CAFE-PHILO (2)

 

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h30 au café le W. Le sujet voté à la suite des diverses propositions recueillies fut :

L'idée d'une révolution personnelle a-t-elle un sens ?

Résumé de la soirée :

La question porte sur la valeur d’une idée, qui peut être sensée, insensée, absurde, stimulante, prétentieuse, réaliste ou irréaliste etc. Pour en juger il faut examiner ce que recouvre l’expression « révolution personnelle », dans quel contexte elle apparaît, ce qu’elle prétend promouvoir, à quelles conditions, et si elle peut être autre chose qu’un vain rêve. Cette analyse devrait permettre de mieux cerner la question du sens : direction à prendre, ou signification et affirmation de valeur.

On remarque d’abord que révolution est un concept astronomique : c’est le mouvement rotatif, régulier, d’un astre, sans aucun changement notable. En histoire, en politique et en économie, l’idée de révolution exprime un changement radical qui interrompt le cours des choses pour initier, parfois brutalement, une nouvelle époque.  On se  demande s’il faut transposer ce modèle du changement radical dans la vie personnelle, s’il est raisonnable de penser que l’individu puisse procéder à une rupture aussi décisive.

Une telle rupture, si elle se produit, est nécessairement la conséquence d’une situation insupportable, douloureuse, où le sujet décide qu’il n’est pas possible de continuer de la sorte. C’est le moment de la révolte : ré-volte, retournement, tournant, volte-face, réponse émotionnelle à la situation de crise, où s’affrontent les forces de conservation et de soumission, et les forces de libération. Le sujet considère son passé qui aliène son présent et se décide pour le risque d’un changement qui initierait un futur. Ce mouvement est à la fois inconscient et conscient : les forces de l’inconscient, par leur dynamisme propre, agissent le désir et la volonté d’agir.

Dans l’idée de révolution il y a le rejet des fondements jusque-là acceptés, du paradigme de croyances et de valeurs en usage, et d’autre part la représentation d’un possible désirable qui poserait un nouveau paradigme. C’est ainsi que procédaient les révolutions politiques. Avec des résultats ambigus, car souvent le changement n’est que de surface, et l’on voit revenir les mêmes formes d’oppression que l’on croyait avoir supprimées. Dans la révolution personnelle, si elle existe, on peut craindre de même que les changements proclamés ne soient que de forme et de montre : on change les images mentales mais la structure de fond est toujours là. « Plus ça change plus c’est la même chose ».

Le groupe manifeste un vigoureux scepticisme à l’égard de la possibilité même de la révolution personnelle, contestant cette idée de rupture absolue, de refondation intégrale, qui semble hors de portée. En particulier on attire l’attention sur le piège de l’idéal, qui peut bien mettre le sujet en mouvement et le faire aspirer à un changement total, mais qui peut l’enfermer aussi bien dans une nouvelle aliénation.

Peut-être faut-il admettre qu’on ne change pas fondamentalement, qu’il existe une certaine continuité existentielle avec laquelle il faut travailler. Pour autant cela n’implique pas la répétition dans la mêmeté. Il existe des moments forts, comme celui où Socrate consultant l’oracle d’Apollon entend l’injonction de vouer sa vie à la sagesse. Remarquons que dans cet exemple c’est la voix de l’Autre qui vient résonner dans le sujet, l’invitant à une sorte de révolution personnelle, pacifique, mais résolue, très éloignée de l’imagerie de brusquerie et de violence qui accompagne l’idée de révolution.  Ajoutons que le mot même de « révolution » est absent de la pensée et des dires de Socrate. Suivant le dieu il n’a nullement l’idée de faire sa révolution mais de suivre sa propre voie, qu’il avait un peu trop négligée jusque-là.

Au total, si nous rejetons l’imagerie trompeuse d’une rupture absolue, de la révolution il resterait l’idée que la crise est un élément incontournable et nécessaire de la vie psychique, où le sujet, examinant la vie menée jusqu’ici, prend conscience qu’il s’égare et qu’il importe d’examiner les fondamentaux. Peut-être s’agit-il moins de changer à tout prix que de revenir à la vérité intérieure que nous ne cessons de perdre ou de négliger.

Pour Métaphores, Guy Karl