CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO (format horaire et lieu modifiés) du mois de novembre (activité libre et gratuite) s'est tenu pour la première fois au café Le W5 place St-Louis-de-Gonzague à Pau ce mardi 13 à 18h30. Nous remercions vivement nos hôtes pour leur accueil chaleureux dans ce nouveau lieu palois fort sympathique.

Le sujet voté par les nombreux participants après avoir recueilli les diverses propositions fut :

Peut-on espérer être libre ?

Résumé de la soirée :

 1)   Formulée de la sorte, la question présuppose une absence de liberté, à laquelle l’espoir apporterait son lot de consolation : qu’est-ce que l’espoir, en effet, sinon l’indice d’un manque, d’une impuissance relative et d’une ignorance quant à l’avenir ? Espérer est facile, agir est plus difficile : on se demandera donc s’il faut se borner à espérer la liberté, ou s’il ne faut pas plutôt agir dans le sens de la liberté.

2)   Le premier temps de la réflexion a porté sur l’extrême difficulté à donner un contenu positif à l’idée de liberté. En fait c’est plutôt la contrainte, dans ses diverses formes, qui a retenu l’attention du groupe : contraintes naturelles, biologiques et physiologiques ;   contraintes sociales, politiques, juridiques, sociétales ; contraintes psychiques, observables dans les croyances rigidifiées, les mécanismes de répétition, les effets des traumatismes, et en général dans les pathologies psychiques. En somme, à la fois la nécessité, le déterminisme, et les obligations. Comment dès lors accéder à une certaine liberté qui ne soit pas une vaine illusion ?

3)   Il en ressort qu’il faut partir des faits – la dépendance, voire l’aliénation – en prendre conscience et les analyser dans une perspective de libération : c’est le programme de la philosophie depuis ses débuts. Mais il faut voir que ce travail est infini, toujours à reprendre, car on ne peut se reposer définitivement sur des acquis. Chaque époque, chaque civilisation apporte son lot de contraintes inévitables et les réponses d’un jour sont rapidement obsolètes. La question demeure : comment parvenir à l’autonomie – se donner à soi-même ses propres lois – dans un monde soumis largement au principe d’hétéronomie, l’Etat, le droit positif, le travail, l’organisation des rapports sociaux etc ?

4)   Une autre difficulté vient de notre rapport ambivalent à la liberté. Car si chacun déclare volontiers aimer et désirer la liberté, dans les faits on observe souvent un mouvement de recul inspiré par la crainte, l’angoisse de l’indétermination, la peur du vide ou de l’inconnu. Pourquoi les peuples se donnent-ils des tyrans, travaillent-ils à la servitude comme s’il s’agissait de la liberté ? C’était la question de La Boétie dans son traité sur « la servitude volontaire ». Et celle de Wilhelm Reich dans sa « Psychologie de masse du fascisme ». Mais c’est aussi la question que chacun de nous devrait se poser pour son propre compte : suis-je sincère quand je prétends désirer la liberté ?

5)   La tendance spontanée est peut-être la recherche du bien-être, du plaisir, de la sécurité, ce qui ne va pas sans une certaine répétition. La liberté exige un effort, un affrontement à l’inconnu et à l’indéterminé, donc un risque. En fait, quand nous espérons la liberté, le plus souvent nous ne faisons que fantasmer un certain état de puissance, ou de jouissance qui satisfait imaginairement nos tendances latentes, sans voir que pour agir librement il faut créer un rapport inventif et original avec le monde qui nous entoure. C’est dire aussi que pour être libre il faut accepter de travailler avec les déterminismes, les obligations et les contraintes, hors de quoi, sous le beau nom de liberté, on ne fait que promouvoir la fuite dans l’imaginaire.

6)   Pour notre problème nous pouvons trouver une belle solution dans l’exemple de Spinoza : il montre abondamment comment l’homme est spontanément soumis à la servitude, politique et mentale, et qu’il lui faut commencer très positivement à examiner et analyser toutes les déterminations qui pèsent sur lui. Par ce travail de conscience lucide il découvre la puissance libératrice de l’esprit et peut se donner à lui-même l’image de l’homme libre. C’est dire aussi, que par un renversement extraordinaire de notre problématique, on est amené à conclure que la liberté existait déjà en germe dans l’esprit, et que c’est en développant la connaissance qu’il accède à sa pleine maturité. – Dans un langage contemporain je dirai : il faut poser l’existence d’un pré-sujet, virtuellement libre, pour pouvoir penser ce travail de libération progressive qui se joue traditionnellement dans la philosophie. C’est sans doute la seule réponse cohérente à la thèse du déterminisme absolu.

Pour Métaphores, Guy Karl