CAFE-PHILO (2)

Le CAFE-PHILO du mois de janvier (activité libre et gratuite) s'est tenu le mardi 09 à 18h45 au Palais Beaumont à Pau. Le sujet retenu après un vote des participants fut : 

Les convictions sont–elles des prisons ?

Résumé de la soirée :

1)   La formulation du sujet invite à suspecter les convictions. La prison évoque un lieu de peine, d’enfermement, de clôture. Toute la question est de savoir si la conviction, une fois faite, implique l’enfermement dans des positions arrêtées, voire définitives, qui condamneraient le sujet à la répétition ou à la stérilité.

2)   Le groupe remarque d’abord qu’il existe une grande variété de convictions, dans les domaines idéologiques, religieux, politiques, moraux, voire scientifiques. La science elle-même, réputée objective, n’en connaît pas moins des querelles idéologiques, ou métaphysiques. Quelle est alors le dénominateur commun qui fait la conviction ?

3)   La conviction se distingue de la persuasion, laquelle fait appel au sentiment, à l’influence psychique et émotionnelle pour forcer l’adhésion. La conviction fait la part au raisonnement, elle se veut démonstrative, elle veut emporter une adhésion complète, une mobilisation entière de la personne. Pour autant elle n’est pas de l’ordre de la certitude, qui est la possession d’un savoir évident et incontestable. Dans la conviction il reste un élément d’incertitude que le sujet assume comme tel, tout en le présentant comme subjectivement nécessaire. Par ex je puis être convaincu de l’immortalité de l’âme, sachant que ce n’est pas une certitude (la chose est indémontrable donc sujette à caution), mais affirmant la thèse avec toute la force d’une « conviction » subjective. On voit que dans la conviction l’élément subjectif est dominant, quelles que soient par ailleurs les raisons dont cette conviction peut s’étayer.

4)   Affirmer une conviction c’est prendre un risque, c’est se mettre en avant, c’est affirmer une position, c’est faire appel à l’adhésion d’autrui. Celui qui est convaincu veut convaincre les autres. C’est peut–être là qu’apparaît un danger d’enfermement. En toute rigueur il faut garder le droit et la liberté de juger librement des convictions avant de les faire siennes. Reconnaissons en passant que la plupart de nos convictions sont des croyances issues de l’héritage et de la tradition et que ce serait simplesse ou facilité de les adopter sans examen critique. Il y a sans doute une grande différence entre les croyances passivement héritées et celles où s’exprimerait la liberté d’un sujet adulte et conscient de soi.

5)   Peut-être y a t-il lieu de distinguer entre « être convaincu » (formulation passive) et « se convaincre » (mode actif mais réfléchi) : dans «  se convaincre » on entend encore quelque chose du « vaincre » - qui laisse entendre que la conviction est le résultat d’une lutte intérieure entre diverses options ou thèses examinées les unes et les autres, avant que ne l’emporte enfin la thèse la plus forte, celle qui s’exprimera dans la conviction affirmée, et dans laquelle le sujet fait entendre ses décisions les plus importantes. Puis, voulant convaincre autrui, la même lutte reprend, jusqu’à l’adhésion à la thèse, à moins que le partenaire n’y oppose son refus : conviction contre conviction. A ce niveau chacun a raison, la polémique tournant court. Ex le dialogue entre le croyant et l’incroyant.

6)   On voit que la conviction n’est pas nécessairement une prison : si elle est librement forgée ; si elle assume son coefficient structurel d’incertitude ; si elle s’assume comme étant essentiellement une prise de position subjective ; si elle ne se présente pas comme vérité indiscutable ; si on ne cherche pas à l’imposer par la force ; si elle ne devient pas prétexte à persécution.

7)   Enfin on voit bien que le champ normal de la conviction c’est la vie politique et sociale, où les rapports entre les hommes, et entre les institutions et les citoyens impliquent nécessairement des débats entre convictions adverses. L’homme de conviction y peut jouer un rôle éminent et faire évoluer les choses. On a cité Jean Jaurès, Mandela et quelques autres, dont les convictions ont marqué les esprits et les mœurs. On se demandera simplement si dans le domaine métaphysique la conviction est encore de mise : sur les choses premières et dernières peut–être convient-il de pratiquer une silencieuse abstention et dire avec Pyrrhon : je ne juge pas.

Pour Métaphores, Guy Karl