CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de juillet (activité libre et gratuite) s'est tenu exceptionnellement le mercredi 11 à 18h45 au café-restaurant un Dimanche à la campagne

Le sujet voté par le groupe nombreux et motivé fut :

 

L'irrationalité est-elle le moteur de la vie ?

 

1)   La difficulté de ce sujet tient au caractère flottant de la notion d’irrationalité. Si la rationalité est assez aisée à définir, le risque est grand de rejeter en vrac tout ce qui s’en sépare dans un agglomérat confus appelé « irrationalité ». Il faudra dégager des lignes de forces plus précises pour appréhender l’idée d’ « un moteur de la vie ». En quoi la vie échappe-t-elle, de sa nature, au projet séculaire de rendre compte des phénomènes en terme de rationalité ?

2)   Un premier moment consistera à définir la rationalité : effort de saisir les phénomènes dans la relation universelle de causalité : pas d’effets sans causes, pas de causes sans effets. D’où l’image d’un univers déterminé, connaissable, prévisible. La raison est avant tout ratio, calcul. Le calcul des causes permet de savoir, de prévoir et de pouvoir. Ce modèle toutefois a vieilli, et ne convient plus à la connaissance de l’infiniment petit. On se demandera également s’il convient à la connaissance de la vie, des organismes vivants et des réalités biologiques en général.

3)   Nouvelle approche, en relation avec les conduites humaines : on qualifie d’ « irrationnel » un sujet dont le comportement s’écarte des normes, qui brouille les statuts et les rôles, qui se montre décalé, imprévisible : ce dernier trait, l’imprévisibilité, n’est-il pas la marque spécifique du vivant, notamment du vivant humain, par quoi il affirme une singularité, conteste la régularité et la répétition, et par là prend le risque, certes de n’être pas compris, mais aussi de poser de la nouveauté dans le monde. Errement, errance – voire aberrance : cela dérange, mais fait réfléchir.

4)   Dès lors une idée un peu moins mécanique de l’irrationalité voit le jour, qui tient plus à l’instinct, à la pulsion, à l’innovation. Dans « moteur de la vie » on peut à présent entendre une disposition dynamique, active, créative qui s’observe à tous les étages du vivant – songeons par exemple à l’extraordinaire faculté d’adaptation des micro-organismes dans des conditions très difficiles, ou aux variations biologiques dans l’évolution des espèces. Peut-être peut-on, avec Bergson, parler d’un « élan vital » qui ne relève pas du schéma classique de la rationalité causale, mais plutôt d’une modèle dynamique et créatif.

5)   En seconde partie le groupe procède à une précision intéressante du vivant : le vivant est en mouvement (il évolue, il meurt), il est singulier (chaque organisme a ses particularités), il se transforme, il fait des choix. Vivre c’est sélectionner, dans le milieu, les objets favorables, sans lesquels l’organisme ne peut ni se maintenir ni se reproduire. C’est dire aussi que chaque organisme, à son niveau et à sa manière, possède son système de valeurs, qui définit son mode propre, et conditionne sa survie.

6)   Nous finissons la soirée en revenant à l’être humain, compris comme sujet vivant. La tendance occidentale est de surévaluer le rôle de la raison au motif qu’elle a fait ses preuves dans les sciences. C’est oublier que la raison n’est qu’une faculté  parmi d’autres, et que souvent elle est au service, sans le savoir, d’autres puissances, comme l’instinct, la pulsion, le désir et les passions. Qu’est-ce qui motive le sujet ? Qu’est-ce qui le rend vivant, créatif et entreprenant ? Gageons que notre « irrationnel » y joue un rôle plus décisif que notre raison, quelle que soit par ailleurs l’illusion que nous pouvons nourrir sur notre libre-arbitre.

Pour Métaphores,

Guy Karl