01 juillet 2018

Apéro-philo 19/07/18 : Le corps ami ou ennemi ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo avant la trêve estivale, s'est tenu le jeudi 19 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Le corps, ami ou ennemi ? 

 

Trois présentations du sujet ont été proposées par Guy Karl, Marie-Pierre Carcau et Didier Karl avant de donner la parole au groupe présent.

1) Présentation problématisée des enjeux par Guy

2) Le reconsidération du corps comme énigme de la puissance chez Spinoza et le corps comme système pulsionnel inconscient chez Nietzsche par Didier.

3) Une approche phénoménologique du corps chez Merleau-Ponty par Marie-Pierre.

4) Discussion ouverte avec l'ensemble du groupe.

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26 juin 2018

Résumé Café-philo - 11/07/18 - L'irrationalité, moteur de la vie ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 11 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne

Le sujet voté par le groupe nombreux et motivé fut :

 

L'irrationalité est-elle le moteur de la vie ?

 

1)   La difficulté de ce sujet tient au caractère flottant de la notion d’irrationalité. Si la rationalité est assez aisée à définir, le risque est grand de rejeter en vrac tout ce qui s’en sépare dans un agglomérat confus appelé « irrationalité ». Il faudra dégager des lignes de forces plus précises pour appréhender l’idée d’ « un moteur de la vie ». En quoi la vie échappe-t-elle, de sa nature, au projet séculaire de rendre compte des phénomènes en terme de rationalité ?

2)   Un premier moment consistera à définir la rationalité : effort de saisir les phénomènes dans la relation universelle de causalité : pas d’effets sans causes, pas de causes sans effets. D’où l’image d’un univers déterminé, connaissable, prévisible. La raison est avant tout ratio, calcul. Le calcul des causes permet de savoir, de prévoir et de pouvoir. Ce modèle toutefois a vieilli, et ne convient plus à la connaissance de l’infiniment petit. On se demandera également s’il convient à la connaissance de la vie, des organismes vivants et des réalités biologiques en général.

3)   Nouvelle approche, en relation avec les conduites humaines : on qualifie d’ « irrationnel » un sujet dont le comportement s’écarte des normes, qui brouille les statuts et les rôles, qui se montre décalé, imprévisible : ce dernier trait, l’imprévisibilité, n’est-il pas la marque spécifique du vivant, notamment du vivant humain, par quoi il affirme une singularité, conteste la régularité et la répétition, et par là prend le risque, certes de n’être pas compris, mais aussi de poser de la nouveauté dans le monde. Errement, errance – voire aberrance : cela dérange, mais fait réfléchir.

4)   Dès lors une idée un peu moins mécanique de l’irrationalité voit le jour, qui tient plus à l’instinct, à la pulsion, à l’innovation. Dans « moteur de la vie » on peut à présent entendre une disposition dynamique, active, créative qui s’observe à tous les étages du vivant – songeons par exemple à l’extraordinaire faculté d’adaptation des micro-organismes dans des conditions très difficiles, ou aux variations biologiques dans l’évolution des espèces. Peut-être peut-on, avec Bergson, parler d’un « élan vital » qui ne relève pas du schéma classique de la rationalité causale, mais plutôt d’une modèle dynamique et créatif.

5)   En seconde partie le groupe procède à une précision intéressante du vivant : le vivant est en mouvement (il évolue, il meurt), il est singulier (chaque organisme a ses particularités), il se transforme, il fait des choix. Vivre c’est sélectionner, dans le milieu, les objets favorables, sans lesquels l’organisme ne peut ni se maintenir ni se reproduire. C’est dire aussi que chaque organisme, à son niveau et à sa manière, possède son système de valeurs, qui définit son mode propre, et conditionne sa survie.

6)   Nous finissons la soirée en revenant à l’être humain, compris comme sujet vivant. La tendance occidentale est de surévaluer le rôle de la raison au motif qu’elle a fait ses preuves dans les sciences. C’est oublier que la raison n’est qu’une faculté  parmi d’autres, et que souvent elle est au service, sans le savoir, d’autres puissances, comme l’instinct, la pulsion, le désir et les passions. Qu’est-ce qui motive le sujet ? Qu’est-ce qui le rend vivant, créatif et entreprenant ? Gageons que notre « irrationnel » y joue un rôle plus décisif que notre raison, quelle que soit par ailleurs l’illusion que nous pouvons nourrir sur notre libre-arbitre.

Pour Métaphores,

Guy Karl

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16 juin 2018

Résumé Cercle littéraire - 04/07/18 : Lectures sous les tilleuls

Cercle Littéraire

Lectures sous les tilleuls 

Le dernier Cercle littéraire (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu le Mercredi 4 juillet 2018 à 18h45 au Dimanche à la campagne.  

Résumé de la soirée :

 

Voici les ouvrages lus et recommandés lors du dernier Cercle

1 ) Des essais de développement personnel et de psychologie sociale: 

Christophe André   Ralentir  Déconnectez-vous 

 Résultat de recherche d'images pour "Kahneman Nobel d'Économie Système 1 Système 2"Daniel Kahneman Nobel d'économie Système 1 Système 2 : les vitesses de la pensée  analyse des erreurs de jugement par l'étude fonctionnement de notre mode de raisonner. 

Résultat de recherche d'images pour "La télé nous rend fous Jean-Philippe Toussaint"La télé nous rend fous Jean-Philippe Toussaint, titre éloquent pour  les accros et les autres.

 

2) Du côté des romans :

Résultat de recherche d'images pour "Mon chien stupide de John Fante"Mon chien stupide de John Fante , hilarant, beaucoup d'humour dans le récit de la décomposition d'une famille américaine type  au travers des aventures d'un chien particulier.

 

Résultat de recherche d'images pour "Del Arbol La tristesse du samouraï" Résultat de recherche d'images pour "El peso de los muertes" Polars espagnols : Del Arbol  La tristesse du samouraï , El peso de los muertos

 

Polars américains et pourtant histoires vraies autour du sort des Indiens Osages maltraités par les colons blancs :

Résultat de recherche d'images pour "David Grann Killer of the flower moon"Résultat de recherche d'images pour "La note américaine"David Grann  Killer of the flower moon ,  La note américaine

Résultat de recherche d'images pour "My absolute darling"Roman noir My absolute darling  un père abusif, une adolescente dépossédée d'elle-même mais pourvue d'une force de vie incroyable ...Un grand roman récent (2017) Gabriel Tallent . Bémol : âmes sensibles s'abstenir .

 Du côté des petits désagréments de la vie quotidienne :

Résultat de recherche d'images pour "Vous plaisantez,M.Tanner"Vous plaisantez,M.Tanner.  Jean-Pierre Dubois ;  court livre amusant sur des expériences ordinaires (problèmes avec les artisans)

Résultat de recherche d'images pour "Une année en Provence Peter Mayle"Une année en Provence  Peter Mayle  chronique humoristique d'un village du Lubéron par les yeux d'un londonien

Quand l'Histoire rencontre des destinées individuelles :

Résultat de recherche d'images pour "Le double jeu de Juan Martinez"Manuel Chaves Nogales   Le double jeu de Juan Martinez : histoire vraie d'après les confidences d'un danseur de flamenco qui s'est trouvé en Russie au moment de la révolution bolchévique . Ce récit montre les événements en direct sans parti-pris politique .

Résultat de recherche d'images pour "Laurent Gaudé Eldorado"Laurent Gaudé Eldorado autour du drame des migrants un beau récit sur les voies et voix inverses de ceux qui se trouvent de part et d'autre de la frontière .

Résultat de recherche d'images pour "La mort du roi Tsongor"La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé une épopée africaine  dans une écriture somptueuse

Résultat de recherche d'images pour "Lydie Salvayre Pas pleurer"Lydie Salvayre Pas pleurer un beau portrait de femme témoin de la guerre d'Espagne.

 

3) Des biographies :

Résultat de recherche d'images pour "La passion Lippi"La passion Lippi  Sophie Chauveau   : un véritable voyage dans le temps, à l'époque des Médicis : parfums, saveurs, intrigues, milieux louches, et de nombreuses références historiques. Cette auteure a également écrit sur Léonard de Vinci. 

Résultat de recherche d'images pour "la Callas par Eve Ruggieri"Résultat de recherche d'images pour "Mozart par Eve Ruggieri"Biographies de Mozart, de la Callas par Eve Ruggieri. Passionnant.

 

Bel été à toutes et tous .

Pour Métaphores Janine Delaitre

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09 juin 2018

Résumé Apéro-philo 20/06/18 - Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Apero philo

Le prochain Apéro-philo, activité libre et gratuite, se tiendra exceptionnellement le mercredi 20 juin  à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Pourquoi sommes-nous inquiets ?

Résumé de la soirée : 

En latin « quies » signifie repos. Quietus : en repos, d’où calme, paisible, tranquille. En français la quiétude est «  un état de tranquillité mêlé de douceur » (Littré). L’inquiétude se marque par l’absence de repos, la difficulté de rester en place, l’agitation physique et mentale – Pascal dirait le « remuement ». L’inquiet est généralement insatisfait de ce qu’il a et de ce qu’il est : désir vague et crainte de l’avenir, d’où tourment, souci, intranquillité.

Je propose une définition : émotion confuse marquée par l’agitation, l’impatience, l’insatisfaction de l’être ou de l’avoir, liée à la représentation d’un objet de crainte, réel ou imaginaire, ou d’un péril à venir.

Le sujet proposé prend pour évident que l’inquiétude est présente en chacun de nous. Les philosophes de l’Antiquité avaient placé la réflexion sur les causes de l’inquiétude au centre de leurs recherches et posaient la quiétude comme idéal de vie. Les Modernes verraient plutôt dans l’inquiétude une donnée fondamentale de l’existence. D’où l’intérêt de la question : pourquoi l’inquiétude et quel statut lui accorder ?

L’inquiétude a des causes anthropologiques : on évoque la difficulté de la vie aux âges préhistoriques, les peurs ancestrales qui ont laissé des traces vives dans l’inconscient collectif. Puis est évoquée la thèse de Hobbes qui insiste sur l’état d’insécurité résultant de « la guerre de tous contre tous », qui s’exprime même en temps de paix civile  par la rivalité, la concurrence, voire dans « un commerce de l’inquiétude ». La politique enfin, en principe au service du Bien Commun, utilise trop souvent les inquiétudes à des fins partisanes ou privées. La paix n’est jamais que relative, ce qui fait qu’un coefficient d’inquiétude demeure dans les consciences, qui est peut-être le revers de la médaille : « l’insociable sociabilité » implique la permanence d’un degré variable de vigilance. La conscience politique est-elle pensable sans l’inquiétude ?

Causes internes : nous avons des objets d’inquiétude au sujet de notre avenir, de nos enfants, de nos revenus, du marché de l’emploi etc. Ces causes-là sont aisées à repérer, à nommer. Mais au-delà, ou en de ça, il y a l’inquiétude diffuse : je ne peux tout prévoir, tout comprendre, tout gérer, il y a de l’imprévisible, de l’inconnaissable, de l’aléatoire. Il faut naviguer à vue.

Un participant se demande si cette sourde inquiétude est liée à la conscience de la mortalité – ce qui reprend fort à propos les analyses de Lucrèce dans le livre III de son poème. Un autre évoque le « rien » qui hante l’esprit de l’homme, rien qui engendre la diversité et la multiplicité des objets de substitution destinés à masquer le rien : on se jette dans la valse des désirs, avec les expériences décevantes qui les suivent souvent, on s’agite, on se remue, on se divertit, on s’abrutit – et l’inquiétude est toujours là.

Un développement fort à propos vient alors distinguer l’inquiétude de l’angoisse. Dans l’angoisse l’esprit est comme stupéfié, incapable d’élaborer la douleur et sa cause ; dans l’inquiétude la pensée, même douloureuse, est encore capable de nommer, symboliser, élaborer. L’inquiet se trompe peut-être à nommer la cause, mais il n’est pas sans ressources, et de proche en proche il peut progresser. On remarquera d’ailleurs que l’inquiétude est à la racine de précieuses créations littéraires et philosophiques : Lucrèce, Pascal, Schopenhauer, Pessoa parmi les plus connus.

Au total on se demandera si l’inquiétude n’est pas la marque de la conscience, et à ce titre, une donnée fondamentale, inévitable de l’existence. L’inquiétude fait souffrir, mais elle fait penser et parler. S’il est bon de réfléchir à ses causes, il n’est peut-être pas possible de les identifier complètement. Dans cette demie connaissance, qui n’est pas rien, l’homme habite et pense, et parfois produit les œuvres les plus significatives. Mais il est bon aussi de veiller à ce que l’inquiétude n’excède pas  les dimensions du supportable : les remèdes éprouvés restent l’action, la pensée et la parole, par quoi nous rejoignons les grandes intuitions de la sagesse antique.

Pour Métaphores, Guy Karl

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13 mai 2018

Résumé Café-philo -12/6/18 - Cesser de désirer pour être heureux ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 12 à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

Faut-il arrêter de désirer pour être heureux ?

 Résumé de la soirée :

1)   La question pose un impératif conditionnel : si tu veux être heureux, arrête de désirer. Qui dit cela ? On imagine un « personnage conceptuel », un sage ou un prêtre, une instance d’autorité, suspicieuse à l’égard du désir qui mettrait en garde contre les excès et les dérives qui en découlent : futilité, égoïsme, quête interminable et vaine, passions dévorantes, insatisfaction chronique. De ce point de vue en effet le bonheur s’éloigne à mesure qu’on croit le saisir. Mais ce constat permet-il de conclure à la nocivité du désir en tant que tel, ou plutôt à un certain usage déréglé, dû à l’aveuglement ou à la demesure ?

2)   Le groupe souligne avec force que le désir est une sorte d’élan vital, une manifestation de l’énergie, un mouvement d’affirmation connaturel à l’existence même du sujet. Qui perd le désir perd le goût de vivre, et s’en va glissant vers la dépression, voire le suicide. On ne peut arrêter le désir, sauf à soutenir qu’il faut être mort pour être heureux.

3)   Nous voici en face d’un paradoxe : suivre le désir serait s’empêcher d’être heureux, et ne pas le suivre ne garantit pas davantage le bonheur. Alors que faire ? Peut-être n’y a t-il pas de rapport direct, causal, entre désir et bonheur. La question se révèle plus complexe qu’il n’y paraissait au départ.

4)   Vouloir arrêter de désirer relève d’un forçage, voire d’une mutilation (castration ?). On croit éviter la souffrance du désir et on bascule dans une souffrance pire encore, en compromettant les chances d’une juste et belle affirmation de soi. Sans compter que ce projet est sans doute impossible : prétendre arrêter le désir est encore un désir : que désire celui qui désire ne plus désirer ? Avançons une hypothèse : ce n’est pas le désir en tant que tel qui pose problème mais l’attachement à certains objets que l’on peut considérer comme pernicieux ou funestes. Dès lors le problème devient : quels sont les objets qu’il faut arrêter de désirer ?

5)   Il apparaît à l’analyse qu’il n’est pas facile de distinguer le désir des objets qui le sollicitent : objets de consommation, de réputation, de « gloire », de plaisir, de jouissance, de savoir et de pouvoir. On se laisse spontanément fasciner par ce qui nous attire. Mais précisément, c’est la force et la liberté de l’esprit que d’apprendre à analyser la valeur de ces objets, de créer une distance critique entre eux et nous, et ainsi d’apprendre à choisir – ce qui ne va pas sans éliminer. C’est en ce sens qu’il faut entendre les recommandations des sages : distinguer dans les objets ceux qui nous nuisent, ceux qui sont inaccessibles, ceux qui augmentent notre puissance d’agir (Spinoza), et ceux qui élèvent notre liberté et notre connaissance (Epicure).

6)   Il ne s’agit donc pas d’arrêter de désirer mais de désirer « le bien » - pour le moins ce qui nous fait du bien, et peut-être, par extension, ce qui fait du bien autour de nous.

7)   Question : n’y a-t-il pas dans le désir une certaine souffrance ? La souffrance est moins le fait du désir lui-même (encore que dans tout désir il y ait une certaine tension, mais qui n’est pas forcément désagréable)  que de l’attachement passionnel à l’objet, comme on voit dans l’ambition galopante, dans la frénésie amoureuse ou la jalousie. Il faudrait, pour bien faire, à la fois désirer et ne pas désirer, comme on dit en Orient « agir sans agir » : attitude souple et ferme, sans crispation ni mollesse.

8)   Reste la question du bonheur : il n’est pas sûr que désirer rende heureux mais il semble acquis qu’arrêter de désirer, à supposer que cela soit possible, rende définitivement malheureux.

Pour Métaphores, Guy Karl

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12 mai 2018

Résumé Bedous-café-philo - 9/6/18 - “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 09 juin 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

 “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Résumé de la soirée : 

Cette injonction attribuée à Ernesto “Che” Guevara et reprise en Mai 68 peut paraitre contradictoire si nous entendons par le fait d’être réaliste la capacité à apprécier objectivement les circonstances en adaptant son action sans verser dans les illusions et faux-semblants et par l’impossible ce qui ne saurait exister, se produire, être réalisé. Quel sens peut-elle alors avoir; ne serait-ce pas au contraire sombrer dans l’irréalisme et donc l’insatisfaction que de demander l’impossible ?
D’où la tentation contraire d’apprendre aux hommes à ne demander que le possible , comme nous y invite Epicure dans sa “Lettre à Ménécé” .
Ainsi, la tension entre réel et impossible est ici ce qui soulève réflexion, avec le risque de verser vers l’utopie, voire l’idéologie et cependant si l’impossible est à demander, c’est donc qu’il peut présenter un attrait.
Mais alors, comment penser cet impossible?
Quel sens peut avoir cette injonction? Quel lien peut-on établir entre le réel et l’impossible?
 
 
La réflexion commence par s’engager sur la question du réel: qu’entend-on par réel et par le fait d’être réaliste ?
On constate d’abord que le réel pour une civilisation occidentale n’est pas le même que pour une civilisation orientale. Il est une construction par l’imaginaire(idem pour l’impossible) et son appréhension est très différente d’un groupe humain à l’autre. Certaines tribus vont avoir une relation avec la nature considérée comme magique  et ce qui paraitra à d’autres civilisations une invention construite par l’imaginaire est pour ces tribus le réel. Il faut alors en conclure que ce phénomène de construction est commun à tout groupe humain. Le problème est alors que nous n’abordons le “réel” que par fractions et que cette vision est biaisée. Quelqu’un remarque par exemple que la démarche scientifique a pu construire une partie de “notre réel”.Ainsi, il dépend de la façon dont on le regarde et si un mensonge répété peut devenir une vérité parce qu’on y croit, cela deviendra pour nous ce que nous nommons le réel. D’ailleurs, l’évolution des connaissances scientifiques montre comment notre vision de ce réel évolue.
   Qu’est-ce alors “ qu’être réaliste” ? à quel niveau se situer? individuel ? ordre social ? Quand on invite l’autre à être réaliste, n’est-ce pas une façon de ne pas écouter ce qu’il a à dire, de se mettre en position de supériorité comme si nous, nous savions mieux que lui ce qu’est le réel? Ainsi, cette injonction supposerait que l’autre s’adapte à ce qu’on lui propose, notamment dans l’ordre social,accepter ce qui a été établi par certains. C’est s’imaginer qu’on a les pieds sur terre et que l’on va pouvoir maitriser ce qui nous arrive (là où les autres, ceux qui ne sont pas “réalistes” ne le pourront pas). or, si le réel est une construction, personne ne saura qui a raison ou tort. D’ailleurs, l’avancée dans le temps nous montre à quel point ce qui pouvait paraitre impossible à un moment donné ne l’est plus).
  Ainsi, ce qui peut sembler utopique à certaines civilisations peut être justement la réalité pour d’autres . Le documentaire” nous sommes l’humanité” raconte  l’histoire des Jerawas, originaires d’Afrique et arrivés du coté de l’Inde après un tsunami. Ce groupe vit dans une société fondée sur la solidarité, refusant l’argent et se disant heureux .
Ce qui nous parait impossible est  donc aussi un aiguillon qui permet ce que l’on nomme le progrès et pas simplement une limite.Mais si rien n’est impossible, il faut alors se poser la question de savoir ce que nous voulons atteindre . Il faut ouvrir les portes à l’imaginaire et c’est cet imaginaire qui nous fera changer le réel.
 
   Cependant, tout en remarquant que notre civilisation cartésienne a voulu aller vers l’impossible, le réel ne peut-il parfois nous rattraper, en ce qui concerne notre relation  à la nature ou au donné corporel ? nous avons cru pouvoir faire ce que nous voulions de la terre et nous nous rendons aujourd’hui compte que ce n’est pas sans risques. On ne peut pas changer la structure d’un bout de bois ni augmenter un être humain et le transformer jusqu’à faire qu’il ne soit plus mortel, ou sinon, ce n’est plus un bout de bois ni  un humain. Ainsi, la promesse transhumaniste de l’impossible semble soulever une interrogation majeure: que devient le réel humain ?
 
  Quelqu’un souligne alors qu’il faudrait différencier l’impossible de l’utopie, le premier révélant l’esprit de compétition cherchant à repousser les limites toujours plus loin, la deuxième cherchant à construire ensemble. Si le réel , c’est aussi les autres, c’est là la donnée la plus importante pour penser l’impossible et envisager justement un réel qui ne soit pas imposé dans un rapport dominants/dominés. Quel impossible demander aujourd’hui ? Et à qui faudrait-il le demander?(dixit le sujet) . Si nous estimons que quelque chose ne va pas, il semble réaliste d’essayer d’en imaginer un autre, et l’utopie peut alors être le bon sens  . On remarque alors que c’est souvent une minorité, considérée comme marginale, qui  fait évoluer le monde. Les peuples premiers décrits par P. Clastres peuvent être une source d’inspiration : une taille de clan régulée permet que les interactions de pouvoir soient construites de telle façon qu’elles empêchent l’apparition d’un chef. Ainsi, c’est à tous qu’il revient d’inventer  et l’encouragement à aller dans l’imaginaire est une invitation à dépasser ce que l’on voit du réel mais aussi à se dépasser. S’il nous faut tendre vers un idéal, cela supposera de demander d’autres possibles plutôt que l’impossible . Cette phrase de Che n’est qu’un slogan et en tan que tel, elle peut faire craindre que seuls certains auront accès à cet “impossible”. Il est crucial de considérer le collectif et pour cela, toutes les possibilités sont à enseigner, discuter,essayer.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

 

 

 

 

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11 mai 2018

Avis

Logo métaphore

C'est avec grande tristesse que nous apprenons le décès subit de notre camarade Bernie, survenu au cours du Week-end dernier. Nous perdons une personne chère qui a soutenu nos activités par sa participation assidue, sa présence amicale, sa parole toujours originale et vivante et sa sensibilité.

La cérémonie funèbre se déroulera mardi 5 juin à 9h45 dans la salle du Crématorium de Pau.

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10 mai 2018

Manhattan-philo - 6/06/18 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le mercredi 6 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés :

Sujet 1 : Pourquoi trouvons-nous que la nature est belle ?   

Sujet 2 : L'égoïsme est-il blâmable ?

Sujet 3 : Pourquoi le mal ? 

Le sujet voté par le groupe présent fut :

L'égoïsme est-il blâmable ?

Résumé de la soirée à suivre

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02 mai 2018

Résumé Apéro-philo - 24/05/18 - La nuit porte-t-elle conseil ?

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mai s'est tenu  jeudi 24 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

La nuit porte-t-elle conseil ?

 Résumé de la soirée :

Porter conseil c’est donner un avis, censé éclairer celui qui le demande. Le paradoxe de la problématique saute aux yeux : comment demander conseil à la plus silencieuse, obscure, énigmatique réalité de ce monde ? Si le jour est le lieu et le moment de l’activité affairée des hommes, la nuit est plutôt réservée au repos, au calme ou à l’intimité. Si « la nuit porte conseil » c’est en suspendant l’agitation, en interrompant l’affairement, effectuant une sorte de mise entre parenthèse où le corps et l’esprit  se détournent, et, se détournant, sauraient prendre conseil de la nuit.

Ce n’est là qu’une pétition de principe. Pour en examiner l’éventuel fondement j’ai proposé de revenir au texte d’Hésiode, dans la Théogonie, qui nous raconte la naissance de la Nuit à partir du Chaos (la béance originelle) – auquel elle ressemble beaucoup – et comment la Nuit (Nyx) engendre à son tour : la Destinée fatale, Moros, (fatale parce que mortelle), la Mort (Thanatos), le Sommeil (Hypnos) et les mille Songes (Oneiros). Cette classification nous permet de distinguer les diverses figures de la Nuit, et du coup les composantes essentielles de la problématique.

Nous traitons successivement :

Du sommeil peut-on dire qu’il porte conseil ?

Les rêves portent ils conseil ?

En quoi la nuit serait-elle une image du destin et de la destinée ?

 1)   Une discussion animée met au jour la complexité du sommeil – on devrait dire « des » sommeils. Si le sommeil profond permet la récupération physique de l’organisme, le sommeil paradoxal donne lieu à une grande activité psychique de réorganisation et de traitement des informations. Mais ce qui est stupéfiant c’est que cette activité, qui est bien la nôtre, se déroule à notre insu, sans participation de la conscience. Cela fonctionne tout seul, et cela est de la plus haute importance pour notre équilibre mental. On remarque, le matin revenu, que certains problèmes, qui semblaient insolubles, peuvent être abordés autrement, et parfois même la solution se donne spontanément. L’esprit s’est pour ainsi dire lavé, décanté. La nuit a porté conseil alors que le sujet s’était absenté dans le sommeil. Il a trouvé une solution, non par l’effort et la persévération, mais par une déprise, un abandon à une certaine forme d’altérité : mon propre sommeil est un autre pour moi, qui pourtant me concerne au premier chef.

2)   La nuit, réputée noire, de ce point de vue, est aussi l’éclairante, et le jour, réputé clair et limpide, peut nous sembler obscur, si nous considérons l’aveuglement auquel le sujet est soumis contre son gré dans l’affairement universel. Certains se réjouissent du retour de la nuit pour enfin se retrouver eux-mêmes, dans le silence et le recueillement : nuit claire de l’âme contemplative, voyages psychiques dans l’infini, rêverie sans contrôle. L’opposition si commode du jour et de la nuit demande à être revisitée : le jour véritable n’est pas forcément où l’on pense.

3)   Le rêve porte-t-il conseil ? Encore faut-il en avoir quelque souvenir ! Chez les grands rêveurs on peut parler d’une sorte de seconde vie, souterraine et persistante, qui a sans doute des effets indirects sur la vie consciente. Comme pour le sommeil, nous constatons un paradoxe : je rêve, mais je ne décide pas de mes rêves, ni de leur apparition, ni de leur contenu,  ni de leur conclusion. Là encore je suis un témoin indirect d’une activité qui est pourtant la mienne. Là encore se pose la question du sujet : suis-je celui qui rêve, en quoi ce rêve me concerne-t-il, que m’apprend-il, me livre–t-il quelque conseil avisé ? C’est évidemment au réveil que j’en décide, si toutefois je me souviens, et si je considère qu’il y a lieu d’y réfléchir.

4)   Pour Hésiode la Nuit préside aux Destinées. La destinée est le chemin que trace un sujet entre la naissance et la mort. La mort est la figure du Destin. Dans la destinée il y a un élément conscient, dans les choix plus ou moins éclairés du sujet, et un élément « nocturne », inconscient. En langage moderne la nuit, qui préexiste au sujet (songeons à la vie intra-utérine), symboliserait la part d’inconscient qui déterminerait ses choix, et cela d’autant plus que la conscience est absente ou insuffisante. On pourrait dire aussi : je suis celui que je suis dans un dialogue avec une altérité intérieure que je peux chercher à connaître, mais dont la nature singulière m’échappera toujours.

5)   Nous concluons ce débat fort riche en insistant sur la nécessité de s’ouvrir à la diversité : jour et nuit sont des oppositions trop frontales, il faut introduire des nuances, des gradations, explorer les zones intermédiaires : d’où l’intérêt des techniques psychocorporelles (yoga, Tai Chi, méditation, relaxation, hypnose, sophrologie etc) qui nous renseignent un peu mieux sur l’extrême richesse et diversité de la vie psychique.

 Enfin, pour la fine bouche, permettez-moi de citer un passage d’Héraclite : "Le maître des plus nombreux, Hésiode. Celui-ci, ils croient fermement qu’il sait le plus de choses, lui qui ne connaissait pas le jour et la nuit : car ils sont un."

Cette unité des contraires, voilà un beau programme de méditation philosophique !

Pour Métaphores, Guy Karl

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01 mai 2018

Résumé Café-philo - 07/05/18 - Pourquoi sommes-nous pressés ?

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de  mai (activité libre et gratuite) s'est tenu lundi 07 mai à 18h45 au Palais Beaumont. Le sujet voté par l'assemblée après les diverses propositions fut : 

Pourquoi sommes-nous pressés ?

Résumé de la soirée : 

« Pressés comme des citrons » : image d’une compression et d’une impitoyable torsion - mais surtout image de la précipitation, de l’emballement : qu’est-ce qui fait courir si vite, de plus en plus vite, et pour aller où ? Sommes-nous victimes d’une accélération universelle qui nous emporte malgré nous, ou bien complices consentants, au détriment de notre être ? Est-il possible de faire halte, de cultiver un écart, dans un monde qui requiert « la mobilisation infinie » (Sloterdijk) ?

1)   En première partie le groupe dresse l’image du monde actuel dominé par le souci de la production, de la rentabilité et de l’efficacité : rythme, gestion du temps, organisation. La technologie, qui fait gagner du temps, permet de réinjecter le temps gagné dans la production, pour faire gagner encore du temps, qui à son tour sera exploité. C’est la face visible d’un processus qui affecte en profondeur tous les secteurs de la vie économique et sociale, provoquant une vertigineuse accélération : capitaux, placements, progrès technique, décisions politiques etc

2)   Ce processus vient contredire un autre temps, le temps du corps, qui connaît ses lenteurs et ses besoins, son rythme propre – encore que l’on voie le système productif modifier les équilibres et les rythmes biologiques, en créant par exemple le stress caractéristique de certains milieux professionnels, suivi d’effondrements dépressifs. Trop pressé, le corps finit par craquer. Ce qui nous incite à penser qu’il importe de respecter le corps, en particulier en protégeant l’enfance, et le travailleur.

3)   Est-il possible de se ménager une « arrière-boutique », comme dit Montaigne, pour se sentir adéquat à soi-même, y cultiver la contemplation, l’intuition, la méditation ? Qui a pris conscience de sa mortalité voudra vivre le temps et non courir après le temps. Sauf si, pris d’angoisse, il s’imagine que par la multiplication des expériences, l’intensification des passions, il puisse combattre la mort, auquel cas il retombe de fait dans l’idéologie du « toujours plus » et du « de plus en plus vite », victime consentante du système. Alors réapparaissent les symptômes de la surconsommation, de l’addiction, de la frustration, de l’intolérance et de l’impatience : maladie postmoderne du temps.

4)   Vient alors la question éthique et thérapeutique : comment accéder à sa propre temporalité de sujet conscient de soi et de sa finitude. S’esquisssent les traits d’un conflit entre le dedans et le dehors, l’objectif et le subjectif, entre le temps des horloges et le temps intérieur. Le temps n’est pas un objet consommable et étirable, il n’est pas un stock renouvelable : c’est dans son intimité de sujet mortel que l’individu peut retrouver ces vérités, voyant son corps se développer puis s’étioler. On ne peut maîtriser, arrêter ce qui coule comme un fleuve, et qui ne revient jamais. Nous tentons pour finir de dessiner les contours d’un lâcher-prise qui n’est pas un abandon pur et simple, ni un découragement.

5)   Pourquoi sommes-nous pressés ? Certes c’est notre monde qui le veut ainsi. On se demandera où cela va nous mener à terme. Ce n’est pas raison pour se laisser manipuler, ou en rajouter en abusant des leurres technologiques. Et enfin, pourquoi, en son for intérieur, pourquoi serait-on pressé, si de toute manière l’issue est inévitable ?

Pour Métaphores,

Guy Karl

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