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Activité philosophique libre et gratuite le samedi toutes les 6 semaines de 18h à 20h à Bedous en vallée d'Aspe. Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, ce café-philo propose un sujet (édité à l'avance sur le blog Métaphores ou sur le site du café L'escala) qui sera problématisé puis mis en discussion. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif. 

18 mars 2017

BEDOUS-CAFE-PHILO - Samedi 13 mai 17 - Connais-toi toi-même !

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Le prochain CAFE-PHILO de Bedous se tiendra le samedi 13 mai à 18h au café l'Escala en vallée d'Aspe. Le sujet proposé pour la discussion sera : 

"Connais-toi toi-même !"

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet sera problématisé puis mis en discussion. Il ne s'agit donc pas d'un cours, d'une conférence ou d'une activité réservée à des spécialistes ou aux seuls initiés mais d'un acte de pensée collectif.

Venez nombreux pour faire vivre l'activité philosophique en Pyrénées dans un lieu charmant et hautement convivial.

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04 février 2017

Résumé Bedous-Café-philo - 01/04/17 - La bienveillance, à quoi bon ?

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Le Café-philo de Bedous (vallée d'Aspe) du mois d'avril s'est tenu samedi 01 de 18h à 20h au café-librairie L'Escala (clic) sur le sujet suivant :

La bienveillance, à quoi bon ?

 

Présenté et animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie, le sujet a été problématisé puis mis en discussion. 

Résumé de l'activité :

Le nourrisson est cet être dépendant qui a  besoin d’être éduqué pour devenir homme. Ne pourra advenir un moi que si d’autres le prennent en charge. Le stade du miroir marque cette reconnaissance effectuée par l’enfant de sa propre existence, cette identification qui est ensuite ( ou devrait être)  ouverture à l’autre. Se pose alors toute la question de cette relation, des liens qui se font et se défont, et construisent une société, la promesse d’un vivre-ensemble ( ou au contraire, le mettent à mal).
La question de l’autre n’est pas simple puisqu’il est autre-que-moi et je découvre ainsi l’altérité, parfois dérangeante et perturbatrice. Certes, je peux parfois construire avec l’autre des liens intimes, de confidence, établir une complicité profonde mais subsiste toujours cette distance infinitésimale qui me sépare de l’autre. Sauvegarder la possibilité de le rencontrer serait admettre que cette distance peut être comblée et qu’existe le fait d’avoir mal à sa douleur et de se réjouir de sa joie. C’est alors qu’apparaissent la sympathie,la compassion, voire la bienveillance.
Cette dernière étymologiquement signifie vouloir du bien à l’autre. Mais, si l’on regarde ce que Freud dit des êtres humains dans Malaise dans la culture, nous pouvons douter de  son émergence et même de son utilité, ce que semble indiquer le sujet. Si le spectacle des hommes ne montre que propension à l’agressivité et à la destruction, cela a-t-il même un sens de manifester de la bienveillance ? Ou faudrait-il au contraire concevoir que c’est parce que cette dernière fait défaut que l’homme est maintenu dans ses pulsions destructrices ? Faut-il la vouloir à tout prix ou y a-t-il un moment où la bienveillance n’en est plus et se mue en autre chose ? Si être bienveillant,c’est vouloir le bien de l’autre, quel est ce bien dont nous parlons ?
Que devrait-elle inaugurer ?
 
On remarque d’emblée la difficulté de la construire dans un monde hostile et l’on se demande si il y a toujours eu de l’agressivité parmi les hommes. Des travaux archéologiques ont révélé que les premiers chasseurs cueilleurs seraient morts de mort non violente et que l’agressivité arriverait au moment de la sédentarisation. Elle dépendrait alors des sociétés, du temps historique et il faudrait penser un contrat social qui évite le chaos relationnel. La question se pose un moment de savoir si la bienveillance est innée mais  après réflexion, elle semble  être du ressort de l’éducation, d’une sensibilisation par les parents. Mais qu’est-elle au juste ?
 
La difficulté est que “l’enfer est pavé de bonne intentions” et nous remarquons qu’il peut y avoir une fausse bienveillance .De même, n’induit-elle pas une hiérarchie entre celui qui aide et celui qui reçoit cette aide ?  Elle ne doit donc pas être liée à nos manques, suppose des limites au risque sinon d’imposer à l’autre ce dont il ne veut pas. La bienveillance peut parfois se transformer en maltraitance. Comment éviter cela ?
 
Elle doit nécessairement s’accompagner d’une écoute, d’une humilité et être désintéressée. La langue anglaise a le mot de “well wisher” pour désigner celui qui fait un acte anonyme de bienveillance. Il faut alors sortir du triangle infernal sauveur/victime/bourreau (aucun n’est bienveillant ) par la neutralité. Il s’agit d’écouter ce que l’autre a à exprimer, l’aide découlant de ce qu’il va demander et pour cela ne pas induire son  propre vécu. Carl Rodgers, psychothérapeute américain, suggère que le thérapeute doit avoir l’esprit d’un aventurier qui découvre un territoire. Mais alors, le bienveillance n’aurait–elle pas du sens autant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne? Ce dernier reçoit une réponse à une question et un enrichissement personnel. De même, le bénévole renonce à quelque chose de purement égoiste.
 
Mais, on se demande alors s’il peut y avoir vraiment des actions désintéressées et pour certains, cela relève du sacré, signifiant la difficulté, voire l’impossibilité pour un humain. Cependant, ma vie n’est-elle pas impactée par le malheur des autres ?
Ainsi, elle permettrait de mettre de côté nos pulsions agressives, de favoriser le lien, de s’oublier soi-même. C’est être présent à l’autre mais aussi à soi. Chacun doit alors faire un travail sur lui. La solution est de s’éloigner de la charité pour se porter vers le respect afin d’avancer ensemble. Ainsi, s’il doit y avoir bienveillance, cette dernière se dira parfois en opposant un non, voire en sanctionnant mais toujours en expliquant.
Pour terminer, nous remarquons qu’elle est contre les valeurs ambiantes et qu’en cela ,elle peut être précieuse . Elle est authentique si elle a le soucis de l’autre, si elle lui permet de s’exprimer pleinement et de construire sa liberté. Elle élèverait autant celui qui la manifeste que celui qui la reçoit.  
Pour Métaphores, Véronique Barrail

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22 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo du 18/02/17 : L'animal, quel intérêt ?

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Le Café-philo-Bedous du mois de février s'est tenu le samedi 18 à 18h au café-librairie L'Escala(clic) à Bedous en vallée d'Aspe autour du sujet suivant : 

L'animal, quel intérêt ?

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La présentation des enjeux et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie, pour permettre une discussion ouverte avec et entre les participants. Vingt-six personnes se sont retrouvées pour participer à cette soirée dynamique et enthousiasmante.

Résumé de la soirée : 

Le lien entre l’homme et l’animal est un lien ambivalent, différent selon les individus, les cultures, les temps historiques. De l’animal sauvage à chasser, il va au fil du temps se muer en animal domestique, d’élevage, à dompter, dresser ou à utiliser comme terrain d’expérimentation scientifique. Il est à noter que ce terme “domestiqué” vient du latin domus (la maison) et a donné le mot domination. L’équivalent Grec (oikos) donne “économie”(loi de la maison). Domestiquer, c’est faire basculer le sauvage dans la sphère économique et donc le supprimer en tant que sauvage.

Mais si l’homme a toujours eu ce rapport ambivalent avec l’animal, c’est aussi peut-être parce que la frontière homme / animal n’est pas si franche que cela: nous sommes des êtres vivants soumis à des lois naturelles, doués de mobilité comme eux mais nous pouvons aussi nous en différencier par des facultés que ne semblent  pas posséder les animaux. En ce sens, M.Heidegger distingue trois types de relations au monde: la chose est “sans monde”, l’animal est “pauvre en monde” et l’homme est ”configurateur du monde”. Ainsi, si le lézard qui se chauffe au soleil adopte une attitude, il n’en reste pas moins vrai que cela n’est pas dicté par un savoir, une pensée ou un langage.

Du coup, l’animal, quel intérêt ? Pourquoi faudrait-il s’y intéresser et de quel intérêt parle-t-on ici ? Ce mot peut avoir plusieurs sens (ce qui est utile/avantageux ; ce qui présente une originalité, une importance ; ce qui peut susciter un sentiment bienveillant).

Enfin, il faut aussi noter l’opposition que nous faisons entre l’animal sauvage et l’animal domestique. Alors que les sociétés païennes vont entretenir des relations pacifiées avec l’ours par exemple, ce dernier devient un animal à chasser, réduit en esclavage comme animal de foire, avec le christianisme et l’on voit aujourd’hui comme les requins ont peu de chance face aux surfeurs...

Mais, en même temps, jamais la domestication n’a été poussée aussi loin et le statut de l’animal domestique a lui aussi évolué (Décret Glavany: “êtres vivants doués de sensibilité”).

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 Faut-il s’intéresser aux animaux et comment ? Que disons-nous de nous-mêmes à travers cette opposition sauvage/domestique ?

Quels en sont les enjeux ? Les peintures rupestres sont une trace de la première rencontre entre l’homme et l’animal, révélant une finesse et une complexité de la relation homme /animal que nous avons perdue. L’homme peint l’animal sur les parois de la grotte et non lui-même, comme si l’animal n’était pas que le prédateur mais aussi ce qui interroge ce que nous sommes. L’animal, c’est l’autre et il est mystérieux par la puissance qu’il manifeste. Par ces représentations, l’homme reconstruit le monde, se situe dans ce monde et communique avec l’âme des animaux. Mais alors, quand y-a-t-il renversement entre l’homme et la nature?

Il faut du coup noter que l’intitulé du sujet montre un positionnement anthropocentrique et que l’on pourrait renverser la question : l’homme, quel intérêt ? D’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on parle de l’animal ? N’est-il pas une énigme pour nous ? N’est-il pas ce qui présentifie l’énigme du vivant, nous présentant ce qui semble avoir la plus grande proximité avec nous ? Si l’on peut entendre la peur qu’il a pu susciter, l’on voit aussi comme il peut présenter quelques similarités avec les humains (ils ont leurs propres configurations, empruntent des choses à la nature pour s’en servir...) Or, ceci peut déranger, confortés que nous sommes par une représentation biblique qui fait de l’homme un être supérieur. En ce sens, la sexualité sera renvoyée à l’animalité (le spirituel du coté de l’humain, les pulsions du côté du bestial). Cette représentation de supériorité a pu faire croire à l’homme qu’il avait droit de vie et de mort sur les autres êtres vivants et qu’il pouvait éradiquer le monde sauvage par la domestication.

Mais, qu’est-ce qui anime l’homme lorsqu’il veut domestiquer ? Au-delà de la peur (relation à l’étrangeté), l’animal est pour nous un miroir. Nietzsche explique que ce que nous ne supportons pas chez la vache, c’est qu’elle est sereine, toute occupée à brouter l’herbe du pré, là où nous sommes morcelés parce que nous sommes des êtres conscients. L’animal est cet être qui à la perfection de pouvoir s’en sortir seul et nous renvoie de ce fait à notre propre faiblesse, à notre difficulté à organiser une société. Il est entre-les-choses(inter-esse) et il est plus entre les choses que nous, étant dans un rapport immédiat à l’environnement. Nous, nous nous représentons le monde et sommes, du fait de cette représentation, dans une mise à distance vis-à-vis de la nature. C’est là que nait la hiérarchie, supportant mal cette image renvoyée par l’animal (aucun n’a inventé la shoah et les univers concentrationnaires, reproduits d’ailleurs dans les élevages intensifs).

De même que l’enfant se donne le sentiment illusoire d’une puissance en arrachant les ailes de la mouche ou en tirant la queue du chat, nous construisons une domination illusoire ; nous tentons de prouver notre absence de peur par la puissance technique et scientifique. Nous tentons aussi d’occulter nos difficultés de maitrise de nos pulsions par un angélisme pour l’animal domestique (nous voudrions bien être contaminés par sa douceur). Le danger n’est pas que pour l’animal (bien que le malheureux n’ait effectivement rien demandé!) mais aussi pour nous quand nous manifestons une telle "bêt-ise". L’animal nous renvoie à tout ce qui peut nous déranger de nous mêmes ou chez l’autre, nous effrayer : nos insuffisances, nos pulsions...

Si nous parvenons à changer notre regard, cohabiter avec le plus stigmatisé (le loup ne connait pas les frontières, ce qui ne l’empêche pas de développer des relations pacifiées avec les autres meutes), le plus difficile à gérer, le plus effrayant, alors peut-être pourrons-nous vivre ensemble, faire un monde commun (humains et non-humains).

Pour Métaphores, VB

 

04 janvier 2017

Résumé Bedous-café-philo - 7/1/17 : Vivre sans croire ?

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous de janvier s'est tenu le samedi 07 à 18h dans la merveilleuse vallée d'Aspe (20 km au sud d'Oloron-Sainte-Marie) au café-librairie,  L'Escala (clic). Le sujet abordé à cette occasion fut : 

Peut-on vivre sans croire ?

La présentation et l'animation furent assurées par Véronique Barrail, professeure de philosophie. Dix-huit personnes de la vallée, d'Orthez et de Pau se sont déplacées pour participer à cette belle activité.

Résumé de la soirée : 

        La croyance semble une attitude partagée par toutes les sociétés humaines, en tous temps et en tous lieux et si chaque culture peut avoir ses croyances, chaque âge aussi  : l’enfant croira au père noel, quand l’adulte croira lui en un Dieu ou plusieurs, des mythes, légendes etc....Ce que d’emblée nous pouvons remarquer, c’est que ce en quoi nous croyons peut provoquer en nous une fascination et influer sur nos actes (l’enfant peut devenir sage pour que le père noel passe...), ce qui pose la question de la liberté puisque la croyance n’est pas qu’une pure idée mais agglomère des peurs, des affects.
C’est d’ailleurs face à la croyance qu’apparait la marque de la civilisation grecque, avec l’émergence de la philosophie. Cette marque est la rupture entre le mythos et le logos, le discours rationnel, le savoir. Au VI° siècle avant notre ère, émerge l’invention de la rationalité, le fait que l’on n’explique plus la genèse de toute chose par l’action des dieux. Si nous sautons quelques siècles, Kant explique dans “Réponse à la question : qu’est-ce que les lumières?” que ces dernières consistent pour un peuple à accéder à la majorité c'est à dire à la capacité et au courage de penser par soi-même et que, parmi les entraves tendant à limiter la liberté, il y a la formule des prêtres : “ne raisonnez pas, croyez !”
         Mais le problème ne vient pas que de la religion et semble concerner tout un chacun : nous pouvons croire par passivité, quand par exemple nous adhérons à l’idéologie ambiante et il faut donc interroger plus précisément ce que la croyance peut engendrer. Elle peut en effet se muer en idolâtrie, faussant le rapport que l’homme entretient avec le réel. Celui qui idolâtre croit penser la réalité et être libre dans cet acte alors qu’il tombe dans du fétichisme. Bref, nous voyons bien le danger.
Mais, peut-on alors vivre sans croire ? puisque nous constatons que l’on peut faire croire, faire croire que l’on croit, cesser de croire. Cependant, la formulation du sujet semble suggérer une difficulté, tant d’ordre psychologique que éthique. Ainsi, dans une société qui orchestre la référence au père noel, peut-on éviter de jouer à ce jeu ?
Pour autant, que serait un monde sans croyance ? Après tout, tous les jours, nous nous fions à des choses que nous n’avons pas où ne pouvons pas vérifier (discours scientifique, parole du médecin...)
La croyance est-elle inhérente à l’esprit humain ?
Est-elle nécessairement aliénante ?
Quels risques à ne croire en rien ?
 

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          Dans un premier temps, nous remarquons que nous pourrions accepter de ne pas expliquer certaines choses, ce qui nous permettrait,  comme la science demandant des preuves, d’échapper à la croyance. Il faut donc faire la distinction entre croire et savoir. Le rationaliste dirait : “je n’ai pas besoin de croire, à partir du moment où je sais .

          Pourquoi en effet aurions-nous besoin de croire ? de faire confiance à ce dont nous n’avons aucune preuve ? La confiance suppose un risque ( l’effet placebo d’un médicament, la fiancée qui “donne son coeur” ) et comporte une dimension irrationnelle et l’on voit bien comment acte de foi et acte de raison ne sont pas les mêmes. La croyance aurait alors un effet sécurisant, réduisant l’étrangeté du monde, nous permettant d’amadouer les forces surnaturelles (voir les sacrifices sanglants dans les sociétés précolombiennes parce que le soleil était censé se nourrir du sang humain), de nous adapter au monde, de l’habiter. Ce qui semble alors inhérent, c’est l’angoisse devant l’absence de sens.
 
           Mais, quelle est cette horreur du vide ? Pourquoi devrait-il être comblé par une croyance ? Vouloir à tout prix donner un sens, n’est-ce pas toujours se projeter sans vivre l’instant présent ? Faut-il rester sur cette modalité d’adaptation posant toute la question de la vérité ?
 
           En même temps, peut-on éviter de croire ? Les êtres humains ne peuvent pas faire toutes les expériences et il faut donc peut-être croire en quelque chose. La science elle-même n’est pas exonérée de croyance, croyance en la rationalité du monde, en un savoir accompli qui atteindrait le réel et Einstein lui-même en parlait : ”sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science”. Ainsi, la science ne cesse de nous mettre elle-même devant de nouvelles énigmes et à chaque fois que le scientifique arrache un masque au réel, ce dernier en met un autre. Enfin, la première croyance est celle de l’enfant qui croit que la mère va toujours revenir pour ensuite croire au langage, croyance qui se poursuit à l’âge adulte.
 
          Le problème n’est peut-être pas la croyance en tant que telle mais la relation que nous entretenons avec et la manière dont elle s’édifie.Toutes les croyances ne sont pas équivalentes et si certaines sont inhibitrices et freinent notre liberté, d’autres nous font peut-être avancer dans la vie (un idéal, les valeurs, un pari sur la vie). Ainsi, que pourrait-on mettre à la place de la croyance ?
L’enfant vient au monde vierge de toute connaissance et se construit par ce qu’on lui dit, en faisant confiance en la parole de l’autre qui construit en lui un univers de sens. Le réel avançant masqué, difficile de vivre sans croyance. Mais en même temps, vient le moment où celui qui a reçu interroge ce qu’il a reçu. Il faut alors distinguer la croyance de la crédulité, et pour se départir de cette dernière, en revenir à E. Kant. Les hommes veulent être libres mais évitent de penser par eux-mêmes. Penser par soi-même, c’est se mettre à douter, se mettre à distance de la croyance, risquer l’erreur et faire l’expérience de la solitude. Cette entreprise difficile est pourtant acte de liberté, et ce qui permet une rencontre authentique avec l’autre. Se rendre non-dupe est donc une acceptation de l’errance en même temps qu’une exigence. Ce n’est qu’en ce sens que nos croyances peuvent déboucher sur un regard plus créatif sur le monde et nous permettre d’y oeuvrer pleinement.

Café-philo Bedous - 07 01 17

Pour Métaphores, VB

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04 novembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 26/11/16 : le soleil et la mort

Bedous café-philo

Le Café-philo de Bedous du mois de novembre s'est tenu samedi 26 à 18h au Café-librairie L'Escala (clic) en vallée d'Aspe. L'association Métaphores est heureuse (clic) de soutenir cette remarquable initiative en Pyrénées et de la compter désormais parmi ses activités. Le sujet proposé fut : 

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.” La Rochefoucauld 

L’homme est cet animal qui sait qu’il va mourir et la mort est cet indépassable auquel tous, nous nous heurtons. Ainsi, cette conscience de notre condition ferait de nous des êtres à part : “Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien”(B.Pascal).

 Cependant, tout en étant naturelle, universelle, toujours la mort (la nôtre) nous semble lointaine : ce sont les autres qui meurent en nous rappelant que nous allons, nous aussi mourir et à la certitude de mourir s’oppose l’incertitude de l’évènement. Sauf à en décider, elle procède de l’imprévisible (cf V.Yankélévitch : “elle est inclassable (....) sans rapport avec les autres évènements qui tous s’inscrivent dans le temps”). Est-ce alors ce qui fait que nous ne pouvons-pas la regarder fixement ? Est-elle comme cet astre qui nous aveugle, nous éblouit au point que sitôt aperçue, il nous faille nous en détourner ?

 Nous constatons que toutes les cultures ne la voient pas de la même façon, de même que tous les âges. Mais, se penser mort et être mort, ce n’est pas la même chose et d’entrée de jeu, il apparait que si on ne peut la regarder, c’est qu’il n’y a rien à voir : elle est le vide, le trou noir, l’inconnu. D’ailleurs, pourquoi faudrait-il la regarder en face ? Passer sa vie à regarder sa mort est impossible et équivaudrait à ne pas vivre. Ou encore, se dire que tout ce qui existe là n’existera plus. Elle se dit donc comme un renoncement, une acceptation de la disparition qui semble difficile.

 Nous ne pourrions la regarder parce qu’elle nous fait peur et plus que notre mort, c’est celle des autres avec l’expérience de l’absence qui semble nous faire souffrir (même si pour ceux qui restent, la personne continue à vivre). Mais, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est une piqure de rappel, une confrontation au réel qui nous oblige à la regarder en face ? Cela nous confronterait à cette difficile réalité qui est que donner la vie, c’est aussi donner la mort .

 La réflexion s’engage alors sur la peur de la mort, parce que nous ne la contrôlons pas, ce qui expliquerait que nous ne puissions la regarder fixement. D’ailleurs, les jeux d’enfants qui jouent à être mort n’ont-ils pas fonction de leur faire affronter leur peur de la mort ; ou comme dans ‘Jeux interdits” qui montre des enfants jouant aux adultes, à la puissance (“je te tue”), au contrôle de la mort. Nous nous interrogeons alors sur les personnes qui se mettent en danger, comme si elle ne se sentaient vivantes que à ce moment-là, sur l’adolescence, âge qui invite à tester sa puissance.

N’est-ce pas parfois suscité par le manque d’intensité de nos sociétés, le vide qu’elles offrent, le fait qu’il n’y ait plus de rites initiatiques ? Mais alors, cette impossibilité de regarder la mort en face n’est-elle pas accentuée par les avancées techniques et scientifiques ?

Dans des temps plus anciens, on voyait les gens mourir, on tuait les bêtes pour se nourrir. Aujourd’hui, les gens ne meurent plus chez eux et la mort est dématérialisée, virtuelle (écrans). De même, la science a aseptisé la vie et on cache la mort, on la délègue à des professionnels. Comment ne peut-on mourir quand on le décide en cas de grave maladie ?

Enfin, nous planifions tout et vivons toujours dans l’anticipation, nous perdons en intensité et peut-être que la peur de la mort dépend de la relation que nous entretenons avec l’existence. Plus la vie sera vide, plus la peur de la mort sera présente. Il faudrait aider les hommes à construire leur vie, à remplir et vivre pleinement l’instant présent. Les accidents de la vie (maladie,coma) peuvent ouvrir sur un autre rapport à l’existence, un sens aigu de la responsabilité (afin de ne pas regretter), se rendre compte que nous ne sommes pas là pour rien afin d’être davantage dans le présent que dans l’espérance. C’est d’ailleurs cette espérance qui pourrait empêcher de la regarder fixement, d ‘interroger sereinement le sens de son existence, qui ferait qu’on peut du coup ne pas vivre sans même s’en rendre compte et nous fait être des morts-vivants. Il faudrait donc tenter de la regarder pour redéfinir sa vie, se hâter de vivre. En ce sens, la mort ne serait pas à considérer comme une fin ; elle est un miroir.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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18 septembre 2016

Résumé Bedous-café-philo 15/10/16 Trahison de la technique ?

Bedous café-philo

Bedous-Café-philo s'est tenu dans le village pyrénéen (Bedous) en vallée d'Aspe samedi 15 octobre à 18h au café l'Escala, 16 rue Gambetta sur le sujet suivant : 

En quoi la technique nous trahit-elle ?

Ce café fut animé par Véronique Barrail, professeure de philosophie qui vient de rejoindre l'équipe Métaphores, ce dont nous nous réjouissons grandement. Nous nous sommes retrouvés dans un lieu authentiquement chaleureux, un café-librairie tenu par Lucie et Cécile et dont il faut saluer la belle initiative : proposer une activité philosophique dans un village pyrénéen.

 

L'escala-Café-philo

Résumé de la soirée: 

 1      Le mot teckné en grec désigne tout type de savoir-faire permettant de remplir une activité ou de fabriquer un objet. Il est donc originellement lié au savoir, à un savoir-faire conscient des règles qui lui permettent d’opérer efficacement, indiquant ce qu’il faut faire et pourquoi il faut le faire. Ce sujet peut du coup sembler paradoxal : si l’homme est cet être obligé d’inventer des moyens en vue d’une fin pour pouvoir survivre au sein de la nature, comment ce processus (adaptatif) pourrait-il nous trahir puisqu’il est d’abord  considéré comme un bienfait ? 

- Pour trahir, il faut que celui ou celle qui l’est accorde au préalable sa confiance, se soit fié(e) et c’est ici un premier sens du verbe : trahir, c’est abandonner, cesser d’être fidèle, ne pas respecter un engagement. Qu’avons-nous confier à la technique qui puisse être trahi ?

 - Mais trahir peut aussi signifier révéler ce qui devait rester caché, ce que nous n’avions pas l’intention de montrer. Quel serait alors ce dévoilement ?

 - Enfin, trahir peut vouloir dire donner une idée fausse, dénaturer, altérer : quel changement défavorable peut alors s’opérer par la technique ?

 2    On note d’abord que cette intrusion de la technique dans nos vies a des répercussions sur la nature mais aussi dans le monde du travail et sur nous-mêmes. Là où l’outil permet une main-mise de l’artisan sur celui-ci parce qu’il est un moyen pour une fin très rapprochée, nous assistons aujourd’hui à un glissement (de la technique à la technologie) entrainant  un décalage entre ce que nous impose la technique et notre rythme physiologique, une dépossession, un morcellement des savoirs-faire. La technique ne serait plus un bienfait et c’est ainsi que l’on pourrait envisager une trahison de sa part (premier sens du mot).

 3      Mais, n’est-ce pas parce que nous ne sommes pas conscients de la confiance que nous lui accordons qu’il peut y avoir cette aliénation ? Ainsi, la réflexion se porte sur l’homme, utilisateur de ces moyens techniques : nous oublions que c’est d’abord un processus de conscience, un acte de pensée. Lorsque nous percevons encore la finalité, nous sommes encore capables de nous l’approprier. Le problème est que cette utilisation des moyens devient un automatisme, obstacle à un usage éclairé. N’est-ce pas alors nous qui nous trahissons en oubliant nos facultés ? Le problème n’est pas tant le moyen utilisé (outil ou autre) que de masquer ce processus de conscience.

 

L'escala café-philo-Bedous

 

 A ce stade de la réflexion, il nous faut alors admettre que ce n’est pas forcément quelque chose qui nous échappe puisque c’est toujours l’homme qui intervient, c’est ce qu’on en fait qui nous trahit et c’est ici qu’il peut y avoir un dévoilement d’un manquement humain. (deuxième sens)

 4      Cet oubli d’une part de nous-mêmes aurait des répercussions aussi au niveau des relations sociales, l’accès à un certain niveau de technicité se distribuant selon notre niveau social, laissant sur place, à la marge ceux qui n’intègrent pas ces techniques (pour des raisons économiques, générationnelles...) ou encore ceux qui en subissent l’utilisation intensive et la recherche de  rentabilité qui l’accompagne dans le monde du travail (remplacement de l’homme par la technique). L’effet produit de cette puissance technique est une fascination (magie), favorisant le processus d’individualisation, au détriment du collectif. L’homme peut se croire l’égal des dieux par ce qu’elle permettrait (transhumanisme, nanotechnologies) et perdre la conscience de ses propres limites. Ceci peut se penser comme une altération (troisième sens).

 5      En conclusion, ce n’est donc pas tant la technique qui nous trahit que le rapport que nous entretenons avec elle, l’important étant le projet et ce que nous en faisons. Il conviendrait alors de réinstaurer une réflexion face à cette déshumanisation afin de ne pas en être complice et de ne pas participer à cette aliénation. Cette responsabilité se dit à tous les niveaux (vis-à-vis de la nature mais aussi rapport aux autres et surtout responsabilité vis-à-vis des nouvelles générations). Il revient à chacun de ne pas oublier  que nous appartenons au genre humain, capable de penser notre rapport à la technique.

Pour Métaphores, Véronique Barrail

 

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