Apero philo

L'Apéro-philo du mois de septembre s'est tenu le jeudi 27 à 18h45 au café-restaurant Un Dimanche à la campagne sur le sujet suivant : 

 Quel choix de vie : s'enraciner ou errer ? 

Résumé de la soirée :

La question est de savoir si on choisit sa vie, les conditions et les modalités de ce choix, dont l’enracinement et l’errance sont des expressions extrêmes. Si chacun prétend volontiers qu’il choisit sa vie, et sa voie, il apparaît à l’examen que ce choix est souvent truqué : l’entourage, les conditionnements familiaux, la religion héritée, le désir parental ont souvent mis en place une sorte de prédestination qui laisse peu de choix au sujet, sauf à admettre qu’il existe en chacun un pouvoir de réflexion et de décision qui lui ouvre une voie nouvelle et originale. La destinée est-elle l’œuvre du destin, ou la manifestation créatrice d’une liberté ?

J’ouvre le débat en évoquant la question que se pose Descartes : quel chemin suivrai-je en la vie ?

1)   Dans le premier temps du débat nous cherchons à savoir comment on choisit sa vie. Les interventions qui suivent montrent combien chacun est conditionné, dès la naissance, par la famille, le langage, la culture, les attachements, les incitations, les circonstances, au point que l’on finit par se demander si « ma vie est bien ma vie », si « l’existence est bien mon existence » ? Serions-nous vécus là où nous croyons vivre ?

2)   Ces préliminaires critiques, fort nourris et convaincants, tendent à ruiner l’idée même de liberté, laquelle ne serait plus qu’une illusion : on songe à Spinoza qui faisait remarquer que l’alcoolique se persuade qu’il désire librement le vin alors qu’il est déterminé par des causes qu’il ignore. Notre libre arbitre ne serait que l’expression de notre ignorance, et s’il est facile de proclamer une liberté de principe, il est plus difficile de rechercher les formes et les causes de notre dépendance. Mais cette connaissance est peut-être le seul moyen dont nous disposons pour ouvrir une brèche dans le conditionnement et travailler concrètement à créer un espace de liberté.

3)   En fait nos choix relèvent souvent de tâtonnements, d’essais et erreurs, de reprises et rectifications, dans un itinéraire qui est rarement balisé et rectiligne. Un participant relève le fait que notre propre vie est en un certain sens multiple, formée d’entrecroisements de destins divers et contradictoires, et que si nous cherchons un sens, ce sens reste énigmatique et problématique. D’où l’idée d’errance, qu’il faut entendre autant, voire plus, au niveau mental qu’au niveau physique.

4)   La deuxième partie s’ouvre logiquement sur la question : peut-on être libre sans errer ? On évoque Rimbaud, « l’homme aux semelles de vent », les voyages, les rencontres, les aventures, le hasard, ou comme Descartes, « le grand livre du monde ». Mais s’il est des errances fécondes, créatrices, libératrices, il en est d‘autres qui ne sont que malheur, misère, fuite et souffrance. Ceux–là auraient peut-être aimé s’enraciner en quelque lieu, faire des connaissances et « cultiver leur jardin ».

5)   La soirée s’achève sur le thème de la nécessité des ruptures : point de liberté si l’on ne peut dire non, prenant le risque de la solitude. Il y faut du courage, de la résolution, et un profond désir. Ce qu’on cherche au terme du voyage, ce qui motive la quête, en dernier ressort, c’est de se trouver soi-même – ce qui n’implique pas le refus des autres, mais de se réconcilier avec soi-même dans une plus grande clarté.

Pour Métaphores,

Guy Karl