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Le Café-Philo-Bedous du mois d'avril s'est tenu samedi 27 au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette soirée fut : 

Gagner du temps ? Merci !

Nous voyons bien que le temps passe (l’alternance des saisons , du jour et de la nuit) , nous le mesurons avec des montres et cependant chacun le vit d’une manière différente ; d’entrée de jeu nous pouvons donc distinguer un temps de la nature, celui du monde et l’épreuve subjective que chacun en fait. Le temps humain n’est pas seulement vécu, il est aussi agi et c’est alors qu’apparait  l’idée que nous pourrions en perdre mais aussi du coup, en gagner.L’heure est à la vitesse, l’accélération et les moyens de transports participent de cela. De même pour la fabrication des objets ou encore les progrès de l’informatique et de la communication qui laissent entrevoir une nouvelle dimension de l’expérience humaine,une instantanéité comme affranchie des barrières du temps et de l’espace.
Qu’est-ce que perdre du temps et au contraire en gagner?
peut-on vraiment gagner du temps?
Dans ce mouvement d’accélération, que devient “ la force du présent” dont parlait Nietzsche ?
 
  La réflexion démarre sur un constat: l’injonction contemporaine à gagner du temps ; “time is money” ,le temps serait une donnée dont on se sert , considéré comme une marchandise. Le stakhanovisme a montré comment une organisation qui veut être efficace cherche à aller vite. On remarque qu’à certaines époques ou dans certaines cultures, la gestion du temps est  différente selon les genres, différente selon les hommes et les femmes, ces dernières devant s’occuper des tâches ménagères et dont on considèrera qu’elles perdent leur  temps à lire, par exemple. Une certaine idée de rentabilité et de progrès peut nous amener à vouloir gagner du temps et le fait qu’on le mesure de façon toujours plus précise montre son importance. La perception du temps s’accélère et plus on progresse dans l’espérance de vie, plus on cherche à en gagner. On considère aujourd’hui qu’on réussit sa vie si on fait plein de choses, on gère nos emplois du temps. La question qui vient alors est : pourquoi ? On se demande si il y a eu une période dans l’histoire où l’homme aurait décidé d’en gagner et si les sociétés primitives se posaient la question. Pour autant, le temps cyclique impose aussi de faire certaines choses avant la tombée du jour.
 
  Quelqu’un remarque alors que poser le problème en ces termes semble illusoire . qui souhaiterait être immortel?  Cependant, quand on met moins de temps pour faire quelque chose, on aurait plus de temps disponible pour autre chose et la question est toujours la même: quoi ? .  Il semble que nous voulions gagner autre chose que du temps et  dans la confrontation à la finitude, le problème est la question du sens. Il  est alors remarqué que la lenteur semble  reprendre quelques droits et que prendre son temps n’est pas toujours le perdre. Or, parfois, la recherche de rentabilité face au temps peut faire émerger l’idée que le sommeil lui-même serait une perte de temps. Mais chercher à gagner du temps cacherait l’impossibilité de donner du sens à  notre vie et cela rappelle le mot d’Aragon “ le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard”. L’idée de lenteur vient peut-être du fait que l’espèce humaine ne maitrise plus ce qu’elle fait alors que paradoxalement, ce sont ces mêmes techniques qui permettent d’aller plus vite. Il faudrait alors opérer un rapport qualitatif au temps et non plus simplement quantitatif. On voit souvent le temps comme un moyen et non comme une finalité, celle de vivre. Nous sommes enfermés dans un passé nostalgique ou dans une inquiétude face à l’avenir et oublions l’instant présent.Comment alors mieux “plonger” dans le présent ?
 
L’important est d’avoir vécu et de ne pas avoir de regrets mais avoir vécu ne sert à rien si on n’a pas appris et pour cela le temps ne fait rien à l’affaire.” L’expérience n’est une lanterne que pour celui qui la porte”. On pourrait alors avoir le sentiment d’avoir perdu son temps quand certaines valeurs intérieures ont été oubliées, quand on s’est perdu dans des futilités. Après tout , cette sensation de perdre ou de gagner du temps est toujours par rapport à un référentiel et personne n’aura le temps de finir ce qu’il avait à faire. D’ailleurs, quelqu’un remarque que quand nous rêvons, le temps et l’espace explosent et on se demande alors quel est le rapport au temps le plus authentique, le rationnel ou celui-ci ?  Cette expression “gagner du temps” serait là pour un souci de rentabilité et ne serait qu’un prétexte à l’exploitation  de certains hommes par d’autres.Pour autant, certains constatent que la rapidité fait partie de notre évolution.
 
  On peut vouloir en gagner parce qu’on se dit qu’on a quelque chose à faire et l’essentiel serait surtout de ne pas en perdre. Si  il nous faut distinguer le temps quantifié et l’action humaine, il convient d ‘interroger le sens de cette dernière. Gagner du temps n’aurait alors un sens que pour agir dans la société avec les autres et c’est la question du commun qui émerge   Saisir le présent au vol, se forger une personnalité forte et se rendre utile au sein de la collectivité, c’est le conseil de Confucius face à cet écoulement du temps, retrouver “la force du présent”, force d’initiative  ou encore prendre ”soin du monde” en co-agissant car “l’action est comme un rappel permanent que les êtres humains, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais sont  nés pour donner naissance à quelque chose de nouveau” H. Arendt.
Pour ce dernier Café-philo-Bedous-Métaphores, Véronique Barrail