15 septembre 2016

Résumé café-philo du 11/10/16 : Vivre et se mentir à soi-même ?

CAFE-PHILO

Le café-philo de Pau du mois d'octobre s'est tenu le mardi 11 à 18h45 au café associatif La Coulée douce - Cité des Pyrénées (maison de la montagne) rue Berlioz. Un vote démocratique a décidé du sujet à traiter :

Peut-on, pour vivre, ne pas se mentir à soi-même ?

Résumé de la soirée : 

1)   Quel est le sens de cette question ? Celui qui parviendrait à ne pas se mentir à lui-même pourrait-il encore vivre dans la société telle qu’elle est ? Ou bien au contraire pourrait-il accéder à un vivre de meilleure qualité, même s‘il constate un écart significatif entre sa vie et celle des autres ?

 2)   Le groupe, dès l’abord, relève des présupposés dans la question : quel est ce soi dont il faudrait prendre connaissance ? Est-il possible de ne pas se mentir ? Pour mentir ne faut-il pas la connaissance préalable de la vérité ? S’il est facile de concevoir le mensonge à l’égard d’autrui, plus difficile est l’idée d’un auto-mensonge.

 3)   Une grande partie de la soirée va être consacrée à la définition du mensonge. Le mensonge est un acte de parole intentionnel qui consiste à dire quelque chose que l’on connaît soi-même comme étant faux. Celui qui découvre qu’on lui ment se sent dupé, blessé, trahi. Il y voit une rupture de la confiance, surtout si c’est l’œuvre d’un ‘ « ami ».

 4)   Peut-on se mentir à soi-même ? Là-dessus  les avis sont partagés et donnent lieu à des approfondissements considérables. On peut se mentir à soi-même en se cachant des vérités que l’on connaît par ailleurs, en se coulant dans des attitudes, des positions insincères , par conformisme, ambition, jeu, séduction, flatterie, peur, se laissant peu à peu prendre au piège, au mépris de son vrai désir fondamental. On se coule dans la toile que l’on a soi-même ourdie : mensonge social, voire existentiel, dont on serait à la fois la cause et la victime. La littérature explore abondamment des situations de ce genre. Un participant cite les Précieuses ridicules de Molière. D’autres des expériences vécues.

 5)   Il devient fort difficile de distinguer la part du refoulement, du déni, de l’illusion consentie et entretenue, et autres mécanismes de défense – du mensonge proprement dit. Le mensonge est intentionnel : puis-je délibérément décider de me mentir à moi-même ? La question n’est pas tranchée, peut-être ne le peut-elle pas. Si je me mens je sais que je me mens ? On n’en sort pas, sauf à admettre (c’est ma thèse) qu’il existe ici un clivage entre le conscient et l’inconscient : le conscient campe sur une position de dénégation, l’inconscient « sait » ce qu’il en est. Un enfant par exemple, qui a volé,  soutient qu’il n’a pas volé, il l’affirme avec tant de force qu’il finit par y croire : il se ment à lui-même. Mais inconsciemment il sait. La contradiction sera levée avec la reconnaissance du savoir refoulé qui revient à la conscience.

 6)   Quoi qu’il en soit, mensonge à soi-même, illusion, refoulement, piperie, « cacherie », dénégation ou déni, constatons que toutes ces stratégies participent de la difficile adaptation à la vie sociale, qui exige beaucoup de nous, et notamment une sorte d’hypocrisie institutionnelle : refoulement des pulsions, renoncements narcissiques, compétition, performance. Dès lors être vrai pour soi devient une tâche très difficile. Vivre, ce sera jongler avec les impératifs sociaux, tout en veillant à sauvegarder l’essentiel, le désir fondamental. En ce sens il est sans aucun doute urgent de ne pas se mentir à soi-même, en cultivant notre part singulière de vérité.

 Pour Métaphores, Guy Karl

 

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01 septembre 2016

Résumé du café-philo du 13/09/16 : La colère, vertu ?

Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl

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10 juillet 2016

Résumé du Café-philo du 20/07/16 : ignorance et certitude

Café-philo

Le dernier Café-philo avant la pause estivale s'est tenu le mercredi 20 juillet au café restaurant Un Dimanche à la campagne (face parc Beaumont). Le sujet voté démocratiquement par les participants sur la base des propositions (questions, citations...) fut : 

"Le danger n'est pas ce qu'on ignore, c'est ce qu'on tient pour certain et qui ne l'est pas." (Mark Twain)

Cette citation a suscité le plus de suffrages parmi les participants qui dès le début s’engagent dans la phase d’éclaircissement du danger. Potentiel ou réel ? Certain ou imaginé ? Au final, on retient l’idée que le danger est manifeste alors que le risque est plus probable. Par ailleurs, la perception du danger est-elle la même pour tous ou n’est-elle que relative à chacun ? Impossible de trancher, on convient qu’il faut abandonner le danger en général comme se concentrer sur tel ou tel danger, événement brutal de la nature, guerres, violences, sauvageries, menaces… mais par exemple un homme, une attitude ou telle ou telle conception. Car derrière la perception du danger se trouve déjà l’idée de représentation que l’on en a et la question de ce à quoi renvoie cette représentation. De plus, Mark Twain n’invite pas à réfléchir sur le danger en soi, ni sur tel ou tel danger particulier, mais sur ce qui est dangereux, à savoir l’ignorance ou la certitude. C’est bien là un reversement de l’opinion commune selon laquelle est dangereux ce que l’on ignore alors que ce qui est dangereux, c’est plutôt les certitudes auxquelles on tient, quand bien même ce que l’on tient pour certain ne l’est pas. Il y a là un conflit.

Le débat se porte alors plus sur les préjugés et les croyances que le danger en lui-même. Lesquelles sont dangereuses ? Qu’est le plus dangereux : l’ignorance ou la certitude ? On creuse alors le besoin de sécurité corrélé au besoin de certitude. La certitude protège, sécurise face à la peur, à l’angoisse, à l’absence de maîtrise. D’ailleurs, la maîtrise n’est-elle pas non plus une croyance plutôt qu’une réalité ?

C’est la croyance, le fait de croire en quoi que ce soit, y compris dans le champ religieux mais aussi politique, idéologique… qui devient alors le centre du débat, cette croyance qui nous fait tenir pour certaines nos opinions. Car on peut croire une chose certaine sans qu’elle le soit, comme lorsqu’on croit suivre une règle de grammaire ou une règle de politesse alors qu’en fait nous confondons croire suivre ces règles et suivre en fait ces règles.

Pour Métaphores DP

 

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15 mai 2016

Résumé du café-philo du 14/06/16 : Repenser la nature

Café-philo

          Le prochain café-philo s'est tenu le mardi 14 juin 2016 à 18h45 au café (associatif) La Coulée douce, Cité des Pyrénées, rue Berlioz à Pau (activité libre et gratuite). Le sujet voté par les participants à partir de leurs propositions fut :

Comment repenser notre rapport à la nature ?

Résumé de la soirée :

1)      S’il est bien question de nos jours, où tant de dangers menacent la vie sur la planète, de repenser notre rapport à la nature, on se demandera s’il a bien existé par le passé une authentique pensée de ce rapport. Rien n’est moins sûr, car si l’homme s’est adapté bon an mal an, s’il a prospéré en se répandant sous toutes les latitudes au fil de son histoire, il a sans doute agi plus par instinct de survie que par réflexion. Toutes les organisations vitales tendent à occuper voire à coloniser leur milieu pour s’assurer les meilleures conditions de développement. L’espèce humaine s’est aménagé une position dominante qui, paradoxalement, peut apparaître comme le plus grand danger pour sa survie.

 2)      Interrogeant le passé on peut décrire deux conceptions majeures. Très longtemps domine la pensée animiste qui peuple la nature d’esprits ou de génies dont il importe de se concilier les faveurs par des offrandes ou des prières. La nature est sacrée, inviolable, toute puissante, redoutable, et c’est essentiellement par la magie ou le rite que l’on peut exercer une action, parallèlement aux ressources très limitées d’une technique rudimentaire, qui ne modifie pas l’environnement et se contente de tirer parti des bénéfices immédiats. Puis, avec les progrès de la connaissance rationnelle, se développera, fort tard au demeurant, une science efficace qui inspirera une technologie  conquérante, capable d’utiliser, ou de libérer l’énergie au profit de l’exploitation méthodique des ressources naturelles. La nature, désacralisée, devient une réserve indéfiniment exploitable, soumise au projet prométhéen énoncé par Descartes : « devenir comme maître et possesseur de la nature ». Certains auteurs proposent d’appeler « anthropocène » le nouvel âge géologique où nous sommes, marquant par cette notion une situation inédite dans l’histoire de la terre, où l’humanité apparaît comme un des facteurs de l’évolution, par l‘action qu’il exerce sur le climat, le sol et le sous-sol, les cultures, voire les océans, modifiant de la sorte les conditions naturelles, sans que l’on puisse prévoir les effets à terme : par exemple la disparition des abeilles, la pollution des océans, la fonte de la banquise et des glaciers. L’homme est devenu un partenaire de l’évolution géologique, mais il n’en a pas forcément conscience. C’est là que notre sujet prend toute sa signification : quelle nouvelle pensée de la nature ?

3)      L’époque contemporaine, portant cette conception à l’extrême,  se caractérise par la domination unilatérale d’une puissance quasi illimitée, née de la conjonction historique de trois puissances étroitement intriquées : la science expérimentale, la technologie impériale, le financement privé ou étatique. D’où la naissance de gigantesques « firmes » mondialisées qui jouissent d’une sorte de monopole de l’inventivité, dans tous les domaines, et qui semblent même échapper à toute législation. Elles entraînent l’humanité dans une course effrénée vers le maximum de profit, sans considération critique sur les effets éventuels de cette « mobilisation infinie » (Sloterdijk). Ce n’est là, cependant, que l’aspect le plus visible d’une tendance générale que l’on peut observer dans tous les secteurs de la vie publique (entreprises, écoles, administrations, hôpitaux, services sociaux etc)

4)      Le groupe, enfin, interroge un autre aspect de la question : faut-il repenser notre propre nature d’être humain, car si l’homme a conquis la planète et se comporte en super prédateur c’est bien qu’il y a en lui une disposition conquérante, une aspiration infinie, une volonté de puissance qui préside aux plus grandes réalisations, mais qui a son côté sombre. Où est la limite ? S’il n’est plus possible de revenir en arrière, on se demandera où aller, et pour quoi faire ? Peut-être le seul choix qu’il nous reste est-il entre le capitalisme sauvage et la Civilisation. Peut-être que, sous ce rapport, les Anciens ont encore quelque chose à nous dire.

Pour Métaphores, Guy Karl

 

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27 mars 2016

Résumé du Café-philo du 10/05/16 : Promesse et liberté

CAFE-PHILO

Le Café-philo du mois de Mai s'est tenu le mardi 10 à 18h45 au café associatif de La Coulée douceCité des Pyrénées29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par le groupe présent fut : 

Promettre, est-ce perdre sa liberté ?

Animation et synthèse : Guy Karl (Philosophe)

 1)    Promettre est un acte de parole qui, au présent, engage la foi, la confiance, la créance en un acte futur : « demain je  rembourserai mes dettes ». Cet engagement se fait dans une relation intersubjective, l’un promet à l’autre, s’engage devant lui, met en jeu sa bonne foi, demande à être jugé sur sa bonne foi.

 2)    Toutefois il faudrait distinguer, en droit positif, ce qui relève d’un contrat, dont le manquement est passible de poursuites judiciaires, de la promesse proprement dite, acte privé, qui, hormis quelques cas extra-ordinaires, ne concerne pas le droit. Notre débat portera donc exclusivement sur la promesse.

 3)    On promet « quelque chose » à quelqu’un, fût-ce à soi-même dans une division entre ce qu’on est et ce qu’on décide de devenir. Promettre suppose donc toujours une tension entre le présent, où se fait la promesse, et un futur où la promesse est tenue, ou non – ce qui arrive fréquemment. Promettre c’est parier sur l’avenir, c’est supposer possible le paiement de la dette, c’est affirmer une constance, une permanence, une continuité, que rien ne garantit : illusion, vanité, orgueil, naïveté, on peut s’interroger sur les motivations, les intentions qui commandent la promesse, mènent à cet acte qui peut apparaître comme une perte de liberté. Qui peut me garantir que demain je sentirai, penserai comme je fais aujourd’hui ? Pourquoi m’enfermer moi-même dans une décision que demain  je pourrai regretter ?

 4)    D’aucuns insistent sur la dimension de prévisibilité, laquelle crée de la sécurité : celui qui promet, outre ce qu’il promet (l’objet de la promesse) demande qu’on lui prête de nobles intentions, par quoi s’engage une relation de confiance, fondement d’une relation durable. C’est la foi, la fiance, la fidélité. D’autres estiment que c’est là un leurre, un acte de magie reposant sur la surévaluation du langage : « la promesse n’engage que celui qui l’écoute».

 5)    Apparaît en ce point une ligne de fracture dans le groupe qui s’approfondira jusqu’au terme du débat. Pour les uns la liberté consiste à disposer de soi, et dès lors à ne pas s’engager trop vite, au motif que rien ne dure, que le temps emporte tout, y compris les plus belles motivations, et que ce serait folie de mettre sa confiance dans les autres (Machiavel)  ou de se croire soi-même exempt du changement universel. D’autres rejettent cette conception spontanée de la liberté en affirmant la primauté de principe de la liberté morale qui insiste sur l’obligation de dominer le chaos des pulsions et des intérêts immédiats pour agir selon une certaine loi intérieure, qui nous placerait au-dessus de la pure instinctualité.  En fait la question est de savoir si la liberté est une donnée immédiate qu’il faudrait préserver contre les risques d’empiètement, les contraintes et les obligations, ou si au contraire elle est ce travail de libération par lequel on se transforme soi-même pour gagner en liberté intérieure et extérieure.

 6)    On pourrait conclure en soulignant le fait qu’il ne faudrait pas promettre à la légère, ne pas promettre l’impossible, et que le temps reste notre maître à tous.

Pour Métaphores, GK

 

Cette soirée, riche et amicale, s'est poursuivie, pour ceux qui le désiraient, d'une manière particulièrement concentrée dès qu'il s'est agi de se heurter à la complexité des menus ; lecture difficile et choix douloureux au regard des promesses faites aux autres ou à soi-même. (DK)

 

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20 mars 2016

Résumé du café-philo du 12/04/16 : La recherche du plaisir

Café-philo

 

Le café-philo du mois d'avril s'st tenu le mardi 12 à 18h45 au café associatif de La Coulée douceCité des Pyrénées29 bis rue Berlioz à Pau.

 

Le sujet voté et traité par le groupe présent fut :

Peut-on fonder sa vie sur la recherche du plaisir ?

Résumé de la soirée

1 La problématique est complexe. D’abord comment entendre le « peut-on » ? S’agit-il d’une possibilité de nature, conforme aux lois de nature – ou d’une revendication éthique, voire « morale » d’un sujet qui décide de consacrer sa vie à la recherche du plaisir ? Ensuite, comment entendre « fonder sa vie » expression qui implique un choix existentiel, bien au de là d’une simple cueillaison des plaisirs qui passent ? Puis, « recherche du plaisir », qui sous-entend que le plaisir n’est nullement une donnée immédiate, s’il faut faire effort pour y parvenir.

 2 Le groupe exprime fortement l’idée selon laquelle le plaisir se heurte d’emblée à une série impressionnante de contraintes sociales : le devoir de responsabilité, les exigences culturelles et professionnelles, les impératifs de l’éducation, la condamnation de l’égoïsme, les interdits religieux. « L’homme est au monde pour faire son devoir » pouvait-on lire dans les salles de travail des internats prussiens. Kant disait plus sobrement : tu dois, tu veux, tu peux. Le plaisir ne saurait être un programme de vie selon la morale, mais plutôt un obstacle qu’il faut vaincre, une tentation dont il faut se détourner.

 3 Autre problème : la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a les pertes inévitables, les séparations, les douleurs, l’insatisfaction chronique, bref une forte présence du déplaisir qui rend la recherche du plaisir à la fois nécessaire pour combattre la souffrance, et problématique dans ses résultats. Le déplaisir semble invincible, en tout cas à terme, le sujet ne pouvant  dès lors que composer avec le mal, en valorisant les moments heureux. Il faut bien vivre, et vivre bien, ce qui ne se peut dans une souffrance perpétuelle. Le plaisir serait la consolation de l’âme souffrante, sans être jamais une solution définitive, ou un remède suffisant.

 4 Quelques personnes insistent sur la dimension sociopolitique du problème : à supposer qu’un sujet veuille vouer sa vie au plaisir n’est-ce pas en général aux dépens du travail et de la souffrance d’autrui, esclaves, employés, domestiques, serviteurs ? Voire la société antique. A nouveau rebondit la question de l’égoïsme : plaisir pour moi, à quel prix ? Puis-je négliger cette dimension de souffrance que mon style de vie impose à autrui ?

 5 La question pourrait trouver une solution si l’on distinguait plus soigneusement entre le plaisir « naturel » - être à son aise, goûter légitimement aux joies éphémères de l’existence, plaisirs « naturels et nécessaires » (Epicure) – et les plaisirs dispendieux, frelatés, « ni naturels ni nécessaires » qui impliquent beaucoup de temps, de dépenses et d’efforts. Une personne évoque la quête interminable et décevante de Casanova, lequel ne saurait parvenir à ses fins, si le but recherché s’éloigne à mesure. Quel est alors cet impossible qui motive le désir et le déçoit du même mouvement ?

6 A y réfléchir de plus près les obstacles au plaisir sont autant intérieurs qu’extérieurs. On ne peut tout expliquer par les facteurs sociaux et culturels. C’est dans la psyché elle-même qu’il faut chercher une certaine cause à l’insatisfaction chronique, si comme le soutient Lucrèce, le vase est percé, et que jusque dans les plaisirs « il y a je ne sais quoi d’amer ». Montaigne disait à sa manière : « nous ne goûtons rien de pur » -remarquant dans la volupté même un certain coefficient de douleur, voire de tristesse. Fonder sa vie sur le plaisir seul est sans doute une impossibilité, et Epicure lui-même, pourtant philosophe du plaisir, recommande constamment l’usage de la raison pour en régler le cours : pensée du plaisir et plaisir de la pensée, les deux associés dans le bel équilibre de la vie belle et bonne.

Pour Métaphores, GK

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02 février 2016

Résumé du café-philo du 08/03/16 : Animal et homme

 

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Le café-philo s'est tenu le mardi 08 mars 2016 à 18h45 au café associatif de La Coulée douce, Cité des Pyrénées, 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par l'assemblée présente fut : 

Quelle image nous renvoie l'animal ?

 

1)      On pouvait craindre qu’un tel sujet soit le prétexte d’un épanchement sentimental et  pathétique, chacun y allant de son expérience personnelle, entre la crainte, l’effroi ( animal comme objet phobique) et l’affection inconditionnelle (l’animal de compagnie, confident et soutien). Il n’en fut rien. On note en passant que nous flottons entre les deux extrêmes du sentiment : attraction et répulsion devant un « autre » irréductible à nos catégories de pensée. L’animal n’est pas l’homme, et pourtant il éveille en l’homme le sentiment d’une certaine communauté, celle du vivant, de l’appartenance commune à la nature, dont par ailleurs l’homme se prétend détaché. En témoignent abondamment les innombrables représentations artistiques où l’animal figure le sacré, voire le divin, avant qu’une conception moderne et rationaliste ne tranche entre les deux règnes, reléguant l’animal dans un ordre inférieur.

2)      Dans un second temps le groupe énonce les obstacles qui empêchent de penser correctement l’animalité : l’anthropocentrisme qui nous pousse à attribuer à l’animal nos propres catégories, par quoi l’image que nous en avons est un reflet narcissique et tronqué, l’idée de supériorité qui justifie l’exploitation et la domination, la vieille idéologie selon laquelle l’homme est le sens et le but ultime de la création, et enfin les conceptions mécanistes (Descartes) qui réduisent l’animal à une machine. Mais nous savons aujourd’hui qu’il y a une sensibilité animale, voire une organisation d’une complexité admirable et de fort subtils échanges intra-spécifiques et extra-spécifiques dont nous pénétrons difficilement les arcanes par la science biologique et éthologique. En un mot l’animalité n’est pas réductible à quelque schéma simpliste, et cette énigme nouvelle vient redoubler l’énigme que les Anciens déjà avaient considérée.

3)      Retour : animal vient du latin anima, le principe vital. En grec Zoon, de zoè, la vie. L’animal c’est la figure du vivant (On pourrait en dire autant du végétal, mais le végétal, hormis quelques cultures rares au demeurant, inspire moins directement une image de ressemblance-différence avec l’homme). On peut dire qu’en tant que vivant l’homme ne diffère guère de l’animal – le biologiste en témoignera – il a des besoins, des pulsions, des fonctions comme lui, et comme lui il naît et meurt. C’est à cette part naturelle que l’animalité nous renvoie directement – part honnie souvent, refoulée et clivée par la culture, mais insistante et irréductible : l’animalité est notre « part maudite », du moins selon certaines traditions.

4)      Après la pause le sujet est plus explicitement traité : l’image que nous renvoie l’animalité c’est la diversité extraordinaire de la vie naturelle, c’est celle d’une longue histoire de l’évolution où nous occupons nous-mêmes une place (ambiguë – est-ce la dernière, la plus complexe, la plus menacée ?), et surtout d’une vie sans langage symbolique (précisons : non pas sans langage, l’animal communique effectivement et efficacement, mais sans langage symbolique, lequel est apte à produire des signifiants désignant les choses en leur absence). Ce qui nous fascine chez l’animal c’est peut-être l’image d’une vie sans langage symbolique – celle qui fut la vie de l’enfant « infans » (qui ne parle pas), donc celle de nos premiers mois-émois de notre vie, dont nous conservons sans doute une nostalgie indicible et inavouable (le refoulement primaire de Freud).

5)      L’homme, c’est le « zoon logon echon » d’Aristote : le vivant qui a le langage. Cette formule est remarquable car elle désigne clairement la double articulation de l’humanité, prise « zoologiquement » dans l’animalité, et y opposant le langage, lequel permettra l’édification d’un monde symbolique, politique, poétique, mythologique, par lequel il s’efforce d’échapper illusoirement à l’absurdité invincible de notre condition mortelle. En ce sens il faut revenir à penser l’animalité, par modestie, par humilité, pour développer la conscience d’être partie prenante de la vie universelle, de notre responsabilité planétaire. En un mot il y a une vérité dans l’animalité que la réflexion philosophique ne saurait  ignorer.

6)      A titre personnel je recommanderai la lecture du Mythe de Prométhée dans Platon : l’homme y est décrit comme l’ « oublié », le sans-ressources lors du partage des facultés vitales, et dès lors contraint d’inventer la technique pour survivre, puis le langage et l’organisation politique. Des travaux récents situent l’apparition du langage symbolique chez l’homo dit sapiens autour de – 70 000 ans.

Pour Métaphores, GK

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09 janvier 2016

Résumé du Café-philo du 09/02/16 : Se passer d'un dieu ?

CAFE-PHILO

Le dernier café-philo s'est tenu mardi 09 février au café associatf "La Coulée douce", Cité des Pyrénées à Pau (29 bis rue Berlioz) à 18h45. Le sujet voté démocratiquement par les participants à la suite des propositions initiales fut :

A quoi faudrait-il renoncer pour se passer d'un dieu ?

 

Résumé de la soirée :  

1)    Question en tiroir, ou comme dans les poupées russes, un niveau en cache un autre : pour pouvoir se passer d’un dieu il faudrait préalablement savoir renoncer, mais renoncer à quoi ? La question ne porte pas directement sur le « dieu », sa nature, son existence ou son inexistence, mais sur ce fondement, ce socle invisible sur lequel la croyance est édifiée. On pourrait questionner : pourquoi voulez-vous croire, plutôt que : à quoi croyez-vous ?

2)    En fait tout le début de la séance est très naturellement consacrée à l’examen des termes, sans que la problématique puisse clairement émerger – ce qui est assez naturel, vue l’ambiguïté de la question. On remarque d’abord l’utilité politique de Dieu, garant de la loi, de l’autorité voire de l’ordre social. Voltaire : « Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer ». La modernité a su pourtant se passer d’un fondement théocratique de l’Etat, en inventant le concept de « souveraineté du peuple ». Le dieu de la religion n’est plus indispensable au fonctionnement des démocraties modernes. En ce sens on peut se passer de Dieu, et des dieux.

3)    Nouvelle direction de recherche : la croyance apporte l’apaisement, le réconfort, la « chaleur », la sécurité, voire un sentiment de communauté. Y renoncer c’est faire l’expérience de la séparation, de la solitude, du « délaissement », se sentir jeté dans un monde de hasards, sans idéal ni boussole. Sans compter la question de la mort, qui donne un relief dramatique au destin de chacun. Peut-on dès lors renoncer à ce qui fonde (ou fondait jadis) l’existence ?

4)    Nouvelle direction : si le Dieu traditionnel de l’Occident a perdu de sa signification, on voit fleurir un panthéon baroque de dieux substitutifs : sportifs, personnages publics, idoles, gourous, sorte de kaléidoscope bariolé qui semble satisfaire certains besoins sociaux. Mais il y a des idéaux plus redoutables, des forces réelles qui déterminent la vie présente : l’Etat, la Justice, la Loi – et l’idole des idoles : l’argent. Formes dégradées du religieux, formes profanes qui contiennent encore en elles quelque chose de la puissance du sacré.

5)    Le sujet se précise lentement : l’enjeu, c’est l’autonomie. Comment accéder à l’autonomie du jugement, à la singularité personnelle si l’on consent à la soumission au Grand Autre, quelle que soit sa nature ? Donc qu’est ce qui fonde notre soumission, à quels besoins répond la soumission ?

6)    La fin de séance reprend l’articulation entre « renoncer » et « se passer de ». Pour se passer de quelqu’un (un père par ex) il faut d’abord avoir été en contact, avoir évolué à son côté. Lacan disait très justement pour qualifier la maturation du fils : « se passer du père - à condition de s’en servir ». S’en servir d’abord, s’en passer ensuite. Peut-être peut-on considérer l’histoire de l’humanité comme le long apprentissage de la liberté au contact des maîtres successifs, qu’il faut abandonner. Cet abandon, à son tour, suppose des renoncements, à la sécurité, à un certain bien-être infantile : tout le problème est de s’assurer, en échange de ces pertes, des gains réels et symboliques où s’expriment la liberté et l’inventivité.

Pour Métaphores ,  GK

 

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06 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 12/01/16 - Penser - créer

 

Café-philo

Le café-philo s'est tenu le mardi 12 janvier 2016, 18h45 à La Coulée douce -Cité des Pyrénées (29 bis rue Berlioz) à Pau. Comme d'habitude, un vote démocratique a décidé du choix du sujet à partir des questions, propositions, citations que les participants ont proposé. Le sujet du jour fut :

 

"Penser empêche-t-il de créer ?"

 

Résumé de la soirée : 

1)      Qu’est ce qui empêche de créer ? Il y a bien sûr les données externes, dictature politique, par ex – et les conditions internes, psychologiques ou intellectuelles. L’artiste aura peut-être une méfiance toute particulière vis-à-vis d’un excès de pensée. Trop penser empêche de faire. En particulier l’excès de culture, d’érudition, de savoir peut stériliser la source vive de la création, qui suppose un abandon relatif à l‘imagination,  au hasard (« laissez venir à moi les mille hasards » Nietzsche) ou à ce que l’on appelle un peu vite l’inspiration.

 2)      Le groupe insiste alors sur la variété des formes de création, dont l’art n’est qu’une modalité particulière : innovation technique, invention de théories scientifiques, créativité personnelle dans la vie publique et privée. Mais alors créer, c’est quoi ? Suffit-il de désirer, de vouloir ? Il apparaît bien vite que la création est l’aboutissement d’un processus complexe où le travail, l’effort, la persévérance, l’analyse, la réflexion, voire la culture ont joué un rôle indispensable. Les grands créateurs sont de grands travailleurs, mais dans un sens très spécial.

 3)      Vient alors un moment un peu miraculeux où plusieurs personnes – des créateurs justement – évoquent leur expérience : longue gestation, longue préparation où la pensée joue un rôle déterminant, puis, soudain une sorte de «  suspension », où l’on se jette à l’eau, arrêtant de penser, et se confiant au mouvement intérieur, à ce qui émerge des couches profondes de l’inconscient, où la non-maitrise s’accompagne de la plus vive attention au surgissement. Créer, cela serait peut-être réfléchir longtemps avant de se jeter corps et âme dans les eaux tumultueuses de l’inconnu.

 4)      Après la pose la réflexion se retourne une nouvelle fois pour interroger la signification du penser. Toute pensée se fait, au départ dans une culture donnée, un contexte, un espace mental saturé de significations et de préjugés. D’où la nécessité impérieuse, pour qui veut penser et créer (pour une fois les voilà liés dans la même démarche) de commencer par un travail de critique, de démontage, voire de destruction : détruire et créer seraient les deux faces d’un même processus. Il faut se donner de l’espace, du champ, de la liberté, pour accéder à sa propre source, à sa propre vérité.

 5)      C’est ainsi que nous parvenons à une idée plus précise de la création : un processus complexe, qui mène le sujet à une meilleure appréhension de sa vérité intérieure, grâce à quoi il peut faire apparaître quelque chose qui avant lui n’existait pas dans la réalité. Vérité et innovation.

                   Pour Métaphores, GK

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05 décembre 2015

Résumé du Café-philo du 8/12/15 : Du mensonge

 

Café-philo

Le Café-philo s'est tenu mardi 08 décembre 2015 à 18h45 au café associatif La Coulée douce (Cité des Pyrénées - rue berlioz - PAU). Cinq sujets ont été proposés. Le petit groupe présent a voté pour le thème du mensonge qui a donné lieu à des échanges de bien belle qualité dont voici un compte rendu général :

Résumé de la soirée:

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1) Nous sommes partis de la formule de Montaigne : "En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par nos paroles." Le mensonge est ordinairement condamné par la morale car il constitue une grave menace pour la vie sociale comme pour le rapport à autrui. Mentir, c'est dire, selon la définition, ce que l'on sait être faux dans l'intention de tromper l'autre. Le mensonge est donc volontaire et, de ce point de vue, ne peut être que conscient. Kant nous rappelle à un devoir de vérité fondé sur le fait de ne jamais considérer la personne d'autrui comme un moyen mais toujours comme une fin en soi. Or, le mensonge instrumentalise l'autre à des fins économiques personnelles même si il est aisé d'invoquer l'argument de la protection d'autrui. On comprend pourquoi la condamnation morale et juridique du mensonge est habituellement prononcée. Il ruinerait l'humanité en l'homme et d'ailleurs quelle justice, quelles relations seraient encore envisageables si chacun se permettait de tromper son prochain sans vergogne ?

2) Cette première thèse doit pourtant être interrogée et le groupe présent hésite entre une perspective sociale (donc générale) et une autre plus restreinte liée à la relation à l'autre dans le cadre de rapports privilégiés comme l'amitié. Peut-on réellement se dire toujours la vérité ? Peut-on faire l'économie du mensonge ? Nous constatons assez vite qu'un devoir permanent de vérité produirait des effets catastrophiques et qu'à dire la vérité à tous, chacun de nous serait immanquablement conduit à se fâcher avec tout le monde. Aussi, le mensonge peut-il devenir un auxiliaire de la vie sociale et même un moyen de se préserver soi-même comme de préserver autrui. Cela nous amène à interroger la confrontation à la vérité dans des temporalités distinctes. Ce qui nous paraît vrai aujourd'hui peut nous sembler complètement faux demain - argument sceptique par excellence qui nous rappelle avec Démocrite puis Pyrrhon que "le miel est doux pour l'un, amer pour l'autre" et qu'au fond, la vérité est peut-être ce qui se dérobe toujours. Pourquoi dans ce cas, risquer de blesser quelqu'un si les choses changent toujours et si ce qu'on prend pour la vérité se trouve absorbé dans "la branloire pérenne" ?

3) Le mensonge pourrait alors se penser comme un moyen nécessaire à la vie en société comme à la vie politique. Machiavel est convoqué pour rappeler que l'efficacité politique du Prince ne saurait se passer du mensonge et l'auteur du texte éponyme de considérer avec raison que tous les hommes en usent et en abusent sans vergogne, pour se tirer d'affaire. Pourquoi tenir sa parole au milieu de tant d'hommes qui ne la tiennent pas ? se demande Machiavel ?C'est que l'homme politique ne se distingue pas par nature du commun mais par degrés, élevant le mentir au niveau d'un art, d'une technê, d'un savoir faire. Alors que les gens ordinaires mentent spontanément pour faire face aux difficultés, le prince, lui sait mentir sitôt que les circonstances l'exigent. Et cela est toujours bon si la stabilité du corps politique est garantie. On le voit, le mensonge est un dire plus ou moins performatif qui nous rappelle que nous évoluons dans des jeux de langage, dans le système symbolique conditionnant une part considérable de la subjectivité.

 4) Un curieux renversement s'opère alors. La question n'est plus tout à fait "pourquoi mentir" ou "faut-il ne pas mentir ?" mais "comment ne pas mentir ? Ne saurions-nous pas condamnés au mensonge du seul fait qu'en parlant, en évoluant dans la langue commune qui reste une institution, nous nous tenons subjectivement à l'écart de notre vitalité cachée, de nos pulsions, de cette part irréductible et ensauvagée qu'aucun langage ne peut adéquatement saisir ? Contraints d'entrer dans le jeu social et de se domestiquer, le sujet serait alors sommé de se plier aux coutumes et conventions qui définissent le registre même des valeurs contre cette part indocile et inéducable de la subjectivité. Chacun de nous, dans un forçage social ou comme dit Kant, au terme "d'un accord pathologiquement extorqué", s'accommoderait d'une somme de compromis voire de compromissions inavouables avec cette part singulière et refoulée qui ne peut jamais être dite ouvertement. La vérité serait alors d'autant plus promue socialement qu'elle ferait l'objet d'une haine secrète en direction de ce qui est "maudit" en soi, à jamais "mal-dit". Pire, ne sachant définir positivement la vérité ou plutôt la refoulant dans le non-dit, le social ferait de la convention commune et des normes qui l'accompagnent les critères décisifs du vrai, non pas sur le plan épistémologique, mais sur le plan moral du jugement comme de l'action. Dire la vérité reviendrait alors à se soumettre purement et simplement au dogme social et à ses impératifs, à pratiquer sans cesse un double jeu consistant à se trahir en permanence mais tous ensemble -collectivement, tout en cultivant une bonne conscience. Voir sur ce point les belles maximes de La Rochefoucauld.

5) Faut-il alors renoncer à toute forme d'authenticité relationnelle ? Nous abordons en fin de soirée le paradoxe d'une "relation de vérité" déployée non plus dans le registre de la signification ou du dire mais dans une forme de retrait qui laisse une place centrale au silence partagé, à des formes de congruences intersubjectives gravitant autour de quelque chose qui reste incommunicable et qui est de l'ordre d'une intensité qualitative. Plusieurs expériences personnelles sont ici convoquées pour faire valoir ce registre quasi alchimique de la relation à l'autre comme à soi même : méditation, marche silencieuse, discussion désintéressée, contemplation etc. Reconnaître cette part inaudible et la faire vivre avec d'autres, dans des formes créatives et actives, sont des manières subtiles de donner à la vérité un contenu et une forme affranchis de la tyrannie du sens et du mensonge qui l'accompagne ordinairement.

 

Pour Métaphores, DK

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