CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de mars (activité libre et gratuite) s’est tenu le mardi 12 à 18h30 au café le W. 

Le sujet voté par les participants fut :

Peut-on tuer les idées ?

Résumé de la soirée :

La question paraîtra incongrue : une idée est-elle un organisme vivant que l’on puisse mettre à mort ? Puis : pourquoi vouloir tuer une idée ? Quelle est cette rage meurtrière, et quelle est la volonté qui l’anime ?

En second lieu s’agit-il d’Une idée – ou Des idées en général, ce qui serait un tout autre problème. S’il est aisé de s’en prendre à une idée, de désirer la supprimer, c’est un tout autre problème que de vouloir tuer Les Idées.

Se pose la question de la possibilité : on peut vouloir tuer une idée, ou les idées, mais cela ne garantit pas qu’on y parvienne.

Le débat s’engage résolument sous l’angle politique. On évoque les entreprises, menées par les totalitarismes, pour éliminer, anéantir, annihiler des idées jugées réactionnaires, déviantes, contre-révolutionnaires. Une idéologie qui dispose du pouvoir politique prétend éliminer d’autres idéologies : l’examen historique montre que ces tentatives échouent, comme par exemple la volonté de détruire la famille ou d’éliminer les représentations religieuses traditionnelles. On se demandera si l’agression à l’égard des idées n’aboutit pas à renforcer ces idées.

Tirant une leçon de ces faits les pouvoirs politiques contemporains, plutôt que d’engager une lutte directe, développent une stratégie de récupération, d’assimilation indirecte : le capitalisme a ainsi su digérer les oppositions et les contestations en les détournant de leur sens et en leur donnant une place novatrice pour le plus grand bien du système.

Dans un second temps on s’interroge plus avant sur la nature des idées ; l’idée est une représentation, le fruit d’une pensée qui se donne une forme par le moyen du langage.  Une idée se pense et s’énonce. Dans la logique de notre sujet il n’est pas pertinent de distinguer les opinions, les croyances, les idées politiques, les théories, les idéologies, les idéaux, qui tous sont des idées bien que de valeur très inégale. Les hommes se déterminent par rapport à des idées, fussent-elles aberrantes, délirantes ou parfaitement fondées. Anthropologiquement c’est l’idée qui distingue l’homme de l’animal, qui ne semble jamais s’engager dans des luttes pour des idéaux.

Il en résulte naturellement que si l’on voit qu’un pouvoir puisse vouloir tuer une idée (sans y parvenir) c’est toujours au nom d’une autre idée, et que donc il est impossible de tuer Les idées.

La véritable tâche éthique est de travailler, chacun, sur la nature, l’origine et la valeur de ses idées, pour apprendre à dégager l’idée juste de l’idée fausse, à consentir à ce travail de vérité qui fait la noblesse de l’homme. Et à titre de conséquence de développer une attitude critique à l’égard des pouvoirs, comme fit Spinoza en son temps.

Reste une perspective que le groupe n’a pas abordée : les idées constituent le champ ouvert des représentations, dans lequel nous évoluons en tant qu’être humain. C’est le système symbolique dans sa plus vaste extension, et c’est le champ du langage. Nous y sommes tous, que nous le sachions ou non. C’est par là que nous rêvons, parlons, imaginons, échangeons, inventons. On se demandera toutefois si ce champ épuise la totalité de l’être-humain, ou si à l’inverse il ne reste pas quelque chose de tout autre, qu’on ne peut ni nommer ni connaître, que les Chinois appelaient le Tao, qui fonde toute réalité, pensable ou impensable. De cela il n’est pas d’idée. D’où cette maxime : « le sage n’a pas d’idée ».

Pour Métaphores, Guy Karl