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Activité philosophique libre et gratuite le samedi toutes les 6 semaines de 18h à 20h à Bedous en vallée d'Aspe. Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, ce café-philo propose un sujet (édité à l'avance sur le blog Métaphores ou sur le site du café L'escala) qui sera problématisé puis mis en discussion. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif. 

23 août 2018

BEDOUS-CAFE-PHILO - 22/09/18 - La pudeur est-elle un carcan ?

Bedous café-philo_modifié-1

Le prochain Café-Philo-Bedous se tiendra samedi 22 septembre 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée sera : 

La pudeur est-elle un carcan ?

L'animatrice et professeure de philosophie, Véronique Barrail, présentera les enjeux problématiques de la question avant de donner la parole au groupe pour une discussion collective. L'activité, gratuite et ouverte à tous, n'est donc pas un cours ni une conférence mais la mise en jeu de problèmes philosophiques que nous essayons de résoudre de manière progressive. Des synthèses ou des précisions seront apportées si besoin pour la clarté des débats. Nul n'est obligé de prendre la parole. Cependant, dans l'esprit d'une activité publique, le café-philo repose sur l'implication des personnes présentes désireuses de faire avancer la réflexion. Fin de l'activité vers 20 h

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12 mai 2018

Résumé Bedous-café-philo - 9/6/18 - “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 09 juin 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

 “Soyez réalistes : demandez l’impossible”

Résumé de la soirée : 

Cette injonction attribuée à Ernesto “Che” Guevara et reprise en Mai 68 peut paraitre contradictoire si nous entendons par le fait d’être réaliste la capacité à apprécier objectivement les circonstances en adaptant son action sans verser dans les illusions et faux-semblants et par l’impossible ce qui ne saurait exister, se produire, être réalisé. Quel sens peut-elle alors avoir; ne serait-ce pas au contraire sombrer dans l’irréalisme et donc l’insatisfaction que de demander l’impossible ?
D’où la tentation contraire d’apprendre aux hommes à ne demander que le possible , comme nous y invite Epicure dans sa “Lettre à Ménécé” .
Ainsi, la tension entre réel et impossible est ici ce qui soulève réflexion, avec le risque de verser vers l’utopie, voire l’idéologie et cependant si l’impossible est à demander, c’est donc qu’il peut présenter un attrait.
Mais alors, comment penser cet impossible?
Quel sens peut avoir cette injonction? Quel lien peut-on établir entre le réel et l’impossible?
 
 
La réflexion commence par s’engager sur la question du réel: qu’entend-on par réel et par le fait d’être réaliste ?
On constate d’abord que le réel pour une civilisation occidentale n’est pas le même que pour une civilisation orientale. Il est une construction par l’imaginaire(idem pour l’impossible) et son appréhension est très différente d’un groupe humain à l’autre. Certaines tribus vont avoir une relation avec la nature considérée comme magique  et ce qui paraitra à d’autres civilisations une invention construite par l’imaginaire est pour ces tribus le réel. Il faut alors en conclure que ce phénomène de construction est commun à tout groupe humain. Le problème est alors que nous n’abordons le “réel” que par fractions et que cette vision est biaisée. Quelqu’un remarque par exemple que la démarche scientifique a pu construire une partie de “notre réel”.Ainsi, il dépend de la façon dont on le regarde et si un mensonge répété peut devenir une vérité parce qu’on y croit, cela deviendra pour nous ce que nous nommons le réel. D’ailleurs, l’évolution des connaissances scientifiques montre comment notre vision de ce réel évolue.
   Qu’est-ce alors “ qu’être réaliste” ? à quel niveau se situer? individuel ? ordre social ? Quand on invite l’autre à être réaliste, n’est-ce pas une façon de ne pas écouter ce qu’il a à dire, de se mettre en position de supériorité comme si nous, nous savions mieux que lui ce qu’est le réel? Ainsi, cette injonction supposerait que l’autre s’adapte à ce qu’on lui propose, notamment dans l’ordre social,accepter ce qui a été établi par certains. C’est s’imaginer qu’on a les pieds sur terre et que l’on va pouvoir maitriser ce qui nous arrive (là où les autres, ceux qui ne sont pas “réalistes” ne le pourront pas). or, si le réel est une construction, personne ne saura qui a raison ou tort. D’ailleurs, l’avancée dans le temps nous montre à quel point ce qui pouvait paraitre impossible à un moment donné ne l’est plus).
  Ainsi, ce qui peut sembler utopique à certaines civilisations peut être justement la réalité pour d’autres . Le documentaire” nous sommes l’humanité” raconte  l’histoire des Jerawas, originaires d’Afrique et arrivés du coté de l’Inde après un tsunami. Ce groupe vit dans une société fondée sur la solidarité, refusant l’argent et se disant heureux .
Ce qui nous parait impossible est  donc aussi un aiguillon qui permet ce que l’on nomme le progrès et pas simplement une limite.Mais si rien n’est impossible, il faut alors se poser la question de savoir ce que nous voulons atteindre . Il faut ouvrir les portes à l’imaginaire et c’est cet imaginaire qui nous fera changer le réel.
 
   Cependant, tout en remarquant que notre civilisation cartésienne a voulu aller vers l’impossible, le réel ne peut-il parfois nous rattraper, en ce qui concerne notre relation  à la nature ou au donné corporel ? nous avons cru pouvoir faire ce que nous voulions de la terre et nous nous rendons aujourd’hui compte que ce n’est pas sans risques. On ne peut pas changer la structure d’un bout de bois ni augmenter un être humain et le transformer jusqu’à faire qu’il ne soit plus mortel, ou sinon, ce n’est plus un bout de bois ni  un humain. Ainsi, la promesse transhumaniste de l’impossible semble soulever une interrogation majeure: que devient le réel humain ?
 
  Quelqu’un souligne alors qu’il faudrait différencier l’impossible de l’utopie, le premier révélant l’esprit de compétition cherchant à repousser les limites toujours plus loin, la deuxième cherchant à construire ensemble. Si le réel , c’est aussi les autres, c’est là la donnée la plus importante pour penser l’impossible et envisager justement un réel qui ne soit pas imposé dans un rapport dominants/dominés. Quel impossible demander aujourd’hui ? Et à qui faudrait-il le demander?(dixit le sujet) . Si nous estimons que quelque chose ne va pas, il semble réaliste d’essayer d’en imaginer un autre, et l’utopie peut alors être le bon sens  . On remarque alors que c’est souvent une minorité, considérée comme marginale, qui  fait évoluer le monde. Les peuples premiers décrits par P. Clastres peuvent être une source d’inspiration : une taille de clan régulée permet que les interactions de pouvoir soient construites de telle façon qu’elles empêchent l’apparition d’un chef. Ainsi, c’est à tous qu’il revient d’inventer  et l’encouragement à aller dans l’imaginaire est une invitation à dépasser ce que l’on voit du réel mais aussi à se dépasser. S’il nous faut tendre vers un idéal, cela supposera de demander d’autres possibles plutôt que l’impossible . Cette phrase de Che n’est qu’un slogan et en tan que tel, elle peut faire craindre que seuls certains auront accès à cet “impossible”. Il est crucial de considérer le collectif et pour cela, toutes les possibilités sont à enseigner, discuter,essayer.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

 

 

 

 

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03 mars 2018

Résumé Bedous-café-philo - 21/04/18 - L'égalité, une valeur ?

Bedous café-philo

Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 21 avril 2017comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

L'égalité, une valeur ?

 Résumé de la soirée :

La DUDH défend l’égalité de naissance en droit de chacun,reconnu comme un sujet,partageant la même condition humaine :” Tous les hommes naissent libres et égaux en droit”; “Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune”.L’égalité est-elle alors une valeur, ce pour quoi il faudrait se battre, ce qui devrait valoir dans la conduite de nos actions ?
Si nous regardons l’histoire, de l’Antiquité  en passant par le moyen-âge, nous voyons comment cette idée n’est pas toujours allée de soi...On voit peu à peu apparaitre une revendication égalitariste,la révolution française instaurant une égalité politique.(cf la DUDH art.6:”La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles aux plus hautes dignités,places et emplois publics selon leurs capacités et sans autre distinction possible que celle de leurs vertus et de leurs talents”). Ainsi, puisque nous sommes tous différents, que nous n’avons pas les mêmes besoins ni les mêmes talents, l’égalité n’est pas l’identité. Que faire alors de la différence ? l’égalité est-elle toujours juste et quelle égalité ?
 
    Quelqu’un commence par remarquer que l’égalité vient du monde mathématique, avec une capillarité oscillant entre le plus petit et le plus grand ,indiquant ainsi une société hiérarchisée ;L’égal serait donc quelque chose d’imparfait, l’humain n’étant pas un objet mathématique. L’égalitarisme ,derrière un discours humaniste, peut vouloir protéger un intérêt plus personnel. Il faudrait donc s’en tenir à une égalité devant la loi, droit de pouvoir être  qui permet de vivre ensemble.
 
    Mais, il convient de remarquer que ce n’est pas aussi simple. L’amende pour une infraction au code de la route est déterminée par la loi, par exemple, le fait de ne pas s’arrêter à un feu rouge. Par la mise en danger  de la vie d’autrui, c’est une faute morale. Or, la sanction sera la même pour tous et cependant, elle n’aura pas le même impact selon le pouvoir d’achat du contrevenant. Il faut  faire la distinction entre le droit et la non-égalité des résultats. Donc, en ce sens,l’égalité n’est-elle pas injuste ? ( “ selon que vous serez puissants ou misérables....). Ainsi, même si on la décrète, elle ne permet pas forcément le juste et plusieurs  facteurs viennent y faire obstacle. Ce que l’on appelle “l’égalité des chances” révèle ainsi le constat de l’inégalité.
 
   On se demande alors à ce stade de la réflexion si l’on doit nécessairement rechercher cette égalité , avant de voir si elle est possible. Qui dit valeur dit barème,  oscillation d’un coté à l’autre, recherche d’un équilibre, qui semblerait le contraire de l’égalité. Mais,  Si on est dans une solidarité qui ne s’appuie pas sur l’égalité, on est dans la charité et donc dans la hiérarchie. L’égalité est à la base de toute relation humaine , mais elle passe alors par la reconnaissance des différences  et  des compétences de chacun, plus que de ses résultats. On peut alors parvenir à une autre égalité.Par exemple , nous pouvons illustrer cela par un ensemble musical: il y a des instruments  différents, des niveaux de maitrise différents et donc aussi des partitions adaptées à tous ces niveaux, des solistes, le but étant de produire une harmonie. Tout le monde va récolter les applaudissements et ce  quelle que soit la manière dont il a joué. Pourtant, il y a des postes plus essentiels que d’autres et le soliste sera logiquement plus applaudi Ainsi, plutôt que la justice, ne faudrait-il pas mieux envisager la justesse, laquelle semble plus pertinente concernant la question de l’égalité. Il  faut donc un ajustement sinon il y aura injustice. On ne donnera pas la même part de gâteau  à un enfant de quatre ans et à un de seize.  On passe alors à l’équité, d’autant plus si la taille du  gâteau est limitée  par rapport au nombre de personnes. Celui qui a moins de ressources a plus de besoins et c’est là que la solidarité peut intervenir.
 
  Il semblerait donc que cette question de l’égalité pose inévitablement celle de la différence.  Le danger ne serait-il pas  l’uniformisation? Par exemple, en voulant amener les élèves à un même point,l’éducation scolaire écarte des talents qui restent  ignorés; or, si la question du collectif implique la participation de chacun, c’est par une authentique individuation qu’il peut se construire,l’individualisme oubliant la question de l’autre. Si l’inégalité existe, c’est le résultat de la volonté humaine  mais cela ne signifie pas gommer les différences,tout au contraire. L’égalitarisme est le danger qui nous fait vouloir être comme les autres. Or ,si ce sont nos différences qui font notre singularité, il nous faut lutter contre ce mouvement.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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17 janvier 2018

Résumé Bedous-Café-Philo - 3/03/18 - Vouloir la paix ?

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Le Café-Philo-Bedous du mois de mars s'est tenu le 03 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Faut-il vouloir la paix ?

Le mot paix vient du latin pax,pacis et signifie le fait de passer une convention entre deux parties belligérantes mais aussi la concorde , la tranquillité régnant dans les relations entre deux ou plusieurs personnes. Quand on considère cette notion ,nous aurions tendance à considérer immédiatement son opposé, la guerre et à avoir une vision manichéenne (Paix/guerre, bien/mal,juste/injuste ) . Mais la simple absence de guerre est-elle garantie de justice?  Ne peut-il y avoir des paix injustes? faut-il vouloir la paix à tout prix? Qu ‘est-ce qu’un refus absolu de la guerre? Dans un contexte international, la paix qu’impose le vainqueur au vaincu est perçue comme injuste par ce dernier. Faut-il alors se rallier au défenseurs d’un pacifisme radical  et penser comme Erasme “qu’il n’y a pas de paix, même injuste qui ne soit préférable à la plus juste des guerres” ?. La question  suppose de réfléchir à ce que nous voulons pour une société. Si le conflit semble inévitable, est-il nécessairement négatif et à éviter à tout prix? La paix n’est-elle qu’un leurre?  On parle de “faire la  paix”, mais quel est ce “faire”? sur quoi doit-elle se fonder ?
 
La première réflexion part du principe que toute paix suppose le dialogue et que la guerre ne serait provoquée que par un noyau de la population. Les hommes se font la guerre pour la richesse,les terres ,et certains auraient intérêt à ce que le conflit perdure. Mais n’est-ce pas là une vision partielle des choses?  L’homme n’est-il pas toujours celui qui se ment à lui-même et comment alors peut-il dialoguer avec les autres?  La paix est-elle vraiment désirée?  Le chaos est  en nous, Eros et Thanatos marchent la main dans la main, et il serait illusoire de ne pas  considérer que le conflit n’est pas de façon latente en nous.
 
D’ailleurs, est-il forcément négatif? cette énergie agressive de conquête est synonyme de pulsion de vie et la paix voulue à tout prix peut se payer au prix fort, le prix du renoncement à se faire entendre et à faire valoir ses droits pour ne pas rentrer en conflit(mort sociale de certaines minorités.). D’ailleurs, cette agressivité qui serait latente ne peut-elle être créatrice, tant au niveau individuel que collectif? Le conflit serait alors ce qui nous fait avancer. On remarque alors que penser qu’un retour à l’état de nature nous ferait retrouver la paix est illusoire (sélection  naturelle) et que la culture ,par l’éducation, les échanges ,les accords garantit la vie et semble malgré tout avoir fait avancer la paix.
 
La question se déplace alors: certes, nous avons des pulsions agressives mais ne faudrait-il pas se demander pourquoi il y a conflit ? L’idée qui vient alors est le problème de la frustration. l’homme voudrait toujours trouver un responsable à sa propre frustration et le conflit naitrait d’un défaut de reconnaissance(de sa propre agressivité,de ses semblables). c’est alors le problème de l’injustice et la question du contrat social. Le politique peut entretenir des idées fausses dans une population(la question des ressources est citée) et le fait de laisser planer l’idée d’un manque engendre la peur et le conflit potentiel. Il faudrait donc passer à autre chose  et considérer que le problème du partage et de la reconnaissance de la différence sont ici essentiels.
 
On voit alors que le problème concerne le politique et quelqu’un exprime  sa difficulté face au sujet car comment lier individu,société,gouvernement? Même si à l’échelle individuelle, nous faisons en sorte d’être en paix avec nous-même, comment faire que le haut (gouvernement) corresponde au bas(individu)? .Si nous nous accordons  sur le fait que la paix peut être injuste( la paix sociale peut n’être qu’un ordre imposé ne garantissant pas à tous les mêmes droits ) et donc n’être qu’un mot illusoire( parce que non voulue par tous), c’est cependant par la volonté de tous que  nous pourrons la rendre plus authentique. C’est la vigilance du citoyen qui doit veiller à l’équité et ne pas se contenter d’une égalité de façade. le conflit peut alors être un devoir. A l’échelle de l’humanité , la question   des droits internationaux  par exemple est  une  idée nouvelle mais qui manifeste que l’humanité peut parfois chercher à évoluer. Le conflit , s’il s’ouvre sur la discussion , le compromis est alors à l’origine de cela. il est ce qui nous permet de nous dépasser et la paix ne garantit en rien la justice. en revanche,la justice peut amener la paix et c’est donc à tout un chacun de la rendre effective.
Pour Métaphores, Vétronique Barrail

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09 décembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 13/01/18 - A quoi bon des héros ?

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Le premier Café-Philo-Bedous de l'année 2018 s'est tenu samedi 13 janvier 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe sur le sujet suivant : 

A quoi bon des héros ?

Depuis Homère, les héros ont été des figures  familières de la civilisation Grecque et l’Iliade  et l’Odyssée  sont les deux bréviaires épiques de l’héroïsme grec . Le héros est celui qui accomplit des exploits remarquables grâce à sa force, son intelligence et l’on retrouve de telles figures emblématiques dans les tragédies et la littérature. Plus tard, les historiens vont isoler un certains nombre d’évènements et de personnalités dont ils font la trame de leur récit et parmi ces personnages, certains vont accéder au statut de héros. Mais, n’est pas héros toute personne dont l’histoire se rappelle :  A quelles conditions le devient-on ? De plus, si le nom d’un seul reste dans les mémoires, peut-on soutenir que lui seul infléchit l’histoire ? Comme le souligne F.Braudel, il n’y a jamais dans l’histoire d’individu enfermé sur lui-même, coupé des réalités sociales, économiques, culturelles et ce sont au contraire ces réalités qui expliquent les bouleversements historiques dont on ne peut lire que l’effet de surface sur la figure des héros. Mais alors, à quoi bon des héros? à quoi sert leur image s’ils ne sont pas les seuls à avoir participer aux bouleversements de l’histoire ? Quel est le bien fondé du culte qui leur est rendu ? de plus, la question qui nous intéresse semble indiquer un désenchantement, ce qui peut s’entendre car si les épopées et tragédies anciennes montrent des héros comme figures exceptionnelle de bravoure, les héros de l’époque moderne semblent avoir de moins en moins de qualités héroïques. Si aujourd’hui, le héros est aussi bien le personnage médiocre d’un livre qu’un sportif, cette banalisation de l’héroïsme n’invite-t-elle pas à s’interroger sur l’utilité du héros ? Serions-nous tous des héros potentiels ?

Quand commence l’héroïsme et que nous révèle-t-il ? D’où vient ce culte de l’héroïsme ?
 
  On commence par remarquer que notre société ne cherche pas tant des héros que des idoles et on se demande alors ce qu’elle cherche à mettre en valeur. Les héros semblent avoir disparu même si on a gardé le mot et il semblerait que l’on vise moins haut. Dans un film de W.Allen, un otage libéré trouve devant chez lui une armada de télévisions et de radios qui veulent en faire le nouveau héros ; ce dernier est furieux et leur crie: “je ne suis pas un héros, je n’ai rien fait pour, je n’ai rien de courageux “ ! De même, dans “coup de tête”, le footballeur que l’on sort de prison et qui marque un but décisif pour la victoire de son équipe devient le héros du jour; Le président du club déclare alors: “j’entretiens 12 imbéciles pour en calmer 800”. On commence alors à apercevoir le problème de cette banalisation et on se rend compte que la figure du héros est construite et révèle parfois une “idolâtrie molle”.
 
Va alors débuter une longue réflexion pour savoir ce qu’est au juste un héros. Quelle différence y-a-t-il entre l’idole , le leader, le héros ? Quand on idolâtre, on suit la foule et l’on voit surtout le renoncement et la fatigue.Quant au leader, il fait bouger les foules mais pas forcément dans le bon sens. On constate alors que certains hommes , par leurs actes, suscitent le respect . Mais, il est dû à chacun et non simplement réservé au héros. Pour certains, les héros modernes seraient anonymes, les migrants qui s’opposent à un monde qui s’endort, les lanceurs d’alerte,  mais quelqu’un objecte que les migrants n’ont pas le choix. Le héros choisit-il ? de plus, autre difficulté: on a chacun ses héros et certains ont pu l’être à moment donné( Pétain) . le regard historique importe donc et dans l’histoire du héros, il y a  la chute possible. Les héros existent-ils ?
Quelqu’un remarque alors que les enfants en ont besoin et qu’ils en auraient d’autant plus besoin qu’ils seraient dans un mal-être, dotant alors le héros de supers pouvoirs. Cette figure du héros a à voir avec l’imaginaire. les héros de l’enfance sont les parents ou des personnages fictifs. L’enfant a besoin de l’image, pas forcément de l’acte héroïque mais chez l’adulte , c’est le contraire. L’adulte passe du fictif au réel et on convient alors que le héros n’existe pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’actes héroïques. c’est même ce que nous privilégions, au-delà de la personne. y-a-t-il des archétypes qui répondent à la notion de l’héroïsme ?
 
  La réflexion s’engage alors sur la voie de l’acte héroïque et de celui ou celle qui l’incarne. Le fait d’avoir du courage, de risquer parfois sa vie (sacrifice) semble en faire partie.  La personne capable d’un tel acte est( ici et maintenant) extra-ordinaire et à la différence de l’idole qui ne fait que divertir, elle participe à la construction de la cité. Pour autant, même en manifestant force et courage, l’individu peut ne pas être reconnu pour sa bravoure car les normes de la société peuvent aller dans un autre sens. Tout le monde s’accorde sur le fait que celui qui fait un acte héroïque donne quelque chose à la communauté, quelque chose de positif( ce qui n’est pas forcément le cas du leader).  Nous aurions alors besoin de cette figure du héros pour nous identifier, il nous tire vers le haut et en nous dépassant, nous invite à nous dépasser.Il a une valeur symbolique puisque ses idées continuent de perdurer. Il est donc celui qui relie en tirant vers un idéal qui émerge dans un imaginaire collectif. il montre un pouvoir que l’on n’a pas ou que l’on pense ne pas avoir, celui d’oser parce qu’il est celui qui ne suit pas la foule.  Si on reprend la différence entre l’idole et le héros, peut-être avons-nous d’autres indications grâce à la Grèce antique. Le gladiateur est un esclave qui risque sa vie et est là pour amuser la foule ,de même le “people”, coquille vide que suit la foule perdue. L’homme héroïque n’est-il pas, quant à lui, vertueux , ayant un code d’honneur, reconnaissant les autres ? On pourrait alors , afin de mieux comprendre cette figure de l’héroïsme,  faire un parallèle avec  les Quatre étapes à l’oeuvre dans l’alchimie: il y a premièrement quelque chose qui se passe( le héros s’annonce), une oeuvre( le sacrifice), un objectif( une transformation opérée par l’acte héroïque) et enfin une communion(l’énergie nouvelle qu’il insuffle fait lien avec la cité) .Il fait émerger quelque chose de nouveau qui n’a pas existé auparavant.
 
   Ainsi, même si le héros n’existe pas , la désillusion de l’époque ferait qu’on en aurait besoin mais pas n’importe lesquels; il nous faut des vrais héros, des êtres qui tout en ayant des défauts(ce ne sont que des humains, pas des dieux) incarnent ce qu’on n’a pas et font avancer les choses parce qu’il y a une cohérence entre leur  pensée et leurs actes. L’homme  héroïque est alors celui qui ne recherche aucun enrichissement personnel et qui se dépasse juste pour faire avancer les autres en étant porteur d’une idée, d’une valeur(on pourra le tuer, on ne tuera pas l’idée pour laquelle il accepte de mourir). Il permet  de faire découvrir aux autres humains qu’eux aussi peuvent se dépasser parce qu’il leur a indiqué une  nouvelle orientation, il nous aide à aller à la rencontre de l’histoire, à ne pas rester figés. Chacun selon sa destinée peut donc assumer un acte héroïque et il nous aide à répondre à la question: les moutons peuvent-ils devenir des lions ?
 
 Enfin, dernière remarque: ce qui anime le héros est peut-être ce dont parle Bergson quand il distingue la morale close(qui renvoie aux règles qui garantissent l’ordre social) et la morale ouverte qui dépasse tte société particulière et s’étend au genre humain dans son entier(amour de l’humanité). Le héros est celui qui nous donne l’exemple de ce soucis et nous invite à sa construction.Souhaitons nous de tous devenir des lions...

Pour Métaphores, Véronique Barrail

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13 novembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 25/11/17 - La mémoire

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Le Café-Philo-Bedous  du mois de novembre s'est tenu le 25 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

La mémoire nous joue-t-elle des tours ? 

Résumé de la soirée :

Grâce à la temporalité de la conscience, l’homme est cet  être historique, l’histoire désignant ce qui s’est déroulé dans le passé et le récit que l’on peut en faire. Mais,s’il peut se souvenir, il peut aussi oublier. Dans Matière et mémoire, H. Bergson parle de l’image-souvenir, retenant les évènements uniques de mon existence, le souvenir étant mobilisé dans ce que l’on perçoit. Les neuroscientifiques expliquent que la base de la mémoire est la capacité à associer plusieurs souvenirs à la suite les uns des autres, ce qui tisse un récit continu du passé. Ce lien s’opère par le partage de neurones communs à plusieurs souvenirs dans le temps et en manipulant les “neurones partagés” au moyen de molécules, on  peut faire ou défaire des associations de souvenirs et tenter de transformer un souvenir traumatique en simple souvenir.
Ordinairement, quand on dit que la mémoire nous joue des tours, c’est quand on déplore de ne pas se rappeler quelque chose. L’oubli est alors perçu négativement comme un échec de la mémoire.
Si l’on se penche sur l’étymologie, le mot mémoire vient du latin memoria, dérivé de memor ( qui se souvient mais aussi qui fait se souvenir, idée d’un effet extérieur et comme indépendant de la volonté) ; il contient la racine indoeuropéenne MER: préoccupation, souci. on le rapproche du gotique mauran ( avoir soin de ) mais aussi de l’anglais  to mourn ( déplorer). Quant à l’oubli, le mot vient de l’ancien français hoblata (hostie, offrande), ce qui est offert à Dieu, sacrifié.
Quant au fait d’être le jouet de quelqu’un ou de quelque chose, le mot prend un sens métaphorique à partir du XVI° siècle, désignant celui qui est objet de raillerie, ou celui qui semble lié à une force, une volonté qui l’opprime. On découvre ici deux directions :la mémoire nous joue-t-elle des tours ? et si oui, pourquoi ? parce qu’on serait incapable de se rappeler (quel est ce trou du “trou de mémoire”?) ou au contraire, parce que la mémoire nous opprimerait ? Selon Nietzsche, l’homme de l’avenir ne peut être qu’embarrassé de ce trop plein de mémoire, qui est perte de l’innocence. Dans “Considérations inactuelles”, il décrit un homme envieux des bêtes : “l’homme dit alors: “je me souviens” et il envie l’animal qui oublie aussitôt...l’animal vit d’une vie non historique, car il s’absorbe entièrement dans le moment présent, il ne sait pas dissimuler, ne cache rien et se montre à chaque instant tel qu’il est, il ne peut être que sincère. L’homme au contraire s’arc-boute contre le poids de plus en plus lourd du passé qui l’écrase ou le dévie, qui alourdit sa démarche comme un invisible fardeau de ténèbres”.
 
- L’oubli est-il un échec de la mémoire ?( que sacrifierait-on ? )
- Y-a-t-il un devoir de mémoire ? Comment entendre ce “devoir” ?
- La mémoire peut-elle ne pas être un obstacle à la sincérité ?
 
        On remarque d’abord que la mémoire construit l’individu et qu’elle n’est pas qu’une boite dans laquelle il y a des informations.  Elle est un ancrage dont nous avons besoin, elle forge les adultes que nous sommes. L’attachement affectif construit notre mémoire et parfois, les choses occultées dans une famille entrainent des malaises, souffrances que l’on ne sait pas nommés mais que l’on ressent. On transmet alors un vide qui a des répercussions sur les générations suivantes et c’est ici toute la question de la transmission. La mémoire ne nous appartient pas et on a le devoir de la transmettre. L’autre a sa propre histoire, sa propre mémoire à construire et ce n’est plus la notre. Chaque génération a ainsi une responsabilité face à la mémoire et ce qu’elle transmet ...ou pas. Le fait de dire la mémoire permet l’évolution des générations suivantes. On se demande alors si le succès grandissant du travail sur les arbres généalogiques n’est pas provoqué par le nombre croissant des familles éclatées ?
       Pour autant, l’oubli ne serait pas forcément un échec de la mémoire : il serait un moyen d’embellir son passé, un garde-fou salutaire, parfois mécanisme de protection. Il peut donc être inconscient (parce que le souvenir serait trop douloureux). mais, cela se fait sans décision volontaire et ne serait pas maitrisé. On subit, ce n’est pas la volonté propre qui décide, l’inconscient fait un travail souterrain et nous manipule. De même, la mémoire de la petite enfance influence notre vie d’adulte de façon inconsciente et nous entraine dans des répétitions, comme un passé qui ne passerait pas. La mémoire nous joue alors des tours parce que nous serions conditionnés par elle, même si ces processus nous demeurent inconscients.
       De plus, on s’arrange avec notre mémoire sinon, nous ne pourrions pas vivre ; on accommode, le souvenir se transforme ou même parfois, on a le souvenir du souvenir des autres( ce que l’on nous a raconté et dont on ne se souvient pas de notre petite enfance et qui finit par être un souvenir comme si on s’en souvenait effectivement ). Cela semble donc très lié à l’imagination : où est la vérité dans le souvenir ? De plus, elle nous  jouerait des tours parce qu’on ne peut pas tout prendre en compte, elle est comme une boule  dont on ne peut voir toutes les facettes? nos souvenirs évoluent, on se raconte des histoires parce qu’on est obligé de faire un roman de sa vie, on aménage. Pour autant, est-ce une tricherie puisque ce souvenir nous a malgré tout construit ? On garde un bout du réel mais on lui donne un autre sens. Mais alors, comment perçoit-on le réel ? comment l’enregistre-t-on ? Qu’est-ce dont que ce réel s’il est à chaque fois modifié ? le souvenir est donc construit et reconstruit, lié à la subjectivité de chacun. Le temps fait qu’on se dégage de l’affect et l’on peut se demander ce qu’il reste quand le regard a changé, le souvenir étant vaporeux;  en changeant,tout change et comme le dit H. Pinter : “ Le passé est un pays étranger, les choses s’y meuvent différemment”.
 
         Quelqu’un se demande alors ce qu’il en est de la mémoire collective, de l’histoire et du “devoir de mémoire”. Cette mémoire semble liée au pouvoir et ce qui gêne, c’est le fait de faire des choix dans ce qui est transmis. Ce devoir de mémoire serait imposé par choix politique et sociétal, la mémoire est alors arrangée, inculquée dans un but précis et il faut plutôt encourager un travail de mémoire, celui qui permet de se débarrasser de cette mémoire “officielle” et qui libère la parole en accordant un droit de dire. il risque sinon d’en être de même pour une société comme pour un individu, avec une incapacité à se projeter ou un risque du “retour du refoulé” souvent violent. Qu’est-ce alors que l’identité d’une nation ?
        Mais alors, est-ce la mémoire qui nous joue des tours ou nous qui trahissons le passé, si on se fabrique notre mémoire par rapport au vécu , à l’affect ? Nous n’oublions cependant rien, c’est inscrit en nous, dans notre corps. De même, nous avons une mémoire archaique, alimentée par des millions d’années, notre ADN est construit de tout cela; cette mémoire, nous la portons en nous, elle est un socle collectif et cela n’est pas au niveau intellectuel. Par exemple, l’odorat n’a pas de filtre et rien que l’odeur de la madeleine amène des images qui ne seraient pas advenues par l’intellect. Quant à la façon dont nous nous accommodons avec notre mémoire, si nos souvenirs évoluent, c’est qu’il y a de la vie et il faut souhaiter à chacun cette possibilité, ce courage. Transformer les souvenirs comme nous le promettent les neurosciences serait nous empêcher tout travail dessus et ceci ne peut être qu’un cheminement personnel. De même que le travail sur des archives permet de retrouver un fil, un fil conducteur, de même pour nos souvenirs et ce que nous en faisons. Rien ne sert d’occulter (on n’oublie rien et tout est là, au fond de nous) mais il faut avoir ce courage pour se départir de toute nostalgie mais aussi de tout ressentiment, de toute souffrance. Rien de pire qu’un passé qui ne passerait pas ; l’occasion est là d’expérimenter la transcendance, puissance de l’homme de l’avenir. La mémoire ne nous jouerait alors aucun tour, n’étant que le reflet de nous–mêmes et de ce que nous sommes devenus.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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10 août 2017

Résumé Bedous-café-philo 02/09/17 - Punir, de quel droit ?

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Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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01 juillet 2017

Résumé du Café-philo-Bedous - 01/07/17 - Pour vivre heureux vivons cachés

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Le Café-philo de Bedous du mois de juillet s'est tenu le 1er à 18h au café L'Escala en vallée d'Aspe. Activité philosophique libre et gratuite, présentée et animée par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet proposé fut :

Pour vivre heureux, vivons cachés. 

Résumé de la soirée :

La question du bonheur nait chez les penseurs de l’antiquité grecque. Dès sa naissance, la philosophie se constitue comme recherche éthique sur la meilleure  manière de vivre et assigne à cette recherche la tâche de définir le bonheur. Or, cette question du bonheur est loin d’être simple : si nous savons clairement quand nous ne  sommes pas heureux, désigner ce qui nous rendrait heureux parait plus ardu et les réponses les plus diverses adviennent. Le bonheur semble alors relever de la subjectivité.
On peut cependant s’entendre sur l’idée qu’il est un état de bien-être physique et mental, caractérisé par une stabilité. Mais, une telle permanence est-elle envisageable dans une vie humaine dans laquelle l’imprévisible règne? On voit alors que des moments de bien-être, de plaisirs  ne constituent pas le bonheur du fait de leur fugacité. Que faut-il faire pour se rendre heureux ?
Le sujet proposé est le dernier vers d’une fable du XVIII° siècle,écrite par Florian et intitulée “Le grillon” : un grillon envie d’un superbe papillon qui parade dans les airs : “Dame nature pour lui fit tout et pour moi rien “; ainsi, les données de départ étant inégales, elles créent une injustice préjudiciable pour le grillon; L’égalité est-elle alors une condition nécessaire pour vivre heureux ?
Mais  après, des enfants poursuivent le papillon et le déchiquètent, ce qui fait dire au grillon ceci: “”Oh, oh, je ne suis plus fâché, il en coute trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimé ma retraite profonde ; pour vivre heureux, vivons  cachés ! “.
Se pose ici la question de ce qui relève du public et  de la sphère privée avec l’idée que le bonheur serait menacé par une vie sociale trop éclatante, qu’il faudrait se protéger des autres, ces derniers étant une menace pour  notre bonheur. Faut-il alors envisager la quête de son bonheur  sans se soucier des autres, en se protégeant de leur possible jalousie ? L’on voit  le problème éthique que cela pose. Mais ,en même temps, cette recherche de bonheur n’est-elle pas légitime, peut-on être soucieux des autres si nous ne sommes pas heureux ?
Enfin, comment entendre cette Première personne du pluriel de “vivons” ? S’agit-il ici de chacun d’entre nous, de notre individualité ou d’une collectivité, et si oui, laquelle ?
 
-Le bonheur n’est-il qu’affaire privée ?
-Comment entendre cette expression “vivre cachés” ?
-Les autres sont-ils une entrave au bonheur ?  (qu’est-ce que vivre heureux ? )
-Peut-on entendre une idée du bonheur qui serait en même temps une éthique?
 
Quelqu’un commence par  faire le lien entre le sujet et notre monde, dénonçant  cette injonction à se montrer, via internet et les réseaux sociaux, tissus relationnel envenimé. Trop se montrer entraine le risque que la malveillance  l’emporte. On perd en intimité, et le bonheur semble alors inatteignable. On remarque alors que ce sujet pose justement la question de l’intimité : que montre-t-on ou pas?
La pression sociale  impose des choses et l’on a alors besoin de de retirer  pour reconquérir quelque chose de soi, se recentrer.  Pour un intervenant, la solution est de vivre au fond des bois, et vivre cachés, c’est vivre avec la nature pour retrouver  un bonheur qu’on avait et qu’on n’a plus. Certains hommes célèbres ont fini par vivre cachés.
 
Mais on se demande alors si c’est la solution : est-ce vivre  que de vivre cachés ? Se retirer du regard des autres, c’est se reconnecter avec ses sensations, mais l’homme a aussi besoin de communiquer et il semble que le sujet , dans sa formulation, est contradictoire : la référence au bonheur est solaire  alors que les autres sont une menace (“cachés “) ; ne peut-on être bien avec les autres ?
Le fait de se cacher , n’est-ce pas refuser de se montrer tel que l’on est, par un manque de confiance en soi qui ne peut que montrer que l’on n’est pas heureux. Ne faut-il pas alors en conclure que le bonheur est un état intérieur, que l’on ne trouve qu’en soi-même ?
Si chacun en a  une idée différente, il faut bien faire des concessions. Cachés ne veut donc pas dire être seuls. Vivre bien  peut nous amener à vouloir partager, mais on choisira avec qui on échange. le bonheur ne peut alors pas être une simple recherche égoiste ,le partager le rendrait plus intense. Mais, avec qui le partager ? s’il nous faut choisir, c’est donc qu’il faut construire une communauté d’idées. Nous sommes mieux entourés avec des personnes qui veulent un monde meilleur qu’avec des gens malveillants.
 
De plus, c’est dans les moments difficiles qu’on a besoin de rencontrer les autres, d’autres regards sur le monde pour nous aider à notre tour, à voir les choses autrement.
 
Vivre cachés ne veut donc pas dire  le rester ; il faudrait le faire par intermittence, être assez fort pour se retirer, pour mieux revenir puisque vivre heureux suppose d’être avant tout bien avec soi. Il y a là l’idée de quelque chose d’universel à trouver. Quand quelqu’un est lui-même, s’affirme, cela nous montre que nous pouvons nous aussi y arriver.
On en vient à penser que le bonheur est une quête jamais acquise et quelqu’un  songe  à la phrase d’ Albert Camus : “il faut imaginer Sisyphe heureux “.  On ne choisit pas la condition humaine ni les épreuves qui vont avec.
Il faut songer à construire d’autres liens avec les autres, découvrir qui l’on est  et être relié aux autres sans faire semblant.  Ne pas se masquer derrière des faux-semblants afin de construire une authentique relation avec les autres. C’est vers cela que devrait évoluer une société et l’on pourrait alors parler de communauté. C’est à ce moment-là que l’on peut parler de bonheur, pas tant dans ce qui est accompli mais dans la construction de cette communauté. On rejoint alors la pensée de Lao-Tseu  : il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin.
 
Enfin, quelqu’un remarque que quand on a l’impression d’avoir combattu quelque chose en soi, d’avoir fait un effort qui nous permette de révéler quelque chose de nous qui nous était inconnu, on a ce sentiment de bonheur.
Comme nous constatons qu’il y a des personnes qui ont plus de chance que d’autres, il faut alors faire en sorte de leur permettre la même chose ou, au moins, de ne rien faire qui entrave leur propre quête.
 
En conclusion, il faudrait que chacun puisse s’engager dans une construction ou reconstruction de soi, parvenir à une libération intérieure qui permette ainsi de vouloir créer des liens nouveaux avec les autres,liens authentiques qui seraient promesse d’une véritable communauté.Il faut cultiver son jardin ou se mettre dans les sillons de celui d’Epicure pour qui “ de tous les biens que la sagesse nous procure pour le bonheur de notre vie, celui de l’amitié est de beaucoup le plus grand”.pour terminer ,ce commentaire au sujet de ce jardin :”chacun devait tendre à créer l’atmosphère où s’épanouissaient les coeurs. Il s’agissait avant tout d’être heureux et l’affection mutuelle, la confiance avec laquelle on se reposait l’un sur l’autre contribuaient plus que tout au bonheur”.
Pour Métaphores
Véronique Barrail
 

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02 avril 2017

Résumé Bedous-café-philo 13/05/17 - Connais-toi toi-même !

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Le CAFE-PHILO de Bedous du mois de mai s'est tenu le samedi 13 à 18h au café l'Escala en vallée d'Aspe. Le sujet proposé pour la discussion fut : 

 

"Connais-toi toi-même ! élémentaire, mon cher Watson ? "

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. Belle ambiance et 19 personnes pour participer à ce beau moment de pensée et de partage en vallée d'Aspe.

Résumé de la soirée : 

Résultat de recherche d'images pour "connais toi, toi même"

Connais-toi toi même !” : cette phrase inscrite sur le frontispice d’ un temple de Delphes et reprise par Socrate ne faisait  pas tant référence à une possible introspection qu’au fait de se confronter à sa condition d’être humain, à cet enjeu éthique qui demande de prendre conscience de sa propre mesure (condition de mortel) sans rivaliser avec les dieux. L’idée d’une identité viendra plus tard et avec elle, la possibilité d’une interrogation de ce moi qui nous accompagne tout au long de notre vie et auquel nous ne cessons de faire référence.Mais justement,quel est ce moi ? “Connais-toi toi même" : par quels  moyens ? Pour y trouver quoi ?
Le sujet “(élémentaire”) supposerait quelque chose de simple, formant une unité, une globalité, connue de façon immédiate, presque intuitivement. Quant à la référence à Sherlock Holmes, elle induirait (parce qu’il préfigure les méthodes de la police scientifique) que cette connaissance, si elle est possible pourrait être objective, certaine. Or, nous faisons parfois une toute autre expérience et, à la faveur de certaines circonstances, pouvons avoir l’impression de ne plus savoir qui nous sommes...
C’est René Descartes qui au XVII° siècle va inaugurer la philosophie du sujet. En se mettant à douter de tout afin de parvenir à une vérité indubitable, il arrive à la conclusion que pour ce faire, il faut penser, ce qui induit la conscience de soi ; l’âme est alors plus aisée à connaitre que le corps et nous serions des personnalités déterminées, dotées d’un corps et d’un esprit  qui en détiendrait les commandes. Faut-il alors envisager ce MOI comme une” boite noire “qui contiendrait qualités et défauts et qu’il suffirait d’interroger pour se connaitre ?
Mais, au XX° siècle, Freud avec la découverte de l’inconscient, vient remettre en question cette possible connaissance de soi en en faisant une prétention orgueilleuse. L’inconscient résisterait à se faire connaitre puisqu’il se construit par le refoulement et si nous l’avons refoulé, c’est donc que nous ne voulons pas en entendre parler...Ainsi,”le moi n’est pas maitre dans sa propre maison” et on ne devrait pas dire “je pense” mais “ça pense” (Nietzsche) ; (il est à noter que les dernières découvertes des neuro-sciences vont dans le même sens) . Si, comme J.Lacan l’affirmera  après Freud “le sujet est un trou dans le savoir”, quel est ce moi dont nous parlons ? l’identité ne serait-elle qu’un leurre et du coup, la première des aliénations? (car malgré cette découverte, nous ne cessons d’associer l’identité de chacun à ses pensées et de revendiquer notre propre identité).
Quel est donc ce moi auquel nous ne cessons de faire référence?
Que révèle de nous ce besoin d’identité ?
Vers quoi ouvrent les découvertes du XX°(Freud) et DU XXI°(neuro-sciences) ?

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Quelqu’un commence par remarquer que ce moi serait recouvert de toutes les programmations dont on l’a chargé  (éducation,la culture..) et que c’est souvent le mental(le résultat de tt cela ) qui parle en nous.Alors que les médias nous assènent : que pouvons-nous obtenir ?, il faudrait se demander : “que pouvons-nous être ? “ , “ que pouvons-nous apporter ? “. Nous avons aujourd’hui affaire à un moi hyper-narcissique , un Ego blessé , prisonnier des émotions .Soit on anesthésie le moi, soit on l’exacerbe et l’on s’identifie alors à des conventions sociales , normatives et aliénantes, sans jamais se retrouver face à soi-même  et sans plus interroger ce qui serait alors bon pour nous. Nous aurions alors peur d’être différents  et chercherions à être comme les autres.  mais alors, voulons-nous vraiment nous connaitre? voulons-nous vraiment savoir?
 
Puis, l’on remarque que il y a quelque chose en nous que nous n’interrogeons pas suffisamment, c’est le corps. Il faudrait aider à décrypter ce que dit le corps, lequel dit des choses sur nous. Il faudrait ressentir au lieu de penser Pendant la guerre 14-18, les soldats dépressifs étaient considérés comme déserteurs ou simulateurs et cet exemple montre comment le corps des individus peut dire des choses qui ne font pas plaisir au corps social. Or ,si nous ne le prenons pas en considération et ne nous intéressons qu’au mental, le corps devient un objet . D’ailleurs, la médecine se mêle des mal-être humains( en masquant ce qu’il a à nous dire)par des traitements chimiques. De même ,fait-on l’hypothèse que nous pourrions mieux nous connaitre par notre imaginaire.
Mais, du coup, nous constatons que corps et esprit sont intimement liés et que si le corps révèle certaines choses de nous, c’est alors parce qu’ils sont une seule et même chose et qu’il n’y a pas lieu de les opposer. De plus, force est de constater que nous changeons, nous évoluons et quelqu’un fait alors remarquer que cela est un obstacle de taille à une connaissance de soi ...
nous sommes dans un mouvement perpétuel et si il y a connaissance,elle serait infinie .Le moi serait alors une fiction qui n’existe pas ,un dessaisissement car nous n’avons à faire qu’à des sensations,  des images mentales qui changent constamment. On voit bien que l’identité est liée à la mémoire puisqu’une personne amnésique ne sait pas qui elle est.Nous pourrions alors être quelqu’un de différent avec le même récit initial mais en tous cas, nous inventons un moi auquel nous nous référons .Ce moi n’est qu’une fiction que nous exprimons avec des mots et que l’on pense ainsi pouvoir circonscrire alors qu’il est insaisissable, indéterminé.
Pourtant, nous sentons bien que nous existons ! c’est dans ce flux de sensations, le fait que je me frotte à autrui, au monde qui me donne une présence. Il faut un contact, quitte à ce que cela soit un affrontement pour pouvoir m’éprouver moi-même, créer une résonnance. Nous saisissons ici toute l’énigme et la contradiction que nous sommes : puisque nous sommes les seuls à nous habiter de l’intérieur avec notre corps, nous devrions pouvoir nous connaitre et cependant, nous ne nous pensons qu’avec les mots qui viennent des autres.
Le moi est signe de ce qui met en défaut notre représentation et cette injonction de se connaitre soi-même est plus que paradoxale.  La sagesse consiste alors en une certaine humilité, à renoncer à quelque chose qui est de l’ordre de l’énigme et si nous sommes présence , la question sera de savoir comment aider l’autre à trouver les outils pour avoir cette présence et se désaliéner d’une quête d’identité impossible. De même qu’il faudrait apprendre à voir un tableau tel que le peintre a voulu le peindre , il faudrait faire de même avec nous et comprendre que nous ne sommes que ce que nous faisons, une modalité de présence au monde, une création. C’est alors ne plus confondre l’individualisme (qui nous transforme en consommateurs et marchandises) et l’individuation (cette capacité qu’il nous faut retrouver de faire parler la langue, la forme qu’elle prend en nous, par laquelle nous découvrons notre propre puissance).

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Cette inconsistance de ce moi, cette non-coincidence  avec soi est signe de  l’inachèvement irréductible de l’être humain et promesse d’une création  incessante. Plutôt qu’un connais-toi toi même, un “prends soin de toi”( L.Foucault) invitation à un devenir, un mouvement jamais achevé, signe d’un élan vital , rebelle à tout abus de pouvoir  parce” qu’il n’existe aucun être derrière l’agir, le faire, le devenir” (Nietzsche) et que si tout est impermanence(Héraclite), “devenir n’est pas mourir à petit feu, ou se morfondre mais se réaliser à l’infini.”  
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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04 février 2017

Résumé Bedous-Café-philo - 01/04/17 - La bienveillance, à quoi bon ?

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Le Café-philo de Bedous (vallée d'Aspe) du mois d'avril s'est tenu samedi 01 de 18h à 20h au café-librairie L'Escala (clic) sur le sujet suivant :

La bienveillance, à quoi bon ?

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. 

Résumé de l'activité :

Le nourrisson est cet être dépendant qui a  besoin d’être éduqué pour devenir homme. Ne pourra advenir un moi que si d’autres le prennent en charge. Le stade du miroir marque cette reconnaissance effectuée par l’enfant de sa propre existence, cette identification qui est ensuite ( ou devrait être)  ouverture à l’autre. Se pose alors toute la question de cette relation, des liens qui se font et se défont, et construisent une société, la promesse d’un vivre-ensemble ( ou au contraire, le mettent à mal).
La question de l’autre n’est pas simple puisqu’il est autre-que-moi et je découvre ainsi l’altérité, parfois dérangeante et perturbatrice. Certes, je peux parfois construire avec l’autre des liens intimes, de confidence, établir une complicité profonde mais subsiste toujours cette distance infinitésimale qui me sépare de l’autre. Sauvegarder la possibilité de le rencontrer serait admettre que cette distance peut être comblée et qu’existe le fait d’avoir mal à sa douleur et de se réjouir de sa joie. C’est alors qu’apparaissent la sympathie,la compassion, voire la bienveillance.
Cette dernière étymologiquement signifie vouloir du bien à l’autre. Mais, si l’on regarde ce que Freud dit des êtres humains dans Malaise dans la culture, nous pouvons douter de  son émergence et même de son utilité, ce que semble indiquer le sujet. Si le spectacle des hommes ne montre que propension à l’agressivité et à la destruction, cela a-t-il même un sens de manifester de la bienveillance ? Ou faudrait-il au contraire concevoir que c’est parce que cette dernière fait défaut que l’homme est maintenu dans ses pulsions destructrices ? Faut-il la vouloir à tout prix ou y a-t-il un moment où la bienveillance n’en est plus et se mue en autre chose ? Si être bienveillant,c’est vouloir le bien de l’autre, quel est ce bien dont nous parlons ?
Que devrait-elle inaugurer ?
 
On remarque d’emblée la difficulté de la construire dans un monde hostile et l’on se demande si il y a toujours eu de l’agressivité parmi les hommes. Des travaux archéologiques ont révélé que les premiers chasseurs cueilleurs seraient morts de mort non violente et que l’agressivité arriverait au moment de la sédentarisation. Elle dépendrait alors des sociétés, du temps historique et il faudrait penser un contrat social qui évite le chaos relationnel. La question se pose un moment de savoir si la bienveillance est innée mais  après réflexion, elle semble  être du ressort de l’éducation, d’une sensibilisation par les parents. Mais qu’est-elle au juste ?
 
La difficulté est que “l’enfer est pavé de bonne intentions” et nous remarquons qu’il peut y avoir une fausse bienveillance .De même, n’induit-elle pas une hiérarchie entre celui qui aide et celui qui reçoit cette aide ?  Elle ne doit donc pas être liée à nos manques, suppose des limites au risque sinon d’imposer à l’autre ce dont il ne veut pas. La bienveillance peut parfois se transformer en maltraitance. Comment éviter cela ?
 
Elle doit nécessairement s’accompagner d’une écoute, d’une humilité et être désintéressée. La langue anglaise a le mot de “well wisher” pour désigner celui qui fait un acte anonyme de bienveillance. Il faut alors sortir du triangle infernal sauveur/victime/bourreau (aucun n’est bienveillant ) par la neutralité. Il s’agit d’écouter ce que l’autre a à exprimer, l’aide découlant de ce qu’il va demander et pour cela ne pas induire son  propre vécu. Carl Rodgers, psychothérapeute américain, suggère que le thérapeute doit avoir l’esprit d’un aventurier qui découvre un territoire. Mais alors, le bienveillance n’aurait–elle pas du sens autant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne? Ce dernier reçoit une réponse à une question et un enrichissement personnel. De même, le bénévole renonce à quelque chose de purement égoiste.
 
Mais, on se demande alors s’il peut y avoir vraiment des actions désintéressées et pour certains, cela relève du sacré, signifiant la difficulté, voire l’impossibilité pour un humain. Cependant, ma vie n’est-elle pas impactée par le malheur des autres ?
Ainsi, elle permettrait de mettre de côté nos pulsions agressives, de favoriser le lien, de s’oublier soi-même. C’est être présent à l’autre mais aussi à soi. Chacun doit alors faire un travail sur lui. La solution est de s’éloigner de la charité pour se porter vers le respect afin d’avancer ensemble. Ainsi, s’il doit y avoir bienveillance, cette dernière se dira parfois en opposant un non, voire en sanctionnant mais toujours en expliquant.
Pour terminer, nous remarquons qu’elle est contre les valeurs ambiantes et qu’en cela ,elle peut être précieuse . Elle est authentique si elle a le soucis de l’autre, si elle lui permet de s’exprimer pleinement et de construire sa liberté. Elle élèverait autant celui qui la manifeste que celui qui la reçoit.  
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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