CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juin (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 11 à 18h30 au café le W. Le sujet voté par le groupe présent à partir des diverses propositions que chacun a pu faire fut :

Peut-on dire que le passé n’est jamais mort ?

 Résumé de la soirée :

Ce qui est mort a été mais n’est plus, ne revient plus. A quoi reconnaît-on que telle réalité, telle personne n’est plus ? A ce qu’elle n’exerce plus aucune action, qu’elle n’infléchit plus le présent. La question est donc de savoir si le passé, historique et personnel, continue ou non d’influencer, voire de déterminer, à notre insu peut-être, notre présent. Auquel cas notre liberté de penser et de choisir se verrait obscurcie par la méconnaissance.

On distinguera le passé objectif – les événements qui se sont déroulés dans un temps dont on n’a pas forcément conscience, comme les événements cosmologiques, géologiques et autres, que la science s’efforce de connaître – et le passé subjectif : ce qui est reconnu comme passé par un sujet qui le reconnaît comme « son » passé. Encore que, dans la quantité immesurable des événements vécus, un nombre plus modeste d’événements, une part bien plus faible est reconnue par le sujet. On sait bien que la mémoire est sélective. Elle s’organise comme un récit (autobiographique), lequel peut faire l’impasse sur d’innombrables événements vécus, mais « oubliés », ou niés, ou reconstruits en fonction des soucis du présent. Cette part refusée, ou écartée est-elle morte, inactive, ou au contraire d’autant plus agissante qu’elle est refoulée ?

On voit que la question posée interroge le rapport vivant entre le présent et le passé. Pour un sujet humain le passé existe pour un présent : présent de la mémoire qui pose un passé comme passé, mais aussi présent des habitudes qui sont une présence du passé dans le présent (un passé-présent), voire le présent comme force de négation qui rejette le passé dans le passé en tentant de l’effacer de la mémoire.

C’est peut-être cette tension entre l’effort de conserver et l’effort de repousser qui donne à notre relation au passé son caractère dramatique, parfois tragique. Le héros tragique est celui que le passé rattrape, et finit par engloutir (Œdipe roi).

Le groupe examine ensuite le problème des transmissions trans-générationnelles : les actes et paroles des anciens qui déterminent le sort des descendants, malgré eux : traditions culturelles, religieuses, injustices subies etc : ici le passé est loin d’être mort, il est excessivement agissant, c’est même une figure saisissante du karma : suis-je responsable des turpitudes de mes parents, en quoi devrais-je en porter le poids et la charge ? Et comment vais-je me libérer d’un devoir que je n’ai pas contracté et qui m’est imposé sous le prétexte que je porte le nom de mes parents ? Accepter, plier, refuser – ou inventer autre chose ?

On dit souvent que le passé se répète : il ne serait mort qu’en apparence, continuant d’exercer une action tantôt faste tantôt néfaste. Mais c’est une formule vague. Est-ce le passé qui se répète ou l’ensemble des forces, passions et affections qui continuent d’exercer leur puissance, faute d’avoir été examinées, analysées, et comprises ? La répétition c’est la pathologie des peuples qui ne parviennent pas à éponger le négatif et retombent périodiquement dans les mêmes errements (la leçon de l’histoire c’est qu’il n’y a pas de leçons de l’histoire), et c’est aussi la pathologie de l’individu qui tourne en rond dans le même cercle tant qu’il n’a pas su prendre conscience des passions et des représentations qui l’animent.

En conclusion on peut dire que le passé n’est jamais tout à fait mort. Ce terme de « mort » n’est pas vraiment adéquat. Il ne s’agit ni de « tuer » le passé (voire la scénographie des morts vivants), car alors il refait surface, ni de le nier ou le refouler, mais de tenter de comprendre la signification qu’il peut avoir pour nous dans le présent et pour le présent. Ce qui nous invite en somme à revisiter notre histoire, à sélectionner ce qui nous aide à vivre et à réduire autant que possible les effets du négatif.

Le sujet ne peut se reconnaître positivement que dans sa singularité narrative.

Pour Métaphores, Guy Karl