06 septembre 2017

Résumé Apéro-philo 21/09/17 : De la méchanceté

Apero philo

L'Apéro-philo du mois de septembre s'est tenu le 21 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Est-il juste de dire : "Nul n'est méchant volontairement" ?

Résumé de la soirée :

1)    Cette célèbre assertion socratique pose que la méchanceté est un effet regrettable de l’ignorance, ou de la méconnaissance du véritable bien. Le sujet erre dans ses représentations, et, manquant de lucidité, de vertu et de courage, se laisse entraîner, au gré de ses passions ou de ses intérêts immédiats, à la séduction d’objets désirables, à des comportements injustes, tel le tyran, qui, pour asseoir un pouvoir incertain, se livre à de fâcheuses exactions. Errare humanum est : le sujet mal éclairé erre, se trompe, confond  le bien et le mal, et par faiblesse ou pusillanimité, se laisse induire au mal. Le méchant, « ponèros », est d’abord un « miséreux », un être souffrant d’immaturité, plutôt qu’un vicieux ou un scélérat. Cette idée d’insuffisance, de défectuosité, ou de pauvreté psychique, se retrouve dans l’étymologie du mot « méchant : primitivement « meschéant », « mal tombé », mal-chanceux, mal-heureux. – Si cette idée est la bonne il est possible, par l’exercice socratique, ou par une thérapie des passions, de redresser l’entendement défectueux, et de mener de l’ignorance à la connaissance, donc de supprimer la méchanceté, ou à défaut de l’amoindrir et de l’amender. Position optimiste qui ne convainc plus vraiment le moderne.

2)    Travail de définition : le méchant, au sens moderne, connaît le mal et le commet en toute conscience. « Je sais le bien, je l’honore, mais je fais le mal ». Il y aurait donc une intention de nuire à autrui, ce que souligne le mot allemand « Schadenfreude », littéralement « joie de nuire ». Le méchant prend plaisir, un plaisir sournois, à faire souffrir le prochain, tirant de cette souffrance une satisfaction trouble, dans laquelle il jouit de son propre pouvoir. C’est du moins ce que révèle une analyse plus poussée du phénomène. On peut admettre une sorte de gradation, à partir d’une méchanceté d’ «ignorance » - comme on la trouve chez les enfants – puis une méchanceté « involontaire » - jusqu’à la forme achevée de la méchanceté consciente et délibérée, dans laquelle se manifeste, pour ainsi dire, la forme pure de la notion.

3)    Mais alors se pose un problème : la méchanceté - pourquoi ? Peut-on décliner des causes ou des raisons, qui ne sont pas pour autant des justifications ? Le groupe évoque une gamme étendue de facteurs qui contribuent à l’éclosion de la méchanceté : les humiliations subies, les frustrations, les échecs, les privations, les souffrances accumulées, les blessures narcissiques, le désir de vengeance, la jalousie, la haine, la colère, en bref toute la kyrielle des passions tristes, en y ajoutant des facteurs environnementaux : harcèlement au travail, injustice sociale, discrimination, éducation mutilante ou tyrannique etc. Les raisons ne manquent pas, mais donnent-elles raison ? Un participant insiste sur le fait que ces causes ou raisons ne justifient pas – ce qui laisserait à penser que d’autres solutions seraient, en théorie – possibles. L’enfant battu devient-il nécessairement un parent batteur ? Se profile ainsi l’idée d’un choix possible, en lequel le sujet expérimente sa liberté, encore que cette liberté soit ici fort compromise par l’attachement au passé.

4)    La méchanceté est-elle une ignorance guérissable par l’éducation ou par la thérapie ? C’est oublier une dimension fort inquiétante, l’attraction du mal, que Baudelaire avait soigneusement notée, en remarquant qu’il existe en nous deux polarités opposées, l’une vers le bien, la générosité, ou l’empathie, et l’autre vers le mal, vers « les fleurs du mal ». Si le mal attire c’est qu’il promet des jouissances autres, plus dangereuses, plus risquées, parfois jusqu’au risque de la destruction. Faut-il évoquer une pulsion de mort, comme fit Freud, meurtri par l’horreur de la violence déchaînée et de la guerre ? Remarquons en tout cas que la méchanceté insiste, persiste, rebelle à tout traitement, renaissant périodiquement en dépit de toutes nos analyses et dispositions judiciaires. Il faut compter avec une « part obscure » qui est d’autant plus nocive qu’elle reste le plus souvent inconsciente, déniée ou forclose. La répétition manifeste la puissance du refoulé, qui fait retour.

5)    A  ce point, comment conclure ? L’idée socratique n’est pas fausse en soi, elle pêche plutôt par un excès d’optimisme : la connaissance suffirait à supprimer l’attraction du mal. « La vertu peut s’enseigner » disait Socrate. Les âges modernes, et leurs catastrophes historiques, nous ont conduits à penser que cette connaissance était bien difficile à acquérir, qu’elle n’avait nul effet si elle restait purement intellectuelle ou théorique, et que tout changement véritable suppose un travail de « perlaboration » en profondeur. Toute la question est de savoir si un sujet peut considérer en face sa propre méchanceté potentielle - inévitable dans le processus ordinaire de la maturation instinctuelle et pulsionnelle de l’homme en voie de socialisation – et décider en toute conscience d’en réduire la portée, afin de faire advenir en soi une forme d’empathie, par où il peut se réconcilier avec soi-même, et avec les autres, du moins un nombre significatif d’entre eux. Si on ne peut aimer tous les hommes, au moins pouvons-nous en aimer quelques-uns.

Animation, synthèse et résumé

Guy Karl

 

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12 août 2017

Résumé du Café-philo - 13/09/17 Optimisme et pessimisme

CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de septembre (activité libre et gratuite) s'est tenu le mercredi 13 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne

Après propositions et vote le sujet retenu par l'assemblée fut : 

Le pessimiste est-il un optimiste mieux renseigné ?

Résumé : 

1)   L’optimiste voit le meilleur, l’optimum ; le pessimiste voit le pire, pessimum. Deux appréciations fortement contrastées de la vie et du monde. On remarque d’abord qu’il s’agit de dispositions fondamentales, d’humeur, d’idiosyncrasies (dispositions subjectives), de tonalités affectives qui colorent le monde d’une certaine façon, en blanc ou en noir. Si ces dispositions peuvent varier en fonction des circonstances et des événements, chez le même sujet, on ne dira de quelqu’un qu’il est optimiste ou pessimiste que s’il manifeste une certaine régularité dans ses appréciations, dans un sens ou dans l’autre. Le pessimiste est porté à juger de tout sous l’angle du pire, l’optimiste privilégie l’aspect « positif », estimant par exemple que « tout finit toujours par s’arranger » - Ce qui n’est pas faux, cela s’arrange toujours d’une certaine manière – qui peut être la pire !

2)   La question devient : quels sont les fondements respectifs de ces deux attitudes qui étonneront l’observateur par leur caractère global, répétitif, unidimensionnel, voire sectaire, résistant manifestement à toute objection rationnelle. Pensées systématiques, jugements prévisibles et redondants qui doivent trouver leur source dans l’affectivité plutôt que dans la raison. « La raison est ployable à tous sens « disait Pascal. C’est dire que ces attitudes ne sont en rien des jugements « renseignés » mais des expressions irrationnelles du sentiment qui se déguisent en jugements pseudo rationnels. Ce sentiment lui-même, irrationnel par nature, prend sa source dans des expériences émotionnelles, dans les événements marquants d’une histoire, dans l’éducation, les modèles parentaux et sociaux, ce qui explique leur constance et leur quasi indestructibilité, même devant les démentis incontestables de la réalité.

13 09

3)   Deux « visions du monde ». L’optimiste peut paraître béat, inconscient, mal renseigné, fermant les yeux sur certains aspects déplaisants de l’existence. Il veut un ordre sensé, donc il voit un ordre sensé. Le pessimiste, qu’un participant traite plaisamment de « trouillard névrosé », voit aussi un ordre, mais un ordre calamiteux où les choses ne s’arrangent pas, et ne s’arrangeront jamais. Le pire est sûr, voilà au moins une certitude ! Le pessimiste est-il « mieux renseigné » ? Il dira qu’il est lucide, clairvoyant, dés-abusé, voyant les choses comme elles sont. On songe à Alceste dans le Misanthrope qui se fait fort de n’être pas dupe. On se demandera ce que redoute Alceste, et le pessimiste en général. Peut-être, horreur, de voir son désir satisfait ? A considérer de plus près ces deux positions systématiques, optimisme et pessimisme, elles nous apparaissent bientôt comme également absurdes, procédant d’une lecture unilatérale et tronquée, expressions émotives et passionnelles d’un « pathos » de joie ou de tristesse. Chacun en jugera comme il veut, il préfèrera l’une ou l’autre – selon son propre pathos – mais cela ne fera que répéter et approfondir la confusion dont nous cherchons à sortir. (Je note que le groupe a bien du mal à se dégager du poids de l’opinion, et retombe régulièrement dans les ornières du relativisme).

4)   Si l’on veut reprendre la question sous l’angle philosophique on se proposera de sortir de l’opposition stérile des attitudes, prises de position et jugements a priori, renvoyant dos à dos des conceptions qui n’en sont pas, dénonçant le piège des « conceptions du monde » qui ne sont que des projections issues de l’inconscient. On ne se demandera pas s’il vaut mieux être ceci ou cela, s’il faut trouver une synthèse des deux, et autres farines. On se demandera plutôt s’il est vrai qu’il existe un ordre heureux ou malheureux, si cette notion d’ordre est fondée en connaissance. S’il est bien vrai que notre pensée cherche un ordre (voyez le cosmos des Grecs), rien ne garantit que cet ordre existe, et encore moins qu’il soit tel que nous le voyons.  De même pour le sens.

5)   C’est ici que l’opinion et la philosophie se séparent : l’opinion veut et voit de l’ordre et du sens pour le confort et le bien–être de la vie, la philosophie questionne selon l’exigence de vérité. Où l’on soupçonne que le bonheur immédiat et la vérité ne se rencontrent que dans les livres pieux.

Pour Métaphores,

GK

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11 août 2017

Résumé du Manhattan-philo 06/09/17 : Se passer de religion ?

Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de septembre s'est tenu le mercredi 06 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Comme annoncé sur le blog, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  La soirée fut animée comme d'habitude par Timothée Coyras, professeur de philosophie.

Sujet 1 : Les fous ont-ils perdu la raison ? 

Sujet 2 : Peut-on se passer de religion ?

Sujet 3 : Le cinéma est-il plus vivant que la littérature ?
Le sujet choisi par les participants fut :

Peut-on se passer de religion ?

 Résumé de la soirée :

Pour ce premier manatthan-philo de la rentrée, nous avons pu accueillir un public nombreux et motivé, aux sensibilités variées, que je remercie ici pour sa présence ainsi que pour la qualité de ses interventions.

Le sujet choisi fut : « Peut-on se passer de religion ? ». Dans un contexte marqué par le retour des problématiques religieuses, ce sujet intéressa le public, qui put exprimer des opinions assez variées, mais toujours dans l’écoute réciproque.

J’ai introduit cette question en évacuant un faux problème. En effet, il ne s’agit pas, ici, de savoir si l’on peut vivre sans adhérer à une religion. Il y a de fait un nombre important de personnes qui se disent sans religion, qu’elles soient athées ou agnostiques. Mais la question est plus profonde. N’y a-t-il pas en l’homme un besoin de religion qui s’exprimerait sous une forme plus ou moins identifiable ?

Une personne se saisit alors de cette remarque pour commencer, en faisant observer qu’en Chine, pays possédant un fort athéïsme, des traditions comme le confucianisme peuvent se lire comme des religions.

Une autre explique que la religion peut être en effet vécue intérieurement par la foi, mais être aussi simplement culturelle. D’autre part, il y a aussi une religion naturelle, marquée par la simple conviction intellectuelle de l’existence d’un Dieu. Le public semble ainsi, à partir de là, bien distinguer entre la religion instituée, et la foi personnelle. Globalement, le public tend à penser que la foi personnelle prime en valeur sur le culte institué, qui dénature la foi.

En s’interrogeant sur le sens de la religion, le public se demande aussi si on peut lire des utopies politiques comme des religions, à l’exemple du communisme. Ou encore, ne peut-on pas voir dans l’effervescence autour du foot une religion contemporaine ? Ce point ne fait pas l’unanimité. On en revient au problème de la définition de la religion.

Dés lors, peut-être faut-il revenir à sa source, qui est la conscience de la mort, remarque quelqu’un. La religion est ici primordiale, pour le mourant qui a besoin de croire comme pour les survivants qui ont besoin de ritualiser ce passage. Mais ne peut-on pas concevoir un rituel funéraire a-religieux ? Là encore, ce point fait débat. Pour les uns, on peut se contenter de la fonction symbolique du rite, sans référence à une transcendance, pour les autres, tout rite funéraire porte la trace du religieux.

Est ensuite abordée la question de la fonction psychologique de la religion. Si elle est de l’ordre du besoin, c’est qu’elle a une fonction vitale pour le psychisme. Mais est-ce le cas ? Permet-elle de répondre aux angoisses fondamentales ? Là encore, ce point fait débat. Pour certains, la science permet de répondre aux questions des origines de la vie. Pour d’autres, il subsistera toujours un invisible, un inconnu rendant légitime la conscience religieuse.

Le problème est aussi abordé sous l’angle social et politique. La société a-t-elle besoin de la religion ? Il est remarqué que la société a besoin de la pluralité religieuse, mais que l’intolérance est, par contre, toujours mauvaise. La religion jouerait-elle le rôle d’une instance régulatrice, sur le plan social ? La question est posée. Pour certains, la société bénéficie de l’apport des religions sur le plan des rituels, des symboles, voire de la morale. Pour d’autres au contraire, la religion est toujours synonyme d’intolérance et il faut avant tout promouvoir une laïcité stricte.

Se pose enfin la question de la distinction de la spiritualité et de la religion. On suppose que la spiritualité est une démarche personnelle, tandis que la religion a toujours une dimension collective. Il est fait référence à Durkheim. Mais on convoque aussi Marcel Gauchet pour penser le fait que le christianisme a permis une approche rationnelle de la nature qui a défait l’homme de l’emprise du religieux, ce qui en fait la religion de la sortie de la religion.

A-t-on besoin de la religion pour combler le vide de sens, que laisse notamment planer la mort inéluctable ? La question revient en fin de soirée et face aux tenants d’un besoin de transcendance, d’autres opposent le matérialisme, qui laisse l’homme seul responsable du sens qu’il veut donner à la vie. La mort peut être vue comme dramatique, mais aussi, d’un point de vue matérialiste, elle peut être pensée comme indolore, puisqu’elle est précisément privation de sensation. Ce fut ici le lieu d’un beau lapsus : « Il n’y a pas de meilleure réponse à la peur de la mort que l’euthanasie », l’auteur voulant dire « anesthésie », afin de montrer que la mort et le sommeil profond ne sont pas plus à craindre l’un que l’autre.

En conclusion, il me semble que nous avons là une question difficile mais passionnante. La difficulté porte principalement sur la définition de la religion, et la soirée n’a pas permis de faire la lumière sur ce point-là. La soirée a sans doute permis de montrer, a minima, que l’homme peut se passer des religions instituées mais pas de la spiritualité comme appel de l’invisible, appel qui ne trouve pas un écho seulement dans la religion, mais aussi dans l’art, les rites, ou encore la philosophie. L’essentiel étant, comme la soirée l’a montré, de pouvoir débattre en toute convivialité dans la diversité de nos convictions.

Pour Métaphores,

Timothée Coyras

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10 août 2017

Résumé Bedous-café-philo 02/09/17 - Punir, de quel droit ?

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Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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10 juillet 2017

"Jubilation" estivale

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Avec l'Apéro-philo de ce jeudi 20 juillet sur le thème de l'Identité s'est achevée une belle saison pour nos activités Métaphores. Cette année aura été marquée par une nouvelle dynamique. Le Café-philo de Bedous et la création du Manhattan-philo ont renouvelé les pratiques et les lieux d'accueil. Nous avons organisé pas moins de 40 activités, preuve que la philosophie dans la Cité trouve une expression vivante et un public désireux de réfléchir et, nous l'espérons, de poursuivre cette aventure collective.

La période estivale permet à chacun d'opérer une forme active de retraite, de "Jubilacion" comme disent les espagnols si bien inspirés. La retraite n'est pas, comme le veut la doxa, cette période qui achève la vie d'un individu après avoir voué la quasi-totalité de son existence au travail. Elle se comprend d'abord comme un art pensé du retrait, de la démarche réflexive, en somme, une culture de la bonne distance. Voyons-y l'atome d'écart par où se maintiennent le sens de la liberté, la possibilité de création et le rejet de toute forme d'aliénation. La retraite se cultive chaque jour dans la méditation solitaire, dans l'observation des choses et des êtres, se tenant ni trop loin ni trop près de l'affairement du monde et des passions qui l'animent.

Ce "clinamen" épicurien est la métaphore vivante de l'esprit libre, soucieux de distinguer ce qui est dû aux autres et ce qu'on se doit à soi-même. C'est dans cet esprit qu'une "jubilation" estivale peut se comprendre et se pratiquer afin de ré-ensemencer sa pensée et son questionnement. 

Nos activités reprendront dès la première semaine de septembre avec un Café-philo-Bedous le samedi 02 (Punir, de quel droit ?) et un Manhattan-philo le 06. Toutes les informations seront publiées prochainement ici-même. N'hésitez pas à consulter l'agenda. Nos lieux d'accueil devraient être maintenus et, pour cela, nous tenons à remercier vivement nos hôtes du Dimanche à la campagne, du Manhattan-café, du Matisse et de l'Escala.

Un dernier mot pour vous dire que le blog reste actif tout l'été et que vous pouvez intervenir, discuter les sujets, approfondir et prolonger ce qui a été engagé en laissant des commentaires.

En espérant vous retrouver le 2 septembre pour une reprise de haute tenue qualitative en vallée d'Aspe, permettez-moi, au nom de toute l'équipe Métaphores, de vous souhaiter un bel été philo-littéraire et d'intenses "jubilacions".

Didier Karl

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09 juillet 2017

Résumé Apéro-philo 20/07/17 - Identité : invention ou réalité ?

Apero philo

Le dernier Apéro-philo (entrée libre et gratuite) de la saison s'est tenu jeudi 20 juillet à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne. Il fut animé exceptionnellement par David Pourille, philosophe pour aborder le sujet suivant : 

 

L'identité, invention ou réalité ?

Résumé de la soirée :

Nous avons lu le passage suivant en guise de prélude :

       « Comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ». Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Pourquoi parler de l’identité ? Parce que le mot traverse beaucoup de débats plus ou moins tendus dans notre société : identité régionale, identité nationale, identité sexuelle, identité religieuse…

      Délimitons d’abord les termes de la question. Le terme d’invention s’emploie dans deux contextes : lorsqu’on évoque ou mentionne un objet fabriqué et nouveau, la boussole, l’imprimerie ; comme lorsqu’on évoque ou mentionne quelque chose d’inventé, d’imaginé, un mythe, un mensonge, une croyance… Le terme de réalité est en apparence plus simple : c’est ce qui s’impose à nous, comme l’oxygène par exemple, ce qui est déjà donné indépendamment de nous. Quant à l’identité, on peut l’appréhender par le biais de l’adjectif identique. Quand l’utilisons-nous ? Quand nous parlons d’une chose identique à elle-même ou de deux choses identiques entre elles, c’est-à-dire indiscernables. Nous remplaçons souvent identique ou identité par le même : « ces deux tables sont les mêmes », « ils ont le même père » …

          Trois points sont posés en jalons provisoires de la discussion : approfondir l’identité pour circonscrire notre réflexion ; l’origine et l’utilité de l’identité ; et la réponse, si possible à la question initiale : « identité : invention ou réalité ? ».

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       La discussion s’ouvre entre les participants sur les différents aspects de l’identité, individuelle et collective, mentale et biologique. La pérennité de quoi que ce soit d’identique en nous, traversant le temps d’emblée fait débat. D’un côté, l’identité s’hérite du passé, de l’autre, elle ne résiste pas au temps. Où est l’identité ? Quelle est son support ? Serait-ce le moi ? Pascal est évoqué, « mes » qualités changent et le moi est introuvable. Pourtant nous avons bien un « caractère » qui perdure ; les autres me voient comme ayant tel ou tel caractère. On discerne d’ores et déjà que l’identité se définira par rapport à la notion de l’autre, que l’identité psychologique se rapportera à la présence d’autrui. Après cette première phase d’enquête, l’identité passe à l’examen critique : ce n’est qu’une nécessité créée par peur du vide, par besoin de sécurisation. Quelqu’un va plus loin : elle fige, relève du passé, ne résiste pas à la transformation. Un autre achève la critique : l’identité est introuvable et sa définition requiert l’autre, l’altérité. Ce ne serait qu’un néant. Par un jeu dialectique, la critique est renversée au profit d’une identité qui a sa valeur en politique ou dans l’histoire par exemple ; en effet, ceux qui n’avaient pas d’identité étaient les esclaves. L’intervenant ne nie pas que l’identité soit fabriquée puisqu’elle se fabriquerait avec le jeu des différences ; il affirme plutôt qu’elle cède sa place aux identités, sociales notamment, où certaines s’effacent et d’autres apparaissent.

       La seconde partie de la soirée reprend en abordant le thème de l’utilité de l’identité. L’identité apparait comme une revendication post-matérialiste, elle indique un sens, sens comme direction et sens comme signification, dans une époque qui a délaissé ou abandonné ces anciennes identités. Dans la sphère collective, l’identité serait le moteur de l’affirmation d’une affinité avec les autres, voire la recherche de cette affinité. D’où les réflexes grégaires qui en accompagnent les revendications, via un langage collectif qui participe à sa construction, à rebours d’une identité aphasique (ou hors-langage). Sans identité, on ne fait pas corps ni chœur avec les autres. L’idéal commun d’une société passe par elle mais elle demeurerait un leurre de la singularité. A nouveau un renversement dialectique : nous sommes des animaux politiques, au sens où ne nous pouvons ni vivre ni nous développer seul hors de la société organisée des humains. Par conséquent l’identité se construit à la faveur de l’appartenance collective.

          La fin de la soirée apporte une nouvelle ouverture au sujet : l’éthique. L’identité répond aussi à une question éthique (- qui synthétiserait d’ailleurs les questions de l’identité individuelle et de l’identité collective…). Elle pose la question de savoir « avec qui avons-nous envie d’être ? ». Et si l’identité est une invention, elle a des effets ; et que faire sans elle ? Par ailleurs, l’identité évoque une quête de sens toute personnelle.

         En conclusion de ce résumé, et en nous recentrant, seulement en apparence, sur l’identité personnelle, nous citerons Michel de Montaigne, dans son essai sur l’inconstance de nos actions : « Nous sommes entièrement faits de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment joue son jeu. Et il y a autant de différences de nous à nous-mêmes que de nous à autrui ».

Pour Métaphores, David Pourille

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08 juillet 2017

Résumé du Café-Philo du 11/07/17 : Prendre le monde au sérieux ?

CAFE-PHILO (2)

Le Café-Philo du mois de juillet s'est tenu le mardi 11 à 18h45 au Dimanche à la campagne. Comme d'habitude, le groupe présent a proposé une dizaine de sujets soumis au vote afin de déterminer la question de la soirée. Le sujet retenu fut : 

Peut-on prendre le monde au sérieux ?

La soirée fut animée conjointement par Marie-Pierre Carcau (philosophe) et Didier Karl (professeur de philosophie) 

Résumé de la soirée :

1    La réflexion débute par une remarque qui signale l’unicité du monde : « il n’y a qu’un monde » dans lequel l’humanité est inscrite qu’elle le veuille ou non, de sorte que ne pas le prendre au sérieux reviendrait à se tenir comme séparé, à l’écart,  vouloir lui échapper, ce qui serait impossible.

2    Ce préambule sous forme d’opinion a le mérite de rendre possible une succession de questions qui révèlent la complexité de ce sujet. Que signifie l’expression « prendre au sérieux ? » L’idée d’une attitude grave est convoquée conformément d’ailleurs à l’étymologie du mot sérieux (gravus : lourd, pesant en latin) par opposition à la légèreté, à la frivolité, à la désinvolture. Prendre les choses au sérieux, c’est considérer l’existence d’enjeux majeurs, essentiels.  Le verbe « prendre »  implique à la fois une décision et une tentative de maîtrise (saisir), idée qui sera approfondie un peu plus loin. Qu’y peut-il y avoir d’essentiel dans le monde ? Plusieurs niveaux apparaissent, l’individu et ses besoins, l’humanité considérée comme totalité, l’environnement ou la planète Terre dont les équilibres nous semblent de plus en plus précaires.

3    La définition du « monde »  fait problème et le groupe s’y arrête un moment. Qu’est-que le monde ? S’agit-il d’un objet, d’une matière, d’une situation ? Savons-nous réellement de quoi nous parlons ? L’idée selon laquelle le monde serait d’abord une représentation est avancée. Mais dans ce cas, il ne serait pas le réel en tant que tel mais une manière de le construire, de le penser, de l’imaginer, de le sentir en élaborant des  significations.  Le monde c’est initialement le Kosmos des grecs et étymologiquement le mundus des latins. Il désigne une unité constitutive ordonnée par les dieux ou le Logos dans laquelle, pour reprendre une formule de Koyré, « toutes les choses ont une place et chaque chose est à sa place ». Le monde comme système de significations organisé s’oppose à l’univers éclaté et sans bornes des physiciens, au hasard et au désordre. Il est l’expression intelligible de la raison à l’œuvre dans les choses, dans la réalité soumise à des lois immuables comme l’ont pensé les anciens. Mais là encore, nous faisons le constat qu’il s’agit d’une représentation à laquelle les Modernes n’adhèrent plus guère. Le monde unifié n’est-il pas une illusion et dans ce cas quel serait le sens véritable du sujet ?

4     Cependant, en observant le spectacle étrange des conduites humaines la question est relancée. N’y a-t-il pas en effet matière à rire comme Démocrite ou à pleurer comme Héraclite ? Le monde auquel nous assistons n’est-il pas une mascarade à l’image du jeu politique qui promet pour séduire et ne tient pas ses engagements ? se demande un participant.  « Est-ce que ce monde est sérieux ? » chante Francis Cabrel  dans une ballade qui témoigne de la terrible mise-à-mort d’un taureau dans l’arène théâtralisée de la corrida. Ce chant a le mérite d’indiquer que la tragédie est convertie en jeu, en danse, en festivité pour une foule qui jubile devant le spectacle du pire. Est-ce que ce monde est sérieux ? Pouvons-nous réellement prendre la mort de l’animal au sérieux et avec sa souffrance exhibée, notre pauvre sort de mortel dont nous sentons la précarité et ici, sur cette scène, sa facticité. Cette problématique ne sera pas approfondie même si nous pressentons que se joue (!)très certainement un aspect essentiel de la question : l’homme peut-il faire face au tragique de la vie sans fuir (et s’enfuir) dans le spectacle divertissant de la représentation ? Le verbe pouvoir qui initie le sujet de ce soir prend ici tout son sens (possibilité ou droit ?)

4    Après la pause, nous convoquons l’analyse de Marcel Gauchet reprenant une formule de Max Weber : « le désenchantement du monde », la sécularisation des temps modernes liée au déclin des dieux et du monothéisme. Au monde sacralisé et unifié succèdent l’univers indifférent et illimité d’un côté, illustré par les pages grandioses de Pascal au XVIIè siècle, et le sort des hommes contraints de s’administrer eux-mêmes sans le secours de la transcendance ou d’une quelconque Providence. L’homme semble condamné à  faire face aux divers défis que lui impose la conscience de sa situation dans le monde, son « être-au-monde » marqué par l’ouverture à la liberté, c’est-à-dire le champ des possibles qui témoigne de sa dimension existentielle.

5    La réflexion s’oriente alors dans une perspective morale questionnant la responsabilité des hommes dans leurs actions, leurs attitudes face aux problèmes qui menacent la survie de l’espèce. La question éco-logique pointe comme pour rappeler qu’au-delà de la problématique existentielle, celle de la maison (Oikos)-mère, de la maison commune, se pose comme nouvelle figure métaphorique du monde. Ne pas prendre ces enjeux au sérieux reviendrait à faire montre d’une totale vanité et d’une dangereuse indifférence. Ainsi, l’homme d’aujourd’hui serait sommé de prendre en charge l’équilibre planétaire. Quelqu’un évoque la plasticité de l’intelligence des hommes, un autre, leur aptitude à inventer de nouveaux paradigmes pour répondre aux enjeux de notre temps.

6     La soirée s’achève sur un positionnement plus critique de l’animateur qui consiste à interroger cette forme particulière de nouvelle maîtrise que s’impose l’individu contemporain –individu marqué par un nouvel esprit de sérieux qui ferait de lui le garant de l'ordre naturel et du devenir général du monde. On peut se demander si cette attitude n’est pas le signe d’une nouvelle culpabilisation collective, d’une mauvaise conscience visant à faire peser sur chacun d’entre nous le poids écrasant d’un anthropocentrisme ravageur et d’un nihilisme  sournois. Au fond, la question posée au départ ne prête-t-elle pas précisément à rire devant le dérisoire et l’insignifiance de nos prétentions ? A l’esprit de sérieux, Nietzsche oppose le gai savoir dont le rire est l’expression vitale et dont la danse mobile et aérienne est la figure mobile. Alors que le sérieux enlise la pensée dans le remords et la lourdeur pétrifiée du devoir, rire libère et célèbre les forces de vie. « Prendre le monde au sérieux » serait dans cette perspective le symptôme d’une vitalité en berne, vaincue par des forces extérieures.  « Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel » (Par delà bien et mal).

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 Pour Métaphores, Didier Karl

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07 juillet 2017

Résumé Manhattan-Philo - 5/7/17 - Le droit de rater sa vie ?

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Le dernier Manhattan-Philo de la saison s'est tenu mercredi 05 juillet au café-Manhattan à 18h45. Trois sujets furent proposés par notre animateur-philosophe Timothée Coyras:

Sujet 1 : A-t-on le droit de rater sa vie ?

Sujet 2 : Les fous ont-ils perdu la raison ?

Sujet 3 : Le cinéma est-il plus vivant que la littérature ?

Résumé de la soirée :

Pour ce dernier Mannathan-philo avant la pause estivale, le public a choisi de traiter le sujet suivant : A-t-on le droit de rater sa vie ?

Un sujet qui peut déconcerter, et qui a visiblement intrigué les participants. J’ai commencé par dire quelques mots pour introduire cette question. Il existe l’idée selon laquelle la société se diviserait en personnes qui ont réussi leur vie – socialement, sentimentalement, matériellement, etc.- et en personnes qui ont raté leur vie. Par ailleurs, il existe une pression sociale qui nous pousse à réussir, pour éviter de paraître comme un raté. Mais sommes-nous maîtres de cette réussite ? Et si non, n’avons-nous pas le droit d’échouer ? La société n’a-t-elle pas le devoir de repêcher ceux qui échouent ? Par ailleurs, qu’est-ce que réussir sa vie ? Est-ce seulement sur le plan social ou matériel, n’est-ce pas aussi et surtout sur un plan moral ? Sur ce plan, Kant expliquait que l’homme a le devoir de se perfectionner. Mais n’a-t-on pas le droit à la paresse ?

C’est à partir de ce questionnement initial que le public prend la parole. Quelqu’un remarque d’abord que rater sa vie, au fond, c’est mourir. Un autre remarque que la notion de réussite prend place dans un schéma pré-établi. Ainsi, ce schéma ne laisse aucune place à la création. Par exemple, des créateurs comme Mozart ou Van Gogh n’ont pas réussi matériellement et socialement, mais se sont montrés créatifs. Toutefois, une autre personne remarque que ces artistes ont réussi leur vie dans la mesure où ils ont atteint la postérité. S’ensuit alors un débat sur le sens de « réussir sa vie ». Est-ce la réussir pendant sa vie ? Ou est-ce la réussir du point de vue de la postérité et de l’Histoire ?

Un autre participant recentre un peu sur le sujet initial en disant qu’on rate sa vie au travers du regard des autres et que, dans cette mesure, on a le droit de rater sa vie devant le regard des autres. Une distinction se crée alors, pour un autre, entre réussite « extérieure » et réussite « intérieure ». La réussite extérieure se jugerait du point de vue de la société, et la réussite intérieure du point de vue de la conscience et, au fond, d’un principe divin.

La réussite n’est-elle pas le simple fait d’être heureux ? Demande quelqu’un. Dans ce cas, certaines personnes au bas de l’échelle sociale, qui se satisfont de peu, ont réussi leur vie. Pour un autre participant, la réussite se juge sur un critère moral et il convoque un exemple historique pour appuyer son propos. Thomas More, grand chancelier de Henri VIII, qui avait atteint une réussite sociale tout à fait remarquable, a été condamné à mort pour avoir refusé de soutenir Henri VIII qui voulait divorcer, alors que la loi religieuse s’y opposait. On voit donc un échec social, mais en même temps une réussite morale. Cet exemple fait réagir un autre participant, qui estime que personne ne peut juger de la réussite ou de l’échec d’une vie.

A partir de là, une bonne partie de la discussion va tourner auour de la question de savoir si on a le droit de juger de la réussite ou de l’échec d’une vie. Pour l’un, c’est chacun qui doit juger de sa propre vie, pour un autre, cette idée est symptomatique d’une société individualiste, où chacun fait ce qu’il veut, mais n’a pas de sens dans bien d’autres cultures, plus centrées sur le collectif et la dimension morale. Ainsi, si on a plus le droit de juger, comment louer ou blamer ce qui est louable ou blamable ?

En revenant un peu sur le problème de la réussite et de l’échec, il est souligné qu’il n’y a au fond pas de réussite ou de ratage « globaux », mais seulement des actions réussies ou ratées. Et des réussites peuvent être inintéressantes, tandis qu’il y a des ratages féconds.

La question du droit à rater sa vie est au fond, remarque quelqu’un, une réponse à une attaque. Si on nous somme de réussir notre vie, on répondra qu’on a le droit de la rater. Il y a ici un hiatus entre la loi, universelle, et l’individualité.

Un participant remarque qu’il y a deux cas où on a le droit de rater sa vie. Le premier, dans le cas de la réincarnation. Si on a plusieurs vies, alors on peut en rater une. Ou dans le cas où Dieu n’existe pas, car dés lors tout est permis, et il n’y a pas de juge suprême devant lequel réussir ou rater.

Mais sommes-nous propriétaires de notre vie ? Y a-t-il quelque chose à réussir ou à rater ? S’interroge quelqu’un.

Dans la deuxième partie de la soirée, un peu plus brève, le public revient principalement sur la question de la signification de « réussir sa vie » ainsi que sur le droit dont on dispose de juger ou non de la réussite d’une vie. Le débat s’anime ainsi autour de ce droit, impossible pour les uns, tout à fait possible voire même nécessaire pour les autres.

Pour essayer de mettre tout le monde d’accord, je souligne qu’il faut distinguer le jugement que l’on porte sur des actions singulières, et un jugement que l’on porte sur une vie. On peut juger les actions singulières, mais pas la vie, pas l’être lui-même de la personne.

En s’interrogeant sur les conditions de la réussite, un participant remarque qu’elle est un effet de l’esprit d’entreprise et de la volonté de créer, comme en témoignent les disparités économiques, qui sont liées pour une part essentielle à cet état d’esprit.

Le plus intéressant, remarque enfin quelqu’un, est peut-être de rater sa vie, car cela signifie qu’on a osé quelque chose. Si on rate parce qu’on a pris un risque, la question devient alors : a-t-on le droit de prendre le risque de rater sa vie ? Il faut ainsi distinguer les actes et les résultats, qui ne sont pas toujours à la hauteur des espérances.

Réussir, c’est peut-être parvenir à vivre au présent, remarque finalement quelqu’un, afin de ne pas rater, manquer, cette vie qui ne se joue qu’au présent.

Pour conclure cette soirée, on peut proposer la synthèse suivante :

Il y a bien un droit de rater sa vie, au sens où on a le droit de rater la vie que les autres voudraient pour nous. Mais au sens où notre vie rencontre aussi le cas du devoir, il y a un devoir de ne pas rater sa vie au sens où nous ne pouvons pas manquer à nos responsabilités. Enfin, la notion  de réussite et d’échec ne s’applique pas à la vie elle-même. Pour rater ou réussir, il faut d’abord vivre ! Dés lors, une vie n’est pas une chose ratée ou réussie, elle est plus fondamentalement la condition d’actions éventuellement ratées ou réussies. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras

 

Prochain Manhattan-philo en principe le mercredi 06 septembre 18h45

 

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01 juillet 2017

Résumé du Café-philo-Bedous - 01/07/17 - Pour vivre heureux vivons cachés

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Le Café-philo de Bedous du mois de juillet s'est tenu le 1er à 18h au café L'Escala en vallée d'Aspe. Activité philosophique libre et gratuite, présentée et animée par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet proposé fut :

Pour vivre heureux, vivons cachés. 

Résumé de la soirée :

La question du bonheur nait chez les penseurs de l’antiquité grecque. Dès sa naissance, la philosophie se constitue comme recherche éthique sur la meilleure  manière de vivre et assigne à cette recherche la tâche de définir le bonheur. Or, cette question du bonheur est loin d’être simple : si nous savons clairement quand nous ne  sommes pas heureux, désigner ce qui nous rendrait heureux parait plus ardu et les réponses les plus diverses adviennent. Le bonheur semble alors relever de la subjectivité.
On peut cependant s’entendre sur l’idée qu’il est un état de bien-être physique et mental, caractérisé par une stabilité. Mais, une telle permanence est-elle envisageable dans une vie humaine dans laquelle l’imprévisible règne? On voit alors que des moments de bien-être, de plaisirs  ne constituent pas le bonheur du fait de leur fugacité. Que faut-il faire pour se rendre heureux ?
Le sujet proposé est le dernier vers d’une fable du XVIII° siècle,écrite par Florian et intitulée “Le grillon” : un grillon envie d’un superbe papillon qui parade dans les airs : “Dame nature pour lui fit tout et pour moi rien “; ainsi, les données de départ étant inégales, elles créent une injustice préjudiciable pour le grillon; L’égalité est-elle alors une condition nécessaire pour vivre heureux ?
Mais  après, des enfants poursuivent le papillon et le déchiquètent, ce qui fait dire au grillon ceci: “”Oh, oh, je ne suis plus fâché, il en coute trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimé ma retraite profonde ; pour vivre heureux, vivons  cachés ! “.
Se pose ici la question de ce qui relève du public et  de la sphère privée avec l’idée que le bonheur serait menacé par une vie sociale trop éclatante, qu’il faudrait se protéger des autres, ces derniers étant une menace pour  notre bonheur. Faut-il alors envisager la quête de son bonheur  sans se soucier des autres, en se protégeant de leur possible jalousie ? L’on voit  le problème éthique que cela pose. Mais ,en même temps, cette recherche de bonheur n’est-elle pas légitime, peut-on être soucieux des autres si nous ne sommes pas heureux ?
Enfin, comment entendre cette Première personne du pluriel de “vivons” ? S’agit-il ici de chacun d’entre nous, de notre individualité ou d’une collectivité, et si oui, laquelle ?
 
-Le bonheur n’est-il qu’affaire privée ?
-Comment entendre cette expression “vivre cachés” ?
-Les autres sont-ils une entrave au bonheur ?  (qu’est-ce que vivre heureux ? )
-Peut-on entendre une idée du bonheur qui serait en même temps une éthique?
 
Quelqu’un commence par  faire le lien entre le sujet et notre monde, dénonçant  cette injonction à se montrer, via internet et les réseaux sociaux, tissus relationnel envenimé. Trop se montrer entraine le risque que la malveillance  l’emporte. On perd en intimité, et le bonheur semble alors inatteignable. On remarque alors que ce sujet pose justement la question de l’intimité : que montre-t-on ou pas?
La pression sociale  impose des choses et l’on a alors besoin de de retirer  pour reconquérir quelque chose de soi, se recentrer.  Pour un intervenant, la solution est de vivre au fond des bois, et vivre cachés, c’est vivre avec la nature pour retrouver  un bonheur qu’on avait et qu’on n’a plus. Certains hommes célèbres ont fini par vivre cachés.
 
Mais on se demande alors si c’est la solution : est-ce vivre  que de vivre cachés ? Se retirer du regard des autres, c’est se reconnecter avec ses sensations, mais l’homme a aussi besoin de communiquer et il semble que le sujet , dans sa formulation, est contradictoire : la référence au bonheur est solaire  alors que les autres sont une menace (“cachés “) ; ne peut-on être bien avec les autres ?
Le fait de se cacher , n’est-ce pas refuser de se montrer tel que l’on est, par un manque de confiance en soi qui ne peut que montrer que l’on n’est pas heureux. Ne faut-il pas alors en conclure que le bonheur est un état intérieur, que l’on ne trouve qu’en soi-même ?
Si chacun en a  une idée différente, il faut bien faire des concessions. Cachés ne veut donc pas dire être seuls. Vivre bien  peut nous amener à vouloir partager, mais on choisira avec qui on échange. le bonheur ne peut alors pas être une simple recherche égoiste ,le partager le rendrait plus intense. Mais, avec qui le partager ? s’il nous faut choisir, c’est donc qu’il faut construire une communauté d’idées. Nous sommes mieux entourés avec des personnes qui veulent un monde meilleur qu’avec des gens malveillants.
 
De plus, c’est dans les moments difficiles qu’on a besoin de rencontrer les autres, d’autres regards sur le monde pour nous aider à notre tour, à voir les choses autrement.
 
Vivre cachés ne veut donc pas dire  le rester ; il faudrait le faire par intermittence, être assez fort pour se retirer, pour mieux revenir puisque vivre heureux suppose d’être avant tout bien avec soi. Il y a là l’idée de quelque chose d’universel à trouver. Quand quelqu’un est lui-même, s’affirme, cela nous montre que nous pouvons nous aussi y arriver.
On en vient à penser que le bonheur est une quête jamais acquise et quelqu’un  songe  à la phrase d’ Albert Camus : “il faut imaginer Sisyphe heureux “.  On ne choisit pas la condition humaine ni les épreuves qui vont avec.
Il faut songer à construire d’autres liens avec les autres, découvrir qui l’on est  et être relié aux autres sans faire semblant.  Ne pas se masquer derrière des faux-semblants afin de construire une authentique relation avec les autres. C’est vers cela que devrait évoluer une société et l’on pourrait alors parler de communauté. C’est à ce moment-là que l’on peut parler de bonheur, pas tant dans ce qui est accompli mais dans la construction de cette communauté. On rejoint alors la pensée de Lao-Tseu  : il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin.
 
Enfin, quelqu’un remarque que quand on a l’impression d’avoir combattu quelque chose en soi, d’avoir fait un effort qui nous permette de révéler quelque chose de nous qui nous était inconnu, on a ce sentiment de bonheur.
Comme nous constatons qu’il y a des personnes qui ont plus de chance que d’autres, il faut alors faire en sorte de leur permettre la même chose ou, au moins, de ne rien faire qui entrave leur propre quête.
 
En conclusion, il faudrait que chacun puisse s’engager dans une construction ou reconstruction de soi, parvenir à une libération intérieure qui permette ainsi de vouloir créer des liens nouveaux avec les autres,liens authentiques qui seraient promesse d’une véritable communauté.Il faut cultiver son jardin ou se mettre dans les sillons de celui d’Epicure pour qui “ de tous les biens que la sagesse nous procure pour le bonheur de notre vie, celui de l’amitié est de beaucoup le plus grand”.pour terminer ,ce commentaire au sujet de ce jardin :”chacun devait tendre à créer l’atmosphère où s’épanouissaient les coeurs. Il s’agissait avant tout d’être heureux et l’affection mutuelle, la confiance avec laquelle on se reposait l’un sur l’autre contribuaient plus que tout au bonheur”.
Pour Métaphores
Véronique Barrail
 

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17 juin 2017

Apéro-philo - 22/06/17 : L'argent a-t-il une odeur ?

Apero philo

L' APERO-PHILO (entrée libre et gratuite) du mois de juin s'est tenu le 22 à 18h45 à Pau au café restaurant Le Dimanche à la campagne sur le sujet suivant :

L'argent a-t-il une odeur ?

 

Résultat de recherche d'images pour "Odeur argent"

L'animateur et philosophe Guy Karl a proposé une présentation problématisée de la question d'une vingtaine de minutes et a proposé un plan d'étude pour la soirée.

Résumé à suivre.

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