Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo (activité libre et gratuite) du mois de décembre s'est tenu le mercredi 6 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. 

Sujets proposés et soumis au vote des participants:

Sujet 1 : Sommes-nous toujours seuls ?

Sujet 2 : A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Sujet 3 : L'intelligence peut-elle être artificielle ?

Le sujet retenu fut :

Sommes-nous toujours seuls ?

 Pour ce dernier Manhattan-Philo de l'année, le public a choisi le sujet: "Sommes-nous toujours seuls? " Un thème approprié aux longues soirées d'hiver et aux fêtes de fin d'année, propices à la prise de conscience de la solitude.

J'ai introduit cette question en précisant que le sujet pouvait paraître aberrant. L’homme est un être social, il vit donc en groupe, et n’est de fait jamais seul. Il peut s’isoler, mais c’est temporaire. Il est donc impossible, à première vue, d’être toujours seul. Mais la solitude sociale doit être distinguée de la solitude psychique, et c’est en ce sens qu’on peut se demander si l’homme n’est pas toujours seul, autrement dit sur le plan de sa conscience. Si personne ne peut se mettre à ma place, ne suis-je pas toujours seul ?

Cette soirée a vu le débat partir dans des directions assez variées, je vais en retracer quelques aspects essentiels. Après coup, je me suis rendu compte que je n’avais sans doute pas suffisamment cadré initialement le débat en développant davantage le problème posé, ni recadré le débat par la suite en revenant régulièrement sur les fondamentaux de la question posée, ce qui, ajouté au nombre des participants, a un peu augmenté l’aspect « jardin à l’anglaise » de la conversation, mais qui n’est pas, comme le jardin en question, sans charme, bien au contraire.

Tout d’abord, un participant a posé une réponse positive à la question en se demandant si on n’était pas toujours seuls face à ses actes. Au fond, une thèse de la responsabilité, qu’on peut prendre au sens théologique, ou au sens existentialiste.

Dans cette direction, quelqu’un a aussi remarqué que l’expérience de la souffrance était aussi une expérience de la solitude.

A partir de là, hormis en fin de soirée où un intervenant est revenu sur le sens littéral du sujet pour poser que la conscience était toujours seule, séparée en son être des autres consciences, la conversation a plutôt porté sur deux aspects : le premier, la définition de la solitude. Le second, la valeur de la solitude, autrement dit : est-ce une chose qu’il faut fuir ou rechercher ?

Sur la définition de la solitude, plusieurs distinctions ont été posées. Il a été remarqué que le fait d’être seul se distinguait du sentiment de solitude. La solitude objective et subjective, en fin de compte. Dans cette ligne a aussi été distingué la solitude sociale et la solitude psychique. D’autre part, la solitude peut aussi se distinguer selon qu’elle est recherchée ou subie. Un intervenant a évoqué la distinction d’Hannah Arendt entre solitude et esseulement.

Sur la valeur de la solitude, plusieurs idées se sont dégagées.
L’idée que la solitude est quelque chose de précieux, permettant de se retrouver, se ressourcer, s’accepter, et en un mot de penser. De là une certaine critique des sociétés modernes bruyantes où notre attention est toujours sollicitée et où on ne peut pas prendre du temps pour soi. Mais aussi une critique de la vie sociale, voire une genèse du désir de compagnie, dans le fait qu’ayant du mal à se retrouver avec lui-même, l’homme est poussé à s’oublier en compagnie des autres.
L’idée, d’autre part, que la solitude est une cause de souffrance et qu’il faut y trouver des remèdes. La souffrance de cette solitude est identifiée tantôt dans la difficulté pour une personne de trouver sa place et son sens dans la société, tantôt dans la difficulté pour se connaître soi-même, voire – sur un plan psychanalytique – accepter la rupture initiale qu’a constitué notre séparation avec notre mère, tantôt enfin dans une angoisse métaphysique plus profonde, qui n’est pas étrangère à l’insécurité fondamentale découlant de notre mortalité, en un mot, de notre finitude. Une participante remarque ainsi que Johnny Halliday, décédé récemment, ne supportait pas de se retrouver seul et était toujours inquiet de se savoir aimé, alors même qu’il jouissait d’une grande notoriété.
L’idée émerge ainsi que l’homme ne peut faire ni avec, ni sans les autres, et le thème de l’insociable sociabilité cher à Kant réapparaît alors.

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Pour conclure, nous avons interprété avec mon épouse Odel une chanson de Barbara, la solitude, qui a permis de conclure d’une manière un peu différente cette conversation en jardin à l’anglaise. 

Pour Métaphores, Timothés Coyras