07 mars 2019

Résumé Manhattan-Philo - 17/04/19 : Pourquoi voyager ?

Manhattan-philo1

Un second Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s’est tenu ce mois-ci le mercredi 17 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Pourquoi voyager ?

Résumé de la soirée :

C’est la question que le public a choisi de traiter pour cette discussion philosophique au Manhattan. Le voyage est en effet une activité incontournable des sociétés modernes. Nous n’avons jamais autant voyagé, et cela mérite d’être interrogé. En effet, de grands hommes n’ont jamais voyagé ; Emmanuel Kant, philosophe des lumières, penseur du cosmopolitisme et remarquable géographe n’est jamais sorti des frontières de sa ville pendant toute la durée de sa longue vie. Pourquoi donc voyager si ce n’est indispensable ni à la vie ni à l’ouverture de l’esprit ? Par ailleurs, le voyage doit-il être seulement conçu comme déplacement physique ?

A partir de là, la réflexion du public s’est orientée autour de trois axes. Le premier a consisté à mettre en évidence les raisons du voyage. Le voyage ne doit pas être confondu avec le simple déplacement, ni avec l’exode. Il a deux caractéristiques : d’abord il nous sort de ce qui est familier – culturellement et géographiquement. Ensuite il est choisi et non subi, à la différence de l’exode des populations fuyant la guerre ou la famine. Si nous voyageons c’est donc que nous souhaitons tout bonnement un dépaysement sensoriel et intellectuel. Pourquoi ? L’idée qui est revenue plusieurs fois est de dire que nous voyageons pour retrouver un état originel, celui de l’émerveillement devant la nouveauté. Le voyage est en quelque sorte un processus régressif ; on retrouve la situation de l’enfant qui découvre tout autour de lui. D’autres raisons sont invoquées : on voyage pour se mettre en danger, se connaitre, ouvrir son esprit, échapper à l’emprise de notre environnement, en un mot fuir le quotidien. Mais ces raisons trouvent écho, en quelque sorte, dans la recherche de l’origine. On voyage ailleurs pour chercher quelque chose qui est au fond en nous.

Un second axe a consisté à interroger la moralité du voyage. Au fond, le voyage n’est-il pas une entreprise égoïste ? Le voyageur, d’une part, pollue particulièrement car il prend l’avion. De plus, le tourisme a des effets délétères ; il modifie l’environnement, l’écosystème économique du pays, et peut contribuer à renforcer les préjugés par le fait de cultiver le « folklore » du pays concerné. Le voyageur croit ouvrir son esprit, découvrir de nouvelles cultures, mais au fond n’achète-t-il pas un produit de consommation comme un autre ? Ne transforme-t-il pas un pays, un peuple, une culture, en bien consommable, en produit de divertissement ? On dit ainsi qu’on a « fait » la Chine, la Norvège, le Bhoutan, etc. Le public remarque alors qu’à côté d’un tourisme de masse, un tourisme de l’extrême se développe (par exemple dans l’Himalaya), qui n’est pas sans poser de nouveaux problèmes.

Enfin, dans un dernier axe, le public est revenu sur la différence entre le voyage physique et le voyage spirituel. Un voyage spirituel consiste à renouveler son regard, et peut passer par les livres, la pensée, et même la rencontre de l’autre. Ainsi, on met en évidence que la rencontre d’autrui, de la singularité infinie de l’autre, est peut-être le voyage le plus profond que l’on puisse faire. Pour rencontrer la différence d’autrui, nul besoin d’aller le chercher dans les forêts de l’Amazonie. Un tel geste serait en effet réducteur. Ici, à côté de nous, dans chaque personne qui nous côtoie, dans la possibilité ouverte d’une relation qui peut renouveler notre regard, le voyage existe. L’amour, en ce sens, comme le chantait Brel, est le plus grand des voyages. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

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06 mars 2019

Résumé Café-philo - 09/04/19 - L'ami véritable, celui qui nous choisit ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois d'avril 2019 (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h30 au café le W. L'animation fut assurée par Marie-Pierre Carcau, Didier Karl en soutien et Janine Delaitre à la modération. Le sujet voté puis traité par le groupe présent fut :

Nos véritables amis sont-ils ceux qui nous choisissent ?

 Résumé de la soirée :

 

De prime abord, l’intitulé du sujet surprend, notamment sur le fait que l’amitié reposerait sur une « dynamique inversée », à savoir que nous serions choisis pour une relation d’amitié par l’autre. Dans cette perspective, autrui semble être désigné comme la personne active qui effectue le choix, qui jetterait son dévolu «  amical » sur un autre individu.

Le terme de « véritables » étonne également, il y aurait donc des vrais amis et des faux amis. D’aucuns évoquent la relation amicale sous le drapée de l’authenticité à l’instar de celle de Montaigne et de La Boétie : « En l’amitié de quoi je parle elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : parce que c’était lui ; parce que c’était moi. ». Un ami n’est pas un copain, il est celui avec lequel on a une relation privilégiée, c’est-à-dire avec lequel on ressent de fortes connivences et des affinités intimes. Il est peut-être aussi celui qui nous permet de sortir de l’enfance et de ne pas attendre que l’autre nous façonne, nous « choisisse » et nous dicte notre conduite. Il serait davantage ce «  maitre », ce héraut qui pratiquerait la « paideia » pour que nous puissions vivre le plus sereinement possible dans le monde des adultes.

Pour autant, dans l’amitié, on offre aussi sa vulnérabilité, ce qui peut mettre la relation en danger et qui peut donc rapidement l’écourter. Sommes-nous donc prêts à nous risquer ? Il n’y a pas d’amitié véritable sans s’immiscer possiblement dans cette brèche. Ici, on rappelle la nécessité d’avoir un tiers dans l’amitié, car une telle relation, pour être de qualité, nécessite une certaine distance entre les êtres à l’inverse d’une relation amoureuse où le risque de fusion entre deux êtres peut commettre le lien dans les pires excès. Il ne faut pas confondre la relation d’amour qui est très souvent exclusive et la relation d’amitié. Un intervenant précise cette pensée : l’amitié existerait vraiment dès lors qu'on peut s’en passer : distinction sans doute radicale avec l’amour.

Dans l’amitié, il se passe quelque chose de non dicible qui sous-tend la relation : nous partageons un commun, des accointances évidentes qui ne se démontrent pas et ne sont pas les résultantes d’un choix. « La relation se fait ou ne se fait pas », mais il n’y a pas de décision qui présiderait à l’origine de la relation. L’amitié est ce qui se vit, ce qui se tient en dehors de toute forme d’utilitarisme, d’objectivation, pire de sujétion de l’autre. Un ami ne se veut pas d’être utile, mais en revanche il se veut indispensable. Si l’amitié possède une quelconque « utilité », elle concerne notre propre prise de conscience grâce à laquelle je peux me percevoir comme un reflet dans le miroir que l’autre me tend. Ce renvoi constitue le creuset de la relation.

Quel est donc ce commun ?

D’emblée, des réponses affleurent, il s’agit pour tout un chacun de ne pas se retrouver seul, de se sentir en sécurité, de pouvoir compter sur l’ami lorsque nous sommes en souffrance ou en difficulté. Un intervenant secoue l’auditoire en proposant de quitter ce « nid douillet » que l’on espère trouver dans l’amitié. D’un coup, surgit l’idée que l’amitié peut se mesurer à l’aune du degré d’incertitude et de férocité que les deux amis peuvent supporter. Tout se passe donc sous le mode infra linguistique : émotionnel ou sensitif dirons-nous. Toute tentative d’objectivation est donc nulle et non avenue.

Nos véritables amis sont-ils ceux qui nous choisissent ? 

Toute amitié est fondamentalement recherchée pour elle-même. Pour qu’elle soit véritable, elle doit donc se prémunir de toute tentative de « manipulation », de chosification qui placerait l’autre dans un contrat de dupe. Les liens amicaux se tissent dans l’intime conviction que tout se joue dans la rencontre, et ce, à notre propre insu : comme c’est heureux !

Soirée au Sorya - Rue des Orphelines - Pau

Pour Métaphores, Marie-Pierre Carcau

 

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03 mars 2019

Résumé Manhattan-philo - 03/04/19 - Vie privée et construction sociale

Manhattan-philo1

 

Le Manhattan-philo s'est tenu comme d'habitude au café Le Manhattan mercredi 03 avril 2019 à 18h45. La soirée fut exceptionnellement animée par Guy dans le format classique du café-philo.  

Le sujet voté par les participants fut :

La vie privée n’est-elle qu’une construction sociale ?

Que la vie privée, qui pour chacun est le lieu du retrait, du quant à soi, de l’intimité, qui apparaît comme le refuge de la singularité, puisse en fait dériver d’une institution sociale, comme effet d’une « construction  « sociale », voilà qui renverse la vision spontanée, l’opinion courante. S’il en est bien ainsi il ne suffit pas d’opposer la vie privée et la vie publique comme on fait généralement, mais il faut interroger plus avant comment le public, l’institution, la construction publique construisent l’espace privé, en garantissent éventuellement l’autonomie. Cette question devient d’autant plus urgente aujourd’hui, où l’on voit se développer de nouvelles menaces sur une vie privée que l’on prétend en même temps garantir et sauvegarder.

Privé : le non-visible, le non exhibé, le retiré, protégé symboliquement par des limites, comme celles de la maison, définissant un espace personnel ou familial. Parfois aussi le lieu du secret, relevant d’une autre logique, étrangère à la raison sociale, ou au droit.

Cette approche est à la fois juste et insuffisante : le droit positif impose des obligations et des interdits, jusque dans la famille, qui est elle-même une institution sociale, définie et réglementée. Le droit protège les enfants, interdit et punit la violence « privée ». On voit que la vie privée est traversée, jusque dans l’intime, par les dispositions du droit, civil, pénal, code de la famille etc. De plus, un sociologue pourrait signaler que les comportements « privés » se règlent sur des normes publiques quasi contraignantes (par ex les vacances, les loisirs, la consommation etc) selon des critères socio-économiques repérables. Se croyant original tout un chacun fait en somme comme tout le monde.

Et puis il y a ce déferlement médiatique et informatique, cet envahissement de la sphère privée par des formes nouvelles de manipulation. Et parallèlement, du privé vers le public, l’étalage, l’exhibition, parfois du plus intime, vers un espace virtuel offert à la contemplation publique : le mouvement se fait dans les deux sens, si le « sujet » moderne est lui-même complice et acteur d’une forme nouvelle de dévoilement universel. Entre le privé et le public se dessine ainsi un tiers-espace, à la fois fantomal et réel, effectif et agissant, lieu mirifique de tous les rêves et de tous les dangers.

Mais alors, où est la vie privée ?

Il semblerait qu’il est impossible de définir la vie privée si ce n’est négativement, en ôtant à mesure tout ce qui dénote une intervention ou une disposition de la « construction sociale » : la politique, le travail, la commune, les institutions, les loisirs… pauvre peau de chagrin sans consistance ni contenu. C’est peut-être la forme nouvelle d’un totalitarisme mou mais redoutable, où chacun, par son action irréfléchie, contribue à la transparence obligatoire, version nouvelle du « Meilleur des mondes » sous le regard sans complaisance d’un Œil universel et anonyme.

S’il est quasiment impossible de définir positivement un espace privé, il faut peut-être engager la réflexion dans une autre direction, par exemple en interrogeant ce qui dans le sujet échappe au langage (qui est public) et qui se révèle à lui-même comme une précieuse et indicible présence à soi-même, dans le rêve, la rêverie, la méditation, la cogitation, source inépuisable de la subjectivité, et de la créativité. Voilà qui m’appartient en propre.

La seconde piste est de distinguer la conscience morale de la norme sociale, non qu’elle soit toujours en opposition dans les contenus, mais en ce qu’elle s’origine différemment. Le sujet est celui qui peut dire « non », et ce n’est que parce qu’il peut dire non qu’il peut aussi dire oui, ultime forme, peut-être, d’une liberté de toutes parts menacée.

Cette problématique nous aura invité à un parcours social, sociétal, juridique, politique, psychologique et moral, tant est complexe cette question du rapport entre vie privée et vie sociale. En cours de route nous avons rencontré quelques illusions tenaces, dont seule l’analyse lucide peut nous délivrer. Au final c’est de la liberté qu’il faut prendre soin.

Pour Métaphores, Guy Karl

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20 février 2019

Résumé Cercle littéraire - 27 03 18 - Lectures printanières

Cercle Littéraire

Cercle littéraire printanier
 
Le cercle du mois de mars (activité libre et gratuite) s'est tenu le Mercredi 27 mars 2019 à 18 h 45 au Dimanche à la campagne .
Résumé de la soirée : 
Retour sur les livres évoqués lors du dernier Cercle :
Résultat de recherche d'images pour "la papeterie tsubaki babelio"
Le roman japonais La papèterie a beaucoup plu par sa délicatesse et sa poésie. A recommander !
Résultat de recherche d'images pour "Le bureau des jardins et des étangs"De même, le livre de Didier Decoin qui se déroule au Japon a été très apprécié Le bureau des jardins et des étangs
Résultat de recherche d'images pour "Quand nous étions orphelins"La lecture de Quand nous étions orphelins. de Kazuo Ishiguro,  récit d'une enquête faisant revivre le Shangaï des années 30 est recommandée.
Les découvertes du mois :
Résultat de recherche d'images pour "La musique d'une vie"André Makine  La musique d'une vie est le récit émouvant déroulé par un vieux monsieur qui joue du piano sur le quai d'une gare dans les années 70, en URSS ;
Résultat de recherche d'images pour "Julius Margolin Voyage au pays des Zeka"Julius Margolin Voyage au pays des Zékas  voici le récit autobiographique retraçant la vie des  prisonniers qui creusaient le canal Mer Noire -Baltique écrit par un juif palestinien polonais . Dénoncer les camps soviétiques, témoigner d' une vision souvent sordide de l'être humain sont les visées de cette oeuvre  à caractère documentaire d'une grande qualité.
Résultat de recherche d'images pour "Summer de Monica Sabolo"Une ambiance bien différente avec Summer de Monica Sabolo .
Dans une belle maison située au bords du Lac Léman , une disparition, des secrets de famille, une enquête sur les traces du passé ... La vérité dérangeante derrière des apparences brillantes.
Résultat de recherche d'images pour "Un petit chef d'oeuvre de littérature Luc Chaumarat"  Une pépite : Un petit chef d'oeuvre de littérature Luc Chaumarat  L'aventure du livre racontée par ...un livre! Une galerie de personnages, acteurs de la création et de la diffusion d'un livre, les voisinages sur les rayons des bibliothèques ...Humour et drôlerie pour ce petit livre très rapidement lu.
 Résultat de recherche d'images pour "Yves Ravey Pas dupe"   Yves Ravé Pas dupe Un récit à la première personne piquant et plaisant avec des allures d'enquête policière avec un inspecteur du genre Colombo .
 Résultat de recherche d'images pour "Gabrielle Zalapi Antonia"  Gabrielle Zalapi  Antonia journal des années 1965-66  Une histoire familiale compliquée. La narratrice est mariée à un bourgeois de Palerme. Mère d'un enfant, elle est en rivalité avec la nurse germanique. De retour à Berlin, elle reconstitue son histoire familiale. L'atmosphère est étouffante et un sentiment d'inachevé engendre une certaine frustration chez le lecteur mais une très belle écriture .
Résultat de recherche d'images pour "Michèle Lesbre Rendez-vous à Parme"Michèle Lesbre Rendez-vous à Parme
   Un court récit rempli de douceur nostalgique, sur les traces de l'enfance . Un voyage en Italie qui se double d'un voyage dans le passé de la narratrice, le théâtre , les metteurs en scène rencontrés, les films , et le souvenir entêtant d 'un ancien condisciple de lycée mêlé à la lecture de al Chartreuse . Beaucoup de charme , une petite musique envoûtante... 
Pour Métaphores, Janine Delaitre

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16 février 2019

Résumé Apéro-philo - 21/03/19 - Envie et jalousie

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mars, activité libre et gratuite, s'est tenu le jeudi 21 mars 2019 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Envie et jalousie : les deux mamelles du malheur

Résumé de la soirée :

Envie et jalousie, deux passions tristes qui font souffrir, qui sont peut-être la racine, ensemble, des autres passions tristes qui font le malheur de l’homme.

Envie : du latin invidia – qui vient de invidere : voir, regarder, fixer les yeux sur, regarder de travers. Invidia c’est la malveillance de celui qui regarde chez autrui un bien qu’autrui possède et qu’il voudrait posséder. D’où l’avidité, la malveillance, l’inimitié, la haine, la colère, la destructivité. L’envie est une passion de l’avoir (avidité) avec une composante agressive : ravir l’objet à l’autre, ou détruire l’objet pour en priver l’autre. L’envie est la première passion, la plus archaïque, liée à l’expérience de la frustration. Apprendre à la gérer est une condition essentielle de la maturation psychique.

Jalousie, déformation de zelousie, latin zelusos – de zèle. Avoir le zèle de défendre son bien. Passion de la possession exclusive, de l’appropriation et de la garde de l’objet aimé. Le jaloux veut garder la mainmise exclusive sur l’objet aimé.

Si l’envie s’inscrit dans une relation duelle, où le sujet se réfère à l’autre qui possède pour lui ravir son bien, la jalousie apparaît dans une relation triangulaire. Le jaloux veut empêcher le rival d’avoir accès à la personne aimée. Il souffre sitôt que l’aimé marque quelque intérêt pour le tiers. Le modèle de cette relation se trouve d’abord dans la jalousie fraternelle où frères et sœurs se déchirent pour la possession (fantasmatique) de l’amour de la mère ou du père. Caïn et Abel, avec le thème du fratricide. Egalement les querelles lors des questions d’héritage, où l’on voit revenir les conflits les plus archaïques.

La jalousie amoureuse, mieux connue, et souvent traitée au cinéma et en littérature, présente à nouveau la figure du trio dramatique. On remarquera que le rival, considéré comme la cause du malheur, fait aussi l’objet d’une sorte de fascination névrotique. La haine qu’il suscite peut cacher un attachement inconscient, une sorte de passion ambivalente, parfois meurtrière. On s’avoue difficilement jaloux, on opère une sorte de dénégation. C’est que la jalousie est la marque d’une faiblesse du moi, qui ne se sent consistant que par la garde, la possession de l’objet d’amour. Son départ, ou même qu’il s’intéresse ailleurs, est vécu comme une catastrophe psychique. La jalousie dénote la dépendance.

Envie et jalousie, dans la réalité concrète ne sont pas toujours faciles à distinguer, mais, formellement, elles correspondent à deux étages différents de l’évolution psychique. L’envie s’enracine dans la période orale (Mélanie Klein). La jalousie correspond à la découverte du tiers comme rival, et s’écrit dans la triangulation fraternelle ou amicale, ou amoureuse, voire professionnelle. A ce titre on ne voit pas comment on pourrait éviter d’en faire l’expérience. Pour autant cette expérience ne se fait jamais sans douleur, et apprendre à la dépasser est en quelque sorte une obligation majeure pour accéder à une certaine autonomie.

Pour Métaphores, Guy Karl

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15 février 2019

Résumé Café-Philo - 12/03/19 - Tuer les idées ?

 

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de mars (activité libre et gratuite) s’est tenu le mardi 12 à 18h30 au café le W. 

Le sujet voté par les participants fut :

Peut-on tuer les idées ?

Résumé de la soirée :

La question paraîtra incongrue : une idée est-elle un organisme vivant que l’on puisse mettre à mort ? Puis : pourquoi vouloir tuer une idée ? Quelle est cette rage meurtrière, et quelle est la volonté qui l’anime ?

En second lieu s’agit-il d’Une idée – ou Des idées en général, ce qui serait un tout autre problème. S’il est aisé de s’en prendre à une idée, de désirer la supprimer, c’est un tout autre problème que de vouloir tuer Les Idées.

Se pose la question de la possibilité : on peut vouloir tuer une idée, ou les idées, mais cela ne garantit pas qu’on y parvienne.

Le débat s’engage résolument sous l’angle politique. On évoque les entreprises, menées par les totalitarismes, pour éliminer, anéantir, annihiler des idées jugées réactionnaires, déviantes, contre-révolutionnaires. Une idéologie qui dispose du pouvoir politique prétend éliminer d’autres idéologies : l’examen historique montre que ces tentatives échouent, comme par exemple la volonté de détruire la famille ou d’éliminer les représentations religieuses traditionnelles. On se demandera si l’agression à l’égard des idées n’aboutit pas à renforcer ces idées.

Tirant une leçon de ces faits les pouvoirs politiques contemporains, plutôt que d’engager une lutte directe, développent une stratégie de récupération, d’assimilation indirecte : le capitalisme a ainsi su digérer les oppositions et les contestations en les détournant de leur sens et en leur donnant une place novatrice pour le plus grand bien du système.

Dans un second temps on s’interroge plus avant sur la nature des idées ; l’idée est une représentation, le fruit d’une pensée qui se donne une forme par le moyen du langage.  Une idée se pense et s’énonce. Dans la logique de notre sujet il n’est pas pertinent de distinguer les opinions, les croyances, les idées politiques, les théories, les idéologies, les idéaux, qui tous sont des idées bien que de valeur très inégale. Les hommes se déterminent par rapport à des idées, fussent-elles aberrantes, délirantes ou parfaitement fondées. Anthropologiquement c’est l’idée qui distingue l’homme de l’animal, qui ne semble jamais s’engager dans des luttes pour des idéaux.

Il en résulte naturellement que si l’on voit qu’un pouvoir puisse vouloir tuer une idée (sans y parvenir) c’est toujours au nom d’une autre idée, et que donc il est impossible de tuer Les idées.

La véritable tâche éthique est de travailler, chacun, sur la nature, l’origine et la valeur de ses idées, pour apprendre à dégager l’idée juste de l’idée fausse, à consentir à ce travail de vérité qui fait la noblesse de l’homme. Et à titre de conséquence de développer une attitude critique à l’égard des pouvoirs, comme fit Spinoza en son temps.

Reste une perspective que le groupe n’a pas abordée : les idées constituent le champ ouvert des représentations, dans lequel nous évoluons en tant qu’être humain. C’est le système symbolique dans sa plus vaste extension, et c’est le champ du langage. Nous y sommes tous, que nous le sachions ou non. C’est par là que nous rêvons, parlons, imaginons, échangeons, inventons. On se demandera toutefois si ce champ épuise la totalité de l’être-humain, ou si à l’inverse il ne reste pas quelque chose de tout autre, qu’on ne peut ni nommer ni connaître, que les Chinois appelaient le Tao, qui fonde toute réalité, pensable ou impensable. De cela il n’est pas d’idée. D’où cette maxime : « le sage n’a pas d’idée ».

Pour Métaphores, Guy Karl

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14 février 2019

Manhattan-philo - 6/03/19 : Apprendre de ses échecs ?

Manhattan-philo1

Le dernier Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le  mercredi 6 mars 2019 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Il fut exceptionnellement animé par Guy. Le sujet choisi fut :

 Qu'apprenons-nous de nos échecs ? 

Résumé à suivre

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08 février 2019

Résumé Bedous -café-philo - 23/02/19 - Parler pour ne rien dire ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous du mois de février s'est tenu le samedi 23 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée fut : 

Peut-on parler pour ne rien dire ?

 Peut-on parler pour ne rien dire ? question paradoxale à plusieurs titres. Quel est donc ce hiatus entre parler et dire ( de la racine deik, montrer, ce qui a donné aussi en Grec, diké, la justice) ? Nous avons tous fait un jour l’expérience qui consiste à entendre un discours vide, sans poids, bavardage épuisant pour celui qui en subit le flot  :  “ Chacun a connu de ces parleurs qui sont toujours sur le point de penser”(Alain). Il y aurait donc là un enjeu éthique mais pas que...Nous faisons parfois aussi la désagréable expérience d’avoir quelque chose à dire et d’échouer à en rendre compte. S’il n’y a pas de lien naturel entre le mot et ce qu’il représente, que disons-nous alors ?  Enfin, si comme le
raconte le mythe de Protagoras,chacun a droit à la parole et qu’ainsi se déroule la délibération démocratique, il faut alors envisager l’enjeu politique d’un tel écart.
 
  Qui juge qu’une parole ne dit rien et cette dernière n’a- t- elle aucune intention ?
  Qu’est-ce qu’une parole qui , au contraire, dirait quelque chose ? Que produit- elle par rapport à ce “rien” ?
 
    La réflexion s’engage tout d’abord sur le sens de cette expression :  Tous les humains ne pensent pas forcément quand ils parlent; certaines paroles peuvent aussi  brouiller la pensée d’autrui ,  pour faire adhérer à une opinion  en l’énonçant comme une vérité. La  faiblesse de ne pas aller au-delà peut se laisser tenter par le mirage de la parole.  On peut aussi parfois parler pour ne rien dire parce que on ne supporte pas le silence, et qui interroge sur notre place à l’intérieur de ce silence. Mais ce rien peut aussi servir à remplir des vides, pour ne pas avoir à parler de soi, pour ne pas avoir à se dire. Enfin, quelqu’un remarque que cela peut  être reposant de ne pas avoir à “parler pour parler” ( quand par exemple, nous ne partageons pas la même langue), ce qui montre comment les conventions sociales peuvent nous  contraindre à parler alors qu’on n’a rien à dire.
 
    Puis, rapidement, vient l’idée que cette parole a  toujours , qu’elle soit consciente ou pas, une intention. En apparence, on pourrait penser  que la ‘'”langue de bois” des politiques ne fait que parler pour ne rien dire mais ils occupent l’espace parce qu’ils ont un pouvoir. Ils peuvent ainsi confisquer la parole des autres aves un discours creux mais qui est capté par certains. Cette parole, parce qu’elle joue sur l’émotionnel, libère quelque chose de grégaire.  Ainsi, les propos ne sont jamais neutres. On peut aussi parler tout seul et ce n’est jamais pour ne rien dire. Si on prête une oreille, celui dont on juge son propos banal, va parfois aller plus loin et parler pour ne rien dire peut être une manière de rentrer en communication. Quand l’autre entend, la pensée se déploie, on parvient à quelque chose qu’on n’avait pas prévu, on peut se dire et on voit donc qu’on parle parfois au-delà de ce qu’on avait envie de dire. Le lapsus montre que ce que nous disons peut aller au-delà du contrôle de la pensée et donc, quand nous parlons, il y a toujours une intention, voulue ou pas, ce que nous enseigne la psychanalyse.  Parler pour ne rien dire peut permette de construire l’espace qui permet à la relation de se créer. Des négociations entre des ennemis peuvent commencer ainsi pour pouvoir ensuite ouvrir sur autre chose.
  Mais alors, quel est ce “rien”? C’est le récepteur qui interprète le message et par exemple, dans un discours politique, on dira que l’orateur a parlé pour ne rien dire parce que l’attente n’a pas été satisfaite ou qu’on n’a rien appris. De même, on peut avoir l’impression qu’on n’a rien dit parce qu’on n’a pas été compris. C’est alors l’écoute qui donne du poids à ce que l’on dit, ce que l’on entend justement avec le “ malentendu”. On entend selon ce que l’on est, selon ce que l’on a envie d’entendre et du coup, on peut ne pas entendre ce qui est dit. Quelqu’un constate aussi que l’environnement dans lequel la parole se construit est essentiel et que la manière dont on parle est aussi importante que ce qui est dit.
 
   Les mots nous sculptent, nous délimitent mais  il en est de même pour ceux à qui nous  nous adressons. L’enfant se construira avec les mots entendus et la parole a donc un pouvoir, celui de définir l’autre . Quelqu’un remarque alors que l’enfant joint parfois la parole au geste comme si le geste ne suffisait pas et qu’il fallait nommer les choses pour donner de la valeur à ce qu’il fait.( Comprend-il alors que dire, c’est faire un monde ?). De même, une pensée qui obsède perdra de sa force une fois qu’elle sera dite et entendue. On ouvre la cage aux mots mais toujours en la tenant pour pouvoir la refermer parce que la question est alors de savoir comment on s’en sert. La parole est ce que l’on en fait , à partir du moment où elle influe sur l’autre. Elle peut être une mise à distance, un refus de discuter n’ouvrant qu’à la violence, une prise de pouvoir dans laquelle on prend l’énergie de l’autre mais aussi un échange où on lui en donne. Un discours peut être fait pour arrêter tout débat, empêcher  les choses innovantes d’arriver; mais il peut aussi y avoir des discours qui ouvrent et qui permettent à chacun de trouver son humanité. La parole nous définit, elle parle de moi mais aussi de nous tous, comme la parole de l’écrivain, du poète qui ouvrent à des sens différents selon le lecteur, inscrites ainsi dans l’éternité. Par la parole, nous pouvons nous reconnaitre dans un groupe social et si parler , c’est vivre (il faut bien la respiration pour le faire), on peut toujours essayer d’entendre quelque chose dans ce que l’autre a à dire, toujours laisser une ouverture pour prendre un peu de ce que l’autre propose.
 
Pour autant, si la parole est une nourriture, tout dépend du plat et si dire, c’est faire, il ne faut pas sous-estimer sa puissance pour façonner le monde. Elle contribue à créer l’univers mental qui se traduit ensuite dans la réalité , à travers nos actes.Notre responsabilité individuelle est alors engagée dans notre parole. On peut parler pour ne rien dire quand on oublie cet engagement et c’est ici l’avenir de la cité car si l’on fait les choses avec les mot, si comme le dit Desmond Tutu mais aussi Protagoras avant lui, le langage construit la réalité (“les expressions “ressources naturelles” ou “ressources humaines” induisent un certain rapport au monde et aux autres), rien n’empêche alors de faire n’importe quoi, ce qui pour autant n’est pas rien...!

 Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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28 janvier 2019

Résumé Café-philo - 12/02/19 - Secret et relations sociales

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de Février (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h30 au café le W. Le groupe présent a voté pour le sujet suivant :

Le secret nuit-il aux relations sociales ?

Résumé de la soirée:

Poser cette question c’est supposer implicitement que les relations sociales devraient être transparentes, soumises à un principe de véracité, lequel garantirait la qualité des échanges. On se demandera si un tel principe est applicable dans les faits, voire souhaitable, et si, à l’inverse, l’existence et la persistance du secret n’est pas une donnée incontournable de la réalité sociale.

Reste à voir s’il existe de « bons secrets » qui contribuent au bon fonctionnement de la société, et de « mauvais secrets » qui empoisonnent les relations par leur charge toxique. 

Nous commençons par analyser l’idée de secret : quelque chose de voilé, de tu, de caché, de dérobé (au regard, à la connaissance, au discours). Quelque chose est dissimulé, ce qui suppose une intention, une action visant à dérober à la connaissance d’autrui un élément que seul l’agent (et ses acolytes) connaissent. Le secret départage ceux qui savent de ceux qui ne savent pas, créant une sorte de complicité, comme on voit dans les confréries secrètes. 

On en vient tout naturellement à évoquer les secrets de famille : chacun sent confusément qu’il y a « quelque chose » dont personne ne parle, qui perturbe le corps familial et parfois engendre de véritables névroses. Mélange étonnant de savoir et de non-savoir, car si la plupart ignorent ce que c’est, ils savent aussi qu’ « il y a », et ce « il y a » rode à la manière d’un fantôme, ou d’un symptôme (Voir le roman de Grimbert : « Un secret »). On voit que le secret n’est pas une pure et simple ignorance : c’est un savoir dérobé ou refusé, qui par ce refus même engendre un désir de savoir. Reste que ce genre de secret possède parfois une charge virtuellement explosive.

12 02 19

Le débat s’oriente alors vers un nouveau thème. Dans le monde contemporain on assiste à un passage insidieux de la sphère privée dans la sphère publique : réseaux sociaux, étalement voire exhibition de l’intime (vers l’ « extime »), obsession de la transparence etc. « A chacun son secret » pourrait être un mot d’ordre de protestation et de résistance. Habeas corpus : sauver l’intégrité de la personne, sauver la singularité, résister aux pouvoirs illégitimes de propagande et de manipulation. Pour vivre heureux vivons cachés !

On observe alors que dans les relations interpersonnelles, de l’amitié ou de l’amour, le secret peut être partagé, jouant le rôle d’un objet transitionnel ou de gage. Dire à l’autre c’est lui faire confiance, c’est attendre en retour qu’il sache se taire et garder. La divulgation à des tiers est vécue comme une humiliation et une trahison. Le secret qui devait lier devient alors une raison de discorde.

Il en va de même dans des situations de confidence et de responsabilité déontologique : secret médical, juridique, professionnel. Dans tous ces cas le secret est une obligation légitime et légale qui fonde un certain ordre contractuel. Dans d’autres cas le secret peut servir à cimenter des relations occultes (sociétés secrètes, confréries idéologiques ou mystiques) voire criminelles. Là encore c’est moins le secret en tant que tel qui est nocif ou bénéfique que le but auquel il sert.

Retour à la question : le secret nuit-il aux relations sociales ? Si l’on quitte la sphère privée et celle des relations interpersonnelles pour examiner le problème au niveau de la société globale, on aborde nécessairement la question du politique. Qu’est-ce qu’un secret d’Etat ? Il ne s’agit pas seulement des « affaires » plus ou moins scandaleuses, mais plus profondément des conditions de la gestion et de la décision politiques, qui se règlent forcément dans les officines étanches du pouvoir et dont le citoyen ne peut percer les arcanes. La politique repose sur le secret, même, sur un usage prudent du mensonge. Le gouvernant ne peut et ne doit tout dire, sauf à se condamner à l’inaction et à la paralysie. On peut souhaiter plus de transparence dans la vie politique mais il est vain de souhaiter une transparence intégrale.

On se demandera pour finir si le secret n’est pas un incontournable de l’existence. On pourrait dire qu’il se déplace comme le furet de la fable. C’est qu’il est sans doute impossible de dire la vérité, toute la vérité, et qu’il demeure toujours une zone d’ombre, aussi bien dans la psyché que dans les relations interpersonnelles et sociales. C’est peut-être un fait de structure, un blanc dans le discours, comparable à ce que Lévi-Strauss disait du « mana » : quelque chose que l’on manque toujours à dire, et qui pourtant joue un rôle décisif dans le jeu de parole.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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07 janvier 2019

Manhattan-philo - 06/02/19 - De bons préjugés ?

 

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de février s'est tenu le 06 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : L'immortalité est-elle une fiction ? 

Sujet 2 : Y a-t-il de bons préjugés ? 

Le sujet choisi par le groupe fut :

Y a-t-il de bons préjugés ? 

Résumé de la soirée à paraître

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