Manhattan-philo1

Le  Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s'est tenu le mercredi 04 septembre à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Le Manhattan-Philo propose 2 sujets édités ci-dessous et soumis au vote des participants le soir de l'activité. 

Pourquoi cherche-t-on l'amour ?

 Résumé de la soirée :

Pour cette rentrée au Manhattan café, c’est cette question qui a été retenue par les personnes présentes, avec juste 2 voix de majorité. L’autre question : le travail rend-il libre ?, sera reproposée pour une prochaine rencontre, ainsi qu’une autre question.

 Nous devons noter la forte participation, de qualité, des intervenants, nombreux.

 Très vite, une gêne a été soulignée : l’amour peut porter sur des objets très divers. Je peux aimer quelqu’un et aimer le vélo, mais c’est bien de l’amour d’un autre que l’on va parler. Et d’ailleurs, cherche-t-on d’abord à aimer ou à être aimée, souligne quelqu’un. Et même, souligne une autre personne, doit-on dire que l’on cherche ou que l’on tombe ? Quelqu’un parlera d’un « trou subjectif », et avancera que rechercher l’amour est une aberration. Un autre dira que nous sommes le jouet de nos passions, évoquera Schopenhauer pour dire que l’amour n’est qu’une pulsion sexuelle.

Après avoir tenté de réduire ainsi cette quête, les interlocuteurs souligneront quelques questions moins « épidermiques ». Ainsi, pourquoi ce besoin d’amour ? Est-ce parce qu’à deux c’est mieux que seul, ou n’est-ce qu’une manifestation biologique ? Ou encore, être aimé n’est-ce pas exister un peu plus ? Quand on parle de l’amour, parle-t-on de l’Agapé (amour universel), de la Philia (amitié, par exemple) ou de Eros, (amour sexuel, attachement) pour reprendre une ancienne distinction ? Quoi qu’il en soit, remarque quelqu’un, c’est un amour heureux que nous recherchons, et donc quelles sont les conditions d’un tel amour ? Distinguons l’amour possessif et l’amour de bienfaisance, souligne un autre. Peu à peu, donc, les intervenants d’éloignent d’une condamnation sans appel de l’amour. Quant à sa nature, je me permets de rapporter la phrase d’une poétesse : « L’amour, c’est ce que tout le monde sait ce que c’est, sans avoir besoin de dire ce que c’est ». D’ailleurs, est-il possible de ne pas aimer, demande quelqu’un ? Est-on un entier lorsqu’on est seul ? (Ce qui rappelle Platon dans Le banquet). Nous avons des passions, mais pourquoi ? L’amour est une relation, et de fait on le cherche, et sur les sites de rencontre, par exemple, l’on voit que l’on est loin de la simple consommation sexuelle. Peut-être est-ce une relation par défaut, pour échapper à la solitude. Peut-être est-ce un moyen de devenir plus fort. Peut-être n’est-ce que la reproduction de l’espèce. A ce stade, les hypothèse se multiplient, mais l’accord semble établi, pour la plupart, sur le fait que l’on cherche bel et bien l’amour. Quelqu’un encore se demande (et comment là ne pas penser à Sartre ?) si, alors que nous cherchons plus de puissance et que l’autre fait de même, l’amour est vraiment possible ? (Sartre disait que ce choc de deux libertés le rendait impossible et exigeait sa sublimation). Quelqu’un pense que tout est fait, fabriqué, même, pour favoriser les rencontres, car il s’agirait plus de rencontre que d’amour, il s’agirait d’abord d’échapper à la solitude. Les intervenants, s’ils valident le fait que nous cherchons bien l’amour, s’interrogent pour savoir ce que cela veut dire. Peut-être l’amour est-il une ruse de la nature pour pousser à la reproduction ? Que penser alors des amours de gens du même sexe, ou de femmes n’étant plus en âge de reproduire ? Il semble pourtant que l’amour ignore ces barrières. Une personne, proche de la vie sociale, dit avoir remarqué l’ambiance très différente des soirées pour célibataires et des soirées gays ou lesbiennes. Dans les premières, la rencontre prime, alors que dans les autres le sexe est aussitôt là. Il n’est pas possible de nous voir réduits à la seule fonction sexuelle, souligne quelqu’un. Recherche, c’est peut-être manquer de, mais est-on toujours en manque ? Et, même si l’on est bien avec soi-même, ne cherche-t-on point l’amour ? Et l’amour de l’autre n’est-il pas le miroir du sien ? L’amour est-il nécessaire et naturel ? Un amour que l’on peut porter à la dimension du monde. (Alain Badiou dit de l’amour qu’il crée un monde).

Au terme de cette riche première partie, je propose de reprendre après une pause en mettant l’accent sur le « pourquoi » ; puisqu’il semble que les présents s’accordent à peu près tous, désormais, sur un même constat, à savoir que oui, l’on chercherait l’amour.

Pour commencer, quelqu’un souligne que nous ne sommes suffisants en aucune manière, ni pour la marche, ni pour la parole, alors pourquoi le serions-nous en amour, nous les animaux sociaux que nous sommes ? (Aristote : l’homme est un animal politique, au sens de polis, la cité). Oui, dit quelqu’un d’autre, nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin de paroles en écho à la nôtre (Aristote le disait déjà). Entendre l’autre, c’est s’entendre soi, se trouver soi-même. Si nous cherchons, c’est un acte volontaire, pas inné, et donc la question se pose de ce « pourquoi ». Nous nous apprenons dans les yeux de l’autre. Il y a certes des interactions utilitaires, souligne quelqu’un, mais l’amour, lui, est une sorte de « divertissement », qui est un accomplissement de la vie. En même temps, comment se fait-il que nous voulions porter l’amour sur quelqu’un, quand nous pourrions aimer tant de gens ? Un intervenant présente l’amour comme articulé à l’agressivité. Peut-être, dit-il, est il possible de dépasser cette agressivité, et l’amour est-il au bout, mais c’est un difficile objectif, ce n’est pas un point de départ. Est-ce un puits sans fond ? Qu’en est-il de la résilience ? Est-ce une quête de survie ? Il faudrait aussi distinguer le biologique, le psychologique et le social. Il faudrait encore parler du besoin de reconnaissance, de ces bébés qui meurent s’ ils sont privés du toucher. Qu’en est-il de la haine ? Qu’en est-il de l’extase avec dieu ou avec un orgasme (Thérèse d’Avila). Et puis, est-ce que les siècles font changer les individus ou seulement les sociétés ?

Vous le voyez, de nombreuse pistes ont été suivies, et nous remercions tout le monde d’avoir ainsi fait circuler la parole, de s’être emparé de la question. Nous vous attendons nombreux au prochain rendez-vous.

 Pour Métaphores, Pierre Bernet, animateur.

Merci à Marie-Pierre, qui a distribué la parole à des intervenants soucieux d’écouter les autres et de faire part de leurs réflexions.