09 décembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 13/01/18 - A quoi bon des héros ?

Bedous café-philo_modifié-1

 

Le premier Café-Philo-Bedous de l'année 2018 s'est tenu samedi 13 janvier 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe sur le sujet suivant : 

A quoi bon des héros ?

Depuis Homère, les héros ont été des figures  familières de la civilisation Grecque et l’Iliade  et l’Odyssée  sont les deux bréviaires épiques de l’héroïsme grec . Le héros est celui qui accomplit des exploits remarquables grâce à sa force, son intelligence et l’on retrouve de telles figures emblématiques dans les tragédies et la littérature. Plus tard, les historiens vont isoler un certains nombre d’évènements et de personnalités dont ils font la trame de leur récit et parmi ces personnages, certains vont accéder au statut de héros. Mais, n’est pas héros toute personne dont l’histoire se rappelle :  A quelles conditions le devient-on ? De plus, si le nom d’un seul reste dans les mémoires, peut-on soutenir que lui seul infléchit l’histoire ? Comme le souligne F.Braudel, il n’y a jamais dans l’histoire d’individu enfermé sur lui-même, coupé des réalités sociales, économiques, culturelles et ce sont au contraire ces réalités qui expliquent les bouleversements historiques dont on ne peut lire que l’effet de surface sur la figure des héros. Mais alors, à quoi bon des héros? à quoi sert leur image s’ils ne sont pas les seuls à avoir participer aux bouleversements de l’histoire ? Quel est le bien fondé du culte qui leur est rendu ? de plus, la question qui nous intéresse semble indiquer un désenchantement, ce qui peut s’entendre car si les épopées et tragédies anciennes montrent des héros comme figures exceptionnelle de bravoure, les héros de l’époque moderne semblent avoir de moins en moins de qualités héroïques. Si aujourd’hui, le héros est aussi bien le personnage médiocre d’un livre qu’un sportif, cette banalisation de l’héroïsme n’invite-t-elle pas à s’interroger sur l’utilité du héros ? Serions-nous tous des héros potentiels ?

Quand commence l’héroïsme et que nous révèle-t-il ? D’où vient ce culte de l’héroïsme ?
 
  On commence par remarquer que notre société ne cherche pas tant des héros que des idoles et on se demande alors ce qu’elle cherche à mettre en valeur. Les héros semblent avoir disparu même si on a gardé le mot et il semblerait que l’on vise moins haut. Dans un film de W.Allen, un otage libéré trouve devant chez lui une armada de télévisions et de radios qui veulent en faire le nouveau héros ; ce dernier est furieux et leur crie: “je ne suis pas un héros, je n’ai rien fait pour, je n’ai rien de courageux “ ! De même, dans “coup de tête”, le footballeur que l’on sort de prison et qui marque un but décisif pour la victoire de son équipe devient le héros du jour; Le président du club déclare alors: “j’entretiens 12 imbéciles pour en calmer 800”. On commence alors à apercevoir le problème de cette banalisation et on se rend compte que la figure du héros est construite et révèle parfois une “idolâtrie molle”.
 
Va alors débuter une longue réflexion pour savoir ce qu’est au juste un héros. Quelle différence y-a-t-il entre l’idole , le leader, le héros ? Quand on idolâtre, on suit la foule et l’on voit surtout le renoncement et la fatigue.Quant au leader, il fait bouger les foules mais pas forcément dans le bon sens. On constate alors que certains hommes , par leurs actes, suscitent le respect . Mais, il est dû à chacun et non simplement réservé au héros. Pour certains, les héros modernes seraient anonymes, les migrants qui s’opposent à un monde qui s’endort, les lanceurs d’alerte,  mais quelqu’un objecte que les migrants n’ont pas le choix. Le héros choisit-il ? de plus, autre difficulté: on a chacun ses héros et certains ont pu l’être à moment donné( Pétain) . le regard historique importe donc et dans l’histoire du héros, il y a  la chute possible. Les héros existent-ils ?
Quelqu’un remarque alors que les enfants en ont besoin et qu’ils en auraient d’autant plus besoin qu’ils seraient dans un mal-être, dotant alors le héros de supers pouvoirs. Cette figure du héros a à voir avec l’imaginaire. les héros de l’enfance sont les parents ou des personnages fictifs. L’enfant a besoin de l’image, pas forcément de l’acte héroïque mais chez l’adulte , c’est le contraire. L’adulte passe du fictif au réel et on convient alors que le héros n’existe pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’actes héroïques. c’est même ce que nous privilégions, au-delà de la personne. y-a-t-il des archétypes qui répondent à la notion de l’héroïsme ?
 
  La réflexion s’engage alors sur la voie de l’acte héroïque et de celui ou celle qui l’incarne. Le fait d’avoir du courage, de risquer parfois sa vie (sacrifice) semble en faire partie.  La personne capable d’un tel acte est( ici et maintenant) extra-ordinaire et à la différence de l’idole qui ne fait que divertir, elle participe à la construction de la cité. Pour autant, même en manifestant force et courage, l’individu peut ne pas être reconnu pour sa bravoure car les normes de la société peuvent aller dans un autre sens. Tout le monde s’accorde sur le fait que celui qui fait un acte héroïque donne quelque chose à la communauté, quelque chose de positif( ce qui n’est pas forcément le cas du leader).  Nous aurions alors besoin de cette figure du héros pour nous identifier, il nous tire vers le haut et en nous dépassant, nous invite à nous dépasser.Il a une valeur symbolique puisque ses idées continuent de perdurer. Il est donc celui qui relie en tirant vers un idéal qui émerge dans un imaginaire collectif. il montre un pouvoir que l’on n’a pas ou que l’on pense ne pas avoir, celui d’oser parce qu’il est celui qui ne suit pas la foule.  Si on reprend la différence entre l’idole et le héros, peut-être avons-nous d’autres indications grâce à la Grèce antique. Le gladiateur est un esclave qui risque sa vie et est là pour amuser la foule ,de même le “people”, coquille vide que suit la foule perdue. L’homme héroïque n’est-il pas, quant à lui, vertueux , ayant un code d’honneur, reconnaissant les autres ? On pourrait alors , afin de mieux comprendre cette figure de l’héroïsme,  faire un parallèle avec  les Quatre étapes à l’oeuvre dans l’alchimie: il y a premièrement quelque chose qui se passe( le héros s’annonce), une oeuvre( le sacrifice), un objectif( une transformation opérée par l’acte héroïque) et enfin une communion(l’énergie nouvelle qu’il insuffle fait lien avec la cité) .Il fait émerger quelque chose de nouveau qui n’a pas existé auparavant.
 
   Ainsi, même si le héros n’existe pas , la désillusion de l’époque ferait qu’on en aurait besoin mais pas n’importe lesquels; il nous faut des vrais héros, des êtres qui tout en ayant des défauts(ce ne sont que des humains, pas des dieux) incarnent ce qu’on n’a pas et font avancer les choses parce qu’il y a une cohérence entre leur  pensée et leurs actes. L’homme  héroïque est alors celui qui ne recherche aucun enrichissement personnel et qui se dépasse juste pour faire avancer les autres en étant porteur d’une idée, d’une valeur(on pourra le tuer, on ne tuera pas l’idée pour laquelle il accepte de mourir). Il permet  de faire découvrir aux autres humains qu’eux aussi peuvent se dépasser parce qu’il leur a indiqué une  nouvelle orientation, il nous aide à aller à la rencontre de l’histoire, à ne pas rester figés. Chacun selon sa destinée peut donc assumer un acte héroïque et il nous aide à répondre à la question: les moutons peuvent-ils devenir des lions ?
 
 Enfin, dernière remarque: ce qui anime le héros est peut-être ce dont parle Bergson quand il distingue la morale close(qui renvoie aux règles qui garantissent l’ordre social) et la morale ouverte qui dépasse tte société particulière et s’étend au genre humain dans son entier(amour de l’humanité). Le héros est celui qui nous donne l’exemple de ce soucis et nous invite à sa construction.Souhaitons nous de tous devenir des lions...

Pour Métaphores, Véronique Barrail

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08 décembre 2017

Trois années déjà

Logo métaphore

 

Chères amies, chers amis,

L'association Métaphores vous souhaite le meilleur pour cette année 2018 : une belle et grande santé sans laquelle il est bien difficile de se projeter de manière créative dans l'existence, des liens féconds, des rencontres dynamiques et stimulantes, des lectures enthousiasmantes, des interrogations philosophiques nouvelles pour enrichir notre rapport au vivre. 

L'année 2017 aura été marquée par une belle intensification de nos activités puisque nous avons organisé pas moins de 45 soirées (21 Cafés et Apéros, 9 Manhattan, 7 Café-Bedous, 5 Cercles littéraires et 3 Ateliers) contre 30 en 2016. La création du Manhattan-philo animé par Timothée est un succès compte tenu de la fréquentation assidue des participants et la richesse des interventions.

S'il est très difficile de classer les sujets abordés généralement, notons qu'ils ont gravité pour l'essentiel autour de trois dimensions : la morale (la pauvreté, la bienveillance, le légal, la folie, la méchanceté, la plainte, la vulnérabilité...), le langage et la connaissance (la croyance, l'illusion, la parole, le savoir, la superstition, le rêve, le hasard...), l'existence et l'éthique (la musique, les cyniques, le désir, le bonheur, le temps, l'impossible, l'identité et le miroir, la solitude...). Notons que les champs scientifiques et politiques sont bien moins représentés ce qui pourra éventuellement faire l'objet d'une correction si les animateurs et le public le souhaitent.

Notre interface -le blog Métaphores qui a désormais 3 ans d'existence, voit sa fréquentation doubler en une seule année. Plus de 16300 personnes se sont penchées sur nos activités en 2017 et plus de 1300 par mois. Cent quinze assidus sont désormais abonnés aux résumés et annonces d'activités. Voilà qui ne peut que nous encourager à poursuivre notre dynamique.

Nous tenons à remercier nos hôtes pour la bonne tenue de nos soirées, le Manhattan-café, le Dimanche à la campagne (pour l'Apéro, l'Atelier et le Cercle), l'Escala (Bedous-café-philo) et nous l'espérons, un partenariat réussi avec le Palais Beaumont pour l'accueil du Café-philo dont nous allons confirmer si possible la réalisation très rapidement.

Il faut aussi rappeler que rien ne se ferait sans l'équipe de bénévoles-animateurs : Guy, Nicole, David, Janine, Timothée, Véronique, Marie-Pierre et sans la participation active et déterminée de tous ceux qui se déplacent et qui ont le désir de penser avec d'autres les sujets proposés. Que tous soient ici remerciés !

En espérant vous retrouver demain mercredi 03 à 18h45 pour la première activité 2018, un Manhattan-philo, nous vous souhaitons à nouveau une belle année philo-littéraire.

Pour Métaphores,

Didier Karl

 

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07 décembre 2017

Résumé Café-philo-09/01/18 Les convictions sont-elles des prisons?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de janvier (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h45 au Palais Beaumont à Pau. Le sujet retenu après un vote des participants fut : 

Les convictions sont–elles des prisons ?

Résumé de la soirée :

1)   La formulation du sujet invite à suspecter les convictions. La prison évoque un lieu de peine, d’enfermement, de clôture. Toute la question est de savoir si la conviction, une fois faite, implique l’enfermement dans des positions arrêtées, voire définitives, qui condamneraient le sujet à la répétition ou à la stérilité.

2)   Le groupe remarque d’abord qu’il existe une grande variété de convictions, dans les domaines idéologiques, religieux, politiques, moraux, voire scientifiques. La science elle-même, réputée objective, n’en connaît pas moins des querelles idéologiques, ou métaphysiques. Quelle est alors le dénominateur commun qui fait la conviction ?

3)   La conviction se distingue de la persuasion, laquelle fait appel au sentiment, à l’influence psychique et émotionnelle pour forcer l’adhésion. La conviction fait la part au raisonnement, elle se veut démonstrative, elle veut emporter une adhésion complète, une mobilisation entière de la personne. Pour autant elle n’est pas de l’ordre de la certitude, qui est la possession d’un savoir évident et incontestable. Dans la conviction il reste un élément d’incertitude que le sujet assume comme tel, tout en le présentant comme subjectivement nécessaire. Par ex je puis être convaincu de l’immortalité de l’âme, sachant que ce n’est pas une certitude (la chose est indémontrable donc sujette à caution), mais affirmant la thèse avec toute la force d’une « conviction » subjective. On voit que dans la conviction l’élément subjectif est dominant, quelles que soient par ailleurs les raisons dont cette conviction peut s’étayer.

4)   Affirmer une conviction c’est prendre un risque, c’est se mettre en avant, c’est affirmer une position, c’est faire appel à l’adhésion d’autrui. Celui qui est convaincu veut convaincre les autres. C’est peut–être là qu’apparaît un danger d’enfermement. En toute rigueur il faut garder le droit et la liberté de juger librement des convictions avant de les faire siennes. Reconnaissons en passant que la plupart de nos convictions sont des croyances issues de l’héritage et de la tradition et que ce serait simplesse ou facilité de les adopter sans examen critique. Il y a sans doute une grande différence entre les croyances passivement héritées et celles où s’exprimerait la liberté d’un sujet adulte et conscient de soi.

5)   Peut-être y a t-il lieu de distinguer entre « être convaincu » (formulation passive) et « se convaincre » (mode actif mais réfléchi) : dans «  se convaincre » on entend encore quelque chose du « vaincre » - qui laisse entendre que la conviction est le résultat d’une lutte intérieure entre diverses options ou thèses examinées les unes et les autres, avant que ne l’emporte enfin la thèse la plus forte, celle qui s’exprimera dans la conviction affirmée, et dans laquelle le sujet fait entendre ses décisions les plus importantes. Puis, voulant convaincre autrui, la même lutte reprend, jusqu’à l’adhésion à la thèse, à moins que le partenaire n’y oppose son refus : conviction contre conviction. A ce niveau chacun a raison, la polémique tournant court. Ex le dialogue entre le croyant et l’incroyant.

6)   On voit que la conviction n’est pas nécessairement une prison : si elle est librement forgée ; si elle assume son coefficient structurel d’incertitude ; si elle s’assume comme étant essentiellement une prise de position subjective ; si elle ne se présente pas comme vérité indiscutable ; si on ne cherche pas à l’imposer par la force ; si elle ne devient pas prétexte à persécution.

7)   Enfin on voit bien que le champ normal de la conviction c’est la vie politique et sociale, où les rapports entre les hommes, et entre les institutions et les citoyens impliquent nécessairement des débats entre convictions adverses. L’homme de conviction y peut jouer un rôle éminent et faire évoluer les choses. On a cité Jean Jaurès, Mandela et quelques autres, dont les convictions ont marqué les esprits et les mœurs. On se demandera simplement si dans le domaine métaphysique la conviction est encore de mise : sur les choses premières et dernières peut–être convient-il de pratiquer une silencieuse abstention et dire avec Pyrrhon : je ne juge pas.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

06 décembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 3/01/18 : Pardonner est-ce oublier ?

Manhattan-philo1

Le premier Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) de l'année s'est tenu le  mercredi 03 janvier à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Les trois Sujets proposés furent :

Sujet 1 : A quoi ressemblerait un monde idéal?

Sujet 2 : La différence sexuelle est-elle une construction culturelle?

Sujet 3 : Pardonner est-ce oublier?

Le sujet voté par le groupe nombreux fut : 

Pardonner est-ce oublier?

Résumé de la soirée :

Le public, plutôt nombreux en cette période d’après fêtes, a choisi de parler du pardon en se demandant si on pouvait le définir par l’oubli. J’ai introduit le sujet en montrant un paradoxe. Le pardon, étymologiquement, renvoie au droit de faire grâce. On peut le définir comme un acte libre par lequel on délie un fautif de sa faute. Il y a dès lors une relation paradoxale avec l’oubli, qui n’est pas un effacement, mais une absence de remémoration. En effet, si je pardonne, je dois aussi cesser de me remémorer la faute, sans quoi je risque de retrouver les affects négatifs qui y sont liés. Mais d’un autre côté, il ne semble pas possible d’oublier volontairement quelque chose, et le pardon relève bien, semble-t-il, d’un acte volontaire. Quelle est la relation particulière que le pardon entretient avec l’oubli ? S’il n’est pas oubli, alors quelle est sa relation avec la mémoire ?

A partir de là, une réflexion assez riche a été déployée par le public, et en voici les moments saillants.

Tout d’abord, une difficulté se présente au niveau de la valeur du pardon. On semble présupposer que pardonner est un acte propre à l’homme, et que c’est un acte louable. Ces deux présupposés sont interrogés par le public. D’une part, en se demandant si le pardon n’est pas le trait particulier d’une culture, la culture judéo-chrétienne. D’autre part, en se demandant si le pardon n’est pas un acte assez hautain, orgueilleux, qui témoigne d’une supériorité. Enfin, est aussi interrogé la possibilité pour l’homme de pardonner. Le pardon n’est-il pas une valeur surnaturelle, possible seulement pour Dieu ?

S’il est indiscutable que le pardon est une notion déployée par le christianisme, une personne remarque qu’on trouve néanmoins les notions de clémence et de magnanimité dans les cultures antiques. Corneille, justement, en a fait une pièce, La clémence d’Auguste.  D’autre part, si le pardon implique un pouvoir, celui de faire grâce, il n’est pas manifestation d’une puissance naturelle, mais plutôt d’une puissance morale. De fait, celui qui pardonne n’écrase pas l’autre, alors qu’il le pourrait. Mieux, une personne fait remarquer que celui qui pardonne se place au niveau du fautif, en supposant qu’elle-même n’échappe pas à la faute, et qu’au fond, elle ne vaut pas mieux que lui.

Manhattan-philo 03 01 18

Le public s’accorde globalement pour distinguer le pardon et l’oubli. Pour deux raisons. Une personne fait remarquer que l’oubli est tout bonnement impossible, dans la mesure où le cerveau emmagasine tout. Tout souvenir est donc présent, et peut resurgir dans certaines conditions. D’autre part, parce que l’oubli est un processus psychologique inconscient, tandis que le pardon demande une conscientisation, un travail sur soi, un travail relationnel, qui le distingue clairement de l’oubli. Toutefois, le pardon rend possible un recommencement, soit de la relation brisée (entre états ou individus), soit de sa propre vie. En cela il possède une analogie avec l’oubli, qui a des vertus créatrices.

Dès lors, il convient d’élucider cette notion de pardon, comment la définir plus correctement que par l’oubli ? Plusieurs pistes sont envisagées par le public. Tout d’abord, une hypothèse tout d’abord psychologique. Le pardon, au fond, est le symptôme d’une justice défaillante. On pardonne parce que, la justice ne pouvant être faite – dans le cas d’un crime irréparable, incommensurable, il faut bien continuer à vivre, et trouver une solution. Le pardon est ainsi une solution psychique à un problème social et moral. Dans cette ligne psychologique, le public se demande aussi si la compréhension réciproque n’est pas préférable au pardon aveugle. Au fond, la notion de faute présuppose une morale, un libre-arbitre. Mais dans une perspective déterministe, si chacun est poussé à agir par un jeu de causes dont il n’est pas maître, la faute peut être comprise comme erreur. La compréhension peut dès lors se substituer au pardon. Mais abandonner ainsi l’idée d’une morale n’est pas si simple. Et plusieurs personnes remarquent ainsi que le pardon n’a rien d’un geste irrationnel, qu’il demande du temps, et qu’il n’exclut pas la réparation, ne serait-ce que parce que recevoir le pardon présuppose de le demander, et donc de reconnaître sa faute.

Timothée

Naît alors l’idée que le pardon est un acte de renouvellement de la relation. On pardonne pour sauver une relation, en plaçant l’amour qu’on a pour une personne plus haut que l’offense qu’elle nous a faite. Mais cela suppose une reconnaissance mutuelle qui fait pas recommencer la relation comme si de rien n’était, mais lui donne un nouveau départ. Le pardon comme libération de soi est aussi évoqué, et notamment l’idée intéressante de pardon à soi-même. On s’ouvre ici une nouvelle existence, sans nier la précédente. Pardonner n’est ainsi plus subir, mais agir, surmonter.

Le pardon n’est donc pas oubli, il est un acte de libération. Libérer l’autre de la faute et de ses conséquences, tout en se libérant soi-même des affects négatifs liés à l’offense subie. C’est un processus à la fois relationnel, temporel, psychologique. Il ne remplace pas la justice mais se situe plutôt tout au bout du processus de réparation. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

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29 novembre 2017

Résumé Apéro-philo - 20/12/17 - Vulnérabilité et humanité

Apero philo

Le dernier Apéro-philo de l'année 2017 se tenu le mercredi 20 décembre au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

La vulnérabilité est-elle un signe d'humanité ?

 

Résumé de la soirée :

1)   Tous les vivants étant sensibles, impermanents et mortels, sont voués à éprouver des blessures. L’homme ne fait pas exception à l’ordre général de la nature. On peut se demander dès lors s’il existe une vulnérabilité spécifiquement humaine, et en quoi cette vulnérabilité serait un signe d’humanité.

2)   L’homme, comme l’animal est voué à souffrir, mais il se distinguerait de l’animal par une double aptitude : celle de construire progressivement une représentation de la vulnérabilité par le développement de la conscience réflexive : la souffrance n’est plus simplement un événement passager sitôt oublié, elle induit par la mémoire et l’anticipation un véritable savoir, rapporté au sujet comme tel : la vulnérabilité est ma vulnérabilité. De plus ce savoir se solidifie dans le langage. La souffrance s’éprouve, se pense, se dit, se communique. Elle devient un signe spécifique de l’être humain, capable de se reconnaître vulnérable.

3)   Cette reconnaissance, pourtant, ne va pas de soi. Elle se heurte de front à l’imagination, «  la folle du logis », à l’illusion qui nous fait rêver d’immortalité, d’invulnérabilité, de toute puissance : d’où le culte des héros qui semblent échapper à la mesure commune et satisfont à bon compte notre narcissisme. En général on voit dans la vulnérabilité une marque de faiblesse, d’incomplétude, un défaut, surtout si l’on pense qu’il faut en toute circonstance être un « battant », un gagnant, un performant. D’où la tendance bien compréhensible à cacher ses faiblesses, à dissimuler la vulnérabilité derrière un écran protecteur.

4)   Mais la vulnérabilité réapparaît inévitablement dans les grandes crises émotionnelles, dans l’amour, dans le risque consenti en faveur de certaines entreprises. On ne peut indéfiniment s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Vivre c’est aussi se risquer, et alors la vulnérabilité réapparaît. On songe à certains qui ont consenti à risquer leur sécurité pour soutenir de grands projets, courir le monde, ouvrir de nouveaux chantiers à la connaissance. Ils ont dû assumer leur vulnérabilité dans une aventure qui pouvait les détruire.

5)   On découvre que la notion d’humanité est infiniment problématique. Suffit-il d’être un membre du genre humain pour être véritablement humain ? Suffit-il d’être un individu, ou le membre d’une société pour mériter le qualificatif d’humain ? Certains sont résolument inhumains, ou immatures, ou scélérats. On voit que l’humanité n’est pas un simple statut, mais un chemin, une voie, une incertitude et un risque, en tout cas un devenir. Devenir humain, et dans ce devenir quelle est la place, le rôle, la fonction de la vulnérabilité ?

6)   Si la vulnérabilité est vécue d’abord négativement comme marque de la faiblesse et de la finitude, elle est du même coup indice de réalité : il faut bien reconnaître, si l’on veut sortir de l’enfance, quelles sont les lois élémentaires de la réalité, même si ces lois nous infligent un démenti quant au narcissisme spontané : épreuve de réalité douloureuse mais salutaire. Pour autant il serait ridicule de se complaire dans l’énoncé interminable de nos manques, de se déprimer au long cours en gémissant sur les misères de notre condition. La « pauvreté » constitutionnelle de l’homme a été un puissant levier par lequel il s’est donné la force de connaître le monde et de le transformer. « Ce qui ne tue pas me rend plus fort » : leçon de courage, force de l’esprit, puissance de la symbolisation. D’où la science, la loi, la technique. On songe au mythe de Protagoras : si les dieux ont oublié de nous munir correctement d’armes naturelles pour faire face au danger, les hommes auront su inventer le langage grâce auquel ils se donnent des lois et des connaissances pour adapter le monde à leurs besoins.

7)   Enfin, sur un plan éthique, remarquons que c’est par l’assomption de sa propre vulnérabilité que l’homme se rend capable de comprendre la vulnérabilité du prochain, et par là d’accéder à l’humanité morale ou spirituelle, qui décidément fait de lui un humain. Le chemin que désigne le dieu de Delphes est celui d’un « travail » de parturition, d’enfantement, de maturation, qui devrait mener à devenir celui que virtuellement nous sommes.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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28 novembre 2017

Résumé Cercle littéraire - 19/12/17 : Lectures et lectures de films

Cercle Littéraire

Le dernier Cercle littéraire de l'année 2017 s'est tenu mardi 19 décembre à 18h45 au Dimanche à la campagne (entrée libre et gratuite) sur le sujet suivant : 

Lectures et lectures de films

Résumé de la soirée :

Résultat de recherche d'images pour "Au revoir là-haut"    Le film Au revoir là-haut d'Albert Dupontel , d'après le roman de Pierre Lepape est largement plébiscité : qualité des acteurs, de la photo ; un beau film, à voir, que l'on ait lu ou pas, apprécié ou pas le roman .

 

  Résultat de recherche d'images pour "Le Musée des merveilles"    Le Musée des merveilles :  film rempli de tendresse et de délicatesse, semblable à un conte de Noël, deux enfants comme  héros, deux quêtes parallèles se déroulant  à New-York, la première en 1920, la seconde en 1970 : à aller voir pour sa magie et son optimisme au-delà des drames de l'existence.

  

Maria by Callas - la critique du film   Fim documentaire : Maria by Callas : belles images d'archives et le point de vue de la diva sur elle-même, la bivalence au cœur de cette artiste hors norme . 

 

Résultat de recherche d'images pour "Guédiguian La Villa"  Le dernier Guédiguian : La Villa fait passer un bon moment de cinéma . Marseille toujours, une belle lumière et de la nostalgie. Les retrouvailles d'une famille autour du patriarche suscitent l'évocation des souvenirs en forme de bilan et un retour  au réel avec le monde qui s'invite au travers d'un enfant migrant.

 

Résultat de recherche d'images pour "Prendre le large"  Prendre le large de Gaël Morel avec Sandrine Bonnaire la délocalisation  transforme une ouvrière française en migrante au Maroc ; un voyage à l'envers riche en enseignements.

 

Résultat de recherche d'images pour "Dans la forêt"  Dans la forêt  roman de Jean Hégland : Deux sœurs dans une maison au milieu de la forêt se retrouvent seules, à l'écart d'une catatrophe qui reste mystérieuse ravage la côte Ouest des Etats-Unis . Elles apprennent  à vivre des ressources de la nature et refont le chemin en arrière vers un mode de vie ancestral  qu'elles redécouvrent... Une très belle écriture, un hymne à la nature, à la fraternité qui transcende les épreuves . 

 

Résultat de recherche d'images pour "De Pourpre et de Soie"  De Pourpre et de Soie   Mary Chamberlain : C'est d'abord l'histoire d'une passion, celle d' une jeune Anglaise pour la couture, les tissus dont les noms créent une véritable poème . L'héroïne tente de se hisser socialement grâce à son talent et voudrait créer sa propre maison . Mais sa vie prend un cours inattendu en ces années qui voient éclater la seconde guerre mondiale . Ses aventures, ses souffrances rythment le récit écrit dans un style simple et dépouillé .

 

 Résultat de recherche d'images pour "Légende Sylvain Prudhomme"  Légende  Sylvain Prudhomme Ce superbe roman se déroule en Camargue,dans la Crau et retrace l'histoire d'une famille maudite et disloquée à partir d'une enquête sur deux cousins, personnages flamboyants

 

 Résultat de recherche d'images pour "Le Sympathisant Viet Thanh Nguyen"Le Sympathisant Viet Than Nguyen : Comment les Vietnamiens vivent aux USA en particulier sur la côte Ouest où se retrouvent nombre d 'émigrés asiatiques.

 

  Résultat de recherche d'images pour "L'Art de perdre Alice Zéniter"L'Art de perdre Alice Zéniter : Un sujet sensible, la guerre d'Algérie, est  evoqué par le biais d'une quête de l'histoire familiale par une jeune femme d'origine kabyle  ne trouvant pas sa place en France .

 

Résultat de recherche d'images pour "Ishiguro Auprès de moi toujours Les vestiges du jour"  Ishiguro  Auprès de moi toujours, Les vestiges du jour. Nobel 2017, à découvrir et dont nous reparlerons.

 

Pour Métaphores, Janine Delaître

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27 novembre 2017

Résumé du Café-philo - 12/12/17 - Haïr le silence ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de décembre (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 comme le mois dernier au Palais Beaumont à Pau. Il fut animé par Guy Karl et modéré par Nicole. Le sujet voté par les participants fut : 

Pourquoi haïssons-nous le silence ?

Résumé :

1)   Curieusement, ce sujet est choisi par des personnes qui déclareront par la suite qu’elles ne haïssent en rien le silence, et que même elles peuvent le chérir à l’occasion. Cette problématique de la haine a dû intriguer. Elle pose la question de savoir en quoi le silence  - mais lequel ? – peut inspirer la crainte, ou l’effroi, qui à leur tour détermineraient cet affect de haine.

2)   D’emblée le silence est posé comme l’opposé du bruit, ou comme suspension momentanée du bruit. Si le bruit est partout, envahissant, subi comme parasitage, il peut être bon de se retirer, de faire silence, de se recueillir, de méditer. Interruption salutaire, retour à soi. D’autres à l’inverse trouvent dans le bruit comme « fond de monde » un sentiment agréable de sécurité. On peut haïr le bruit, on peut haïr le silence : affaire de préférence personnelle.

3)   Plus qu’une absence de bruit – toujours relative – on peut appréhender le silence comme absence de son : le son est ce que produit la voix humaine. Dès lors le silence peut s’interpréter comme une suspension de la parole, qui peut inquiéter (« pourquoi ne répond-il pas ? est-il fâché ? »), ou intriguer, ou interroger. Nous voici dans le champ complexe de l’intersubjectivité. Silence et parole sont liés comme le « silence » à la note de musique. Si on ne peut parler sans interruption, on ne peut davantage se taire indéfiniment. Il en résulte que chacun des deux éléments ne prend sens et valeur que par sa relation à l’autre. On ne saurait haïr le silence de manière absolue : c’est telle situation, tel contexte, telle intention, qui dans le silence, peuvent devenir objet de haine. Ce silence serait un défaut de parole, un manquement, une imperfection, que la parole vraie pourrait en principe élucider.

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4)   Mais alors la haine du silence ? Cette expression ne prend sens qu’à condition de radicaliser la rupture, comme dans le cas d’un mutisme définitif, d’un emprisonnement, d’une privation sensorielle. Alors règne le « le silence de mort ». Le silence n’est vraiment redoutable que dans ces situations limites, où nous expérimentons une déroute du langage, une impossibilité de signifier, une rencontre avec une altérité absolue. Le silence est alors l’absence de signifiants, et l’absence de sens. On évoque Pascal, et le silence des espaces infinis qui plongent l’auteur dans l’effroi. Les planètes ne parlent pas, c’est en vain que nous interrogeons les astres. Nous voici en présence de la mutité absolue, altérité radicale et définitive.

5)   Plus loin encore, on se demandera ce qu’il en est d’un dieu que l’on invoque, et qui ne dit rien. Dès lors, comment ne pas répondre par un « froid silence/ Au silence éternel de la divinité » ? (Vigny, Le mont des oliviers).

6)   En somme nous aimons le bruit du monde, le vacarme des affaires, le tourbillon de la vie mondaine, qui, s’il nous agace parfois, a pour avantage de nous divertir – de nous détourner de ce qui serait l’épreuve insupportable d’un manque de sens, qui se laisse entrevoir dans le manque de signifiants, entendons dans le fait que le langage ne peut tout dire, tout englober dans sa sphère, et qu’au-delà ou en de ça de ce monde interprété, se profile une réalité toute autre dont nous ne savons rien, qui échappe à nos prises, et qui de toute manière est plus puissante que nous. Nous avons le choix, pour finir, entre l’effroi pascalien, et la tranquille acceptation du sage chinois qui s’en remet au Tao : «  Ne fais rien, et le Tao fera tout pour toi ».

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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16 novembre 2017

Résumé Manhattan-philo - 6/12/17 : Toujours seuls ?

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Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de décembre s'est tenu le mercredi 6 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés et soumis au vote des participants:

Sujet 1 : Sommes-nous toujours seuls ?

Sujet 2 : A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Sujet 3 : L'intelligence peut-elle être artificielle ?

Le sujet retenu fut :

Sommes-nous toujours seuls ?

 Pour ce dernier Manhattan-Philo de l'année, le public a choisi le sujet: "Sommes-nous toujours seuls? " Un thème approprié aux longues soirées d'hiver et aux fêtes de fin d'année, propices à la prise de conscience de la solitude.

J'ai introduit cette question en précisant que le sujet pouvait paraître aberrant. L’homme est un être social, il vit donc en groupe, et n’est de fait jamais seul. Il peut s’isoler, mais c’est temporaire. Il est donc impossible, à première vue, d’être toujours seul. Mais la solitude sociale doit être distinguée de la solitude psychique, et c’est en ce sens qu’on peut se demander si l’homme n’est pas toujours seul, autrement dit sur le plan de sa conscience. Si personne ne peut se mettre à ma place, ne suis-je pas toujours seul ?

Cette soirée a vu le débat partir dans des directions assez variées, je vais en retracer quelques aspects essentiels. Après coup, je me suis rendu compte que je n’avais sans doute pas suffisamment cadré initialement le débat en développant davantage le problème posé, ni recadré le débat par la suite en revenant régulièrement sur les fondamentaux de la question posée, ce qui, ajouté au nombre des participants, a un peu augmenté l’aspect « jardin à l’anglaise » de la conversation, mais qui n’est pas, comme le jardin en question, sans charme, bien au contraire.

Tout d’abord, un participant a posé une réponse positive à la question en se demandant si on n’était pas toujours seuls face à ses actes. Au fond, une thèse de la responsabilité, qu’on peut prendre au sens théologique, ou au sens existentialiste.

Dans cette direction, quelqu’un a aussi remarqué que l’expérience de la souffrance était aussi une expérience de la solitude.

A partir de là, hormis en fin de soirée où un intervenant est revenu sur le sens littéral du sujet pour poser que la conscience était toujours seule, séparée en son être des autres consciences, la conversation a plutôt porté sur deux aspects : le premier, la définition de la solitude. Le second, la valeur de la solitude, autrement dit : est-ce une chose qu’il faut fuir ou rechercher ?

Sur la définition de la solitude, plusieurs distinctions ont été posées. Il a été remarqué que le fait d’être seul se distinguait du sentiment de solitude. La solitude objective et subjective, en fin de compte. Dans cette ligne a aussi été distingué la solitude sociale et la solitude psychique. D’autre part, la solitude peut aussi se distinguer selon qu’elle est recherchée ou subie. Un intervenant a évoqué la distinction d’Hannah Arendt entre solitude et esseulement.

Sur la valeur de la solitude, plusieurs idées se sont dégagées.
L’idée que la solitude est quelque chose de précieux, permettant de se retrouver, se ressourcer, s’accepter, et en un mot de penser. De là une certaine critique des sociétés modernes bruyantes où notre attention est toujours sollicitée et où on ne peut pas prendre du temps pour soi. Mais aussi une critique de la vie sociale, voire une genèse du désir de compagnie, dans le fait qu’ayant du mal à se retrouver avec lui-même, l’homme est poussé à s’oublier en compagnie des autres.
L’idée, d’autre part, que la solitude est une cause de souffrance et qu’il faut y trouver des remèdes. La souffrance de cette solitude est identifiée tantôt dans la difficulté pour une personne de trouver sa place et son sens dans la société, tantôt dans la difficulté pour se connaître soi-même, voire – sur un plan psychanalytique – accepter la rupture initiale qu’a constitué notre séparation avec notre mère, tantôt enfin dans une angoisse métaphysique plus profonde, qui n’est pas étrangère à l’insécurité fondamentale découlant de notre mortalité, en un mot, de notre finitude. Une participante remarque ainsi que Johnny Halliday, décédé récemment, ne supportait pas de se retrouver seul et était toujours inquiet de se savoir aimé, alors même qu’il jouissait d’une grande notoriété.
L’idée émerge ainsi que l’homme ne peut faire ni avec, ni sans les autres, et le thème de l’insociable sociabilité cher à Kant réapparaît alors.

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Pour conclure, nous avons interprété avec mon épouse Odel une chanson de Barbara, la solitude, qui a permis de conclure d’une manière un peu différente cette conversation en jardin à l’anglaise. 

Pour Métaphores, Timothés Coyras

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15 novembre 2017

Résumé Cercle Littéraire 29/11/17 : Lectures

Cercle Littéraire

Le Cercle littéraire du mois de novembre s'est tenu le 29 novembre au Dimanche à la campagne de 18h45 à 21 h. Les participants ont pu échanger sur les oeuvres suivantes :

L'archipel d'une autre vie       Andreï Makine

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  Un magnifique roman porté par un souffle épique et l'esprit des grands romanciers russes .Le meilleur de cet auteur selon les participants. Une fausse piste au début, qui perd un peu le lecteur : un étrange voyageur est remarqué et suivi par le narrateur. Cette première traque, vite écourtée livre un autre récit, imméditement palpitant, raconté par l'homme initialement pourchassé .

1952 : Cinq hommes poursuivent un évadé d'un camp de prisonniers et cette traque réserve bien des surprises: du suspense, des situations parfois cocasses, parfois inquiétantes, qui font tomber les masques. C'est à sa vérité que chacun se trouve confronté .  Roman d'aventures, récit de formation, quête initiatique dans une nature rude, à la beauté époustouflante  dans les immensités en direction des Changars, un bout du monde qui est aussi promesse d'une autre vie . La qualité de cette œuvre est unanimement soulignée.

                            

L'amour et les forêts          Eric Reinhardt

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 Tout commence par une  rencontre de l'écrivain avec une lectrice, admiratrice de son précédent roman Cendrillon, qui, dit-elle, lui a redonné goût à la vie. S'ensuivent  des confidences sur le harcèlemnt conjugual vécu par cette femme, le récit de sa descente aux enfers, l'unique rencontre qui va illuminer son  enfermement dans une relation perverse . Harcelée par son mari, Bénédicte assume le quotidien, son métier . A l'extérieur, rien ne transpire. Le dénouement est très sombre...

 Les lectrices s'accordent sur la qualité stylistique de ce  beau portrait de femme mais discutent sur la vraisemblance de ce personnage. Indépendante financièrement, comment peut-elle accepter ainsi l'humiliation, la culpabilisation? Servitude volontaire, déni, sentiment de honte sont avancés comme clés possibles.  La fin de l'histoire est diversement appréciée.Elle témoigne aussi de préoccupations dont le dernier roman de Eric Reihardt  La chambre des époux, porte la marque .

 

Bakhita           Véronique Olmi

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 La terrible histoire vraie  de cette fillette  soudanaise enlevée et vendue comme esclave est bouleversante : on croit connaître l'horreur de l'esclavage, mais ce récit décrit sans complaisance leur terrible sort : la sensibilité du lecteur n'est pas épargnée.L' écriture nette, précise, sans pathos laisse les faits parler d'eux-mêmes . Quelle force intérieure il a fallu pour surmonter ces épreuves, quel entêtement à vivre alors que tout vous rejette de la condition d'être humain. La vie de Bakhita va basculer avec son achat par un consul belge qui l'arrache à l'enfer . Peu à peu elle découvre un nouveau monde mais la servitude a laissé des marques indélébiles . Un long chemin lui reste à parcourir pour se libérer enfin . Très beau récit, fort, parfois insoutenable mais qui réaffirme la force cachée au cœur de tout être humain.

L'ordre du jour          Eric Vuillard    Goncourt 2017

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Prix Goncourt mérité ! Récit en courts chapitres de la rencontre, le 20 février 1933, entre les magnats de l'industrie allemande et Goering. L'auteur s'empare de moments clés dans l'histoire et avec un sens aigu du détail , l'observation attentive de documents, perce à jour  les mensonges de l'histoire . L'Anschluss présentée sous des couleurs triomphales par les images d'époque a été entachée par une panne gigantesque et les blindés ont gagné Vienne sur des trains. L'écriture précise,incisive souligne les compromissions, les lâchetés ,le cynisme de ces grands noms préoccupés de leurs intérêts au mépris de la morale .

Le livre évoque ainsi quelques dates significatives et les relie au monde contemporain : ces hommes portent des noms : IGFarben, Opel, Siemens- qui appartiennent à notre paysage quotidien ;nous sommes leurs clients ; le texte entre en résonance avec l'actualité la plus brûlante : il suffit de changer quelques noms...

La discussion s'engage sur les liens entre le politique, l'économique, les lois du marché : ces gens-là sont-ils coupables d'avoir financé le Parti nazi ou ne pouvaient-ils pas agir autrement ? Le financement des partis politiques, la collusion entre ces différents pouvoirs est-elle une fatalitté indissociable des réalités économiques ?

Ce court récit sur une période historique que l'on croit bien connaître interroge éviemment notre monde contemporain . La qualité littéraire en fait un vrai bonheur de lecture.

D'autres romans sont cités en écho aux œuvres lues :

 No home Yaa Gyasic  2017: ce roman sur l'esclavage retrace le destin de deux sœurs, l'une esclave  l'autre mariée à un négrier (titre anglais Homegoing ) et évoque trois siècles d'Histoire

 Dans la forêt  Jean Hégland   La survie de deux sœurs après une catastrophe au coeur de la forêt où elles vivent .

Pour Métaphores, Janine Delaitre

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13 novembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 25/11/17 - La mémoire

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Le Café-Philo-Bedous  du mois de novembre s'est tenu le 25 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

La mémoire nous joue-t-elle des tours ? 

Résumé de la soirée :

Grâce à la temporalité de la conscience, l’homme est cet  être historique, l’histoire désignant ce qui s’est déroulé dans le passé et le récit que l’on peut en faire. Mais,s’il peut se souvenir, il peut aussi oublier. Dans Matière et mémoire, H. Bergson parle de l’image-souvenir, retenant les évènements uniques de mon existence, le souvenir étant mobilisé dans ce que l’on perçoit. Les neuroscientifiques expliquent que la base de la mémoire est la capacité à associer plusieurs souvenirs à la suite les uns des autres, ce qui tisse un récit continu du passé. Ce lien s’opère par le partage de neurones communs à plusieurs souvenirs dans le temps et en manipulant les “neurones partagés” au moyen de molécules, on  peut faire ou défaire des associations de souvenirs et tenter de transformer un souvenir traumatique en simple souvenir.
Ordinairement, quand on dit que la mémoire nous joue des tours, c’est quand on déplore de ne pas se rappeler quelque chose. L’oubli est alors perçu négativement comme un échec de la mémoire.
Si l’on se penche sur l’étymologie, le mot mémoire vient du latin memoria, dérivé de memor ( qui se souvient mais aussi qui fait se souvenir, idée d’un effet extérieur et comme indépendant de la volonté) ; il contient la racine indoeuropéenne MER: préoccupation, souci. on le rapproche du gotique mauran ( avoir soin de ) mais aussi de l’anglais  to mourn ( déplorer). Quant à l’oubli, le mot vient de l’ancien français hoblata (hostie, offrande), ce qui est offert à Dieu, sacrifié.
Quant au fait d’être le jouet de quelqu’un ou de quelque chose, le mot prend un sens métaphorique à partir du XVI° siècle, désignant celui qui est objet de raillerie, ou celui qui semble lié à une force, une volonté qui l’opprime. On découvre ici deux directions :la mémoire nous joue-t-elle des tours ? et si oui, pourquoi ? parce qu’on serait incapable de se rappeler (quel est ce trou du “trou de mémoire”?) ou au contraire, parce que la mémoire nous opprimerait ? Selon Nietzsche, l’homme de l’avenir ne peut être qu’embarrassé de ce trop plein de mémoire, qui est perte de l’innocence. Dans “Considérations inactuelles”, il décrit un homme envieux des bêtes : “l’homme dit alors: “je me souviens” et il envie l’animal qui oublie aussitôt...l’animal vit d’une vie non historique, car il s’absorbe entièrement dans le moment présent, il ne sait pas dissimuler, ne cache rien et se montre à chaque instant tel qu’il est, il ne peut être que sincère. L’homme au contraire s’arc-boute contre le poids de plus en plus lourd du passé qui l’écrase ou le dévie, qui alourdit sa démarche comme un invisible fardeau de ténèbres”.
 
- L’oubli est-il un échec de la mémoire ?( que sacrifierait-on ? )
- Y-a-t-il un devoir de mémoire ? Comment entendre ce “devoir” ?
- La mémoire peut-elle ne pas être un obstacle à la sincérité ?
 
        On remarque d’abord que la mémoire construit l’individu et qu’elle n’est pas qu’une boite dans laquelle il y a des informations.  Elle est un ancrage dont nous avons besoin, elle forge les adultes que nous sommes. L’attachement affectif construit notre mémoire et parfois, les choses occultées dans une famille entrainent des malaises, souffrances que l’on ne sait pas nommés mais que l’on ressent. On transmet alors un vide qui a des répercussions sur les générations suivantes et c’est ici toute la question de la transmission. La mémoire ne nous appartient pas et on a le devoir de la transmettre. L’autre a sa propre histoire, sa propre mémoire à construire et ce n’est plus la notre. Chaque génération a ainsi une responsabilité face à la mémoire et ce qu’elle transmet ...ou pas. Le fait de dire la mémoire permet l’évolution des générations suivantes. On se demande alors si le succès grandissant du travail sur les arbres généalogiques n’est pas provoqué par le nombre croissant des familles éclatées ?
       Pour autant, l’oubli ne serait pas forcément un échec de la mémoire : il serait un moyen d’embellir son passé, un garde-fou salutaire, parfois mécanisme de protection. Il peut donc être inconscient (parce que le souvenir serait trop douloureux). mais, cela se fait sans décision volontaire et ne serait pas maitrisé. On subit, ce n’est pas la volonté propre qui décide, l’inconscient fait un travail souterrain et nous manipule. De même, la mémoire de la petite enfance influence notre vie d’adulte de façon inconsciente et nous entraine dans des répétitions, comme un passé qui ne passerait pas. La mémoire nous joue alors des tours parce que nous serions conditionnés par elle, même si ces processus nous demeurent inconscients.
       De plus, on s’arrange avec notre mémoire sinon, nous ne pourrions pas vivre ; on accommode, le souvenir se transforme ou même parfois, on a le souvenir du souvenir des autres( ce que l’on nous a raconté et dont on ne se souvient pas de notre petite enfance et qui finit par être un souvenir comme si on s’en souvenait effectivement ). Cela semble donc très lié à l’imagination : où est la vérité dans le souvenir ? De plus, elle nous  jouerait des tours parce qu’on ne peut pas tout prendre en compte, elle est comme une boule  dont on ne peut voir toutes les facettes? nos souvenirs évoluent, on se raconte des histoires parce qu’on est obligé de faire un roman de sa vie, on aménage. Pour autant, est-ce une tricherie puisque ce souvenir nous a malgré tout construit ? On garde un bout du réel mais on lui donne un autre sens. Mais alors, comment perçoit-on le réel ? comment l’enregistre-t-on ? Qu’est-ce dont que ce réel s’il est à chaque fois modifié ? le souvenir est donc construit et reconstruit, lié à la subjectivité de chacun. Le temps fait qu’on se dégage de l’affect et l’on peut se demander ce qu’il reste quand le regard a changé, le souvenir étant vaporeux;  en changeant,tout change et comme le dit H. Pinter : “ Le passé est un pays étranger, les choses s’y meuvent différemment”.
 
         Quelqu’un se demande alors ce qu’il en est de la mémoire collective, de l’histoire et du “devoir de mémoire”. Cette mémoire semble liée au pouvoir et ce qui gêne, c’est le fait de faire des choix dans ce qui est transmis. Ce devoir de mémoire serait imposé par choix politique et sociétal, la mémoire est alors arrangée, inculquée dans un but précis et il faut plutôt encourager un travail de mémoire, celui qui permet de se débarrasser de cette mémoire “officielle” et qui libère la parole en accordant un droit de dire. il risque sinon d’en être de même pour une société comme pour un individu, avec une incapacité à se projeter ou un risque du “retour du refoulé” souvent violent. Qu’est-ce alors que l’identité d’une nation ?
        Mais alors, est-ce la mémoire qui nous joue des tours ou nous qui trahissons le passé, si on se fabrique notre mémoire par rapport au vécu , à l’affect ? Nous n’oublions cependant rien, c’est inscrit en nous, dans notre corps. De même, nous avons une mémoire archaique, alimentée par des millions d’années, notre ADN est construit de tout cela; cette mémoire, nous la portons en nous, elle est un socle collectif et cela n’est pas au niveau intellectuel. Par exemple, l’odorat n’a pas de filtre et rien que l’odeur de la madeleine amène des images qui ne seraient pas advenues par l’intellect. Quant à la façon dont nous nous accommodons avec notre mémoire, si nos souvenirs évoluent, c’est qu’il y a de la vie et il faut souhaiter à chacun cette possibilité, ce courage. Transformer les souvenirs comme nous le promettent les neurosciences serait nous empêcher tout travail dessus et ceci ne peut être qu’un cheminement personnel. De même que le travail sur des archives permet de retrouver un fil, un fil conducteur, de même pour nos souvenirs et ce que nous en faisons. Rien ne sert d’occulter (on n’oublie rien et tout est là, au fond de nous) mais il faut avoir ce courage pour se départir de toute nostalgie mais aussi de tout ressentiment, de toute souffrance. Rien de pire qu’un passé qui ne passerait pas ; l’occasion est là d’expérimenter la transcendance, puissance de l’homme de l’avenir. La mémoire ne nous jouerait alors aucun tour, n’étant que le reflet de nous–mêmes et de ce que nous sommes devenus.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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