Apero philo

L'Apéro-philo du mois de mars, activité libre et gratuite, s'est tenu le jeudi 21 mars 2019 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

Envie et jalousie : les deux mamelles du malheur

Résumé de la soirée :

Envie et jalousie, deux passions tristes qui font souffrir, qui sont peut-être la racine, ensemble, des autres passions tristes qui font le malheur de l’homme.

Envie : du latin invidia – qui vient de invidere : voir, regarder, fixer les yeux sur, regarder de travers. Invidia c’est la malveillance de celui qui regarde chez autrui un bien qu’autrui possède et qu’il voudrait posséder. D’où l’avidité, la malveillance, l’inimitié, la haine, la colère, la destructivité. L’envie est une passion de l’avoir (avidité) avec une composante agressive : ravir l’objet à l’autre, ou détruire l’objet pour en priver l’autre. L’envie est la première passion, la plus archaïque, liée à l’expérience de la frustration. Apprendre à la gérer est une condition essentielle de la maturation psychique.

Jalousie, déformation de zelousie, latin zelusos – de zèle. Avoir le zèle de défendre son bien. Passion de la possession exclusive, de l’appropriation et de la garde de l’objet aimé. Le jaloux veut garder la mainmise exclusive sur l’objet aimé.

Si l’envie s’inscrit dans une relation duelle, où le sujet se réfère à l’autre qui possède pour lui ravir son bien, la jalousie apparaît dans une relation triangulaire. Le jaloux veut empêcher le rival d’avoir accès à la personne aimée. Il souffre sitôt que l’aimé marque quelque intérêt pour le tiers. Le modèle de cette relation se trouve d’abord dans la jalousie fraternelle où frères et sœurs se déchirent pour la possession (fantasmatique) de l’amour de la mère ou du père. Caïn et Abel, avec le thème du fratricide. Egalement les querelles lors des questions d’héritage, où l’on voit revenir les conflits les plus archaïques.

La jalousie amoureuse, mieux connue, et souvent traitée au cinéma et en littérature, présente à nouveau la figure du trio dramatique. On remarquera que le rival, considéré comme la cause du malheur, fait aussi l’objet d’une sorte de fascination névrotique. La haine qu’il suscite peut cacher un attachement inconscient, une sorte de passion ambivalente, parfois meurtrière. On s’avoue difficilement jaloux, on opère une sorte de dénégation. C’est que la jalousie est la marque d’une faiblesse du moi, qui ne se sent consistant que par la garde, la possession de l’objet d’amour. Son départ, ou même qu’il s’intéresse ailleurs, est vécu comme une catastrophe psychique. La jalousie dénote la dépendance.

Envie et jalousie, dans la réalité concrète ne sont pas toujours faciles à distinguer, mais, formellement, elles correspondent à deux étages différents de l’évolution psychique. L’envie s’enracine dans la période orale (Mélanie Klein). La jalousie correspond à la découverte du tiers comme rival, et s’écrit dans la triangulation fraternelle ou amicale, ou amoureuse, voire professionnelle. A ce titre on ne voit pas comment on pourrait éviter d’en faire l’expérience. Pour autant cette expérience ne se fait jamais sans douleur, et apprendre à la dépasser est en quelque sorte une obligation majeure pour accéder à une certaine autonomie.

Pour Métaphores, Guy Karl