Apero philo

L' Apéro-philo (entrée libre et gratuite) s'est tenu jeudi 21 janvier 2016 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

                 Y a-t-il un remède à la violence ?

 

21 01 16

Résumé de la soirée :

1) La violence est un problème social, politique, géopolitique mais aussi psychologique, voire éthique. Ses formes sont extrêmement variées, évolutives, au point qu’il semble difficile d’en donner une définition exhaustive. Mais on peut s’en faire une idée, la circonscrire à peu près en dégageant quelques critères : « abus de la force », de « vis » on passe à « violentia » ; le latin dispose d’un autre mot : violare, violer (un sanctuaire), outrepasser une limite (la loi), transgresser. Les Grecs avaient comme principe d’éviter l’ « hybris » : démesure de l’homme qui ne respecte pas les limites de la condition humaine, qui viole les interdits, qui se jette dans une sorte de folie du pouvoir ou de la jouissance. Toutes ces données restent valables, en les actualisant.

 2) Si l’homme, comme tous les animaux, dispose d’une agressivité de nature pour se défendre, dans la violence il y a l’idée d’une intentionnalité : attaquer, violer, tuer, détruire. La violence se remarque dans le fait qu’elle opère une intrusion, une effraction dans le territoire ou le corps, ou la psyché de l’autre, provoquant blessure, trauma ou décès. Elle peut être sauvage, momentanée, spontanée, ou calculée, préméditée, rationnalisée (songeons à l’extermination programmée). La question est celle des fins : pourquoi et pour quoi, pour atteindre quoi ? C’est le problème de la violence révolutionnaire, que certains considèrent comme un moyen inévitable. Toute la pensée politique bute sur cet écueil : la violence de l’Etat est-elle juste ? Peut-on la contester au nom d’une justice autre ?

 3) Pour être plus précis il faut distinguer la contrainte légale que l’Etat impose aux citoyens et la violence illégale (des individus, des groupes). La première fonction de l’Etat est d’assurer la sécurité publique, et la contrainte légale en est la condition. Reste à se demander si l’Etat a toujours raison, si légalité est légitimité, s’il n’existe pas des lois scélérates, et à quelles conditions les citoyens  retrouvent le droit, voire le devoir, de s’insurger.

 4) La notion de remède avait été définie en début de séance : moyen utilisé pour pallier une situation défectueuse, périlleuse ou pernicieuse en opérant un changement salutaire. Il existe toutes sortes de remèdes, hygiéniques, chirurgicaux, pharmaceutiques, voire le style de vie, l’activité etc, en fonction du domaine considéré. Faut-il traiter la violence comme une maladie (maladie des sociétés, des corps politiques, maladie de l’âme) ? C’est sûrement un grand malheur, mais peut-être pas nécessairement une maladie. Ici le modèle médical révèle ses limites.

 5)  La violence est-elle remédiable ou irrémédiable ? Il existe des remèdes éprouvés depuis longtemps : les lois, les institutions, la Justice qui interposent entre les belligérants le principe d’un règlement négocié sous l’autorité d’un tiers, pour substituer à la vengeance (duelle) une justice qui fait office de tiers régulateur. On sait aussi les imperfections de la justice et la difficulté à pacifier. On évoque le rôle de l’éducation, de l’instruction, de la culture, des arts – toutes disciplines qui proposent une sublimation des pulsions, une socialisation, et dans le meilleur des cas, une moralisation (Kant).

 6) Manifestement en dépit de tous ces artifices socialisateurs, demeure, dans les sociétés comme dans les individus, une part pulsionnelle à peu près inéducable, qui s’affranchit très souvent des règles et des lois pour se déverser dans la violence. Serait-ce « la part maudite » dont parlait Georges Bataille ? Freud de son côté évoquait la puissance de la pulsion de mort, qui, lorsqu’elle s’affranchit de son intrication avec les pulsions de vie, génère destructivité, guerre, haine, violence.

Question : En quoi la situation présente du monde favorise-t-elle la libération des pulsions de violence ?

Pour Métaphores, Guy Karl