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Le Café-Philo-Bedous s'est tenu samedi 02 septembre 2017 comme d'habitude au café L'escala à 18h en vallée d'Aspe (Bedous). Le sujet proposé pour cette rentrée philosophique fut : 

Punir, de quel droit ?

Résumé de la soirée : 
Parce que nous avons été enfants, nous avons eu à intérioriser des règles, des interdits que nous avons parfois franchis. C’est alors que nous avons parfois fait l’expérience de la punition, laquelle est ici décidée souvent par les parents. On pourrait ainsi  penser que la punition peut se rencontrer hors du champ juridique. Cependant, c’est la loi qui reconnait aux parents une autorité, leur accordant le droit de punir leurs enfants. Faut-il en conclure que tout détenteur d’une autorité détient le droit de punir ? Punir, de quel droit ?
Le droit (du latin directus : ce qui est conforme à une règle) est né de la nécessité de régler les relations entre les hommes,toute vie collective entrainant des exigences. “l’insociable sociabilité" des hommes demande d’instituer un arbitrage impartial s’appliquant à tous. Il combat ainsi la loi du plus fort et empêche la vengeance, la loi du talion,laquelle exige de punir l’offense par une peine du même ordre que celle-ci. Quant à la punition,elle consiste à infliger une peine et elle semble au premier abord s’apparenter à une sanction,conséquence de la violation d’une règle.
Cependant, la sanction peut être naturelle,découlant mécaniquement de mes actes (l’abus d’alcool entrainera des conséquences physiologiques) alors que la punition ne sera pas toujours présente selon les actes et les sociétés. Je ne suis donc pas puni pour avoir accompli tel ou tel acte mais parce qu’il est interdit là où je l’ai commis. La peine juridique se distingue donc de la sanction naturelle “ par laquelle le vice se punit lui-même et à laquelle le législateur n’a point d’égard” nous dit E.Kant. Il faut aussi noter que la punition concerne un acte commis par une personne que l’on considère comme coupable parce qu’elle l’a accompli librement.
Enfin, la tâche du juge est de corriger l’inégalité qu’une injustice a introduite, cette correction s’effectuant au nom de la société. Il faut alors rétablir par la peine une égalité arithmétique et intervient la notion de mesure. Mais, comment mesurer ? “Comment punir le violeur,le zoophile ...”(Kant).
A quoi vise la punition ?
Qu’est-ce qu’une punition juste?
 
Quelqu’un commence par remarquer que les punitions infligées dans une société donnée montrent les degrés de pathologie de cette dernière. Parfois, la punition n’est qu’un prétexte et l’on peut punir, non pour les actes commis mais pour discriminer selon les sociétés(les femmes, les noirs  aux USA...). De même, elle est très aléatoire à l’intérieur du cercle familial, semblant relever de l’affectif et non d’un code écrit ( code familial). De plus, elle peut parfois sembler être inéquitable, et menaçant l’équilibre social de ce fait. Enfin, elle révèlerait la pathologie d’une société parce que cette dernière se voit obligée de punir en curatif au lieu d’apprendre  en préventif le vivre-ensemble  et l’on crée ainsi une société de la peur.
Cependant, quelqu’un objecte qu’une société fondée sur l’idéal anarchique est illusoire et  se demande si on ne peut pas défendre la punition ? La discrimination, la maltraitance dénoncées dans un premier temps ne sont pas de l’ordre de la punition mais de la violence. La punition se réfère à un code et n’aurait rien à voir avec la justice ou l’égalité. Un code est arbitraire, il n’est ni bon ni mauvais, il est, point et l’être humain ne peut vivre avec les autres sans code. Dans des sociétés traditionnelles, il peut ne pas y avoir de code écrit mais cependant, il y a des règles et le groupe peut décider d’une punition ( exclusion du groupe pour un temps donné) si il y a non respect de ces règles.
Mais, on remarque que ce n’est pas aussi simple; certaines interdictions sont  dépassées, du fait de l’évolution de la société ; durant l’inquisition, si on ne suivait pas les lois judéo-chrétiennes, on était puni,ce qui n’est plus le cas aujourd’hui et même si il y a un code, le juge va adapter sa décision en fonction des circonstances (jurisprudence).
Revient alors la question de l’éducation : comment découvre-t-on la loi ? Ne faut-il pas éduquer pour avoir moins à punir?( avec toujours l’idée qu’elle peut être inéquitable). Plutôt que des règles,ne faudrait-il pas inculquer des principes ? Quelqu’un remarque alors que la question de la punition n’est pas tant celle de l’iniquité que celle du pouvoir (tant qu’on ne se fait pas attraper, on ne se pose pas forcément la question de savoir si ce que l’on fait est injuste envers les autres ). D’ailleurs, la loi ne prévoit pas tout ( le mensonge, la trahison...) et la question de l’arbitraire du code se repose.
Nous confondons souvent la sanction et la punition ; la sanction est une réponse à ce que je fais (une conséquence) et elle n’est pas forcément négative. La punition fait référence à un code (oral,écrit ou tacite) et elle dépend d’une décision extérieure. Elle implique un rapport de subordination et vise l’utilité. Serait-elle alors plus facile à accepter si on se l’infligeait soi-même ? Peut-on s’auto-punir ?
Enfin, on se demande ce que peut être un punition juste. Elle est une réponse à un acte qui sort du code et doit selon certains être expliquée. Elle est acceptable quand elle ne s’origine pas dans la colère, pour se défouler et peut faire du bien à celui à qui elle est infligée. On doit donc punir pour l’autre et pas pour soi. De quel droit ?
- La plupart des humains  connaissent la culpabilité et elle peut alors être un soulagement ; l’enfant puni peut passer à autre chose.
-Il y aurait donc une fonction psychologique dans la punition : elle permet de dire sa confiance dans un changement, une évolution possible (sinon, elle n’a pas de sens).
-c’est donc une façon de reconnaitre l’autre, (rien ne serait pire que l’indifférence et c’est peut-être parce qu’on ne punit plus assez dans certaines familles qu’on a l’impression d’assister à plus de judiciarisation ?)
elle participerait ainsi à l’équilibre de l’individu en lui permettant de réparer et de se réparer (à condition de ne pas le considérer comme inférieur mais comme un être en devenir).
Si l’être humain est celui qui peut s’affranchir de certaines déterminations, cette conquête de liberté ne peut se faire sans limites. Comme un homme à la peau épaisse pourra se mettre au soleil, celui qui se confronte à la règle et donc à la punition peut expérimenter sa capacité à se rendre libre. Etre puni, c’est être reconnu comme un être humain et c’est un droit.
Pour Métaphores,
Véronique Barrail