CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO de Pau (activité libre et gratuite) du mois de mai 2019 s'est tenu le mardi 14 à 18h30 au café le W Le sujet voté par le groupe présent fut :

 

« Sont-ce nos amis ou nos ennemis qui sont les plus sincères ? »

 

Difficile de répondre à cette question si les amis peuvent être de faux amis. A première vue l’ennemi serait plus sincère : on ne doute pas qu’il soit mal intentionné à notre égard, que cela se voie et s’éprouve, et qu’à ce titre sa sincérité soit manifeste.

Le premier moment de la discussion porte sur les conditions d’une amitié authentique : être un ami c’est savoir écouter, entendre, dire, partager. D’où la question de la vérité : dire le vrai c’est être vérace. Peut-on exiger la véracité ? Certains préféreront la pudeur, la réserve : ne pas tout dire pour sauvegarder l’affection. Sans doute y-a-t-il divers types d’amitié, répondant à des exigences ou des tolérances diverses. On se demandera toutefois si le mensonge et la tromperie ne sont pas la limite qu’on ne peut franchir. Il y a des déceptions dont l’amitié ne se relève pas. L’amitié serait un subtil équilibre entre l’affection et la véracité.

On remarque ensuite que si l’on tend à exiger de la sincérité de l’ami on n’est pas toujours capable de s’imposer à soi-même la même règle. La sincérité serait d’abord une certaine honnêteté, authenticité à l’égard de soi-même : savoir reconnaître ce que l’on sent, éprouve et pense en soi-même, établir une congruence entre le vécu et le parlé, ne pas se dissimuler ses propres affections, ne pas se mentir. A partir de quoi on pourra parler avec franchise (franc=libre). Mais la franchise elle-même a des limites : jusqu’où puis-je dire sans blesser ou froisser ? En théorie la sincérité peut être intégrale, la franchise non.

Suit une réflexion fort pertinente sur la difficulté d’être sincère : la vie sociale nous contraint à jouer divers personnages, à porter des masques (en latin persona c’est le masque de théâtre), voire à être hypocrites (en grec hypocritès c’est l’acteur), à cultiver des « amitiés » d’intérêt, de complaisance, déguisements et jeux de dupes largement traités dans la littérature romanesque ou dans les ouvrages des moralistes. A l’inverse la haine, la médisance, la jalousie, l’envie, la rivalité de l’ennemi semblent évidents, sauf à être la victime crédule d’un « faux ami » qui cache son jeu et vous assassine par derrière.

Au terme de ces réflexions nous aurons dégagé quelques obstacles à la sincérité :

1 - La connaissance de soi et de l’autre demeure incomplète par nature.

2 - Nous avons tendance à chosifier, réifier, essentialiser, former des images stables et permanentes de ce qui est essentiellement mouvant et évolutif.

3 - Nous avons tendance à idéaliser l’amitié selon nos désirs et aspirations, voire à idéaliser l’ami, quitte à découvrir avec douleur qu’il n’était pas ce que nous croyions.

4 - Nous avons tendance à figer les processus, à refuser et nier la puissance du temps, qui nous révèle le caractère passager de toute chose, et de nos attachements.

En un mot c’est l’illusion qui est au cœur de nos passions, et c’est une douleur de voir s’émietter nos illusions. Pour autant ne renonçons pas à un certain « devoir » de sincérité : c’est dans la parole, par la parole qu’un certain travail de perlaboration est possible, qui nous permettra de voir un peu plus clair en nous-mêmes et dans l’autre, sans prétendre à la transparence absolue, ni à la sincérité inconditionnelle.

La sincérité est à la fois impossible et souhaitable.

Pour Métaphores, Guy Karl