1)       Les faits nous montrent que les choses se passent bien ainsi : sitôt que survient un événement pénible, accident, crime, scandale, désastre naturel ou social, l’opinion s’alarme, amplifiée par les médias : à qui la faute, qui est coupable, ou, qui est responsable ? Suit l’enquête, jusqu’au procès, jusqu’à la désignation du fautif, sauf si l’affaire est si compromettante, si risquée pour le pouvoir qu’elle est étouffée, ou renvoyée aux calendes grecques. Il semble donc qu’il y ait une sorte de besoin pressant, dans le corps social, à repérer le fautif, à le contraindre à réparation : le délit défait en quelque sorte l’équilibre, il faut restaurer l’équilibre, et c’est le rôle de la justice comme institution publique.

2)      Quelqu’un évoque la fable de La Fontaine, Les animaux malades de la peste. Pourquoi la peste ? Il y a nécessairement un fautif, il faut le trouver d’urgence. (On songe au scénario d’Œdipe Roi). Les principaux animaux défilent, vient enfin l’âne qui reconnaît quelque pauvre infraction. C’en est fait, haro sur le baudet. Et le fabuliste conclut superbement :

                   "Selon que vous serez puissant ou misérable

                   Les jugements de cour vous feront blancs ou noirs."

Rappelons que dans les sociétés anciennes la victime expiatoire n’était pas forcément le coupable réel, mais un « pharmakon », un remède désigné à l’avance, bouc émissaire chargé des fautes collectives et voué à l’expiation.

3)       L’époque moderne semble avoir inventé cette forme de subjectivité, où le sujet est déclaré « responsable » de ses actes, entendons qu’il doit en répondre devant le tribunal puisqu’il est censé jouir de ses facultés mentales, disposer du libre arbitre, connaître la loi, et qu’à ce titre il doit assumer les conséquences de ses actes. La culpabilité recouvre, en principe la responsabilité, ou plutôt, c’est la responsabilité qui fonde la culpabilité. Mais cela n’est pas toujours le cas : il y a des fautes sans responsable – songeons à l’aliénation mentale. Ou des responsables sans culpabilité – telle ce ministre selon une formule célèbre : responsable (comme élément du dispositif d’Etat, responsable politique) mais sans culpabilité, puisqu’  aucune faute objective ne peut lui être reprochée.

4)       Il faut bien reconnaître que si en principe chacun est responsable de ses actes, chacun de ces actes s’inscrit souvent dans un écheveau si complexe, si embrouillé d’articles de loi, de décisions partielles, de causes et d’effets entrecroisés, que la responsabilité, puis la culpabilité sont pratiquement indéterminables. On songe à certains crimes de guerre où le processus est si minutieusement planifié, décomposé en mille et cent opérations parfaitement disjointes, que la culpabilité est insaisissable : tout le monde agit, personne n’agit ; tout le monde est responsable, personne n’est responsable. Pourtant le crime a bien eu lieu. Qui paiera les atrocités commises en leur temps ? Peut-être faut-il, au bout du compte, faire comme Henri IV, renonçant à déterminer crimes et criminels des guerres de religion, et décidant de passer l’éponge. Peut-être toute justice, au bout du compte, butte-t-elle sur un impossible, et ne pouvant réparer vraiment, se contente de colmater la brèche.

5)        Reste une question : à quels besoins et désirs répond la désignation du coupable ? Socialement, on l’a vu, c’est le rétablissement (magique) de l’équilibre. Il faut que l’opinion voie ce qu’il arrive à celui qui enfreint la loi, d’où les exécutions publiques, pendaisons, roue, écartèlements, équarrissage et autres joyeusetés des anciens temps. Précisons au passage que ces spectacles infâmes étaient l’occasion de grandes festivités collectives. On se bousculait, se piétinait, s’embrochait pour y assister. On y voit une composante sadique dont la justice ne parvient que difficilement à se séparer. On veut que le criminel souffre, comme si la souffrance infligée dédommageait la victime : loi du talion, esprit de vengeance.

6)       Question philosophique : existe-t-il vraiment un sujet pleinement conscient de soi, libre, souverainement maître de soi et de ses actes ? Bien sûr que non. La société, pour sauvegarder son existence et se pérenniser, se contente de le poser comme un prérequis, un principe a priori – nul n’est censé ignorer la loi – pour que la justice puisse s’appliquer, quitte à introduire en second temps des correctifs, comme la notion de non-responsabilité ou de circonstances atténuantes, en espérant de la sorte rétablir une équité compromise par une application mathématique de la peine.

« La justice est ce doute sur le droit qui sauve le droit « (Alain)

                Pour Métaphores, GK

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22 juin 2015

Trêve estivale

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          Cher(e)s Ami(e)s,

      Nous pouvons dire que cette année fut des meilleures quant aux sujets traités, à la qualité incontestable des débats philosophiques, grâce au public et aux animateurs de notre association. Remercions donc ici même, Guy, David, Janine et Nicole la modératrice sans qui rien ne pourrait se faire. Et merci infiniment à nos hôtes, la Coulée Douce, le Café suspendu et le Van Gogh. Tout cela renforce l'idée selon laquelle la pratique et la rencontre philosophiques peuvent trouver une place féconde dans la Cité.

        Avec le solstice d'été, nos activités se mettent provisoirement en sommeil, jusqu'à la prochaine rentrée de septembre. Curieuse retraite qu'un repli estival ! Voyons-y le gage d'un renouvellement, de nouvelles inspirations, le temps de sentir, d'expérimenter, de méditer et de questionner le monde, l'existence et l'énigme partout présente mais dissimulée la plupart du temps à notre conscience. Toute cette fermentation devrait permettre de nouveaux agencements, de nouvelles quêtes et le creusement festif des enjeux que nous avons en partage et qui nous mobiliseront très prochainement.

       Pour l'heure, les deux cafés associatifs (Coulée douce et café suspendu) ont garanti la poursuite du Café-philo, du Cercle littéraire et sans doute de l'Apéro-philo en septembre (dont le jour devra être déterminé). L'atelier devrait se poursuivre au Van Gogh.

      Toutes les informations seront données ici-même au cours de l'été et dans la seconde moitié du mois d'août. Pour information, le blog reste actif. N'hésitez pas à intervenir sur les sujets déjà traités si les éléments qui s'y trouvent vous chatouillent l'esprit. 

       Bel été philosophique et littéraire à tous.

 

       Pour Métaphores, DK

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14 juin 2015

Résumé du Cercle littéraire du 11/06/15 : Ecrire sauve-t-il ?

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Le Cercle littéraire (activité gratuite et libre) s'est tenu le jeudi 11 juin 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 Rue Jeanne Lasansaa)  sur le sujet suivant (animation : Janine Delaitre).  

"Ecrire ne sauve jamais de rien" (Paul Auster)

                                        

       Cette réflexion de l'écrivain américain Paul Auster invite  les fervents lecteurs que nous sommes à nous interroger sur ce qui motive l'acte d'écrire. Ce constat, quelque peu désabusé, laisse à penser qu'écrire relève de l'exutoire, naît d'une blessure à jamais douloureuse. Mais il fournit aussi matière à discussion. En outre, le mot "écriture" suggère que nous, lecteurs, nous nous demandions ce que nous recherchons dans les oeuvres dans lesquelles nous nous  plongeons, quelles faims elles viennent combler (ou pas).

      Résumé de la soirée :

        Ce propos de l'écrivain  américain Paul Auster interroge sur les motivations de l'acte d'écrire. Cette affirmation péremptoire et désabusée révèle la perte d'une illusion: écrire pour se sauver, et pointe l'impuissance de l'écriture. A quels malheurs cherche-t-on à échapper ? Que cherche-t-on dans l'acte d'écrire ?

       Il apparaît d'abord qu'il s'agit d'un acte pour soi, acte de retrait qui paradoxalement dit le singulier,le subjectif  avec un outil commun. L'acte d'écrire n'est pas un acte social ;mais il n'est pas solitaire car se développe un dialogue avec soi. Il permet de mieux se connaître soi-même. On écrit parce que l'on cherche à combler un manque, dit Auster. L'urgence, la nécessité à écrire  apparaissent comme un besoin, un appel dont l'origine reste mystérieuse. Ce quelque chose qui pousse à fixer les pensées dans des mots ne se laisse pas saisir. En tout cas, l'écriture est un révélateur qui fait advenir l'écrivant à l'existence, éclaire sur soi .Cet acte est aussi un élément fondamental  de liberté, une affirmation de soi. Il remplit un rôle d'exutoire et de  catharsis. Façon d 'échapper à la folie, comme en témoigne  le texte  de Maupassant : Le Horla.

       Dans ce cas l'écriture soulage : « Je suis un être blessé », dit Auster. Il importe de se saisir de cet acte d'écrire pour ne pas se laisser écrire par les autres. Ecrire aide à penser et comme le note Clément Rosset : « Une pensée n'est véritablement pensée quà partir du moment où elle est écrite ».  L'écrit apporte plus de réflexion et diminue la violence dans le rapport à autrui. La figure de Robinson montre comment  l'écriture réintroduit la culture face à l'espace de la nature et au choc du réel.

      Pour qui écrit-on , seulement pour soi ?  Les avis divergent sur ce point. Besoin de partager la beauté, de coïncider avec le monde ? Le lecteur devient constructeur de l'oeuvre. L'altérité fonctionne comme support symbolique. On s'ouvre à l'autre. La singularité de l'écriture se dit dans son opposition à la parole : mouvement et stabilité en même temps, elle s'oppose à l'éphémère elle est signe, marque, repère. Mais l'écriture permet de retrouver une parole, celle de la mère par exemple dans le livre « Pas pleurer » de Lydie Salvayre. Si l'on se réfère à d'autres formes littéraires, la fiction romanesque  est une échappée belle dans l'imaginaire.

       L'écriture est aussi envisagée sous l'angle du geste:le traçage des lettres,révélation de la personnalité,soumis aux normes , parfois vécu comme castrateur avec le regard moralisateur de la société : les « fautes » d'orthographe, le jugement sur le style qui peut étouffer la créativité. Le plaisir de l'écriture passe par le  mouvement de la main, prolongement de l'esprit. Façon de dessiner les sinuosités de l'âme ; plaisir d'entendre le bruit de la plume sur le papier... Si ce temps de l'écriture apparaît comme une  jouissance, un moment de fête, elle est aussi perçue comme une souffrance, un travail au forceps chez certains auteurs comme  Flaubert. La difficulté à trouver les mots, le style qui rendent  compte de la pensée  avec exactitude et en vérité tourmente et désespère. L'essentiel ne peut pas être dit, selon Coetzee : « Nous ne savons pas ce que nous voulons dire ».

         « Hurler sans bruit » (M.Duras) tel est peut-être le destin de l' é-cri-vain ("les cris vains").

      Pour Métaphores, JD

 

      

 

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19 mai 2015

Résumé du café-philo du 09 /06/15 : philosopher et bonne santé

 

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Le café-philo s'est tenu le mardi 09 juin à 18h45 au Café La Coulée douce (Cité des Pyrénées, rue Berlioz) à Pau. Entrée libre et gratuite. Le sujet proposé, voté puis traité par le groupe a été :

"Philosopher est-il un signe de bonne santé ?"

1          A quoi reconnaît-on la bonne santé ? Existe-t-il un signe de la bonne santé ? On dira peut-être : la santé est l’absence de maladie. Ou bien : la capacité d’aimer et de travailler (Freud). Ou, selon les critères en vigueur dans une société comme la nôtre : compétence, performance, compétitivité – ce qui revient à sanctifier l’idéologie productiviste. Il faut donc distinguer Normalité et Santé. Ne peut-on être en bonne santé tout en se situant « hors norme » ?

 2         La vraie santé serait plutôt la vitalité, ou la créativité, la puissance d’affirmer la singularité, la force active par laquelle le sujet s’autorise de soi-même – ce qui ne correspond pas forcément aux critères de la science et de la pratique médicales.

 3         Et le philosopher ? Est-il indice de vitalité, de santé créatrice ? On évoque ici les définitions traditionnelles, en mettant davantage l’accent sur la source du philosopher – étonnement, émerveillement et plus encore sur l’expérience de la douleur, de l’incertitude, de la maladie, des « situations-limites » que le sujet rencontre forcément dans son existence et qui le poussent à questionner : pourquoi la souffrance, quel est le sens de tout ceci ? Y-a-t-il même un sens, ou bien ne sommes-nous que ballotés dans le non-sens radical de toutes choses ?

 4        La découverte du négatif est un puissant moteur de recherche. Et la tentation est grande de ne voir dans la philosophie qu’une pharmacopée, qu’un système de colmatage pour rétablir à toute force un équilibre compromis. Suit une longue discussion sur l’équilibre, dont on fait souvent un critère de santé, mais qui est un modèle physique discutable – sauf à penser l’équilibre comme un système ouvert-clos, stable-instable, dynamique, évolutif, créatif, par lequel le sujet pourrait intégrer les désordres en se modifiant lui-même. Vivre serait savoir tirer parti des déséquilibres pour s’inventer au fil du temps.

 5        La soirée se termine sur une redéfinition du philosopher : il faut, d’une certaine manière, se moquer de la philosophie comme savoir, érudition, discours d’experts, pour retrouver sans cesse l’origine existentielle, la source vive, la force active qui met l’existence en mouvement, le « pathos » originaire (étonnement, stupeur, effroi, crainte, mais émerveillement aussi devant la beauté d’un monde par ailleurs effroyablement inquiétant), hors de quoi philosopher ne serait qu’un divertissement culturel comme des autres.

 Animation, synthèse et résumé pour Métaphores : Guy Karl

 

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08 mai 2015

Résumé de l'Apéro-philo du 26/05/15 : jouissance et morale

Apero philo

 L' Apéro-philo s'est tenu mardi 26 mai au café associatif La Coulée douce (rue Berlioz, Pau), Cité des Pyrénées à 18h45.

 Le sujet proposé et traité fut : "Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, telle est je crois, toute la morale" (Chamfort).

 Alors que la morale définit ordinairement les règles, valeurs et conduites imposées par le groupe (tu dois !), la formule du moraliste fait ici du seul plaisir partagé, de la seule jouissance commune, le principe de notre action. Etrange impératif de la jouissance ! Paradoxe ? Peut-on encore appeler morale une pratique centrée sur le seul plaisir et sur l'absence de souffrance ? Ne faut-il pas plutôt y voir une éthique ? Et que vaut cette injonction au plaisir, à moins qu'il s'agisse ici d'un appel, voire d'un conseil pour se délivrer des formes traditionnelles de la morale ? La formule est "choc" et ne manque pas d'interroger la valeur de la morale ou pour parler comme Nietzsche "la valeur de la valeur". D'un autre côté, la maxime de Chamfort n'anticipe-t-elle pas l'exigence contemporaine de la jouissance, nouvelle forme d'un "devoir" dont on peut se demander s'il elle n'est pas une modalité de la pathologie narcissique de notre temps ? (DK)

 Nicolas de Chamfort (1741 - 1794), Maximes et pensées

Résumé de la soirée :

Il serait sot de prétendre résumer une soirée si riche et si dynamique, aussi me contenterai-je de quelques notes, invitations à poursuivre soi-même la réflexion.

 1)   Chamfort balaie d’un revers de manche vingt siècles de morale répressive, où la conformité aux normes est jugée « morale » - d’autant que « morale » est étymologiquement ce qui qualifie les « mœurs » (latin : mores). La première forme de morale est sociale et conventionnelle. C’est plus tard que les philosophes évoqueront la possibilité d’une morale personnelle (Aristote, Epicure, Stoïciens etc).

 2)   Chamfort invite à retrouver la loi de nature qui nous enjoint de rechercher le plaisir et de fuir la douleur (« jouis et ne fais de mal…). Il semble se diriger vers une éthique hédoniste, où le plaisir est proposé comme une nouvelle norme « morale », pour l’individu affranchi, dans une relation d’échange gratifiante (« fais jouir ») avec autrui. Jusque-là on pourrait lire la citation comme une nouvelle formulation de l’épicurisme : plaisir, mesure, amitié.

 3)   Mais la formulation présente un étrange paradoxe : pourquoi, si la recherche du plaisir est naturelle, en faire une injonction « morale » ? On pourrait penser que toute référence à la morale est inutile s’il suffisait de suivre la loi de nature, l’inclination instinctive –mais alors se pose la question de la limite : jusqu’où jouir ? D’où la référence à la question du « mal » : ne pas faire de mal, ni à soi ni à personne, remarque de bon sens si l’on considère la tendance égoïste, narcissique, voire perverse qui semble exister chez beaucoup. La morale que l’on écarte d’une côté revient de l’autre : la limite doit être posée, pour le bien de l’individu lui-même, et pour celui de l’autre.

 4)   Le vrai problème posé par la phrase est dans le verbe « jouir ». En version soft on traitera du jouir comme d’une forme intense du plaisir – ce que nous avons fait jusqu’ici – et cela ne pose pas de problème insurmontable, ni pour le sujet, ni pour la société. Mais si l’on entend « jouir » dans le sens d’une expérience violente, d’un dépassement des limites, d’une exaltation et d’une exultation, le problème révèle une singulière acuité. Chamfort ne dit pas « prends du plaisir », il dit « jouis », et quoi qu’on en puisse dire, les deux formulations ne sont pas équivalentes. S’il s’agit bien de jouissance nous sommes en face d’une réalité psychique d’un autre ordre, celui de l’excès, de l’extrême, du passage au-delà de la limite, Freud dirait - « au-delà du principe de plaisir » ce qui nous convie à une réflexion sur les pulsions, leur nature, leur visée, et leur éventuelle maîtrise. Si le sujet veut jouir, jusqu’où ? Et voici, à nouveau, la morale, mais aussi le droit, dont la fonction plénière est justement de limiter la jouissance (Le groupe évoque à ce sujet le danger de la perversion).

 5)   En somme, plaisir ou jouissance, il s’agit toujours en dernier ressort d’une lutte entre l’instinct, l’inclination, la pulsion, le désir  et la loi, sous quelque forme qu’elle se présente.

 6)   On pourrait conclure ( ?) en souhaitant que le sujet humain passe d’une obéissance revendicative et ressentimenteuse à la loi (hétéronomie) à une acceptation lucide, voire à une affirmation personnelle de la loi pour soi (Autonomie). Mais c’est là une conclusion toute personnelle qui n’a pas été formulée comme telle au cours de la soirée.

PS : remarquons qu’à la même époque paraît « L’art de jouir » d’un certain La Mettrie. Sans parler de Sade, dont Chamfort semble se séparer nettement. Le XVIII est un siècle de fermentation intellectuelle intense, qui nous interpelle encore aujourd’hui.

 Pour Métaphores,  Guy Karl

 

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04 mai 2015

Résumé de l'Atelier-philo du 20/05/15 : libertés et économie

Atelier-philo

 

L'atelier-philo animé par David Pourille s'est tenu au bar le Van Gogh (15 rue Latapie à Pau) mercredi 20 mai à 18h45. Il s'est agi de faire dialoguer pour cette troisième séance la philosophie et l'économie. Nous avons eu le plaisir d'accueillir à cette occasion, François-Xavier Fonséca, doctorant en économie, pour aborder le sujet suivant : 

Quelles libertés sous l'impact des marchés économiques aujourd'hui ?

         Seize personnes ont participé à cet atelier aux échanges riches et dynamiques. Après une brève présentation par les deux co-animateurs, le public s’est largement prononcé en faveur d’un déclin de nos libertés face aux marchés et aux agents économiques.

     François-Xavier a présenté les marchés comme des réseaux de contrats entre agents économiques, réseaux qui peuvent s’étendre à des zones de libre-échange comme l’union économique et monétaire européenne. Au sein de ces marchés, l’arbitrage, comme faculté de faire des choix économiques rationnels, témoignent de l’existence de libertés. Néanmoins, l’ampleur des marchés créant des superstructures de marchéisation, les agents économiques eux-mêmes peuvent percevoir ces composantes économiques comme des entraves à leurs libertés. En somme, des libertés économiques peuvent constituer des structures réduisant rétroactivement ces mêmes libertés économiques.

        Le co-animateur « philosophe » et auteur de ce résumé a présenté les marchés, ces lieux de rencontre entre vendeurs (l’offre) et acheteurs (la demande), comme une interaction d’agents économiques concrets, les entreprises, ayant pour finalité commune la rationalisation de la maximisation des profits. En outre, ces marchés, avec leurs buts et leurs normes propres (l’intérêt privé), tendent à supplanter le pouvoir politique (l’intérêt général) de par leur pouvoir d’actions et d’influences sur les décideurs politiques. Or ceci pose un problème majeur car le pouvoir politique (et judiciaire) a lui-seul la légitimité (du moins dans les textes constitutionnels) d’imposer les lois qui garantissent les libertés de chacun ; que ces libertés soient de créer, contempler, agir, investir, modifier son environnement ou encore sa propre vie… En somme, le pouvoir politique qui garantit les libertés par la loi n’a plus, ou de moins en moins, le pouvoir.

      Dès lors deux questions ont été proposées : tout d’abord « que deviennent nos libertés dans ces conditions ? », ensuite « quelles nouvelles libertés peuvent être inventées ? » ; le but de l’atelier étant, au-delà de l’échange d’idées et d’arguments, d’inviter les participants à devenir force de propositions ou de solutions concrètes.

       A la première question, un très large consensus s’est imposé sauf pour deux personnes. Les prises de paroles ont affirmé, à des degrés différents, tant l’affaiblissement voire la disparition du pouvoir politique face au pouvoir économique, que l’affaiblissement de notre possibilité de choisir voire la disparition de nos libertés. A été affirmée aussi la disparition de la place de l’homme sous la domination de la recherche du profit. Les causes de ces phénomènes se situeraient historiquement dans la chute du bloc communiste qui a laissé place libre au capitalisme, et, idéologiquement dans une bataille d’idées et de jeux de langage visant à faire croire que l’économie libérale a triomphé et est seule à pouvoir réussir. Les objections ont porté sur la permanence du pouvoir politique par les législations qu’il produit : code du travail, normes de production standardisée européennes, droits internationaux…

      A la seconde question, plus brièvement développée, le public a répondu en explorant des domaines où les marchés ne peuvent pénétrer et en trouvant des moyens de réaffirmer les libertés individuelles. Dans le domaine social, l’humain ne semble pas quantifiable et pouvoir répondre à une loi concurrentielle de l’offre et de la demande. En outre, pour réaffirmer les libertés, il faudrait reconquérir un pouvoir dissuasif qui échoit aux peuples ; se ressaisir du vote ; dire non aux spéculations sur ce qui est vital à la vie humaine. Enfin, l’auteur de ces lignes a proposé en conclusion une invention de nouvelles libertés par la repossession du temps de non travail (l’otium, le temps de liberté) afin d’être créateur hors du système de marchéisation, car « partout où il y a la joie, il y a création ; plus riche est la création, plus profonde est la joie », - Henri Bergson.

      Nous tenons particulièrement a remercié François-Xavier Fonseca de sa présence et pour ses participations aux débats qui ont permis d’éclaircir un thème si complexe. 

                   Pour Métaphores, DP

 

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24 avril 2015

Résumé du Café-philo du 11/05/15 : l'absolu, une pathologie ?

Café-philo

 

Le café-philo s'est tenu lundi 11 mai à 18h45 au Café associatif La Coulée douce, Cité des Pyrénées à Pau (rue Berlioz).

Sept sujets ont été proposés et soumis au vote. La question retenue a été :

Toute forme d'absolu relève-t-elle d'une pathologie ?

          1     Qu’est-ce que l’absolu ? D’emblée le groupe cite les formes désastreuses du totalitarisme politique, où l’Etat est tout, et le sujet réduit à la portion congrue. Mais une autre direction est proposée tout aussitôt : l’absolu du désir, comme image de l’accomplissement, du savoir, de la perfection, voire du sublime, dans les figures augustes de Dieu, de la beauté, du savoir absolu (Hegel). L’absolu est, étymologiquement, ce qui détaché de toute relation, auto-suffisant, complet par soi et en soi, totalité et unité fermées sur soi. Son contraire est évidemment le relatif.

         2     Le relatif c’est le régime de la réalité matérielle et sociale : tout change, tout passe, toute chose est en relation avec d’autres, dans une connexion indéfinie, impermanente : « la branloire pérenne » de Montaigne. Dès lors  se pose immédiatement la question de la pertinence de la notion d’absolu, pour laquelle n’existe aucune correspondance dans le monde, matériel, social et psychique. Pourquoi les hommes sont-ils fascinés par l’absolu alors que rien, dans la réalité, n’en soutient l’image et l’idée ? Il y a là un paradoxe qu’il faut interroger. En tout cas l’absolu et la réalité semble s’exclure.

        3     La pathologie c’est la maladie du pathos, du « souffrir » (pathein, pâtir, passion, passivité). On peut souffrir de ce que l’absolu manque, qu’il soit inaccessible, désespérant (Valéry disait que « le Beau c’est ce qui désespère ») ou qu’on le découvre inexistant, absent du monde, irréel, imaginaire, ou impossible. Que serait une vie d’où toute référence à l’absolu serait absente ?

        4      Le groupe semble se diriger vers une solution médiane : la pathologie ne serait pas dans la référence à l’absolu, mais dans la confusion des registres, la fusion délirante, l’identification mystique du sujet à la forme totalitaire et tout-englobante de l’absolu : perte de la distance psychique et symbolique, avec, en corolaire, la disparition du sujet comme tel. Le sujet, pour exister (ek-sister), est contraint de se soutenir d’un manque structurel, d’une distanciation symboligène (Françoise Dolto).

       5     Dès lors se pose la question des inter-médiaires symboliques. Remarquons que la fonction du symbole est à la fois de séparer et de réunir, de réunir sur un plan supérieur ce qui était séparé, disjoint sur un premier plan : passage de la nature à la culture, de l’instinct à l’institution, de la pulsion à l’art (au sens large, artefact culturel et conventionnel). Dans ce registre il faut souligner le rôle éminent du langage qui contraint à la nomination de l’objet du désir, donc à un renoncement à la satisfaction directe au profit d’un écart , d’une dérivation dans le champ de la culture. De ce point de vue l’absolu – s’il est le fantasme d’une satisfaction totale et sans reste – est toujours déjà perdu. Mais il n’est pas sûr que le sujet le sache, et encore moins qu’il l’accepte, s’il faut en croire la belle obstination dont tout un chacun fait preuve dans sa course pathétique à la satisfaction.

       6       Paradoxe : ce n’est pas l’absolu qui crée le désir c’est le désir qui crée l’absolu. Il faut croire que dans la psyché humaine persiste, contre l’évidence du réel, une disposition imaginaire ou imaginante qui opère une vigoureuse dénégation, s’obstinant à rêver d’un achèvement et d’une totalisation, dont il sait par ailleurs qu’ils sont impossibles. L’art,  la science, et la philosophie même en témoignent d’abondance.

            Pour Métaphores, GK

 

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22 avril 2015

Résumé du Café-philo du 21/04/15 : se passer des masques

 

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             Le café-philo du 21 avril 2015 s'est tenu pour la première fois au Café associatif La Coulée Douce (clic) à la Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau.

La soirée s'est passée idéalement : accueil très chaleureux, ambiance conviviale et concentrée, dynamique collective de grande qualité, sens de l'écoute et une pause apéritive bienvenue avec quelques assiettes et boissons à des tarifs "associatifs". Nous tenons à remercier Marie et l'équipe de bénévoles pour leur gentillesse et leur sens de l'accueil.

 

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Les trente-cinq personnes présentes ont proposé une dizaine de sujets. Le sujet qui a été voté et traité dans la foulée fut :

 

"Pouvons-nous nous passer de nos masques ?"

 

1)   Le masque renvoie au premier chef à la « persona », personnage de théâtre, rôle conventionnel. C’est la nécessité qui nous contraint à jouer notre rôle, ou nos rôles plutôt, dans la vaste tragi-comédie sociale.,,  Le masque est un signe d’appartenance (songeons aux masques des sociétés traditionnelles) qui signifie une position, un statut, un ou des rôles sous lesquels l’individualité s’éclipse.

2)   D’où la question des fonctions : il y a les masques qui dissimulent, ceux qui visent à tromper, ceux qui donnent à voir. Cacher et montrer sont en fait dans une étroite relation de paradoxe, si bien qu’on ne sait trop si, en se masquant, le sujet se dissimule, ou si, tout au contraire, il n’exhibe pas ce qu’il cache. Subtil jeu de dupes, où, croyant tromper l’autre, on finit par se duper soi-même…Au jeu du désir les dés sont toujours pipés.

3)   D’où une autre question : quel rapport le masque  entretient-il avec la vérité ? La vérité est-elle de l’ordre du « naturel », de la nudité, voire de la sauvagerie ? La civilisation ne commence-t-elle pas avec l’artefact, l’artifice, donc la vêture, et le masque. Il est sans doute un peu naïf de croire qu’à enlever le masque on révèlerait la vérité. Les masques nous sont consubstantiels, comme le langage et la culture, encore qu’il soit possible de distinguer entre des masques « intériorisés », invisibles, connaturels, et les masques de parade ou de circonstance qu’on peut mettre en enlever à loisir.

4)   Il semble que chacun ait intérêt, au bout du compte, à se réfugier derrière ses masques, s’ils ne nous étouffent pas, si nous pouvons prendre conscience qu’ils existent et qu’ils sont inévitables : c’est dans ce modeste interstice que se glisse une chance de liberté. Sachant, je ne suis plus totalement dupe. Mes masques, mes rôles, mon personnage, les connaissant, je peux apprendre à en jouer – et revoici l’acteur, un peu moins niais, un peu dégrossi, acteur-joueur.

5)   Finalement, existe-t-il une sphère d’intimité où « les masques tombent » où l’on peut être en résonance avec l’autre, et surtout en congruence avec soi ? Que craignons-nous dans ce dévoilement ? Quelle est cette peur ? Quelles émotions voulons-nous éviter ? Sans doute y a–t-il ici un puissante force de refoulement, celle peut-être qui a présidé à la socialisation elle-même, à cet âge tendre où s’est construite une image de soi, premier masque, le mieux oublié, et peut-être, inamovible, indéchiffrable.

Pour Métaphores, GK

         

             Pour en savoir plus sur le sens de l'activité café-philo, cliquez ici.

 

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19 mars 2015

Résumé du Café-philo du 07/04/15 : doute, certitude, folie et vérité

Café-Philo

           

      Le café-philo s'est tenu le mardi 07 avril 2015 à 18h45 au bar le Van Gogh, 15 rue Latapie à Pau. Nous remercions Max pour son accueil sympathique dans son établissement et pour l'organisation des lieux tout à fait adaptée à la formule café-philo. Les participants ont proposé une dizaine de sujets qui ont fait l'objet d'un vote. Le sujet retenu et traité collectivement a été : 

"Si ce n'est pas le doute, c'est peut-être la certitude qui rend fou."

 

 

Café-philo au Van Gogh

Résumé de la soirée et des débats :

1 ) Qu’est ce qui « rend fou » ? Que signifie « rendre fou » ? L’expression évoque un brusque passage de la normalité psychique à un état de dérangement, de déréalisation, marquée par une conduite aberrante, asociale voire dangereuse. Entre la folie « douce » et la psychose avérée, toute une panoplie de singularités plus ou moins décalées, déviantes et irrationnelles.

2) L’énoncé prend le contrepied d’une conviction commune, selon laquelle la certitude est positive, confortable, gage de réussite, signe d’équilibre et de santé. A l’inverse le douteur est dévalorisé, suspecté de faiblesse, de versatilité, donc peu fiable. (Il faudrait faire un test d’embauche !). S’il est un fou, ce serait évidemment le douteur – et pourtant ! Qui des deux est le plus dangereux, le plus tyrannique, qui le moins capable d’évolution, de questionnement ? La certitude a ses inquisiteurs, ses fanatiques, ses croisés – le doute jamais.

3) Sous la carapace de la certitude peut-être se cache une incertitude fondamentale qu’on s’acharne à nier, forclore, dans un retournement, une compensation pathétique et mortifère. D’où l’extrémisme. La question devient : quel type d’investissement psychique est à l’oeuvre dans la certitude, quels enjeux existentiels, presque toujours inconscient ? C’est cette méconnaissance originelle qui conduit à la folie, folie du sens, folie de la foi, et chez certains, folie de la raison – car la raison elle aussi a ses fous !

4) Le doute serait-il donc mécaniquement exclu de cette problématique, gage de santé et de vérité ? Ce n’est pas sûr : on parle parfois de « folie du doute » lorsque le sujet va revérifier à l’infini s’il a fermé son appartement. « Hé quoi, ce sont des fous ! » dirait Descartes. Ce cas mis à part le doute a un rôle très précis dans la démarche scientifique, et le philosophe, épris de vérité, lui confère volontiers une dignité de méthode – mais rarement au-delà. En général il en circonscrit soigneusement l’usage, car il craint, évidemment, d’être emporté dans un tourbillon où se dissoudrait toute certitude. A l’arrière-plan sans doute, la crainte de basculer dans la folie du vide !

 5) Bilan provisoire : il y a la certitude qui rend  et il y a le doute qui rend fou – sauf à penser qu’ils n’en sont pas du tout la cause, mais le symptôme. La folie est déjà là, inscrite dans la structure du sujet, et elle se manifestera soit comme pathologie de la certitude soit comme pathologie du doute.

6) Le problème est relancé à un autre niveau : il faudrait réexaminer certitude et doute dans leur rapport respectif à la vérité.

La certitude est la conviction, accompagnée de raisonnements (plus ou moins rationnels ou délirants) de posséder et de dire la vérité, présentée ici comme un savoir indubitable. Mais la probité nous contraint à poser qu’en tel savoir ne peut rendre compte de son fondement, et qu’en toute rigueur le fondement est toujours inconnaissable : « la vérité est dans l’abîme « (Démocrite).

Si le doute se raidit  en position dogmatique il relève de la même contradiction. Ni le doute, ni la certitude n’ont de fondement indubitable. En s’examinant avec attention et honnêteté l’homme est amené à découvrir qu’il ne peut se prétendre possesseur de la vérité : « je sais que je ne sais pas ». Ou, comme écrit Montaigne « Que sais-je ? »

La vraie folie, folie des plus communes et ordinaires, est d’oublier cette « vérité du non-savoir » et de faire les importants. A défaut de vérité, et puisqu’il faut bien vivre, choisir, décider, on se contentera de conjectures raisonnables et indéfiniment amendables.

 Ce fut une excellente soirée, riche, chaleureuse, et de tonalité joyeuse et décontractée. Je tiens ici à remercier et à féliciter les participants qui ont témoigné avec verve d’une allègre inventivité philosophique !

Animation et synthèse : Guy Karl, modératrice : Nicole Karl.

 

 

         

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13 février 2015

Résumé de l' Apéro-philo du 26/03/15 : passé, présent , avenir

Apero philo

            L'Apéro-philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le jeudi 26 mars au Pub-restaurant Chez Pierre (14 rue Barthou, Pau) à 18h45 sur le sujet suivant :  

 

"Si le passé conditionne le présent, avons-nous un avenir ?"

           

     "Qu'est-ce que le temps ?" s'interroge Augustin. "Si personne ne me le demande, je le sais ; dès qu'on me le demande, je ne sais plus". 

Le passé, le présent et le futur ont-ils une réalité ou ne sont-ils pas que des représentations ? Dès lors, la liaison supposée "conditionnante" entre le passé et le présent existe-t-elle vraiment ou n'est-elle pas qu'une fiction ? 
C'est en ce sens que Kant fait remarquer que le temps n'a pas d'existence en soi mais qu'il désigne, pour faire simple, un mode d'organisation de nos expériences. Le problème se pose alors de savoir si le conditionnement supposé est réel ou s'il n'est pas qu'une liaison artificielle construite par nos habitudes (Hume) ?  De la réponse à ces questions dépend la possibilité ou pas de se déprendre de ce qu'on appelle "passé". 

Pour Pascal, nous vivons dans des temps imaginaires, non pas parce que le passé conditionnerait le présent, mais parce que seul le présent est réel. Passé et futur ne seraient que des mots, que des fictions langagières qui seraient investies magiquement pour fuir le présent. "Seul le présent nous blesse", note-t-il dans les Pensées. Ainsi, de quoi serions-nous dépendants, sinon d'hallucinations sans rapport avec ce qui est. Mais comme toujours, les hallucinations produisent des effets dans le réel. C'est là que le travail éventuellement psychique peut commencer. 

Le travail psychique est une chose, l'analyse philosophique en est une autre. On ne peut passer au plan psychique que si le premier plan (philosophique) est d'abord éclairé, sans quoi on reste prisonnier du paradigme du psychologisme (qui risque fort de flatter la subjectivité des opinions et de les perdre dans leur "vécu"). 

L'articulation entre une réflexion sur le temps et la vie psychique se rencontrent ici, mais plus loin encore avec les enjeux existentiels qui fondent le sens de la question posée.     

Pour Métaphores, DK  

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