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Activité philosophique libre et gratuite le samedi toutes les 6 semaines de 18h à 20h à Bedous en vallée d'Aspe. Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, ce café-philo propose un sujet (édité à l'avance sur le blog Métaphores ou sur le site du café L'escala) qui sera problématisé puis mis en discussion. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif. 

23 janvier 2018

BEDOUS-CAFE-PHILO - Samedi 3 Mars 2018 - Vouloir la paix ?

Bedous café-philo

Le prochain Café-Philo-Bedous se tiendra samedi 03 mars 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique sera : 

Faut-il vouloir la paix ?

L'animatrice et professeure de philosophie, Véronique Barrail, présentera les enjeux problématiques de la question avant de donner la parole au groupe pour une discussion collective. L'activité, gratuite et ouverte à tous, n'est donc pas un cours ni une conférence mais la mise en jeu de problèmes philosophiques que nous essayons de résoudre de manière progressive. Des synthèses ou des précisions seront apportées si besoin pour la clarté des débats. Nul n'est obligé de prendre la parole. Cependant, dans l'esprit d'une activité publique, le café-philo repose sur l'implication des personnes présentes désireuses de faire avancer la réflexion. Fin de l'activité vers 20 h

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09 décembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 13/01/18 - A quoi bon des héros ?

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Le premier Café-Philo-Bedous de l'année 2018 s'est tenu samedi 13 janvier 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe sur le sujet suivant : 

A quoi bon des héros ?

Depuis Homère, les héros ont été des figures  familières de la civilisation Grecque et l’Iliade  et l’Odyssée  sont les deux bréviaires épiques de l’héroïsme grec . Le héros est celui qui accomplit des exploits remarquables grâce à sa force, son intelligence et l’on retrouve de telles figures emblématiques dans les tragédies et la littérature. Plus tard, les historiens vont isoler un certains nombre d’évènements et de personnalités dont ils font la trame de leur récit et parmi ces personnages, certains vont accéder au statut de héros. Mais, n’est pas héros toute personne dont l’histoire se rappelle :  A quelles conditions le devient-on ? De plus, si le nom d’un seul reste dans les mémoires, peut-on soutenir que lui seul infléchit l’histoire ? Comme le souligne F.Braudel, il n’y a jamais dans l’histoire d’individu enfermé sur lui-même, coupé des réalités sociales, économiques, culturelles et ce sont au contraire ces réalités qui expliquent les bouleversements historiques dont on ne peut lire que l’effet de surface sur la figure des héros. Mais alors, à quoi bon des héros? à quoi sert leur image s’ils ne sont pas les seuls à avoir participer aux bouleversements de l’histoire ? Quel est le bien fondé du culte qui leur est rendu ? de plus, la question qui nous intéresse semble indiquer un désenchantement, ce qui peut s’entendre car si les épopées et tragédies anciennes montrent des héros comme figures exceptionnelle de bravoure, les héros de l’époque moderne semblent avoir de moins en moins de qualités héroïques. Si aujourd’hui, le héros est aussi bien le personnage médiocre d’un livre qu’un sportif, cette banalisation de l’héroïsme n’invite-t-elle pas à s’interroger sur l’utilité du héros ? Serions-nous tous des héros potentiels ?

Quand commence l’héroïsme et que nous révèle-t-il ? D’où vient ce culte de l’héroïsme ?
 
  On commence par remarquer que notre société ne cherche pas tant des héros que des idoles et on se demande alors ce qu’elle cherche à mettre en valeur. Les héros semblent avoir disparu même si on a gardé le mot et il semblerait que l’on vise moins haut. Dans un film de W.Allen, un otage libéré trouve devant chez lui une armada de télévisions et de radios qui veulent en faire le nouveau héros ; ce dernier est furieux et leur crie: “je ne suis pas un héros, je n’ai rien fait pour, je n’ai rien de courageux “ ! De même, dans “coup de tête”, le footballeur que l’on sort de prison et qui marque un but décisif pour la victoire de son équipe devient le héros du jour; Le président du club déclare alors: “j’entretiens 12 imbéciles pour en calmer 800”. On commence alors à apercevoir le problème de cette banalisation et on se rend compte que la figure du héros est construite et révèle parfois une “idolâtrie molle”.
 
Va alors débuter une longue réflexion pour savoir ce qu’est au juste un héros. Quelle différence y-a-t-il entre l’idole , le leader, le héros ? Quand on idolâtre, on suit la foule et l’on voit surtout le renoncement et la fatigue.Quant au leader, il fait bouger les foules mais pas forcément dans le bon sens. On constate alors que certains hommes , par leurs actes, suscitent le respect . Mais, il est dû à chacun et non simplement réservé au héros. Pour certains, les héros modernes seraient anonymes, les migrants qui s’opposent à un monde qui s’endort, les lanceurs d’alerte,  mais quelqu’un objecte que les migrants n’ont pas le choix. Le héros choisit-il ? de plus, autre difficulté: on a chacun ses héros et certains ont pu l’être à moment donné( Pétain) . le regard historique importe donc et dans l’histoire du héros, il y a  la chute possible. Les héros existent-ils ?
Quelqu’un remarque alors que les enfants en ont besoin et qu’ils en auraient d’autant plus besoin qu’ils seraient dans un mal-être, dotant alors le héros de supers pouvoirs. Cette figure du héros a à voir avec l’imaginaire. les héros de l’enfance sont les parents ou des personnages fictifs. L’enfant a besoin de l’image, pas forcément de l’acte héroïque mais chez l’adulte , c’est le contraire. L’adulte passe du fictif au réel et on convient alors que le héros n’existe pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’actes héroïques. c’est même ce que nous privilégions, au-delà de la personne. y-a-t-il des archétypes qui répondent à la notion de l’héroïsme ?
 
  La réflexion s’engage alors sur la voie de l’acte héroïque et de celui ou celle qui l’incarne. Le fait d’avoir du courage, de risquer parfois sa vie (sacrifice) semble en faire partie.  La personne capable d’un tel acte est( ici et maintenant) extra-ordinaire et à la différence de l’idole qui ne fait que divertir, elle participe à la construction de la cité. Pour autant, même en manifestant force et courage, l’individu peut ne pas être reconnu pour sa bravoure car les normes de la société peuvent aller dans un autre sens. Tout le monde s’accorde sur le fait que celui qui fait un acte héroïque donne quelque chose à la communauté, quelque chose de positif( ce qui n’est pas forcément le cas du leader).  Nous aurions alors besoin de cette figure du héros pour nous identifier, il nous tire vers le haut et en nous dépassant, nous invite à nous dépasser.Il a une valeur symbolique puisque ses idées continuent de perdurer. Il est donc celui qui relie en tirant vers un idéal qui émerge dans un imaginaire collectif. il montre un pouvoir que l’on n’a pas ou que l’on pense ne pas avoir, celui d’oser parce qu’il est celui qui ne suit pas la foule.  Si on reprend la différence entre l’idole et le héros, peut-être avons-nous d’autres indications grâce à la Grèce antique. Le gladiateur est un esclave qui risque sa vie et est là pour amuser la foule ,de même le “people”, coquille vide que suit la foule perdue. L’homme héroïque n’est-il pas, quant à lui, vertueux , ayant un code d’honneur, reconnaissant les autres ? On pourrait alors , afin de mieux comprendre cette figure de l’héroïsme,  faire un parallèle avec  les Quatre étapes à l’oeuvre dans l’alchimie: il y a premièrement quelque chose qui se passe( le héros s’annonce), une oeuvre( le sacrifice), un objectif( une transformation opérée par l’acte héroïque) et enfin une communion(l’énergie nouvelle qu’il insuffle fait lien avec la cité) .Il fait émerger quelque chose de nouveau qui n’a pas existé auparavant.
 
   Ainsi, même si le héros n’existe pas , la désillusion de l’époque ferait qu’on en aurait besoin mais pas n’importe lesquels; il nous faut des vrais héros, des êtres qui tout en ayant des défauts(ce ne sont que des humains, pas des dieux) incarnent ce qu’on n’a pas et font avancer les choses parce qu’il y a une cohérence entre leur  pensée et leurs actes. L’homme  héroïque est alors celui qui ne recherche aucun enrichissement personnel et qui se dépasse juste pour faire avancer les autres en étant porteur d’une idée, d’une valeur(on pourra le tuer, on ne tuera pas l’idée pour laquelle il accepte de mourir). Il permet  de faire découvrir aux autres humains qu’eux aussi peuvent se dépasser parce qu’il leur a indiqué une  nouvelle orientation, il nous aide à aller à la rencontre de l’histoire, à ne pas rester figés. Chacun selon sa destinée peut donc assumer un acte héroïque et il nous aide à répondre à la question: les moutons peuvent-ils devenir des lions ?
 
 Enfin, dernière remarque: ce qui anime le héros est peut-être ce dont parle Bergson quand il distingue la morale close(qui renvoie aux règles qui garantissent l’ordre social) et la morale ouverte qui dépasse tte société particulière et s’étend au genre humain dans son entier(amour de l’humanité). Le héros est celui qui nous donne l’exemple de ce soucis et nous invite à sa construction.Souhaitons nous de tous devenir des lions...

Pour Métaphores, Véronique Barrail

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13 novembre 2017

Résumé Bedous-café-philo - 25/11/17 - La mémoire

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Le Café-Philo-Bedous  du mois de novembre s'est tenu le 25 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé fut : 

La mémoire nous joue-t-elle des tours ? 

Résumé de la soirée :

Grâce à la temporalité de la conscience, l’homme est cet  être historique, l’histoire désignant ce qui s’est déroulé dans le passé et le récit que l’on peut en faire. Mais,s’il peut se souvenir, il peut aussi oublier. Dans Matière et mémoire, H. Bergson parle de l’image-souvenir, retenant les évènements uniques de mon existence, le souvenir étant mobilisé dans ce que l’on perçoit. Les neuroscientifiques expliquent que la base de la mémoire est la capacité à associer plusieurs souvenirs à la suite les uns des autres, ce qui tisse un récit continu du passé. Ce lien s’opère par le partage de neurones communs à plusieurs souvenirs dans le temps et en manipulant les “neurones partagés” au moyen de molécules, on  peut faire ou défaire des associations de souvenirs et tenter de transformer un souvenir traumatique en simple souvenir.
Ordinairement, quand on dit que la mémoire nous joue des tours, c’est quand on déplore de ne pas se rappeler quelque chose. L’oubli est alors perçu négativement comme un échec de la mémoire.
Si l’on se penche sur l’étymologie, le mot mémoire vient du latin memoria, dérivé de memor ( qui se souvient mais aussi qui fait se souvenir, idée d’un effet extérieur et comme indépendant de la volonté) ; il contient la racine indoeuropéenne MER: préoccupation, souci. on le rapproche du gotique mauran ( avoir soin de ) mais aussi de l’anglais  to mourn ( déplorer). Quant à l’oubli, le mot vient de l’ancien français hoblata (hostie, offrande), ce qui est offert à Dieu, sacrifié.
Quant au fait d’être le jouet de quelqu’un ou de quelque chose, le mot prend un sens métaphorique à partir du XVI° siècle, désignant celui qui est objet de raillerie, ou celui qui semble lié à une force, une volonté qui l’opprime. On découvre ici deux directions :la mémoire nous joue-t-elle des tours ? et si oui, pourquoi ? parce qu’on serait incapable de se rappeler (quel est ce trou du “trou de mémoire”?) ou au contraire, parce que la mémoire nous opprimerait ? Selon Nietzsche, l’homme de l’avenir ne peut être qu’embarrassé de ce trop plein de mémoire, qui est perte de l’innocence. Dans “Considérations inactuelles”, il décrit un homme envieux des bêtes : “l’homme dit alors: “je me souviens” et il envie l’animal qui oublie aussitôt...l’animal vit d’une vie non historique, car il s’absorbe entièrement dans le moment présent, il ne sait pas dissimuler, ne cache rien et se montre à chaque instant tel qu’il est, il ne peut être que sincère. L’homme au contraire s’arc-boute contre le poids de plus en plus lourd du passé qui l’écrase ou le dévie, qui alourdit sa démarche comme un invisible fardeau de ténèbres”.
 
- L’oubli est-il un échec de la mémoire ?( que sacrifierait-on ? )
- Y-a-t-il un devoir de mémoire ? Comment entendre ce “devoir” ?
- La mémoire peut-elle ne pas être un obstacle à la sincérité ?
 
        On remarque d’abord que la mémoire construit l’individu et qu’elle n’est pas qu’une boite dans laquelle il y a des informations.  Elle est un ancrage dont nous avons besoin, elle forge les adultes que nous sommes. L’attachement affectif construit notre mémoire et parfois, les choses occultées dans une famille entrainent des malaises, souffrances que l’on ne sait pas nommés mais que l’on ressent. On transmet alors un vide qui a des répercussions sur les générations suivantes et c’est ici toute la question de la transmission. La mémoire ne nous appartient pas et on a le devoir de la transmettre. L’autre a sa propre histoire, sa propre mémoire à construire et ce n’est plus la notre. Chaque génération a ainsi une responsabilité face à la mémoire et ce qu’elle transmet ...ou pas. Le fait de dire la mémoire permet l’évolution des générations suivantes. On se demande alors si le succès grandissant du travail sur les arbres généalogiques n’est pas provoqué par le nombre croissant des familles éclatées ?
       Pour autant, l’oubli ne serait pas forcément un échec de la mémoire : il serait un moyen d’embellir son passé, un garde-fou salutaire, parfois mécanisme de protection. Il peut donc être inconscient (parce que le souvenir serait trop douloureux). mais, cela se fait sans décision volontaire et ne serait pas maitrisé. On subit, ce n’est pas la volonté propre qui décide, l’inconscient fait un travail souterrain et nous manipule. De même, la mémoire de la petite enfance influence notre vie d’adulte de façon inconsciente et nous entraine dans des répétitions, comme un passé qui ne passerait pas. La mémoire nous joue alors des tours parce que nous serions conditionnés par elle, même si ces processus nous demeurent inconscients.
       De plus, on s’arrange avec notre mémoire sinon, nous ne pourrions pas vivre ; on accommode, le souvenir se transforme ou même parfois, on a le souvenir du souvenir des autres( ce que l’on nous a raconté et dont on ne se souvient pas de notre petite enfance et qui finit par être un souvenir comme si on s’en souvenait effectivement ). Cela semble donc très lié à l’imagination : où est la vérité dans le souvenir ? De plus, elle nous  jouerait des tours parce qu’on ne peut pas tout prendre en compte, elle est comme une boule  dont on ne peut voir toutes les facettes? nos souvenirs évoluent, on se raconte des histoires parce qu’on est obligé de faire un roman de sa vie, on aménage. Pour autant, est-ce une tricherie puisque ce souvenir nous a malgré tout construit ? On garde un bout du réel mais on lui donne un autre sens. Mais alors, comment perçoit-on le réel ? comment l’enregistre-t-on ? Qu’est-ce dont que ce réel s’il est à chaque fois modifié ? le souvenir est donc construit et reconstruit, lié à la subjectivité de chacun. Le temps fait qu’on se dégage de l’affect et l’on peut se demander ce qu’il reste quand le regard a changé, le souvenir étant vaporeux;  en changeant,tout change et comme le dit H. Pinter : “ Le passé est un pays étranger, les choses s’y meuvent différemment”.
 
         Quelqu’un se demande alors ce qu’il en est de la mémoire collective, de l’histoire et du “devoir de mémoire”. Cette mémoire semble liée au pouvoir et ce qui gêne, c’est le fait de faire des choix dans ce qui est transmis. Ce devoir de mémoire serait imposé par choix politique et sociétal, la mémoire est alors arrangée, inculquée dans un but précis et il faut plutôt encourager un travail de mémoire, celui qui permet de se débarrasser de cette mémoire “officielle” et qui libère la parole en accordant un droit de dire. il risque sinon d’en être de même pour une société comme pour un individu, avec une incapacité à se projeter ou un risque du “retour du refoulé” souvent violent. Qu’est-ce alors que l’identité d’une nation ?
        Mais alors, est-ce la mémoire qui nous joue des tours ou nous qui trahissons le passé, si on se fabrique notre mémoire par rapport au vécu , à l’affect ? Nous n’oublions cependant rien, c’est inscrit en nous, dans notre corps. De même, nous avons une mémoire archaique, alimentée par des millions d’années, notre ADN est construit de tout cela; cette mémoire, nous la portons en nous, elle est un socle collectif et cela n’est pas au niveau intellectuel. Par exemple, l’odorat n’a pas de filtre et rien que l’odeur de la madeleine amène des images qui ne seraient pas advenues par l’intellect. Quant à la façon dont nous nous accommodons avec notre mémoire, si nos souvenirs évoluent, c’est qu’il y a de la vie et il faut souhaiter à chacun cette possibilité, ce courage. Transformer les souvenirs comme nous le promettent les neurosciences serait nous empêcher tout travail dessus et ceci ne peut être qu’un cheminement personnel. De même que le travail sur des archives permet de retrouver un fil, un fil conducteur, de même pour nos souvenirs et ce que nous en faisons. Rien ne sert d’occulter (on n’oublie rien et tout est là, au fond de nous) mais il faut avoir ce courage pour se départir de toute nostalgie mais aussi de tout ressentiment, de toute souffrance. Rien de pire qu’un passé qui ne passerait pas ; l’occasion est là d’expérimenter la transcendance, puissance de l’homme de l’avenir. La mémoire ne nous jouerait alors aucun tour, n’étant que le reflet de nous–mêmes et de ce que nous sommes devenus.
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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10 août 2017

Résumé Bedous-café-philo 02/09/17 - Punir, de quel droit ?

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Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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01 juillet 2017

Résumé du Café-philo-Bedous - 01/07/17 - Pour vivre heureux vivons cachés

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Le Café-philo de Bedous du mois de juillet s'est tenu le 1er à 18h au café L'Escala en vallée d'Aspe. Activité philosophique libre et gratuite, présentée et animée par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet proposé fut :

Pour vivre heureux, vivons cachés. 

Résumé de la soirée :

La question du bonheur nait chez les penseurs de l’antiquité grecque. Dès sa naissance, la philosophie se constitue comme recherche éthique sur la meilleure  manière de vivre et assigne à cette recherche la tâche de définir le bonheur. Or, cette question du bonheur est loin d’être simple : si nous savons clairement quand nous ne  sommes pas heureux, désigner ce qui nous rendrait heureux parait plus ardu et les réponses les plus diverses adviennent. Le bonheur semble alors relever de la subjectivité.
On peut cependant s’entendre sur l’idée qu’il est un état de bien-être physique et mental, caractérisé par une stabilité. Mais, une telle permanence est-elle envisageable dans une vie humaine dans laquelle l’imprévisible règne? On voit alors que des moments de bien-être, de plaisirs  ne constituent pas le bonheur du fait de leur fugacité. Que faut-il faire pour se rendre heureux ?
Le sujet proposé est le dernier vers d’une fable du XVIII° siècle,écrite par Florian et intitulée “Le grillon” : un grillon envie d’un superbe papillon qui parade dans les airs : “Dame nature pour lui fit tout et pour moi rien “; ainsi, les données de départ étant inégales, elles créent une injustice préjudiciable pour le grillon; L’égalité est-elle alors une condition nécessaire pour vivre heureux ?
Mais  après, des enfants poursuivent le papillon et le déchiquètent, ce qui fait dire au grillon ceci: “”Oh, oh, je ne suis plus fâché, il en coute trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimé ma retraite profonde ; pour vivre heureux, vivons  cachés ! “.
Se pose ici la question de ce qui relève du public et  de la sphère privée avec l’idée que le bonheur serait menacé par une vie sociale trop éclatante, qu’il faudrait se protéger des autres, ces derniers étant une menace pour  notre bonheur. Faut-il alors envisager la quête de son bonheur  sans se soucier des autres, en se protégeant de leur possible jalousie ? L’on voit  le problème éthique que cela pose. Mais ,en même temps, cette recherche de bonheur n’est-elle pas légitime, peut-on être soucieux des autres si nous ne sommes pas heureux ?
Enfin, comment entendre cette Première personne du pluriel de “vivons” ? S’agit-il ici de chacun d’entre nous, de notre individualité ou d’une collectivité, et si oui, laquelle ?
 
-Le bonheur n’est-il qu’affaire privée ?
-Comment entendre cette expression “vivre cachés” ?
-Les autres sont-ils une entrave au bonheur ?  (qu’est-ce que vivre heureux ? )
-Peut-on entendre une idée du bonheur qui serait en même temps une éthique?
 
Quelqu’un commence par  faire le lien entre le sujet et notre monde, dénonçant  cette injonction à se montrer, via internet et les réseaux sociaux, tissus relationnel envenimé. Trop se montrer entraine le risque que la malveillance  l’emporte. On perd en intimité, et le bonheur semble alors inatteignable. On remarque alors que ce sujet pose justement la question de l’intimité : que montre-t-on ou pas?
La pression sociale  impose des choses et l’on a alors besoin de de retirer  pour reconquérir quelque chose de soi, se recentrer.  Pour un intervenant, la solution est de vivre au fond des bois, et vivre cachés, c’est vivre avec la nature pour retrouver  un bonheur qu’on avait et qu’on n’a plus. Certains hommes célèbres ont fini par vivre cachés.
 
Mais on se demande alors si c’est la solution : est-ce vivre  que de vivre cachés ? Se retirer du regard des autres, c’est se reconnecter avec ses sensations, mais l’homme a aussi besoin de communiquer et il semble que le sujet , dans sa formulation, est contradictoire : la référence au bonheur est solaire  alors que les autres sont une menace (“cachés “) ; ne peut-on être bien avec les autres ?
Le fait de se cacher , n’est-ce pas refuser de se montrer tel que l’on est, par un manque de confiance en soi qui ne peut que montrer que l’on n’est pas heureux. Ne faut-il pas alors en conclure que le bonheur est un état intérieur, que l’on ne trouve qu’en soi-même ?
Si chacun en a  une idée différente, il faut bien faire des concessions. Cachés ne veut donc pas dire être seuls. Vivre bien  peut nous amener à vouloir partager, mais on choisira avec qui on échange. le bonheur ne peut alors pas être une simple recherche égoiste ,le partager le rendrait plus intense. Mais, avec qui le partager ? s’il nous faut choisir, c’est donc qu’il faut construire une communauté d’idées. Nous sommes mieux entourés avec des personnes qui veulent un monde meilleur qu’avec des gens malveillants.
 
De plus, c’est dans les moments difficiles qu’on a besoin de rencontrer les autres, d’autres regards sur le monde pour nous aider à notre tour, à voir les choses autrement.
 
Vivre cachés ne veut donc pas dire  le rester ; il faudrait le faire par intermittence, être assez fort pour se retirer, pour mieux revenir puisque vivre heureux suppose d’être avant tout bien avec soi. Il y a là l’idée de quelque chose d’universel à trouver. Quand quelqu’un est lui-même, s’affirme, cela nous montre que nous pouvons nous aussi y arriver.
On en vient à penser que le bonheur est une quête jamais acquise et quelqu’un  songe  à la phrase d’ Albert Camus : “il faut imaginer Sisyphe heureux “.  On ne choisit pas la condition humaine ni les épreuves qui vont avec.
Il faut songer à construire d’autres liens avec les autres, découvrir qui l’on est  et être relié aux autres sans faire semblant.  Ne pas se masquer derrière des faux-semblants afin de construire une authentique relation avec les autres. C’est vers cela que devrait évoluer une société et l’on pourrait alors parler de communauté. C’est à ce moment-là que l’on peut parler de bonheur, pas tant dans ce qui est accompli mais dans la construction de cette communauté. On rejoint alors la pensée de Lao-Tseu  : il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin.
 
Enfin, quelqu’un remarque que quand on a l’impression d’avoir combattu quelque chose en soi, d’avoir fait un effort qui nous permette de révéler quelque chose de nous qui nous était inconnu, on a ce sentiment de bonheur.
Comme nous constatons qu’il y a des personnes qui ont plus de chance que d’autres, il faut alors faire en sorte de leur permettre la même chose ou, au moins, de ne rien faire qui entrave leur propre quête.
 
En conclusion, il faudrait que chacun puisse s’engager dans une construction ou reconstruction de soi, parvenir à une libération intérieure qui permette ainsi de vouloir créer des liens nouveaux avec les autres,liens authentiques qui seraient promesse d’une véritable communauté.Il faut cultiver son jardin ou se mettre dans les sillons de celui d’Epicure pour qui “ de tous les biens que la sagesse nous procure pour le bonheur de notre vie, celui de l’amitié est de beaucoup le plus grand”.pour terminer ,ce commentaire au sujet de ce jardin :”chacun devait tendre à créer l’atmosphère où s’épanouissaient les coeurs. Il s’agissait avant tout d’être heureux et l’affection mutuelle, la confiance avec laquelle on se reposait l’un sur l’autre contribuaient plus que tout au bonheur”.
Pour Métaphores
Véronique Barrail
 

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02 avril 2017

Résumé Bedous-café-philo 13/05/17 - Connais-toi toi-même !

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Le CAFE-PHILO de Bedous du mois de mai s'est tenu le samedi 13 à 18h au café l'Escala en vallée d'Aspe. Le sujet proposé pour la discussion fut : 

 

"Connais-toi toi-même ! élémentaire, mon cher Watson ? "

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. Belle ambiance et 19 personnes pour participer à ce beau moment de pensée et de partage en vallée d'Aspe.

Résumé de la soirée : 

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Connais-toi toi même !” : cette phrase inscrite sur le frontispice d’ un temple de Delphes et reprise par Socrate ne faisait  pas tant référence à une possible introspection qu’au fait de se confronter à sa condition d’être humain, à cet enjeu éthique qui demande de prendre conscience de sa propre mesure (condition de mortel) sans rivaliser avec les dieux. L’idée d’une identité viendra plus tard et avec elle, la possibilité d’une interrogation de ce moi qui nous accompagne tout au long de notre vie et auquel nous ne cessons de faire référence.Mais justement,quel est ce moi ? “Connais-toi toi même" : par quels  moyens ? Pour y trouver quoi ?
Le sujet “(élémentaire”) supposerait quelque chose de simple, formant une unité, une globalité, connue de façon immédiate, presque intuitivement. Quant à la référence à Sherlock Holmes, elle induirait (parce qu’il préfigure les méthodes de la police scientifique) que cette connaissance, si elle est possible pourrait être objective, certaine. Or, nous faisons parfois une toute autre expérience et, à la faveur de certaines circonstances, pouvons avoir l’impression de ne plus savoir qui nous sommes...
C’est René Descartes qui au XVII° siècle va inaugurer la philosophie du sujet. En se mettant à douter de tout afin de parvenir à une vérité indubitable, il arrive à la conclusion que pour ce faire, il faut penser, ce qui induit la conscience de soi ; l’âme est alors plus aisée à connaitre que le corps et nous serions des personnalités déterminées, dotées d’un corps et d’un esprit  qui en détiendrait les commandes. Faut-il alors envisager ce MOI comme une” boite noire “qui contiendrait qualités et défauts et qu’il suffirait d’interroger pour se connaitre ?
Mais, au XX° siècle, Freud avec la découverte de l’inconscient, vient remettre en question cette possible connaissance de soi en en faisant une prétention orgueilleuse. L’inconscient résisterait à se faire connaitre puisqu’il se construit par le refoulement et si nous l’avons refoulé, c’est donc que nous ne voulons pas en entendre parler...Ainsi,”le moi n’est pas maitre dans sa propre maison” et on ne devrait pas dire “je pense” mais “ça pense” (Nietzsche) ; (il est à noter que les dernières découvertes des neuro-sciences vont dans le même sens) . Si, comme J.Lacan l’affirmera  après Freud “le sujet est un trou dans le savoir”, quel est ce moi dont nous parlons ? l’identité ne serait-elle qu’un leurre et du coup, la première des aliénations? (car malgré cette découverte, nous ne cessons d’associer l’identité de chacun à ses pensées et de revendiquer notre propre identité).
Quel est donc ce moi auquel nous ne cessons de faire référence?
Que révèle de nous ce besoin d’identité ?
Vers quoi ouvrent les découvertes du XX°(Freud) et DU XXI°(neuro-sciences) ?

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Quelqu’un commence par remarquer que ce moi serait recouvert de toutes les programmations dont on l’a chargé  (éducation,la culture..) et que c’est souvent le mental(le résultat de tt cela ) qui parle en nous.Alors que les médias nous assènent : que pouvons-nous obtenir ?, il faudrait se demander : “que pouvons-nous être ? “ , “ que pouvons-nous apporter ? “. Nous avons aujourd’hui affaire à un moi hyper-narcissique , un Ego blessé , prisonnier des émotions .Soit on anesthésie le moi, soit on l’exacerbe et l’on s’identifie alors à des conventions sociales , normatives et aliénantes, sans jamais se retrouver face à soi-même  et sans plus interroger ce qui serait alors bon pour nous. Nous aurions alors peur d’être différents  et chercherions à être comme les autres.  mais alors, voulons-nous vraiment nous connaitre? voulons-nous vraiment savoir?
 
Puis, l’on remarque que il y a quelque chose en nous que nous n’interrogeons pas suffisamment, c’est le corps. Il faudrait aider à décrypter ce que dit le corps, lequel dit des choses sur nous. Il faudrait ressentir au lieu de penser Pendant la guerre 14-18, les soldats dépressifs étaient considérés comme déserteurs ou simulateurs et cet exemple montre comment le corps des individus peut dire des choses qui ne font pas plaisir au corps social. Or ,si nous ne le prenons pas en considération et ne nous intéressons qu’au mental, le corps devient un objet . D’ailleurs, la médecine se mêle des mal-être humains( en masquant ce qu’il a à nous dire)par des traitements chimiques. De même ,fait-on l’hypothèse que nous pourrions mieux nous connaitre par notre imaginaire.
Mais, du coup, nous constatons que corps et esprit sont intimement liés et que si le corps révèle certaines choses de nous, c’est alors parce qu’ils sont une seule et même chose et qu’il n’y a pas lieu de les opposer. De plus, force est de constater que nous changeons, nous évoluons et quelqu’un fait alors remarquer que cela est un obstacle de taille à une connaissance de soi ...
nous sommes dans un mouvement perpétuel et si il y a connaissance,elle serait infinie .Le moi serait alors une fiction qui n’existe pas ,un dessaisissement car nous n’avons à faire qu’à des sensations,  des images mentales qui changent constamment. On voit bien que l’identité est liée à la mémoire puisqu’une personne amnésique ne sait pas qui elle est.Nous pourrions alors être quelqu’un de différent avec le même récit initial mais en tous cas, nous inventons un moi auquel nous nous référons .Ce moi n’est qu’une fiction que nous exprimons avec des mots et que l’on pense ainsi pouvoir circonscrire alors qu’il est insaisissable, indéterminé.
Pourtant, nous sentons bien que nous existons ! c’est dans ce flux de sensations, le fait que je me frotte à autrui, au monde qui me donne une présence. Il faut un contact, quitte à ce que cela soit un affrontement pour pouvoir m’éprouver moi-même, créer une résonnance. Nous saisissons ici toute l’énigme et la contradiction que nous sommes : puisque nous sommes les seuls à nous habiter de l’intérieur avec notre corps, nous devrions pouvoir nous connaitre et cependant, nous ne nous pensons qu’avec les mots qui viennent des autres.
Le moi est signe de ce qui met en défaut notre représentation et cette injonction de se connaitre soi-même est plus que paradoxale.  La sagesse consiste alors en une certaine humilité, à renoncer à quelque chose qui est de l’ordre de l’énigme et si nous sommes présence , la question sera de savoir comment aider l’autre à trouver les outils pour avoir cette présence et se désaliéner d’une quête d’identité impossible. De même qu’il faudrait apprendre à voir un tableau tel que le peintre a voulu le peindre , il faudrait faire de même avec nous et comprendre que nous ne sommes que ce que nous faisons, une modalité de présence au monde, une création. C’est alors ne plus confondre l’individualisme (qui nous transforme en consommateurs et marchandises) et l’individuation (cette capacité qu’il nous faut retrouver de faire parler la langue, la forme qu’elle prend en nous, par laquelle nous découvrons notre propre puissance).

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Cette inconsistance de ce moi, cette non-coincidence  avec soi est signe de  l’inachèvement irréductible de l’être humain et promesse d’une création  incessante. Plutôt qu’un connais-toi toi même, un “prends soin de toi”( L.Foucault) invitation à un devenir, un mouvement jamais achevé, signe d’un élan vital , rebelle à tout abus de pouvoir  parce” qu’il n’existe aucun être derrière l’agir, le faire, le devenir” (Nietzsche) et que si tout est impermanence(Héraclite), “devenir n’est pas mourir à petit feu, ou se morfondre mais se réaliser à l’infini.”  
Pour Métaphores,
Véronique Barrail

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04 février 2017

Résumé Bedous-Café-philo - 01/04/17 - La bienveillance, à quoi bon ?

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Le Café-philo de Bedous (vallée d'Aspe) du mois d'avril s'est tenu samedi 01 de 18h à 20h au café-librairie L'Escala (clic) sur le sujet suivant :

La bienveillance, à quoi bon ?

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. 

Résumé de l'activité :

Le nourrisson est cet être dépendant qui a  besoin d’être éduqué pour devenir homme. Ne pourra advenir un moi que si d’autres le prennent en charge. Le stade du miroir marque cette reconnaissance effectuée par l’enfant de sa propre existence, cette identification qui est ensuite ( ou devrait être)  ouverture à l’autre. Se pose alors toute la question de cette relation, des liens qui se font et se défont, et construisent une société, la promesse d’un vivre-ensemble ( ou au contraire, le mettent à mal).
La question de l’autre n’est pas simple puisqu’il est autre-que-moi et je découvre ainsi l’altérité, parfois dérangeante et perturbatrice. Certes, je peux parfois construire avec l’autre des liens intimes, de confidence, établir une complicité profonde mais subsiste toujours cette distance infinitésimale qui me sépare de l’autre. Sauvegarder la possibilité de le rencontrer serait admettre que cette distance peut être comblée et qu’existe le fait d’avoir mal à sa douleur et de se réjouir de sa joie. C’est alors qu’apparaissent la sympathie,la compassion, voire la bienveillance.
Cette dernière étymologiquement signifie vouloir du bien à l’autre. Mais, si l’on regarde ce que Freud dit des êtres humains dans Malaise dans la culture, nous pouvons douter de  son émergence et même de son utilité, ce que semble indiquer le sujet. Si le spectacle des hommes ne montre que propension à l’agressivité et à la destruction, cela a-t-il même un sens de manifester de la bienveillance ? Ou faudrait-il au contraire concevoir que c’est parce que cette dernière fait défaut que l’homme est maintenu dans ses pulsions destructrices ? Faut-il la vouloir à tout prix ou y a-t-il un moment où la bienveillance n’en est plus et se mue en autre chose ? Si être bienveillant,c’est vouloir le bien de l’autre, quel est ce bien dont nous parlons ?
Que devrait-elle inaugurer ?
 
On remarque d’emblée la difficulté de la construire dans un monde hostile et l’on se demande si il y a toujours eu de l’agressivité parmi les hommes. Des travaux archéologiques ont révélé que les premiers chasseurs cueilleurs seraient morts de mort non violente et que l’agressivité arriverait au moment de la sédentarisation. Elle dépendrait alors des sociétés, du temps historique et il faudrait penser un contrat social qui évite le chaos relationnel. La question se pose un moment de savoir si la bienveillance est innée mais  après réflexion, elle semble  être du ressort de l’éducation, d’une sensibilisation par les parents. Mais qu’est-elle au juste ?
 
La difficulté est que “l’enfer est pavé de bonne intentions” et nous remarquons qu’il peut y avoir une fausse bienveillance .De même, n’induit-elle pas une hiérarchie entre celui qui aide et celui qui reçoit cette aide ?  Elle ne doit donc pas être liée à nos manques, suppose des limites au risque sinon d’imposer à l’autre ce dont il ne veut pas. La bienveillance peut parfois se transformer en maltraitance. Comment éviter cela ?
 
Elle doit nécessairement s’accompagner d’une écoute, d’une humilité et être désintéressée. La langue anglaise a le mot de “well wisher” pour désigner celui qui fait un acte anonyme de bienveillance. Il faut alors sortir du triangle infernal sauveur/victime/bourreau (aucun n’est bienveillant ) par la neutralité. Il s’agit d’écouter ce que l’autre a à exprimer, l’aide découlant de ce qu’il va demander et pour cela ne pas induire son  propre vécu. Carl Rodgers, psychothérapeute américain, suggère que le thérapeute doit avoir l’esprit d’un aventurier qui découvre un territoire. Mais alors, le bienveillance n’aurait–elle pas du sens autant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne? Ce dernier reçoit une réponse à une question et un enrichissement personnel. De même, le bénévole renonce à quelque chose de purement égoiste.
 
Mais, on se demande alors s’il peut y avoir vraiment des actions désintéressées et pour certains, cela relève du sacré, signifiant la difficulté, voire l’impossibilité pour un humain. Cependant, ma vie n’est-elle pas impactée par le malheur des autres ?
Ainsi, elle permettrait de mettre de côté nos pulsions agressives, de favoriser le lien, de s’oublier soi-même. C’est être présent à l’autre mais aussi à soi. Chacun doit alors faire un travail sur lui. La solution est de s’éloigner de la charité pour se porter vers le respect afin d’avancer ensemble. Ainsi, s’il doit y avoir bienveillance, cette dernière se dira parfois en opposant un non, voire en sanctionnant mais toujours en expliquant.
Pour terminer, nous remarquons qu’elle est contre les valeurs ambiantes et qu’en cela ,elle peut être précieuse . Elle est authentique si elle a le soucis de l’autre, si elle lui permet de s’exprimer pleinement et de construire sa liberté. Elle élèverait autant celui qui la manifeste que celui qui la reçoit.  
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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22 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo du 18/02/17 : L'animal, quel intérêt ?

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Le Café-philo-Bedous du mois de février s'est tenu le samedi 18 à 18h au café-librairie L'Escala(clic) à Bedous en vallée d'Aspe autour du sujet suivant : 

L'animal, quel intérêt ?

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La présentation des enjeux et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie, pour permettre une discussion ouverte avec et entre les participants. Vingt-six personnes se sont retrouvées pour participer à cette soirée dynamique et enthousiasmante.

Résumé de la soirée : 

Le lien entre l’homme et l’animal est un lien ambivalent, différent selon les individus, les cultures, les temps historiques. De l’animal sauvage à chasser, il va au fil du temps se muer en animal domestique, d’élevage, à dompter, dresser ou à utiliser comme terrain d’expérimentation scientifique. Il est à noter que ce terme “domestiqué” vient du latin domus (la maison) et a donné le mot domination. L’équivalent Grec (oikos) donne “économie”(loi de la maison). Domestiquer, c’est faire basculer le sauvage dans la sphère économique et donc le supprimer en tant que sauvage.

Mais si l’homme a toujours eu ce rapport ambivalent avec l’animal, c’est aussi peut-être parce que la frontière homme / animal n’est pas si franche que cela: nous sommes des êtres vivants soumis à des lois naturelles, doués de mobilité comme eux mais nous pouvons aussi nous en différencier par des facultés que ne semblent  pas posséder les animaux. En ce sens, M.Heidegger distingue trois types de relations au monde: la chose est “sans monde”, l’animal est “pauvre en monde” et l’homme est ”configurateur du monde”. Ainsi, si le lézard qui se chauffe au soleil adopte une attitude, il n’en reste pas moins vrai que cela n’est pas dicté par un savoir, une pensée ou un langage.

Du coup, l’animal, quel intérêt ? Pourquoi faudrait-il s’y intéresser et de quel intérêt parle-t-on ici ? Ce mot peut avoir plusieurs sens (ce qui est utile/avantageux ; ce qui présente une originalité, une importance ; ce qui peut susciter un sentiment bienveillant).

Enfin, il faut aussi noter l’opposition que nous faisons entre l’animal sauvage et l’animal domestique. Alors que les sociétés païennes vont entretenir des relations pacifiées avec l’ours par exemple, ce dernier devient un animal à chasser, réduit en esclavage comme animal de foire, avec le christianisme et l’on voit aujourd’hui comme les requins ont peu de chance face aux surfeurs...

Mais, en même temps, jamais la domestication n’a été poussée aussi loin et le statut de l’animal domestique a lui aussi évolué (Décret Glavany: “êtres vivants doués de sensibilité”).

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 Faut-il s’intéresser aux animaux et comment ? Que disons-nous de nous-mêmes à travers cette opposition sauvage/domestique ?

Quels en sont les enjeux ? Les peintures rupestres sont une trace de la première rencontre entre l’homme et l’animal, révélant une finesse et une complexité de la relation homme /animal que nous avons perdue. L’homme peint l’animal sur les parois de la grotte et non lui-même, comme si l’animal n’était pas que le prédateur mais aussi ce qui interroge ce que nous sommes. L’animal, c’est l’autre et il est mystérieux par la puissance qu’il manifeste. Par ces représentations, l’homme reconstruit le monde, se situe dans ce monde et communique avec l’âme des animaux. Mais alors, quand y-a-t-il renversement entre l’homme et la nature?

Il faut du coup noter que l’intitulé du sujet montre un positionnement anthropocentrique et que l’on pourrait renverser la question : l’homme, quel intérêt ? D’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on parle de l’animal ? N’est-il pas une énigme pour nous ? N’est-il pas ce qui présentifie l’énigme du vivant, nous présentant ce qui semble avoir la plus grande proximité avec nous ? Si l’on peut entendre la peur qu’il a pu susciter, l’on voit aussi comme il peut présenter quelques similarités avec les humains (ils ont leurs propres configurations, empruntent des choses à la nature pour s’en servir...) Or, ceci peut déranger, confortés que nous sommes par une représentation biblique qui fait de l’homme un être supérieur. En ce sens, la sexualité sera renvoyée à l’animalité (le spirituel du coté de l’humain, les pulsions du côté du bestial). Cette représentation de supériorité a pu faire croire à l’homme qu’il avait droit de vie et de mort sur les autres êtres vivants et qu’il pouvait éradiquer le monde sauvage par la domestication.

Mais, qu’est-ce qui anime l’homme lorsqu’il veut domestiquer ? Au-delà de la peur (relation à l’étrangeté), l’animal est pour nous un miroir. Nietzsche explique que ce que nous ne supportons pas chez la vache, c’est qu’elle est sereine, toute occupée à brouter l’herbe du pré, là où nous sommes morcelés parce que nous sommes des êtres conscients. L’animal est cet être qui à la perfection de pouvoir s’en sortir seul et nous renvoie de ce fait à notre propre faiblesse, à notre difficulté à organiser une société. Il est entre-les-choses(inter-esse) et il est plus entre les choses que nous, étant dans un rapport immédiat à l’environnement. Nous, nous nous représentons le monde et sommes, du fait de cette représentation, dans une mise à distance vis-à-vis de la nature. C’est là que nait la hiérarchie, supportant mal cette image renvoyée par l’animal (aucun n’a inventé la shoah et les univers concentrationnaires, reproduits d’ailleurs dans les élevages intensifs).

De même que l’enfant se donne le sentiment illusoire d’une puissance en arrachant les ailes de la mouche ou en tirant la queue du chat, nous construisons une domination illusoire ; nous tentons de prouver notre absence de peur par la puissance technique et scientifique. Nous tentons aussi d’occulter nos difficultés de maitrise de nos pulsions par un angélisme pour l’animal domestique (nous voudrions bien être contaminés par sa douceur). Le danger n’est pas que pour l’animal (bien que le malheureux n’ait effectivement rien demandé!) mais aussi pour nous quand nous manifestons une telle "bêt-ise". L’animal nous renvoie à tout ce qui peut nous déranger de nous mêmes ou chez l’autre, nous effrayer : nos insuffisances, nos pulsions...

Si nous parvenons à changer notre regard, cohabiter avec le plus stigmatisé (le loup ne connait pas les frontières, ce qui ne l’empêche pas de développer des relations pacifiées avec les autres meutes), le plus difficile à gérer, le plus effrayant, alors peut-être pourrons-nous vivre ensemble, faire un monde commun (humains et non-humains).

Pour Métaphores, VB

 

04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

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          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

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04 novembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 26/11/16 : le soleil et la mort

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 26 à 18h au Café-librairie L'Escala (clic) en vallée d'Aspe. L'association Métaphores est heureuse (clic) de soutenir cette remarquable initiative en Pyrénées et de la compter désormais parmi ses activités. Le sujet proposé fut : 

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.” La Rochefoucauld 

L’homme est cet animal qui sait qu’il va mourir et la mort est cet indépassable auquel tous, nous nous heurtons. Ainsi, cette conscience de notre condition ferait de nous des êtres à part : “Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien”(B.Pascal).

 Cependant, tout en étant naturelle, universelle, toujours la mort (la nôtre) nous semble lointaine : ce sont les autres qui meurent en nous rappelant que nous allons, nous aussi mourir et à la certitude de mourir s’oppose l’incertitude de l’évènement. Sauf à en décider, elle procède de l’imprévisible (cf V.Yankélévitch : “elle est inclassable (....) sans rapport avec les autres évènements qui tous s’inscrivent dans le temps”). Est-ce alors ce qui fait que nous ne pouvons-pas la regarder fixement ? Est-elle comme cet astre qui nous aveugle, nous éblouit au point que sitôt aperçue, il nous faille nous en détourner ?

 Nous constatons que toutes les cultures ne la voient pas de la même façon, de même que tous les âges. Mais, se penser mort et être mort, ce n’est pas la même chose et d’entrée de jeu, il apparait que si on ne peut la regarder, c’est qu’il n’y a rien à voir : elle est le vide, le trou noir, l’inconnu. D’ailleurs, pourquoi faudrait-il la regarder en face ? Passer sa vie à regarder sa mort est impossible et équivaudrait à ne pas vivre. Ou encore, se dire que tout ce qui existe là n’existera plus. Elle se dit donc comme un renoncement, une acceptation de la disparition qui semble difficile.

 Nous ne pourrions la regarder parce qu’elle nous fait peur et plus que notre mort, c’est celle des autres avec l’expérience de l’absence qui semble nous faire souffrir (même si pour ceux qui restent, la personne continue à vivre). Mais, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est une piqure de rappel, une confrontation au réel qui nous oblige à la regarder en face ? Cela nous confronterait à cette difficile réalité qui est que donner la vie, c’est aussi donner la mort .

 La réflexion s’engage alors sur la peur de la mort, parce que nous ne la contrôlons pas, ce qui expliquerait que nous ne puissions la regarder fixement. D’ailleurs, les jeux d’enfants qui jouent à être mort n’ont-ils pas fonction de leur faire affronter leur peur de la mort ; ou comme dans ‘Jeux interdits” qui montre des enfants jouant aux adultes, à la puissance (“je te tue”), au contrôle de la mort. Nous nous interrogeons alors sur les personnes qui se mettent en danger, comme si elle ne se sentaient vivantes que à ce moment-là, sur l’adolescence, âge qui invite à tester sa puissance.

N’est-ce pas parfois suscité par le manque d’intensité de nos sociétés, le vide qu’elles offrent, le fait qu’il n’y ait plus de rites initiatiques ? Mais alors, cette impossibilité de regarder la mort en face n’est-elle pas accentuée par les avancées techniques et scientifiques ?

Dans des temps plus anciens, on voyait les gens mourir, on tuait les bêtes pour se nourrir. Aujourd’hui, les gens ne meurent plus chez eux et la mort est dématérialisée, virtuelle (écrans). De même, la science a aseptisé la vie et on cache la mort, on la délègue à des professionnels. Comment ne peut-on mourir quand on le décide en cas de grave maladie ?

Enfin, nous planifions tout et vivons toujours dans l’anticipation, nous perdons en intensité et peut-être que la peur de la mort dépend de la relation que nous entretenons avec l’existence. Plus la vie sera vide, plus la peur de la mort sera présente. Il faudrait aider les hommes à construire leur vie, à remplir et vivre pleinement l’instant présent. Les accidents de la vie (maladie,coma) peuvent ouvrir sur un autre rapport à l’existence, un sens aigu de la responsabilité (afin de ne pas regretter), se rendre compte que nous ne sommes pas là pour rien afin d’être davantage dans le présent que dans l’espérance. C’est d’ailleurs cette espérance qui pourrait empêcher de la regarder fixement, d ‘interroger sereinement le sens de son existence, qui ferait qu’on peut du coup ne pas vivre sans même s’en rendre compte et nous fait être des morts-vivants. Il faudrait donc tenter de la regarder pour redéfinir sa vie, se hâter de vivre. En ce sens, la mort ne serait pas à considérer comme une fin ; elle est un miroir.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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