Café-philo Métaphores

 

Le Café-philo du mois de septembre s'est tenu mardi 13 à 18h45 au Café associatif  "La Coulée douce" (Cité des Pyrénées-Maison de la montagne), 29 bis rue Berlioz à Pau. Le sujet voté par les participants fut : 

                 La colère peut-elle être une vertu ?

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Résumé de la soirée

1)      La tentation immédiate, dans ce type de sujets, c’est de se précipiter à répondre. « Non, la colère ne saurait être une vertu, elle est mauvaise conseillère, elle pousse aux solutions extrêmes, elle déborde la raison, d’ailleurs elle figure parmi les péchés capitaux ». – « Oui, car il y a de saines, de saintes, de justes colères lorsque le droit est bafoué, face à l’injustice, à l’insupportable, à l’inacceptable ». – C’est répondre trop vite : manifestement il faut une enquête plus poussée sur la nature, les causes, les effets de la colère si l’on veut juger de son éventuelle vertu – terme difficile lui aussi, qu’il faudra analyser.

 2)      La colère est une des grandes émotions fondamentales, à côté de la peur, de la joie, de la tristesse. Elle exprime soudainement la contrariété, le refus, l’indignation comme réaction intense à une situation intolérable, à une frustration, à une humiliation, à une vexation, à une injustice subie. Elle se manifeste parfois comme une explosion, un dérèglement comportemental, à la fois physiologique et psychologique, avec cris, menaces, violence verbale et gestuelle. Remarquons ici une grande variété de comportements, entre ceux qui maîtrisent l’expression, et ceux qui se laissent emporter.

 3)      La colère est-elle contrôlable ? Le premier moment, extrêmement bref, est celui du choc, que nul ne saurait contrôler. Mais la suite, l’expression émotionnelle proprement dite  relève à la fois du contrôle personnel – celui  d’un sujet mature – et des conventions sociales, car la norme intervient pour réguler, limiter ou autoriser certains comportements plutôt que d’autres. La colère est peut-être plus « sociale » qu’il n’y paraît au premier abord, elle est un moyen de pression efficace, notamment dans le domaine politique, et parfois même un outil de manipulation. On voit que prise en elle-même la colère est ambiguë, ambivalente – indécidable. C’est le contexte, la situation déclenchante, et l’action qu’elle enclenche qui relèvent de l’appréciation en termes de valeur.

 4)      Quelle vertu ? Les Grecs ont élaboré le concept d’ « arètè » - excellence de la conduite du stratège, du politique, du sage. La colère n’est détestable que par ses débordements, mais dans une âme bien faite elle inspire de justes résolutions, à condition que la raison reprenne le relai et oriente l’action. On évitera le dualisme facile et trompeur qui oppose mécaniquement émotion et raison.

 5)      Plusieurs personnes, dans une perspective assez voisine, évoque la vertu « thérapeutique » de la colère : il est dangereux de se couper des racines émotionnelles, de dénier les affects, de les refouler car ils feront retour sous une forme encore plus dévastatrice (symptômes, crises, angoisse etc) : il faut les écouter, les entendre, les parler grâce à quoi ils perdent de leur nocivité, et parfois sont à la source de créations originales. La raison seule n’a jamais engendré d’œuvres originales et novatrices.

 6)      Reste le problème politique : on gouverne avec des émotions : enthousiasme, peur, haine, colère, exaltation etc, ce qui fait mesurer d’emblée le péril qui s’attache essentiellement à la chose publique – voir Machiavel.  On voit aussi quel péril pour la liberté publique représente un usage passionnel des passions, et quel débordement pourrait générer une politique de la colère.

Pour Métaphores, Guy Karl