Bedous café-philo_modifié-1

 

Le premier Café-Philo-Bedous de l'année 2018 s'est tenu samedi 13 janvier 2018 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe sur le sujet suivant : 

A quoi bon des héros ?

Depuis Homère, les héros ont été des figures  familières de la civilisation Grecque et l’Iliade  et l’Odyssée  sont les deux bréviaires épiques de l’héroïsme grec . Le héros est celui qui accomplit des exploits remarquables grâce à sa force, son intelligence et l’on retrouve de telles figures emblématiques dans les tragédies et la littérature. Plus tard, les historiens vont isoler un certains nombre d’évènements et de personnalités dont ils font la trame de leur récit et parmi ces personnages, certains vont accéder au statut de héros. Mais, n’est pas héros toute personne dont l’histoire se rappelle :  A quelles conditions le devient-on ? De plus, si le nom d’un seul reste dans les mémoires, peut-on soutenir que lui seul infléchit l’histoire ? Comme le souligne F.Braudel, il n’y a jamais dans l’histoire d’individu enfermé sur lui-même, coupé des réalités sociales, économiques, culturelles et ce sont au contraire ces réalités qui expliquent les bouleversements historiques dont on ne peut lire que l’effet de surface sur la figure des héros. Mais alors, à quoi bon des héros? à quoi sert leur image s’ils ne sont pas les seuls à avoir participer aux bouleversements de l’histoire ? Quel est le bien fondé du culte qui leur est rendu ? de plus, la question qui nous intéresse semble indiquer un désenchantement, ce qui peut s’entendre car si les épopées et tragédies anciennes montrent des héros comme figures exceptionnelle de bravoure, les héros de l’époque moderne semblent avoir de moins en moins de qualités héroïques. Si aujourd’hui, le héros est aussi bien le personnage médiocre d’un livre qu’un sportif, cette banalisation de l’héroïsme n’invite-t-elle pas à s’interroger sur l’utilité du héros ? Serions-nous tous des héros potentiels ?

Quand commence l’héroïsme et que nous révèle-t-il ? D’où vient ce culte de l’héroïsme ?
 
  On commence par remarquer que notre société ne cherche pas tant des héros que des idoles et on se demande alors ce qu’elle cherche à mettre en valeur. Les héros semblent avoir disparu même si on a gardé le mot et il semblerait que l’on vise moins haut. Dans un film de W.Allen, un otage libéré trouve devant chez lui une armada de télévisions et de radios qui veulent en faire le nouveau héros ; ce dernier est furieux et leur crie: “je ne suis pas un héros, je n’ai rien fait pour, je n’ai rien de courageux “ ! De même, dans “coup de tête”, le footballeur que l’on sort de prison et qui marque un but décisif pour la victoire de son équipe devient le héros du jour; Le président du club déclare alors: “j’entretiens 12 imbéciles pour en calmer 800”. On commence alors à apercevoir le problème de cette banalisation et on se rend compte que la figure du héros est construite et révèle parfois une “idolâtrie molle”.
 
Va alors débuter une longue réflexion pour savoir ce qu’est au juste un héros. Quelle différence y-a-t-il entre l’idole , le leader, le héros ? Quand on idolâtre, on suit la foule et l’on voit surtout le renoncement et la fatigue.Quant au leader, il fait bouger les foules mais pas forcément dans le bon sens. On constate alors que certains hommes , par leurs actes, suscitent le respect . Mais, il est dû à chacun et non simplement réservé au héros. Pour certains, les héros modernes seraient anonymes, les migrants qui s’opposent à un monde qui s’endort, les lanceurs d’alerte,  mais quelqu’un objecte que les migrants n’ont pas le choix. Le héros choisit-il ? de plus, autre difficulté: on a chacun ses héros et certains ont pu l’être à moment donné( Pétain) . le regard historique importe donc et dans l’histoire du héros, il y a  la chute possible. Les héros existent-ils ?
Quelqu’un remarque alors que les enfants en ont besoin et qu’ils en auraient d’autant plus besoin qu’ils seraient dans un mal-être, dotant alors le héros de supers pouvoirs. Cette figure du héros a à voir avec l’imaginaire. les héros de l’enfance sont les parents ou des personnages fictifs. L’enfant a besoin de l’image, pas forcément de l’acte héroïque mais chez l’adulte , c’est le contraire. L’adulte passe du fictif au réel et on convient alors que le héros n’existe pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’actes héroïques. c’est même ce que nous privilégions, au-delà de la personne. y-a-t-il des archétypes qui répondent à la notion de l’héroïsme ?
 
  La réflexion s’engage alors sur la voie de l’acte héroïque et de celui ou celle qui l’incarne. Le fait d’avoir du courage, de risquer parfois sa vie (sacrifice) semble en faire partie.  La personne capable d’un tel acte est( ici et maintenant) extra-ordinaire et à la différence de l’idole qui ne fait que divertir, elle participe à la construction de la cité. Pour autant, même en manifestant force et courage, l’individu peut ne pas être reconnu pour sa bravoure car les normes de la société peuvent aller dans un autre sens. Tout le monde s’accorde sur le fait que celui qui fait un acte héroïque donne quelque chose à la communauté, quelque chose de positif( ce qui n’est pas forcément le cas du leader).  Nous aurions alors besoin de cette figure du héros pour nous identifier, il nous tire vers le haut et en nous dépassant, nous invite à nous dépasser.Il a une valeur symbolique puisque ses idées continuent de perdurer. Il est donc celui qui relie en tirant vers un idéal qui émerge dans un imaginaire collectif. il montre un pouvoir que l’on n’a pas ou que l’on pense ne pas avoir, celui d’oser parce qu’il est celui qui ne suit pas la foule.  Si on reprend la différence entre l’idole et le héros, peut-être avons-nous d’autres indications grâce à la Grèce antique. Le gladiateur est un esclave qui risque sa vie et est là pour amuser la foule ,de même le “people”, coquille vide que suit la foule perdue. L’homme héroïque n’est-il pas, quant à lui, vertueux , ayant un code d’honneur, reconnaissant les autres ? On pourrait alors , afin de mieux comprendre cette figure de l’héroïsme,  faire un parallèle avec  les Quatre étapes à l’oeuvre dans l’alchimie: il y a premièrement quelque chose qui se passe( le héros s’annonce), une oeuvre( le sacrifice), un objectif( une transformation opérée par l’acte héroïque) et enfin une communion(l’énergie nouvelle qu’il insuffle fait lien avec la cité) .Il fait émerger quelque chose de nouveau qui n’a pas existé auparavant.
 
   Ainsi, même si le héros n’existe pas , la désillusion de l’époque ferait qu’on en aurait besoin mais pas n’importe lesquels; il nous faut des vrais héros, des êtres qui tout en ayant des défauts(ce ne sont que des humains, pas des dieux) incarnent ce qu’on n’a pas et font avancer les choses parce qu’il y a une cohérence entre leur  pensée et leurs actes. L’homme  héroïque est alors celui qui ne recherche aucun enrichissement personnel et qui se dépasse juste pour faire avancer les autres en étant porteur d’une idée, d’une valeur(on pourra le tuer, on ne tuera pas l’idée pour laquelle il accepte de mourir). Il permet  de faire découvrir aux autres humains qu’eux aussi peuvent se dépasser parce qu’il leur a indiqué une  nouvelle orientation, il nous aide à aller à la rencontre de l’histoire, à ne pas rester figés. Chacun selon sa destinée peut donc assumer un acte héroïque et il nous aide à répondre à la question: les moutons peuvent-ils devenir des lions ?
 
 Enfin, dernière remarque: ce qui anime le héros est peut-être ce dont parle Bergson quand il distingue la morale close(qui renvoie aux règles qui garantissent l’ordre social) et la morale ouverte qui dépasse tte société particulière et s’étend au genre humain dans son entier(amour de l’humanité). Le héros est celui qui nous donne l’exemple de ce soucis et nous invite à sa construction.Souhaitons nous de tous devenir des lions...

Pour Métaphores, Véronique Barrail