Manhattan-philo1

Un second Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) s’est tenu ce mois-ci le mercredi 17 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Pourquoi voyager ?

Résumé de la soirée :

C’est la question que le public a choisi de traiter pour cette discussion philosophique au Manhattan. Le voyage est en effet une activité incontournable des sociétés modernes. Nous n’avons jamais autant voyagé, et cela mérite d’être interrogé. En effet, de grands hommes n’ont jamais voyagé ; Emmanuel Kant, philosophe des lumières, penseur du cosmopolitisme et remarquable géographe n’est jamais sorti des frontières de sa ville pendant toute la durée de sa longue vie. Pourquoi donc voyager si ce n’est indispensable ni à la vie ni à l’ouverture de l’esprit ? Par ailleurs, le voyage doit-il être seulement conçu comme déplacement physique ?

A partir de là, la réflexion du public s’est orientée autour de trois axes. Le premier a consisté à mettre en évidence les raisons du voyage. Le voyage ne doit pas être confondu avec le simple déplacement, ni avec l’exode. Il a deux caractéristiques : d’abord il nous sort de ce qui est familier – culturellement et géographiquement. Ensuite il est choisi et non subi, à la différence de l’exode des populations fuyant la guerre ou la famine. Si nous voyageons c’est donc que nous souhaitons tout bonnement un dépaysement sensoriel et intellectuel. Pourquoi ? L’idée qui est revenue plusieurs fois est de dire que nous voyageons pour retrouver un état originel, celui de l’émerveillement devant la nouveauté. Le voyage est en quelque sorte un processus régressif ; on retrouve la situation de l’enfant qui découvre tout autour de lui. D’autres raisons sont invoquées : on voyage pour se mettre en danger, se connaitre, ouvrir son esprit, échapper à l’emprise de notre environnement, en un mot fuir le quotidien. Mais ces raisons trouvent écho, en quelque sorte, dans la recherche de l’origine. On voyage ailleurs pour chercher quelque chose qui est au fond en nous.

Un second axe a consisté à interroger la moralité du voyage. Au fond, le voyage n’est-il pas une entreprise égoïste ? Le voyageur, d’une part, pollue particulièrement car il prend l’avion. De plus, le tourisme a des effets délétères ; il modifie l’environnement, l’écosystème économique du pays, et peut contribuer à renforcer les préjugés par le fait de cultiver le « folklore » du pays concerné. Le voyageur croit ouvrir son esprit, découvrir de nouvelles cultures, mais au fond n’achète-t-il pas un produit de consommation comme un autre ? Ne transforme-t-il pas un pays, un peuple, une culture, en bien consommable, en produit de divertissement ? On dit ainsi qu’on a « fait » la Chine, la Norvège, le Bhoutan, etc. Le public remarque alors qu’à côté d’un tourisme de masse, un tourisme de l’extrême se développe (par exemple dans l’Himalaya), qui n’est pas sans poser de nouveaux problèmes.

Enfin, dans un dernier axe, le public est revenu sur la différence entre le voyage physique et le voyage spirituel. Un voyage spirituel consiste à renouveler son regard, et peut passer par les livres, la pensée, et même la rencontre de l’autre. Ainsi, on met en évidence que la rencontre d’autrui, de la singularité infinie de l’autre, est peut-être le voyage le plus profond que l’on puisse faire. Pour rencontrer la différence d’autrui, nul besoin d’aller le chercher dans les forêts de l’Amazonie. Un tel geste serait en effet réducteur. Ici, à côté de nous, dans chaque personne qui nous côtoie, dans la possibilité ouverte d’une relation qui peut renouveler notre regard, le voyage existe. L’amour, en ce sens, comme le chantait Brel, est le plus grand des voyages. 

Pour Métaphores, Timothée Coyras