Manhattan-philo1

Le Manhattan-Philo du mois de septembre s'est tenu le mercredi 06 à 18h45 au Manhattan-café, rue de Sully à Pau. Comme annoncé sur le blog, les 3 sujets édités ci-dessous ont été soumis au vote le soir de l'activité.  La soirée fut animée comme d'habitude par Timothée Coyras, professeur de philosophie.

Sujet 1 : Les fous ont-ils perdu la raison ? 

Sujet 2 : Peut-on se passer de religion ?

Sujet 3 : Le cinéma est-il plus vivant que la littérature ?
Le sujet choisi par les participants fut :

Peut-on se passer de religion ?

 Résumé de la soirée :

Pour ce premier manatthan-philo de la rentrée, nous avons pu accueillir un public nombreux et motivé, aux sensibilités variées, que je remercie ici pour sa présence ainsi que pour la qualité de ses interventions.

Le sujet choisi fut : « Peut-on se passer de religion ? ». Dans un contexte marqué par le retour des problématiques religieuses, ce sujet intéressa le public, qui put exprimer des opinions assez variées, mais toujours dans l’écoute réciproque.

J’ai introduit cette question en évacuant un faux problème. En effet, il ne s’agit pas, ici, de savoir si l’on peut vivre sans adhérer à une religion. Il y a de fait un nombre important de personnes qui se disent sans religion, qu’elles soient athées ou agnostiques. Mais la question est plus profonde. N’y a-t-il pas en l’homme un besoin de religion qui s’exprimerait sous une forme plus ou moins identifiable ?

Une personne se saisit alors de cette remarque pour commencer, en faisant observer qu’en Chine, pays possédant un fort athéïsme, des traditions comme le confucianisme peuvent se lire comme des religions.

Une autre explique que la religion peut être en effet vécue intérieurement par la foi, mais être aussi simplement culturelle. D’autre part, il y a aussi une religion naturelle, marquée par la simple conviction intellectuelle de l’existence d’un Dieu. Le public semble ainsi, à partir de là, bien distinguer entre la religion instituée, et la foi personnelle. Globalement, le public tend à penser que la foi personnelle prime en valeur sur le culte institué, qui dénature la foi.

En s’interrogeant sur le sens de la religion, le public se demande aussi si on peut lire des utopies politiques comme des religions, à l’exemple du communisme. Ou encore, ne peut-on pas voir dans l’effervescence autour du foot une religion contemporaine ? Ce point ne fait pas l’unanimité. On en revient au problème de la définition de la religion.

Dés lors, peut-être faut-il revenir à sa source, qui est la conscience de la mort, remarque quelqu’un. La religion est ici primordiale, pour le mourant qui a besoin de croire comme pour les survivants qui ont besoin de ritualiser ce passage. Mais ne peut-on pas concevoir un rituel funéraire a-religieux ? Là encore, ce point fait débat. Pour les uns, on peut se contenter de la fonction symbolique du rite, sans référence à une transcendance, pour les autres, tout rite funéraire porte la trace du religieux.

Est ensuite abordée la question de la fonction psychologique de la religion. Si elle est de l’ordre du besoin, c’est qu’elle a une fonction vitale pour le psychisme. Mais est-ce le cas ? Permet-elle de répondre aux angoisses fondamentales ? Là encore, ce point fait débat. Pour certains, la science permet de répondre aux questions des origines de la vie. Pour d’autres, il subsistera toujours un invisible, un inconnu rendant légitime la conscience religieuse.

Le problème est aussi abordé sous l’angle social et politique. La société a-t-elle besoin de la religion ? Il est remarqué que la société a besoin de la pluralité religieuse, mais que l’intolérance est, par contre, toujours mauvaise. La religion jouerait-elle le rôle d’une instance régulatrice, sur le plan social ? La question est posée. Pour certains, la société bénéficie de l’apport des religions sur le plan des rituels, des symboles, voire de la morale. Pour d’autres au contraire, la religion est toujours synonyme d’intolérance et il faut avant tout promouvoir une laïcité stricte.

Se pose enfin la question de la distinction de la spiritualité et de la religion. On suppose que la spiritualité est une démarche personnelle, tandis que la religion a toujours une dimension collective. Il est fait référence à Durkheim. Mais on convoque aussi Marcel Gauchet pour penser le fait que le christianisme a permis une approche rationnelle de la nature qui a défait l’homme de l’emprise du religieux, ce qui en fait la religion de la sortie de la religion.

A-t-on besoin de la religion pour combler le vide de sens, que laisse notamment planer la mort inéluctable ? La question revient en fin de soirée et face aux tenants d’un besoin de transcendance, d’autres opposent le matérialisme, qui laisse l’homme seul responsable du sens qu’il veut donner à la vie. La mort peut être vue comme dramatique, mais aussi, d’un point de vue matérialiste, elle peut être pensée comme indolore, puisqu’elle est précisément privation de sensation. Ce fut ici le lieu d’un beau lapsus : « Il n’y a pas de meilleure réponse à la peur de la mort que l’euthanasie », l’auteur voulant dire « anesthésie », afin de montrer que la mort et le sommeil profond ne sont pas plus à craindre l’un que l’autre.

En conclusion, il me semble que nous avons là une question difficile mais passionnante. La difficulté porte principalement sur la définition de la religion, et la soirée n’a pas permis de faire la lumière sur ce point-là. La soirée a sans doute permis de montrer, a minima, que l’homme peut se passer des religions instituées mais pas de la spiritualité comme appel de l’invisible, appel qui ne trouve pas un écho seulement dans la religion, mais aussi dans l’art, les rites, ou encore la philosophie. L’essentiel étant, comme la soirée l’a montré, de pouvoir débattre en toute convivialité dans la diversité de nos convictions.

Pour Métaphores,

Timothée Coyras